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CHAPITRE LXIV

RtONB DE NAPOLÉON I** JUSQU'A TIL8ITT (1804-1807).

Proclamation 4e l*B»»lre (18 mtmi 1004). -^ Le glorieux soldat d^Arcole et de Rivoli, devenu le premier général de la république, avait aspiré à gouverner la France, que le Directoire ne gouvernait pas ou qu'il gouvernait mal, et il avait fait le 18 brumaire. Nommé premier consul pour dix ans, il avait gagné par d^éclatants services la reconnaissance du pays, et, quand les factions dirigèrent contre lui la inacliine infernale ou le poignard des assassins, la France protesta contre ces criminels attentats en lui continuant à vie ses fonctions décennales. Ce pouvoir qui ne devait plus sortir de ses mains, il voulut qu'il ne sortit plus de sa famille. La France n^étaitpas disposée à marcbanderon titrede plus h qui lui donnait tant de gloire et de sécurité, et, quand

Tattentat de Georges Cadoudal Peut encore une fois épouvantée, elle répondit aux complots des royalistes en luiofihmt l'empire. Le Tribunal presque tout entier, moins Garnot et quelques autres, émit le vœu que Bonaparte fût nommé empereur héréditaire : le Sénat le proclama sous le nom de Napoléon l»", et le peuple ratifia, par 3 572329 suffîrages contre 2 569, rétablissement d'une dynastie nouvelle qui, née de la révolution, devait en conserver les principes, c Mon esprit, dit Napoléon, en prenant le titre d^empereur héréditaire, mon esprit ne serait plus avec ma postérité le jour où elle cesserait de mériter Tamour et la confiance de la grande nation. »

Slénatns- consulte or|ra>il4n« Ae Pan 3UI. — Un sénatus-consulte modifia la constitution consulaire. L^érédité fut établie au profit de la descendance de Napoléon, de mAle en mdle, ou de ses fils adoptifs. S'il n'avait point de descendance naturelle ou adoptive, la couronne devait passer dans la ligne de Joseph, et à son défaut, dans celle de Louis, deux des frères du nouvel empereur. Une autorité absolue était attribuée à Tempereur sur la famille impériale. Ses frères et sœurs devenaient princes et princesses. La liste civile fut fixée à 25 millions; la dotation pour chaque prince à un million.

Pour donner au trône qu'on relevait, Téclat des vieilles cours, on Tentoura d'une aristocratie nouvelle, richement dotée et portant de grands titres. On voulait placer entre le monarque et la foule cette hiérarchie réglée, ces corps intermédiaires, comme Napoléon les appelait, qui paraissent indispensables à l'institution monarchique. Il y eut d'abord les grands dignitaires de l'empire, qui furent le grand électeur (Joseph Bonaparte), chargé de convoquer le Corps législatif, le Sénat, les collèges électoraux, etc.; Tarcbichancelier d'empire (Gambacérès), qui eut un droit de surveillance générale sur l'ordre judiciaire ; Tarchichancelier d'État, avec un rôle semblable pour la diplomatie ; Tarchitrésorier (Lebrun), pour les finances; le connétable (Louis-Bonaparte), pour l'armée ; et le grand amiral pour la flotte. Les grande dignitaires, en cas de minorité, formaient le conseil de régence; en cas d'extinction de la dynastie, élisaient PEmpereur.

Au-dessous des six grands dignitaires, dont quatre seulement furent immédiatement nommés, afin de laisser deux

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places vacantes pour deux frères de Napoléon, alors en disgrâce, vinrent quarante ou cinquante grands ofiQciers inamovibles comme les grands dignitaires.

D'abord seize maréchaux d^enipire, dont quatorze furent aussitôt désignés : Jourdan, pour sa victoire de Fleurus ; Masséna, pour Rivoli, Zurich et Gènes ; Augereau, pour Castiglione ; Brune, pour Bergen ; Berthier, pour ses services éminents à la tète de Tétat-major général ; Lannes, Ney,pour une longue suite d'actions héroïques ; Murât» pour sa vaillance exceptionnelle à la tète de la cavalerie fraîiçaise; Bessière, pour le commandement de la garde, qu*il avait depuis Marengo; Moncey, Mortier, pour leurs vertus guerrières; Soult, pour les services rendus en Suisse, à Gènes, au camp de Boulogne; Davout, pour sa' conduite en Egypte; enfin Bemadotte, pour un certain renom militaire, pour sa parenté surtout ^ Il y eut en outre quatre maréchaux honoraires, qui, étant sénateurs, n'avaient plus de service actif : Kellermann, pour Valmy; Lefebvre, pour son dévouement au 18 brumaire; Pérignon et Serrurier, pour le respect qu^ils inspiraient justement à Tannée.

Songis et Marescot, inspecteurs généraux de Tartillerie et du génie ; Gouvion Saint-Cyr, colonel général des eoirissiers; Junot, des hussards; Marmont, des chasseurs; Baraguey d'Hilliers, des dragons ; enfin Tamiral Bruix, inspecteur général des côtes de POcéan, et le vice-amiral Decrès, inspecteur général des côtes de la Méditerranée, fermèrent la Uste des grands officiers militaires. Celle des grands officiers civils comprit le cardinal Fesch, oncle de Napoléon, grand aumônier ; Talleyrand, grand chambellan; Berthier, grand veneur ; Caulaincourt, grand écuyer; Duroc» grand maréchal lu palais. Un grand maître des cérémonies, le comte de Segur, fut chargé d'apprendre à la nouvelle cour Tusage de Tancienne.

Le Sénat, composé de quatre-vingts memlires élus par le Sénat lui-même, des six grands dignitaires, des princes français qui pouvaient y siéger après leur dix- huitième année; enfin des citoyens que TEmpereury appelaient, conserva les prérogatives que la constitution de Tan X lui avait conférées» Le Corps législatif votait auparavant les lois sans lee diicu-

1. B«miidoUt ftTait épooié Bofénto CUrj, ËXU d'aa Mtodaat 4e Mar- Mille et sœur de la ftmnie de Joeeph Bonaparte.

ter ; la parole lui fut rendue, mais à la condition de n'en user que dans les comités secrets. Le Tribunat devint do plus en plus une sorlo de conseil d^État. Aussi, n'ayant plus de raison d'être, il sera supprimé en 1807.

Une haute cour impériale fut instituée pour connaître des complots ourdis contre la sûreté de TËtat ou la personne de TEmpereur, et des délits commis par les ministres ou leurs agents, les membres de la famille impériale et tous les grands personnages de TÉtat. Elle était composée de soixante sénateurs, de vingt conseillers d'État, des grands officiers de riimpire, etc.

La nouvelle constitution, si Ton s'arrête à ses formes extérieures, était représentative, puisqu'il y avait des élections et que les députés du pays votaient l'impôt, faisaient. les lois; si Ton regarde au fond, elle était absolue, car ce ne sont pas les rouages qui font la force d'une machine, c'est la puissance que la volonté humaine leur imprime. Or, en 1804, la volonté de la France était avec Napoléon ; elle abdiquait entre les mains d'un génie extraordinaire qui n'avait jusqu^alors signalé son pouvoir que par des services, et qui pouvait en rendre encore en défendant la révolution contre les impjftcables rancunes de l'Angleterre et des vieilles monarchies du continent. Mais, si l'entraînement de la France était naturd, n'était-ce pas au chef de l'État à le contenir, à le modérer? Ne lui eût-il pas été utile de conserver un peu de cette liberté politique dont on avait abusé, mais dont le désir et le besoin étaient restés au fond de bien des cœurs? Napoléon ne trouvera, dans le Sénat, dans le Corps législatif, dans Taristocratie dont il s'entoure, pas un contîadicteur durant la prospérité ; y trouvera-t-il un appui dans les jours de malheur?

Couronnement (2 décembre 1 804). — Napoléon, habitué à frapper les esprits par de grands spectacles, avait résolu d'étonner la France et le monde par une cérémonie imposante. Il obtint du pape ce que ni roi ni empereur n'avait encore obtenu, qu'il vînt lui-même à Paris sacrer le nouveau Charlemagne (2 décembre 1804). Pie VII fit l'onction sainte au front, sur les bras, sur les mains de l'Empereur ; mais quand il voulut prendre la couronne pour la lui poser sur la tête, Napoléon la saisit, se couronna lui-même, et, prenant ensuite celle de l'impératrice, la déposa sur son front, Joséphine fondait en larmes, troublée par cette triomphante fortune que son époux portait si fièrement.

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I>Si*N d'IivBnea*. — Du Jour où Napoléon remplaça U république par la monarchie, il songea à reconstituer la noblesse; mais il n'eiécutace projet qu'après les grands triom* l>hes d'Austerlitz, d'iéna et de Friedland. Depuis deux ans, il avait décrâté l'iostitution de la Légion d'bonneuF.syslèmede '.-écompenses nationales que l'esprit d'égalité pouvait avouer, car il ne créait point de privilèges héréditaires tout en signalante l'estime publique le savant, l'industriel et le soldat qui avaient bien mérité du pays par leurs travaux, leur activité

Pilili à» U Lé(laD d'baaiuv.

et leur courage'. Le Ik juillet 1804, jour anuiversaira de la prise de la Bastille, Napoléon distribua, dans l'hôtel des Tn-

pour lu ■•rrton diûs, l'ordra dn S«lnt-SMirlt (Mrdaa ÛBa) oa oompûii

Îna IM cb«*ali«n, d* viailla nobitu*. Lk UglOD dlonogur, t «on orlgtna, uKira compoiia da is eehorta* : ebailDa oolMrtaavtHT pandioncicn, M eoiDmuidaun, ID oMcicrS tt >M linplai liplooDiIni ; «B tout 6000 mimbru. Lea grandi ofHcicn aTalant SWW Ir. d< liailaiiiaat, lai eom. mindcun MOO, la* «rHcian IDOO, la* ligtanoairai IM. La Coipa Ié|l>l>tit na vou la lai qu'a una u>ei (aibta majoriU. Duc[> et SelllL* raraatraal li cnii. (Cf. Miiu, In Léfio» ifluMmur, mm iiufiludnn, ta lytomfcwr, tu riiniHilM,iaJ'i.) Lsi lillM piuvrai ou orphalioai da* membrei ds ItLéflon •ont gr^uiiemiiiit AliTéoi i U nuiios d'éduaatfam da Salnl-IMaii, aâl ■ uonr auceunal* lai Logn, uelan CAUvant tUbli an Dilllaa do U lorjt do

valides, les grandes décorations de Tordre anx principaux personnages de TEmpire. Le 16 août, il donna luf-m6me aux soI(|^ts du camp de Boulogne la croix qui devait remplacer les armes d'honneur que la république décernait auparavant aux plus braves. Ce fut une fête militaire grandiose, telle que le monde n'en a jamais vu. Cent mille hommes, héros de vingt batailles se rangèrent, au pied du trône impérial, qui . s'élevait sur un tertre naturel descendant en pente douce jusqu'au rivage. De là on découvrait l'Océan, la flotte anglaise qui barrait le canal, et au loin, cachée dans la brume, cette Angleterre où tous brûlaient de descendre, où un bon vent et six heures de fortune pouvaient les conduire*. Une division de la flottille partie du Havre entrait en ce moment au port; les Anglais, pour troubler sa marche , engagèrent avec elle une vive canonnade, et ce fut au bruit aimé du canon ennemi, se mêlant aux fanfares guerrières, qu'officiers et soldats, nobles de vieille souche ou fils de paysans, vinrent recevoir cette croix achetée au prix de leur sang.

IVapoléon, roi d'Italie. — La république italienne constituée à l'image de fo république française, en suivit jusqu'au bout les vicissitudes. L'Italie, énervée par une servihide séculaire, par des divisions qui dataient de la chute de Tempire romain, ne pouvait alors, livrée à elle-même, ni se défendre ni s'unir. Que la main de la France, qui depuis huit ans la protège, se retire un moment, et PAutriche la ressaisit; que la main de Napoléon, qui la tient réunie, s'ouvre et s^éloigne, et elle retombe dans ses éternelles rivalités, c Vous n'avez que des lois locales, disait-il aux députés de la république cisalpine, il vous faut des lois générales. > D voulait dire que l'Italie n'était qu'un assemblage incohérent de municipalités envieuses, ennemies les unes des autres ; que Gônes étant jalouse de Turin, Venise de Milan, Bologne de Florence, que chaque grande ville s'obstinant à avoir une vie propre, indépendante, il en résultait qu'il n'y avait pas de vie commune, nationale; point d'unité, point d'État. Cette unité, que l'Italie connaît maintenant, elle pouvait s'y préparer sous la tutelle amie et éclairée de la France. Beaucoup d'Italiens le

1. Napoléon écrivait, le lo novembre 1803 : « J'ai vu des haotean d'Ambleteuse les côtes d'Angleterre; on distinguait les maisons, le mouvement. C'est an fossé qui sera franchi lorsqu'on aura l'audace de le tenter. •

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comprenaient, et quand Tempire eut été proclamé à Paris, la royauté le fut à Milan (18 mars 1805).

Les Italiens acceptaient bien d'être défendus par laFrance% mais ib désiraient qu'on leur sauTftt Tapparence de la sujétion. Napoléon entra dans leurs yues et offrit la couronne du royaume d'Italie à son frère Joseph, qui la refusa. D la prit alors lui-même; mais, pour ne pas trop blesser les puissances qui s'alarmaient de cette réunion de l'Italie à la France, il déclara qu'à la paix générale il donnerait cette royauté à un prince français ; Eugène Beauhamais, fils de Impératrice Joséphine, itit envoyé comme vice-roi à Milan.

Ainsi, Napoléon était empereur et roi d'Italie : comme médiateur de la Confédération helvétique, il avait déjà la Suisse sous son influence et des régiments suisses dans son armée. Austerlitz le fera protecteur de la Confédération du Rhin. Il sera bien près alors d'avoir reconstitué l'empire de Chariemagne , et ses généraux lui demanderont sHl ne veut pas être salué du titre d'Empereur d'Occident : grandeur qui le perdit et faillit, avec lui, perdre la Fjrance.

Cmmp 4e ■•«loifiie. — Le continent se taisait en face de cette révolution qui mettait déjà deux couronnes sur la tète d'un soldat. L'Angleterre seule bravait sa colère , derrière son infranchissable fossé de la Manche ; mais Napoléon , n'ayant plus qu'elle pour ennemie, pouvait appliquer au projet de descente ses immenses ressources et son génie. Quelques jours ne s'étaient pas écoulés depuis la rupture de la paix d'Amiens, qu'il régnait dans tous nos ports une activité depuis longtemps inconnue. Il ne s'agissait pas de construire des vaisseaux de haut bord; des chaloupes canonnières, des bateaux plats, des péniches; allant tous à la voile ot à la rame, suffisaient pour porter l'expédition. Aussi travailla-t-on non-seulement dans les ports,mais sur toutes les rivières d'où Ton pouvait descendre à la mer. A Paris, 80 chaloupes canonnières furent mises en chantier au bord de la Seine, lancées et conduites au Havre, où réunies à d'autres divisions, elles furent équipées, armées et dirigées, le long des côtes, vers le Pas-de-Calais. Des escadrons de cavalerie et de l'artillerie légère suivait sur le rivage tous leurs mouvements, prêts à les protéger contre une attaque ennemie.

1. L'Italie ne payait à la France aa'on tabiide denmUUoaa,etUfraaoe cntrttenait en Italie, pour la défendre, M 000 aoldata.

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De la Loire, de la Gironde, de la Charente, de TAdour et de tous les ports de la côte sortirent de semblables flottilles. 1200 à 1300 bâtiments ainsi rassemblés devaient être concentrés à Boulogne et dans les ports du voisinage, à Ëtaples, à Wimereux, à Ambleteuse, que Napoléon fit approfondir. 150 000 hommes se rangèrent à proximité de ces ports, et, comme les légions romaines , quittant les armes pour la pioche, travaillèrent eux-mêmes à les creuser. Pour qu'ils ne fussent pas troublés dans leurs travaux, Napoléon ima* gina divers moyens de tenir Tennemi à distance. U établit plusieurs lignes de batteries sous-marines armées de gros canons que la marée haute recouvrait et que la mer basse découvrait; de sorte que les feux semblaient avancer et reculer avec la mer même. 500 bouches à feu du plus fort calibre furent mises en batteries sur les falaises que les Anglais appelèrent la côte de fer , et des forts construits en pleine mer achevèrent d'interdire à Tennemi rapproche du port. Plusieurs de ces batteries lançaient des projectiles creux, dont un seul éclatant sur le corps d^ùn navire y faisait dUrréparables ravages. Dès Thiver de 1803, les préparatifs étaient assez avancés, les matelots et les soldats assez exercés, pour que Napoléon pût fixer à cette époque la descente. La conspiration de Georges et de Voreau, la proclamation de Tempire détournèrent un instant son attention du camp de Boulogne ; mais il 1^ ramena avec une nouvelle énergie, dès que les questions soulevées par ce grand changement eurent été résolues.

U y avait plusieurs chances pour franchir le détroit : par un calme qui tiendrait la flotte anglaise immobile, ou après une tempête qui Taurait chassée du détroit ; à la faveur de la nuit et des brumes épaisses de Thiver, ou grâce & une combinaison qui amènerait dans le canal, ne fût-ce que pour quelques heures, une flotte française supérieure •. Cette dernière chance eût été la meilleure. Napoléon la prépara avec un secret profond et une merveilleuse habileté. L'amiral Villeneuve, sorti de Toulon avec toutes les forces de ce port, devait rallier en passant Pescadre espagnole de Tamiral Gravina à Cadix, aller aux Antilles, faire beaucoup de bruit de

1. Il y avait ud autre moyen de passer avec des bateaux à vapeur, que Fulton, après Papin et le marquis de JoufTroy, venait d'inventor; mais le projet parut alors inexécutable.

l'empirb de iSOï A 1807. S8^

ea cAté, y attirer Nelson qui gardut la Héditerranée, et, avant d'en être atteint, remonter vers TEurope quand on l'aurait cru parti peut-itre pour frapper un grand coup sur rinde anglaise, débloquer Tescadre du Ferrol, celle de Brest, enQn, entrer dans la Hanche avec 60 vaisseauz, qui fussent restés maîtres du détroit, jusqu'au momentoù l'amirautéanglaisQ edt pu réunir ses flattes éparaes sur toutes les mers. Mais, avant ce moment, la flottille passait, et arec elle 150000 soldats et le sort du monde.

D'abord tout réussit b aouhait: Nelson qui surveillait Toulon fui trotupft. Tandis qu'après avoir perdu du temps il cliercher ou la flotte française était passée, il courait apria clic, au fond dugolfedu Mexique, Villeneuve revenaiteaBu-

rope ; mais il se laissa arrêter à la hauteur du cap Finistère, en Galice, par une bataille avec Tamiral Galder. LUssue en fut incertaine, et plutôt à l'avantage de Tamiral français, qui n'avait perdu que deux mauvais vaisseaux espagnols. Il pouvait continuer sa route et accomplir le plan de Napoléon. 11 n'en eut pas le courage et revint réparer ses avaries à Cadix, où il fut bientôt bloqué.

Au moment où ce plan magnifique échouait, Napoléon apprit que Por anglais avait formé une coalition nouvelle. Il quitta, en frémissant, la mer pour la terre et commença Timmortelle campagne de 1805.

Campagne de 1805; capitulation d'Ulflt (!• octobre). — Quatre attaques étaient préparées contre TEmpire : les Suédois et les Russes devaient s'avancer par le Hanovre ; les Russes et les Autrichiens, par la vallée du Danube ; les Autrichiens seuls, par la Lombardie ; les Russes, les Anglais et les Napolitains, par le midi de l'Italie. De ces quatre armées, Napoléon en néglige deux, celles qui sont placées aux deux extrémités ; il en contient une troisième en chargeant son plus habile lieutenant d^arrèter avec 50 000 vieux soldats les 80 000 Autrichiens que l'archiduc Charles pousse sur l'Adige et réserve tous ses coups pour la quatrième, 80000 hommes, que le général Mack, précédant la grande armée russe et les réserves autrichiennes, conduit, à travers la Bavière et la Souabe, vers les défilés de la Forêt Noire et les bords du Rhin. Mack comptait voir les Français déboucher, suivant la coutume, par ces défilés fameux, Napoléon le trompe : au lieu de franchir, la Forêt Noire, il la tourne, et, renouvelant la merveille de Mareugo, il tombe, par la Franconie, sur les derrières de Mack, le coupe de Vienne, Tenve^ loppe, refoule ses détachements à Wertingen, à Gunzbourg, à Elchingen, où Ney se battit comme un grenadier, efc l'investit dans Ulm. C'était le 25 septembre que la grande armée était entrée en Allemagne, le 6 octobre qu'elle avait passé le Danube; le 19, l'armée autrichienne, enfermée, dans un cercle de fer et de feu, capitulait. En trois semaines, une armée de 80 000 hommes avait disparu. Quelques milliers fuyaient vers le Tyrol et la Bohême ; mais 50 000 avaient été pris ou tués; 200 canons, 80 drapeaux étaient entre nos mains. Et ce qui rendait plus glorieux encore ces magnifiques résultats, c'est qu'ils avaient été assurés par les combinaisons du génie, et presque sans perte. « L'Empereur, disaient

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les soldats, ne feii plus h guerre aTSc nos bras» mais avec nos jambes. »

TwmÊÊigmr (91 •etalurt). — • La ftoaTelle dHin grand revers maritime vînt attrister l'Empereiir. Le jour même où Mack sortait d*Ulm, l^anûnd ViUenemre perdidt contre Nel* son la sanglante biÂaille de Ita^flilgary qui coûta à re^cadre combinée de France et d^Eqpagne 18 wsseauz et 7000 hommes. Les Anglab eurent 8000 morts, dont Nelson, à lui seul, aussi regrettable pour ew( ^*une année. Cette dé* faite (Ut rirrévocable condaamaMon de la marine impériale. Napoléon ne conipta plus sur eQ| s et, désespérant de ponviHr se i«endre corps à corps avec IVUigletenre, il fat pouasé plus aTant dans la pensée, qui élai| |é^ dans son esprit, de ruiner son insaisissaUe ennemtet .fPi lui fermant le continent. • •

■ateUla d'AMteriite (1 ■iBai||ifB !•••). — Cependant Nq>oléon précipitait sa marche ipr "^^enne, maintenant découTcrte. 11 y entra le 18 noTemhei^ et s^ Irovfa enoove entre deux armées: à droite celle ^nTT'^^^t'ttilî^, que N^etBIasséoa poussaient dofasl'ent «t qui nnait de arrêter, sous rarchidttc Chariea, denrièélk ligne du Raab; à gauche, la grande armée anstro^uaseï tfoo les deux empereurs, qui occupait la lf<»nvie. n eoimt àeeUe-d, tnodU le Danube, et arriva à Brftnn, le 80 Bovwtbre, «teo 85 000 hommes. En trois mois, iso eoldata aindint Ut dnq cenis lieues.

90000 AustHhRusess étalsal rangés anvlM haateursd*Ani* teriits. Leurs cheii «takot eon(n un plan magniflqiie : tourner Paile droite des RrançatSylescov^er delaroute de Yunob et de leurs résenres, les aosaUer ensuite, tout an moins les jeter en Bohême, où il serait Huile de les achefcr, aidé qu*on serait par la Prusse, qui armait et n^ittendait qu*un succès pour accourir ayec 60000 hommes k la curée du lion. Mds Napoléon avait deviné leurs desseins, comme sHl eût assisté à leurs conseils, et il parut s^ prête. Il ne mit que des ftirces insuffisantes, une seule divirion du corps de Davinit, à son aile droite, vers les rillagee de Telnits et de Sckolnita, pour attirer Pennemi de ce côté en lui oflirant la tentation de s'emparer de la route de Vienne qui passe derrière ces hameaux. Mais il établit fortement sa grâche, k cberal sur la route d'Olmûtz, Tappuyant an mont Boseniti et an mamek» du Santon qu'il couvrit d'artillerie et que garda un répment

;iî':cire cette position jusqu'à la .:. A-:THre. ierrièrelcGoldbach.

::::. ii n.:: S:'jU avec trois diri- :iLâ ;i iLTS^e direction, une rt- ■..:z:.zz.=i. La Russes étaient mascer.. iïTeiop'^snt k droite dans h r. ?t -ce ir.a^cDse caralene quiee i et :::'s rêzic^ects sous les pieds 1 ïAii'.?Tl:ti. quartier des deu.i

:•!■,! pt'reur*. n'Ét.iit couvert que par une réserve da 10 OOO

LVîînemi donna tôle baissée dans te piépe. Trois dirisions :'::s*es .lesi-t-ndirent des liauteurs et vinrent livrer un combat inopil. nuiis (il rieux. vers Ti'lnilï et ^okolnilz, que défendaient un ^etil ri'i;inienl et un bnlaillon, la division Priant étant eniMte ài-e moment fort loin en arrière, vers Gross-Raigern, quoiqu'elle eilt fait 36 lieues en deux jours. Quand ils se furent ,!■ .:.!;;,'•* à fon.l de ce cûté et '!'■", maitreâ des villages ,

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ils croyaient avoir décidé du sort de la journée, Napoléon, qui jusqu'alors avait contenu à grand'peine l'impatience de ses soldats, lança 25 000 hommes sur le plateau de Pratzen, clef de toute la position, culbuta la garde impériale russe qui la défendait, coupa en deux Tarmée ennemie, et, se rabattant sur les trois divisions envoyées pour tourner notre droite, tandis que les soldats de Davout les poussaient de front, les accabla de mitraille, les jeta sur les étangs glacés qui bordaient la plaine et rompit la glace à coups de boulets, sous les pas de milliers de Russes qui y périrent engloutis. Lannés, dans le même temps, avait livré à gauche une vraie bataille et bravé tous les efforts de la cavalerie ennemie qui, décimée par son feu, ne put supporter le choc des escadrons de Murât, et fut rejetée en désordre, avec les déinris de Bagration, sur Austerlitz (3 décembre 1805). t Soldats, dit Napoléon dans une de ses proclamations qui étaient toujours Tannonce ou la récompense d\ine victoire, soldats, je suis content de vous, vous avez décoré vos aigles d'une gloire immortelle.... Rentrés dans vos foyers, il vous suffira de dire : j'étais à Austerlitz pour qu'on vous répende : voilà un brave. »

15000 morts, 10000 prisonniers, S80 bouches à feu, telles étaient les pertes de l'ennemi. Les deux empereurs fuyaient; celui d'Autriche fit demander une entrevue à Napoléon aux avant-postes : on convint d*un armistice. La Prusse, eflfirayée, se hAta de démentir les intentions qu'elle avait eues, et traita avec Napoléon. Pour lui rendre un retour vers l'Angleterre impossible, il lui offrit le Hanovre en échange du duché de Clèves, de la forte place de Wesel sur le Rhin et de la principauté de Neuchâtel en Suisse.

Traité de IRreàkmmwg (•• déeembM)t CoBfMénitl«B da RIiIb. — L'Autriche ne signa la paix que le 36 décembre à Presbourg. Elle abandonnait les États vénitiens avec yistrie et la Dalmatie, que Napoléon réunit au royaume d'Italie, le Tyrol et la Souabe autrichienne dont il se servit pour agrandir les domaines des ducs de Bavière et de Wurtemberg, qui prirent le titre de roi, et ceux du duc de Bade qui prit celui de grand-duc. L'Autriche perdit 4 millions de sujets sur 24, un revenu de 15 millions de florins sur 103 et, par la cession de Venise, toute action sur l'Italie, par celle du Tyrol, toute influence sur la Suisse. Les arsenaux de Vienne avaient livré à Tannée (hmçaiâe 100000 fusils et

2000 pièces de canon. Du bronze pris à Tennemi dans cette campagne, on fît la colonne de la Grande armée, élevée, à I aris, sur la place Vendôme.

Le traité de Pnsbourg, après Austerlitz, consacrât PEmpire comme la paix de Lunéville, après Marengo, avait consacré le consulat. Il donnait à la France la plus magnifique position. La Prusse était éloignée du Rhin ; TAutriche était rejetée hors de Tllalie. Les princes allemands qui nous séparaient de TAutriclie, recevaient de nos mains de riches do« inaines et des titres qu'ils n'avaient même jamais rêvés ; enfin Napoléon, achevant dans la paix Pœuvre de la guerre, constituait, quelques mois après Austerlitz, la Confédération de Hhin. Le vieil empire germanique, créé par Gharlemagne, fut dissous après dix siècles d'existence. François II abdiqua le titre d'empereur d'Allemagne (6 août) ; il avait déjà pris, pour né pas déchoir, celui d'empereur d'Autriche. Alors un très-grand nombre des 370 États qui se partageaient le sol allemand et y entretenaient une anarchie permanente, furent supprimés au profît des princes les plus puissants de TAlleiiiagne occidentale et centrale. Ceux-ci se réunirent, sous la protection de la France, en un nouvel État fédératif qui fut nommé la Confédération du Rhin. La Prusse et rAutriche, puissances à moitié slaves, en furent exclus. C'était un bienlait pour l'Allemagne et c'était une pensée heureuse pour l'Europe, que de placer entre trois grands États militaires cette Confédération qui empêchait leurs frontières de se toucher. Nous devons éternellement regretter que l'Empereur ne se soit pas tenu à ce traité de Presbourg, si bien conçu pour le repos de l'Italie et de l'Allemagne, et pour la grandeur de la France.

Royautés irassales} g^rands fiefs militaireat nouvelle noblesse. — Mais déjà Napoléon était à d'autres pensées, et ce sceptre de Charlemagne qu'il venait d'arracher des mains de la nation germanique, il voulait le garder pour luimême, quand l'intérêt de l'Europe et celui de la France eussent demandé qu'il fût à jamais brisé. A peine avait-il fait suspendre aux voûtes de Notre-Dame, de l'hôtel de ville et du palais du Sénat, les 120 drapeaux conquis dans cette guerre de trois mois, qu'il chassait les Bourbons de Naples, et complétait le système de l'empire en l'entourant de monarchies vassales et de principautés feudataires. Joseph Bonaparte fut créé roi de Naples et de Sicile; Louis, roi de

l'empire de 1804 A 1807. 591

Hollande; Élisa, sœur de Napoléon, devint duchesse de Lucques; la belle Pauline Borghèse, son autre sœur, fut duchesse de Guastalla; Murât, époux de Caroline Bonaparte, eut le grand-duché de Berg ; Berthier, la principauté souveraine de Neuchâtel ; Talleyrand, celle de Bénévent ; Bernadette, beau-frère de Joseph, celle de Ponte-Gorvo.

il se réserva dans les États vénitiens douie duchés, quatre dans le royaume de Naples, deux dans les duchés de Panne et de Plaisance; un dans celui de Lucques, et il les distribua successivement à ses compagnons d'armes ou à ses plus dévoués serviteurs. Les deux anciens consuls Lebrun et Cambacérès devinrent ainsi ducs de Plaisance et de Parme; les ministres Gaudin, Fouché, Ghampagny, Maret, ducs de Gaête, d'Otrante, de Gadore et de Bassano; le grand juge Régnier, duc de Massa; le grand maréchal Duroc, duc de Frioul ; les maréchaux Soult, Bessières, ^ctor, Moncey, Mortier, Macdonald, Oudinot, ducs de Dalmatie, d*Istrie, de Bellune, deGonegliano, de Trévise, deTarente et de Reggio; les généraux Gaulaincourt, Glarke, Savary^ Arnc^, ducs de Vicence, de Feltre, de Rovigo et de Padoue, etc. Dans ces duchés, tous constitués hors de France pour ne pas blesser Tesprit d'égalité de la nation, une part des revenus publies était assurée au titulaire, mais sans aucun pouvohr politique; ce n'était donc pas un retour complet à la féodalité.

Afin d'avoir des récompenses pour tous les grades, il retint 34 millions de biens nationaux, de 2400000 francs de rente dans les divers États d'Italie ; après les campagnes de Prusse et de Pologne, 20 millions de domaines en Pologne, 30 en Hanovre, 5 à 6 millions de revenus en Westphaiie. 11 avait donc de quoi distribuer de riches dotations à ses généraux, à ses ministres, à ses soldats*. Tout générai de division eut en perspective, comme récompense de ses services, une dotation et un titre de baron. L.es colonels espérèrent l'une ou l'autre*, et une nouvelle noblesse d'origine toute plébéienne, mais qui avait trouvé ses parchemins sur les champs de ba-

1. DaToat reçat 416 o«o francs de r«Tena et MOM* franes ea argmi: Lennes, 328 000 francs de reTono et un niiUloo en argent; les antres à proportion. Après Tilsitt, il donna ans offleltra de la grande armét • nillions, aux soldats 12. Un blessé avait triple part; an ampnté «fait ose donation de soo à 10 000 francs

2. Les ministres, les sénatears, les «ooftillert d'État, 1m aroheréqaes forent de droit comtes. Les premien préaidenta, lea Moeinrtara ftednwz, les évAqiies et les maires des trenta-Mpt bonaea tIIim de HempTrt forent barons. Us membres de la Ldgioe dlMWMnr forent otatTaliera.

taille, s? forma auprès du soldat couronné, qui chercbùlk reconstituer un corps aristocratique, pour le placer autotif du trône où il était assis. C'était là une déviation au priitr dpe de t'éf^alité : du moins Napoléoa n'attribua & cetla noixvcllo noblesse aucun privilège. Elle n'eut d'autm avanlaga sur le reste des citoyens que ses titres et ses honneurs. Poiu la rendre durable, cependant, et maintenir son éclat, il créa dus majorats' ; mais l'esprit du pays n'était pas dan» ceUa voie; et, en dehors des inajorats constitués par l'Eiapersurf il n'y en eut que 313 constitués par des particuliers, lesqael» ne représentèrent pas un revenu de deux miUiona.

CanpBKnc d* Pmiiae (1800). — La journée d'Anstep-litz avait tué William Pitt, notre implacable ennemi, et Fos) esprit libre, cœur élevé, lui avait succédé au ministère, titir poléon, à cette nouvelle, espéra ramener l'Angletetre k lâi paix. Malheureusement Fox mourut, et le pouvoir ravint atuiélèves de Pitt, aux partisans de la guerre à outrance. UK traité venait d'être signé par l'ambassadeur russe es FraHMl il fut désavoué ; un négociateur anglais était à Paris, OD Ù traSner les conférences en longueur, et des bruits perfide* ment semés sur la restitution h l'Angleterre du Hanovro, qut Napoléon avait récemment promis à la Prusse, jettrQDt 1& cour de Berlin dans des anxiétés qui amenèrent les plus fuW' les résolutions""

Il fallait à Napoléon une grande alliance continentale. L'Autriche avait été trop profondément humiliée depuis dît> ans pour qu'on pût compter aur elle ; la Russie, contraint* après Austerlitz, à ramener chez elle par journées d'étapflb ses armées vain eu es, de m and ait trop pourprix de son allianoS et ne se livrait qu'à demi : c'est à la Prusse que Napoléon vDuln lier sa fortune ; mais depuis la campa^e de 1805, cett» cour vacillante, qui se croyait encore la cour du ^raad Frt^

1, C'titriràitt qa'uBs psrliB des b iHiiliêDubLe et inanlaifiable, fgl réaïr' -son. Uns loi de DIS a Interdit potu

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