‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 6 sur 72 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

Henrt III, — Le duc d'Anjou, héritier présomptif de Charles IX, était en Pologne çiu moment de la mort de son frère. A la suite de négociations préparées de longue main, Catherine de Médicis avait obtenu de la noblesse polonaise une couronne pour son fils de prédilection, pour celui qu'on appelait le vainqueur de Jarnac et de Montcontour. Henri ne Teut pas plus tôt qu'il prit en dégoût cette terre des Sarmates, où la noblesse rude et mâle ne connaissait pas les raffinements de luxure et de dépravation que la civilisation corrompue de l'Italie avaient inoculés à la France. A la nouvelle de la mort de son frère, il s'enfuit de sa capitale, de nuit, comme un malfaiteur. Poursuivi par ses sujets, qui voulaient

1. Ouvrages à consulter : les Mémoires conten^porains de Tavannes, de Marguerite de Valois, de Cheverny, du duc de Bouillon, de l'Estoile, du duc d'Ângoulème, de Gamon, de Vi\le-Gomblain, de Duplessis-Mornay et de GoQlard ; V Histoire universelle de d'Âubigné, celle du président de Thou et les curieux Mémoires de sa vie; La Ligue en AnjoUf par Mourin -, en Bretagne^ par Grégoire; en Normandie^ par d'Estaintot.

k2 HENRI m (1574-1589).

le retenir, il ne s'arrêta que sur la terre autrichienne: Les plaisirs de Vienne, ceux de Venise la Belle le captivèrent longtemps ; il ne mit le pied dans son nouveau royaume que deux mois après avoir quitté furtivement Tancien.

Ce prince était le roi le moins propre à dominer la situation que son frère lui laissait. Les victoires remportées en son nom par Tavannes avaient surfait sa réputation. L'abus des plaisirs avait tué en lui cette première chaleur du sang qui l'avait rendu d'abord aussi brave que ses ancêtres ; il n'avait plus goût qu'èrdes passe-temps d'enfant ou de femme, quand il n'était pas livré à de monstrueuses débauches. La dépravation de son cœur avait vicié les brillantes qualités de son esprit; il n'était éloquent qu'à mentir, et habile qu'à tromper. On n'oserait dire que sa dévotion d'apparat fût une fourberie de l'impiété ; mais toute sa religion consistait en de certaines pratiques extérieures. Il pensait qu'avec un jeûne et quelques coups de discipline on réglait tous ses comptes envers le ciel et sa conscience. Charles IX, son frère, avait eu parfois des pensées et des projets dignes d'un roi. Henri n'eut guère que de puériles occupations ; et d'Aubigné ne savait, en voyant cet homme si soigneux de sa toilette, de son teint, delà blancheur de ses mains et de son visage, s'il voyait « un roifemme ou bien un homme-reine. « Charles IX, était méchant par colère et par occasion ; lui, par principe et de continu ; il ne se faisait lire que Machiavel, et, pour tout dire, il ne connut jamais ce qui peut faire beaucoup pardonner à son frère : le remords.

Ses premiers actes montrèrent ce qu'il fallait attendre de lui. A Turin, il paya avec une prodigue magnificence l'hospitalité du duc de Savoie, en lui rendant Pignerol, Pérouseet Savigliano, les derniers restes des conquêtes de François I«' au delà des monts. A peine entré en France, il ordonna aux protestants de se faire catholiques ou de sortir du royaume : c'étaient là de bien menaçantes paroles; les réformés se rassurèrent en voyant que tout se bornait à l'envoi de quelques officiers dans les provinces du Midi alors fort agitées, et à des processions auxquelles le roi se mêlait, de flagellants qui allaient par les rues se battant les épaules « pour la rémission de leurs péchés. » Il fit à Paris une entrée solennelle où il scandalisa fort les personnes graves, « ayant autour de lui grande quantité de singes, perroquets et petits chiens, a A Reims, « quand on lui mit la couronne sur la tête, rapporte

HENRI. m (1574-1589). 43

TËstoile, il dit assez haut qu'elle le blessait, elle lui coula par deux fois, comme si elle eût voulu tomber. » On y vit un mauvais augure, et on eût raison.: cette tête qui ne pouvait porter une couronne, ne pouvait non plus porter les fortes et viriles pensées qui eussent été si nécessaires pour la défendre.

lies politiques. — La France avait cependant besoin qu'un chef habile, honnête et fort, prît en main les rênes du gouvernement. Castelneau estime t qu'on avait déjà fait mourir, à l'occasion des guerres civiles, plus d'un million de personnes, le tout sous prétexte de religion et d'utilité publique, dont les uns et les autres se couvraient. » Catherine de Médicis n'avait pu qu'à grand'peine empêcher une nouvelle explosion pendant les derniers jours de Charles IX et durant ses deux mois de régence. Entre les catholiques exal- . tés et les protestants fanatiques, il s'était formé un nouveau parti, celui des poUiiques, composé de catholiques modérés qui voulaient le rétablissement de la tranquillité publique, par la tolérance religieuse et une répression énergique dés factions. Les trois Montmorency, Damville, Thoré et Méru étaient les hommes les plus marquants de ce parti, qui comprenait un grand nombre de magistrats et de riches bourgeois. Un prince du sang, le duc d'Alençon, en avait pris la conduite, moins par patriotisme que par ambition, car il comptait s'en servir pour ses desseins particuliers. Les Guise étaient à la tête des catholiques, les Bourbon, à la tête des protestants, il avaitcru habile, pour n'être ni isolé, ni le second, dans l'un ou l'autre camp,, de former un tiers parti qui serait dévoué à sa fortune. Le Béarnais l'appelle, et justement, « un cœur double, un esprit malin .et tourné comme un corps mal bâti. » Nous devons pourtant lui tenir compte de deux choses: « Il voulait être Français, disait-il, de nom et d'effet, ennemi de l'Espagnol; » et il ne mit pas ses mains dans le sang des huguenots.

^ Alliance des politiques et des Imgiieiiots. Cinquième; guerre (1595-1 57e]. — La Saint-Barthélémy et la guerre avaient fait disparaître les grands chefs protestants : les calvinistes n'avaient plus pour les guider que des hommes comme le roi de Navarre, qui mettaient les intérêts devant, la religion derrière. Aussi, entre gens chez qui l'ambition ouïe patriotisme éteignait les ardeurs religieuses, fut-il aisé de s'entendre. Déjà, pendant la maladie de Char-

kk ' HENRI III (1574-1589).

les IX, le duc d'Alençon, le roi de Navarre, le nouveau prince de Gondé et les Montmorency avaient formé le projet de s'assurer du gouvernement. Au moment décisif, le cœur faillit au duc d'Alençon qui dévoila tout. Le prince de Gondé parvint seul à s'échapper ; Catherine s'assura du roi de Navarre et de deux Montmorency, Thoré et Méru, dont elle songea un moment à faire un exemple. Mais le parti n'en existait pas moins ; plus tard, il absorbera les deux autres ; pour le moment c'était une faction de plus dans l'État. Gondé et. Dam ville, les protestants et les politiques, conclurent par envoyés à Milhaud, en Rouergue, un paxîte d'alliance armée pour obtenir la délivrance des princes, la liberté de conscience et la convocation des états généraux.

Combat de Dorm&ns (1595)$ le B&lafré. — Le nouveau roi s'irrita fort des menées de son frère ; et comme Machiavel et sa mère ne lui avaient enseigné d'autre leçon, il songea à se défaire de lui. Le duc d'Alençon fut plusieurs fois en danger de mort, mais il parvint à s'échapper et courut sceller, dans le Midi, l'alliance des protestants et des politiques. Damville, dans le Languedoc, réunit jusqu'à 15 000 soldats, et Gondé envoya d'Allemagne, où il était réfugié, une avant-garde de 5000 hommes. Les Lorrains avaient repris faveur. Le roi venait d'épouser une princesse de leur maison, et ils poussaient énergiquement à la guerre ; mais Catherine les redoutait et négociait de tous les côtés. Le duc de Guise la laissa à ses menées, et courut aux Allemands, qu'il battit à Dormans, près de Ghâteau-lhierry, en Champagne (11 octobre 1575). Les périls qu'il courut dans cet engagement, où il fut blessé au visage, augmentèrent sa popularité. On ne parla plus, parmi les catholiques, que du Balafré, le digne héritier du grand Guise. Mais Gondé passa sans obstacle, avec 18 000 hommes et 16 canons, à travers la Champagne et la Bourgogne, franchit la Loire et rejoignit le duc d'Alençon à Moulins. L'évasion du roi de Navarre accrut les espérances du parti. Un soir, il chantait à voix basse les paroles d'un psaume qui avaient trait à l'abandon où le laissaient ses amis, quand d'Aubigné, l'historien-poëte lui proposa de fuir : « Partons, dit-il, on a fait mourir la reine, ma mère à Paris ; on y a tué M. l'amiral et tous mes meilleurs serviteurs ; je n'y retourne plus qu'on ne m'y traîne. *

PaU de Monsieur (mai 1576). — Pour soutenir cette guerre, Henri avait voulu « fouiller aux bourses des hugue-

HENRI m (1574-1589). 45

nots de Paris. » Il ne tira d^eux que des remontrances et des murmures. Après le succès de Guise à Dormans,il fut encore plus pressé de traiter. Le duc d'Alençon s'offrit comme médiateur, et ménagea à Beaulieu la paix qui porta son nom : paix de Monsieur, titre qu'on donna désormais au frère puîné du roi. La médiation n'était pas désintéressée. Le négociateur se fit céder l'Anjou, dont il porta le nom, la Touraine et le Berry, avec tous les droits régaliens, sous la seule condition de l'hommage. Le roi de Navarre obtint le gouvernement de la Guyenne, Gondé celui de la Picardie. Le libre exercice du culte fut accordé aux protestants dans tout le royaume, sauf Paris et la cour, jusqu'à la prochaine convocation des états généraux et d'un libre et saint concile général ; toutes les sentences portées depuis le règne de Henri II pour cause de religion étaient annulées, et les mariages contractés par des prêtres, reconnus légitimes. Par la réhabilitation de la mémoire de Coligny et des victimes de la Saint-Barthélémy, dont les veuves et les enfants obtinrent exemption d'impôts, par la cession de nombreuses places de sûreté, et par l'établissement de tribunaux mi-partis de protestants et de catholiques, la royauté demandait grâce pour le passé et accordait des garanties pour l'avenir.

Mjb, saliite lAgne, — Gette paix semblait une trahison de la cause catholique. Aussi l'effervescence un moment calmée après le grand assouvissement de la Saint-Barthélémy, se ranima avec une extrême énergie. Comment, disait-on, le roi en était-il venu là, après deux ans de règne? Il avait pourtant assez levé de millions sur les bonnes villes, assez frappé d'emprunts sur le clergé, assez créé d'offices onéreux ou nuisibles au pays. Mais tout avait été dévoré par les fêtes et l'avidité des favoris, des mignons. Maintenant encore on aliénait les biens du clergé pour 200 000 livres de rentes, afin de payer les mercenaires allemands qui étaient venus ravager les provinces. Puisque la cour abandonnait les catholiques, c'était aux catholiques de ne se point abandonner eux-mêmes.

Un seigneur d'Humières, gouverneur de Péronne, refusa de livrer sa place à Condé, nommé gouverneur de la province, et fit signer aux prélats, seigneurs et bourgeois, < une très-chrétienne union, àTefiet d'employer leurs vies et leurs biens pour la conservation de la ville et de la province en robéissance du roi et en l'observance de l'ÉgUse catholique. »

Déjà, sous le rèçne de Charles IX, des tentatives de ligues semblables avaient été faites sur plusieurs points, en Bour- . gogne, dans TAnjou, etc. L'exemple du seigneur d'Humières fut, cette fois, contagieux. Le clergé, ' surtout les jésuites, dont le nombre et Tactivité croissaient avec le péril, poussaient la foule dans cette voie, et chaque province eut bientôt sa ligue. Il restait à combiner et à diriger les efforts de ce zèle religieux vers un but commun. L'ambition politique s'en chargea.

Henri de Guise, moins grand homme de guerre que son père, et moins magnanime, avait des desseins plus hauts, plus arrêtés, et une plus grande habileté à faire servir la religion d'instrument à sa politique. 11 sut réunir dans ses . mains tous les fils de cette grande conspiration catholique, ourdie pour la défense de la foi. Ce fut lui qui dressa et fit expédier dans toute la France l'acte constitutif de la sainte Ligue. Les princes, seigneurs, gentilshommes, et tous les associés, y juraient « de retenir le saint service de Dieu selon la forme de la sainte Église catholique ; de conserver le roi Henri troisième en l'état, splendeur, autorité et puissance qui lui sont dus par ses sujets ; de remettre les provinces aux mêmes droits, franchises et libertés qu'elles avaient au temps de Glovis ; de procéder contre ceux qui persécuteraient l'union sans acception de personnes ; enfin de rendre prompte obéissance et fidèle service, jusqu'à la mort, au chef qui s^ rait nommé. »

Prétentions de Crnise. — Ce chef était désigné d'avance ; mais Henri de Guise portait ses vues plus loin, la Ligue ne devait être pour lui que le marchepied du trône. Henri III était déjà perdu dans l'opinion publique ; les pamphlets les plus audacieux flétrissaient son hypocrisie et ses mœurs. Le nouveau duq d'Anjou était décrié comme complice des huguenots, et d'ailleurs condamné aussi à une courte existence. Après eux, il n'y avait d'autres héritiers que les Bourbon, princes hérétiques, indignes d'occuper le trône du roi très-chrétien. Eux écartés, la route était ouverte aux fidèles alliés de Philippe II et du saint-siége, au meurtrier de Coligny, à l'homme qui avait signé un pacte de sang avec, l'orthodoxie, le jour de la Saint-Barthélémy. Les plus impatients ne se résignaient pas même à de si longs détours. De nouvelles généalogies rattachaient la maison de Guise à la dynastie de Gharlemagne. Les descendants de Capet n'avaient

HENRI liï (1574-1589). 47

régné jusque-là que par usurpation ; Henri de Guise était appelé à raffermir la monarchie et la foi, en faisant enfermer le Valois dans un cloître, c comme Pépin, son ancêtre, fit à Childéric. » C'est du moins ce que disait un mémoire trouvé dans les papiers d'un avocat mort à Lyon en revenant de Rome.

Premiers états de BloU (1696). — Les états généraux, réunis dans la ville de Blois le 6 décembre 1576, mon* trèrent à Henri III retendue du danger. La Ligue, par tous les moyens de fraude et de violence, avait écarté les politiques et les calvinistes des réunions électorales; parmi les députés, un seul était protestant. Ces états, élus sous Tinfluence des Guise, n'entreprirent pas seulement contre la liberté des protestants, mais contre l'autorité du roi. En même temps qu'ils demandaient le rétablissement de l'unité religieuse, ils voulaient qu'on accordât force de loi aux délibérations qu'ils auraient prises à l'unanimité, et pour trentesix membres choisis par eux, le droit d'assister au conseil du roi.

Cependant les masses populaires n'entraient pas encore dans la Ligue. Les bourgeois n'étaient même pas sans certaines appréhensions à son sujet. Les quarteniers et les dizainiers de Paris, qui allaient dans les maisons pour la faire signer, y étaient en général mal accueillis. On estimait que cette nouveauté ne tendait qu'à épuiser les bourses.

Henri III ae déclare ehef de la IJ|r«o« — Henri III repoussa la requête politique des états généraux, mais se jeta à corps perdu dans le catholicisme violent. Il signa la Ligue et s'en déclara le chef, croyant faire un coup de maître, supplanter les Guise, et mettre la main sur la cotisation demandée à chaque ligueur. C'était descendre du rôle de roi à celui de chef de parti, et dénoncer du même coup la guerre aux calvinistes. Ceux-ci prirent la chose ainsi, s'emparèrent de Périgueux, de la Réole, de Marmande, et protestèrent par écrit contre l'assemblée illégale de Blois.

Oéelarations violente* contre les réformée. — Les états, sur la requête du roi, avaient décidé la suppression du culte réformé. Voter était facile, mais ce vote conduisait à la guerre'; et, pour la faire, il fallait de l'argent. Bodin, l'auteur du Traité de la république, s'était vainement efforcé de ramener les députés aux principes de tolérance : < Le pou-

48 HENRI m (1574-1589).

voir de tout faire n'en donne pas le droit, » disait-il en face de Henri III et de la Ligue. Il réussit mieux quand, sous prétexte de défendre les intérêts du tiers état, il refusa au roi les moyens de faire la guerre. Les partisans des Guise saisirent Toccasion de montrer l'impuissance du gouvernement, et le roi n'eut ni subsides ni même le droit d'aliéner des portions du domaine royal pour subvenir aux dépenses, c parce que le fonds appartient aux provinces et que le roi n'en est que simple usager. > Voilà, dit-il, une trop énorme cruauté ; ils ne me veulent ni secourir du leur, ni permettre que je m'aide du mien. » Henri III avait cru supprimer les Guise, ceux-ci le mettaient dans une impasse *.

Sixième in»®'!*® s traité 4e Bei^^rae (1699). — On n'avait pas gardé aux huguenots la paix promise ; on leur fit mal la guerre. Henri III n'y employa pas le duc de Guise, de crainte de le grandir encore. Le duc de Mayenne, nommé, de préférence à son aîné, au commandement du Poitou, ne s'empara que de Brouage ; le duc d'Anjou, mis à la tète de l'armée de la Loire, se reposa après la prise de la Charité et d'Issoire, et Henri III profita de ces médiocres succès pour faire avec les huguenots la paix de Bergerac. H la négocia lui-même et l'appelait volontiers sa paix, par opposition au traité précédent appelé la paix de Monsieur (17 septembre 1577) : elle accordait aux protestants une liberté de conscience plus étendue et mieux spécifiée que dans les édits précédents, des juges particuliers dans les huit parlements, huit places de sûreté, et prononçait l'abolition de toute confédération. Le roi espérait ainsi atteindre la Ligue, tout en paraissant prendre ses sûretés contre les huguenots.

I/ordre dn Saint-Esprit (1598) t ordonnance de Blois (1590). — Henri voulait réellement la paix. Pour gagner quelques-uns de ses adversaires, il institua l'ordre du Saint-Esprit, en mémoire de ce qu'il avait été élevé aux deux trônes de Pologne et de France le jour de la Pentecôte.

1. Ces états de 1S76 attaquèrent encore la vénalité des offices de jadioature, la nomination aux dignités ecclésiastiques sans choix préalable du clergé et d'une partie du peuple. Ils réclamèrent la liberté des assemblées et des élections municipales, la juridiction pleine et entière pour les offi« ciers municipaux, le droit pourtouteb les provinces de tenir des états particuliers, la périodicité des états généraux, et enfin insistèrent sur la distinction des lois faites par le roi et révocables à volonté d'avec les lois faites par les états ou lois fondamentales qui ne pouvaient êtres modifiées que du consentement de la nation. (Aug. Thierry, Histoire du tiers itat^ p. 104 et 105.)

Il comptait qu^en donnant le cordon de son ordre aux principaux partisans des Guise et des Bourbon, ils les ramène* rait à lui. C'était trop espérer pour un hochet (1578). Chose singulière, ces temps déplorables virent s'accomplir d'importantes* réformes législatives. Au milieu du bruit des armes et des violences des factions, les magistrats continuaient leur grand travail d'amélioration des lois civiles. L'ordonnance de Blois en 363 articles renferme d'excellentes et libérales dispositions pour le droit civil, mais on y sent la force que le catholicisme retrempé dans le péril avait reprise depuis quelques années. Le roi gardait la nomination directe aux prélatures et bénéfices, en observant toutefois certaines conditions d'âge, de bonnes mœurs et de bonnes lettres. Le cumul des archevêchés ou cures paroissiales était interdit. La résidence devenait obligatoire; la simonie était poursuivie. Les vœux de religion étaient fixés à seize ans au lieu de vingt-cinq. Le mariage, que le prêtre seul légitimait, était entouré de précautions plus sévères : le jpère avait droit de déshériter son fils en cas de mariage clandestin. Enfin quelques bonnes dispositions étaient prises contre l'usurpation des titres de noblesse, la vénalité des charges, le trop grand nombre d'ofûces, et les infidélités en matière de justice.

lia coar de Henri III. — Mais la conduite du roi gâtait les meilleurs actes. D'impitoyables pamphlets dévoilaient les turpitudes de cette cour licencieuse et féroce du dernier Valois, où le meurtre alternait avec les plaisirs. Le soir, les fêtes et les bals ; le matin, les rencontres meurtrières, quand le duel n'avait pas été prévenu par un guet-apens. Ainsi Saint-Mégrin est assassiné par les gens du duc de Guise ; Dugast par ceux du roi de Navarre ; Bussy d'Amboise par le comte de Monsoreau. Un favori du roi, Villequier, tue sa femme ; une femme tue son mari ; Cimier tue. son frère. Chaque prince avait Ses assassins à gages, qui tuaient par derrière, et ses favoris qui tuaient en face. Trois mignons du roi se battirent un jour contre trois amis de Guise. Quatre des combattants restèrent sur la place, et parmi eux deux amis du roi. Henri donna les marques d'une scandaleuse douleur, et remplaça ses favoris morts par Joyeuse et d'Ëpernon, qui ne valaient pas mieux. Aux noces du premier, il dépensa l'énorme somme de 1 20 000 écus.

Pour suffire c à ces enragées dépenses, » la taille croissait

50 HENRI in (1574-1589).

chaque année : il arrivait incessamment au parlement de nouveaux édits bursaux qui n'étaient enregistrés qu'après une longue résistance. Le mécontentement devenait général. [ Un jour le clergé cessait de servir les rentes de Thôtel de ' viJle de Paris qu'il avait promis de payer, ce qui ruinait une foule de gens ; un autre, les états de Normandie, de Bretagne, de Bourgogne, d'Auvergne, sommaient le roi de remettre leà impôts comme au temps de Louis XII, et menaçaient do « s'opposer aux deniers extraordinaires, et aux édits pernicieux par toutes voies dues et à eux possibles. »

Septième g^aerre; paix de Fleix (1580). — Une courte guerre, qui éclata sans cause et qui finit 'sans raison, montra les progrès que faisaient les idées de désordre. Henri, qui avait plus de goût aux petites intrigues qu'aux grandes affaires, intervint dans lies démêlés du roi de Navarre avec la reine Marguerite sa femme, pour les envenimer. Catherine de Médicis se rendit elle-même à Nérac, avec l'escadron volant de ses filles d'honneur. Le Béarnais, peu scrupuleux, n'aimait pourtant pas qu'on mît le doigt entre l'arbre et i'écorce; il se fâcha, prit les armes, et commença la petite guerre qu'on appela de son origine la guerre des Amoureux, Il s'y distingua par la prise de Cahors, qu'il emporta après un combat de quatre jours et de quatre nuits. Mais le maréchal de Biron battit ailleurs les Navarrais, et on rétablit à Fleix la paix de Bergerac (1580).

Expédition du duc d'Anjou aux Pays-Bas (:1 5 Silo 83). — Il eût fallu saisir ces turbulents esprits par quelque grande pensée, les pousser à une sérieuse entreprise, reprendre enfin le projet de Goligny, et faire la guerre étrangère pour n'avoir point la guerre civile. La France pouvait alors choisir entre deux champs de bataille, dont l'un à sa portée et tout à sa convenance. Le roi d'Espagne Philippe II envahissait le Portugal, et Catherine de Médicis avait des prétentions à cette couronne ; les Pays-Bas étaient toujours foulés par les Espagnols, et plusieurs provmces appelaient un libérateur. Henri donna une flotte à Antoine de Grato, candidat au trône de Portugal, et une armée à son frère le duc d'Anjou, que les Flamands appelaient, mais toutes deux insuffisantes, et en désavouant officiellement ces entreprises. La flotte fut entièrement détruite ; le duc d'Anjou, après avoir été proclamé duc de Brabant et comte de Flandre, laissé sans argent, fut forcé d'évacuer le pays, et mourut peu de

HENRI lïl (1574-1689). 51

mois après son retour en France, en juin 1584. Les provinces des Pays-Bas qui perdirent en même temps Guillaume d'Orange, assassiné par un émissaire de TEspagne, firent à Henri III une offre séduisante, elles se donnaient à lui, à la France, s'il voulait les délivrer de l'inquisition et de Philippe IL Mais il était trop tard.

Iftecradeseeiice de la I^if^ae après la mort dn duo d'AiiJoa. — La mort du duc d'Anjou, frère et héritier de Henri III, avait posé définitivement une question faite pour rallumer en France toutes les passions religieuses et politiques. Jusque-là, on n'avait pas songé, si ce n'est vaguement, qu'un'Bourbon, un hérétique relaps, put devenir l'héritier des Valois ; maintenant le danger existait. Car Henri lïl, le dernier survivant des fils de Henri H, n'avait point de postérité, et on lui donnait à peine quelques années à vivre. La Ligue, depuis quelque temps, était en désarroi ; « chacun en était dégoûté, dit TEstoile, les uns en médisant ouvertement, les autres s'en moquant. » Tout à coup, sans que les chefs y fissent effort, elle se ranima et s'étendit au sein des masses populaires; au lieu d'une société secrète, on vit se lever un grand parti révolutionnaire. Les auteurs de ce mouvement ne furent point, comme dit le môme chroniqueur, € quelques marmitons et soupiers de Sorbonne, braves conseillers d'État, qui, toute leur vie, avaient été enfermés dans un collège à pédantiser et à manger les pauvres novices de théologie, » mais Jean Boucher, curé de Saint-Benoît ; Prévost, curé de Saint-Séverin ; Launoi, ancien ministre protestant devenu chanoine; Lachapelle-Marteau, maître des comptes; Crucé et Bussy-Leclerc, procureurs, et presque tous les prédicateurs des églises de Paris. La Ligue se répandit de là dans les provinces et établit, partout où elle se trouva la plus forte, ce qu'un éminent historien appelle un régime de terreur *.

1. Aug. Thierry, Essai sur Vhistoire du tiers état, p. 102. J'ai déjà dit (p. 104) cni'on n'a pas assez remarqué qa'il y eut dans ce mouvement, nonseulement de la haine religieuse, mais de la colère politique. Les impôts avaient plus c[ue quintuplé depuis Louis XII, et le tiers état n'était pas seul à se plaindre ; le clergé était sans^ cesse obligé de prendre sur ses revenus ; on avait vu des curés réduits à abandonner leurs presbytères. Les deux intérêts menacés s'unirent, et c'est ce qui ût la force de la Ligue, double protestation contre la réforme et contre la royauté absolue que les nobles protestants repoussaient aussi de leur côté, voulant être mattres dans leurs châteaux, comme les bourgeois voulaient l'être dajis eulrs cités.

ôâ HENRI III (1574*1589).

Traité de ^oln^tlle , entre le doc de C^ulsc et l'Espagne (l584t). — Henri de Guise vit bien que le moment de frapper les grands coups était venu ; et , sans hésiter, il signa, le 31 décembre 1584, avec Philippe II, le traité de Joinville , par lequel les parties contractantes s'engageaient à extirper les.secteset hérésies; à exclure du trône de France les princes hérétiques, ou qui promettraient impunité publique aux hérétiques, et à assurer la succession des Valois à Charles, cardinal de Bourbon. Ce Charles de Bourbon était mis en avant pour cacher les prétentions des Guise, jusqu'à ce qu'ils pussent les montrer à découvert. Mais cette précaution prise, les Guise avaient du pape Grégoire XIII carte blanche pour agir. « Il ne trouvait pas bon qu'on attentât à la vie du roi , aurait-il dit ; mais si l'on se pouvait saisir de sa personne, et lui donner gens qui le tinssent en bride, on le trouverait bon *. » Le manifeste de la ligue parut le 31 mars 1585. Les signataires jurèrent de ne pas poser les armes que • l'Église de Dieu n'eût été réintégrée en la vraie religion catholique, la noblesse remise en ses franchises,etle peuple soulagé des nouvelles impositions. ]» L'exétion suivit de près. Guise souleva la Champagne ; Mayenne, la Bourgogne ; Ëlbeuf, la Normandie ; Mercœur, la Bretagne ; Aumale, la Picardie. Les villes de Lyon, Bourges, Orléans, Bouen, Angers, Reims, Châlons, Soissons, Péronne, Amiens, Abbeville, Caen , Dijon , etc., se déclarèrent en faveur de la Ligue. Tout le royaume fut en feu.

Traité de IVenionrs entre le roi et le duc de CSnUie (1585). — La position de Henri III devenait bien difficile* Sollicité par Elisabeth, par les députés des Provinces-Unies, par Henri de Navarre, qui lui offrait son assistance, il était disposé à se déclarer contre les Guise qu'il détestait; mais il demandait que le Béarnais se fît catholique, promettant de le reconnaître ensuite pour son héritier. Henri refusa. « C'était le plus rusé et madré prince qui fût au monde, » ditd'Aubigné. 11 n'entendait s'aliéner les protestants qu'à de bonnes conditions, pour choses qu'il tiendrait, non pour promesses. Il ré-

1. Lettre du P. Mathieu, jésuite, au duc de Ne vers, dans les Mémoires du duc de Nevers, t. I, p. 655. Ce jésuite», qu'on appelait le, courrier de la Ligue , avait été dépêché ' auprès du pape par les Guise , le cardinal de Bourbon et le duc de Nevers. Le pape dont il est ici question, Grégoire XIII, est l'auteur de la réforme du calendrier qui porte son nom.

pondit au manifeste de la Ligue en prenant contre les conspirateurs le rôle de champion du roi et des lois de TÉtat; c^était habile; il regagna ainsi Talliance des politiques. Montmorency, c le roi du Languedoc, » s^unit à lui, et prit les armes dans la Guyenne et dans le Poitou. ' .

Henri III se trouvait entre deux ennemis qu'il avait long-> temps espéré user Tun par Tautre : Guise et Bourbon , les f catholiques et les huguenots. Toutes les grandes villes S; n'étaient pas dans la Ligue et le nom du roi gardait un reste : de prestige : on obéissait , on payait encore ; les impôts l lui donnaient des soldats, et les ligueurs, bons pour une émeute, pour un massacre, ne valaient rien pour une guerre, car parmi eux il y avait peu de noblesse et de haute bourgeoisie. D'Ëpernon battit quelques ligueurs à Gien. Joyeuse en battit d'autres en Touraine. Mais Paris remuait ; Guise arrivait avec 12000 hommes; un revers eût tout perdu. Henri se rapprocha des Lorrains dans Tespoir de les tromper encore. Au traité de Nemours (7 juillet), il tint pour agréable tout ce qui avait été fait pour la religion, livra au chef de la Ligue neuf places de sûreté, et de retour à Paris, publia un édit qui interdisait le culte réformé, sous peine de confiscation, et donnait quinze jours aux ministres et aux protestants pour vider le royaume. Au sortir du palais, le roi fut couvert par le peuple d'applaudissements inaccoutumés ; mais ce n'était pas lui , c'était la guerre contra» les huguenots qu'on saluait avec des cris de joie. Le pape y poussait de toutes ses forces. Sixte-Quint venait de déclarer les deux Bourbon , Henri et Condé, déchus de leurs droits de princes du sang, indignes de succéder à la cou-^ ronne. Le parlement protesta en vain par de mémorables remontrances contre cette violence faite aux consciences, c lesquelles sont exemptes de la puissance du fer et du feu,.» et contre la bulle du pape qu'il appelait un attentat à l'indépendance de la couronne. Il n'y avait point de place encore pour les modérés.

Henri de IVavarre. — Cependant le prince qui devait être leur chef, le roi de Navarre, s'apprêtait à faire face à \

tous les dangers. Il y a deux Henri IV : celui de la tradition ]

et celui de l'histoire; Vun plus héroïque, et grâce à Voltaire, ]

plus populaire; l'autre, sous sa bonhomie madrée, bien plus |

habile, et, avec son caractère souple, bien plus propre à relever un édifice croulant, que ne l'eût été un caractère

tout d'une pièce. Henri de Navarre avait la plus brillante bravoure, qualité commune aux batailleurs de ce temps-là et de tous les temps. Mais elle plaît dans un prince, et le chef, toujours prêt à présenter sa vie aux pointes des épées, gagne sûrement le cœur de ses soldats. Élevé au milieu des montagnards des Pyrénées, il égalait leur agilité et s'était fait un corps indomptable h la fatigue. Les vicissitudes par lesquelles il avait passé, avaient rendu sa religion incertaine.

Charles IX lui dit : t La mort ou la messe ! » Il prend la messe; plus tard il abjure, et cette abjuration ne sera pas la dernière. Aussi ne ressentait-il aucune colère contre ceux qui professaient une doctrine différente; sa nature lut renug^^j jy dail le fanatisme odieux, et

sa position lui commandait la tolérance. C'est là qu'il se tiendra. Du reste, joyeux compère, montrant le même vis^e à la bonne comme à la mauvaise fortune ; pliant sous le malheur et ne rompant pas ; trouvant des ressources dans les situations les plus désespérées ; aimant le plaisir, mais non comme on l'aimait autour de Henri 111; humain par bon naturel et aussi par expérience de la vie ; ayant des amis qui tiraient, il est vrai, de son amitié plus de bonnes paroles que de bons effets, mais le cœur ouvert si la main était fermée, et celle-ci l'étant parce qu'il fut vingt années chef de parti, obligé de donner beaucoup et de ne rien prendre, si ce n'est sur l'ennemi. Une nuit que d'Aubigné et la Force étaient couchés non loin du roi de Navarre, le premier se plaignait fort au second de la ladrerie de leur maître. La Force, accablé de fatigue, n'écoutait plus. < Est-ce que tu n'entends pas? • lui dit d'Aubigné. La Force se réveille, demande ce qu'on lui dit : s Eh ! il te dit, crie le roi, qui avait tout entendu, que je suis un ladre vert, et le plus ingrat mortel qu'il y ait sur la face de la terra. » c 11 ne m'en fit pas plus a

HEï^Rl lii (1574-1589). 55

visage, ajoute d'Aubignê, mais il ne m^en donna pas un quart d'écu davantage. » Sa résidence forcée à la Cour des Valois avait été fatale à ses mœurs. Pendant plusieurs années, il oublia son rôle et sa fortune. Après la mort du duc d'Anjou , Duplessis-Mornay lui écrivit : « Les passe-temps ne sont plus de saison. Il est temps que vous fassiez l'amour à la France. » Henri le sentait bien : il chassa les plaisirs et prit la cuirasse.

Tout le monde Tattaquait, il eut réponse à tout et à tous. Il est inexact qu'une protestation ait été affichée au Vatican, déclarant nulle et non avenue l'excommunication de Sixte- Quint, « soi-disant pape, » et en appelant comme d'abus à la cour des pairs ; mais Duplessis-Mornay, qu'on nommait le pape des huguenots, rédigea une déclaration par laquelle le roi de Navarre et ses alliés c prenaient en main la cause du roi contre les chefs de la Ligue, auteurs de tous les maux de la France. » Condé en Poitou, Damville en Languedoc, Lesdiguières en Provence, lui-même en Guyenne , tenaient tout le Midi. Enfin la reine d'Angleterre, les princes allemands, sollicités avec instance, promirent de prompts secours. Elisabeth avait écrit à Henri III, après le traité de Joinville, « avec un brave langage et un plaisant style pour lui faire honte de sa condescendance envers les rebelles : Pour Famour de Dieu, ne dormez plus ce trop long sommeil. »

Anarchie du royaume. — Le roi ne dormait qu'à demi. U eût bien voulu suivre encore, entre les deux partis sa politique de bascule. Mais l'horizon partout s'assombria^ sait : le prince d'Orange avait été assassiné naguère par un homme à qui Philippe II avait payé ce meurtre, et Elisabeth d'Angleterre allait répondre à cet assassinat par un autre : la mort de Marie Stuart. A Paris, les chefs des seize quartiers se formaient en conseil, au sein de la Ligue ', pour lui donner une énergique impulsion, et les terribles souvenirs de la nuit du 2k août étaient réveillés. Un prédicateur s'écriait en pleine chaire < qu'une saignée de Saint-Barthélémy était nécessaire pour couper la gorge à la maladie, » et les gens des halles disaient c qu'il fallait commencer le Jeu de se défaire du roi. »

Dans les provinces, l'anarchie était partout; sous prétexte de rétablir l'unité de religion, les ligueurs aussi bien que les

1. ns n'étaieat point 16i mais 45 choisis dans les 16 quartiers de Paris,

56 HENRI m (1574*1589). ^

huguenots sacrifiaient Tunité de TËtat. Chaque gouverneur se cantonnait dans sa province, et comptant sur la dissolution prochaine de la monarchie, y vivait en maître; la féodalité sortait du tombeau où dix rois Pavaient couchée. Les villes de leur côté redemandaient leurs vieilles libertés, « les fran* chises possédées par les provinces au temps de Clovis. » Comme histoire ces paroles sont absurdes, comme pensée politique elles avaient une grande signification. A Paris, en effet, à Marseille, à Toulouse, à la Rochelle, en cent autres lieux, les magistrats municipaux ressaisissaient Pautorîté militaire quUls avaient perdue au quinzième siècle, et la juridiction civile que THôpital venait de leur ôter; ils ne reconnaissaient plus d^entraves à leur juridiction criminelle, ni de contrôle supérieur pour leur gestion financière. Les communes voulaient renaître, parce que la féodalité renaissait. La Bible était alors dans toutes les mains, non rËvangile qui rend à César ce qui est à César, et qui respire à chaque ligne Pesprit de paix et de charité, mais PÀncien Testament, où les prophètes ont tant de dures paroles, de menaces et de cris de révçlte contre les tyrans. Le tyran, pour les seigneurs, c^était le roi, secrètement favorable aux Bourbon ; pour les huguenots, c^était encore ce roi, Pinstrument des Guise. François I*' avait été bien près de croire que la royauté était tout; on en venait presque à penser qu^elle ne devait être rien.

llaiilène i^erre on f^aerre des trois Henri (1566- 1589). Bataille 4e Contras (1S89]. — Les hostilités furent sans importance en 1586, mais Pannée suivante les secours promis par les alliés des deux partis arrivèrent et de plus grands coups furent frappés. Henri III conçut un plan qui ne manquait pas d'habileté, comme machiavélisme; il se mit à la tête d'une bonne armée qui devait tenir la Loire, envoya Joyeuse bien pourvu contre le roi de Navarre en Gtiyenne, et donna assez peu d'hommes au duc de Guise pour arrêter les Allemands. Il avait bon espoir de faire battre Navarre par Joyeuse, Guise par les Allemands; après quoi, lui-même, au centre, accablerait, par la supériorité de ses forces, ce qui resterait de ces trois armées d'étrangers, de calvinistes et de ligueurs. Tout lui fut contraire.

Henri de Navarre ne pouvant percer les armées de Joyeuse et du roi, pour donner la main à ses auxiliaires allemands, au nord de la Loire, attira Joyeuse dans le midi, en plein »

Page 1