Les dates sont celles de la mort
construisit le thermomètre de son r.om ; Qairaut et d^Alembert, qui développèrent Tanalyse mathématique; les botanistes Adanson et Bernard de Jussieu; Lacaille» qui alla en 1750 au cap de Bonne-Espérance dresser la carte du ciel austral ; Bouguer et la Condamine, qui se rendirent en 1736 sous Téquateur, tandis que Clairaut et Maupertuis étaient au pôle nord pour déterminer- la mesure d^un degré et la' figure de la terre. Le Piémontais Lagrange, né de parents français, était alors retenu à Berlin, par les bienfaits de Frédéric II, et Layoisier n^était point maître encore des idées qui allaient renouveler la chimie.
Po«irolr emlMMit et CMÎgnMmB de Poplaloa publia qae. — Tout ce travail des esprits avait réussi à créer en France une puissance nouvelle : Topinion publique , dont le gouvernement commençait à subir Pinfluence. La nation, longtemps spectatrice indifférente de ces longs efforts, avait fini par y prendre intérêt, par s'inquiéter de réformes, par désirer un changement.
On voulait que Fadministration ne fût plus un affreux dédale où le plus habile se perdait, et que. les finances publiques cessassent d'être au pillage, que chacun eût sécurité pour sa liberté personnelle et pour sa fortune, que le code criminel fût moins sanguinaire, le code civil plus équitable. On demandait la tolérance religieuse, au lieu du dofrme imposé sous peine de la vie; la loi fondée sur les principes du droit naturel et rationnel, au lieu de l'arbitraire, de rinégalité et de la confusion de nos 384 coutumes provinciales; Tùnité de poids et mesures, au lieu de la plus extrême confusion ; l'impôt payé par tous, au lieu de la misère taxée et de la richesse affranchie; l'émancipation du travail et la libre admissibilité aux charges publiques, au lieu du privilège de la naissance et de la fortune; la plus active sollicitude, au lieu de l'indifférence pour tous les intérêts populaires. En un mot, l'égalité devant la loi et la liberté réglée suivant le droit.
Ces réclamations étaient si vives, si générale, que la nécessité d'y faire droit frappait tous les yeux clairvoyants. Jamais plus terrible mouvement n'a eu plus de prophètes sonnant l'alarme. Gatinat, Vauban, Saint-Simon, même Leibnltz, du vivant de Louis XIV, s'effrayaient de Taveuir. < Catinat, dit Saint-Simon, déplorait les fautes commises, le vice, rignorance, l'inquisition mise à la place de la police, et
kS2 LA FRANCE VERS 1774.
voyant tous les signes de destruction, prédisait qu^il n*y avait qu'un comble très-dangereux de désordre qui pût enfin rappeler Tordre dans le royaume, i Dès Tannée 1707, un magistrat, Bois-Guillebert, disait : c Le procès va rouler maintenant entre ceux qui payent et ceux qui n'ont fonction que de recevoir » ; et Fénelon en 1710 : « C'est une vieille machine délabrée qui va encore de Tancien branle qu'on lui a donné et <|iii achèvera de se briser au premier choc, i La seule femme (lui ait voulu tirer Louis XV de sa torpeur, la duchesse de Château roux, « voyait venir un grand bouleversement si l'on n'y portait remède. » La Pompadour, qui lui succéda, môme lo roi, ne se faisaient pas davantage illusion, mais s^étourdi-.s:iicnt en disant : « Après nous le déluge. » Au dedans, un dehors, on pensait de même : lord Chesterfield, conome le philosophe allemand Kant, un homme de bien, Maleslierbes, comme Tambassadeur d'Angleterre*. « Tout ce que j'ai jamais rencontré dans Thistoire de symptômes avantcoureurs des grandes révolutions, disait le premier existe actuellement en France et s'augmente de jour en Jour. Avant la fm de ce siècle le métier de roi et de prêtre déchoira de plus de moitié. »
A mesure, en effet, que le siècle avance et que la honte augmente, qu'après Rossbach on a le Parc aux Cerfs et te pacte de famine, les voix, moqueuses d'abord, deviennent sévères, redoutables. Ce règne , qui avait commencé par les Lettres persanesj finit par le Contrat social. Les uns espèrent, les autres s'épouvantent. Rousseau était consulté, en 1761, par un conseiller au parlement de Paris, sur le choix d'un asile en Suisse, et il ajoute : « Cette lettre ne me surprit pas absolument, parce que je pensais comme lui et comme beaucoup d'autres que la constitution déclinante menaçait la France d'un prochain délabrement. » Deux ans après, le parlement de Rouen disait au roi lui-même : « Les maux sont à leur comble et présagent Tavenir le plus effrayant. » Enfin Voltaire écrivait le 2 avril 1764, au marquis de Chauvelin : tt Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n'aurai pas le plaisir
d'èlre témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent. La lumière s'est tellement répandue de proche en proche qu'on éclatera à la première occasion, et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux ; ils verront de belles choses'. »
Ces belles choses furent malheureusement mêlées à d'affreuses catastrophes, qu'on eût pu prévenir en cédant plus tôt à des vœux légitimes. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle tous les gouvernements réveillés, excités par les idées françaises, reconnurent la nécessité d'opérer de nombreuses réformes. Rois et ministres se mirent à l'œuvre : Pombal en Portugal; Ferdinand IV, Charles III et Aranda en Espagne ; Tanucci à Naples ; le grand-duc Léopold en Toscane ; Joseph II en Autriche ; Frédéric II en Prusse, réformèrent les lois, détruisirent des privilèges, des abus, et exigèrent de la noblesse, du clergé, d'importants sacriGces, tout en augmentant eux-mêmes leur pouvoir*. Ils creusèrent des canaux, multiplièrent des routes, encouragèrent l'industrie, le commerce, l'agriculture ; ils cherchèrent et quelques-uns réussirent à augmenter la richesse nationale, le bien-être de leurs peuples, pour accroître leurs propres revenus. Partout même on parla de justice, de tolérance, et la philanthropie devint une mode ; ce qui n'empêchait pas au besoin la diplomatie de recouru* aux procédés les plus machiavéliques. Les gouvernements, en un mot, faisaient des réformes, mais sans songer à se réformer eux-mêmes. Ainsi le landgrave de Hesse-Cassel écrivait un fort beau traité de morale : Pensées diverses sur^ les princes, l'envoyait à Voltaire, recevait du prince des philosophes les plus gracieux éloges, et dans le même temps il vendait à l'Angleterre 12 000 de ses sujets'.
I. Autre lettre da 34 nov. 17S9 : « M. de Ghoiseol m'a mandé qae feu II. de Meuse avait une terre sur la porte de laqnéllo était gnté : « A force « d'aller mal, tout va bleu.» Le mar<|uisde Mirabeau annonçait « la culbute générale. » (Rivarol, dans sa lettre a M. Neeàer.)
3. La réforme tnntce par les princes au diz-hnitième siècle a pour cflTet ti souvent pour but do fortifier le despotisme monarchiqae. C^est là co qui explique l'accord de tous les princes catholiques à chasser les jésuites c'est-à-dire à détruire dans leurs États ce qn'on a appelé l'influence ui'.rnmontaine et à y diminuer le pouvoir spirituel. Dans le même temps, les ciars se faisaient chefs de la religion dans leur empire. Quant aux pays protestants, ils avaient depiris longtemps remis la suprématie religieuse aux mains du pouvoir civil. Révolations royalistes en Suide, en Uollande, etc.
9. Correip. de Voltaire avec le prince de PrtMie, n« 81 et 82. Frédéric II, n'étant que prince royal, écrivait VÀnU-MaoMwelfBi, àvwtinn roi, faisait soigneusement détruire l'édition.
En France aussi, dans la première partie du règne de Louis XVI, des tentatives de réformes eurent lieu, et ce ne fut qu^après leur avortement que la révolution éclata.