‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 56 sur 73 · L EMPIRE DE 1804 A · texte numérisé non relu

L EMPIRE DE 1804 A

déric, quand elle n'avait qu'un roi faible et une reine imprudente, n'inspirait à Napoléon ni estime ni confiance. La veille d'Austerlitz, elle préparait ses armées sur nos derrières ; le lendemain, elle nous tendait la main. L'Empereur pénétra bien ses intentions hostiles. Recevant au bivac d'Austerlitz les félicitations de l'ambassadeur prussien : « Voilà, dit-il à ses officiers, un compliment dont la fortune a changé l'adresse. » Pourtant lorsqu'il créa la Confédération du Rhin, dans le sud-ouest de l'Allemagne, il engagea encore la Prusse à former dans le nord une confédération semblable, placée sous son patronage ; mais la Plrusse, qui l'avait trompé, se crut trompée à son tour. Elle pensa que la paix avec l'Angleterre ne se ferait qu'à ses dépens, et pour prévenir un tort qu'elle n'avait pas encore à craindn», elle se jeta avec une inconcevable légèreté dans le péril le plus redoutable. On ne parlait à Berlin qu'avec dédain de l'armée autrichienne ; on se disait qu'on était toujours les soldats deRossbachet que les succès de Napoléon sur des généraux incapables trouveraient leur terme devant le vieux duc de Brunswicki l'élève du grand Frédéric. La reine, belle, romanesque, se montrait à cheval au milieu des troupes, excitant les courages, entraînant la cour et son époux à l'abîme. « Il semble voir, disait durement le Mmûieur de France, Armide qui incendie elletiième son palais. > Une nouvelle coalition était formée. La Hussie promettait deux armées qui étaient à trois mois de marche en arrière, l'Angleterre des subsides, la Suède son fragile appui. Napoléon partit de Paris le S6 septembre.. La grande armée, 130000 soldats incomparables, était encore cantonnée en Allemagne. En quelques jours il la concenba à Bamberg, et le 8 octobre elle était en mouvement. Deux années prussiennes, au lieu de garder fortement la ligne de l'Elbe, avaient franchi ce fleuve et manœuvraient avec une [)arfaite régularité, en suivant toute la tactique des livres, derrière la forêt de Thuringe. Napoléon renouvela contre elle la manœuvre de Marengo et d'Ulm; il tourna la gauche des Prussiens comme il avait tourné la droite des Autrichiens l'année précédente, se plaça au milieu de leurs communications, entre leurs années et l'Elbe, qui était leur ligne de retraite, puis frappa, le même jour, deux coups terribles à léna et Auerstaedt (14 octobre).

Umm ei Ammrmtmmât (14 •eUbn 1806). •* U y eut

quelques combats préliminaînt: à SeUeits, le 6; à Saalfedt

le 10. Dans la dernière de ces rencontres, le prince Louis de i^russe, un des autsurs de la guerre, fut tué par un hussard. Déjà la plus grande confusion régnait dans Parmée prussienne. Le souvenir de la capitulation d^Ulm troublait les esprits. Le vieux duc de Brunswick s'épouvantait à l'idée de terminer comme Mack sa carrière militaire. Quand Napoléon menaça de franchir la Saale à léna, à Dornbourg et à Naumbourg, près d'Auerstaedt, le duc, au lieu d'accepter une bataille sur un terrain qui lui était très -favorable, songea à faire retraite sur Magdebourg et PElbe inférieur. D donna Tordre au prince de Hohenlohe, qui avait 70000 hommes sous la main, de ne point accepter le combat; mais il était trop tard: si près de Napoléon, on ne lui échappait pas. Le prince de Hohenlohe, attaqué à rimproviste à léna, quand il attendait les Français du côté opposé, vers la forêt du Thuringe, perdit en quelques heures 12 000 morts ou blessés, 15 000 prisonniers, 200 pièces de canon.

Pendant que Napoléon gagnait cette victoire préparée par une si habile stratégie, un combat mémorable était livré, à quatre lieues de là, à Auersteadt, par le maréchal Davout Cq grand homme de guerre n'avait que 26000 hommes à Naumbourg pour garder un des principaux débouchés de la Saale et avait ordre de tenir dans ce poste jusqu'à la dernière extrémité. Le duc de Brunswick arrivait avec 60 000 Prussiens pour y passer. Davout, abandonné de Bernadotte qui, par jalousie, refusa de le soutenir, barra audacieusement la route aux Prussiens, résolu à se faire tuer avec le dernier homme de son corps, plutôt que d'ouvrir ce passage. Ce fut une bataille d'Egypte. Les Prussiens avaient une cavalerie de 15000 chevaux, réputée la meilleure de l'Europe. Vingt fois elle s'élança sur nos carrés, pas un ne se laissa enfoncer, et les carrés se déployant à leur tour en colonnes d'attaque, entamèrent l'infanterie ennemie, y jetèrent le désordre et décidèrent sa retraite. Le duc de Brunswick, le maréchal de Mollendorf, le général Schmettau étaient atteints mortellement, 10000 hommes tués ou blessés couvraient le champ de bataille ; 115 pièces de canon restaient aux mains de Davout, qui n'en avait lui-même que 4^. a S'il ne fallait, écrivait* un officier prussien, que se servir de nos bras contre les Français, nous serions bientôt vainqueurs. Ils sont petits, chétifs; un seul de nos Allemands en battrait quatre ; mais ils deviennent au feu des êtres surnaturels. Ils, sont emportés par

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une ardeur inexprimable, dont on ne voit aucune trace dans nos soldats.... Que voulez-vous faire avec des paysans menés au feu par des nobles dont ils partagent les dang^ers, sans partager jamais leurs passions ni leurs récompenses? » Ainsi se trouvait dans la boucbe des vaincus, avec la glorification de notre bravoure, celle aussi de la révolution *•

Les deux armées prussiennes fuyaient dans un désordre inexprimable. Si le terrain eût ressemblé à celui où Mack avait combattu, elles étaient prises ; mais, dans les grandes plaines de l'Allemagne du nord, il n*était pas possible de manœuvrer comme dans la vallée du Danube. Cependant les corps français, surtout la cavalerie de Murât, lancés à leur poursuite, franchirent TËlbe et coururent à TOder pour y prévenir les Prussiens. Le prince de Hohenlohe, atteint à Prenslow, est forcé de mettre bas les armes; Blûcher a le même sort à Lûbeck. Des 1600000 hommes qui marchaient naguère à notre rencontre, S5 000 étaient tués ou blessés, 100000 pris, 35 000 dispersés, sans qu'un seul eût repassé rOder. Magdebourg, Spandau, Custrin, Stettin, toutes les places fortes de TElbe etdeTOder, étaient occupées parnous. En un mois (8 oct.-8 nov.), la monarchie prussienne avait cessé d'exister. Napoléon était entré à Potsdam, où il avait pris pour sa part de butin Pépée du grand Frédéric, déposée sur son cercueil, et à Berlin, où il s'honora par un acte de clémence. Dans une lettre qui fut interceptée, le prince de Hatzfeld, laissé comme gouverneur civil de la place, révélait à Blûcher la position de nos troupes. C'était une trahison que les lois de la guerre punissaient de mort; Napoléon ordonna qu'il fût livré à un conseil de guerre. Rapp, Caulaincourt, Savary, cachèrent le prince dans le palais même: et la princesse, avertie par eux, accourut se jeter aux pieds de l'Empereur. — « Reconnaissez-vous l'écriture de votre mari? > Éperdue, elle ne savait que répondre. « Eh bien » madame, jetez au feu cette pièce, et la commission militaire, n'ayant pas de preuves, ne pourra condamner. »

!<• bloras coBtlneBlal (1806). — Du jour OÙ Napoléon avait été contraint de lever le camp de Boulogne, il avait pensé à vaincre la mer par la terre. Austerlitz lui avait livré toute ritalie et l'Adriatique, c'est-à-dire la moitié des rivages européens de la Méditerranée; l'Espagne et la Turquie

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