LE DIRECTOIRE (27 OCTOBRE 1795-9 NOVEMBRE
Situation de la répobllque à la fin de 17 95. -~ Le
conseil des Anciens et celui des Cinq-Cents, composôSy pour les deux tiers, de conventionnels, et, pour Tautre tiers, de députés nouvellement élus, se constituèrent le 27 octobre; et quelques jours après, ils élurent pour directeurs cinq r^* cides, la Réveillère-Lépeaux , Rewbel , Letourneur , Camot, Barras : les trois premiers, hommes probes et laborieux, msûf bien au-dessous de leur tâche ; le quatrième, homme supérieur. Le nouveau gouvernement vint s'établir au palais du Luxembourg*. La situation était difficile; les consetZs ôlectifiSi qui devaient administrer les départements, les cantons et les communes ne faisaient rien ou faisaient mal, et par cette paralysie de Tau tori té, tous les intérêts du pays étaient en soitf-' france. Le trésor était vide, les assignats tombés dans le plus complet discrédit^. Le commerce et Pindustrie n^existaient plus; nos armées manquaient de vivres, de vêtements, mèmp de munitions. Mais trois années d'une telle guerre avaient formé des soldats et des généraux; Moreau commandait Tarmée du Rhin ; Jourdan, celle de Sambre-et-Meuse ; Hoche veillait sur les côtes de POcéan pour les défendre contre les Anglais et pacifier la Bretagne et la Vendée. Enfln, celui -q^i (levait les éclipser tous, Bonaparte, alors âgé de vingfe*sept ans, venait de gagner, au 13 vendémiaire, le commandement
1. Ce palais, création de Marie de Médicis (1615-1G20), et œavre renai^ quable de Tarchitecte Jacques Desbrosses, avait été, sous la rt^olatios, transformé en prison. David, prisonnier au Luxembourg lèpres le 9 thu^ midor, y fit la première esquisse de son tableau des Sabines,
2. Le louis d'or coMfail. le 1" décembre t795, en assignats, 3500 nraaos; le l" janvier suivant, 4500 ; le l" mars, 7200.
de Tarmée de Tintôrieur, qu'il «échangea bientôt après contre celui de rarinéc d'Italie.
IVapolèon Bonaparte. — Napoléon Bonaparte était né à Ajaccio, le 15 août 1769, de Charles Bonaparte, noble de Corse, dont la famille était originaire d'Italie, et de Letizia Ramoiino*. Son père, juge à Ajaccio et député de la noblesse de Corse en 1779, mourut en 1785; sa mère est morte à Rome en 1839. Ils avaient eu huit enfants ; Napoléon était le second^. Admis à TÉcçle militaire de Brienneenl779,il passa, cinq ans après, à l'École militaire de Paris, sur la recommandation de ses professeurs, dont un, son maître d^hi$toire, avait donné sur lui cette note : c II ira loin si les circonstances le favorisent. » Il obtint l'année suivante, un grade de lieutenant dans le régiment d'artillerie de la Fère. Sa première garnison fut Grenoble, puis Valence. Il se montra d*abord très-partisan de la révolution, et quand Paoli voulut donner la Corse aux Anglais en 1793, le jeune Bonaparte fit partie de l'expédition dirigée contre ce vieil ami de sa famille. Elle ne réussit pas ; obligé de fuir avec tous les siens, il se réfugia à Marseille où sa mère et ses sœurs vécurent dans une gêne extrême. A l'époque du mouvement fédéraliste de Marseille, qu'il combattit, il fut fait capitaine. Quand l'armée de la Convention attaqua Toulon, livré à la flotte anglo-espagnole, les représentants du peuple le firent chef de bataillon et le chargèrent de diriger l'artillerie du siège. Son général, Cartaux, très-brave, mais très-incapable, ne lui demandait que de faire une brèche où il pût passer avec ses grenadiers. Bonaparte soutint qu*il ne fallait pas s'occuper de la place, mais des vaisseaux ; qu*en menaçant ceux-ci de leur couper la retraite, on les obligerait
1. Les Bonaparte de Pérousc s'éteignirent en 1397; ceux de Saa-Minîato à la fin du seizicmo siècle. On en trouve aussi à Florence. La brancha de Corse résidait primitivement à Sarsana, dans le territoire de Génei. et
f>assa en 1610 en Corse, où elle resta obscure jusqu'à Napoléon. Voyezi dau e Mémorial de Sam(«-//eténtf, au iar«4i 15 aoiU 1815, le gai récit da Napoléon sur les généalogies qu'on lui kk après son couronnement, et sarlei instances d'un vieux parent, abbé de San-Miniato, au sujet d'un P. Bonaventure Buonaparte, capucin de Bologne, et depuis longtemps béatifiêi mais que Ton n'avait pu faire canoniser à cause des frais énormes que cela eût coûtés. < Le pape ne vous le refusora pas, disait le bon abbé, si vous le lui demandez ; et s'il faut payer, aujourd'hui oe doit être pea de chose pour vous. >i Napoléon signa Uuonaparle jusqu'au jour où il prit le commandement de l'armée d'Ilalie.
2. Cinq Ûls : Joseph, Napoléon, Lucien, Louis, Jérôme ; et trois filles : tlisa, Pauline, Cx.'oline.
ou 27 OCTOBRE 1795 AU 9 NOVEMBRE 1799. 531
à fuir. Il montra au général et aux représentants un point, à rextrémité méridionale de la rade, d'où Ton pouvait foudroyer la flotte, c C'est là qu^est Toulon, » dit-il. Dugommier avait remplacé Cartaux. Il comprit le plan de Bonaparte ei l'approuva. Le fort de TÉguillette fut enlevé, et les Anglais se hâtèrent d'abandonner Toulon, qu'ils n^avaient pas su sauver, et qu'ils incendièrent. Bonaparte, nommé en récompense général de brigade, alla commander l'artillerie de Tannée d'Italie. La journée du 9 thermidor arrêta sa fortune. Il fut mis en disponibilité ; le 13 vendémiaire l'en fit sortir avec éclat. Carnot lui donna le commandement de l'armée des Al« pes, avec laquelle Schérer, ou plutôt Masséna, avait gagné la glorieuse mais stérile victoire de Loano (23 et 24 novembre 1795). Il n'avait pas vingtnsept ans.
Campaf^e de Boiuip»rte en Italie (1906-1909). — - Le plan de Carnot, pour la campagne de 1796, était hardi et savant. Deux généraux déjà célèbres, Jourdan et Moreau, ayant chacun de 70 à 80 000 hommes, devaient pénétrer en Allemagne, le premier, par la vallée du Mein ; le second, par celle du Necker, pour atteindre le bassin du Danube, et descendre de là sur les États héréditaires, que les 38000 hommes de Bonaparte menaceraient par l'Italie. Ainsi, Moreau, au centre, Jourdan et Bonaparte aux deux ailes, allaient opérer un mouvement en avant, faire vivre nos armées en pays ennemi, et converger, s'il était possible, sur la route de Vienne. Mais nos trois armées étaient séparées ; Bonaparte de Moreau, par le massif des Alpes italiennes ; Moreau de Jourdan, par les Alpes de la Franconie. Ce plan très-heureux un cas de succès, pouvait avoir de fâcheuses conséquences en cas de revers.
Quand Bonaparte arriva à Parmée des Alpes, les généraux Masséna, Augereau, Serrurier, Laharpe, Berthier, déjà illustrés par d'importants services, accueillirent mal le nouveau venu. Il les réunit, leur dévoila ses plans, et, en sortant du conseil, Masséna dit à Augereau : « Nous avons trouvé notre maître. > Aux soldats, Bonaparte jeta une de ces magnifiques proclamations qui électrisaient les âmes : « Soldats, dit-il, TOUS êtes mal nourris et presque nus; le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous; votre patience, votre courage, vous honorent, mais ne vous procurent ni gloire ni avantage; je vais vous conduire dans les plus fertiles plaine.) du monde ; vous y trouverez de grandes villes.
de riches provinces ; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage? »
L'armée était cantonnée sur le revers méridional des Alpes et de l'Apennin , où elle luttait péniblement depuis quatre années contre les troupes sardes et autrichiennes. Les premiers se trouvaient à Céva; les seconds, plus à Test, étaient, à cheval sur TApennin, dans la vallée de la Bormida et la rivière de Gènes, vers Voltri. Beaulieu les commandait el parlait d'aller vite en besogne. Il voulait, disait-il au roi de Sardaigne, ne se débotter qu'à Lyon. Bonaparte avait 38000 hommes contre 60 000. Il se résout pourtant à prendre Toffensive, et il la fait très-hardie pour qu'elle rapporte davantage. Au lieu d'user ses forces au milieu de rochers stériles, où il n*y avait pas de grands coups à frapper, il reprend, en la développant, la manœuvre qui avait fait tomber le camp de Saorgio en 1794, et qui, suivie par Massénaen 1795, avait encore valu à Schérer la victoire de Loano . Il tourne les Alpes pour franchir les montagnes au point le plus bas de la chaîne, vers les sources de la Bormida, au col de Montenotte, tandis que Beaulieu l'attend sur le bord de la mer, du côté de Voltri, et il se place, par cet habile mouvement, en &ce du point le plus faible des Austro-Piémontais. Il perce leur centre à Montenotte (11 et 12 avril), s'établit entre eux, et, pour les mieux séparer, les bat successivement : les Piômontais dans les gorges de Millesimo (13 et U), les Autrichiens à Dego (1 4 et 15). Il est maître alors de la route de Turin, sur laquelle les Piémontais reculent, et de celle de Milan par où les Autrichiens se retirent. Mais il ne s*arrète point : il pousse l'armée sarde Tépée dans les reins, Pécrase à Mon? dovi (22), et l'oblige à poser les armes par Tarmistice de Cherasco, qu'il signe à dix lieues de Turin (28 avril) et qui, changé le 3 juin en un traité de paix, donne à la France la Savoie avec les comtés de Nice et de Tende, et ouvre à Bonaparte les trois places fortes de Coni, Tortone et Alexandrie, sur lesquelles il s'appuiera pour la marche offensive 'qu'il médite.
Délivré d'un ennemi, il se retourne contre Tautre-Envain Hcaulieu, eil'rayé de cos coups rapides, se replie en toute liàte; Bonaparte le suit, l'atteint. Les Autrichiens s'étaient un moment arrêtés pour reprendre haleine au confluent du Tessin et du Pô, et s'y couvraient de retranchements ; il passe le Pô derrière eux, à Plaisance (9 mai), y bat une de leurs
divisions, et remontant TAdda jusqu^à Lodi, y trouve les Autrichiens réfugiés sur la rive gauche de ce fleuve, dans une position formidable. Trente pièces de canon couvrent de mitraille le pont de Lodi, long de cent toises; 12000 hommes en gardent le débouché. Bonaparte forme, à Tabri des maisons de la ville, une colonne de 6000 grenadiers et la lance sur le pont avec Masséna. Ils le franchissent au pas de course, tuent les canonniers sur leurs pièces et culbutent IHnfanterie qui accourait pour défendre ses canons (11 mai). L'Oglio fut franclû sans combat. Mais Beaulieu, appuyé à droite sur Pescliiera, à gauche sur Mantoue, essaye encore de garder la ligne du Mincio. Bonaparte le trompe sur le vrai point d'attaque, force le passage à Borghetto (30 mai) et rejette enfin dans le Tyrol cette armée qui naguère menaçait nos frontières.
En même temps qu'il combat, il négocie. D accorde un armistice au duc de Parme moyennant 2 millions, des munitions et 20 tableaux. Mêmes conditions avec le duc de Modène. Le pape promet 21 millions, 100 tableaux, 500 manuscrits. Sur la Lombardie, il lève une contribution de guerre de 20 millions, en envoie dix au Directoire qui n^vait pu lui remettre que 2000 louis pour entrer en campagne; un à Moreau pour Taider à achever ses préparatifs sur le Rhin. U nourrit son armée, son gouvernement, ses collègues.
Il avait atteint TAdige, où il occupe la ville vénitienne de Vérone, pour punir Venise d'avoir violé sa neutralité en laissant entrer les Autrichiens dans Peschiera. U s'arrête derrière cette excellente ligne de défense, qui, courant des montagnes à la mer, couvre la Lombardie; et il assiège Mantoue, une des plus fortes places de l'Europe (3 juin).
Cependant à Beaulieu succède Wurmser, le meilleur général de l'Autriche ; à la première armée une seconde plus nombreuse et plus aguerrie. Wurmser a 60000 hommes contre 30000, mais il partage ses forces. Quasdanowich descend par ia route de Trente, adroite du lac de Garde, et Wurmser arrive de Tautre côté par les deux rives de l'Adige. Bonaparte comprend qu'il peut battre l'une après l'autre ces deux armées, imprudemment divisées. II lève le siège de Mantoue pour avoir toutes ses forces réunies, se concentre derrière le Mincio, cl, en portant successirement toutes ses forces de >a droite à sa gauche et de sa gauche à sa droite, il arrête <,>uasdanowich à Salo ; 11 l'accable à Lonato (3 août), et
Wurmser à Gastiglione (5). Le vieux maréchal, menacé d^ètre coupé de la route du Tyrol, n'a que le temps de 8^ jeter. H; reçoit des renforts qui lui refont une armée de 50000 hommes et il commence une seconde campagne. Pendant qoll descend par la vallée de la Brenta, Bonaparte, qui veat le prévenir, remonte la vallée de TAdige, culbute à Roreredo les Autrichiens laissés à la garde du Tyrol (4 septembre), et, arrivé à Trente, apprend la marche offensive de Wurmser. Au lieu d(s rebrousser chemin pour venir Pattendre derrièn sa ligne de TAdige, il tourne à droite, se jette lui-même dans la vallée de la Brenta, à la suite de Wurmser, Vtir teint, le bat àBassano(8], Tenveloppe entre son armée et te fleuve, et allait le prendre, si un pont oublié n^avait donné au vieux maréchal le moyen d'éviter la honte d-une eapîtoiation, en lui permettant de se faire jour jusqu^à Mantoae. La bataille de Saint-Georges l'y enferma (15).
Trois armées avaient déjà disparu ; une quatrième arrive. L'Autriche, délivrée d'inquiétudes sur le Danube par une défaite de Jourdan et la retraite de Moreau (voy. p. 580), reporte de grandes forces sur l'Italie ; Alvinzi réunit encore 60 000 hommes. L'armée d'Italie semblait perdue : toute la péninsule derrière elle était soulevée, et, cette fois, Fennemi n'avançait qu'avec prudence. 40 000 hommes vinrent occuper, en face de Vérone, la forte position du Caldiero; 20000 antres, avec Davidovich, descendaient par Rivoli pour se joindre aux premiers sous Vérone. Bonaparte fait un efforl désespéré contre Caldiero ; il est repoussé. Alors il rentre dans Vérone; il prend la route de Milan, c'est la route de France, la route de la retraite. Bonaparte abandonne donc la partie, voilà ce que se disent les habitants et les soldats. Mais tout à coup il tourne à gauche, longe l'Adige, descend jusqn*à Ronco, y passe le fleuve et s'établit au milieu de marais que coupent d'étroites chaussées. Les soldats battent des mains; ils ont compris le plan de leur général : il a tourné par la droite la position du Caldiero qu'il avait vainement abordée de front, fait tomber les formidables défenses de Tennemi, enfm trouvé un champ de bataille où la supériorité du nombre est inutile. Pendant trois jours on se bat sur ces chaussées étroites (15-17 nov.). Augereau, Masséna sont à la tète des colonnes : Bonaparte s'élance lui-même, un drapeau à la main, sur le pont d'Arcole, que ses grenadiers hésitent à franchir sous le feu de la mitraille. Il est repoussé, précipité
dans le marais ; il va être pris; mais ses soldats viennent à temps pour le dégager. Tout en gardant le terrain conquis dans la journée, chaque soir il replie le gros de ses forces derrière TAdige, pour être prêt à courir contre Davidovich, s'il débouche des montagnes. Le troisième jour enOn, il s'engage à fond, et Alvinzi se met en retraite, laissant derrière lui 10 000 morts et 6000 prisonniers. L'armée française rentra à Vérone par la porte de Vicence, opposée à celle par où elle était sortie {15, 16, 17 nov.).
Six semaines après (janvier 1797), Alvinzi, renforcé, reparaît encore avec 60 000 hommes. Cette fois, Tattaque principale des Autrichiens a lieu par les montagnes qui bordent le haut Adige, et Pattaque secondaire par le bas du fleuve. Bonaparte découvre le seul point où les colonnes de Tarmée firincipale, circulant avec lenteur et difficulté dans un pays de montagnes, peuvent se réunir : c'est le plateau de Rivoli. Une longue colonne d'infanterie, sans chevaux ni canons, y arrive par les sentiers ; la cavalerie, l'artillerie et les bagages s'en approchent par le gnnd chemin. Bonaparte veut empocher à tout prix la jonction de ces deux corps incomplets, l'un et l'autre, qui, réunis, composeraient une armée formidable. Il n'a que 16000 hommes contre 40000; mais en s'élablissant au point de jonction des Autrichiens, il les empêche d'agir avec ensemble : au moment où ils débouchent, il lance sur eux Joubert, puis Masséna. Les deux colonnes, foudroyées, reculent dans une inexprimable confusion. Bonaf >arte va les poursuivre et les achever ; à ce moment il apl>rend que Proverà, avec 20000 hommes, a passé l'Adige, et cherche à dégager Wurmser. Il laisse Joubert pousser i'épée dans les reins et rejeter dans le T^rol l'armée à demi détruite <rAlvinzi. et court à Provera avec la division Masséna, qui s\'»tait battue le 13 devant Vérone, qui avait marché toute rettc nuit-là au secours de Joubert, venait de se battre toute la journée du U à Rivoli, et allait marcher toute la nuitet la journée du 15 pour se battre encore le 16 devant Mantoue. Les soldats les plus vantés n'avaient jamais rien accompli de pareil.
I Vo vera , cerné , battu à Saint-Georges ( 1 5) , à la Favorite (16), fut contraint de mettre bas les armes. Wurmser, réduit aux dernières extrémités, sa garnison ayant mangé jusqu'à sop dernier cheval, livra Mantoue (2 février), c Ainsi, en dix mois, outre l'armée pi<^niontaise, trois arm^ formidables, trois
fois renforcées, avaient été détruites par une armée qoi, forte (le trente et quelques mille hommes à Pentrèe de la campagne, n*en avait guère reçu que vingt pour réparer ses perles. Ainsi, 55 000 Français avaient battu plus de 200000 Autrichiens, en avaient pris plus de 80 000, tué ou blessé plus de 20 000; ils avaient livré douze batailles rangées, pins de soixante combats, passé plusieurs fleuves, en bravant les flots et les feux ennemis. » La guerre, ainsi faite et- pour une grande cause, devient un magniHque spectacle.
Pendant la lutte contre Wurmser, la régence de ModAne avait montré sa sympathie pour les Autrichiens, et, à Fqiproche d' Al vinzi, les troupes pontiHcales sMtaient mises en mouvement. Bonaparte, niême avant Arcolé, prononçatedéchéancedu duc, dont les États furent érigés en république Gispadane, et, après Rivoli, marcha sur Rome. Pie VI,jËnBmr blant, signa la paix de Tolentino; elle lui coûta 30 ndJlkms, la Romagne (Ravenne, Rimini, etc.), qui fut réunie, avttte l(^^'alions de Ferrare et do Bologne, à la république Gi8|tedane, et Ancône qui fut occupée jusqu^à la paix par une garnison française (10 février 1797). Au mois d'octobre préeèdcnt, une expédition qu'il avait fait partir de Livoume'aiVaît chassé les Anglais de la Corse. . ■
Retraite de Horean (octobre 1706). — > Les armées d^Allemagne n^avaicnt été ni si habilement conduites ni si heureuses. Jourdan et Moreau refoulèrent bien d^abord les Autrichiens devant eux : Moreau les battit môme à Rastsdt (5 juillet), à Ettlingen (le 9), ce qui lui livra les passages des montagnes; mais Carnot, au lieu de prescrire aux deux généraux (le réunir leurs 120000 hommes dans la vallée dn Danube, les faisait agir séparément, et les éloignait encore IHin de Tautre en leur commandant de déborder les ailes de Tennemi. L'archiduc Charles, au contraire, se concentra entre Ulm et Ratisbonne, puis essaya de faire reculer Moreau en Tattaquant à Neresheim (10 août). Repoussé, il eut la pensée hardie de se dérober à Moreau, avec une partie de ses forces, pour se jeter de la vallée du Danube dans celle du Mein, s^y réunir à Wartensleben, qui reculait devant Jourdan, et accabler celui-ci, qui fut, en effet, arrêté à Neumark, à Amberg, vaincu à Wurtzbourg (3 septembre), et rejeté jusque derrière la Lahn (10 septembre)*. C'était la même manœuvre qui ye-
1. C'est duns cette retraite de Jourdan qu'un jeun* et briUtnt général
qucm-us, carMoreau n'était pu Beauliea, etl'archiducn'éUU
pa» Bima|inrte. Il perdit un temps précieux au lieu de reve-
it n ail*. M:.rc<.ia, qnl doBDtit Im bIui billn «ptniKM, ril tis m r^ml-at d Allen ktrchrn. A » m. Il tUll dtjà i«ntr.l en ebtF d« l'tnnéf
nir sur noiro seconde armée qui était déjà au milieu de la DaviiTc ; Morcau recula lentement, s'arrOtant chaque fois iju'iî rt.'iil trop press(\ pour infliger quelque leçon sévère aux Autrichiens qui le suivaient (victoire de Biberach, 2 octobre), traversa la Ko rôt Noire par le val d'Enfer*, et, sans avoir laissé derrière lui ni un caisson ni un homme, dans cette glorieuse retraite de vingt-six jours, il rentra en Alsace, quand et conunent il voulut, par Brisach et IIuningue,le 18 octobre.
Ileriiièrpft iricloiret de Bonaparte en Italie t pTéliminaires de I^eoben (1707). — Heureusement, les merveilleuses victoires de l'armée d'Italie compensaient ce revers, (li'tte armée n'avait pas encore rempli toute sa tâche; l'archiduc Charles, le vainqueur de Jourdan, arrivait à son tour avec une (juatriome armée qui borda les Alpes Garniques et Juliennes, di'puiv le haut Adige jusqu'à l'embouchure du Tapliamento. lionaijarte le prévint; il se proposa de couper ce (IcMui-cercle sur trois points. A gauche, il dirigea Joubert, par le Tyrol, sur le Brenner; au centre, il fit marcher Massrna sur le col de Tarwis, où passe la grande route (le Véronn à Vienne, et lui-niômc se porta contre Tarchiduc, qui gardait dorricre le Taglianiento les approches de Trieste. Le passage du fleuve fut forcé le 16 mars; le 19, un combat furieux donna à Masséna le col de Tarwis, et Joubert, à la suite de plusieurs coups de vigueur sur le haut Adige, toucha au Brenner. Toute la chaîne des Alpes était conquise. Nous n'avions plus qu'à descendre leur revers septentrional. Tan- 'lis que Joubert se jette dans le Putersthal pour tendre la main à Ma:^séna, Bonaparte arrive le 31 mars à Klagenfurt, sur la Drave. L'archiduc veut l'empôcherde pénétrer dans le bTssin de la Miihr; mais Bonaparte force la gorge de Newmark {1«' avrir ; il entre, le 7, à Leoben et pousse son avantgarde sur la cime du Sœmmering, d'où l'on peut apercevoir, à 25 lieues dans le nord, les collines de Vienne.
A ce moment, Hoche et Moreau entraient en opérations. Le premier, à la tcLe de l'armée de Sambre-et-Meuse, passa le Rhin en f.ic(5 de l'ennemi; en quatre jours il fit 35 lieues, gagna trois batailles (Neuwied 17 avril, Ukerath, Altenkirchen), et livra cinq combats. 11' allait envelopper l'armée
1. Cette valléo. longue de 2 lieues, commence à 3 ou 4 lieues de Fribourg parle HimmclreicK ou royaume du ciel, et, malgré son nom de HoUenthal,\A\ d'enfer, n'est vraiment difticile, même pour une armée, que lar
un seul point.
autrichienne de Rray, quand la nouvelle de Tarmistice imposé par Bonaparte à rarchid'ic Charles arrêta sa marche triomphante. Desaiz, lieutenant de Moreau, franchit le fleuvo aussi heureusement et replia Tennemi dans les montagnes Noires. Si Bonaparte avait connu ces succès, il se serait refusé à toute négociation; mais la cour de Vienne, épouvantée, se hâta de signer les préliminaires de Leohen (18 avril) sur cette base que la France aurait la Belgique, et TAutriche une indemnité dans les provinces de terre ferme de Venise, comme dédommagement de la perte du Milanais.
Venise avait profité de Tabsence de Bonaparte pour massacrer nos malades, nos blessés et essayer de faire sur nos derrières une Vendée italienne ; elle expia la lâcheté de son sénat. 4000 hommes pénétrèrent dans cette ville, et y établirent une république provisoire. Le sénat de Gènes fut renversé comme celui de Venise, pour des outrages à la France ; mais la république ligurienne garda sa liberté avec notre alliance. L'Angleterre, consternée des échecs multipliés de son alliée, offrit elle-même de négocier, et des conférences pour la paix s'ouvrirent à Lille.
Anarchie Intérieure. — Tandis qu'au dehors la république était victorieuse, au dedans la situation empirait sous un gouvernement divisé, par conséquent mal obéi, qui était incapable de maîtriser les éléments contraires. Au commencement, il s'était pourtant trouvé assez fort pour déjouer deux tentatives des partis extrêmes. La prenaière, préparée dans la Vendée par Gharette, avec l'appui de l'Angleterre, avait échoué, grâce à l'activité du général Hoche. Gharette et Stofflet, livrés aux républicains, avaient été fusillés (février et mars 1796;. La seconde, celle de Babœuf qui proposait le partage égal des terres et des fortunes entre tous les citoyens, avait eu à peine un commencement d'exécution (mai 1796) ; elle se termina par le supplice des deux principaux chefs du complot, mais nous a légué les folies sanglantes des communistes. Une conspiration des Jacobins pour enlever do nuit le camp de Grenelle fut aussi infructueuse (9 septembre 1796).
Le Directoire avait donc eu raison des partis violents; mais il s'affaissait sur lui-même et le désordre était partout. Les mandats territoriaux, qui avaient remplacé les assi^Miats (mars 1796), étaient tombés dans le mémo dis-
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crédit. La crise financière, devenue effira3r9nte, jetait le gouvernement dans une voie d^expédients funestes, et l*on imputait des malversations au Directoire tout entier, bien que Barras en fût seul coupable. Le pays allait, comme son gouvernement, à Taventure. Un immense besoin de jouir avait saisi entte société 5 peine échappée de la Terreur. On se précipitait avec fureur dans le plaisir; on courait au gain par toutes les voies ; la dissolution des mœurs était eflMnée comme Tagiotage, et la police ne se faisant plus, les bandes de brigands pullulaient. Les compagnons de Jëhu^ les «nfanis du Soleil désolaient le Midi; les chauffeurs épouvantaient rouest. Il semblait que TÉtat allait tomber en dissolution.
Progrès de» royaliste». — Les royalistes crurent q[U^ serait facile de jeter à terre ce gouvefnement chancelant. Les émigrés rentraient en foule. Ils inquiétaient déjà les acqu^ reurs des biens nationaux et, dans la Société de C/tcAy, poussaient ouvertement à une contre-révolution. Enhardis par leurs succès dans les élections de Tan V pour le renoaVellement des Conseils, ils portèrent à la présidence des Cinq- Cents le général Pichegru, à celle des Anciens Barbé- Marbois, et remplacèrent Letourneur, membre sortant du Directoire, par Barthélémy, un de leurs partisans. Une tauration monarchique au profit des Bourbons semblait i minente. Le prétendant Louis XVIII, frère de Louis XVI \ croyait sur le point d'être rappelé et faisait déjà ses cônidi-i tions. Mais il fallait d'autres malheurs pour décider si vite le pays à relever ce qu'il avait naguère abattu. Les armées surtout étaient républicaines et, des bords de TAdig^, Bonaparte promettait son concours contre les royalistes.
Ainsi ridée du respect de la loi et des réformes pacifiq[ue8 était si bien perdue, que partout on voulait recourir à la force. Les membres de la majorité, dans les deux conseils, conspiraient le renversement de la constitution en vertu de laquelle ils existaient, et le Directoire allait la défendre en la violant. Au coup d'État parlementaire qui se préparait, il répondit par un coup d'État du gouvernement et de Tarmée.
lie 18 fmctidor an V (4 sept. 1909). — Dans la nuit
i. Le fils de Loais XVI, que les émigrés avaient nommé Lonis xyn, était mort au Temple, de misère et des mauvais traitements de son JI|faoble gardien, en |795.
du 18 fiucUdor, Augereau introduisit dans Paris 13D00 hommes, qui cernËrent le lieu des séances des Conseils. Les deux minorités, sur L'invitation du Directoire, se déclarèrent eo permanence, annulèrent les mandats de leurs collègues, dont les sièges restèreot vacants, rétablirent toutes les lois révolutionnaires abrogées depuis peu, et condamnèrent à la déportation cinquante-trois députés , dont Pichegru, Barbé-Marbois, Boissy d'Anglas, Portails et Camille Jordan; en outre deux directeurs : Carnot, qui ne voulait pas qu'on recourût k la violence contre les royalistes, et Bartliiileiiiy, qui les favorisait. On remplaça les directeurs
proscrits pur Merlin de Douai et P'rani;uis de NcurctiAlcau. l.'n granil nombre de royalistes furent ajoutés à la liste d'i d'-piirlation et conduits, les uns à Cayenne, les autres à
Uurt Ile Hoche (it97). — Moresu possédait depuis plu- •^i.'urs mois les preuves de la trahison de Pichegru, il les en- ¥i)j.i 'n c- moiinint ; le retard qu'il avait mis à celle révélalion
ul>|i!i« est pl^cé lu-dcuu* du villima it U
I, Il pvrio celta inuripllon : • Came* d* Suibrait-Mama i
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lo rendit lui-môme suspect, atonie destitua; les deux armées du Rhin furent confiées à Hoche qu'on regardait comme un autre Bonaparte, et en qui les républicains espéraient. Peu de jours après avoir reçu ce grand commandement, il mourait, laissant à vingt-neuf ans, une des plus grandes et des plus pures renommées de la révolution.
Traite de Campo-Formio (1909). — Le Directoire raffermi se proposait de continuer la guerre et rompit les négociations entamées avec l'Angleterre. Mais Bonaparte voulait la paix, pour qu'à la gloire éclatante du général s'ajoutât celle du pacificateur. Malgré le gouvernement, qui refusait justement d'abandonner les Vénitiens à TAutriche, il signa le traité de Campo-Formio, le plus, glorieux que la France ait jamais conclu (17 octobre 1797). L'Empereur cédait la Belgique, reconnaissait à la France la possession de la rive gauche du Rhin et des îles Ioniennes; il acceptait l'établissement de la république cisalpine (Milan, Modène, Bologne) ; en dédommagement, on lui donnait, outre Venise, que l'Autriche a perdue, l'Istrie, le Frioul et la Dalmatie, qu'elle garde encore, tandis qu'il ne nous est rien resté de ce qui nous fut alors abandonné.
Bonaparte avait bien calculé ; son nom grandit par cette paix plus qu'il n'eût fait par de nouvelles victoires. On le nomma général de l'armée d'Angleterre et plénipotentiaire au congrès de Rastadt. Après avoir réglé les affaires d'Italie, il se rendit dans cette ville; mais, impatienté des lenteurs de la diplomatie allemande, il vint à Paris, où le gouvernement et la population lui firent une réception triomphale. L'armée d'Italie fut associée aux honneurs qu'on décernait à son général. Le Directoire lui donna un drapeau sur lequel il avait fait écrire ces mots: « Elle a fait 150 000 prisonniers, pris 170 drapeaux, bkO pièces d'artillerie de siège, 600 pièces de campagne, 5 équipages de pont, 9 vaisseaux, 12 frégates, 12 corvettes, 18 galères, donné la liberté aux peuples du nord de l'Italie, de Corcyre, de la mer Egée et d'Ithaque, envoyé à Paris les chefs-d'œuvre de Michel-Ange, du Guerchin, du Titien, de Paul Véronèse, du Corrôge, de l'Albane, des Carrache, de Raphaël, etc.; triomphé en 18 batailles rangées, Montenotte, Millesinio, Mondovi, Lodi, Borghetto, Lonato, Castiglione, Roveredo, Bassano, Saint-Georges, Fonta- Niva, Caldiero, Arcole, Rivoli, la Favorite, le Tagliamento, Tarwis, Newmark, et livré 67 combats. »
DU 27 OCTOBRE 1795 AU d NOVEMBRE 1799. 543
Expédition d>É|r7Pte (nutt 1908-moût 1900). —
L^ Au triche avait posé les arm<'^; mais les Anglais, inattaquables dans leur tie, ne pouvaient consentir à laisser à la France tant de conquêtes. La guerre continua contre eux. Hoche, Truguet voulaient se prendre corps à corps avec l'Angleterre : c'était la vraie politique. On prépara une armée; Bonaparte en eut le commandement, et visita les ports pour les apprêts de la descente; mais il trouva les moyens si. peu en rapport avec le but, qu'il fit renoncer le Directoire à Tentreprise. Il était pourtant bien résolu à tenir Topinion publique en haleine et à ne pas lui laisser le temps d'oublier. Il proposa une expédition à laquelle il avait beaucoup songé en Italie, la conquête de TËgypte. a On ne tait rien de grand, disait-il, que dans TOrient. » Des bords du Nil, il espérait atteindre l'Angleterre dans llnde, et la frapper au cœur en y détruisant son commerce et son empire. Le grand Leibnitz avait, en |1672, proposé le même plan à Louis XIV. Alors il était exécutable; en 1798, il ne menait à rien qu*à nous donner un ennemi de plus, la Turquie, notre vieille alliée. Pour risquer si loin 40000 de nos meilleurs soldats, il eût fallu être maître de la mer, et les Anglais la couvraient de leurs flottes. C'était donc jouer bien gros jeu, mais c^est ainsi souvent qu'on fascine, qu'on maîtrise l'esprit populaire. L'expédition, [iréparée dans le plus grand secret, fut cachée sous le nom d'aile gauche de l'armée d'Angleterre. L'escadre, composée (le Ik vaisseaux de ligne et d'un grand nombre de transports, quitta Toulon le 10 mai; Brueys la commandait. Elle portait 36 000 hommes, presque tous anciens soldats d'Arcole et de Hivoli. Des savants, des artistes, des ingénieurs et jusqu'à (les laboureurs furent adjoints à l'armée. Après la conquête, dans lo plan de Bonaparte , devait venir la colonisation.
Tout réussit d'abord : on enleva Malte en passant; les chevaliers no se défendirent même pas (12 juin). En examinant les fortifications de ce rocher imprenable, CaiTarelli s'écria : c Nous sommes bien heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les portes. > Mais les Français en y entrant autorisèrent les Anglais à s'en saisir, et eux, ils (<:it su la ^^anicr. L'amiral anglais Nelson, qui courait d'un bout à ruutre de la Méditerranée, cherchant la flotte pour la combattre, la manqua de quelques jours. Le débarquement s'efi'octua sans obstacle, le l** juillet, à quatre lieues d'A-
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loxandrie, et cette place fut ea quelques heures enlevée d'assaut.
Bonaparte marcha aussitôt sur le Caire, oi^ la red>autabl« milice des mamelucks, les vrais maîtres du pays bien pla« que la Porte, avait concentré ses principales forces aoua h commandement de Mourad-Bey. La route fut longus «t p(- Dible, surtout pour traverser le désert de Damajihotir. Il j eut des privations de toutes sortes. Les soldats se coolcmtaient do plaindre leur généra, qui s'était laissé déporter ■ comme un ixin enfant, • ou bien se consolaient par ijc( plaisanteries ; < Il se moque de ça, disaient-ils, en montrant Caffarelli, qui avait perdu une jambe sur le Rhin : il a toujours un pietl 60 France, i On arriva k Chébreiss ; loa mamelucka, repousses dans «n premier eng-agement, ae replièrent sur le Caire et s'y disposËj-eot aune bataille g&airâla. L'armée française les y suivit, et le 21 juillet s'arrUi, saisie d'aUmiralion, en face des pyramides qui s'élèvetttni voisinage de celte villa. <• Solilats, s'écria Boniipart&, da liant de ces pyramides quarante siècles vous contempleot 1 * Il fallait un nouveau système de guerre contre cette tniiaiDbrable et vaillante cavalerie, au milieu du désert. Bonaparte te trouva. Il forma ses divisions en carrés et les disposa da manière que ces carrés se protégeass»ii mutuellement, pv leur feu, comme autant de citadelles vivantes. En »aia 1m mamelucks s'élancèrent avec le plus brillant courage, Ib-ni: purent entamer ces lignes de ter et de fbu. Un grand notnbre vinrent expirer sur la pointe des baïonnettes. Mourad-B^w retira blessé dans la haute Egypte : Paulre bey. Ibrahla). s'enfuit vers la S^ria. L'occupation du Caire et la sùùlB)^ sion de la basse Egypte furent le prix de cette victoir» i{ït juillet). -
Bonaparte 80 hâta d'organiser le pays; il respucta le* croyances, les mœurs des habitants qui l'appelaieiil le fki^afi du grand Allah; il assistai la Tète du Nil (1S io&V) atJfh râl« du prophète; mais il s'occupa aussi d'assurer la Uenêtre de ses soldats, et il établit dans un des plm vaaifi fi~ lais du Caire cetinstitnt d'Egypte, dont les membres, Hosge» Berthollet, Fourier, Dolomieu, Larrey, GeoIVroy SàJnt-iHt- i laire, etc., commencèrent à conquérir à la stûeiicB celte contrée mystérieuse qui n'a révélé ses secrets que depuis le jour J où le génie de la France y a passé.
La nouvelle du désastre de h Hotte vint surprendre Bons-
parte au milieu de ces travaux. Il avait recommandé à Brueys de quitter la rade d*Aboukir. Un funeste retard permît aux Anglais d'arriver. La ligne d'embossage n^avait pas été formée assez près du rivage*, la moitié de la flotte anglaise pouvait passer entre elle et la terre, tandis que l'autre moitié passerait entre elle et le large. C'est la manœuvre audacieuse qae Nelson tenta. Elle réussit. Chacun de nos vaisseaux de Taile gauche, immobile sur ses ancres, eut à soutenir des deux côtés le feu de toute la flotte ennemie, qui s'avançait lentement, détruisant un à un nos navires. Le commandant de l'aile droite, Villeneuve, eût pu imiter ce mouvement et replier son escadre sur l'aile gauche de Nelson pour mettre celle-ci entre deux feux, comme l'était la tète de notre ligne. Le signal lui en fut donné; mais la fumée l'empêcha de l'apercevoir ou le vent de l'exécuter, et quand il vit /'OrteiU, de 120 canons, prendre feu et sauter, deux autres de nos bâtiments couler bas, il s^éloig^a avec deux vaisseaux et deux frégates et se réfugia à Malte. L^amiral Brueys, grièvement blessé, avait refusé de descendre dans Tentre-pont, disant qu'un amiral devait mourir sur son banc de quart. II fut emporté par un boulet. La flotte française, à Texception des navires de Villeneuve, était anéantie (1* août). L'expédition d'Egypte, qui devait nous donner l'empire de la Méditerranée , où nous avions maintenant quatre des positions les plus importantes de cette mer, Toulon, Malte, Corfou ei Alexandrie, n'était plus qu*une aventure, au lieu d*être le commencement d'une grande chose.
Nous étions emprisonnés dans notre conquête, et la Porte se déclarait contre nous. Bonaparte dit à ses soldats : « Eh bien ! il faut mourir ici ou en sortir grands comme les anciens; s et il écrivit à Kléber, qu'il avdt laissé à Alexandrie: « Ceci nous obligera à faire de plus grandes choses que nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prêts. • Kléber répondit : « Oui, il faut faire de grandes choses; je prépare mes facultés, s Bonaparte commença par achever l'occupation de tout le pays. Une révolte ayant éclaté au Caire (oct.), il la comprima avec rigueur. Oesaix, [eniitan juste, comme l'appelaient les Arabes, lancé à la poursuite de Mourad-Bey, s'était déjà emparé dé laThébalde, et nos régiments campaient près
1 . Le cootre-Amiril UaoU eboitit «a tlOt, dans U nde d'Algésirat, nne fti bonne ligoe d'embotMc« appoyé^ par det batteriet de côte, qu'il reaitU jLvcc ) vaisseaux à « anflals, en démâta deox et en prit un.
des cataractes de Syène, aux dernières limites de Panden monde romain.
Sûr alors de sa conquête, il s^avança vers la Syrie» d*où il eût pu couvrir TËgypte et menacer à son gré Constantinople ou rinde (fév. 1799). Il réussit d^abord, s^empara de Gaza et de JafTa, où nos soldats prirent les germes de la peste, et dispersa, à la bataille du mont Thabor, une grande armée turque (16 avril). Mais au siège de Saint- Jean d^Acre tout son génie échoua, faute de moyens matériels, contre le courage des Turcs et la ténacité de Tamiral anglais Sidney-Smith, le même dont il a dit souvent plus tard : i Cet homme m*a t'ait manquer ma fortune. » N^ayant ni munitions ni grosse artillerie, il ne put ouvrir de brèches praticables ; après soixante jours de tranchées et huit assauts meurtriers, il ramena en Egypte son armée épuisée de fatigue et décimée par la peste (20 mai). Un imposteur, qui s'appelait El Mody, tâchait de soulever le Delta, il en eut bien vite raison. Une ilotte anglaise avait débarqué à Aboukir 18000 janissaires; il les jeta à la mer (2^ juillet). Cest après cette brillante action que Kléber s'écria, dans un élan d'enthousiasme : c Général, vous êtes grand comme le monde. » L'armée d^Ëgypte n'avait plus rien à craindre, mais aussi elle n'avait plus rien à faire et cette inaction pesait à Bonaparte. Quand, il apprit qu'une seconde coalition s'était formée, que l'Italie était perdue, que la France allait être envahie, il remit le commandement à Kléber, et, montant sur une frégate, franchît audacieusement toute la Méditerranée, au milieu des croisières anglaises. Le 8 octobre, il débarquait à Fréjus.
mauvaise administration du Directoire* fVommée Au 22 floréal (11 mal 1998]. — Le Directoire, tour à tour faible et violent à l'intérieur, avait perdu au dehors la magnifique position que lui avait faite le traité de Gampo- Formio. Au 18 fructidor, il avait frappé un coup sur les royalistes; au 22 floréal [11 mai 1798), il frappa les députés qu'on appelait patriotes, en cassant leur élection. Ainsi le Directoire semblait ne vouloir gouverner qu'avec des coups d'État, ce qui prouvait sa faiblesse, un gouvernement fort n*en ayant pas besoin. Quelques mois auparavant, il avait fait une véritable banqueroute. L'intérêt de la dette était de 258 millions; il en remboursa les deux tiers avec des bons de biens nationaux qui perdaient les cinq sixièmes de leur valeur nominale, l'autre tiers fut consolida et inscrit sur le grand-livre
de la dette publique. 11 porta rirritation au comble par deux mesures tyran niques : un emprunt forcé et progressif de 100 millions, et la loi des otages contre les parents des émigrés et des ci-devant nobles ; celle-ci détruisait la sécurité de 150000 familles. Au dehors il provoquait l'Europe par des imprudences. II renversait le pouvoir temporel du pape et Taristocratie bernoise ; il mécontentait les trois républiques batave, cisalpine et ligurienne, nées de la nôtre, en les laissant piller par des agents infidèles, et il ne savait pas se faire obéir de ses généraux ; Cbampionnet à Naples, Brune en Lombardie, emprisonnaient ses i-eprésentants.
Seconde coalition (mmru IVeO-aïuni 180S). — Le spectacle de la désorganisation intérieure, Téloignement de Bonaparte et de notre meilleure armée, qu'on regardait comme perdus dans les sables de TËgypte, décidèrent les puissances du continent à prêter Toreille aux paroles de Pitt. <>ctle fois TAngleterre, FAutriche, la Russie, une partie de TAllemagne, Naples, le Piémont, la Turquie, et jusqu^aux Ktats barbaresques , se réunirent contré nous. La France, sans argent, sans commerce, ayant perdu le grand élan républicain de 93, et n'ayant pas encore l'enthousiasme militaire et la forte organisation de l'Empire, se trouvait exposée aux plus sérieux dangers.
Les Conseils, pour faire face aux attaques de l'Europe, décrétèrent la loi de la conscription, qui astreignait au tervice militaire tous les citoyens de vingt à vingt-cinq ans , et ordonnèrent une levée de 200 000 hommes. Le roi de Nazies, par une attaque imprudente , nous valut cependant un triomphe. Il crut pouvoir à lui seul délivrer l'Italie et envahit le territoire de la république romaine. Cbampionnet y commandait 35000 hommes ; il laissa les Napolitains s'avanrer jusqu'à Rome, puis tomba sur eux à coups redoublés, les poussa répée dans les reins jusque sous les murs de Nar>k'.s, que les lazzaroni défendirent trois jours de rue en rue. La république parthénopémne fut aussitôt proclamée (33 janvier 1799]. Joubert avait en même temps, et avec une égale facilité, chassé le roi de Sardaigne du Piémont (9 décembre
Bcfcrs en Halle et en Allemagne | défaite* 4a 0tokach, ManBaaa f CaiMiBa» la Vrebkla (1900).— Mais la coalition avait mis sur pied 360000 hommes; le Directoire u'cii avait que 170 000, divisés en cinq armées : Macdonald,
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le successeur de Championnet*, et Brune étaient aux deux extrémités, à Naples et en Hollande; Jourdanet Schéreraux ailes, en Allemagne et en Italie ; Masséna au centre, en Suisse Depuis la dernière guerre, une révolution avait eu lieu dans ce pays. La Suisse s^était donné une constitution nouvelle, fondée sur des bases plus équitables, et avait signé avec k. France un traité d'alliance qui nous permettait d'occuper militairement le pays. C'était un avantage considérable, parce que la Suisse formait sur la ligne de nos frontières un saillant qui pénétrait profondément dans le continent, entre l'Italie et l'Allemagne, et que le Rhin couvrait. Masséna s'avança jusqu'à cette limite , tandis que Schérer," en Italie, s'approchait de TAdige, que le traité de Campo-Formio avait donné aux Autrichiens, avec Vérone et Legnago.
Le 1" mars, Jourdan franchit le Rhin, quand les Autrichiens étaient encore derrière le Lech, et s'avança entre le Danube et le lac de Constance pour se tenir à la hauteur de Masséna, comme celui-ci dépassait la ligne du Rhin et envoyait sa cavalerie légère jusque dans la haute vallée de rinn, pour donner la main à Schérer à travers le Tyrol. Mais l'archiduc Charles arrêta Jourdan à Stokach, point de jonction des routes de Souabe et de Suisse , avec des forces supérieures, et l'obligea de reculer jusqu'aux défilés de la Forêt Noire, plus tard môme jusque sur le Rhin (22 mars).
En Italie, Schérer se trouvait sur le théâtre des magnifiques opérations de 1796 à 1797 ; il ne sut pas mettre à profit les leçons que Bonaparte y avait données; il voulut forcer le passage de l'Adige par les montagnes, puis par le bas du fleuve. Une suite de mouvements mal calculés fatigua les troupes et les amena sans ensemble àla bataille de Magnano. auprès de Vérone, que Kray gagna (5 avril). Schérer perdit la tète, et, abandonnant sans lutte nouvelle les lignes du Mincio et de TOglio, comme après un désastre, il ne s'arrêta que derrière l'Adda. Masséna dut suivre ce mouvement de retraite; il renonça à garder la ligne du Rhin, du Saînt-Gothard à Constance, et vint prendre position derrière celle que forment la Linth, le lac de Zurich et la Limmal. Ayant ce grand fossé devant lui et fortement établi, en arrière, su;
f . Championnet, qui avait conquis le royaume d« Naples, moarut si pauvre, en 1800, que ses officiers furent obligés de se cotiser pour subvenir aux frais de ses funérailles. (3f ^moires de Uoêtina, ÎV, p. 3S )
DU 27 OCTOBRE î 795 AU 9 NOVEMBRE 1799. 549
TAIbis, il couvrait le reste de la Suisse et tenait en échec les armées d'Allemagne et d'Italie.
La dernière cependant avançait. 30 000 Russes avaient rejoint les 60 000 Autrichiens de Mêlas, et Souwaroff, qu'on appelait V Invincible, commandait Tannée combinée. Le 27 avril cette armée força le passage de TAdda, au moment où Schérer remettait à Moreau le commandement, c'est-à-dire le soin de tirer l'armée d'une défaite inévitable. Moreau n'eut pas le temps, en effet, de réparer les mauvaises dispositions de son prédécesseur : il fut battu à Gassano (28 avril). Ce même jour, la cour de Vienne se souillait d'un infâme guetapens : les ministres de France au congrès deRastadt, où se traitait encore la paix avec l'empire, furent assassinés par des hussards autrichiens.
La défaite de Cassano ne porta pas atteinte à la réputation de Moreau, car elle ne pouvait lui être imputée, et il fit de PAdda sur Turin, puis sur Gènes, une retraite moins connue, mais plus admirable que sa retraite fameuse de 1796. Macdonald allait se trouver compromis au fond de la péninsule. Il revint de Naples en toute hâte, et c'était pour lui permettre de déboucher dans le flanc des coalisés que Moreau les avait entraînés à sa suite jusqu'à Turin. A l'approche de Macdonald il se jeta dans l'Apennin, afin d'être en mesure d'opérer sa jonction avec lui dans la plaine de Plaisance. Mais quelques jours perdus par l'armée de Naples en Toscane, pour se reposer et se réorganiser, permirent à Souv^arofT de se porter sur la Trebbia, entre les deux généraux. Macdonald ne serrant pas d'assez près les montagnes, et se laissant entraîner au nord par un succès sur Hohenzollern, lie put percer, dans une bataille de trois jours dite de la Trebbia, la ligne ennemie (17-19 juin). Il perdit 15000 hommes et fut forcé de se jeter dans les sentiers affreux de l'Apennin pour regagner Gènes et l'armée de Moreau. Tous <leux furent destitués et remplacés par Joubert : Moreau consentit généreusement à le diriger de ses conseils. Une nouvelle et sanglante action , à Novi, où Joubert fut tué, consomma la perte de l'Italie pour la France (15 août).
VlctolrM de BrsBe à Mergem (!• scptcmkn 19*»1 et de MaM^Ma à XaHeh (tA-Se «eptemkre 19»»). -^ Le territoire même de la république était menacé; deux victoires, gaprnées à six jours d'intervalle, le sauvèrent. Brune battit à Bergen (19 septembre) une armée de 40000 Anglo-
Russes débarqués en Hollande, et les força de chercher un refuge sur leurs vaisseaux ; Masséna gagna rimmortelle yifrtoire de Zurich. Souwaroff ne s*occupait point de fûre.en Italie les affaires de rAutriche : il avait écrit au roi de Sardaigne pour l'inviter à rentrer dans ses États. Ce ]i*était pas le compte de la cour de Vienne, qui trouvait, après VeniBO et Milan, Turin, même la Savoie, fort à sa convenance. Afin de mettre un terme à ses inquiétudes, leconseil aulique, où était la direction suprême, imagina de porter Sou waroff en Suisse, sous prétexte que les Russes trouveraient là un climat qui leur convenait mieux, et de faire descendre Parchiduo sur le Rhin : de la sorte, il n'y aurait que des Autrichiens en Italie, sous Mêlas , et en Allemagne, sous Tarchiduc, et que des Russes en Suisse. Si ce changement était très-politique, il était fort peu militaire, car il nécessitait de Turin à Strasbourg une marche de flanc en face et à portée de Masséna, qui trouverait sans doute quelque occasion de punir cette té* mérité. Il surprit en effet les coalisés au milieu de leur manœuvre, lorsque Tarchiduc avait déjà quitté la Suisse et que Souwaroff n'y était pas encore entré. Se jetant avec unadmirable à-propos sur la ville de Zurich, qu^il enveloppe, il y écrase un corps d'armée russe, met en déroute un àutra corps qui gardait la Linth, et quand Souwaroff arrive du Saint- Gothard, après d'immenses fatigues et de grandes pertes, croyant tomber dans le flanc droit de Parmée française, ébranlée par une vive attaque de front, il se heurte contre des troupes victorieuses qui le rejettent dans les gorges affreuses d'où il ne se retire qu'en y laissant la moitié de ses gens. Ce bel ensemble de manœuvres, appelé la bataille de Zurich (25 et 26 septembre), coûta aux coalisés 30 000 hommes et la défection des Russes. Ceux-ci, reprochant aux Autrichiens une trahison, quand il n'y avait à leur reprocher qu'un mauvais plan de campagne, se retirèrent de la coalition. Bonaparte n'a pas de plus glorieuse bfitaille, car les victoires qui assurent le salut du pays valent mieux que celles qui n'ajoutent qu'à sa puissance, ou à la gloire de ses che&. aournée du 30 prairial. (18 Juin 1V99). — La France, en effet, était sauvée ; le pays n'en accusait pas moins son gouvernement de l'avoir exposé à de si grands périls, et les Conseils avaient pu prendre sur le Directoire la revanche des journées du 18 fructidor et du 22 floréal , en forçant Treilhard, la Réveillère et MerliQ cLe Douai à donner leur dé-
mission (30 prairial, 18 juin 1799). Mais il importait peu de changer les hommes, puisque la cause du mal était dans les institutions mêmes. L'anarchie continua. Ce ne furent plus les royalistes, comme avant le 18 fructidor, qui essayèrent d'en profiter, mais les restes du jacobinisme. Le club du Manège, qui comptait parmi ses membres Jourdan, Augereau et Bernadotte, alors ministre de la guerre, se répandit en motions violentes contre le Directoire, ainsi qu'avait fait autrefois la société royaliste de Clichy. Le gouvernement triompha sans peine de ce parti en réveillant les souvenirs de 93 et en excitant les alarmes des modérés. On destitua Bernadotte, on ferma le club du Manège, et le Directoire continua d'être méprisé (août et septembre 1799).
C'est à ce moment que Bonaparte abordait à Fréjus.
aonmée du 18 krniaaire (• ■•▼•mkre IVOO). — Son retour fut accueilli par des transports qui lui montrèrent qu'il était maître de la situation. Aussitôt, en effet, les partis Tentourent et lui proposent le pouvoir. Il se montre réservé, impénétrable. Il s'enferme dans sa petite maison de la rue Cbantereine, qu'on appelle à cause de lui rue de la Victoire, et il semble ne vivre que pour sa sœur, pour sa femme Joséphine Beauhamais, qu'il avait épousée après le 13 vendémiaire, pour ses collègues de l'Institut, dont il porte le costume lorsqu'il lui faut paraître dans quelque cérémonie publique. Cependant il observe et calcule.
Le pays repousse les royalistes, parce qu'il ne veut pas retourner à l'ancien régime ; il repousse les Jacobins, parce qu'il ne veut pas retourner à 98. 11 est bien décidé à garder la révolution. Mais la révolution est double : elle est sociale et politique : elle a été faite pour obtenir l'égalité et la liberté. Or Tanarchie compromet ces deux biens: pour sauver Tun, la France ajourne l'autre; elle se jette dans les bras de [Bonaparte ; elle lui demande de g^arantir les conquêtes sociales (le la révolution en assurant l'ordre, le premier besoin li'uiie société ; la liberté reviendra plus tard. Et Bonaparte accepte.
Tout le monde conspirait : Siéyès dans la Directoire, Fouelle et Talleyrand dans le ministère, cent autres dans les Conseils. < 11 faut, disait Siéyès, pour sauver la Franœ, une tête et une épée.» Il réservait à Bonaparte le rôle de l'épéc.
Le 18 brumaire, la majorité du conseil des Anciens décrète la translation des deux Conseils àSaint-Cloud, et confie l'exé-
LE DIBECTOIBE
cution du décret à Boraparle, qui reçoit le commandement
de toutes les troupes. Trois membres du Directoire, SiéyÈs, Roger-Ducos et Barras, donnent leur démission ; Moulina et Gohier, qui refusent la leur, sont mis on surveillance au Luxembourg. En même (omps, Paris se couvre de troupes. Le lendemain, Bonaparte se rend à Saint-Cloud. Il va d'abord aux Ancifins : * La patrie, dit-il, n'a pas de plus zélé défenseur que moi;maiB c'est sur vous seuls que reposa son salut 11 n y a plus de gouïernement.les dangers sont pressants Éii-
Cfaltun de Balnt-CloDd.
tons de perdre deui choses pour lesquelles dous avons (^11 tant de sacrifîces: la liberté et l'égalité... — Et la constitution ? lui crie-t-on. — La constitution, vous l'avez violée vouanafimes au 18 fruelîdor, au 22 fioréal, au 30 prairial.... Je ne parle pas ainsi pour m'emparer du pouvoir. Le pouvoir, on me l'a offert depuis mon retour k Paris. Les diffÉrentea factions sont venues sonner k ma porte; je ne les ai pas écoutées, parce que je ne suis d'aucune coterie, parce quo je ne suis que du grand parti du peuple français.... • Aui Cinq- Cents des cris furieux l'accueillirent: < A bas lo dictateur! A bas les baïonnettes! i crie-t'On dotoules parts lors-
qu'il entre dans la salle, snivi de quelques grenadiers. Il est entouré, pressé, menacé; il faut que ses grenadiers Tarrachent du milieu des groupes. Les députés demandentsa mise hors la loi. Lucien son frère, qui préside le conseU, essaye en vain de le justifier. Ne pouvant se faire entendre, il dépose ses insignes, sort de la salle et harangue les troupes : « La majorité du conseil, dit- il, est opprimée par une poignée d^ factieux. > Au nom du peuple, il somme les soldats d'expulser ces agitateurs. Alors, sur Tordre de Bonaparte, le général Leclerc envahit l'Assemblée ; le tambour couvre la voix des députés qui protestent, et la salle est évacuée sans effusion de sang. Le conseil des Anciens, resté seul en séance, défère le pouvoir exécutif à trois consuls provisoires, Bonaparte, Siéyès et Roger-Ducos, et charge deux commissions, de 25 membres chacune, de reviser la constitution (9 et 10 novembre 1799).
C'était la révolution qui abdiquait aux mains du pouvoir militaire et allait entrer avec lui dans une phase nouvelle. Au dedans, grâce à l'ordre qui va régner, elle s'enracinera dans le pays de manière à n'en pouvoir plus être arrachée; au dehors, grâce aux conquêtes de nos soldats, ses principes te répandront sur l'Europe comme nos victoires. Mais, après avoir plané sur presque toutes les capitales du continent, notre drapeau tombera abattu sous les pieds d'un million de soldats, et la France échappera mutilée, sanglante, aux mains redoutables du puissant génie qui vient de la saisir. Le 18 brumaire commence cette longue chaîne de prospérité, de gloire, de puissance inouïe, mais aussi de fautes et de revers lamentables, qui forme l'histoire du Consulat et de l'Empire'.
Et puis c'était encore une journée^ c'est-à-dire .un coup de force. Quelles leçons données aux peuples par ces perpétiitilles insurrections de la Commune, de la Convention, du Directoire, des Conseils, des royalistes comme des républicains, enfm de l'armée 1 Et comment pouvait-il se former d(s citoyens respectueux de la loi, préoccupés de la modifier avtc sa^'esse, au lieu de la déchirer avec colère, lorsque, depuis dix ans, rien no marchait que par soubresauts violents?
1. Un jiiKe non prévenu, le doe V. de Brogllt dit dan* tet NoUê Mojraphnfuet : « Le 18 bramaire foi une délivrance et let quatre années qui itî Miivirent furent une série de triomphes, an deliors sur les ennemis, au dtïilans sur l«s principes de désordre et sar l'anarenle. Ces quatre années MMit avec les dix années du règne de Henri IV, la meilleure, la pins noble partie de l'hibtoire de France. •
Fin «la dlz-hnlUème siècle. — Quelques JOUTB l^rès celle révolulion mililaire expirait ce dix-huitième siècle^ objet de tant de débats passionnés, qui fut à la fois soeptîqae et crédule, doux et terrible, de mœurs légères et tTesixrit souvent frivole, mais qui mit.au monde la grande pensée que la société, comme l'homme, doit s^améliorer sans cesse, et qui a tendu la main à tous les parias de la loi et àe TËUt, môme de la nature. Serfs, nègres, hérétiques, aliénés, infl^ mes, ont été par lui relevés et secourus. Notre sollicitade pour eux n'est qu'un héritage qu'il nous a légué. Quelles qu^lâent été ses fautes, il sera beaucoup pardonné à ce siècle c qni, dans Tordre matériel, créa les sciences à l'aide desquelles Phomme a saisi sur la nature une domination inattendue et singulièrement accru son bien-être; qui, dans rordre monli a conquis la tolérance, recherché la justice, proclamé le droit, revendiqué Tégalité civile, recommandé La, firatemité humaine, banni la cruauté des institutions pénales, repoussé Turbitraire do Tadministration publique, voulu faire de la raison le guide des intelligences, de la liberté le guide des gouvernements, du progrès Tambition des peuples, de la loi la souveraine de tout le monde*. >