‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 54 sur 73 · LE CONSULAT (10 NOVEMBRE 1799-18 MAI · texte numérisé non relu

LE CONSULAT (10 NOVEMBRE 1799-18 MAI

Constitution de Van VIII. — Siéyès, qui avait Hût,

avec Bonaparte, le 18 brumaire, tenaitune constitution toute

1. Mignet, Éloge de M. Gérando. — Remarque» divertê*.^» Soot le Ureetoire, secte nouvelle, les théophilanthropes, dont la RéveiUèn-Lépeanx est le chef; établissement à Paris du Conservatoire des artt et métiers en 1798; première exposition des produits de ^industrie, 2io expotaoti (septembre 1798); organisation de l'École polytechnique (1797)* rétabliftement de Timpôt du sel à raison d'un sou par livre (1799).

2. Principaux ouvrages à consulter : Histoire du Consulat al de l'Smpirtf par M. Thiers; tU, par Lacretelle; Histoire de la France et de liapoUem Bonaparte, de 1797 a 1815, par Thibaudeau ; Histoire de France depmit le

prèle ; il la proposa. Elle était fort habilement calculée pour concilier la république et la monarchie, de manière à n^avoir ni les agitations de Tune ni le despotisme de Pautre. liais ses rouages trop compliqués ne convenaient ni à la société de ce temps-là, pressée de se sentir gouverner, ni au général Bonaparte, qui avait le génie et la force nécessaires pour tirer la France du chaos. Le plan de Siéyès fut donc abandonné, du moins en ce qui regardait Torganisation du pouvoir exécutif, qui était le point capital, et le 15 décembre 1799 la constitution de TanVlllfut promulguée.

La mode des choses romaines durait encore. On eut des consuls, des sénateurs, des tribuns, des préfets, et bientôt on aura un empereur. Les consuls étaient au noinbre de trois, élus pour dix ans et rééligibles, mais le premier avait seul toutes les prérogatives du pouvoir 4es deux autres n'avaient que voix consultative. Ces trois consuls furent Bonaparte, Cambacérès et Lebrun.

Conseil d'État, Trlbaaat, Cmwwm lé^ÎMlmiif. - Dans les trois constitutions de la Constituante et delà Convention, le pouvoir exécutif avait été subordonné au pouvoir législatif. Cette fois le contraire arrivait. Les lois, préparées, sur Tordre des consuls, par un ùmênliTÉUUj dont les membres, nommf'S par les consuls, pouvaient être révoqués par e ix, étaient discutées par le Tribunal^ composé de 100 membres, votées ou rejetées par le Corps légiêlatifj qui comptait 300 députés. Le Tribunat exprimait sur les lois faites ou à faire, sur los abus à corriger, les améliorations à introduire, etc., des vœux que le gouvernement prenait ou ne prenait point en considération. Quand une loi, après Texamen des tribuns, était portée au Corps législatif, où trois conseillers d'État, orateurs du gouvernement, devaient la défendre, trois orateurs du Tribunat venaient ou la toalenir ou la combattre. Aucun membre du Corps législatif ii*avait le droit d'intervenir au débat. Ils votaient en silence, comme un grand jury ihitional, sur une cause contradictoirement débattue.

Ainsi, par défiance du pouvoir exécutif, la Convention l'avait divisé en créant cinq directeurs , par défiance du pouvoir

il6rumair«, par M. Blgnon; Histoire éês eahimU de PBunpê pemétmi U CotiMutat et VKmpirt, par M. Armand LafabYra ; le Méwtonal dt Saint- Uélent, et les OËuvre* de Napoléon; les Mémoiru ef ia correspondance du roi Joatpk ; Correspondanrt de Napotéom : Napoléon oa KecueU par ordn rkronologique de »*» Lettres, IHiCouref tic, par Kcrrooysan.

lô<?islatif, la constitution de Tan VIII le divisait, en donnant l'initiative des lois au gouvernement, la discussion aux tribuns, le vote aux législateurs.

lie Méuat coDfterTatear. — Un corps fut placé entreles >leux pouvoirs législatif et exécutif, le Sénat conservateur (-<)niposé de 80 membres nommés à vie. Il veillait au mainli(3n de la constitution, jugeait tous les actes contraires à la ioi organique, et choisissait sur la liste nationale les membres du Tribunat et du Corps législatif.

Le pouvoir électoral subsistait, mais transformé. Tous les Français âgés de vingt et un ans accomplis et inscrits surles registres publics étaient électeurs ; les électeurs de chaque arrondissement communal choisissaient un dixième d'entre eux pour dresser une liste de notabilités communales, et c'est dans cette liste que le premier consul prenait les fonctionnaires publics de rarrondissement. Les citoyens portés sur la liste communale nommaient un dixième d'entre eux pour former la liste départementale, dans laquelle le premier conh^ul choisissait les fonctionnaires du département. Les élus de la liste dépai'tementale formaient d'un dixième d'entre eux la liste nationale. Tous ceux qui y étaient compris pouvaient être élevés aux fonctions publiques nationales. C'était dans cette troisième liste de notabilités que le Sénat allait prendre les membres du Tribunat et du Corps législatif. Les assemblées, qui discutaient et votaient les lois, étaient donc le produit d'une élection à quatre degrés. On n'avait qu'un simulacre de gouvernement représentatif, et les moins clairvoyants pouvaient reconnaître la dictature derrière cette ombre transparente de la liberté.

Les sénateurs avaient 25 000 francs de dotation annuelle, les tribuns, 15 000; les législateurs, 10 000.

Soumise à l'approbation du peuple, la constitution de Tan VIII fut acceptée par 3011 107 suffrages contre 1567.

Réorfj^aiiisatiou administratiYe. — Pour achever TOBUvre de la constitution, de nombreuses lois organiques étaient nécessaires ; le premier consul se hâta de les proposer au Tribunat et au Corps législatif. Une des plus importantes fut celle qui constitua le département à l'image de l'État luimAme. Les départements étaient administrés par des directoires électifs, sur lesquels le pouvoir central avait peu d'action et qui eux-mêmes n'agissaient point ou agissaient mal ; il ni revivre les intendants sous le nom romain de préfet,

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et concentra dans les mains de ce fonctionnaire qui releva directement du ministère de Tintérieur, toute Tautorité executive. A côté de lui il plaça, dans le conseU de préfecttite^ une sorte de conseil d'État départemental, et dans le con$eil général, une sorte de corps législatif qui, s'il ne faisait pas de loi, exprimait au moijQs le vœu du département. Le souspréfet eut aussi un conseil dParrondissemmt s le maire de chaque commune, un conseil tMânidpal. Ainsi Taction était réservée à un seul, la délibération à plusieurs : c'était juste et bon.

Chaque arrondissement ou sous-préfecture eut un tribunal civil, et, pour les finances, un receveur particulier; chaque département, un tribunal criminel et -un receveur général ; 27 tribunaux d'appel furent répandus sur la surface du territoire, et une Cour de cassation maintint l'uniformité de la jurisprudence. Cette organisation administrative de la France était l'achèvement de l'œuvre de Louis XIV par la centralisation poussée à ses dernières limites ; elle a, dans ses traits généraux, survécu à toutes nos révolutions : dix gouvernements sont tombés, mais la notion de l'État souverain s'est dégagée de toutes les ruines, et quelque nom qu'aient porté ceux qui ont eu le pouvoir, toujoucs les libertés locales ont été étouffées ou maintenues sans force. Cette centralisation excessive résulta d'abord jdu besoin de fonder notre unité nationale; elle parut ensuite une nécessité, quand la France, à raison de sa position géographique et des haines de l'étranger , fut obligée de prendre une position de combat. Mais la liberté y périt et beaucoup do nos malheurs en sortirent, parce que Paris où se concentra la vie politique put imposer sa volonté, ses capnces et ses révolutions au pays tout entier.

ElTortii ponr réconcilier mt èîmîméw !«• partis. — Kii sortant du premier conseil tenu après le 18 brumair(> Si(^yès avait dit : c Messieurs, nous avons un maître. » Maisi Ton oxcvpte ceux en petit nombre qui, comme lui, voyaient dt'jà W dictat(Hir dans la toge du consul; si l'on excepte enrom hin royalistes et les Jacobins, qui rêvaient deux choses iiniiossibles, la France entière accueillit avec satisfaction la iiouvolle du coup d'État et ces paroles de Bonaparte : « Qu'il n'y ait plus ni Jacobins, ni modérés, ni royalistes, mais partout des Français. • Les consuls provisoires montrèrent, p.tr leurs premières mesures,un grand esprit de conciliation.

558 Ll. i;oNSULAT

Les proscrits' de fructidor, Camot, PorUIin, StméOti. ^-t le» conventionnels. Barrère, Vadier, rurent rappelas, la lui des otages et ceile qui établissait l'iinpûl força progressiP rapportées, le« prêtres détenus pour refus da sennmtt ëlatgis. Une tempête avait jeté les émigrés but la cAla de Calais, et la loi condamnait à mort tfiut émigré trouvé sur le sol de la république. BoDSporte leur rendît la liberté. U Bl plus, il ferma la liste de Témigration et déclara les cMeTiut nobles admissibles aux emplois publics, mais en garantissant leurs propriétés aux acquéreurs des biens nationaux, Et m6me temps, au nom de la liberté des cultes, il roavrit \u iglU...

A rëtonDemeot des incrédules, ce puissant homme ie guerre se montrait un administrateur consommé. En quetqun jours il avait touché h tout, et à tout II avait imprimé une vie nouvelle. Aussi ce gouvernement provisoire, où tout le monde avait vu d'ailleurs un gouvernement définitif, avait inspiré asseï vite la confiance au commerce pour que les banquiers de Paris lui prêtassent les premiers fonds dont il avait eu besoin *. Alors les armées , dont la misère était extrême , avaient reçu quelque soulagement. Les campagne avaient été purgées des bandits qui les infestaient, et les agitations révolutionnaires du Midi avaient été apaisées. Les royalistes, qui avaient cru, malgré les souvenirs du 13 i*Ddémiaire et du IB fructidor , que Bonaparte travaillait pour Louis XVlIl,et que l'épée de connétable sulîiraitàsoii amtntion, trompés dans leurs espérances, avaient relevé dans l'ouest le drapeau de l'insurrection. Il ëtoulTa par d'énergiques mesures cette nouvelle guerre civile. D'Aulichamp, Susanel. Tirent leur soumission (17 janvier ISOOj. Georges Csdoudal capitula et passa en Angleterre. Mais, se déflant de la presse , qui avec de bonnes lois et la résolution de les exécuter n'est pas un danger, et qui souvent est un secours ou un conseil, il supprima une foule de journaux. Treize seulement, à Paris, eurent la permission de paraître et turent avertis qu'ils auraient au premier écart le sort dea autres.

ant 1b rapporl du ministre ds U po)ioe de l'an VIll U y sTiit alan nigré». lUEuvrea ia Napolion 111. t. 1, p. 46.) -

ne Bubtention eitriordinairs additlcanEtlt même temps les riquiaitiona en natur«.

noémlETés. <b£uvrMds^ Elle tut rempliicéii par u:

COdlribulionl. II Btwlit en

'éaor 67 ow franci, r«it« d'ane

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Les armées, en souvenir même de ce qu^elles avaient souffert et de ce qu'elles avaient accompli pour la république, renfermaient beaucoup de républicains; mais elles avaient eu tant à se plaindre, soldats et généraux, de Tincurie du Directoire, que le coup de main qui les débarrassait des « avocats et des bavards i y fut bien accueilli. Bonaparte s^occupa d'ailleurs activement de les réorganiser et de soulager Taffreuse misère qui les décimait. Moreau , qui avait accepté le singulier rôle de garder les directeurs prisonniers au Luxembourg, tandis que Bonaparte allait à Saint-Cioud terminer la révolution , reçut en récompense le commandement des armées réunies du Kbin et de THelvétie. Masséna semblait moins sûr ; on le tira du théâtre de sa gloire récente, et il fut relégué à Tarmée d'Italie dont ledénûment passait toute idée.

Marenipo (14 Jaiii IfitOO). — Le lendemain du jour où la constitution de l'an VIII avait été mise en action, le premier consul , rompant avec tous les usages de la diplomatie , afin de frapper davantage l'esprit public , avait écrit au roi d'Angleterre la lettre suivante :

c Appelé, sire, par le vœu de la nation fhmçaise à occuper la première magistrature de la république, je crois convenable, en entrant en charge d'en faire part directement à Votre Majesté.

c La guerre, qui depuis huit ans ravage les quatre parties (lu monde, doit-elle être éternelle? N'est-il donc aucun moyen de s'entendre?

u Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur iiHlé|>endance, peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine ^Tundeur le bien du commerce, la prospérité intérieure , le bonheur des familles ? Comment ne sentent-elles pas que la l*aix est le premier des besoins comme la première des gloires?»

(^ette lettre était très-digne et très-habile. Bonaparte en (HTivit une semblable à Tempereur d'Allemagne : mais l'Aul riche, qui tenait toute l'Italie et comptait la garder, l'Angletcrre, qui ne voulait à aucun prix laisser Malte et l'Egypte à la 1 rance, rejetèrent ces ouvertures, la première en termes iiir)(l<rès, la seconde avec une violence de paroles qui montrait toute la haine de son premier ministre, William Pitt, I '»iir la France*.

1. r- t re; onse de Pitl amena ono ropll'ii e de Bonaparte, dans laquelle

560 LE OMfSUUkT

Il fallait donc laire la goerre. Bonaparte, contaaft Anair mis, par sa modération, l'opinion pobÛqn» da ma câM, m prépara à la faire glorieuse et décisive. Ea Balâe, Miaaiia n'avait que 36 000 hommes contre les ISO 000 AuUidiieus du baron Mêlas ; il fut éoasé par des foftee mpériewa^it une partie de son armée fut rejetée sur le Ver; ans le reste, 15 à 18 000 hommes, il s'enlénna dans GÎnaait y soutint ce siège mémorable qui est, qurès Zurid^ leftai beau fleuron de sa couronne militaire. Pendant qaHy nlenait près de deux mois, jusqu'au k jnin,raniiée anlriciiisHi^ lui prenant ou tuant plus de soldats qn'U n*en araitl»mème, de grands événements rendus

héroïque défense s'accomplissaient denière Inî^. La d'opération des Autrichiens s'étendait de Straabourg àNfês; mais la Suisse restée entre nos mains, a^enfonçait coin dans cette ligne et l'ouvrait à nos coupe. Bo l'ennemi sur nos mouvements, nous pouvione par le Rhin supérieur, derrière le maréchal de Kray, on pv les Alpes, derrière le baron de Mêlas. Bonaparte concotCD double dessein, mais Moreau, pour ce qui le e<Miceniait| ne l'exécuta qu'à demi. Pourtant il réussit à franchir le Rbin età concentrer ses forces vers Schaffbuse, battit àStokach^àEnm et à Mœsskirch les Autrichiens de Kray (3-5 maO^et lee.rjéis dans le camp retranché d'Ulm. Tandis qu'il las j tenait enfermés, Bonaparte, par une des plus granileB eombinaiaoDB de guerre qui eussent encore été exécutéeS| tanehiseail Jbîmôme les Alpes.

Pour arrêter Mêlas, qui menaçait le Var, et Kraj, qjaï ne* naçait le Rhin, le Premier Consul avait annoncé à grand bruit la formation d'une armée de réserve de 60 000 hoiHnss à Dijon. Les espions des puissances coururent dans nette ville, ils y virent quelques invalides qui ii ques conscrits, et écrivirent partout que l'armée de

le Premier Consul repoassa l'étemelle aoeaeatioD Unoée ooDfrt la 1

d'avoir attaqué la première, et prouva, ce qui ne fait plue d« dom âiainnant pour personne, que la France avait pris les armes tu 1799 tadqiMment pour résister à une conspiration européenne tramée eontrt «a sératé. Il est juste d'ajouter qu'il était impossible que cette coidltioa det iatéréli du passé contre les intérêts nouveaux ne se form&t pas.

1. Dans le dernier mois du siège on n'avait plos de viande. JLprèi s'êtit nourri de cheval et des animaux les plus immondes, on fut réduit an paiB d'avoine, puis à un aliment sans nom, formé d'amidon et de graine de Un. • Avant de se rendre, disaient les soldats, il nous fera manger joiou^ nos bottes. ■ On en fut bien près. ^

était une ruse de guerre pour effrayer les généraux autrir chiens et ralentir leurs progrès. Cependant Tannée de réserve existait; elle se formait sur tous les chemins deFrance,avec des corps isolés partis de la Vendée, de Toulon, de Marseille, de Paris, qui recevaient en route munitions, chevaux, fusils, vêtements, et s'acheminaient lentement, sans bruit, vers Genève et Lausanne. Au commencement de mai tous ces corps étaient en Suisse, et Bonaparte, suivant des Tuileries les mouvements de Mêlas, qui s'enfon^it de plus en plus dans la Ligurie, voyait se réaliser Pévénement quHl avait prévu. Un jour, avant de partir, couché sur des cartes, il y posait des signes de différentes couleurs pour figurer la position des corps français et autrichiens, et disait devant son secrétaire étonné : « Ce pauvre M. de Mêlas passera par Tunn, se repliera vers Alexandrie.... Je passerai le P6, je le joindrai sur la route de Plaisance*, dans les plaines de la Scrivia,et je le battrai là.... » Et en prononçant ces mots, il posait un des signes à San-Giuliano*.C*était toute la campagne prophétisée d*avance.

11 quitta Paris le 6 mai, se montra à Dijon et courut vers Genève. Le général du génie Marescot avait été chargé de faire la reconnaissance des Alpes. Il se prononçait pour le ^^rand Saint-Bernard, mais il considérait Topération comme très-difûcile. « Difficile, soit, répondit le Premier Consul, mais est-elle possible? — Je le crois, à condition d*eflbrts extraordinaires. — Eh bien 1 partons. » On démonta les canons qui furent placés sur des traîneaux à roulettes; on divisa les affûts, les munitions, pour les faire transporter à dos de mulets, car il y avait dix lieues de route impraticable aux voitures.

Le passage commença dans la nuit du 14 au 15 mai. Une avant-garde de six beaux régiments, commandés par Lannes, partit à minuit. On devançait le lever du soleil pour n'avoir pas à craindre les avalanches, pl\is fréquentes après la chaleur du jour. 11 fallait huit heures pour arriver au couvent du Saint-Bernard. Les troupes y trouvèrent des provisions que le Premier Consul y avait fait porter d'avance et que les religieux leur distribuèrent. Après quelques instants de

1. Tbiert, Hiêioirt du Contulat tt de fEmvirt, 1. 1, p. S57. Cm m\ Trage, à raison des sources eoosullées par 1 aoteor ci qui n'ont èlé acces-

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•ibles qu'à iul, \^^^ lieu bien sonveiit es doevmtnU origlnaaz.

repos, on descendit en deux heures au village de SaintrRemi, où la route commençait. Les jours suivants, les divisions, les affûts, les munitions passèrent. Les pièces, surtout celles de douze, et les obusiers offrirent de grandes difûcultés. Des troncs de sapins creusés les reçurent ; cent hommes s'attelaient à chacun de ces traîneaux ; la musique jouait dans les passages difficiles ou bien on battait la charge ; tout passa. Mais un obstacle imprévu arrêta Tarmée. Lannes marchait sur Ivrée, il trouva la route fermée par un fort inexpugnable, celui de Bard. Tous les efforts tentés pour le prendre furent inutiles : le Premier Consul accourut lui-même, reconnut rimpossibilité d'enlever ce roc, mais le fit tourner par un sentier de chèvres que Tinfanterie et la cavalerie suivirent. Quant à rartillerie, il n'y avait pour elle d'autre route qu'au pied même du fort. Aussi le commandant de Bard écrivait à Mêlas qu'il ne laisserait point passer un canon. On couvrit la route de paille et de fumier, on entoura les pièces d'étoupes, les canonniers les traînèrent, et on traversa la nuit, sous les projectiles ennemis, ce dangereux défilé. 40000 hommes étaient en Italie, 20000, qui arrivaient par d'autres passages, allaient les rejoindre. En 1796, Bonaparte avait tourné les Alpes, en 1800 il les franchissait, et cette fois avec des espérances plus grandes d'un immense et prompt succès, car il s'établissait par cette manœuvre sur les derrières de Mêlas; il le coupait de l'Autriche; il l'épouvantait de son audace ; il l'avait vaincu avant môme de l'avoir rencontré.

Mêlas était dans la plus profonde ignorance de tous ces mouvements, et refusa longtemps d'y croire. Lorsque enfln il n'en put douter, lorsqu'il sut que Bonaparte était entré à Milan, au milieu des transports de l'admiration et de l'enthousiasme, il concentra rapidement tous ses corps pour se faire jour avant d'être enveloppé. Le 9 juin il se heurta contre Lannes à Montebello, et ne put passer. Trois tentatives sur Plaisance, pour s'emparer du pont de cette ville sur le Pô, avaient également échoué. Enfermé entre ce fleuve, l'Apennin et l'armée française, il se décida à livrer une grande bataille. Elle eut lieu non loin d'Alexandrie, près de ce village de San-Giuliano que Bonaparte désignait aux Tuileries comme le théâtre de la victoire, et près de celui de Marengo, dont elle a rendu le nom immortel.

Le choc fut terrible, désespéré. Bonapari^ n'avait point

toutes ses forces sous la main, car, pour empêcher Mêlas de lui échapper, il avait dû répandre autour de lui ses troupes comme un vaste réseau, et il en avait derrière le Tessin, vers l'Apennin et à Plaisance. Il y eut trois batailles dans cette journée. La première, livrée de quatre à dix heures du malin, par Lannes et Victor, avec 15 000 hommes contre 36 000, fut perdue. Les Français, pliant sous la mitraille de 200 bouches à feu, et la pression d'une immense cavalerie, abandonnèrent le village de Marengo. A ce moment, Bonaparte arrive avec la gardç consulaire ; il place au milieu de la plaine 800 grenadiers d'élite, formés en carré, comme une citadelle vivante. Parleur feu meurtrier, ils arrêtent quelque temps la cavalerie lancée contre eux. Mais il faut reculer pour se con centrer. Lannes met deux heures à faire trois quarts de lieue ; la garde consulaire elle-même recule. Mêlas croit tenir lavicloire ; il rentre dans Alexandrie, laissant son chef d'étatmajor achever l'ennemi, et envoie à tous les cabinets de l'Europe des courriers porteurs de la bonne nouvelle.

Il était trois heures de Paprès-midi et la seconde bataille était encore perdue. Mais Desaix. détaché la veille vors Novi, pour y chercher l'ennemi qu'on ne savait pas être à Marengo, avait entendu l'épouvantable canonnade ; il s'était arrêté, puis comprenant bien vite que le devoir du lieutenant est de courir au feu du général, il revenait et parut avec sa division, sur le champ de bataille, au moment où les Autrichiens, formés en colonne serrée, s^eiforçaient de gagner la route de Plaisance, leur seule voie de salut. Bonaparte commence alors une troisième action, c Mes amis, dit-il aux soldats, c'est assez reculer; vous savez que j*ai l'habitude de coucher sur le champ de bataille. • Et il lance Desaix avec ses 6000 hommes de troupes fraîches sur le front-de la colonne autrichienne, pendant que tout le reste de Tannée fond sur ses flancs. Desaix, perte à jamais regrettable, tombe dès les premiers coups, frappé d'une balle dans la poitrine '. Mais ses soldats se précipitent avec fureur sur les Autrichiens pour le venger. Kellermann charge au galop avec ses escadrons. Marmont démasque à fimproviste une batterie de 12 pièces. La colonne autrichienne, ébranlée en tête, est cou-

1. II fut tué roide et ne pat prononcer les bellei parolet qQ'on loi t prè-

l.r«. '.'/t'moirw de Marmont )

pée en deux tronçons. L^un d'eux est pris, Vautre est en désordre. La panique gagne la cavalerie autrichienne ; bientôt tout fuit et Mêlas est réduit à capituler. L'Italie est reconquise (k juin 1800).

HohenlliideM (8 dècenbre 1600). — Si. en Allemagne Moreau n'avait pas eu d'aussi brillants succès, il gardait pourtant l'offensive, forçait les Autrichiens à quitter leur camp retranché d'Ulm, en menaçant par la victoire d'Hochstedt, leur ligne de retraite, et pénétrait jusqu'à Munieh, de sorte que l'Autriche, qui n'avait plus d'armée en Italie, était encore en Allemagne impuissante à arrêter les Français. Elle se décida à traiter; mais l'Angleterre survint avec ses subsides, et le cabinet de Vienne, traînant en longueor les conférences du Lunéville, Bonaparte résolut de conquérir la paix par une campagne d'hiver. Moreau reçut l'ordre de recommencer le 28 novembre les hostilités et de franchir Plnn pour marcher sur Vienne pendant que Macdonald déboutihe» rait du pays des Grisons dans le Tyrol, et que Brune fproe* rait le Mincio et l'Adige. Tout réussit à souhait.

En Italie, Brune força les Autrichiens à repasser TAdlge ; et Macdonald, descendant sur leurs derrières par le SpUlgeo, menaça leurs communications. Pendant ces opérations, ^{QOOi Français ou Cisalpins s'emparaient de la Toscane, où régnait un prince autrichien, et Murât chassait les Napolitains des Etats pontificaux. .

Mais ce fut en Allemagne que se portèrent les grands eoups. Moreau commandait une magnifique armée de 100 000 hom» mes, parfaitement organisée. Il était à Munich, tenant la U^ gne de l'Isar, et les Autrichiens k Braunau, tenant cella de rinn. Entre les deux fieuves s'étend une grande forêt dont le village de Hohenlinden, au milieu d'une éclaircie, occupe le centre. Ces plateaux boisés s'inclinent au nord et descendent au Danube par terrasses successives qui finissent en un sol bas et marécageux. Les deux généraux prirent en même temps l'offensive, et tous deux par leur droite : Moreau dirigeant Richepanse sur Wasserbourg, où il devait passer Tlnn, et l'archiduc se proposant de tourner la ligne française en surprenant le passage du bas Isar. Les Autrichiens n'avaient pas prévu les difficultés de leur plan ; ils y trouvèrent tant d'obstacles, qu^au milieu de l'exécution ils s'arrêtèrent et résolurent d'aborder de front les hautes terrasses dont on vient de parler, tandis que la masse principale de leur

armée marcherait direclemeat sur HoheoliQden au travers de la forêt.

Si Moreau eût tenu, comme Bonaparte savait si bien le (aire, sous sa mBinouàaaportéei toutes ses forces, il lui eût été facile de détruire ses adversaires; mus il ne sut amener que 50 000 hommes contre 70000. Du moins il les battit, grlce k d'habiles combiiraisons de détail, qui attirèrent l'ennemi dans un labyrinthe, surtout à l'audace de Richepanse,

qui sft jcla intrépidement sur le centre ennemi entassé dans la forêt en longues colonnes, le coupa, s'établit dans la troués qu'il avait faite, arrêtant l'ennemi d'un calé, et de Tautra le jiuuRsanl sur Ney, qui l'attaquait en t£te. 6000 tués ou blési6s, 12000 prisonniers, 87 pièces de canon furent les résultats de cette brillante victoire. Sit jours après, Horeau franchissait rinn, puis la Salza,UTrau&, et s'emparait de Linii sur le Danube, de Steyer sur l'Enni. Il était aux portai do

Ôb6 LE CONSULAT

Vienne. L'Autriche Tarrêta en promettant d'accepter les conditions de la France.

Paix de liunéTillc (février 1801). — Deux mois après la bataille de Ilohenlinden, la paix fut signée à Lunéville. L'Empereur acceptait les bases du traité de Campo-Formio, (]ui donnait la rive gauche du Rhin à la France, et rejetait TAutriche derrière TAdige. Il reconnaissait les républiques batave, helvétique, ligurienne et cisalpine, cette dernière possédant toute la vallée du Pô, depuis la Sésia et le Tanaro jusqu'à l'Adriatique, et le nouveau royaume d*Ëtrurie, formé pour la branche espagnole de Parme, aux dépens du grand-duc de Toscane, frère de PEmpereur (9 février 1801). .

La cour de Naples, menacée par une armée que Murai conduisait, se hâta de promettre qu'elle fermerait ses ports aux Anglais, et reçut garnison française dans Otrante, Tarante et Brindes. Nous avions déjà des troupes à Livourne et à Ancône; l'Italie était donc tout entière à notre discrétion. L'Espagne s'enjrageait à forcer le Portugal, par une invasion, à déserter l'alliance anglaise. Le czar, saisi d'admiration pour le Premier Consul, lui offrait son amitié. Ainsi, en quinze mois, la France, réorganisée à l'intérieur, avait brisé la seconde coalition et imposé la paix au continent.

Malheureusement les nouveaux États italiens étaient sans force par eux-mêmes. Pour les soutenir et les défendre contre l'Autriche restée à Vérone et à Venise, il faudra la main de la France. Forcé d'intervenir sans cesse au delà des Alpes , le Premier Consul finira par trouver plus simple de faire de l'Italie une autre France, et ces empiétements amèneront une guerre nouvelle. Pouvait-il agir autrement? Sans doute, car soixante-dix ans plus tôt, Chauvelin montrait que la solution de ce diflicile problème se trouvait là où nous Tavans mise, dans la grandeur de la maison de Savoie; et un des historiens de la diplomatie impériale a pu appeler le traité de Lunéville « l'origine de tous nos malheurs aussi bien que de toutes nos gloires. »

Continuation des liostilités avec l'An^j^Ieterre. — L'Angleterre seule s'obstinait dans sa haine. Abandonnée de l'Autriche, elle luttait encore, se croyant insaisissable. Mais les yeux commençaient à s'ouvrir ; on comprenait pourquoi cette puissance, qui gagnait à la guerre quand tous les autres^ perdaient, se refusait à poser les armes. Les idées

qui vingt ans auparavant avaient armé contre elle les Etits du Nord , reparaissait dans les conseils des rois. Le csar Paul I»»", gagné par d'adroites flatteries du Premier Consul, qui, au moment où les Anglais prenaient Hle de Malle, la lui avait cédée; le roi de Prusse, à qui Bonaparte avait envoyé le lendemain du 18 brumaire , son aide de camp Duroc avec des paroles pleines des prévenance ; les rois de Suède et de Danemark, dont PAngleterre molestait le commerce, dont elle insultait le pavillon, avaient renouvelé la ligue armée des neutres (16 décembre 1800). L'Angleterre y répondit en mettant l'embargo sur tous les navires des puissances alliées qui se trouvaient dans ses ports, et le 21 mars 1801 les amiraux Nelson et Parker, forçant le passage du Sund , vinrent livrer, sous les murs de Copenhague, une bataille bravement soutenue par les Danois. Pour épargner à leur capitale Thorreur d'un bombardement , ils signèrent une suspension d'armes. Cette exécution audacieuse et la mort du czar Paul I«% assassiné dans son palais par ses courtisans, mirent fin à la ligue des neutres. Alexandre, fils et successeur de Paul !«', abandonna sa politique, et la France se retrouva seule à défendre la liberté des mers. Mais les Anglais, avec leurs 195 vaisseaux de ligne et leurs 250 frégates, avaient sur mer une telle supériorité de forces, que, loin d'être en état de lutter contre eux, nous ne pouvions même envoyer des secours à Malte, qu'ils bloquaient , à l'armée d'Egypte, qu'ils menaçaient.

Perte de l'Éi^jrpte. — Kléber, à qui Bonaparte avait, en partant , confié le gouvernement de sa conquête et Tarmée , était un excellent général ; mais esprit frondeur, clia^in , il n'était grand qu'au milieu du danger. La perspective de rester abandonné en Egypte l'irrita profondément, et, après le tort de se laisser aller au découragement, il eut celui de répandre le même esprit dans l'armée. On ne parla bientôt que de sortir d'Egypte à tout prix , et une armée turque de 80 000 hommes survenant, il signa avec le commodore Sidney-Smith la convention d'El-Arisli , par laquelle les troupes devaient être ramenées en France sur des vaisseaux anglais. Le cabinet britannique, trompé par ce découragement, désavoua son représentant, et exifrea que l'armée se rendit à discrétion Kléber retrouve alors ion énergie : il culbute les Turcs à la sanglante journée (ril«:iiopolis (20 mars 1800}, reprend le Caire, qui s'éta't

soulevé derrière lui , et rétablit par ces coups de TÎgueur la domination française en Egypte. Mais il tomba sous le po^ gnard d'un assassin, le même jour où Desaix mourait à Marengo [\k juin).

Le commandement passa aux mains du général Menou, administrateur habile et général incapable. Il laissa les Anglais débarquer dans la presqu'île d'Aboukir, au nombre de 10000, les attaqua trop tard et avec des forces trop inférieures (SI mars 1801). La défaite de Ganope (9 avril) le contraignit de céder le Caire et Alexandrie. Nous occupions TÉgypte depuis trois ans, quand cette convention malheureuse nous força de l'évacuer (2 septembre 1801).

Paix d'Amiens (mars 160S).— G*était pour les Anglais un grand succès : un autre Pavait précédé, la capitulation de Malte, après un blocus de vingt-six mois. Mais TAngleterre fléchissait sous le poids d'une dette de 12 milliards et des immenses misères auxquelles ses classes laborieuses étaient condamnées par la cherté des vivres ; au dehors elle voyait avec effroi la marine de la France renaître sous la puissante impulsion du Premier Consul. Gantheaume avait deux lois, avec une escadre, couru impunément toute la Méditerrande. Le contre-amiral Linois venait de livrer, en vue mômé de Gibraltar, le beau combat d'Algésiras, où avec trois Taisseaux, il en avait batlu six et détruit deux. Enfin, et cela était plus grave, Bonaparte préparait à Boulogne une immense quantité de chaloupes canonnières pour une descente en Angleterre (voyez p. 583), et le vainqueur d'Aboukir, chai^ de brûler « ces coquilles de noix, > avait éprouvé un échec. La. crainte fit taire pour un moment les rancunes implacables de l'aristocratie anglaise, et, le 25 mars 1802, la paix d^Amiens fut signée. Toutes les acquisitions continentales de la France, toutes les républiques fondées par ses armes étaient reconnues. L'Angleterre restituait les colonies françaises, rendait Malte aux chevaliers de Saint-Jean, le Cap aux Hollandais, elle ne gardait que File espagnole de la Trinité et Ceylan.

La nouvelle du traité d'Amiens fut accueillie en France et en Angleterre avec une joie sans mélange. La paix avec le continent n'avait jamais été qu'une trêve : la paix véritable était celle qui amenait l'Angleterre à reconnaître la grandeur de la France ; Bonaparte avait dit, après le 18 brumaire: c La révolution est finie. » Maintenant, c'était des guerres de la révolution qu'on disait : « Elles sont terminées! i Le Pi"e-

mier Consul le pensait lui-même, a A Amiens, a-t-il dit plus tard, je croyais de très-bonne foi le sort de la France, celui de l'Europe et le mien fixés; la guerre finie, j'allais me donner uniquement à Tadministration de la France, et je crois que j'eusse enfanté des prodiges, i

Ciloriease adninlstr»lioa de Bonaparte. lie Cïoacordat (1601). — Déjà ces prodiges commençaient : Bonaparte était au comble de la gloire. Pour la seconde fois il venait de donner à la France une paix glorieuse. L'Egypte était perdue, Malte aussi, et une expédition pour faire reconnaître aux noirs de Saint-Domingue l'autorité de la métropole allait échouer. Mais ces lointains désastres éveillaient à peine un écho en France. On les oubliait en voyant, sous la main habile et ferme du Premier Consul, les partis se calmer, et partout l'ordre renaître. Il renouvelait pour l'industrie la puissante impulsion de Colbert, en s'efforçant d'habituer la France à fabriquer elle-même les produits qu'elle ne pouvait plus acheter aux Anglais. Le morcellement des grands domaines vendus comme biens nationaux avait fait arriver un morceau de terre à beaucoup de mains qui n'en avaient ja. mais eu, et l'agriculture doublait ses produits. Le commerce était encouragé, malgré l'extension donnée chaque jour au système protecteur par l'aggravation des tarifs de douane' ; les finances étaient réorganisées, la Banque de France établie, le budget, pour la première fois depuis un siècle, mis en équilibre, et les routes, les ponts, réparés, les arsenaux remplis. A Paris, trois ponts étaient jetés sur la Seine : celui des Arts, et ceux qui prirent plus tard les noms immortels d'Auslerlitz et d'iéna. Entre les vallées de la Somme et de l'Oise, il faisait creuser le canal de Saint-Quentin; entre la France et l'Ilalic, il traçait la magnifique route du Simplon ; il faisait étudier celles du mont Cenis et du mont Genèvre, ot il fondait des hospices sur la cime des Alpes. Le Gode civil se discutait sous ses yeux, et il élaborait le projet d'une puissante organisation de l'instruction publique, l'Université, celui d'une grande institution de récompenses nationales, la Légion d'honneur.

1. Imf>orUtinn8 en l'an VIII, 335 millionti exportalions, 37 1; importations fn l'an IX (Iftoi), 417 millions; exporlationt, SOS. Le reeeneemenldo l'an IX dimna, (Kinr ftoizante*Mpl départements, 22 397 413 habitants. Ces mêmes dtfparti'mentH n'avaient, en 1789, «(ne 31 176 %t3 hahitants. Augmeotation : I louoiN) aines ou i sur ij.

Une merveilleuse activité, une puissance de travail inouïe, lui faisaient tout voir, tout comprendre, tout faire. Les arts, les Icllres, recevaient de lui de précieux encouragements. Etranger aux rancunes des dix dernières années, il rappelait les émigrés par une amnistie, mais en donnant une consécration nouvelle aux ventes faites par TÉtat des biens nationaux : il rappelait les prêtres, il relevait les autels et signait avec le cardinal Consalvi, légat de Pie VII (15 juillet 1801), le Concordat par lequel il crut fonder la paix religieuse*. D'après cet acte célèbre, la France devait être divisée, en 10 archevêchés et 50 évôchés; un traitement payé par TËtat était substitué à l'ancien ne dotation territoriale du clei^. Le gouvernement avait la police du culte, la nomination des évêques et archevêques; mais au pape seul appartenait le droit de leur donner l'institution canonique. Bonaparte inaugura la paix religieuse (le 18 avril 1802) avec une grande pompe, dans Téglise Notre-Dame. Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, avait préparé, avec un magnifique langage, cette restauration du culte catholique.

Ainsi le Premier Consul essayait d'effacer les haines et dé rallier tous les partis dans un seul sentiment, celui de la grandeur de la France. D'ailleurs, tout en enchaînant la révolution à son char, il en conservait les principes dans son Code civil, c'est-à-dire qu'il la rendait impérissable. Malheureusement, de jour en jour le maître se montrait davantage et supportait moins la contradiction. A l'aide du Sénat, transformé en une sorte de pouvoir supérieur à la constitution, il brisait l'opposition du Corps législatif et du Tribunat, en éliminant ceux de leurs membres qui se montraient contraires à son gouvernement, Chénier, Daunou, Benjamin Constant, etc. ; ce qui voulait dire que les autres ne devaient plus avoir d'autre opinion que celle du chef de l'État. En vertu d'un sénatus-consulte, il déportait sans jugement des malheureux, restes impurs, pour la plupart de la révolution, mais innocents du crime dont on les accusait ; ce qui signifiait que la justice ne serait pas plus respectée que la liberté, quand le Premier Consul penserait avoir intérêt à la violer.

1. Le Concordat rencontra une opposition très-vive au sein du Tribunat, qui fut privé des membres les moins dociles au pouvoir par le nouveau coup d'Elat du 12 mars 1801. Cependant il fut adopté, avec les articUt oraaniquex qui le complétaient, par les tribuns, aussi bien que par le Corps

législatif (8 avril 1802).

Quelques hommes, comme Siéyès, de Tracy, Garât, Cabanis, avaient gardé du dernier siècle et de la Constituante l^habitude de remonter, en toutes choses, aux principes : il livrait leur métaphysique aux sarcasmes, les poursuivait du nom dUdéologues et réservait la fortune, les honneurs à ceux qui le servaient bien et ne discutaient pas. Mais il faut aussi le reconnaître', ces injustices commises en vue de la paix publique et les vives allures dû Premier Consul, ses déterminations promptes, sa puissante initiative qui montraient toute la vie du gouvernement concentrée en lui seul, blessaient peu de monde et, comme on avait Tordre avec la gloire, loin de s'irriter de la liberté ajournée, on répétait avec lui que c la France était soustraite à Pesclavage de Tanarchie, » et on se félicitait de ce qu'elle eût trouvé un génie supérieur pour conduire ses destinées.

Eia machine infernale (déc. 1800). — Ces sentiments de gratitude et de confiance éclatèrent quand les incorrigibles des partis extrêmes, n'espérant plus le vaincre autrement, recoururent à Todicuse et lâche ressource de l'assassinat. Le complot républicain d'Aréna et de Céracchi, auquel la police se mêla trop, fut prévenu (octobre 1800). Mais Bonaparte faillit périr par la machine infernale qui éclata sur son passage, dans la rue Saint-Nicaise, comme il se rendait à POpéra (24 décembre 1800).. Cinquante-deux personnes furent tuées ou blessées. C'était l'œuvre de quelques royalistes. Le gouvernement l'attribua aux Jacobins, et 130 individus furent déportés ; les auteurs véritables connus plus tard, furent punis de mort.

lie consulat à vie (2 août ] 802). — Des tentatives de cette sorte ont pour effet d'affermir ce qu'elles veulent renverser. Tout le monde se dit qu'il fallait que la France prolongeât le pouvoir de celui que les partis menaçaient, et que le pacificateur du continent méritait une récompense nationale, la plus belle qu'on pût lui décerner, la plus utile au pays, celle qui lui permettrait de mûrir de longs projets. Peu de temps après la paix d'Amiens, les sénateurs ayant proposé de proroger de dix ans ses pouvoirs consulaires, le peuple lui donna le consulat à vie, avec le droit de se choisir un successeur (2 août 1802).

Pour mettre les institutions en harmonie avec les nouveaux droits accordés au Premier Consul, la Constitution de Pan VIII fut remaniée. L?s listes de notabilités furent supprimées

et remplacées par des collèges électoraux à vie, ce qui ne valait pas mieux. Le Sénat, investi du pouvoir constituant, obtint le droit de régler par des sénatus-consultes tout ce qui n'aurait pas été prévu par les lois organiques, le droit de suspendre le jury, de dissoudre le Corps législatif et le Tribunat, de mettre les départements hors de la constitution. Un conseil privé, composé de consuls, de ministres, de deux sénateurs, de deux conseillers d'État et de deux grands officiers de la Légion d'honneur, dut être consulté sur la ratification des traités, et eut mission de rédiger les sénatusconsultes organiques. Le Tribunat, réduit à 50 membres, ne fut plus, à vrai dire, qu'une section du Conseil d'État. Nous avons oublié, comme tout le monde les oubliait déjà, les deux autres consuls, témoins silencieux du gouvernement de leur coUègue. Us furent comme lui nommés à vie et n'en restèrent pas moins obscurs. 3 577 259 sufirages sur k 568 885 adoptèrent le sénatus-consulte organique de la Constitution de Tan X. Dans le petit nombre des votes négatif^ se trouvait celui de Masséna.

Politique extérieure 4« Premier C^»Mil I cluwg^ meuis en Italie (180S). — Les républiques nées de la nôtre modifièrent, à l'exemple de la France, leurs constitutions. Les Cisalpins avaienf déjà donné à Bonaparte la présidence de leur gouvernement (janv. 1803) ; la république ligurienne lui demanda de choisir son doge. Cette influence du Premier Consul en Italie était acceptée des puissances étrangères, comme une conséquence de nos victoires. La réunion à la France du Piémont, qui forma sept départements nouveaux (sept. 1802), l'occupation du duché de Parme et de rile d'Elbe étaient prévues et furent effectuées sans opposition, mais non sans exciter de sourdes colères. C'était l'inauguration d'une politique absolument contraire à celle de nos premières assemblées etqui allait devenir fatale àla France. Médiation ea SnlMe (1802). - La Suisse était livrée à de déplorables agitations. Bonaparte, invoqué comme médiateur par le gouvernement de ce pays, lui envoya 20 000 hommes qui rétablirent l'ordre matériel, et lui donna une constitution dont l'Europe put admirer la sagesse (9 février 1803). Notre antique alliance avec les cantons fut renouvelée, et 16 030 Suisses entrèrent au service de la France. Malheureusement, il ajouta à cette médiation modérée des paroles alti^res et menaçantes pour l'Angleterre.

Interf entioB en AUemaicBe. » Son intervention dans les affaires bien autrement compliquées de PAllemagne fut aussi vive et, pour nous, encore plus malheureuse. I^ diplomatie allemande fut, il est vrai, contrainte de renoncer à ses lenteurs proverbiales pour marcher du même pas que le jeune conquérant, qui menait les négociations comme les batailles. Des indemnités avaient été promises aux princes allemands qui avaient perdu leurs domaines surlanve gauche du Rhin. Le clergé les fournit. On sécularisa les trois électorpts ecclésiastiques, et ces puissants évèchés, ces riches abbayes, débris du moyen âge, qui valaient des principautés, on les donna aux princes dépossédés. Des villes impériales perdirent aussi leurs anciens privilèges pour passer sous l'autorité d'un prince. Le chaos de l'Allemagne fut simplifié ; il le sera bien plus encore après Austerlits et léna. Mais l'Allemagne verra plus clair alors dans ses intérêts et so trouvera avoir été mise par la main de la France sur la voie de cette unité, cause de tous nos malheurs.

Expédition de Saint-Domingrne. — Le Premier Consul

s'était promis de relever notre marine et notre commerce, il ôtait donc naturellement conduit à la pensée de relever aussi notre empire colonial. 11 fit d'abord un sacrifice habile: il vendit la Louisiane aux Américains pour 60 millions et il justifia cet acte, qu'on lui reprochait, par des paroles proloMitos : « 11 faut, pour l'intérêt de la France, queTAmérique soit grande et forte. Je lis plus loin q^e vous dans Pavenir; jo nio piH^pare des vengeurs. » Et les Américains l'auraient «4t^ si en 1812 il les avait attendus (voy. ci-dessous).

Saint-Domingue, la reine des Antilles, qui, avant 1789, exportait pour 160 millions de produits, n'était plus entre nos mains. Les doctrines libérales de la Gonstituanta, jetées sans précaution au milieu de cette colonie florissante, y avaient causé d'incalculables malheurs : les noirs y avaient massacré les blancs, et cette terre, couverte de sang et de ruines, était retournée à la barbarie.

Le Premier Consul voulait recouvrer le plus riche joyau do notre ancien empire colonial. Il envoya,sous les ordres du général Leclerc, son beau-frère, des forces considérables contre le noir Toussaint Louverture, qui, nommé par lui gouverneur de Saint-Domingue, après sa victoire sur les niulAtros, s'était déclaré indépendant et s'appelait le Bona- ^nrto des noirs. La capture de cet homme remarquable fut le

seul succès d'une expédition inopportune qui irrita profondément TAngleterre et que la ûèvre jaune décima. Christophe et Dessalines, successeurs de Toussaint, favorisés par la rupture entre rÂngleterre et la France, chassèrent les Français de Tile, et fondèrent la république d'HaTti (1804).

Bnptnre de la paix d'Amiens [muA 1803). — L'Angleterre avait fait la paix pour arrêter Taccroissement de la France, et la France grandissait plus dans la paix que dans la guerre. Son commerce, son industrie^ prenaient un immense essor ; son pavillon reparaissait sur toutes les mers et il allait faire une concurrence redoutable à ceux qui s'appelaient les maîtres de TOcéan. De plus, elle intervenait avec autorité en Allemagne- et en Suisse. La Hollande était sous sa direction. Le Piémont était devenu une de ses provinces^ et il semblait que la haute Italie allait en former une autre. Ainsi, disait-on, l'ambition française ne se contente plus de ce qu'on appelait naguère les frontières naturelles de la France. Elle franchit les Alpes, elle déborde sur l'Italie; bientôt elle franchira le Rhin et ses autres barrières. L'Angleterre récriminait contre chacun de ces faits de politique extérieure, qui étaient accomplis ou prévus quand elle avait signé la paix d'Amiens ; elle s'en faisait un prétexte pour ne pas restituer Malte, la clef de la Méditerranée. Bonaparte exigea cette restitution, condition principale du traité. Le ministère anglais lui répondit par une de ces indignes violations du droit des gens, qu'on ne retrouve que trop dans l'histoire de l'Angleterre : il fit saisir, sans déclaration de guerre, sur toutes les mers, 1200 navires français et bataves ;i3 mai 1803).

Ainsi les hostilités recommençaient. Rupture fatale qui força Bonaparte à abandonner la paix pour la guerre, qui le mena, et avec lui la France, à travers tant de gloire, à tant de misères ' !

Complot de Cadovdal et de Piebe|^r« i atert d« d«e d'En^hleii. — Les deux ennemis ne pouvant s'atteindre, il fallut se contenter d'abord de représailles. Bonaparte fit ar-

1. Bonaparte comprit dès le premier moment qae cette guerre allait changer tout le système politique de l'Barope et ta sitaatloo à loi-méme. Dans les négociations qui précédèrent la mptare, il ecrivaità ion ministre à Londres : « .... L'Angleterre noat obligera de conquérir l'Europe. Le Premier Consul n'a que trente-trois ans, il n'a encore détruit qae des États de second ordre ; qui sait ce qu'il faudra de tempe pour rtituscitcr l'empire dOccidcnl'* •

rêtor tous les Anglais voyageant en France, interdit dans tous nos ports l'entrée des marchandises anglaises, envoya des garnisons dans les places maritimes du royaume de Naples, et mit la main sur le Hanovre, possession continentale du roi d'Angleterre, puis il revint, et cette fois avec la pensée sérieuse de Tentreprendre, au projet de franchir le Pas de Calais et d'aller conquérir la paix dans Londres même. L^Angleterre remua tout le continent pour nous trouver des ennemis. Elle ébranla la Russie, TAutriche, la Suède, chercha à entraîner la Prusse, depuis huit ans notre alliée, et, joignant à la guerre légitime la guerre de guet-apens', elle soudoya la conspiration de Georges Cadoudal et de Pichegru, dans laquelle Moreau se laissa impliquer. Cadoudal vint à Paris avec quelques-uns de ses chouans pour assassiner le Premier Consul et rétablir les Bourbons. La police les prévint, et on vit le vainqueur de Hohenlinden forcé, la rougeur au front, de s'asseoir, comme complice, à côté d'un chef de chouans. Pichegru s'étrangla dans son cachot ; Moreau fut condamné à deux ans de prison. Cadoudal, les comtes de Rivière, de Polignac, et dix-sept autres furent condamnés à mort ; deux seulement furent exécutés avec Georges. Joséphine et Murât arrachèrent la grâce de MM. de Rivière et de Polignac. Moreau eut remise de sa peine. Il s'exila aux États- Unis et n'en revint qu'en 1813 pour diriger la dernière coalition.

Une autre tragédie précéda celle-là. Le duc d'Enghien, le dernier des Condé, fut enlevé du château d'Ettenheim, dans le grand-duché de Bade, conduit à Vincennes, livré à une commission militaire, et la môme nuit, condamné et fusillé dans les fossés de la place. Le duc nia qu'il eût connu les projets de Georges, mais il ne se tenait évidemment à quatre lieues de la frontière française que pour profiter d'un mouvement préparé à Paris, dont il est possible qu'on lui eût laissé ignorer le caractère. Il avoua être venu plusieurs fois à Strasbourg, et on lui appliqua la loi touchant les émigrés qui

1. On saisit des lettres de deux ministres anglais à Munich et à Stottgardt, qai prouvaient que ces agents soudoyaient des assassins contre la Premier Consul, et payaient, non-seulement pour allumer la ^erre ciyUa, mais pour faire sauter les magasins à poudre, etc. Le ministère anglais avoua publiquement ses agents. Constant affirme dans ses Mémoirti^ qu'on trouva un jour à la Malmaison, sur une table de travail du Premier Consul, une tabatière en tout semblable à celle dont il se servait, et dont le tabac était empoisonné.

l'empire de 1804 a 1807. 577

avaient porté les annes contre la France (30 mars 1804). il était couvert par le droit des gens, car il n'avait pas été pris dans une action de guerre ni sur notre territoire. Sa mort fut un acte mauvais de représailles. Le Premier Consul, entouré d'assassins partis de Londres, voulut « renvoyer aux Bourbons la terteur jusque dans Londres môme. » — c En une circonstance semblable, a»Ml écrit dans son testament, j'agirais encore ainsi. > Il se trompait lui-même, ou plutôt voulait tromper la postérité, car il savait bien que cette condamnation avait eu de déplorables conséquences. La violation du droit ôte plus de force qu'elle ne panlt d'abord en donner. La Prusse prête à entrer dans notre alliance se rejeta vers la Russie, et de ce jour la coalition renoua ses Umis deux fois brisés.

Faits ditkiis. ~ Importation du métier appelé la BlnllJennT fflioo} ; Chateaubriand publie le Qéniê dm OkrittioMiimê (IMS); eréation d« l'école apéciale militaire (18M); easci du bateau à vapeor de l'Amérioabi Poltoa sur la Seine, à Paria (ISOlj.

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