‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 67 sur 73 · LE OOOYBRNBMBNT OB JUILLET · texte numérisé non relu

LE OOOYBRNBMBNT OB JUILLET

(9 août 1830. — 24 février 1848).

i«« r«l ■«•«to-Piailfi^. — La Fayette avait dit en montrant io duc d'Orléans au peuple, à l'hôtel de ville : < Voilà la meilleure des républiques. • Beaucoup avaient pensé comme La Fayette. Les vertus privées du prince, sa belle famille, ses anciennes relations avec les chefs du parti libéral, les souvenirs soigneusement ravives de Jcmmapes et de Valmy, ses habitudes bourgeoises, l'éducaiion populaire donnée à ses fils dans nos écoles publiques, tout encourageait les espérances.

Le duc d'Orléans, chef de la branche cadette de la maison de B- urbon, fut proclamé roi le 9 août, après avoir juré l'observais >n de la Charte revisée. Les changements faits alors au pacte t'onstitutionnel ou, dans les mois suivants, aux lois existantes «taient peu importants: abolition de l'hérédité pour la pairie, et 'le la censure pour les journaux; fixation du -cens d'éligibilité à .VK) francs et du cens électoral à 200, ce qui maintenait les droits politiques i la Tortune sans faire une part expresse à l'intelligence; Mipprcssion de l'article qui reconnaissait la religion catholique comme religion de l'État et de toutes les paieries créées par Char- :< s X. Mais, en 1814, Louis XVIll avait paru octroyer une Charte par son bon plaisir; en 1830, Louis-Philippe en acceptait une qui lui était impotée par les députés. Ce fait contenait toute la révolution. Il faut cependant constater que le droit violé d'abord parU

'iSO LE GOUVERNEMENT DE JUILLET.

royauté, l'avait été ensuite par la Chambre, puisque les députés avaient disposé de la couronne et refait la constitution, sans mandat du pays.

ninlMtère de M. IiAfflte (fl9S«-flS31). — L'ébranlement causé paf la chute de la Restauration avait donné une force inattendue au parti républicain. Il fallut d*abord compter avec lui. On le flatta quelque temps dans la personne de deux hommes que les républicains respectaient, le général La Fayette, que Ton nomma commandant de toutes les gardes nationales de France, et M. Laffite, qui fut appelé au ministère. On exploita habilement la popularité du premier jusqu'après le procès des ministres de Charles X, et celle du second jusqu'au moment où il fallut se prononcer nettement sur la politique extérieure.

La France a Tinsigne honneur de fixer sur elle l'attention du monde. Au bruit du trône qui s'écroulait à Paris, le 29 juillet 1830, tous les trônes avaient été ébranlés, tous les pouvoirs impopulaires compromis. En Suisse, les gouvernements aristocratiques tombèrent ; en Allemagne, de libérales innovations s'introduisirent. Lltalie était frémissante; l'Espagne préparait une révolution; la Belgique se séparait de la Hollande ; l'Angleterre elle-même, émue, agitée, arrachait aux tories le bill de réforme. La paix avait été plus profitable que la guerre à la liberté. Nos idées refaisaient les conquêtes que nos armes avaient perdues.

Mais la France devait-elle se faire le champion de toutes les insurrections européennes, au risque de soulever une guerre universelle et de verser des fiots de sang ? Le nouveau roi ne le pensa point. La Belgique s'était séparée de la Hollande et s'offrait à la France : on la repoussa pour ne point exciter la jalousie de l'Angleterre. Les réfugiés espagnols voulaient tenter une réyolaUon dans leur pays : on les arrêta sur la frontière pour ne point violer le droit international, même en face d'un prince qui était un secret ennemi.

La Pologne, (quelques instants délivrée par un héroïque effort, nous appelait. Etait-il possible de la sauver par les armes ? Comme elle le dit elle-même au moment des grandes douleurs : ■ Dieu est trop haut et la France est trop loin. » On ne lui envoya que des sf> cours isolés qui n'empêchèrent pas que Varsovie succombât. Sa chute retentit douloureusement au cœur de la France.

L'Italie, enchaînée par l'Autriche, s'agitait pour briser ses fers. M. Laffitte voulait l'y aider. Le roi refusa do le suivre si loin, et appela Casimir Périer à la présidence du conseil.

Ministère de Casimir périer (flS3fl-19S*). — On trouvait cette politique trop prudente. Casimir Périer lui donna un moment de grandeur, par Ténergie qu'il mit au service de cette modération. Il déclara nettement deux choses : qu'il voulait l'ordre légal, et par conséquent qu'il combattrait à outrance les républicains el les légitimistes; qu'il no jetterait point la France dans une guerre

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unlVetMlItt, M p*r consfiiioBt qu'il Itnit à U pais da nonda tous 1m McriSeef mmpsUblei stm Itioiiiiaur du p»^ Ca lasgag* wmbUit fier; duactailewaU&TMiL .

•enpaOaB **■■»!■>. — Don WgiMl, «i Partaekl, anlt ootraRBusement traité dans PnBfaii. Dm dotU fOT$« te* putM du Tage, Imputée* in^'uicbinaUM, et nooillt i troU oenti toiHi doi quai* ie Lisbonua. Le* miniitna portagai» iTbimlUtniit: une 16*

gitime réparation tut aworMe. Loi w»**— ^'' «nIeM ennU la Belgique; cinquante mille Franfalt f flaUrtfatrt, et la parUlon néatlandtii recula. L«« ÂntriebfMl, Bh première IMl lertiedai Kiai? ponilflcaui, feulant rentrée; Caalmlr Pérjer, rlaolndehire rc!<pecicr le principe de aon-InterreDlJon, euTOya una flotUUe dam l'Adriatique, et dei troupe* da débarquement e'empulmt tTAn-

b «Mm fc rtotrielw. Bk M U releva pointât retirs *:i iroupai.

■MBBrrcelloB Jt i.yon, eamptot h Part*. — À l'intirienr, b

prisid«Dt du conseil suivait avec la mSme énergie la lifcne d« coaduite qu'il a'étsïl tracée. L^i légiiimisles agilaicnt les dèpartemeolB de l'Ouest; des colonnes mobiles y étouffèrent la réTOlte. Les guvrisrs de Lyon, eicités [lar de trop cruelles misères, mais aussi par des m en eu n, s'étaient soulevi^), en inscrivant sur leur buoiÈre cette devise douloureuse et sinistre : 'Vivre en travaillant, en mourir en combattsDt.i Après une affreuse mêlée dans !ï ville même, ils furent désarmés, et l'ordre parut rétabli, & la surface, Grenoble i son tour fut ensanglantée. A Paris éclatèrent les complots dits des tours de Notre-Dame el de la ruedes Prouvaires.

Tel fut le micistÈre de Casimir Périer : une lutte éoergique, dans laquelle sa forte volonté ne rtcula, pour la cause de l'ordre, devant aucun obstacle. Collègues, Cbambres, le roi même, il matlrlsait tout. Uoe telle vie avait épuisé ses forces, quand le cbolént vint l'enlever le 16 mal 1831 <.

mlBlalire da If aelobre Isa* [nA. <le Brosllc, SkImi et Thlen). iBanrr^ellaii <lc« S e( • Jala 4 purin. — La société était travaillée, dans ses plus intimes profondeurs, par les partisans de Saint-Simon et de Fourier qui demandaient un autre ordre social. Ceui-ci ne jouaient encore que le rôle d'apûtres pauitiques, mais l'insurrection lyonnaise avait montré dans les prolétaires une armée toute prête pour appliquer les doctrines. Lagardc nationale défendit tnergiquemeni U royauté, lorsque, à la suiti des funérailles du général I.aniarqne, les républïcaiDS livrèrent la bataille des 5et6juin, derrière les barricades de Saint-Uéry, C*l écbec abattit pour quelque temps leur parti. Un mois après (1! juillet 1S32), la mort du Qls de Napoléon, le duc do Relelistadt, iibarraasa d'un concurrent redoutable la dynastie d'Orléans^ qui, à la même époque, semblait gagner un appui pac le mariage di* la princesse Louise srec le roi des Belges.

ArrcBtallaa de la dnchpme de Derrl. — Un autre prétendant perdait aussi sa cause. La duchesse de Berti, débarquée secrètement sur les cotes de Provence avec le litre de régente, était venue allumer dans l'Ouest la guerre civile au nom de son fils Henri V. Mais il n'y avait plus ni Vendéens ni chouans. Les idées nouvelles avaient pénétré là comme ailleurs, plus qu'ailleurs mêtae> ■ Ces gena-lâ sont patriotes et républicains, ■ disait un officier chargé de les combattre. Quelques gentilshommes, des réfractaires, peu de paysans, répondirent à l'appel. Le pays, sillonné da troupes, fut promplement paci[ié,'et laducbesse, après avoir longtemps erré

rribla mal, sorti de l'Inde, parcoori

GSd LL GoUVIiKNEMENT DE JUILLET.

do. métairie en métairie, entra dans Nantes, déguisée en paysanne. Trite avrnturousc équipée montra la faiblesse du parti légitimiste. Tour achevor de le ruiner, M. Thiers, alors ministre, fit rechercher activement la duchesse. Découverte le 7 novembre et enfermée i Blaye, clic fut contrainte d'y avouer un mariage secret, qui rendait pour Tavcnir toute tentative du même genre impossible.

Aaccèii au dehom. — La prise par nos soldats de la citadelle d'Anvers, que les Hollandais refusaient de rendre aux Belges, mit un terme à une situation critique d*où, à chaque instant, la guerre pouvait sortir (23 décembre 1832). L'occupation d'Ârzew, de Hostaganom et de Bougie, affermit notre établissement d^Alger, et ces expéditions au bord de TËscaut et sur les rives de la Méditerranée jetèrent quelque éclat sur nos armes.

En Orient, la diplomatie française intervenait entre le sultan et son victorieux vassal, le pacha d'Egypte. Le traité de Kutayeh, qui laissait la Syrie à Mébémet-Âli, ne rendait pas le sultan plus faible qu'il ne Tétait auparavant, mais il fortifiait le vice-roi d'JSgypte, gardien pour la France et pour l'Europe des deux grandes routes commerciales de la mer Rouge et du golfe Persique, dont l'Angleterre voulait se saisir.

Au Portugal, don Miguel, pyrince absolutiste, était renversé du trône au profit de doîîa Maria, qui donnait à son peuple une charte constitutionnelle. En Espagne, Ferdinand VII mourait, en excluant de la couronne, par l'abolition de la loi salique, son frère don Carlos que soutenait le parti rétrograde ; de sorte que la péninsule toul entière échappait en même temps au parti absolutiste.

liA quadruple alliance. — Le traité de la quadruple alllanee, signé le 22 avril 1834, entre les cours de Paris, de Londres, de Lisbonne et de Madrid, promit aux nouveaux gouvernements espagnol et portugais l'appui efficace des deux grands pays constitutionnels, contre le mauvais vouloir des cours du Nord. En France, quelques effets suivirent même ces promesses. Pour soutenir, au besoin, contrn les légitimistes espagnols, alliés naturels des légitimistes français, la jeune reine Isabelle, on forma un corps d'armée de cinquante mille hommes au pied des Pyrénées.

 l'intérieur, les Chambres avaient adopté une loi qui organisait enfin notre instruction primaire (1833). Dans le parlement, sur les questions graves, la majorité était acquise au ministère. Si le jury acquittait souvent les accusés politiques, l'armée était fidèle et la magistrature montrait envers les républicains une sévérité qui rassurait la cour. Un premier attentat contre la vie du roi faisait profiter la royauté de l'horreur qu'inspirent toujours de pareils crimes. « Eh bien ! ils ont tiré sur moi, disait le roi. — Sire, répondit Dupin, ils ont tiré sur eux. »

Les insurrections d'avril 1834, à Lyon et à Paris, et les dramatiques incidents du procès intenté à 164 républicains devant la Cour des pairs, amenèrent l'emprisoimcment ou la fuite de presque

(ous tel clieb, al la ruina momenmit» de m parti comme ùaOaa mlliUote.

AiteatM ••■Ir* I* vi« «■ r«l, — Cependant, lei violenta du parti recoururaDt encore i raaiaasinat. A la revue du 3S juillet 1835, Fienhi, repris de JuiUm et làanain, dirigea oontre la roi unamacbine iofenuile, dontlei coupa jalirâitmorta autour du monarque le maréchal HorHar, une dea glidrea de rBmplre et nagubra président du conseil, un général, deux eolimelf, un Tieillàrd, uno femme, une Jeune fille, pluaiauwgardea national» -.en touttdiD<»W et n bleaiéa, dont S g&iètani. Cet époamitable attentat afltaf»

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la aoeiété, aneore iaua da la goMM iMk ifaola at ta pérlpéUea du procèa d^nU. La otnlatèra profita da IV untvertelle pour ^iaantar laalolideaaptambnMir laa sJMs, lejurr ellapiaaaa^ BIm étalant aaloaUaa de mai dre la juailce criminelle plua léTkra at plui pron^ta ; diulaot toute dieeuatlon aur la pclM^ da gonnmament valent le cautionnement dei)ounuun(,daquamnt»4iuit - '" nille.

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qu'alla éult trlompbanla, N. Wm^ {véaldant daeouaild) Dialrai depui* le Tt Urwitr Ml^ vottlol raprmdra au drii rôle d« Caiimir tMt.

Les carlistes espagnols faisaient dans la péninsule de menaçant! j.rogrès ; M. Thiers se décida à intervenir, TAngleterre elle-même le demandait. C'était donc à la fois se rapprocher de cette puissance | et prendre hautement en main la défense des idées libérales en Europe. Le souvenir de la malheureuse intervention de 1823 eût été ainsi glorieusement effacé.

Le même ministre avait conçu et préparé une autre expédition. Depuis la conquête d'Alger nous avions fait peu de progrès dans l'ancienne Régence. On avait pris quelques villes sur la côte et livré quelques combats dans Tintéricur. M. Thiers chargea le maréchal Clausel d'attaquer Constuntine, la plus forte place de toute l'Afriquei dans le même temps où il comptait faire entrer le général Bugeaud i

en Espagne à la tête de douze mille hommes. Ainsi le gouvernement, qui avait comprimé les troubles intérieurs, allait ouvrir au dehors une issue à l'activité de la France. A l'ordre qu'il avait donné, il voulait ajouter un peu de gloire. Le roi, que tout grand mouvement effrayait, consentit bien à l'expédition de Constantine, parce que les coups de canon tirés en Afrique, disait-il, ne s'entendaient pas en Europe ; mais il se refusa à l'intervention en Espagne. M. Thiers, plutôt que de céder, sortit du ministère, où M. Mole le remplaça (6 sept. 1836) comme président du conseil.

nlnlHtère iriolé (iS3e-fitS9j. — La première partie du ministère de M. Mole fut marquée par des événements malheureux. Le maréchal Clausel, laissé sans moyens suffisants, échoua dang l'expédition de Constantine. Le prince Louis, neveu de Napoléon, tenta de soulever la garnison de Strasbourg (30 oct. 1836). Arrêté, on le fit reconduire hors du royaume, mais ses complices furent traduits devant le jury, qui les renvoya absous, parce que le principal coupable avait été soustrait à sa juridiction. Ce verdict mécontenta la cour, et le ministère présenta la loi de disjonction^ qui violait le principe de l'égalité devant la justice, en soumettant à deux juridictions différentes les citoyens et les militaires accusés d'un même crime. La Chambre la repoussa.

Ces échecs furent compensés les années suivantes, par quelques succès. Le traité de la Tafna, dont on ne connut que plus tard l'imprudence, pacifia la province d'Oran ; à l'autre extrémité de nos possessions algériennes, l'armée planta enfin son drapeau sur les murailles de Constantine (1837), et, pour terminer de longs démêlés avec le Mexique on envoya une expédition qui s'empara de Saint. Jean-d'Ulloa, dont la prise nous livra la Vera-Cruz et la principale douane du pays. Le Mexique paya une indemnité de guerre. Le prince de Joinville se trouvait sur la flotte; il y montra le courage que ses frères avaient maintes fois déployé en Afrique à la tfite de nos soldats. Enfin, la naissance d'un fils du duc d'Orléans (34 août 1838), que le roi nomma comte de Paris^ parut affermir la dynastie.

Coalition parlemenialre (flS3il). — Déjà cependant, au sein

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(la parlement, se préparaient contre le ministère de vives attaques. M. Mole venait, aux termes du traité de 1832, de rappeler nos troupes d'Ancône; on prétendit qu'abattre à Ancône le drapeau tricolore, c'était abaisser l'attitude de la France en Europe, et renoncer à un gage précieux contre rAutriche. La diplomatie française ne parut pas plus heureuse dans le règlement définitif de l'afTaire hollando-belge. La révolution de Bruxelles s'était faite pour la séparation de deux peuples divisés de langue, de religion et d'intérêts. Or le traité des vingt-quatre articles, accepté par notre ministère, cédait au roi de Hollande des populations belges qui avaient combattu contre lui. L'Europe n'avait pas voulu laisser entre des mains amies de la France la province de Luxembourg, qui eût cou vert un des points vulnérables de notre fh>ntière.

Avec plus de souci, disait-on, de l'honneur national, avec plus de confiance dans les forces du pays, on se fût épargné ces inutiles concessions au système de la paix à tout prix. Mais le prétexte véritable de ces attaques était ce que l'on appelait l'insuffisance du ministère. M. Guizot, chef des doctrinaires, parti peu nombreux, mais plein de talents et d'ambition ; M. Thiers, chef d'un groupe du centre gauche, on le gouvernement personnel était hautement condamné; M. Odilon Barrot, chef de députés opposés à la politique, mais dévoués à la personne du roi, formèrent une eomUUon pour rappeler la devise de 1830 : « Le roi règne et ne gouverne pas. •

Le ministère voulut, le 22 janvier 1839, se retirer. Le roi, dont la cause éuit en jeu, refusa les démissions et fit un appel au pays, en prononçant la dissolution de la Chambre. Le ministère se jeta énergiquement dans la bataille électorale ; mais il fut vaincu et tomba. Les rivalités éclatèrent dès qu'il fallut partager les portefeuilles, et la coalition se rompit le lendemain du jour où elle avait triomphé. D'inextricables difficultés, pour la formation d'un nouveau ministère, tinrent pendant plus d'un mois Paris en suspens. L'occasion parut favorable à quelques républicains, qui croyaient bien plus à la vertu des coups de fusil qu'à la propagande des idées. Leurs chefs, Barbes etBlanqui, esprits sombres, conspirateurs-nés, tentèrent une révolution. Ils ne firent même pas une émeute (12 mai).

Mlalslére ém MMirértial ■•«11. — Ce réveil des passions vio- Imtes précipita la crise ministérielle. Le même jour, un cabinet se coiisti tua sous la présidence du maréchal Soult. Aucun des chefs de la coalition n'en faisait partie. Aussi ne pouvait-il être qu'un mi» nistère intérimaire. Il ne dura pas dix mois, du 12 mai 1839 au f'mars IH'iO.

L^fl p«rtec de Ver, ■•■•iprMi. — Sous lui, en Afrique, Abdel-Kadcr rompit le traité de la Tifna et proclama la guerre sainte ; des succès répondirent à cette levée de boucliers. Le maréchal Valée et le duc d'Orléans franchirent le passage redouté des Portes di' Fer ; et deux mois après, l'infanterie régulière de l'émir fut écra-

séc au combat de la Ghifla. Un succès dont le pays s'émut dayantap:o fut rhéroîque résistance que, durant quatre jours, 120 hommes opposircnt dans le fortin de Mazagran à des milliers d'Arabes.

lia question d'OrlcnU — La grosse affaire de ce cabinet fût la question d'Orient. Le sultan avait voulu reprendre la Syrie au pacha (rÉgyptc, et le fils de Mébémet-Àli, Ibrahim* Pacha, dirigé par plusieurs officiers français passés depuis longtemps à son service, avait vaincu les Ottomans à la journée de Nézib. Cette victoire lui ouvrait la route de Gonstantinople. S'il marchait sur cetU^viUe, les Russes y entraient, sous prétexte de la défendre; et, une x'oii dans ses murs, ils n'en seraient peut-être plus sortis. La France arrêta par son intervention Ibrahim victorieux.

Gonstantinople était sauvée, mais Alexandrie fut compromise. L'Angleterre, en effet, certaine maintenant que les Russes ne viendraient pas aux Dardanelles, voulut empêcher le retour des eraintei qu'elle avait un instant conçues. Le plus sûr moyen lui parut être de dépouiller Méhémct-Ali de la Syrie. Elle trouvait doublement son compte à cette combinaison; car l'empire ottoman semblait pir là fortifié, et l'Egypte était affaiblie. La France a\^t I Constaàinople un intérêt identique à celui de la Grande-Bretagne ; mais, en Egypte, les deux intérêts paraissaient contraires. Or, en eouvnuit Gonstantinople, le ministère ne stipula rien en faveur de Méhémet- Ali, et accepta pour le règlement de cette affaire un congrès emo— pcen, où d'avance il pouvait compter quatre voix sur cinq contre. lui.

ifilnlAtère dn 1*' mars. — Gette faute pesa sur le ministère suivant, celui du l"" mars 1840, qui se constitua sous la présidenee de M. Thiers, quand le maréchal Soult et ses collègues eurent été renversés par un vote qu'ils avaient provoqué sur un nouveau prqjet «le dotation princière.

Dix années de paix et de bien-être matériel avaient développé de nouveaux besoins. Gomme à la fin de la Restauration, le pays était prospère; mais, comme à cette époque aussi, il fermentait. Le ministère essaya de gagner de la popularité par un de ces actes qui affaiblissent le respect de la loi et de la magistrature, sansdésarmer les partis ni diminuer les passions : il promulgua une ordonnance d'amnistie qui en compléta une autre du 8 mai 1837. C'était rendre des chefs aux républicains. En même temps, il augmentait la force du parti nouveau qui se formait autour du représentant de la dynastie napoléonienne. Donnant satisfaction à un des plus nobles vœux du pays qui s'indignait que la dépouille mortelle de l'Empereur restât oubliée et sans honneurs aux mains de ceux qui l'avaient tué, le ministère obtint de l'Angleterre la restitution de ces restes glorieux. Le prince de Joinville, envoyé à Sainte-Hélène pour en rapporter le corps de l'Empereur, s'acquitta noblement de cctto mission. Au retour, comme on craignait une attaque des An-

LE GOUVERNEMENT DE iUlLLEt.

glais, il Bt jurer à son équipsge de le bire uuur plutAt qoft d«

rendre son précieux dépAt.

TtbIM Ae lABdrea. — liais de ginm éTénementi M préparaient an Orient. La France aimait le Tainqueor de Nizib, cet Ibrahim qui, lousla tente, te faisait, sans en itrajamaiiltué, raeon' 1er nos victoires, et ce vieui pacba d'Égjpte, fils de ses œuTres, barbare de génie qui tenait an bride l'aiDbitioQ do l'Angleterre, Méhémet'Aii, QOiu rendait en sympathie, poar DOi mœurs et notre puissance, ce que la France lui donnait en estime. L'Europe, et surtout l'Angleterre, se résolurent ibrisercet accord qui, mettant sous la mâme luaio Toulon, Alger, Aleiandrie, Bejrouth et les Qottea

1* <UmF do Invalidei.

anc, d'Kgyiite et de Turquie ■, boui asiuiait la prépondédaiis la Hédiierranie. Le 16 juillet, l'Angleterre, ta Ruisie et iix puissances qu'elle* traînaient i leur remorque, signèrent, a participation de la France, le tralti de Londres qui devait i Syrie au pacha d'Egypte.

■I diinc, la France était remiM an ban de l'Europe;, la ooalilail renouée contre site. Tout lei lacriHces eccordéi 1 la paii iiide, ioul<-s les aranee* faite* aux monarchiei abiolulùtet it été iDuilIci. A cette nouvelle, un frémissement de eolire le pays entier ; le gouvernement parut s'associer i cette légisiplosian du Mniiment national, et la Franoe mit la main i la

M livrer Llli-nla* an pacha dtnl***-

garde (le son épéc... mais elle ne la lira pas. Notre flotte du Levant, qui, do l'aveu des Anglais eux-mêmes, eût pu écraser la flotte britannique, rentra à Toulon, et le bombardement de Beyrouth, la «Imte de la puissance égyptienne en Syrie, furent un affront pour lî pays et un échec pour notre politique.

Devions-nous combattre? Non. Nous étions seuls alors contre tous, et les cours avaient su tourner les peuples contre nous, eo évoquant à leurs yeux le fantôme de l'ambition française, en ravivant les souvenirs haineux de 1813. DéjàrAllem<igne criait à tue-téte • Non, vous ne l'aurez pas, notre Rhin allemand ! ■

N'acceptant point la guerre dans les conditions désavantageuses où elle se présentait, le ministère voulut du moins donner à 11 France une attitude digne et ferme. Il fit commencer les fortifications de Paris qui devaient mettre un bouclier sur le cœur de la France; il arma les places fortes, il augmenta l'armée, et, puisqu'on s'isolait de la France, il voulait que la France acceptât cet isolement qui lui rendait la liberté de ses mouvements, et la facilité de choisir ses alliances auprès des rois, ou auprès des peuples^ en son temps et à son heure.

Cette situation avait ses périls. Le roi s'en effraya. Il abandonna son ministère qu'il avait suivi d'abord; M. Thiers céda la place à M. Guizot(29 oct. 1840)'.

miniMfèrc du 99 octobre. — M. Guizot ne tenait pas assez de compte de l'opinion publique ni du sentiment national. Il se hâta de tendre la main à l'Angleterre et aux puissances qui venaient de nous blesser au vif. Le 13 juillet 1841, il signa le traité des détniU qui faisait rentrer la France dans ce qu'on appelait le concert européen, c'est-à-dire qui l'admettait dans cette pentarchie des cinq grandes puissances que les traités de 1815 avaient constituée sous le nom de Sainte-Alliance.

Cet événement équivalait à un traité de paix. Aussitôt on désarma; l'armée fut réduite, et la France, qui avait failli se lancer dans la guerre, fut rejetée dans les voies pacifiques du commerce et de l'industrie par le vote d'un projet de loi sur les chemins de fer. L'activité des transactions commerciales manifesta la confiance que la haute bourgeoisie avait mise dans la durée du ministère en qui la paix s'était en quelque sorte personnifiée.

mort du dnc d'Orléans. — Le 13 juillet 1842, un malheureux événement contrista le pays tout entier, sans distinction de partis. Le duc d'Orléans, prince aimable et justement aimé, tomba de YCilurc et se tua. Sa mort fit passer ses droits à son fils, le comte de Paris; et un enfant de quatre ans se trouva l'héritier de la plus lourde couronne qu'il y eût à porter. De ce jour, parmi les légitimistes, on se remit à espérer ; et les libéraux, les républicains, atten-

f . La prési<)rnce du conseil avait été réservée au maréchal Soult, mais le ministre dirigeant était M. Guizot.

f-giiM SMiilï-CtoUld» ie«iuiii«B«e «1 ti((1.

e02 LE GOUVERNEMENT DE JUILLET.

(lircnl UAi\, pour le triomphe do leurs idées, de l'inévitable faiblesse d*une régence.

I<a Bégcnce. — Les Chambres furent aussitôt convoquées. On leur présenta une loi qui nommait d'avance le duc de Nemours régent de son neveu. Ce prince n'avait ni la réputation brillante du duc d'Orléans^ ni la popularité qu'avaient déjà valu au prince de Joinviile ses services devant Saint-Jean-d'Ulloa^ ni la renommée naissante que donna au duc d'Âumale l'enlèvement de la smala d'Âbd-el-Kader. La loi passa, mais sans obtenir l'assentiment public.

Affaire de Taltl. — Le sentiment national avait été profondément blessé par les événements de 1840. M. Guizot chercba une compensation pour notre orgueil; il fît occuper dans l'océan' Pacifique les ilcâ Marquises, rochers stériles (mai 1842). La Nouvelle-Zélande valait mieux; nous allions y descendre, quand l'Angleterre^ avertie, en prit possession et commença à montrer ses susceptibilités jalouses. Un de nos officiers planta le drapeau de la France sur la grande île océanienne de la Nouvelle-Calédonie; le ministère le -fit arracher. Les Étals de Honduras et de Nicaragua réclamèrent le protectorat de la France, Haïti voulait faire de même ; on refusa^ et l'Angleterre parut avoir imposé ces refus. Aux lies de la Société^ que nous prîmes encore, les intérêts commerciaux que nous avons dans ces parages n'étaient malheureusement pas assez considérables pour nécessiter un dispendieux établissement. La cession de Mayotte (1843) était une meilleure opération, parce que cet îlot ofïrait ànos vaisseaux un refuge que Bourbon ne pouvait leur donner, et une station navale dans le voisinage de Madagascar. Dans les lies de la Société, à Taïti, un missionnaire anglais, Pritchard, excita les indigènes contre nous. L'indigne agent des prédicants de Londres fiit :hassc de l'ile (1844) ; mais ses clameurs retentirent dans le parlemont anglais, et notre cabinet commit encore la faute de demander aux Chambres une indemnité pour l'homme qui avait fait couler le ^ang de nos soldats. Le désaveu du contre-amiral Dupetit-Thouars, (:ui avait essayé de donner de plus sérieuses proportions à notre étahlissement dans l'Océanie, accrut Tirritation publique; on y vit une nouvelle preuve de notre faiblesse vis-à-vis de l'Angleterre.

A.e droit de visite. — Une plus grave concession faite à nos orgueilleux voisins fut le droit de visite reconnu à l'Angleterre, en 1841, pour la répression de la traite. Cette fois, l'opposition fut si vive dans le pays, que la Chambre força le ministre de déchirer le traité et de replacer, par de nouvelles conventions, notre marine marcliande sous la protection exclusive du pavillon national (mai i84ô).

uéfalte d'Abd-el-Kader. — La Chambre, poussée dans cette vcie par l'opinion publique , avait du moins voulu que l'on continuât la conquête de l'Algérie. Le ministère eut le mérite de choisir

un homme énergique et habile, le général Bugeaud^ qai sut imprimer à la fois le respect et la terreur aux Arabes.

Abd-el-Kader avait violé le traité de la Tafha , prêché la guerre sainte, et, par la rapidité de ses mouvements, répandu l'effroi dans la province d*Oran, l'inquiétude même aux portes d'Alger. Le général le poursuivit sans relâche jusque dans les montagnes de l'Ouarensénis, pacifia cette région difficile et rejeta l'ennemi dans le désert. Ce fut dans sa fiiite vers le Sahara que Témir, atteint par le lue d'Aumale, perdit sa smala (sa famille et ses troupeaux, mai 1843).

Bomba rdcmeBl die VAB^er «t die Hevadierb — Captvre d*Abd-ei-Kader. — Réfugié au Haroc, l'émir entraîna l'empereur dans sa cause. L'Angleterre n'était pas étrangère à cette résolution. Notre territoire fut violé à plusieurs reprises, et une armée, qui semblait formidable, se rassembla aux bords de la Moulouiah. La France répondit à ces provocations par le bombardement de Tanger f't de Mogador que le prince de Joinville dirigea sous les yeux de la flotte anglaise irritée, et par la victoire d'Isly, que le général Bugeaud gagna avec 8500 hommes et 1400 chevaux sur 25 000 cavaliers (14 août 1844). L'empereur, si rudement ch&tié, signa la paix qu'on lui rendit peu onéreuse, car la France était assez riche, disait le ministère, pour payer sa gloire. Le principal article du traité portant ({u* Abd-el-Kader serait interné dans l'ouest resta longtemps inexécuté; mais, après une nouvelle et inutile tentative sur l'Algérie, l'émir travailla à se former un parti dans l'empire même. Abd-er- Hhaman, cette fois, directement menacé, se souvint du traité fait avec nous et Abd-el-Kader rejeté sur nos avant-postes, tut réduit à se rendre au général Lamoricière (33 nov. 1847).

ifiarlaKe da dve de HeBtfieBsler. —Au Maroc, comme à ï.iiii, nous avions trouvé l'Angleterre contre nous. Ainsi l'alliance anglaise, trop avidement recherchée, ne nous avait valu que des embarras. Mais elle assurait, disait-on, la paix du monde. Un mariage cependant faillit la rompre, celui du duc de Ifontpensier avec la sœur de la reine d'Espagne. La branche cadette des Bourbons tenait à rf'prendre la fortune de la branche atnée dans la péninsule, et à ûter à un prince de Cobourg, candidat des Anglais, l'expectative de la cr>uronne espagnole, comme si le temps n'avait pas enlevé presque toute importance politique aux unions prineières. L'Angleterre montra un vif mécontentement de la hâte qu'on avait mise à contracter ce mariage. Comme elle s'éloignait de nous, le ministère, effrayé de risolement où la France allait se retrouver, se rapprocha de l'Autnche, malgré la récente suppression d'un dernier reste de la Pologne, l'État de Cracovie, et, pour la gagner, il lui sacrifia la Suisse et ritalie. •

la Suisse voulait réformer sa constitution de manière à donner plus d'autorité au pouvoir centra^ Nous avions à ce changement un Mit* rt't ^t'rieuf , car une Suisse forte couvrira mieux notre fh>ntière

e,94 LE i;Oi:VERNEMLNT DE JUILLET.

qu'une Suisse divisée. Mais c'était le parti libéral qui voulait la ■éforme. M. Guizol la combattit et favorisa le Sonderbund (les séparatistes, 18 17).

Au bord du Pô, les Autrichiens avaient occupé Ferrare;Ie pape Pie IX, qui réveillait alors l'Italie de sa torpeur, protesta et fut mal soutenu (1847). A Milan, la garnison allemande commit d'odieuses violences (fcv. 1848). M. Guizot se contenta de négocier en faveur des victimes.

Ainsi la France devenait l'alliée d'un empire qui alors ne se soutenait qu'à la condition d'opprimer l'un par l'autre les divers peuples qu'il tenait asservis.

i»olltlque Intérieure. — Pendant plusieurs années le pays jouit d'une prospérité remarquable attestée par un budget des recettes de loOO millions. L'instruction populaire se développait; le Code pénal avait été adouci, et la loterie supprimée; la loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique permettait que des travaux entrepris dans l'intérêt général ne fussent pas entravés par des intérêts particuliers. L'industrie prenait l'essor par l'introduction des machines et le commerce s'étendait. Nos côtes étaient éclairées par des phares, nos chemins vicinaux améliorés, et l'on arrêtait l'exécution d'un vaste réseau de chemins de fer. Mais^ ce plan une fois conçu, au lieu de concentrer d'abord toutes les forces de la France sur la grande artère du pays, le chemin de fer de Boulogne à Marseille, on éparpilla les ressources sur toutes les lignes à la fois, dans rintentiou de satisfaire chaque localité et de préparer ainsi des élections favorables.

Ces entreprises, comme il arrive trop souvent, donnèrent naissance à un agiotage effréné. Le mal alla loin, car un ministre du roi fut condamné pour avoir vendu sa signature, un pair de France pour l'avoir achetée.

iieM banquetu polltlquen. — Les élections de 1846, soigneuse' ment préparées et conduites par l'administration, lui donnèrent la majorité. Mais le nombre des fonctionnaires envoyés à la Chambre était considérable. Il devenait évident que, dans le pays légal, c'està-dire au sein de la classe si peu nombreuse des électeurs (220000), le sens politique se perdait, et que le calcul y remplaçait le patriotisme : des électeurs vendaient leur voix au député; des élus, leur suffrage aux ministres , et le régime représentatif était vicié à sa source. De là ce mensonge politique, funeste pour tout le monde, d'un ministère repoussé par l'opinion, mais retenu par une majorité factice. Le président du conseil, qui se croyait fort, parce qu'il comptait sur une Chambre composée à son gré, le prit de haut avec l'opposition parlementaire, la seule dont il consentit à s'occuper. Il avait dit au moment des élections : ■ Toutes les politiques vous promettront le progrès; la politique conservatrice seule vous le donnera.» En attendant, il refusait tout, sous prétexte qu'il ne faut se laisser arracher rien. Les députés du centre gauche et de la gauche dynas-

tique, dirigés par MM. Thiers et Odilon Barrot, mirent le ministère en demeure d'accomplir ses promesses. Ils demandèrent le remaniement de certains impôts, la réforme électorale et la réforme par^ lamentai re vainement proposée à chaque session depuis 1842. Le ministère repoussa ces inoffensives réclamations et railla Topposition sur ses inutiles efforts pour faire sortir le pays de sa torpeur po* litique. A ce défi, l'opposition répondit par soixante-dix banqueta réunis dans les villes les plus importantes. On y exposa les griefs du pays : au dehors, l'abaissement de la France, qui n*avait plus en Europe son influence nécessaire, au dedans, le refus des réfonnes les plus légitimes, et ce qu'on appelait les moyens équivoques de gouvernement, la corruption électorale et parlementaire.

laéNisUiBee d« ■Jntoière. — Paris^qui d'instinct et de tradition aime à fronder dès qu'il n'a plus peur, appartenait tout entier à l'opposition. Aux récentes élections municipales du quartier le plus riche, et par conséquent le plus essentiellement modéré, pas un candidat ministériel n'avait réussi à passer. Un journal que les conservateurs fondèrent ne put vivre. Au sein même de ce parti, la désaffection se montrait. Plusieurs membres influents de la majorité passèrent à l'opposition. Le prince de Joinville marquait une désapprobation sensible, et s'exilait à Alger, auprès de son frère le duc d'Aumale. Dans le ministère même, quelques membres répugnaient à cette politique à outrance. M. de Salvandy, qui, au département de l'instruction publique, avait entrepris de nombreuses et libérales réformes , n'était plus retenu que par le désir de défendre les |)rojets de lois qu'il avait présentés. Mais le ministre dirigeant engagea la lutte en faisant prononcer par le roi, à l'ouverture de la session de 1848, un discours qui déclarait cent députés ennemis du trône.

D'irritants débats tinrent, pendant six semaines, l'opinion publique en émoi. Les événements extérieurs, la victoire de la Suisse libérale, les mouvements de l'Italie, qui s'efforçait d'échapper à l'éireinle de l'Autriche, réagirent sur la France. L'opposition tenta une dernière manifestation, le banquet du douxième arrondissement. l^s républicains, depuis longtemps découragés, renaissaient à l'espoir; ils laissaient faire, mais se tenaient préU. • Si le ministère, «lisait le 20 février un de leurs chefii, autorise le banquet, il tombera; H'il le défend, c'est une révolution. • La gauche dynastique fit un dernier effurt pour en prévenir l'explosion : le 21^ M. Odilon Barrot déposa sur le bureau de la Chambre un acte d'accusation contre le ministère.

■arvolncio» da 94 février f919. — Le ministère empêcha la réuniun, aussitôt d'immenses rassemblements se formèrent et, çà f t là, il écl.iia des conflits. Cependant le soir du 23 février, l'opposition avait gagné sa cause : un ministère libéral était nommé, sous la présidence de M. Thiers. Mais ceux qui avaient si bien commencé le mouvement n'avaient rien préparé pour l'arrêter juste au point ofi

la majorité du pays altcndait. Hommes d'attaque plus que de résistance, de critique plus que d'action, ils virent en quelques heures '< la direction de l'émeute leur échapper pour passer à un parti ou j se trouvaient des conspirateurs émcrites et des vétérans de barri- • cades, gens de combat qui se jetèrent dans la foule dont les boulevards, déjà tout iLiiminés et joyeux, étaient encombrés. A un coup de feu tiré sur le poste de l'hôtel des Affaires étrangères, la troupe l riposta par une décharge qui jeta à terre cinquante promeneurs in - ! ûtiensifs. A la vue de leurs cadavres portés dans la ville aux cris : 1 < On assassine nos frères, vengeance 1 » le peuple des faubourgs | courut aux armes. Le roi pouvait compter sur l'armée, commandée par le maréchal Bugeaud. Ce chef énergique avait déjà pris ses dispositions pour réprimer l'émeute, quand, dans la nuit du 23 au 24, il reçut du nouveau ministère l'ordre de replier ses troupes sur les Tuileries. Plutôt que d'obéir à cet ordre insensé, il résigna son commandement et la résistance fut paralysée. Quant aux gardes nationaux tardivement convoqués, et croyant que tout se bornerait à un ch.'ingeinont de ministres, ils laissèrent passer la réforme, la révolution suivait. Dans quelques semaines ils essaieront de détruire ce qu'en ce moment ils aident, sans le savoir, à édifier , mais, pour eux aussi, il sera trop tard : le 24 février a tué moralement Tinstituiion ncc le 14 juillet 1789. Abandonné de la bourgeoisie parisienne, Louis-Philippe crut l'être de la France entière. A midi, ii sibâiqua fi.ndant qu'on se battait encore au Palais-Royal, et partit, protégé par quelques régiments, sans être poursuivi ni inquiété.

Le duc d'Orléans, dont l'influence sur l'armée avait été grande, Liait mort, le prince de Joinville, le duc d'Au maie, qui avaient une popularité justement acquise, étaient absents. Restaient, avec le duc de Nemours, prince peu populaire, et le duc de Montpensier, trop jeune encore pour être connu, une femme et un enfant, la duchesse d'Orléans et le comte de Paris. La duchesse respectée pour ses vertus et l'élévation de son esprit, mais étrangère, isolée, était sans force. Tandis que le peuple entrait aux Tuileries, elle se rendait à la Chambre avec le comte de Paris,; les insurgés l'y suivirent et firent proclamer un gouvernement provisoire composé de MM. Dupont (de l'Eure), Arago, Lamartine, Crémieux, Ledru-Rollin et Garnier-Pagès.

Ainsi, par l'incapacité du gouvernement et l'audace d'un parti, la France avait, au lieu d'une réforme régulièrement accomplie par les pouvoirs publics, une nouvelle insurrection qui allait arrêter le travail, détruire des milliards, faire couler du sang et jeter le pays hors des voies du progrès pacifique. Deux hommes surtout devraient porter le deuil de cette révolution inutile et de cette dynastie qu'ils ont perdue : l'un qui pouvait prévenir l'émeute en lui ôtant son prétexte; l'autre qui pouvait la réprimer et qui ne l'osa pas.

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LA RéPUBLIQUE DE 1848.

Le i^oaTcmeHieBl |^r«Tl0*lrcw —> Le 24 au soir, le gouTernement provisoire proclamait la république. Le 26, une foule nomlireuse, réunie sur la place de l'Hôtel-de-Ville, exigea, présage <inislre, que le drapeau rouge devint le symbole du nouveau pou* voir. Lamartine repoussa avec énergie > ce drapeau, qui n'avait fait ({uc le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang, tandis que le drapeau tricolore avait fait le tour du monde en portant partout le nom et la gloire de la patrie ! > Ce Ait une victoire de Télo. 'luence.

La province se résignant eomme toujours à subir les fiiits accomplis dans la capitale, parut accepter la république. A Paris, une fétc, au pied de la colonne de la Bastille, en célébra rétablissement; et cette fête fut répétée dans beaucoup de villes des départements. (^n planta sur les places publiques des arbres de liberté que le clergé vint 1 ônir. M. Ledru-HoUin remplaça partout les préfets par des romniissnires chargés d*administrer la chose publique dans le sens (la nouveau gouvernement; et pour rassurer TEurope, Lamartine déclara dans un manifeste que la république ne menacerait per- 5<.nn«, mais qu'elle empêcherait toute intervention pour comprimer les réclamations légitimes des peuples. Arago fit décréter l'émancipation des noirs de nos colonies.

Dirnraltcs de I* 0ltmrtl«B. — L'industrie et le commerce s'a frétant, les revenus de l'État baissèrent, Tabolition de Timpôt lu sel et de quelques taxes impopulaires les diminuèrent encore. .\ussi le ministre des finances fut-il obligé, pour faire face aux dé- ]ieriscs, do frapper sur les quatre contributions directes un impôt (Vtraordinaire de quarante-cinq centimes, ce qui inaugurait bien mal un gouvernement républicain.

Beaucoup de manufactures s'étaient fermées et des milliers d'ouvriers se trouvaient sans pain, exposée à devenir les dupes lis doctrines communistes qui, après avoir miné sourdement U

. :i(:té, avaient tout à coup fait explosion. Le gouvernement provi-

.:r(f cwmmit l'imprudence de déclarer qu'il garantissait Terif renés de L'(»uvrier par ù travail, c'est-à-dire qu'il donnerait du travail, ({uand même il n'y aurait ni œuvre à faire ni argent pour la payer, « t il autorisa un de ses membres, M. Louis Blanc, à ouvrir, au

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Luxembourg, avec les délégués des ouvriers^ des délibérations su* le sujet si délicat et alors si mal compris des rapports à établir entre le travail qui produit et le capital qui met le travail en action. Enfin, pour occuper les ouvriers, il créa des ateliers nationaux où se rencontraient l'oisiveté dangereuse et Thonnêteté découiagcc. Chaque discours do M. Louis Blanc au Luxembourg envoyait des recrues à cette armée du désordre organisée dans Paris même et dont les clubs, les journaux, enflammaient les convuilises.

Manlfeiitatloni* de* !• et 19 mars. — Cet antagonisme des intérêts et des idées amena une lutte nouvelle. Le 16 mars, les compagnies d'élite de l'ancienne garde nationale firent en corps une manifestation à l'hôtel de ville pour déployer les forces dont pouvait disposer la bourgeoisie. En revanche, le lendemain, les corporations ouvrières, les délégués du Luxembourg, les ateliers nationaux, agités par des meneurs qui auraient voulu les pousser plus loin, faisaient une contre-manifestation en faveur du prolétariat. Le gouvernement provisoire, dont les membres, malgré des rivalités intestines, se serraient les uns contre les autres, était obligé de faire tous les jours des discours, des proclamations, qui valaient à Lamartine une popularité croissante, mais éphémère. Pour ne pas laisser la capitale sans défense aux mains des factions, le gouvernement provisoire fit rentrer dans Paris quelques bataillons de l'armée qui en était sortie humiliée au 23 février, et forma des plus jeunes et des plus ardents ouvriers un corps dévoué à la république. sous le nom de garde mobile.

Ouverture de l'Anseniblée nationale) la eaBualfl«lo« executive. — Âpres une nouvelle manifestation socialiste que refoula la garde nationale (16 avril), et une fête de la fraternité (21 avril), qui ne réconcilia personne, les collèges électoraux se réunirent le dimanche 23 avril. Les élections se firent pour la première lois par le suffrage universel. C'était passer de 220000 électeurs à 9 millions : déplacement subit de la vie politique que rien n'avait préparé et qui devait inévitablement causer des catastrophes. Le nom de Lamartine, élu dans dix départements, caractérisa ce moment de la révolution. Le 4 mai, l'Assemblée constituante se réunit, proclama solennellement la république, et, malgré le souvenir de la faiblesse du Directoire, confia imprudemment le pouvoir à une commission executive composée de 5 membres, MM. Ârago, Gamier-Pagès, Marie, de Lamartine et Ledru-Rollin.

Il semblait qu'il n'y eût plus qu'à faire la Constitution. Malheureusement la révolution était tous les jours différemment interprétée. Les uns disaient qu'elle était exclusivement politique et prétendaient la borner à quelques modifications dans la forme du gouvernement; les autres la voulaient sociale et visaient à transformer la société. Plusieurs même parlaient déjà de retourner à la monarchie^ et certains rêvaient la ruine de toute autorité publique.

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