CHAPITRE XLIX
ItlNORITâ DE LOUIS XIT ET ADMINISTRATION DE MAZARIN
BégMM 4>AiiBe 4»A«trielie.— Lefils afnédeLdùisXIlI avait moins de cinq ans. Son père, qui se défiait de la reine, mêlée à toutes les intrigues de l^aristocratie, sous Richelieu, lui avait laissé la régence, mais en plaçant près d'elle un consul qui devait décider de toutes les affaires, à la pluralité des voix. Anne d'Autriche entendait bien ne pas accepter des tuteurs après avoir eu si longtemps des maîtres; elle flatta le pariement; elle serait toujours bien aise, disait-elle, de se servir des conseils d'une si auguste compagnie; en même temps, elle lui demandait d^nuler les dernières volontés de son époux. Le parlement, heureux de rentrer par ce coup éclatant dans la vie politique, cassa le testament du roi avec la même facilité qu'il aurait jugé la cause d'un particulier. Anne d'Autriche fût proclamée régente «avec pouvoirde faire choix de telles personnes que bon lui semblerait, pour délibérer sur les affaires qui lui seraient proposées. » Et, à l'étonnement de la cour, le premier qu'elle choisit fut l'ami, le successeur de Richelieu, le cardinal Mazarin.
■asarla. — Mazarin était né en 1602 , d'une ancienne Camille de Sicile, établie à Rome. Envoyé comme nonce en
1. OQTrages à eonsalter : les MétnoireB de Goligny-Saligny, ami et iace sévère du grand Condé ; de la Roebefoucauld, de Lenet, du cardinal ae Retz, de Guy Joly, d'Omer Talon, de la Châtre, de Campion, de Mmes de Motteville et de la Guette, de la duchesse de Nemoars, de Mlle de Montpeosier et de Monglat ; les Historiettes de Tallemant des Réaux ; les Lettre* de Gui-Patin, celles de Mazarin publiées par M. Ravenel; Voltaire. Siêc/« de Louis XfV; Saint-Aulaire, Histoire de la Fronde iBAzin, Histoire de la France sous le ministère du cardinal Mazarin: Amédée Renée, les nièces de Mazarin i Cousin, la jeunesse de Mazarin, Mmes de Longueoille, de Chevreuse, de Sablé, de Hautefort. la Société française au dix'septième tiieU, d^ayrès le grand Cyrus ; Us Misères de la Fronde et Saint'fineent de Faut, par M. Feillet; Jotumal d'un voyage d Paris, en 1C57-1658, publié p«r Feogire (18«9); les Mazarinadst,
France (1634), il s'était fait remarquer de Richelieu qui IV vait attaché à sa fortune et avait obtenu pour lui la pourpre romaine (1641). La reine se confia à ce dépositaire des desseins du grand cardinal, à cet étranger, qui ne pouvait avoir en France d'autre intérêt que celui du roi, et elle lui laissa prendre sur son esprit, même sur son cœur, un empire absolu*.
« Il avait Tesprit grand, prévoyant, inventif, le sens simple et droit, le caractère plus souple que faible et moins ferme que persévérant; sa devise était : « Le temps et moi. » Il se conduisait, non d'après ses affections ou ses répugnances, mais d'après ses calculs. L'ambition l'avait mis au-dessus de Tamour-propre, et il était d'avis délaisser dire, pourvu qu'on le laissât faire ; aussi était-il insensible aux injures et n'évitait-il que les échecs. Il jugeait les hommes avec une rare pénétration, mais il aidait son propre jugement du jugement que la vie avait déjà prononcé sur eux. Avant d'accorder sa confiance à quelqu'un il demandait : « Estril heureux? » Ce n'était pas de sa part une aveugle soumission aux chances du sort : pour lui, être heureux signifiait avoir l'esprit qui prépare la fortune et le caractère qui la maîtrise. Il était incapable d'abattement, et il avait une constance inouïe, malgré ses variations apparentes. Un de ses plus spirituels antagonistes, la Rochefoucauldf, a dit de lui « qu'il avait plus de c hardiesse dans le cœur que dans l'esprit, au contraire du a cardîfiàl de Richelieu, qui avait l'esprit hardî etile cœur ti- <i mide. » Si Richelieu, qui était sujet à des accès de découragement, était tombé du pouvoir, il n'y serait pas remonté; tandis que Mazarin, deux fois fugitif, ne se laissa jamais abattre, gouverna du lieu de son exil el vint mourir dans le souverain commandement et dans l'extrême grandeur, i
(Mignet.) ...
Cabale des Importants. — Cependant tous ceux qui .iv;ii(int souffert avec la reine ou pour elle, étaient accourus, et se croyant déjà les maîtres de l'État, affectaient des airs (le supériorité et de protection qui firent donner à leur parti le nom de cabale des Importants. Parmi eux, on remarquait le duc de Vendôme, fils légitimé de Henri IV et de Gabrielle
1. Lettrée du cardinal Mazarin à la reine, surtout celles da 11 mai, 10 juillet, 29 août, 24 et 27 octobre I65i. Anne d'Autriche avait alors %'2 ans. Mazarin, quoique cardinal, n'était point prêtre et ne reçat jamais les ordre». Voy. sur ce point, la Vie de Unie de Hautefort. par Cousin.
BT ADMINISTRATION DE HAZABIN-
iTEstrées, sm deux enfants, Is'dbc de Hercœur et le duc de BeaufiMt, qui allait être surnommé )b roi dM AoIIm, le jeune et brillant Harsillac, duc de la Rochefoucauld, qjii terivit plus tard la livre des i/aximei, l'évËque de Benuvus, Potier, premier au m6 nier de la reine, que le cardinal deReti appelle irrévArenoieusement une bêle mitre e, et qui étaii entré au conseil avec le titre de ministre d'État r ail.en fallait
croire Gondi, la première dépÉcbe écrite par lui aurait été une sommation aux Hollandais d'avoir ft rentrer dans l'Ëglise catholique, s'ils voulaient rester dans l'alliance de la France.
Il B'a^Bsait de défaire l'ouvrage de Bicbelien ; les importants ne s'en cachaient pas. L'andenne amie de la rei^, U duchesse de Chevreuse, revenue au Louvre, aprëa dix ani d'eiîl , déclara bien haut qu'il fallait restituer aux grands
lt>4 MINORITÉ DE LOUIS XIT
tout es que Louis Xlll leur avait enlevé ; m^s depuis que b reiDe avait le pouvoir, elle en était devenue avare. Si elle n'avait pas voulu le partager avec d'iiabiles conseillers, M n'était pas pour l'abandonner à des brouillons qui recom< mençaient les complots, et bientôt recommenceront laguem civile. La découverte d'une tentative d'assassinat contre Uazaria la décida à rompre les derniers liens avec ses anciens
L8 gr^rnd C.onàé.
amis. Potier tul relégué dans son dioctst?, licaufort au donjon de Vincennes, Vendôme, la duchesse de Chevreuse et les autres « dans leurs maisons des champs. •> Le règne des Imporlaiits avait duré trois mois et demi (2 septembre I6ki)- On raconte que vers cette époque, se trouvant à Rueil dans la maison de Richelieu, elle s'arrêta devant son portrait, le considéra quelque temps en silence, et dit ; u Si cet homme vivait pncore, il serait plas puissant que jamais. »
mmltm dBkpMrr«deTrcnteBBB;TletairMdaC*BM •* da *■■«■■•. — La guerre élran^e continuait. La mort d« Richelied avait enhardi les Espagnols; ils araient repris l'offeoBlve du cdté de la Champagoe et ils assiégeaient. Bocn^, sous la conduite d'un vieui capitaine, don Francisco de Uellos, espéraat, après la chute de cette ville , arriver b Paris sans obstacle, car ils n'avaient devant eui qu'une armAe infénenre eonombre et ungénéraldevingtetunans,
Louis de Bourbon, alors dac d'Enghien, plus tard le grand Condd.
Ce fut le 19 mai 16^3 que les armées se rencontrèrent. Les deui ailes Tormées de cavalerie s'abordèrent bien avant que le centre pOt combattre. Condé, à la tète de sa droite, reaversa la cavalerie qui lui était opposée, et, apprenant que ■a gaoebe était battue par Mellos, il passa audacieusement dernAre la ligne espagnole, pour prendre & dos la droite de reonemi victorieuse, et la dispersa. L'infanterie espagnol* restùt immobile. Il revint sur elle, l'entoura, l'attaqua trois
fois et la rompit. Le vieux comte de Fuentès, qui la commandait, fut jeté mort à terre. Condé reçut lui-même trob coups de mousquet dans ses armes.
Le duc d'Engliien poursuivit son succès, avec cette fougue, cette audace heureuse, qui était le caractère de cet autre Alexandre. Chaque année fut marquée par une victoire. Les Espagnols ciiassés de France, il s'empare en courant de Thionville (4 août 1643), et se tourne contre TAutriche et ses alliés d'Allemagne. L'armée weimaricnne venait de perdre devant Rotlweil, qu'elle avait pourtant enlevé, son habile général Guébriant*, et, obéissant mal à plusieurs chefs, s^était laissé surprendre par les Impériaux à Tuttlingen dans des cantonnements trop séparés. Turenne, nommé maréchal, rassemble ses débris et les recompose. Condé lui amène 10 000 hommes. Us attaquent le général bavarois, Mercy, sous les murs de Fribourg en Brisgau : le combat recommence deux fois, à deux journées différentes, et chaque fois Condé y montre la plus bouillante valeur, entraînant à sa suite les Français électrisés (26 août 16(è(i)*. Cependant ce fut plutôt un affreux massacre qu'une victoire. Mercy s^éloigna sans être inquiété, mais il s'avoua vaincu, en laissant les deux généraux enlever Philippsbourg, Worms, Mayence, et ainsi nettoyer d'ennemis les bords du Rhin.
Tandis que Condé retourne à Paris, jouir des acclamations populaires, Turenne s'engage avec trop de conGance à travers l'Empire pour répondre à l'appel de Torstenson qui lui a donné rendez-vous à Vienne; il est vaincu à Marienthal par Mercy (mai 1645). Le duc d'Enghien accourt avec des
1. Guébriant avait gagné une solide gloire à conduire cette armée, la plus difficile qiril y eiU à tenir en ordre; sa mort fut un deuil public. On avait songé k le nommer gouverneur du roi.
2. La tradition si populaire qui le montre lançant dans les retranchements ennemis son bâton de maréchal (il ne fut jamais, il ne pouvait être maréchal), et allant le chercher Vépée à la main, ne se trouve dans aucun écrit contemporain. Le premier livre qui en parle est de Tannée 1G94; mais, si le fait n'est pas prouvé, il est bien vraisemblable; et Gonde n'aurait pas jeté son b<lton de coriiniandant (sa canne) dans les relranchcm^nts ennemis qu'il faudrait d.re qu'il s'y jetait lui-même. Condé ne dit pas non plus à ses soldats, à Lens : « Mes amis, souvenex-TOus de Hocroy. do Fribourg et de Nnrdlingen. • Mme de Mottcville (coUect. Petitot. t. XXXVIII. p. i) rapporte une harangue moins héroïçiue : « Mes amis, ayez bon courage, il faut nécessairement combattre auiourdlini : il sera mutile do reculer ; car je vous promets que vaillants et poltrons, tout combattront, les uns de bonne volonté, les autres par la force. » C'était peutêtre le seul langage que pussent entendre les armées de ce temps-U. Yoy. Kiécbier, Oraison funèbre de Tureime. ,
reoforts, fait reculer Tennemi, pénètre jusqu'en Bavière, et MhèTe la déroute de Parmée impériale dans la sanglante affaire de Ndrdlingen, où Mercy est tué (août 1645). En 1646, il passe en Flandre : il assiège Dunkerque, à la vue des Espagnols, et donne le premier cette place à la France. L'année suivante, il est en Catalogne où il y a des revers à réparer, il assiège Lérida, que deux maréchaux avaient déjà attaqué vainement: il est repoussé (1647). C!*était sa première défaite : il la répare sur un autre théâtre. Son absence avait rendu le courage aux Espagnols dans le nord, et Tarchiduc Léopold, frère de TEmpereur, s'était avancé jusqu'à Lens, en Artois; C^ndé les heurta avec sa vigueur ordinaire. En deux heures, la bataille fut gagnée (10 août 1648).
Torenne opérait toujours en Allemagne, et par sa tactique à la fois savante et hardie, jetait les fondements d'une réputation que le temps n'a fait qu'accroître. Réuni au Suédois Wrangel, successeur de Torstenson, il gagna les batailles de Lavingen (nov. 1647) et de Susmarshausen (mai 1648); il contraignit l'électeur de Bavière à sortir de ses États, à l'âge de quatre-vingts ans ; et sans une pluie torrentielle qui grossit tout à coup les eaux de l'Inn, il marchait sur Vienne. On agita un instant au conseil de l'Empereur si Ferdinand III ne fuirait pas de sa capitale.
VnUtéa 4e UTestpluaie (1648). — U y avait longtemps que l'on négociait. Proposées dès 1641, les conférences s'étaient ouvertes le 10 avril 1643, dans deux villes de Westphalie, à Munster et à Osnabrûck. Il s'agissait de remanier la carte de l'Europe, après une guerre qui avait duré trente ans, de donner à l'Empire une constitution nouvelle, et de régler le droit public et religieux de plusieurs nations chrétiennes. La France fut représentée à ce congrès par d'habiles négociateurs, le comte d'Avaux et Abel Servien, mais ses meilleurs diplomates, étaient Condé et Turenne, dont répée avait simplifié les négociations en rendant la paix nécessaire. Pourtant, au dernier moment, l'Espagne seretira, espérant profiter des troubles de la Fronde qui commençaient en France. Les autres États pressés d'en finir, signèrent la paix (24 oct. 1648).
Dans la guerre de Trente ans, l'Autriche avait essayé d'étouffer les libertés religieuses et politiques de l'Allemagne ; l'Autriche étant vaincue, ce qu'elle avait voulu abattre subsista et grandit Les protestants eurent pleine liberté de
168 MlNOiUTÉ DC LOUIS XIV
conscience, et Tautorité impériale y naguère menaçanta, fol annulée ; les princes et les États aîlemands, confirmés duu Tezercice plein et entier de la souveraineté sur leur territoire, eurent le droit de s'allier à des puissances étrangères, pourvu que ce ne fût, disait une restriction vaine, c ni contre TËmpereur ni contre TEmpire. >
Les deux puissances qui avaient amené cette défaite de rAutriche avaient stipulé pour elles-mêmes d'importantes indemnités. La Suède eut Tile de Rugen, Wismar, la Poméranie occidentale avec Stettin, rarchevèché de Brème etl^ vêché de Verden, c'est-à-dire les bouches des trois grands fleuves allemands, POder, TËlbe et le Weser, avec cinq mil* lions d'écus et trois voix à la diète. -' ■
La France continua d'occuper la Lorraine tout en promettant de la restituer à son duc, quand il aurait accepté nos conditions. Elle obtint la renonciation de l'Empire à touidtcit sur les trois évèchés, Metz, Toul et Verdun, qu^elle possédait depuis un siècle; sur la ville de Plgnerol -cédée par le duc de Savoie, en 1631 ; sur l'Alsace qui lui fut abandonnéei à l'exception de Strasbourg, ce qui portait sa frontière^ w avant des Vosges, jusqu'au Rhin. Elle eut encore^, sor la rive droite de ce fleuve, Vieux-Brisach et se fit reconnaître le droit de mettre garnison dans Philisppbourg. La liberté de la navigation du Rhin fut garantie.
C'étaient de grands avantages, car en reprenant PAlsMe, la France couvrait la Lorraine contre l'Allemagne et se. plaçait, au nord de la Franche-Comté, que depuis Henri IV elle enveloppait par le sud ; de sorte que le retour à la France de ces deux provinces ne sera plus qu'une question de temps.
Non-seulement nous dessinions mieux nos frontières^ poor la défense, mais nous prenions une position offensive. Par Pignerol, nous avions un pied au delà des Alpes, en Italie; par Vieux-Brisach et Philippsbourg, nous avions un pied au delà du Rhin, en Allemagne. En faisant reconnaître aux Étais allemands le droit de contracter alliance avec des puissances étrangères, la France eut le moyen d'acheter toujours quel* ques-uns de ces princes indigents ; et en garantissant Pez^ cution du traité, elle se donna le droit d'intervenir à toute occasion dans les affaires de l'Allemagne. L'Empire n'étant plus qu'une sorte de confédération de 360 États luthériens et catholiques, monarchiques et républicains, laïques et ecclé-
«astiques, deviendra nécessairement le théâtre de toutes les intrigues, le champ de bataille de TEurope, comme ritalie Tavait été au commencement des temps modernes, et pour les mômes raisons : les divisions et Panarchie.
Les traités de Westphalie, qui furent la base de toutes les conventions diplomatiques depuis le milieu du dix-septième siècle jusqu'à la Révolution française, mettaient fin à Iti suprématie de la maison d'Autriche et sauvaient l'indépendance des petits États. Si les Bourbons n'avaient pas hérité de Pambition des Habsbourgs et suscité contre eux les mêmes coalitions, la paix de Westphalie eût fait la grandeur de la France et la liberté politique de l'Europe.
«•■veraemeHt iMt^ie«r 4e 1643 à 1661. — Tandis que Mazarin continuait glorieusement la politique de Richelieu, son pouvoir était ébranlé'en France par les factions. C'est une semaine après la bataille de Lens qu'eut lieu la journée des Barricades, Le premier ministre avait essayé de 86 fi&ire pardonner son élévation et sa qualité d'étranger, à force de douceur, de souplesse et de modestie affectée : a On voyait sur les degrés du trône, d^où l'âpre et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, un successeur doux et bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir de ce que sa dignité de cardinal ne lui permettait pas de s'humilier autant qu'il eût souhaité devant tout le monde, et qui marchait dans les rues avec deux petits laquais derrière son carrosse. > Toute la langue, disait-on, était réduite à cinq petits mots : La reine est si bonne I Mais cet âge d^oTj tant vanté par les poètes contemporains, dura peu.
Le dernier règne avait légué d'immenses embarras financiers au cardinal Mazarin, qui les augmenta par sa mauvaise administration ; il lui fallait beaucoup d'argent pour achever la guerre étrangère, pour gagner les seigneurs en les pensionnant, et aussi pour satisfaire sa scandaleuse avidité. Le surintendant était un autre Italien , Émeri , impopulaire comme tous les ministres des finances dans ces temps-là, mais qui s'en inquiétait peu, c les financiers n'étant faits que pour être maudits. > C'est lui qui osait dire en plein conseil que la bonne foi était une vertu de marchands. Aussi n'en usait-il point; il avait été condamné, vingt ans auparavant, comme banqueroutier frauduleux. 11 eut recours à des eipédiente onéreux et vexatoires;il fit des emprunts à 25 pour 100; il créa des charges qu'il vendit; il retrancha des
170 MlNORltÊ DE LOUIS
(]uartiers aux rentiers de TEtat; il retint une partie des gages des fonctionnaires; il remit en vigueur une ordonnance de 15^8 tombée dans Toubli, qui défendait de bâtir dans les faubourgs de Paris au delà de certaines limites sous peine de démolition et d'amende, et par Védit du foûé, il força les propriétaires à se racheter à prix d^ai^ent des peines portées contre les délinquants (1644) ; il mit une telle rigueur dans le recouvrement des impôts, qu^en 1646, il y eut à la fois dans les gêoles du royaumes 23 800 personnes pour les taxes, dont 5000 y moururent, c Tout le royaume, disait OmerTalon en janvier 1648, est malade dUnanition. Le paysan ne possède plus que son âme parce qu^elIe n*a pas pu ôtre vendue à Tencan. i Enfm, six mois plus tard, banqueroute universelle, attendu que les créanciers de TÉtat étaient tous A des gens de rien ou trop riches ». La Fronde sortit de cette crise financière et de cette immense misère : la journée des Barricades est du 26 août 1648.
Héslstance du parlement à l'autorité royale. .* Depuis que, par rétablissement de la pauktte, les charges étaient devenues une propriété héréditaire, parfaitement sûre, leu. valeur vénale s'était singulièrement accrue. Il en rejaillissait sur ceux qui les détenaient la considération qui s'attache partou! \ la fortune, lorsque cette fortune est honorée par la dignité des mœurs, le patriotisme et la supériorité des lumières. Les magistrats avaient trouvé dans cette sécurité et dans cette considération un esprit de fierté et dMndépendance qui faisait du parlement un foyer d'opposition où étaient, au besoin, vivement défendues, contre les favoris, la noblesse, le clergé, et quelquefois contre la royauté même, les traditions nationales et les principes monarchiques. Depuis la mort de Richelieu, il s'était plus d'une fois essayé à la résistance et il se laissait appeler « le protecteur-né du peuple. » La menace qui de loin en loin était faite de rembourser le prix des charges, de détruire par conséquent cette hérédité des fonctions publiques, sans être bien sérieuse, l'irritait pourtant. Les exigences financières du surintendant lui fournirent un excellent prétexte de parler haut, en paraissant parler dans l'intérêt du peuple. Il s'était opposé, en 1644, à l'édit du toisé; il s'opposa, en 1646, à l'éditdu tarif, qui remaniait les droits à payer'pour rentrée des marchandises dans Paris, de manière à leur faire rendre davantage. * Aucuns de messieurs du parlement, dit Omer
£T ADMINISTRATION DE MAZARiN. 171
Talon» le ressentirent en leur particulier, ayant été obligés de payer pour les fruits du cru de leurs maisons. » Ce ne fut qu^après de longues discussions que la levée de ces droits fut autorisée pour deux ans. De nouveaux édits bursaux amenèrent un commencement d'émeute (janvier 16(i7) ; un autre frappa directement les officiers des cour^ souveraines. Cette fois le parlement se cabra et sauta à pieds joints dans la politique. La tète troublée par la popularité que leur valait cette persévérante opposition au ministre, les magistrats se dirent qu'ils tenaient la place des états généraux, qu'ils valaient bien le parlement d'Angleterre qui, à cette heure, faisait une révolution; et le 13 mai 1648, les membres des quatre cours souveraines» le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil, s'unirent dana la chambre de Saint-Louis, au palais de justice, c pour servir le public et le particulier, et réformer les abus de
l'État. i>
Le premier ministre fit d'abord casser l'arr^^ (Tunion^puis, se ravisant, il autorisa les délibérations de cette assemblée, qui prétendait donner une constitution nouvelle à la France ; et il décida, non sans peine, la régente à céder : c Vous êtes Taillante, lui disait-il, comme un soldat qui ne connaît pas le danger. >
Et il avait raison, le danger était grand, car beaucoup de gens commençaient à se faire de ces questions qu'on ne se faisait pas depuis longtemps et qui amènent les révolutions, c Le parlement gronda, dit le cardinal de Retz, et, sitôt qu'il eut seulement murmuré, tout le monde s'éveilla f on chercha comme à tâtons les lois ; on ne les trouva plus. On s'effara, on cria, on se les demanda; et, dans cette agitation, le peuple entra dans le sanctuaire ; il leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l'on peut dire, et tout ce que l'on peut croire du droit des peuples et du droit des rois, qui ne s'accordent jamais mieux ensemble que dans le silence. La salle du palais profana tous ces mystères. >
Les compagnies, en effet, proposèrent à la sanction royale 27 articles, pour en faire la loi fondamentale de la monarchie. Quelques-unes de leur demandes étaient excellentes, d'autres moins utiles, la plupart impraticables. La plus importante portait qu'à l'avenir les impôts ne pourraient être légalement perçus s'ils n'avaient été discutés et enregistrés, aoee la liberté de $uff rages ^ par le parlement de Paris. C'était
193 HISORITt: UË LiJUIS xilp'
faire passer une partie du fioljvûir 1< i. tistoon-
tie de deux cents magistrats qui aci i charge».
Une autre de leurs réformes aurait ëté une atteinte protoode à ta centralisation administrative créée par Richelieu, en abolisMnt les intendants des provinces, ces oppresseurs de 11 patrie, conune les appelle le fougueux défenseur des grandi', ces vils adulateurs du pouvoir tyrannique qui, selon le met du cardinal deBeti, (avaient frappé la noblesse et la ma^ tratureàla|ArdnèUede rail. nLes i mpagnies étaient tnliwt inspirées, quand elles réeUmaient :3 garanties sérieusMfll faveur de la liberté individuelle ; la suppression d&» létlni de cachetât des tribunaux e. dinaires, le droit peur
toute personne arrfitée d'être in rogée dans les vjn^quatre heures ou relAchée.
Joara^ ««• Bai-rfcaden (2B uoAt leiH); HathlM Mal6, le eoadjatcar *e Kelx. — A ce moment mâme. .le prince de Condé remportait la victoire de Lens. Le roi, qui n'avait alors que dix ans, s'écria en l'apprenant : Le porlimttU (era bten fdiAi. Ce grand si ëa donnant du cceur au cardinal, it résolut de saiËir trois <:es plus opiniâtres mr gistrats, Novlon Blancménil, Ch; n et Broussel. •. Ils c'étaient pas ehefs de parti, dit Vo i, mois les instruments des cbels. Charton, homme Irës-ouiné, était connu par le sobriquet du président ila dis ça, parce qu'il ouvrait et coa- ~ clualt toujours ses avis par ces mots. Broussel n'avait d« recommandable que ses clieveux anca, sa baine contre le ministère, et la réputation d'élever oujours la voix conlrcln cour sur quelque sujet que ce fût. ses confrères en faisaient peu de cas, msds la populace l'idi -ail. Au lieu de les enlever sans éclat, le cardinal crut oser au peuple en les faisant arrêter en plein midi, tanuis qu'on cbanlait le Te Dtum à Notre-Dame pour la vietoire de Lens, et que les Suisses de la chambre apportaient dans l'église soixante treize drapeaux pris surjes ennemis. Ce fut précisément ce qui causa la subversion du royaume. Charton s'esquiva. On prit Blancménil sans peine ; mais la vieille servante de Broussel, en voyant jeter son maître dans un carrosse, ameute le peuple; on ferme les boutiques, on tend les grosses chaînes de fer qui éteiest i Ventrée des rues principales, et 400 000 vo'is crient : Lâ^rté «I
t. h» comti dB BoaUinTlIlitri
[36 août UkS.) Deux cents barricades SoiiîMméeflen un instant; on les pousse jusqu'à, cent pas du Palms- Roy«l.
Le lendemain, le parlement en corps marche à pied vers h reine, iraverse les barricades qui s'abaissent devant lui , redemande ses membres emprisonnés, et ne peut les obtenir. A son retour, il est arri>t6 par le peuple furieux. Un marchanrl
de fer, capilaine de ce quartier, saisit le premier président, Mathieu Mole , par le bras , et, le menaçant d'un pistolet : • Tourna, traître, lui dit-il;et, si hi ne veui être massacré, îoi et les tiens, ramène-nous Broussel ou Mazarin eu otage. • Plusieurs des membres prennent la Tuite, d'autres hésitent, mai? leur chef n'hésite pas. On l'insulte, des mutins le prennent par la bai li: iju'il perlait fnrt long-fie. Il leur parle cnm-
BT ADMINISTRATION DE HAZARIN.
DM S'il était assis sur iod siège au parlement et arec le même Tisagn aasoré et gran : c Quand tous m'anni tué, leur ditil, il ne me bodrt que nz pieds de terre. > Il écarte ta foule ot 1m plus violents par l'autorité de son maintien ; il revient ta Palaia, au petit pas, dans le feu des injures, des ezécra-
Pul d* Oondl, urdlBil 4a Rats
tiens at des blasphèmes. Cet homme, ajoute le cardinal de Retx, qui raconte ce bel exemple de courage civil, est, à mon sens, l« plus intrépide qui ait paru dans son siècle.
Cendant l'émeute grandissait. Les magistrats tentent une nounlla démarche auprès d'Anne d'Autriche; et la reine d'AngMeiTS, victime d'une autre révolution qui avait cornrnsoté d'une bçon moins menaçante, la décide enOn h oé-
176 MINOrUTÉ DE LOUIS XFV
der.Lecalinerenatt aussitôt, et lia ville semble sn atr-iHfAMrt ' plus tranquille qu'un jour de vetidri^i taint. >
Ce coadjuteur de Paris , Paul de Gondi, qui avait pris ui part décisive à l'insurrectioa victorieuse , descendait ifnw famille florentine venue, à la suite de Catherine de Mâdièit, à la cour de France et qui y avait fait fortune. Comme s'il eiH voulu rappeler son origine italienne, il avait écrit k diihurt ans la Conjuration du coiutede Fiesque, et Richelieu avait dit en la lisant : i Voilà un dangereux esprit. > Cinq ans plus lard, Gondi formait, avec quelques jeunes seigneurs, le prujet de tuerie cardinal, et lui-mËme se vante, dans ses ilfëmoj- TM, d'avoir ëludiâ l'art des conspirations dans les Vih de Plutarque et le Calilina de Salluste. Ce fut avec ces diapositions qu'il entra dans TËglise. Il fut nommé, en 1643, coadjuleur de son oncle qui était archevêque de Paris; mais son ambition allait bien plus haut que cette dignité. Il visait lu rôle de Richelieu, et il ne se servait de sa place que pourgfgner de la popularité dans Paris, prêchant lui-même pour w faii^ connaître du peuple, prodiguant les aumônes pour U faire aimer, se ruinant pour payer d'avance la guerre dïïlB. Aux reproches qu'on lui faisait de sa proiiigalité, il répoDdait : ■ Céa^r, à mon âge , devait sh lois plus que moi. ■ Il ne s'elTray^t pas trop de ces comparaisons avec César, avec Richelieu; il se croyait l'étolTe d'un grand homme et lefaisait croire aux autres : les circonstances n'en firent qu'un brouillon.
Patii de Saiiit.-(ieriHalB. — La journée des Bamcades avait effrayé la cour; la reme traita. Le Sk octobro 16^8, l'ordonnance de SaintGermain sanctioana toutes les demandes de la cliambre de Sainl^Louis, associant en quelque sorte la magistrature k l'exercice de la puissance souveraine. C'était le jour nl^me où la paix de Weslphalie avait été signée.
Sncrre île la Fronde ; le parlement el les ■elynenr* [Janvier- avril lOlS). — En cédant, le premier ministre n'avait voulu que gagner du temps; quand il fut délivré de la guerre étrangère, il résolut d'en finir avec cette faction des yens du roi qui assasdinaienf Vattlorité royaie. Le 6 fëvntr ie'i9, Anne d'Autriche sortit de Paris avec ses enfanbk et appela des tcoupes autour d'elle. Le parlement, incapablede lutter seul contre la cour, demanda ou accepta les s des princes et des jeunes seigneurs, qui pouvaient s'a
178 HINOaiTE DR LOUIS XIV
i, la guerre civile sous un ministre qui ne savait plu* bin tomber les Utes. C'étaient le prince de Conti, l'rère du gnnd Condâ, le duc de Loiigueville qui avait épousé leur lœur, In ilucd^ Bouillon qui regrettait toujours Sedau, le duc do 11 Rochefoucauld , qui accusait l'ingratitude de la reine et de Mazarin, mSme le sage Turenne. L'Ame du complot était
le coadjuteur, qui gouvernait Paris avec des sermont , des aumônes et des couplets. • Il me fallait , dit-il dans ses Jfa-
«loires, avec une franchise singuliÈrc, un fantôme que je pusse mettre devant moi , et par bonheur il se trouva que ce fantôme était le peLit-fils de Henri le Grand; qu'il parlait comme on parie aux halles, ce qui n'est pas ordinaira aux enfants de Henri le Grand, et qu'il avait de grands di^ veuï bien longs et bien blonds. On na saurait s'imaginer le poids de CCS circonstances et concevoir l'effet qu'elles Brent
BT AUnniSTIUTlOH DB MA2Altm. 17»
éanu 1« peuple. ■ Ce penonnage était le duo de Beanfort, pniim de peu d'esprit, mais de beaucoup de courage, ce qnï faisait de lui on excellent instrument en des mains habiles. GoDdi essaya de gagner aussi Condé, mais le prince répon- £t à les avances arec fierté : c Je m'appelle Louis de Bourbon, et je ne veux point ébranler les couronnes. >
La luUe qui commença alors, mérita le nom que l'histoire lui a conservé, celui d'un jeu d'enfant, la Fronde.
f La reine, les larmes aux yeux, pressa le prince de Condé lie servir de protecteur au roi. Le vainqueur de Hocroy, de Friboui^, de Ndrdiingen, de Lens ne put démentir tant de services passés; il fut Datte de l'honneur de défendre une cour qu'il croyait ingrate, contre la Fronde qui cherchait son a|>|itii. Le parlementeut donc le grand Condé à combattre, et