‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 13 sur 73 · DB 1589 A · texte numérisé non relu

DB 1589 A

c Rompre la loi salique , s'écria un ligueur, c'est perdre le royaume i «Mayenne demanda deux jours pour délibérer, c d'totant que c'était, disait-il, la délibération la plus haute qui ae pût traiter en chrétienté. » Le délai expiré, on ne fut guère plus avancé. Dans la première séance générale, on pressa davantage l'ambassadeur; on lui demanda quel époux le roi destinait à sa fille, c L'archiduc Ernest d'Aulriche, » répondit-il. Ce fut une explosion de murmures , car quelques - uns avaient compté , au moins, sur lé jeune duc de Guise, ^nsi, c'était à un prince étranger, à une princesse étrangère, qu'on livrait la France; c'était cette maison d*Antriche g[ue nos rois avaient combattue pendant cinquante ans que la Ligue amenait au Louvre. La lumière se fit

Déjà le 8 avril un prédicateur avait dit à l'église Saint- Jacques la Boucherie : c II n'y a plus de religion parmi nous. tout n'est qu'ambition ; les beaux états qu'on lient I c'est la cour du roi Pétaud , où chacun veut être le maître. Il n'est aucun de nos gouverneurs qui n'aspire à être roi, et c'est à qui emportera le morceau, i Telle fut bientôt l'opinion de tous. Elle eut plus tard (1594) son expression dans un merveilleux pamphlet , la Satire Ménippéâj œuvre dé quelques bourgeois parisiens, le chanoine P. le Roy, Nicolas Rapin, Passerat, Pierre Pithou. etc., qui achevèrent de tuer la Ligue par le ridicule. Le CcUhoIkon (TEspagne, première partie de la satire, démasqua l'ambition que Philippe II cachait sous les dehors de champion du catholicisme ; dans V Abrégé dt$ étatê de la Ligue^ chacun des grands personnages qui avaient joué leur rôle dans l'Union vint étaler sa folle ambition ou sa honteuse avidité. Enfin, un député du tiers, dans un discours qui s'élevait jusqu'à l'éloquence, faisait toucher du doigt à chacun la morale du pamphlet. « Il faut, disaitil, qu'ayant la mort entre les dents, nous disions que nous nous portons bien. 0 Paris qui n'es plus Paris, mais une spélunque (caverne) de bètei farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile de voleurs, meurtriers et assassinateurs ; te voilà aux fers, te voilà en l'inquisition d'Espagne, plus intolérable mille fois et plus dure à supporter aux esprits nés libres et francs, que les plus cruelles morts! »

La raison commençait à surnager par-dessus l'écume des passions à moitié apaisées. Pendant que les états continuaient

les longues disputes qui cachaient mal leur indécisioni quelques magistrats du parlement prirent courage : c Voilà VéuA où nous sommes réduits, s'écria Tun d'eux, du Vair, seize coquins ont fait vente au roi d Espagne de la couronne de France. Non , jamais peut-être il ne s'ouït dire que si lîcenciciisement, si effrontément on se joua de la fortune d^un si grand et si puissant royaume, si publiquement on trafiqua d une telle couronne, si impudemment on mit vos vies, vos biens, votre honneur, votre liberté à Tenchère, comme Ton fait aujourd'hui : et en quel lieu? au cœur de la France!» Sur la proposition du courageux magistrat, le parlement rendit un arrêt par lequel il ordonna que c remontrances seraient faites à M. le lieutenant général, à ce qu'aucun traité ne se Ht pour transférer la couronne en la main de princes étrangers (28 juin), u C'était le premier acte de bon sens et de patriotisme qui eût été fait depuis longtemps; Henri IV fil le second.

Converfiloii du roi (1503); «ntr^e de Henri WW à Paris (1504:]. — L'ambassadeur d'Espagne ayant reconnu qu'en demandant trop il avait tout compromis , essayait de revenir sur ses pas et proposait le mariage de Tinûinte avec le duc de Guise : c'était trop tard.

Le peuple était maintenant affamé de paix , d'autant plus que Henri IV, à ce moment, se décidait à franchir le dernier pas. Quoiqu'il en coûtât beaucoup au fils de Jeanne d'Âlbret, à l'élève de Goligny, de rompre avec ces huguenots « qui l'avaient apporté sur leurs épaules de deçà la rivière de Loire, » il suivit l'avis des plus sages, et, le 23 juillet, après un débat de quelques heures avec les docteurs catholiques réunis à Mantes, il se déclara convaincu. Malgré le fameux billet à Gabrie!le, c après-<iemain je fais le saut périlleux, » il l'était en vérité; non qu'il eût bien discuté les dogmes, ce n'était point affaire à lui, mais il avait bien étudié les maux de la France. Le surlendemain , 25 , il dit adieu, en pleurant, aux ministres de la religion qu'il abandonnait; et, escorté des princes, des grands officiers de la couronne et d'une nombreuse noblesse, il se dirigea vers ré<j:lise de Saint-Denis. Le bruit en était venu jusqu'à Paris; malgré les ordres de Mayenne et du corps de ville, une foule de Parisiens se rendirent sur son passage et l'accueillirent aux cris de : Vive le roi!

Arrivé aux portes de la basilique, il frappa; l'archevêque

de Bourges parut, c Qui êtes- vous? lui demancki-t-il. — Je suis le roi. — Que demandez-vous? — A être reçu au giron de rËglise catholique, apostolique et romaine, t II s'agenouilla et Gt sa profession de foi. c Je jure, dit-il , devant la face du Dieu tout-puissant,. de vivre et de mourir en la religion catholique ; de la protéger et défendre envers et contre tous, au péril de mon sang et de ma vie, renonçant à toutes hérésies contraires à icelle. »

Quelques prédicateurs de la Ligue essayèrent vainement de présenter cet acte comme une hypocrisie. « On Ta vu, disait Tun d eux, en une même heure huguenot et catholique, et puis le voilà à la messe, et sonne le tambourin ! » Le plus grand nombre r< garda cette conversion comme le gage d'une patriotique réconciliation. Les états furent tués du coup. Ils déclarèrent qu'ils n^avaient point pouvoir pour régler la succession au trône, renouvelèrent le serment d'union, ordonnèrent la publication du concile de Trente , pour f^ire quelque chose, et se dispersèrent au milieu de l'indifférence générale. Dans les provinces, la réaction se prononça davantage. Ljon s'insurgea contre le duc de Nemours et arbora le drapeaa blanc ; Meaux, Péronne, Montdidier, Vitry, Orléans, entraioèrent leurs gouverneurs. Le sacre, qui eut lieu dans la cathédrale de Chartres (27 février ]59(i), augmenta ces dispositions. Là où l'entraînement populaire ne suffisait pas, Henri aida au dénoûmeni par d habiles négociations. Ainsi il acheta Paris à Brissac par un bâton de uiarécbal« les gouvernements de Mantes et de Corbeil, et 200000 ôcus.

Brissac prit soin que rien ne vînt rompre son marché; il éloigna ou occupa les troupes dont il se défiait. Le 21 mars au matin, ^000 hommes d'élite se présentèrent à la porte Saint-Denis et à la porte Neuve. Quelques Allemands qui s'y trouvaient mirent bas les armes. Les troupes royales en bon ordre descendirent au centre de Paris et occupèrent silencieusement les principales places. Le peuple ne montra d'abord que de la stupéfaction. Mais quand le roi se présenta, reçu par Brissac et le prévôt des marchands, l'iluillier, moitié souriant, moitié menaçant, les cloches sonnèrent à pleines volées, et les cris de : c Vive la paix! Vive le roi! » le saluèrent. Quelques litçueurs qui voulurent remuer furent contenus par les gardes bourgeoises. La garnison espagnole, au nombre de 3000 hommes, se cantonna dans le faubourg

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Saint-Antoine, espérant d'abord y faire résistance. Quand elle sut le roi au Louvre et toute la ville satisfaite ou tranquille, elle se résigna à sortir avec les honneurs de la guerre. L'ambassadeui-, duc de Féria, passant avec elle sous les fenêtres du palais, ne fît au roi qu'un maigre salut. « Messieurs, dit Henri avec son ironie habituelle, recommandez-moi à votre maître, mais n'y revenez plus ! » Ils n'y étaient que trop venus! Un ligueur, Villeroy, en fait l'aveu. « Nous n'avons soutenu la guerre depuis le commencement que des deniers du roi d'Espagne et avec ses forces. »

Sioumiaiiioii des lig^ueum. — Le roi avait la capitale, où le parlement épuré et restauré abolit les arrêts rendus contre lui, où la Sorbonne reconstituée le reconnut pour vrai et légitime roi, mais il n'avait pas toute la France; les Espagnols y étaient encore, et les chefs ligueurs comptaient ne sortir de celte longue tourmente que les mains bien garnies.

Henri marcha d'abord contre les Espagnols et les Lorrains, fortement établis dans quelques places de la frontière du nord, surtout à Laon. Un de ses partisans les plus dévoués, dont le rôle grandissait chaque jour, Maximilien de Béthune, baron de Rosny, plus tard duc de Sully, fut chargé des traités et eut ordre c de n'y point user de façons ni remises, > Henri voulant à tout prix « marier son royaume à la paix. » La présence seule du roi fît déclarer Abbeville malgré d'Aumale, Troyes et Sens malgré les Lorrains. Biron, le fils du maréchal récemment mort k Épernay, aussi brave et habile que son père, commença avec 8000 hommes les tranchées autour de Laon, tint tête à une armée de secours arrivée des Pays-Bas, et emporta la ville dont la reddition décida celle d'Amiens, de Beauvais, de Château-Thierry et de Cambrai.

Le siège en règle fait par les promesses et Targent de Sully à la Ligue eut des résultats encore plus prompts. Villars-Brancas livra Rouen et la Normandie pour la charge d'amiral et 60000 livres de pension. — Le fils du Balafré, Guise, céda ses places en Champagne pour 24000 livms de pension et le gouvernement de la Provence .(nov. 1594J: le duc de Lorraine fit sa paix pour 900000 écus et le gouvernement de Toul et de Verdun. On félicitait un jour Henri IV de ce que ses loyaux sujets lui avaient rendu son royaume : jc dites vendu, » s'écria-t-il. Sully estime qu'il lui en coûta 32 millions qui en vaudraient quatre ou cinq fois autant au-

Ctlhidrili d* Cluuini.

jourd'hui. Pour mieux finir la guerre civile, Henri commença une guerre nationale contre Tôtranger.

Guerre ayee l'Espag^iie : combat de Fontalne-Fraiiçaise (ld05). — L'Espagne seule perpétrait la résistance des derniers ligueurs, et retardait l'absolution pontificale qui manquait à Henri IV. Peut-être môme ne fut-elle pas étrangère à une tentative d'assassinat contre le roi. Un jeune homme, Jean Ghâtel, lui porta un coup de couteau kla gorge. Henri, en se baissant pour embrasser un seigneur, évita le coup et ne fut frappé qu'à la lèvre. Châtel avait étudié chez les jésuites, et était en relations avec plusieurs d'entre eux. Ces pères s'étaient montrés dans la Ligue les plus ardents fauteurs des prétentions espagnoles. Un d'eux fut exécuté après Châtel * ; un arrêt du parlement bannit les autres du royaume le 8 janvier 1595, c comme perturbateur! du repos public et corrupteurs de la jeunesse. » Le 17 du môme mois, Henri déclara solennellement la guerre à Philippe IL

Celui-ci ordonna au gouverneur du Milanais, Vélasco, de passer dans la franche-Comté, et à Fuentès, gouverneur des l'ays-Bas, de se jeter en Picardie. Henri IV courut au-devant du premier et renouvela en Bourgogne ses héroïques témérités. Le k juin, il fut surpris avec le maréchal de fiiron près de Fontaine-Française par l'armée ennemie ; il n'avait qu'une poignée de braves autour de sa personne. « fuites, messieurs, leur dit-il, comme vous m'allez voir faire, » et, en risquant dix fois sa vie; il arrêta l'eflort des Espagnols; ses troupes eurent le temps de le rejoindre. Pendant qu'il était sur la Saône, le couite de Fuentès arrivait sur la Somme, entrait dans Ham, dans le Câtelet, dans Douileua, où il saccagea tout, et faisait tomber Cambrai, par la craiute d'un sort semblable.

Absolution du roi (sept. 1505). — L*absolution, depuis longtemps demandée au pape par Henri IV, couyiit heureusement ces revers. Philippe II menaça en vain, c Glé'!> ment Vil, dit un cardinal, a perdu l'Angleterre par trop de

1. Il avait approuvé, dans des écrits qu'on saisit au collège de ClemuQQt, le meurtre de Henri lit, et y soutenait une doctrine qu'on rétrouva dans l'inltiirof^atoire de Chàlei. Ce jeune homme, souille de vices, avait voulu, dis.iit-il, racheter son âme en tuant le roi, « chose permise, puisqu'il n'était pas approuvé du pape. • Un vicaire de Saint Nicolas des Champs fut exécuté pour des uropos pareils : c'était le vieux levain de la Ligue qui fermentait encore dans quelques cimes dépravées.

Yivàdtè; que taôtteûl VÏÏIn^ pttie pas la Franfte paf frop de teûtèur. > Les denx ^ùibitôsàdettlrs dti itî, Dnperron et dX)8sai, âyàm âbjtrrè VliériSsre àiti nom ûé Heùri, et promis la piibti«atit>n des déeirét»dû Cbncile de Trente, excepté ceux qui p6u1rraieiit eïcitei* iqùel^ès fronble», le giratad péùitendelr toucha ide sa ba^^iréite la tête des ambassadeurs agenonillèft, el le pape ptonofi^a la f6tinule d^bsôbtlon au mâieû d«s ntclatoatroiM dtt peuplé. Lé tx)i, titr l^sto, rempli«ttlt partout tt mitmtiéuseméûi lès devoir^ dSih bon catfabliqite. A ht mesâè, H édifiaft les fidèlei»; àù pltls loïig sftjMdm, il ne mobiMl psi d^ftûi, el lé }6ur dé Pâques il tMndudt tto èérouelleé. On ti*àuïitàt pu trouter prince plus orlMék>xe%

(ifelM). «- C>Hafl l^Ténement qu^aUendàil Mayenne pour féfre Ml W^UinissiôQ. n rendit ses deimiéres places et reçut en MiaâKe lé gouterhemeAt ée la Bourgogne, trois villes de 8(ùrétt ét^35 000 écus. La première entrevue ât» deûï enctem «nnemis eut lieu au chàtcHftti de Monceaux, dans la Hrfe. Rètkri embrassa Mayetme, le prit bar le bras, et le fit pttMnéttet à grundS pas par les jardins. Bfoyéttkie, très^-gros, trtMl-pesatat, sUait et soufflait, était téndU. Hemi s'arrêta efribi et lui tendant la main : c Totrchez là, mon cousin, voilà le seul mal que vous recevtez jamais de moi. i Ce fut, en effet, la seule vengeance qu^ tira du chef de la Ligue. Màyentoé', au reste, le servit depuis ce jour avec fidélité, et sauva péii(r-ètre devant Amiens Tarihèe royale, surprise par ses anciens amis, les Espagnols. Son neveu, le duc de Guise, fit mieux encore : il reconquit la Provence et Marseille sur te duc de Savoie, les th)upes de Philippe II et des traîtres. Le premier de ces traîtres, d'Épernon, trouva pourtant moyen de fûre un bon accommodement. Il stipula, avant de poser les armes, qu\>n lui assurerait les gouvernements d'Angoumois et de Saintonge, de Limousin et de Périgord. Joyeuse 86 fit de même donner le Languedoc. Le roi ne refusait rien, bien sûr de tout reprendre un jour, quand il aurait remis un peu d'ordre dans le chaos que la Ligue lui avait légué.

1. Voy. le récit de la semaine eaiote, passée par Henri IV en 1598 à An- Rers dans le Journal de Louvet, forcené ligueur qui n'élait devenu royallsle ^e defrato l'hbsotatlon donnée par le papè.(Mo(zriii, La Ligui «c Ânjom^ p. 313.)

Assemblée des notables à Ronen (1506). — Il fallait pourtant se procurer des ressources. Henri, pour les trouver, convoqua à Rouen une assemblée de notables, et leur parla avec cette bonhomie brusque qui cachait tant de finesse et qui lui gagnait les cœurs : c Si je voulois acquérir le titre d'orateur, j'aurois appris quelque belle et longue harangue, et vous la prononcerois avec assez de gravité. Mais, aiessieurs, mon désir me pousse à de plus glorieux titres, qui sont de m*appeler libérateur et restaurateur de cet Estât. Pour à quoi parvenir je vous ai assemblés. Vous savez à vos dépens, comme moi aux miens, que lorsque Dieu m^a appelé à celle couronne, j'ai trouvé la France, non-seulement quasi ruinée, mais presque toute perdue pour les François. Par la grâce de Dieu, par les prières et les bons conseils de mes serviteurs qui ne font profession des armes, par Tépéedema brave et généreuse noblesse (de laquelle je ne distingue pas les princes, pour être noslre plus beau titre, foi de geniil' homme l), par mes peines et labeurs, je Tai sauvée de la perte; sauvons la à celte heure de la ruine. Participez, mes chers sujets, à celle seconde gloire avec moi, comme vous avez fait à la première. Je ne vous ai point appelés, comme faisoicnt mes prédécesseurs, pour vous faire approuver mes volontés. Je vous ai assemblés pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre; bref, pour me mettre en tutelle, entre vos mains, envie qui ne prend guère aux rois, aux barbes grises, aux victorieux. Mais la violente amour que je porte à mes sujets et Textrême envie que j'ai d'ajouter ces deux beaux titres à celui de roi, mo font trouver tout aisé et honorable. »

Henri n'avait nul désir d'être pris au mot. Gabrielle lui marquant son étonnement qu'il parlât de se mettre en tutelle : c II est vrai, répondit-il, mais, ventre saint-griàl je l'entends avec mon épée au côté. » Il portait aussi haut qu'aucun des rois, ses contemporains, l'idée de son pouvoir; ce prince, si débonnaire à Rouen, répondait un jour aux remontrances du parlement par ces paroles qui ne sentaient plus le Béarnais : « Ma volonté devroil servir de raison. On ne la demande jamais au prince dans un État obéissant. Je suis roi : je vous parle en roi; je veux être obéi*. » Et il le

1. Les Mémoires de d'Aubigné et les Hi$toriett$s de Tallemant ont tué la Henri IV débonnaire et paterne de 1814.

fut. Sous les ruines amoncelées partant de guerres, Henri IV retrouva et reprit sans effort nouveau l'autorité absolue de François I», parce que la démocratie sacerdotale de la Ligue, pas plus que les convoitises féodales de la noblesse, n'avaient su fonder des libertés durables. On s'était disputé le ciel, on perdit la terre.

L'assemblée de Rouen fut inutile; on y proposa des plans impraticables; Henri en fut plus libre d'exécuter les siens. Il avait mieux que le conseil de raison que les notables lui donnèrent: c'était Sully, le génie personnifié de Tordre.

Svrpriae d'Amiens (1507); floumiaiiioii deHercœur. — Mais le temps des réformes n'était pas venu, puisque celui des épreuves n'était pas encore passé. En 1596, les Espagnols avaient pris Calais et ce coup avait retenti douloureusement au cœur de la France; l'année suivante (mars 1597), ils entrèrent dans Amiens. Les habitants avaient refusé de recevoir une garnison royale. Porto-Carrero, gouverneur espagnol de Doullens, averti qu'ils se gardaient bien la nuit, mais fort n&al le jour, vint s'embusquer avec dOOO hommes d'élite non loin des murs. Quand au matin on ouvrit la porte, des paysans se présentèrent chargés de sacs; l'un d'eux laissa le sien s'ouvrir ; il s'en échappa quantité de noix qui roulèrent à terre et que les hommes du guet se disputèrent en riant. Au même moment, une charrette survint; lorsqu'elle se trouva engagée sous la porte de manière à empêcher la herse de tomber, celui qui la conduisait coupa les traits des chevaux; les faux paysans tirèrent des épées, des pistolets cachés sous leurs souquenilles et égorgèrent le guet; leurs camarades accoururent; la ville était prise.

Henn se trouvait dans sa capitale, au milieu des fêtes, «luand il apprit que les Espagnols étaient dans Amiens, à trente lieues de Paris, a C'est assez faire le roi de France, dit-il; il est temps de faire le roi de Navarre! » et il endossa la cuirasse. Il courut devant Amiens avec Biron et sa belle arlillerie, toute sa noblesse du nord et plus de 20 000 hommes. Rosny avait promis d'assurer les vivres et les munitions; il tint parole. Une armée venue des Pays-Bas pour troubler le siège y retourna sans avoir rien fait. Amiens se rendit (septembre). La rapidité de cette opération releva encore le nom du roi k l'étranger, et prouva la force delà France. Mercœur,

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un prince lorrain qui s'était fait de la Bretagne une sorte de souveraineté, marchandait depuis quatre ans sa soumission. Voyant i'arniée royale prête à venir sur lui, il jugea priident de faire la paix avant qu'elle fût dans sa province, tl renvoya les Espagnols qu'il avait reçus à Blavet, et obtint des conditions dont Sully se scandalisa; mais il avait offert la main de sa iille et son immense héritage à César de Vendôme, ûls de Gabrielle d'Estrées et du roi. Il parut se èér mettre volontairement, en faveur de son gendre, de son gouvernement, et reçut pour lui et ses partisans force pensions et indemnités (février 1598). C'était le dernier des grands chefs ligueurs. La guerre civile était finie.

É<llt de IVanteti (13 avril 1598). — Quelques jOUrs après, Henri termina aussi la guerre religieuse par la pacification qui porte le nom d'Édit de Nantes, Depuis sa conversion, les calvinistes le boudaient. Plusieurs seigneurs rétormés avaient fait comme lui, mais la masse résistait, et les ministres qui s'étaient mis à la tête du parti, à la place des gens de guerre, se montraient moins traitables. En vain le roi les flattait avec cet abandon et cette bonhomie qui lui gagnaient les cœurs ; il y avait là des convictions sérieuses et des caractères qui ne savaient pas plier sous la pression des intérêts *. Un jour d^Aubigné vient saluer son ancien maître. Henri le reçoit à bras ouverts ; il le présente à Gabrielle d'Estrées; il lui fait embrasser ses enfants. Le huguenot reste silencieux. Pour fondre cette glace, Henri lui parle de ses dangers, lui montre sa lèvre percée par le poignard dié Jean Châtel. Alors, enfin, d'Aubigné parle ; et, devant cette femme, devant ces enfants : « Sire, dit-il au roi, jusqu^'ici vous n'a-^ vez renié Dieu que des lèvres, et il vous a frappé aux lèvres» quand vous le renierez du cœur, il vous frappera au cœur. » Heureusement les chefs avaient assez de guerre; Henri, d^ailleurs, leur offrait de bonnes et justes conditions, celles que THôpital leur promettait trente-six ans auparavant : lalibelrté de conscience partout, la liberté du culte dans Tintérieur des châteaux % dans toutes les villes où ce culte se trouvait de

!. Ces minisires continuèrent la guerre à l^ar façon, raftme «près l'édit de N: ttl^s. Dans un synode tenu à Gap en 1003, ils déclarèrent gravement que le pape était l'antechrist, et ajouièrent cette déclaration à U coB» fession de foi du parti. (Weiss, Histoire du réfuyies proUsianUf i. I, page 9.)

2 Pour les seigneurs hauts justiciers qui étaient 3506, selon M. wei?» (t6t(i., t, I, p. 3),ils pouvaient admettre aux sermons les familles de leart vassaux.

lors établi, 6u tout au moins dans une ville ou bourg par bailliage. Les écoles leur étaient ouvertes, les fonctions publiques accessibles. Des places de sûreté leur étaient données, et des chambres mi-parties de protestants et de catholiques jugeraient dans les parlements de Paris, de Toulouse, de Grenoble et de Bordeaux, les procès où des protestants seraient impliqués. Enfin, ce qui les constituait comme un État dans rÉût, on leur reconnaissait le droit de s^assembler, tons les trois ans, par députés, pour présenter au gouvernement leurs réclamations. Cet édit proclamait donc enfin le principe moderne de la tolérance en matière de religion, et cet autre que TÉtat doit s^élever au-dessus des partis religieux pour leur imposer le respect de la paix publique. C^était la rupture définitive avec le moyen âge.

Traité de Vervlna (1508). ~~ Dix-neuf jours après (2 mai), les députés du.roi signaient, à Vervins, la paix avec l'Espagne. Philippe II, vaincu par TAngleterre, par les Provinces-Unies de Hollande et par celui qu'il appelait le prince de Béam, voyait après tant d^efforts, son ambition partout déçue, sa monarchie, comme lui-même, épuisée, mourante. Il voulut au moins finir en paix. Le traité de Vervins (1598) établit entre les deux États les frontières tracées quarante ans auparavant par le traité de Gâteau-Gambrésis. La France et TEspagne semblaient revenir Tune et Pautre au même point. Mais Tune s'y trouvait sans force, presque sans vie, l'autre pleine de jeunesse et d^ardeur. Le sombre despotisme de PbiUppe II avait précipité l'Espagne dans une décadence d'où deux siècles ne l'ont pas encore tirée; le règne dQ Henri IV commençait par la conciliation des partis, un des grands âges de la France. D'affreuses calamités avaient pendant ces quarante années passé sur notre pays ; mais une grande question avait été résolue : la France, restée catholique sans l'inquisition, gardait sa forte royauté qui lui était encore nécessaire, et le pays ne reculait pas de cinq siècles en arrière pour entrer dans l'anarchie féodale et municipale.

Ac^alalllon de lu Bresie et du Bo|pey (IGOl). — fl Les louveteaux de Savoie, comme disait le cardinal d'Ossat, avaient profilé des embarras de la France en 1588, pour s'emparer du marquisat de Saluées. Henri le réclama, et le duc refusant de le restituer, il lui déclara la guerre (1600)» enleva sans beaucoup de difficulté les places que ce prince possédait à la droite du Rhône, et l'obligea à lui céder, en

échange de Pinutiie marquisat, la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex, c'est-à-dire tout le pays de Lyon à Genève, et de plus Château-Dauphin dans les Alpes. Ce n'étaient que de petites acquisitions ; elles assuraient pourtant à la France de sérieux avantages, puisqu'elles couvraient Lyon du côté de la Suisse et de Tltalie, et qu'elles interceptaient les communications entre la Franche-Comté, possession de rE8pagne,et la Savoie, dont le duc était sous la main du gouverneur espagnol du Milanais. Auparavant Milan et Besançon se touchaient par les États de Savoie ; la France venait de se placer entre elles.

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