HENRI
pays huguenot. Les deux armées se rencontrèrent à Coutras, au confluent de Flsle et de la Dronne. Quand les huguenots virent l'ennemi, leurs ministres entonnèrent le verset du psaume cxlyii :
■ Voici rheureuse journée qui répond à nos désirs ; *
et en même temps ils se mirent à genoux, c Ils tremblent, s^écria la folle jeunesse qui accompagnait Joyeuse ; les poltrons se confessent. — Vous vous trompez, reprit un vieux capitaine; quand les huguenots font cette mine ils sont résolus de vaincre ou de mourir. — Cousins ! cria le roi de Navarre à Condé et à Soissons, je ne*vous dis autre chose sinon que vous êtes du sang de Bourbon, et, vive Dieu! je vous montrerai que je suis votre aîné. — Et nous, que vous avez de bons cadets. > Le Béarnais avait mêlé des arquebusiers à ses escadrons; il attendit la charge de la gendarmerie de Joyeuse à quinze pas, fit feu à bout portant, puis s'élança avec les siens : en une heure il ne se trouva plus un homme de Tarmée royale qui ne fût à terre ou en fuite. A la fin du combat, le roi de Navarre se battait encore seul à seul avec le cornette Château-Renard, c Rends-toi, Philistin,» lui criat-il, et il le fit prisonnier. Joyeuse remettait son épée à deux huguenots, quand un troisième lui fracassa la tête d'un coup de pistolet (oct. 1587). Cette victoire n'eut qu'un effet moral. Henri perdit son temps à porter aux pieds de la comtesse de Grammont les enseignes prises à l'ennemi. Ce fut la dernière faute sérieuse que la passion lui fit commettre.
Pendant qu'il courait ainsi au fond de la Gascogne, au lieu d'acculer les débris de l'armée de Joyeuse à la Loire, le duc de Guise, au nord du fleuve, triomphait des Allemands. Il n'eut garde d'attaquer, avec 12 000 hommes à peine, qu'il avait, l'armée du baron de Dohna. Il harcela ses fiancs, enleva ses traineurs, ses convois et ses fourrageurs. Dohna, après de longues hésitations, se porta sur la Loire, vers la Charité; il y trouva Henri III, qui lui barra le passage et le rejeta sur le duc de Guise. Les Suisses se dégoûtaient déjà d'une campagne où ils ne gagnaient rien, lorsque Guise les surprit à Vimory, près de Montargis, et leur tua 2000 hommes. Dohna erra quelque temps entre les deux armées dans la position la plus critique; Henri 111 eut la maladresse de laisser à son rival la gloire d'en débarrasser le pays. Tandis qu'il travaillait les Suisses en dessous main, pour les acheter,
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Guise en fit un nouveau carnage près d'Âuneau, et acheva leur dispersion (1587).
^ ^onmée de» Barricades (1588). — Henri III rentra à Paris, doublement vaincu et par la Ligue et par les huguenots. Il descendit cependant à Notre-Dame pour aller triomphalement remercier Dieu de sa victoire sur les ennemis de la foi et du royaume. Mais il ne trompa personne. « Saûl en atuô 100, » criait-on sur son passage, a David en a tué 10 000. > Et quelques jours après, la Sorbonne décidait « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes qu'on ne trouvait pas tels qu'il fallait, comme l'administration aux tuteurs qu'on avait pour suspects. » Henri III* ne pouvait plus s'y méprendre. Il défendit au duc de Guise de venir à Paris, et cantonna dans les faubourgs Saint-Denis et Saint^Martin 4:000 Suisses avec plusieurs compagnies des gardes. Les Seize se crurent perdus, ils appelèrent le Balafré, qui, sans tenir compte d'une nouvelle défense, arriva le 9 mai.
Il fut à peine reconnu, que les cris de Hosanna Filio David retentirent dans tout Paris et l'accompagnèrent jusqu'au Louvre. Une vieille femme perça la foule et l'arrêtant pour le contempler, s'écria c qu'elle mourrait contente, maintenant qu'elle avait vu le libérateur. » Le roi le reçut pâle de colère. « Je vous avais fait avertir, lui dit-il, que vous ne vinssiez pas; » et, malgré les excuses du duc, il l'eût fait assassiner peut-être dans cette première entrevue, si sa mère et ses conseillers ne l'en eussent détourné, par la crainte du soulèvement de tout Paris. Le roi et le chef de la Ligue se fortifièrent, l'un dans le Louvre, l'autre dans l'hôtel de Guise. On négocia encore deux jours. Le 11 au matin, le duc revint au Louvre bien accompagné, parla haut, somma le roi de renvoyer ses conseillers, d'établir l'inquisition, et de pousser à outrance la guerre contre les hérétiques.
Le soir, le roi fit ordonner aux compagnies des gardes bourgeoises, dont il se croyait sûr, d'occuper plusieurs places, et, le lendemain matin, introduisit par la porte Saint- Honoré, et envoya sur le pont Saint-Michel et sur le Marché- Neuf les Suisses et 2000 hommes de gardes françaises. Mais les gardes bourgeoises firent défaut; et quand on vit les Suisses dans la cité, on crut que Henri III méditait une Saint-Barthélémy de catholiques. Le peuple s'arrêta près de la Bastille, ainsi qu'à la place Maubert, et y commença des barricades aux cris de : « Vive l'Union 1 vive la Ligue! > En
deux heures, tout Paris fut en armes, toutes les rues furent rendues impraticables et les barricades, avançant, atteignirent bientôt jusqu'aux places occupées par les troupes.
Le comte de Brissac s'était mis à la tête du peuple. Les Suisses, attaqués de tous côtés par une grêle de balles et de projectiles, furent refoulés en désordre, et, peu habitués h une telle guerre, crièrent merci. Guise sortit alors de son hôtel en pourpoint blanc, une baguette à la main, sauva les Suisses qui allaient être massacrés, les renvoya au roi avec un insultant dédain, et apaisa tout comme par enchantement. Il ne voulait encore que le pouvoir et non le titre, et se contentait de devenir le maire du palais d'un nouveau roi fainéant. C'était trop ou trop peu : Henri III lui dépêcha sa mère. Il demanda la lieutenance générale du royaume pour lui-même, la convocation des états à Paris, la déchéance des Bourbon, des gouvernements de provinces et toutes les charges pour ses amis; La reine mère débattit trois heures durant ces conditions. Pendant ce temps, l'attaque était suspendue; Henri III put sortir du Louvre et s'enfuir: il jura qu'il ne rentrerait dans sa capitale que par la brèche.
Seconds états de Blois (1588). — Le duc de Guise av.ait commis une faute : mais s'il n'avait pas le roi, il tenait Paris. Le soir même, il alla engager le premier président Achille de Harlay à ne pas interrompre le cours de la justice. L'austère magistrat lui reprocha durement ses entreprises et termina en disant : « C'est grand'pitié, quand le valet chasse le maître; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi, mon corps est entre les mains des méchants. — Je me suis trouvé, dit Guise après cette entrevue, à des batailles, à des assauts et à des rencontres les plus dangereuses du monde ; mais jamais je n'ai été étonné comme à l'abord de ce personnage. »
Il y avait un roi de Paris et un roi de France ; on négocia encore, et on vit avec étonnement Henri III accorder ce que, deux mois auparavant, il refusait en face des barricades. Il consentit à disgracier d'Épernon, jura de ne déposer les armes qu'après la destruction des hérétiques, déclara déchu de ses droits au trône tout prince non catholique, nomma le duc de Guise lieutenant général, et convoqua les états à Blois*. Il semblait donc que tout ce qu'il avait gagné à fuir
. Blois, dans l'ancienne province d'Orléans, s'élève en amphité&tre, bord de la Loire. Louis XXI y naquit, fit reconstruire l'ancien ch&teau