La réforme et la Lioue en AiQou, par Mou ri n
7. A cette liste, il faudrait joindre le vicomte d'Orte, à Bayonno. Mais la lettre fameuse qu'on lui attribue ne se trouve que dans d'Au.jigné| et parait, en raison du caractère et des actes du personnage, pea pro* bable.
point de la perfidiiB que vous avez supportée? — Cela, répondit l'autre, ne dérogerait-il pas à ce que je vous dois?— Non je veux tous braves, amis et ennemis. » Et il s'en alla lui faisant présent du cheval sur lequel il l'avait amené. Ces traits reposent et consolent du spectacle des lâches trahisons de la cour.
On peut compter THôpital comme une des victimes de cet effroyable coup du fanatisme. Une des bandes d'assassins du duc d'Atîjou était arrivée près d'Étampes , à Vignay, où le chancelier vivait retiré avec sa famille. On le conjurait de se cacher, il refusa. «Non, non, dit-il, et si la petite porte n'est bastante (suffisante) pour les faire entrer, ouvrez la grande, i Les assassins allaient pénétrer dans le château, quand d'autres cavaliers accoururent et les arrêtèrent. Leur chef dit au vieillard que «sa mort n'était point conjurée, mais pardonnée. — J'ignorais , reprit-il , que j'eusse mérité ni mort ni pardon ! j La douleur et la honte l'emportèrent six mois après; il mourut en répétant : « Périsse à jamais le souvenir de ce jour exécrable! i>
Quatrième gpnerre eiTtle ; paix de la Rochelle (1573). — Ce grand crime fut inutile, comme les crimes le sont toujours. Les protestants avaient perdu leurs chefs ; le premier moment de stupeur passé, ils reprirent les armes dans plusieurs villes avec une rage désespérée. L'armée royale s'en aperçut aux sièges de Sancerre et de la Rochelle.
Les paysans réfugiés dans la première de ces villes n'ayant rien pour combattre, avaient fabriqué des frondes, et s'en servirent avec tant d'adresse et de vigueur qu'ils remirent un moment en honneur ces vieilles armes, qu'on appela alors les arquebuses de Sancerre. Le duc d'Anjou commandait devant la Rochelle et ne sut pas la prendre , quoiqu'il fût accompagné de son frère , de tous les princes, de la plupart des grands et de presque toute la noblesse de cour. Le roi de Navarre, le prince de Gondé avaient été forcés de le suivre, d'assister ceux qui venaient d'égorger leurs frères et qui voulaieat en exterminer les restes. Mais cinquantesept ministres enfermés dans la place y entretenaient l'enthousiasme religieux; Nîmes , Montauban , cent autres villes où les protestants dominaient , avaient fermé leurs portes. En même temps la reine voyait au milieu des catholiques beaucoup de gens sinon favorables aux calvinistes, du moins ennemis des Guise, de leur ambition et de leur furieuse in-
tolérance. Montmorency et ses frères n'étaient pas à Tarmée royale; ils commençaient Je tiers parti, qui bientôt va se montrer à découvert.
Prêt pouri'assassinat, on ne Pavait pas été pour la guerre. Les ressources furent épuisées plus vite que le courage des Rochelois. Après quatre assauts, on n^était pas plus avancé qu'au début; le duc d'Anjou, pressé d'aller prendre sa couronne de Pologne, entra en négociation et Charles IX fut forcé d'accorder aux protestants, par la paix de la Rochelle, la liberté de conscience, au moment môme où il recevait, pour la Saint-Bartbélemy, les bruyantes et enthousiastes félicitations des cours de Rome et d'Espagne.
Hort de Charles IX.. (15741.). — La honte de ce revers, le remords, les emportements d'un caractère fougueux et les violents exercices de la chasse, auxquels, il se livrait avec frénésie, minèrent le jeune roi. Une horrible maladie le consumait ; il était fréquemment atteint de convulsions, d'accès de délire furieux, au milieu desquels le sang lui sortait par les pores, par le nez, par les oreilles. Des visions sanglantes l'effrayaient, et il entendait dans l'air des cris lamentables. La nuit qui précéda sa mort, les médecins avaient fait retirer tout le monde de sa chambre, a hormis trois, savoir : la Tour, Saint-Prix et sa nourrice, que Sa Majesté aimait beaucoup, encore qu'elle fût huguenote. Comme elle se fut mise sur un coffre, elle commençait à sommeiller ; ayant entendu le roi se plaindre, pleurer et soupirer, elle s'approcha tout doucement du lit, et, tirant sa custode, le roi commença à lui dire, jetant un grand soupir et larmoyant si fort que les sanglots lui coupaient la parole : c Ah! ma nourrice, ma mie, « que de sang et de meurtres ! Ah ! j'ai suivi un méchant « conseil. Mon Dieu I pardonnez-les-moi, je suis perdu, je le t sens bien ! » Alors la nourrice lui dit : « Sire, les meur- « très et le sang soient sur ceux qui vous les ont fait côm- € mettre, et puisque vous n'y prêtez pas consentement, « croyez que Dieu ne vous les imputera pas et les couvrira <c du manteau de la justice de son fils; mais pour l'honneur « de Dieu, que Votre Majesté cesse de larmoyer, i Et sur cela lui ayant été quérir un mouchoir pour ce que le sien étoit trop mouillé de larmes, après que Sa Majesté l'eut pris de sa main, lui fit signe qu'elle s'en allât et le laissât reposer. » (L'Estoile.)
Ce roi homicide, qui meurt à vingt-quatre ans, l'esprit
HENRI ui (1574-1589). 41
troublé de sombres visions, abandonné de tous, si ce n'est de sa vieille nourrice huguenote, quel spectacle, quelle preuve de Timpuissance du crime àtromper la conscience du coupable ! (30 mai.)
Faits divers. — L'italien René de Biragae, garde des sceaux en. 1571, introduit le système de protection de rindastrie nationale, en défendant, par redit de janvier 1572, l'exportation des matières premières et l'importation des produits étrangers. {Recueil des anciennes lois françaises. t. XIV. p. 232 et 241.) Mais cet édit ne fut pas maintenu. L'édit rendu an village de Roussillon en Dauphiné par Charles IX, le 4 août 1564, fixa le commencement de l'année au !«' janvier, au lieu du jour de Pâques. — Dans ses lettres patentes pour la répression du luxe, Charles IX défendit l'emploi des carrosses dans l'intérieur de la ville. Sous François I«', il n'y en avait que deux à Paris, l'un pour la reine, l'autre pour la duchesse d'Etampes. Les dames se rendaient h cheval à la cour. Henri IV n'en eut qu'un et écrivit un jour à Sully qu'il ne pouvait aller le voir, parce que la. reine se servait du carrosse. Mais en 1652 on en comptait déjà 300 dans Paris.