CHAPITRE XLVII
ItÊOROANISATlON DE LA FRANCE PAR HENRI IV (1598-1010).
État «e la Pmnee. — En 1598, Henri IV avait duusé l'étranger, rapproché les catholiques et les protestants, mis enQn la paix au: dedans et sur les frontières. Il fallait maintenant guérir la France de tous les coups qu'elle avait reçus* « Je n^ai quasi pas un cheval sur lequel je puisse combattre, écrivait Henri, en 1596 ; mes pourpoints sont troués au coude, et ma marmite est souvent renversée. » Le pays ressemblait à son roi. Un contemporain* estimait, dès 1580, que 800000 (lersonnes avaient déjà péri par la guerre et les massacras ; que 9 villes avaient été rasées, 250 villages brûlés, 198000 maisons détruites. Et depuis cette époque qui précède la Ligue, combien de ruines nouvelles! les ateliers sans travail, le commerce interrompu, Tagriculture désolée, partout le brigandage, voilà d'où il fallait que Henri IV tirât la France. La noblesse lui avait proposé un moyen pour sortir de cette détresse ; elle lui offrait tout l'argent nécessaire au gouvernement et à Tentretien de Tannée, à condition seulement de
1. L'matear da très-enrienz liTre, Le tecret d$i Ananee*, imprimé en I58i MQs le nom de Promenteau. L'ordonnance de Blois, en 1S79, parie aassi • dei conUnoelies plaintes que nom avons eontre plusiean seigneurs, gentilsliommes et antres qni traTaillent leara sujets et habitants du plat pays, par contribution de denrées on grains, oorréee ou autres vezations indues et mauvais traitements... • Art, 283.
trouver bon c que ceux qui avoient des gouTernenuMiti pu commission les pussent conserver en propriété, en les recognoissant de la couronne par simple hommage-lige, chou qui s estoit autrefois pratiquée > Cette chose autrerola pratiquée était précisément ce que la royauté n'avait pu cessé de détruire pièce à piËce depuis deui siècles, et Henri IV (.tait moins disposé qu aucun de ses prédécesseurs à restaurer la féodalité C e^t en retirant au contraire la France d« mains de ces « tyranoeanxi pour la gouverner Iui-mA> me, qu il entreprit de U laire renaître,
«■II» — Henri avut d^jà trouvé rhomme qui devait l'aider dans cette ceuvre, plus difficile qns celle des champs de bataille un homme de ferme bon sens cmur intrépide et pourtant esprit aviaâ, la protestant Hvdmilien de Béthune, plus tard duc de Sully II éUitné au chAtWD deRosny, près de Hantas, en 1560, et avait sept ans de moins que le roi. A l'époque de la Saint-Barthélémy, il étudiait à Paris, Son gouverneur et son valet furent tués; il ne se déconcerta pas, malgré ses douze ans, et, avec sa robe ^ d écolier, sous le bras un
livre d Heures qui lui servit de passe-port à tiavers les assassins , il alla demander asile au principal du collège de Bourgogne, où il resta caché trois jours, 11 s'attacha au roi de Navarre, le suivit dans toutes ses aventures et ses batailles, se montrant uissi brave que pas un : souvent blessé, k Ivry, par exemple, d'où on t'emportait mourant quand le roi le rencontra et « l'embrassa des deux bras, ■ comme t brave Eoldat, vrai et franc chevalier. ■ Point chevalier toutefois h la faton des paladins
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de roman, car s^il faisait bien les affaires de son maître, il n'oubliait pas les siennes, épousait une ricbe béritière, une Coortenay, ne dédaignait point les profits de la guerre : pillage de Tilles ou rançon de captifs, pas même ceux du négoce ; acbetait à bas prix en Allemagne des chevaux qu'il revendit fort cher en Gascogne et, poussant de toute façon honnête sa fortune, mettait Tordre dans sa maison, comme il le mettra dans les finances publiques. Mais, dévoué au prince et à FËtat, le bon ménager coupait ses bois ,de Rosny pour en porter le prix à Henri, à bout de ressources, et le lélé protestant conseillait au roi de finir la guerre en se Cuisant catholique. Sully n'était pas encore Golbert et n^était plus Bayard; il avait cependant quelques-unes des qualilés de l'un et de Tautre.
En 1596, Henri voulut le faire entrer dans son consul des finances, les conseillers se liguèrent contre le nouveau venu trop xélé, et d'épaisses ténèbres restèrent sur cette administration, entretenues à dessein par ceux qui trouvaient leur profit à travailler dans l'ombre. Sully parvint pourtant k dévoiler bien des fraudes et, après la paix de Yervins^ il eut la place de surintendant des finances et de grand yoyer de France (1598], puis celle de grand mattre de l'artillerie (1601). A cette cour qui avait encore quelque chose de la licence des Valois, il garda sa probité et ses mœurs comme sa religion ; il fut Fami autant que le ministre du roi, lui résista parfois pour le mieux servir, et se montra impitoyable pour tous ceux dont l'industrie était de vivre aux dépens du public.
WMtmwmm flnanelères. — Sully n'aimait pas plus que son maître c à grossir par des édits les tomes des ordonnances ; mais, s'il légiféra peu, il administra beaucoup. Il a la gloire d'avoir entrevu, deux siècles à l'avance, qnelques-uns des principes qui règlent aujourd'hui notre organisation financière. Le désordre y était extrême. La dette publique était évaluée (car nul n'en connaissait le chiffre exact) k Vêb millions, qui, aujourd'hui, en vaudraient quatre ou cinq fois autant. La France payait annuellement plus de 170 millions, sans compter les droits seigneuriaux et les corvées féodales. Le revenu net s'élevait k peine k 30 millions, dont 19 devaient être déduits pour faire honneur aux engagements de l'État. Presque tout le domaine royal était aliéné. Du haut en bas de l'administration financière, k tous les degrés, on volait. L'État ne savait pas au juste ce qn'il devait
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recevoir, pas même ce qu'il recevait, tant il s'ôgarait de recettes en route. Sully voulut se rendre compte de tout, ouvrir des registres, établir des balances entre la recclle et la dépense, dresser des états de toutee les ressources du pays, par provinces, par branches de services et fixer le budget annuel des dépenses, en interdisant à la chambre des coni;>tes d^admettre les payements qui dépasseraient les allocations portées sur ce rôle. Le bail des cinq grosses fermes^ et celui de la gabelle furent ainsi presque doublés sans charge nouvelle pour le pays. Une chambre de justice poursuivit les agents prévaricateurs ; les percepteurs furent astreints à tenir des comptes exacts, avec pièces justificatives à Tappui. Mais s'il les força d'avoir des registres journaux qui facilitaient le contrôle, il ne leur imposa pas les écritures en partie double, dont le commerce usait déjà à son très-grand avantage *. Les gouverneurs levaient arbitrairement des impôts sur leurs provinces, les seigneurs sur leurs vassaux. Ilcoup.i court aux profits de tous ces pillards, et l'impôt du roi s'en paya mieux. Le duc d'Épernon, qui se faisait ainsi 60 000 écus de recette, voulut résister. « Sully, dit Forbonnais, soutinl en homme de guerre son opération de finance. > Il révisa toutes les créances, en annula beaucoup, et réduisit le taux de l'intérêt du denier douze (8 J pour cent) au denier seize (6 }.] Il se fit rendre compte de tous les baux des fermes puiDliques et en haussa le prix. Nombre d>Dffices inutiles, de rentes frauduleuses et d'immunités illégales furent supprimés, d'autres diminués. Beaucoup de gens qui s'étaient fait nobles d'eux-mêmes rentrèrent dans la classe des taillables. L'hérédité des offices, constituée officiellement, en 1604, par le droit annuel de la paulette ^> fut une mesure moins hono-
1. Les cinq grosses fermer comprenaient tous les droits de traites on de douanes :1<* les anciens droits de haut passage de domaine forain et d'imposition foraine; 'i» la traite domaniale établie en 1577: S* l^s droits à Ventrée sur les drogueries et épiées établis par GharlM VIII, Louis XII et François I*" ; 4» les droits à l'importation de toute espèce de marchandises et denrées, créés en 1581, à raison de huit deoieri pour livre de leur valeur ou de 2 1/3 pour iOO; 5** tous ces mêmes droits levés à Calais.
2. La proposition en fut faite à Sully en 1607; elle n'a été adoptée qu'en 1807, et ce n'est que de ce jour, que la lumière sest faite dans la comptabilité. (Bailly, Histoire financière de la France^ t. II, p. 8o7.) Mollien, qui avait été négociant, l'établit depuis 1800 dans l'administration de la caisse de garantie et d'amortissement dont il fut alors nommé directeur
3. Ainsi appelé de Paulet, le traitant qui en suggéra l'idée à Sullv; moyennant le payement annuel de quatre deniers pour une livre ou du
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rable, mais vint aussi en aide au trésor. A la sôvôritô dans les receltes répondit une sage économie dans les dépenses. Aussi, à la fin du règne de Henri IV, son gouvernement avait acquitté pour 147 millions de dettes, racheté pour 80 millions de domaines, éteint près de 8 millions de rentes, réduit Timpdt de 30 à 26 millions, dont 20 entraient net à Tépargne, employé 40 millions aux fortifications ou travaux publics, assuré le service de Tannée courante et amassé une réserve de 20 millions.
Acrlcaltvre. — L^économie ménage la richesse, mais ne la crée pas. Henri lY et SuUy la demandèrent à l'agriculture, au commerce, à Tindustrie. Henri IV portait égalemen'i; ses vues sur ces ti^is sources de la fortune publique ; Sully était plus exclusif en faveur de Tagriculture : c Lid>ourage et pâiorage, a-t-il écrit dans ses Économies roffolea, sont les deux mamelles qui nourrissent la France, les vraies mines et trésors du Pérou. 1 II parcourut deux fois les provinces (1596 et 1598), afin d'étudier par lui-même les besoins dp pays, et fit rendre la grande ordonnance de 1600 qui remit au peuple l'arriéré des tailles, 20 millions, et réduisit l'impôt foncier de 1 800 000 livres. En 1596, il avait renouvelé l'andenne défense de saisir pour dettes publiques ou privées la personne des laboureurs, leurs instruments ou bestiaux de labour ; de sévères ordonnances portèrent la peine de mort contre tous gens de guerre qui courraient les champs, contre quiconque serait muni d'armes sans être employé au service du roi ou gentilhomme. Enfin, en 1601, il permit l'exportation des grains, mesure hardie pour l'époque et bien entendue, qui devait enrichir le pays loin de l'affamer. Il favorisa le dessèchement des marais. Toute terre conquise sur les eaux devint terre noble, c'est-à-dire non taillable. On vit se former ainsi tout un canton de Médoc, appelé Petite Ftandrêy à cause du grand nombre d'ouvriers flamands qui furent chargés de ces travaux, sous la direction du Brabançon Bradley, le maftre des digues.
Un gentilhomme protestant du Languedoc, Olivier de Serres, a mérité d'être appelé le père de Vagriculture française^
ftoixantlëma de la Taleur de leurs offices, les magistrats acquéraient le droit de les transmettre à leurs héritiers. En 1614, on tirait de là 1 600 ooo liTros. Auparavant, si le masistrat n'avait pas riiigné sa charge à une personse capable de la remplir quarante jours au moins avant sa mort, la ehârfo retournait aux mains da roi.
par les préceptes qu'il traça dans son Théâtre dé VÀgriûMim et son Ménage des champe^ et quMl pratiquait lui-m6ine dans une espèce de ferme modèle. Lorsque Henri IV eut reçu son livre, il s'en fit lire'chaque jour pendant trois ou quatre mois un certain nombre de pages après son dîner. Bien d*aatres le lisaient et en suivaient les conseils, car la noblesse, oisive depuis la fin des guerres civiles, vivait aux champs et pas encore dans les antichambres du roi. Henri leur avait dit tout net c qu'il serait bien aise qu'ils allassent en leurs maisons, et donner ordre à faire valoir leurs terres. » Ansii la production fit-elle de rapides progrès : jusqa*auz grandes guerres de Louis XIV, l'agriculture française fut la première de l'Europe. Il n'y eut pas une disette de 1596 à 1626.
Industrie et commerce. — Sully disait, comme Pline, que les travaux des champs font les bons soldats, ex agrievl' tura strenuissimi milites. Le brave gentilhomme craignait que l'industrie ne désaccotUumât les Français de cette Tie active au grand air qui donne force et santé, et qu*& vivre enfermée dans les manufactures la population ne dégénérât Il s'opposait aussi à l'importation des cultures et des industries étrangères, dans l'idée que Dieu avait donné à chaque pays abondance et disette de certaines choses, « afin que, parle commerce et traOc de ces choses..., la fréquentation, conversation et société humaine soient entretenues entre les nations. » Henri IV pensait autrement : il s'efforça de propager en France l'élève des vers à soie. Les Tuileries, l'emplacement des Tournelles (place Royale) furent plantés de mûriers; il voulait qu'il y en eût une pépinière dans chaque élection, et il commença par les génércUités de Paris, d'Orléans et de Tours, où des magnaneries s'élevèrent pour affranchir la France du tribut de 4 millions d'écus d'or (40 millions de francs) qu^elle payait depuis si longtemps à l'Italie en achat de soies. Semblable intention se révèle dans la fondation de manufactures de crêpe fin de Bologne, de fils d'or, façon de Milan, dont il entrait en France chaque année pour 1 200 000 écus, de tapisseries de haute lisse, de cuir doré, de verreries, de cristaux, de glaces, de toiles, façon de Hollande, etc. C'était un meilleur moyen de retenir Tor dans le royaume que les prohibitions par lesquelles Sully voulait en arrêter la sortie. Il s'était opposé à toutes « ces babioles, > ayant horreur c de la superduité et des excès en habits, pierreries et festins,
i>àUinents et carrosses, » et il n'avait cédé qu^à la volonté absolue du roi. De ces babioles, la France vend aujourd'hui à rétranger, en soieries seulement, pour trois ou quatre cent millions chaque année. En 160(i, le roi convoqua une assem bléê dm commerce. On y proposa, entre autres choses, une réformation générale des corps et métiers, et la fondation d'un * haras pour éviter à la France la nécessité d'acheter des chefaux de guerre k rAUemagne, à l'Espagne, à la Turquie, à l'Angleterre.
M»riBei colonies. — La marine militaire, développée par François I«% était retombée si bas, quo le cardinal d'Ossat écrivait en 1596,.à Villeroy : c Les plus petits princes dltalie, encore que la plupart d'eux niaient qu'un poulce de mer, ont néanmoins chacun des galères en son arsenal naval, et un grand royaume flanqué de deux mers, quasi tout de son long, n'a pas de quoy se défendre par mer contre les pirates et corsaires, tant s'en faut contre les princes. 1 D'Ossat révélait en même temps l'importance du port de Toulon, Sully n'avait point de répugnance pour la marine ; mais il n'aimait pas les colonies pour la France et eut volontiers'laissé aux gens d'Espagne, de Hollande et d'Angleterre, le soin de conquérir et de peupler les régions lointaines. Les vues de Henri IV allaient plus loin que celles de son ministre; pour encourager le commerce avec l'Amérique du Nord, qui s'accroissait à ce point que, en 1578, il était venu à Terre-Neuve seulement 150 nayires français, il envoya Ghamplain , gentilhomme de Saintonge , fonder au Canada, en 1604, Port-Royal (aujourd'hui Annapolis), et plus Urd (1608) Québec, sur le fleuve Saint-Laurent. Le nom de ce marin est resté à un des plus grands lacs du pays ; mais le pays lui-même n'est plus à nous, quoiqu'il ait gardé notre langue et les douces souvenances de la mère-patrie. Henri songea même à créer une compagnie des Indes ^ capable de rivaliser avec celles qui se formaient en Angleterre et en HoUaqde : il n'eut pas le temps de réaliser ce projet: mais il signa avec la Turquie un traité où il était dit que toutes les hâtions chrétiennes pourraient commercer librement dans le; Levant sous la bannière et protection de la France, et en recènnaissant la juridiction des consuls français. Ce pavillon était k seul qui fût respecté sur les côtes barbaresques. Les étrangers chassaient nos vaisseaux de leurs ports par des droits d'ancrage considérables, Henri IV usa de représailles, au
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grand profit de nos marins. Fouquet et Colbert reprendront cette idée.
TraTnnx publics ; luinal de Briare. — On voit encM^ çà et là des Ihsnis. Ce sont les restes des plantations 'kt^l^ le long des routes tracées par Sully qui savait bieBf '(j(lhèMp pays le plus fertile reste pauvre si la viabilité y est maunti^. Le pian des grands canaux dont la France a été plus ted sillonnée fut alors conçu. Un seul fut exécuté, cchiî de Briare. C'estPexemple le plus ancien, hors d'Italie, d^un canal avec écluses à sas réunissant deux versants. Sa longueur est de 55 kilomètres, sa pente de 117 mètres rachetée par 40 écluses. Il part de Briare sur la Loire et débouche dans la Seine près de Morot, jolie petite ville sur le Loîng, qui avait titre de comté et qui donna son nom k un fils de Henri IV.
Armée. — Les légions provinciales de François l^ et de Henri II n^avaient pas été complètement détruites ; il en était resté des compagnies dont on fit des régiments, n n*^ avait que quatre de ces régiments en 1595, commandés par des meslres de camp ; Henri les porta à onze, Louis XIII à trente. Mais rhabitude de solder des troupes étrangères subsista. La cavalerie continuait d'être dans une proportion exagérée, la noblesse ne voulant servir que là. La maison militaire du roi formait un corps d'élite. L'artillerie, entre les mains de Sully, prit une telle importance, que son grand maître fut compris au nombre des grands officiers de la couronne. Depuis 1573, défense était faite à tout seigneur d'avoir du canon en son château sans permission expresse du roi. Sully établit le payement mensuel de la solde, qui n'était auparavant délivrée que deux ou quatre fois par an. Le surintendant des fortifications date de 1558, celui des vivres de 1577. C'étaient deux grands services qui jusqu'alors étaient allés àPaventure et qu'on avait régularisés. Sully veilla de près sur eux; il fit réparer nombre de forteresses et remplir les arsenaux que la guerre civile avait vidés. Enfin Henri IV eut Pidée, que Louis XIV réalisa magnifiquement, d'assurer un asile aux vieux soldats ; mais son hôpital de la Charité, rue de Lour. cine, ne lui survécut pas.
Lies arts et les lettres sous Henri IT| gr^lerle d« Liouvre ; hôtel de ville tic Paris. — Sans aimer les arts comme François I«', Henri II et Charles IX, Henri lY comprenait ce qu'ils jettent d'éclat sur un règne. Il accepta donc
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l'hériUge de la Renaissance, malheureusement arrivée lUjà près de la décadence ; il fit beaucoup travailler au cbAteau de Fontainebleau, dont le baptistère fut construit h propos de la naissance du Dauphin '. A Saint-Germain, François I* avait bâti plutât une forteresse qu'une maisou de plaisaim; Henri IV y construisit le château neuf, dont il reste no pavillon. Il commença deux nouveaux pavillona aux Toileries, et voulut continuer jusqu'à ce château la grande galerie du Louvre, en passant au travers des remparts de 1.1 ville pour ne se point trouver enfermé dans son palais,
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Le psTlIlon da Beart ir, i Saint^OariMln.
nn jour d'émeute, comme Henri III avait failli l'ôlro. 11
n'eut pas le temps d'achever ce travail. Son architeete Aodrouet Ducerceau fut assez bien inspira cette fois pour suivre, dans une partie de la galerie, les premiers plans. Il termina aussi la façade de l'hAtel de ville, dont les fondements avaient été jetés sous François l", et le pont Neuf commencé aous Henri 111. En 1601 fut posée la première pierre de Sainle-Croix d'Orléans, et en leM, celle de la place Royale à Paris, où apparaît le mélange de la brique, de la
u bapléme de Louit Xltl qui sut lie
r ovïla et n;al im
110 RÉOnr.ANISATION DM LA FRANCE
pierre et de rardoise, pronre renouvelé de Tancienne archilect irc italienne. Déjà la lourde et basse arcade remplace Irs portes carrées aux angles arrondis des châteaux de la RiMiaissance ; la croix de pierre disserte les croisées, qui s'ouvrent vides et nues, froides d'aspect, avec leur grand vi traire.
Ce n'est point dans les arts seulement que la Renaissance abdique sa capricieuse liberté; la méthode, la régularité , la ici vont, en toutes choses, remplacer Tindépendance hardie, souvent déréglée , mais puissante et originale du seizième siècle. En politique , Tautorité royale porte déjà bien haut son pouvoir que Richelieu et Louis XIV rendront irrésistible. En littérature, un roi s'élève aussi, un Richelieu de la grammaire, qui ne précède pas de beaucoup Pautre, un tyran des mots et des syllabes^ admettant ceux-ci, exécutant ceux-là : c'est Malherbe, littérateur pur et plein de goût , plutôt que grand poète. Après les vives et libres allures de Marot et de Rabelais, les héritiers du vieil esprit gaulois, après Ronsard qui demande à ^antiquité sa grammaire et ses mots, après MoQtaiirne qui lui demande ses pensées, mais s'approprie son buliii comme un légitime héritage, voici le régulateur des expressions et des idées, un digne précurseur de Boileau, el u le premier en France > qui
D'un mut mis à sa place enseigna le pouvoir.
Malherbe a produit peu, des odes, des stances, bien que sa vie ait été très-longue; mais dans la plupart de ses ouvrages il a atteint la perfection de la forme, et quelques-unes de ses '. ècps sont, vnvmo. pour la pensée et pour le sentiment, des modèles achevés. Il a, en définitive, arrêté chez nous le style pt l.i lanpfue poétique dont Corneille, Racine et Boileau se sont servis.
Contre Malherbe se révolte, avec sa fantasque énergie, le satirique Mathurin Régnier, qui l'accuse de ne savoir
Que proser de la rime et rimer de la prose.
Vaine révolte. La discipline se fera dans les lettres ainsi que dans l'Ktat. Régnier écrivit des satires en vers, comme Rabelais avait écrit une immense satire en prose. Mais celui-ci s'attaquait à tout; Régnier, héritier de Marot, avec plus de malice et un style qui souvent arrive à la perfection, ne touclif^ qu'aux ridicules du caractère et s'arrête à la surface des
lOMs, C'est UD moraliste qui ne prend pas pour lui-même ■ leçons qu'il donne, et qui serait fScbé que le monde, en I eonigeant, ne lui laissât plus de travers ft peindre. Les m, la prose de d'Aubigné, ses Tragiquts, ses Mâmoirfi, sont lOiM des œuvres litLéraires, malgré de trâs^dels mérites,
Calhcdral* d'orlcaûi.
«do «oies poliliqu... L. tougoeul P"'"'^, "i""' ^ .. plume , 1. bataille qu'il a si rallammenl wiiUnm.
"îf tot tittrencor. »>». Henri 1V,»01. pu an bel»™, m»; g. lim, le «eul ouvrage «n pn»e que »»"• """'";• "' pM entre HonlaiBue et Oe.earlee, 1. &«■" «Knipr*. A)ou-
tons-y quantité de lettres du roi écrites d'un style vif et net qui annonce bien Thomme de bon sens et rhomme d'action.
Popnlarité du roi; conspirations. — La sollicitude de Henri IV pour la prospérité de la France lui avait acquis une légitime popularité. Les qualités brillantes de son esprit et de son cœur cachaient des faiblesses que le peuple, au reste, pardonne aisément; on ne voulait voir en lui que le roi qui promettait au soldat invalide un asile, au paysan la poule au pot tous les dimanches, et qui disait à un ambassadeur étonné de la prospérité du royaume, quelques années auparavant si malheureux : r C'est qu'alors le père de famille n'y était pas; aujourd'hui qu'il a le soin de ses enfants, tout prospère. >
Mais, si le peuple le bénissait, il n^en était pas de même de certains partis et de certains hommes que sa grande politique blessait bien plus que ses défauts. On lui passait ses mattresses et ses bâtards : cela avait été de tous les règnes. Cependant la faveur de Gabrielle d'Estrées, qu'il fit duchesse de Beaufort, celle de Henriette d'Entraigues, qu'il fit marquise de Verneuil, des promesses oubliées, des services rendus au roi de Navarre et que le roi de France ne pouvait payer, faisaient murmurer les uns, et sa volonté d'être roi en tout et partout poussait les autres jusqu'aux complots.
La plus célèbre de ces conspirations fut celle du maréchal de Biron. L'étranger y mit aussi la main. Le duc de Savoie, menacé de perdre la Bresse, et l'Espagne, sans soldats, mais encore assez riche d'argent pour solder partout des intrigues, essayèrent de pousser à la révolte les seigneurs français qui, ayant vu le roi si pauvre gentilhomme, n'obéissaient qu'à regret. Un complot fut ourdi. On se proposait de ramener la France au temps de Charles VI , les gouverneurs redevenant les maîtres dans leurs gouvernements, sous la suzeraineté ou la protection de l'Espagne. Tout moyen parut bon : le roi catholique promit aux huguenots, pour les entraîner dans l'affaire, le Dauphiné avec plusieurs provinces de l'ouest. Ils se défièrent de cette amitié offerte par des gens qui naguère les égorgeaient et se tinrent tranquilles. Mais l'orgueilleux Biron, qui, créé maréchal, duc et pair, gouverneur de la Bourgogne, trouvait la récompense encore bien au-dessous des services, se laissa séduire. Une première fois, en 1601, Henri pardonna, et il eût pardonné une seconde fois si Biron eût consenti à faire les aveux qu'il lui demandait. Irrité de. son obstination et voulant donner à la noblesse un de ces
eiemples que Richelieu multipliera, il laissa exécuter la sentence: Biron fut décapité (1602). Un ancien ami du roi, le doc de Bouillon, était impliqué dans ce complot, mais il s^enfuit à temps. Le père et le frère de la marquise de Yernenil intriguèrent encore, en 1604, avec TEspagne, et furent condamnés à mort. La marquise obtint une commutation de peine.
IPlam 4e réôrgAstsAiioM de PBvrope. — Ainsi PEspagne, ne pouvant plus faire la guerre, renouait des complots. Elle avait raison de craindre, car la puissance de cette maison d^Autriche, maltresse de tant de pays et si fortement appuyée sur l'Europe catholique, était Tobjet continuel des méditations de Henri lY. La détruire était son rêve ; mais ce fève s^ennoblissait par le but, rétablissement en Europe d'uif système politique qui mit sous la garantie de tous les États l'indépendance des religions et celle des peuples. Il eût voulu chasser la maison d^Autricbe des Pays-Bas, de Tltalie et de TAUemagne, ifairede la Hongrie, accmedes provinces autrichiennes, on poissant royaume ca^pable de tenir tète aux Tores, si on ne venait fM» à boot de les reléguer en Asie : donner U Lombardie au doc de Savoie, la SidJe à Venise ; constituer la partie péninsulaire de Tltalie en un seul État ayant le pape poor chef; Gènes et Florence, avec les petites seigneories voisines, en one république ; en former une autre aoz Pays-Bu; étendre la Confédération suisse au Tyrol, et laisser rAlIemagne en empire électif. L^Europe alors avec six royaumes héréditaires : France , Espagne, Angleterre , Suède, Danemark et Lombardie; avec cinq dominations électives : Pologne, Hongrie, Bbhème, Empire et Papauté; avec ses quatrer républiques : Venise , Gènes et Florence, Suisse, Pays-Bas , eût composé elle-même une grande république ayant un conseil suprême de députés de tous les États, qui aurait été chargé de prévenir les injustices et les collisions. Le règne du droit aurait remplacé celui de la force. Ce projet était TappUcation d'un grand principe , qu^on ne soupçonnait pas alors, et que nous venons seulement de retrouver, le respect des nationalités. En preuve du désintéressement de ses vues, Henri, dans ce grand remaniement de PEurope, se proposait de ne rien demander pour la France, rien du moins qu'il ne parût légitime de lui accorder, c Je veux bien disaitil, que la langue espagnole demeurée l'Espagnol, l'allemande & TAllemand, mais toute la française doit être à moi. i Et il
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RÉORGANISATION DE LA ^ftAÏlCi
arat jeté les yeux sur la Savoie que un doc Ij^hiîiIUm prenant la Lombardie , sur la Lorraine, dont il TOQWt 'n^^ cer rhénliëre au dauphin , sur la Belgique et U ftl^çtn^] Comté, qui n'avaient nuUe raison d'âtre à l'Espagnth \'[ ^ " -'espérait pas sans doute accomplir toutes ew icuil^:, partie, il comptait sur l'àlugi^.
mais, pour en exécuter de l'Angleterre, dont la
] ÉlisabeUi vécnt^ îuipfij^^^
Msrgacrtte
mort (1603), dans la meilleure intelligence avec 1% fif/ÊfH, BUT le duc de Savoie, à qui il oflnit les 15000 hnmnm fif Leadïguières , déjà campés dans le DaupUiiA, pour l'iiilnr ^. se tailler un royaume dans la Lombardie ; sur les pioteitllto des Pays-Bas, qu'il soutenait conb« les Espagnols ; sur fsn ' d'Allemagne, qui formaient alors YOnion éoimgSi^tu, et dmt un des principaux chefs, Maurice , landgrave de Hesse, vint ' conférer avec lui. Il av^t des intelligences jusque parmi les
populations mauresques de TEspagne , qui étaient sous la terreur de Tinquisition. Lé duc de Clëves et Juliers Tenait de mourir, c laissant tout le monde son héritier, i Protestants et catholiques se disputaient déjà cette riche succession; c^était un prétexte pour intervenir et commencer la lierre, que la haine croissante des deux partis religieux dans Tempire rendait inévitable^ Les préparatifs les plus redoutables étaient faits ; les points de réunion indiqués aux corps d^armée ; 40 000 hommes s^avançaient vers les frontières de la Champagne , avec une artillerie formidable ; tout ce qui portait Tépée en France, en Allemagne, comme à la veille des plus grands événements, frémissait d'impatience, lorsque le chef glorieux que tous attendaient leur fut enlevé par un crime.
AMawlBat Û9 WêkêH IV (1610). — Les alliances de Henri IV avec les protestants, les Maures et les Turcs, alarmaient les catholiques à gros gi'ains, comme TËstoile appelle les anciens ligueurs mal ralliés. En vain il s'était efforcé de consenrer Tamitaé.du pape, dont il avait obtenu son divorce avec Marguerite de Valois pour épouser, en 1.6C0, la nièce même du pontife, Marie de Médicis, triste femme qui ne lui apportait ni cœur, ni beauté, ni esprit, mais la plus grosse dot. qu^on put alors trouver*. En vain, il avait, en 1603» laissé rentrer les jésuites en France, pris son confes- «?ur dans leur Compagnie , bAti pour eux le collège de la Flèche et.donné à leurs maîtres le droit d'enseigner. Il n'en Otait pas moins aux yeux dHm grand nombre l'ennemi de la religion : e^est ce qui fut persuadé à un fanatique, François Hivaillac.
Henri IV était inquiet et triste : des bruits de complots lui revenaient sans cesse; déjà dix-neuf tentatives d'assassinat avaient échoué : il avait sujet d'en craindre une vingtième. Avant de partir pour la guerre, il céda aux instances de la reine qui voulait être sacrée, c Ah! mon ami, disait-il à ^ïuliy, que ce sacre me déplaît! Ah ! maudit sacre, tu seras cause de ma mort 1 Je mourrai dans cette ville et n'en sortirai jamais! Ils me tueront; car je vois bien qu'ils n'ont d autre remède en leur danger que ma mort! i 11 revint fiourtant de cette cérémonie, mais ces noires idées ne le
1. 600 000 écuB d'or valant chacun 7 livres et demie de France, et qui feraieoi bi«n aujourdliui 18 ou 30 millions de francs.
quittèrent point. « Vous ne me connoissez pas, tous autres, dit-il à quelques seigneurs ; mais je mourrai un de ces jours, et, quand vous m'aurez perdu, vous reconnoîtrez lors ce que je valois, et la différence qu'il y a de moi aux autres hommes, i
Le 14 mai, son fils Vendôme lui dit que d'après les astrologues ce jour lui serait fatal. Il affecta d'en rire, et pourtant il en fut troublé, ne put s'occuper ni dormir, c Votre Majesté devrait sortir, dit un garde, et prendre l'air, cela la réjouirait.— Tu as raison, qu'on apprête mon carrosse. • Il faisait chaud ; on prit un carrosse tout ouvert. 11 y monta avec les ducs d'Épernon et de Montbazon et cinq autres seigneurs, sans escorte ; seulement quelques gentilshommes à cheval ot valets de pied suivirent. On se dirigea vers l'Arsenal, où il voulait voir Sully malade. En passant de la rue Saint- Honoré dans la rue de la Ferronnerie, un embarras de voitures arrêta le carrosse. Ravaiilac Tavait suivi à pied depuis le Louvre ; il monta sur une borne et frappa le roi. c Je suis blessé, s'écria- t-il en levant le bras. Ce mouvement découvrit le c6té gauche, l'assassin porta un second coup qui atteignit le cœur. Le roi s'affaissa sans pousser un cri ; il était mort. Ravaiilac ne chercha pas à fuir et l'on eut grandepeine k empêcher le peuple de le mettre en pièces. Il fut enfermé près de là, dans l'hôtel de Retz, où Ton parut pendant neuf jours l'oublier, de sorte que beaucoup de gens purent le voir et lui parler. Le parlement mena ensuite rondement le procès ; il le condamna , le 27 mai , à être tenaillé aux mamelles et aux membres, avec versement dans les plaies de plomb fondu et d'huile bouillante, à avoir le poing droit brûlé au feu de soufre, pour être ensuite écartelé et ses restes réduits en cendres et jetés au vent. L'écartèlement, dit le procès-verbal, dura une grande heure, le peuple furieux s'était de lui-même mis aux cordes. Les juges ne lui trouvèrent pas ou n'osèrent point lui tarouver de complices*.
i. Faits divers. — Une ordonnance de i609 prescrivit aux comédiens des deux théâtres qui existaient alors de jouer leurs pièces de deux heures à quatre heures et demie, les rues de Paris n'étant pas sûres le soir. En effet, c il n'y avait point de lanternes, il y avait beaucoup de boue, trèspeu de carrosses et quantité de voleurs. > En 1634, il n*y avait encore pour tout Paris que 340 archers faisant le guet, moitié le jour et moitié la nuit — Robin, médecin et botaniste, introduisit d'Amérique l'acacia, que les botanistes ont nommé robinier.