‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 8 sur 73 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

III. -* Le duc d'Anjou, héritier présomptif de Charles IX, était en Pologne au moment de la mort de son frère. A la suite de négociations préparées de longue main, Catherine de Médicis avait obtenu de la noblesse polonaise une couronne pour son fils de prédilection, pour celui qu'on appelait le vainqueur de Jarnac et de Moncontour. Henri ne Teut pas plus tôt qu'il prit en dégoût cette terre des Sarmatcs, où la noblesse rude et mâle ne connaissait pas les raffinements de luxure et de dépravation que la civilisation corrompue de ritalie avaient inoculés à la France. A la nouvelle de la mort de son frère, il s'enfuit de sa capitale, de nuit, comme un malfaiteur. Poursuivi par ses sujets, qui voulaient

1. Ouvrages à consulter : les Mémoires contemporains de Tavannes, de Margnerite de Valois, de Cheverny, du duc de Bouillon, de l'Estoile, du doc d'Angoulème, de Gamon, de Viue-Gomblain, de Duplessis-Mornay et de Ooolard; VUistoire universelle de d'Aubigné, celle du président de Thou et les curieux Mémoires de sa tie; La Ligue en Anjou, par Mourin ; en Dreiagnê, par Grégoire; en Normandie, par d'Eslaintot.

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le retenir, il ne s'arrêta que sur la terre autrichienne. Les plaisirs de Vienne, ceux de Venise la Belle le captiyèrent longtemps; il ne mit* le pied dans son nouveau royaume que deux mois après avoir quitté furtivement Tancien.

Ce prince était le roi le moins propre à dominer la situation que son frère lui laissait. Les victoires remportées en son nom par Tavannes avaient surfait sa réputation. L*abus des p'aisirs avait tué en lui cette première chaleur du sang qui l'avait rendu d'abord aussi brave que ses ancêtres ; il n'avait plus goût qu'à des passe-temps d'enfant ou de femme, quand il n'était pas livré à de monstrueuses débauches. La dépravât! on de son cœur avait vicié les brillantes qualités de son esprit; il n'était éloquent qu'à mentir, et habile qu'à tromper. On n'oserait dire que sa dévotion d'apparat fût une fourberie de l'impiété; mais toute sa religion consistait en certaines pratiques extérieures. Il pensait qu'avec un jeune etquelljues coups de discipline on réglait tous ses comptes envers le ciel et sa conscience. Charles IX, son frère, avait eu parfois des pensées et des projets dignes d'un roi. Henri n'eut guère que de puériles occupations ; et d'Aubigné ne savait, en voyant cet homme si soigneux de sa toilette, de son teint, delà blancheur de ses mains et de son visage, s'il voyait « un roifemme ou bien un homme-reine ». Charles IX, était méchant par colère et par occasion ; lui, par principe et de continu ; il ne se faisait lire que Machiavel, et, pour tout dire, il ne connut jamais ce qur peut faire beaucoup pardonner à son fîrère: le remords.

Ses premiers actes montrèrent ce qu'il fallait attendre de lui. A Turin, il paya avec une prodigue magnificence Phos-' pitalité du duc de Savoie, en lui rendant Pignerol, Pérouseet Savigliano, les derniers restes des conquêtes de François I*' au delà des monts. A peine entré en France, il ordonna aux protestants de se faire catholiques ou de sortir du royaume : c'étaient là de bien menaçantes paroles; les réformés se raâ* surèrent en voyant que tout se bornait à l'envoi de quelques officiers dans les provinces du Midi alors fort agitées, et à des processions auxquelles le roi se mêlait, de flagellants qui allaient par les rues se battant les épaules « pour la rémission de leurs péchés. » Il fit à Paris une entrée solennelle où il scandalisa fort les personnes graves, « ayant autour de lui grande quantité de singes, perroquets et petits chiens. » A Reims, « quand on lui mit la couronne sur la tête, rapporte

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PEsioile, il dit assez haut qu^elle le blessait, elle lui coula par deux fois, comme si elle eût voulu tomber. » On y vit un mauvais augure, et on eût raison : cette tête qui ne pouvait porter une couronne, ne pouvait non plus porter les fortes et viriles pensées qui eussent été si nécessaires pour la défendre.

EiM po1itl««es. — La France avait cependant besoin qa*un chef habile, honnête et fort, prît en main les rênes du gouvernement. Gastelneau estime t qu^on avait déjà fait mourir, à l^occasion des guerres civiles, plus d^un million de personnes, le tout sous prétexte de rdigion et d'utilité pubÛque^ dont les uns et les autres se couvraient. » Catherine de Médicis n'avait pu qu'à grand'peine empêcher une nouvelle explosion pendant les derniers jours de Charles IX et durant ses deux mois de régence. Entre les catholiques exaltés et les protestants fanatiques, il s'était formé un nouveau parti, celui des politique», composé de catholiques modérés qui voulaient le rétablissement de la tranquillité publique, par la tolérance religieuse et une répression énergique des factions. Les trois Montmorency, ûamville, Thoré et Méru étaient les hommes les plus marquants de ce parti, qui comprenait un grand nombre de magistrats et de riches bourgeois. Un prince du sang, le duc d'Alençon, en avait pris la conduite, moins par patriotisme que par ambition, car il comptait s'en servir pour ses desseins particuliers. Les Guises étaient à la tête des catholiques; les Bourbons, à la tête des prolestants ; il avait cru habile, pour n'être ni isolé ni le second dans l'un ou l'autre camp, de former un tiers parti qui serait dévoué à sa fortune. Le Béarnais rappelle,et justement, a un cœur double, un esprit malin et tourné comme un corps mal bâti. » Nous devons pourtant lui tenir compte de deux choses: < Il voulait être Français, disait-il, de nom et d'effet, ennemi lie l'Espagnol; » et il ne mit pas ses mains dans le sang des huguenots.

Alliance des politiques et des h«|^eiiote. Ciii- «mièsie irnerre (1595-159e)« -*- La Saint-Barthélémy et la guerre avaient fait disparaître les grands chefs protestants : les calvinistes n'avaient plus pour les guider que des hommes comme le roi de Navarre, qui mettaient les intérêts devant, la religion derrière. Aussi, entre gens chez qui l'ambition ou le patriotisme éteignait les ardeurs religieuses, fut-il aisé de s'entendre. Déjà, pendant la maladie de Char-

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.les IX, le ducd^Âlençon, le roi de Navarre, le nouveau prince de Condé et les Montmorency avaient formé le projet de s'assurer du gouvernement. Au moment décisif, le cœur faillit au duc d^Âlençon qui dévoila tout. Le prince de Condé parvint seul à s^échapper ; Catherine s^assura du roi de Navarre et de deux Montmorency, Thoré et Méru, dont elle songea un moment à faire un exemple. Mais le parti n^en existait pas moins ; plus tard, il absorbera les deux autres ; pour le moment c'était une faction de plus dans TËtat. Condé et Damville, les protestants et les politiques, conclurent, par envoyés à Milhaud, en Rouergue, un pacte d'alliance armée pour obtenir la délivrance des princes, là liberté de conscience et la convocation des états généraux.

Combat de Dormans (1596) ; le Balafré. — Le nouveau roi s'irrita fort des menées de son frère ; et comme Mar chîavel et sa mère ne lui avaient enseigné d'autre leçon, il songea à se défaire de lui. Le duc d'Âlençon fut plusieurs fois en danger de mort, mais il parvint à s'échappa et courut sceller, dans le Midi, l'alliance des protestants et des politiques. Damville, dans le Languedoc, réunit jusqu'à 15 000 soldats, et Condé envoya d'Allemagne, où il était réfugié» une avant-garde de 5000 hommes. Les Lorrains avaient repris faveur. Le roi venait d'épouser une princesse de leur maison, et ils poussaient énergiquement à la guerre ; mais Catherine les redoutait et négociait de tous les côtés. Le duc de Guise la laissa à ses menées, et courut aux Allemands, qu'il battit à Dormans, près de Château-Thierry, en Champagne (11 oc tobre 1575). Les périls qu'il courut dans cet engagement, où il fut blessé au visage, augmentèrent sa popularité. On ne parla plus, parmi les catholiques, que du Balafré, le digne héritier du grand Guise. Mais Condé passa sans obstacle, avec 18 000 hommes et 16 canons, à travers la Champagne et la Bourgogne, franchit la Loire et rejoignit le duc d'Alençon à Moulins. L'évasion du roi de Navarre accrut les espérances du parti. Un soir, il chantait à voix basse les paroles d'un psaume qui avaient trait à l'abandon où le laissaient ses amis, quand d'Aubigné, l'historien-poëte lui proposa de fuir : « Partons, dit-il, on a fait mourir la reine ma mère à Par ris ; on y a tué M. l'amiral et tous mes meilleurs serviteurs ; je n'y retourne plus qu'on ne m'y traîne. >

Paix de Monsieur (mai 1596). — Pour soutenir cette guerre, Henri avait voulu a fouiller aux bourses des bour-

geois de Paris. »n ne tira d'eux que des remontrances et des murmures. Après le succès de Guise à DormanSyil fut encore plus pressé de traiter. Le duc d'Alençon s'offrit comme médiateur, et ménagea à Beaulieu la paix qui porta son nom : paix de Monsieur y titre qu'on donna désormais au firère puîné du roi. La médiation n'était pas désintéressée. Le négociateur se fit céder l'Anjou, dont il porta le nom, la Touraine et le Berry, avec tous les droits régaliens, sous la seule conditioR de l'hommage. Le roi de Navarre obtint le gouvernement de la Guyenne, Gondé celui de la Picardie. Le' libre exercice du culte fut accordé aux protestants dans tout le royaume, sauf Paris et la cour, jusqu'à la prochaine convocation des états généraux et d'un libre et saint concUe fféniral ; toutes les sentences portées depuis le règne de Henri II pour cause de religion étaient annulées, et les mariages contractés par des prêtres, reconnus légitimes. Par la réhabilitation de la mémoire de Goligny et des victimes de la Saint-Barthélémy, dont les veuves et les enfants obtinrent exemption d^impôts, par la cession de nombreuses places de sûreté, et par l'établissement de tribunaux mi-partis de protestants et de catholiques, la royauté demandait grâce pour le passé et accordait des garanties pour l'avenir.

1* MilBte lilffne. — Gette paix semblait une trahison de la cause catholique. Aussi l'effervescence un moment calmée après le grand assouvissement de la Saint-Barthélémy, se ranima avec une extrême énergie. Gomment, disait-on, le roi en était-il venu là après deux ans de règne ? Il avait pourtant assez levé de millions sur les bonnes villes, assez frappé d'emprunts sur le clergé, assez créé d'offices onéreux ou nuisibles au pays. Mais tout avait été dévoré par les fêtes et l'avidité des favoris, des mignons. Maintenant encore on aliénait les biens du clergé pour 200 000 livres de rentes, afin de payer les mercenaires allemands qui étaient venus ravager les provinces. Puisque la cour abandonnait les catholiques, c'était aux catholiques de ne se point abandonner eux-mêmes.

Un seigneur d'Humières, gouverneur de Péronne, refusa de livrer sa place à Gondé, nommé gouverneur de la province, et fit signer aux prélats, seigneurs et bourgeois, c une très-chrétienne union, à l'effet d'employer leurs vies et leurs biens pour la conservation de la ville et de la province en l'obéissance du roi et en l'observance de l'Église catholique. »

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Déjà, sous le règne de Charles IX, des tentatives de lignes semblables avaient été faites sur plusieurs points, en Bourgogne, dans l'Anjou, etc. L'exemple du seigneur d*Humières fut, cette fois, contagieux. Le clergé, surtout les jésuites, dont le nombre et l'activité croissaient avec le péril, poussaient la foule dans cette voie, et chaque province eut bientôt sa ligue. Il restait à combiner et à diriger les efforts de ce zèle religieux vers un but commun. L'ambition politique s'en chargea.

Henri de Guise, moins grand homme de guerre que son père, et moins magnanime, avait des desseins plus hauts, plus arrêtés, et une plus grande habileté à faire servir la religion d'instrument à sa politique. Il sut réunir dans ses mains tous les fils de cette grande conspiration catholique, ourdie pour la défense de la foi. Ce fut lui qui dressa et fit expédier dans toute la France l'acte constitutif de la sainte Ligue, Les princes, seigneurs, gentilshommes, et tous les associés, y juraient c de retenir le saint service de Dieu selon la forme de la sainte Église catholique ; de conserver le roi Henri troisième en l'état, splendeur, autorité et puissance qui lui sont dus par ses sujets ; de remettre les provinces aux mêmes droits, franchises et libertés qu'elles avaient au temps de Glovis ; de procéder contre ceux qui persécuteraient l'union sans acception de personnes ; enfin de rendre prompte obéissance et fidèle service, jusqu'à la mort, au chef qui serait nommé. >

Prétentions de Golse. — Ce chef était désigné d'avance ; mais Henri de Guise portait ses vues plus loin, la Ligue ne devait être pour lui que le marchepied du trône. Henri III était déjà perdu dans l'opinion publique ; les pamphlets les plus audacieux flétrissaient son hypocrisie et ses mœurs. Le nouveau duc d'Anjou était décrié comme complice des huguenots, et d'ailleurs condamné aussi à une courte existence. Après eux, il n'y avait d'autres héritiers que les Bourbons, princes hérétiques, indignes d'occuper le trône du roi très-chrétien. Eux écartés, la route était ouverte aux fidèles alliés de Philippe II et du saint-siége, au meurtrier de Coligny, à l'homme qui avait signé un pacte de sang avec l'orthodoxie le jour de la Saint-Bartbélemy. Les plus impatients ne se résignaient pas même à de si longs détours. De nouvelles généalogies rattachaient la maison de Guise à la dynastie de Gharlemagne. Les descendants de Capet n'avaient

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régné jusque-là que par usurpation ; Henri de Guise était appelé à raffermir la monarchie et la foi, en faisant enfermer le Valois dans un cloître, c comme Pépin, son ancêtre, fit à Childéric. i Cest du moins ce que disait un mémoire trouvé dans les papiers d'un avocat mort à Lyon en revenant de Rome.

rremlem états de Blols (1596). — Les états généraux, réunis dans la ville de Blois le 6 décembre 1576, montrèrent à Henri III l'étendue du danger. La Ligue, par tous les moyens de fraude et de violence, avait écarté les politi» ques et les calvinistes des réunions électorales ; parmi les députés, un seul était protestant. Ces états, élus sous Pinfluence des Guises, n'entreprirent pas seulement contre la liberté des protestants, mais contre l'autorité du roi. En même temps qu'ils demandaient le rétablissement de l'unité religieuse, ils voulaient qu'on accordât force de loi aux délibérations qu'ils auraient prises à l'unanimité, et pour trentesix membres choisis par eux, le droit d'assister au conseil du roi.

Cependant les masses populaires n'entraient pas encore dans la Ligue. Les bourgeois n'étaient même pas sans certaines appréhensions à son sujet. Les quarteniers et les dizainiers de Paris, qui allaient dans les maisons pour la dure signer, y étaient en général mal accueillis. On estimait que cette nouveauté ne tendait qu'à épuiser les bourses.

Henri 111 se déclare ehef de la lAgne, — Henri III repoussa la requête politique des états généraux, mais se jeta à corps perdu dans le catholicisme violent. Il signa la Ligue et s'en déclara le chef, croyant faire un coup de maître, supplanter les Guises, et mettre la main sur la cotisation demandée à chaque ligueur. C'était descendre du rôle de roi à celui de chef de parti, et dénoncer du même coup la guerre aux calvinistes. Ceux-ci prirent la chose ainsi, s'emparèrent de Périgueux, de la Réole, de Marmande, et protestèrent par écrit c contre l'assemblée illégale do Blois. >

Déclarations ▼iolentes contre les réformée. — Les états, sur la requête du roi, avaient décidé la suppression du culte réformé. Voter était facile, mais ce vote conduisait à la guerre ; et, pour la faire, il fallait de l'argent. Bodin, l'auteur du Traité de la république^ s'était vainement efforcé de ramener les députés aux principes de tolérance : « Le pou-

voir de tout faire n'en donne pas le droit, i disait-il en face de Henri III et de la Ligue. Il réussit mieux quand, sous prétexte de défendre les intérêts du tiers état, il refusa au roi les moyens de faire la guerre. Les partisans des Guises saisirent Toccasion de montrer Tiropuissance du gou «^ornement, et le roi n'eut ni subsides ni même le droit d^aliéner des portions du domaine royal pour subvenir aux dépenses, « parce que le fonds appartient aux provinces et que le roi n'en est que simple Msager. » « Voilà, dit-il, une trop énorme cruauté ; ils ne me veulent ni secourir du leur ni permettre que je m'aide du mien. > Henri III avait cru supprimer les Guises, ceux-ci le mettaient dansune impasse '•

Sixième ffnerrei traité de BerseiPiM6 (t599). -^ On n'avait pas gardé aux huguenots la paix promise ; on leur fit mal la guerre. Henri III n'y employa pas le duc de Guise, de crainte de le grandir encore. Le duc de Mayenne, nommé, de préférence à son aîné, au commandement du Poitou, ne s'empara que de Brouage ; le duc d'Anjou, mis à la tête de l'armée de la Loire, se reposa après la prise delà Charité et d'Issoire, et Henri III profita de ces médiocres succès pour faire avec les huguenots la paix de Bergerac. Il la négocia lui-même et l'appelait volontiers sa paix, par opposition au traité précédent appelé la paix de Monsieur (17 septembre 1577) : elle accordait aux protestants une liberté de conscience plus étendue et mieux spécifiée que dans les édits précédents, des juges particuliers dans les huit parlements, huit places de sûreté, et prononçait l'abolition de toute confédération. Le roi espérait ainsi atteindre la Ligue, tout en paraissant prendre ses sûretés contre les- huguenots.

I/ordre du Saint-Esprit (1578) i ordonnance de Blois (t590). — Henri voulait réellement la paix. Pour gagner quelques-uns de ses adversaires, il institua Tordre du Saint-Esprit, en mémoire de ce qu'il avait été élevé aux deux trônes de Pologne et de France le jour de la Pentecôte.

1. Ces états de 1576 attaquèrent encore la vénalité des offices de judioature, la nomination aux dignités ecclésiastiques sans choix préalwle da clergé et d'une partie du peuple. Ils réclamèrent la liberté des assemUées et des élections municipales, la juridiction pleine et entière pour les officiers municipaux, le droit pour toutes les provinces de tenir des états particuliers, la périodicité des états généraux, et enfin insistèrent sur U distinction des lois faites par le roi et révocables à volonté d'avec les lois faites par les états ou lois fondamentales qui ne pouvaient êtres modifiées que du consentement de la nation. (Aug. Thierry, Histoire du tien état, p. 104 et 105.)

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Il comptait qu'en donnant le cordon de son ordre aux priZfcipauz partisans des Guises et des Bourbons, il les ramènerait à loi. Gâtait trop espérer pour un hochet (1578). Chose singulière, ces temps déplorables virent s^accomplir d'importantes réformes législatives. Au milieu du bruit des armes et des violences des factions, les magistrats continuaient leur grand travail d'amélioration des lois civiles. L^ordonnance de Blois en 363 articles renferme d'excellentes et libérales dispositions pour le droit civil, mais on y sent la force que le catholicisme retrempé dans le péril avait reprise depuis quelques années. Le roi gardait la nomination directe aux prélatures et bénéflces, en observant toutefois certaines conditions d'âge, de bonnes mœurs et de bonnes lettres. Le cumul des archevêchés ou cures paroissiales était interdit. La résidence devenait obligatoire; la simonie était poursuivie. Les vœux de religion étaient fixés à seixe ans au lieu de vingt-cinq. Le mariage, que le prêtre seul légitimait, était entouré de précautions plus sévères : le père avait droit de déshériter son fils en cas de mariage clandestin. Enfin quelques bonnes dispositions étaient prices contre l'usurpation des titres de noblesse, la vénalité des charges, le trop grand nombre d'offices, et les infidélités en matière de justice.

Ija c««r de Denrl m. — Mais la conduite du roi gâtait les meilleurs actes. D'impitoyables pamphlets dévoilaient les turpitudes de cette cour licencieuse et féroce du dernier Valois, où le meurtre alternait avec les plaisirs. Le soir, les fêtes et les bals; le matin, les rencontres meurtrières, quand le duel n'avait pas été prévenu par un guet-apens. Ainsi Saint-Mégrin est assassiné par les gens du duc de Guise ; Dugast par ceux du roi de Navarre ; Bussy d'Amboise par le comte de Monsoreau. Un favori du roi, Villequier, tue sa femme ; une femme tue son mari ; Cimier tue son frère. Chaque prince avait ses assassins à gages, qui tuaient par derrière, et ses favoris qui tuaient en face. Trois mignons du roi se battirent un jour contre trois amis de Guise. Quatre des combattants restèrent sur la place, et parmi eux deux amis du roi. Henri donna les marques d'une scandaleuse douleur, et remplaça ses favoris morts par Joyeuse et d'Épemon, qui ne valaient pas mieux. Aux noces du premier, il dépensa l'énorme somme de 1 20 0(K) écus.

Pour suffire c à ces enraicées dépenses, • la taille croissait

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chaque année : il arrivait incessamment au parlement de nouveaux édits bursaux qui n'étaient enregistrés qu'après une longue résistance. Le mécontentement devenait général. Un jour le clergé cessait de servir les rentes de Thôtel de ville de Paris qu'il avait promis de payer, ce qui ruinaût une foule de gens ; un autre, les états de Normandie, de Bretagne, de Bourgogne, d'Auvergne, sommaient le roi de remettre les impôts comme au temps de Louis XII, et menaçaient de « s'opposer aux deniers extraordinaires, et aux édits pernicieux par toutes voies dues et à eux possibles. »

Septième gpaerrei paix de Fleix (1680). — Une courte guerre, qui éclata sans cause et qui finit sans raison, montra les progrès que faisaient les idées de désordre. Henri, qui avait plus de goût aux petites intrigues qu'aux grandes affaires, intervint dans les démêlés du roi de Navarre avec la reine Marguerite sa femme, pour les envenimer. Catherine de Médicis se rendit elle-même à Nérac, avec l'escadron volant de ses filles d'honneur. Le Béarnais, peu scrupuleux, n'aimait pourtant pas qu'on mît le doigt entre l'arbre et l'écorce ; il se fâcha, prit les armes, et commença la petite guerre qu'on appela de son origine la guerre des Amoureux. Il s'y distingua par la prise de Cahors, qu'il emporta après un combat de quatre jours et de quatre nuits. Mais le maréchal de Biron battit ailleurs les Navarrais, et on rétablit à Fleix la paix de Bergerac (1580).

Expédition du duc d'Anjou aux Pays-Bas (1581* 1583). — Il eût fallu saisir ces turbulents esprits par quelque grande pensée, les pousser à une sérieuse entreprise, reprendre enfin le projet de Coligny, et faire la guerre étrangère pour n'avoir point la guerre civile. La France pouvait alors choisir entre deux champs de bataillei dont l'un à sa portée et tout à sa convenance. Le roi d'Espagne Philippe II envahissait le Portugal, et Catherine de Médicis avait des prétentions à cette couronne ; les Pays-Bas étaient toujours foulés par les Espagnols, et plusieurs provmces appelaient un libérateur. Henri donna une flotte à Antoine de Grato, candidat au trône de Portugal, et une armée à son frère le duc d'Anjou, que les Flamands appelaient, mais toutes deux insuffisantes, et en désavouant officiellement ces entreprises. La flotte fut entièrement détruite ; le duc d'Anjou, après avoir été proclamé duc de Brabant et comte de Flandre, laissé sans argent, fut forcé d'évacuer le pays, et mourut peu de

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mois après son retour en France, en juin 1584. Les proyiiices des Pays-Bas qui perdirent en même temps Guillaume d^Orange, assassiné par un émissaire de TEspagne, firent à Henri III une offre séduisante, elles se donnaient à lui, à la France, sMl roulait les délivrer de Tinquisition et de Philippe II. Mais il était trop tard.

Bccradescence de la Ijfig've «près la mort du due d>AiU««. — La mort du duc d^Ânjou, frère et héritier de Henri III, arait posé définitivement une question faite pour rallumer en France toutes les passions religieuses et politiques. Jusque-là, on n^avait pas songé, si ce n*est vaguement, qu^un Bourbon, un hérétique relaps, put devenir lliéritier des Valois ; maintenant le danger existait. Car Henri lîl, le dernier survivant des fils de Henri II, n^avait point de postérité, et on lui donnait à peine quelques années à vivre. La Ligue, depuis quelque temps, était en désarroi ; t chacun en était dégoûté, dit TEstoile, les uns en médisant ouvertement, les autres s'en moquant. » Tout à coup, sans que les chefs y fissent effort, elle se ranima et s'étendit au sein des masses populaires ; au lieu d'une société secrète, on vit se lever un grand parii révolutionnaire. Lès auteurs de ce mouvement ne furent point, comme dit le même chroniqueur, c quelques marmitons et soupiers de Sorbonne, braves conseUlers d'État, qui, toute leur vie, avaient été enfermés dans un collège à pédantiser et à manger les pauvres novices de Ihéologie, » mais Jean Boucher, curé de Saint-Benoit ; Prévost, curé de Saint-Séverin ; Launoi, ancien ministre protestant devenu chanoine ; Lachapelle-Marteau, matlre des comptes; Crucé et Bussy-Leclerc, procureurs, et presque tous les prédicateurs des églises de Paris. La Ligue se ré- I)andit de là dans les provinces et établit, partout où elle se trouva la plus forie, ce qu'un éminent historien appelle un régime de terreur*.

1. Aug. Thierr}', Estai ,f>ur l'hittoire du tien état^ p. 102. J'ai déjà dit 'p. iàk) qa*on n'a pas assez remarqué qu'il y eut dans ce mouvement, non-

reTenus ; on avait vu des curés réduits à abandonner leurs presbytères. Les deux intérêts menacés s'unirent, et c'est ce qui fit la force de la Li- ^6, double protestation contre la reforme et contre la royauté abeolae qoe les nobles protestants repoussaient aussi de leur côté, voulant être maîtres dans leurs ch&leauz, comme les bourgeois voulaient Tètre dam leurs cités.

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Traité de ^oinTlUe, entre le due de Gutae et l'Etpaf^ne (1684). — Henri de Guise vit bien que le moment de frapper les grands coups était venu ; et , sans hésiter, il signa, le 31 décembre 1584, avec Philippe II, le traité de Joinville , par lequel les parties contractantes s^engageaient à extirper les sectes et hérésies; à exclure du trône de France les princes hérétiques, ou qui promettraient impunité publique aux hérétiques, et à assurer la succession, des Valois à Charles, cardinal de Bourbon. Ce Charles de Bourbon était mis en avant pour cacher les prétentions des Guises, jusqu^à ce qu'ils pussent les montrer à découvert. Mais, cette précaution prise, les Guises avaient du pape Grégoire XIII carte blanche pour agir, c II ne trouvait pas bon qu'on attentât à la vie du roi, aurait-il dit; mais, si Ton se pouvait saisir de sa personne et lui donner gens qui le tinssent en bride, on le trouverait bon*. » Le manifeste de la Ligue parut le 31 mars 1585. Les signataires jurèrent de ne pas poser les armes que t l'Église de Dieu n^eût été réintégrée en la vraie religion catholique, la noblesse remise en ses franchises, et le peuple soulagé des nouvelles impositions.» L^exécution suivit de près. Guise souleva la Champagne; Mayenne, la Bourgogne ; Elbœuf, la Normandie; Mercœur, la Bretagne ; Aumale, la Picardie. Les villes de Lyon, Bourges, Orléans, Rouen, Angers, Reims, -Châlons, Soissons, Péronne, Amiens, Âbbeville, Caen, Dijon, etc., se déclarèrent en faveur de la Ligue. Tout le royaume fut en feu.

Traité de IVemours entre le roi et le duc de G«lM (1585). — La position de Henri III devenait bien difficile. Sollicité par Elisabeth, par les députés des Provinceç-Unies, par Henri de Navarre, qui lui offrait son assistance, il était disposé à se déclarer contre les Guises, qu^ii détestait; mais il demandait que le Béarnais se fît catholique, promettant de le reconnaître ensuite pour son héritier. Henri refusa, c C*était le plus rusé et madré prince qui fût au monde, » ditd^Aubfgné. Il n^entendait s'aliéner les protestants qu^à de bonnes conditiens, pour choses qu'il tiendrait, non pour promesses. U ré-

1. Lettre du P. Mathieu, jésuite, au duc de Ncvers, dans les Mémoire» du duc de Nevers, t. I, p. 655. Ce jésuite, qu'on appelait le, courrier de la Ligne, avait été dépêché auprès du pape par les Guises, le cardinal de Bourbon et le duc de Neyers. Le pape dont il est ici question, Grégoire XIII, est l'auteur de la réforme du calendrier qui poite son nom.

pondit au manifeste de la Ligue en prenant contre les conspirateurs le rôle de champion du roi et des lois de TËtat; c^était habile; il regagna ainsi Talliance des politiques. Montmorency, c le roi du Languedoc, » s*unît à lui, et prit les armes dans la Guyenne et dans le Poitou.

Henri III se treuvait entre deux ennemis qu*il avait longtemps espéré user Pun par Tautre : Guise et Bourbon , les catholiques et les huguenots. Toutes les grandes villes n^étaient pas dans la Ligue et le nom du roi gardait un reste de prestige : on obéissait, on payait encore; les impôts lui donnaient des soldats, et les ligueurs, bons pour une émeute, pour un massacre, ne valaient rien pour une guerre, car parmi eux il y avait peu de noblesse et de haute bourgeoisie. D'Ëpemon battit quelques ligueurs à Gien. Joyeuse en battit d^autres en Touraine. Mais Paris remuait; Guise arrivait avec 12000 hommes; un revers eût tout perdu. Henri se rapprocha des Lorrains dans Tespoir de les tromper encore. Au traité de Nemours (7 juillet) , il tint pour agréable tout ce qui avait été fait pour la religion, Uvra au chef de la Ligue neuf places de sûreté, et de retour à Paris, publia un édit qui interdisait le culte réformé, sous peine de confiscation, et donnait quinze jours aux ministres et aux protestants pour vider le royaume. Au sortir du palais, le roi fut couvert par le peuple d'applaudissements inaccoutumés; mais ce n'était pas lui, c'était la guerre contre les huguenots qu'on saluait avec des cris de joie. Le pape y poussait de toutes ses forces. Sixte-Quint venait de déclarer les deux Bourbons, Henri et Gondé, déchus de leurs droits de princes du sang, indignes de succéder à la couronne. Le parlement protesta en vain par de mémorables remontrances contre cette violence faite aux consciences, c lesquelles sont exemptes de la puissance du fer et du feu, » et contre la bulle du pape qu'il appelait un attentat à l'indépendance de la couronne. Il n'y avait point de place encore pour les modérés.

Dearl de IVafarre. — Cependant le prince qui devait être leur chef, le roi de Navarre, s'apprêtait à faire face à tous les dangers. Il y a deux Henri IV : celui de la tradition et celui de Thistoire; l'un plus héroïque et, grâce à Voltaire, plus populaire ; l'autre, sous sa bonhomie madrée, bien plus habile, et, avec son caractère souple, bien plus propre à relever un édifice croulant, que ne l'eût été un caractère

bk BENBl III (1574-1589}

tout d'une piËce Heon de Navarre avut la plus bnllante bravoure, qualité commune aux batailleurs de ce temps-li et de tous les temps Mais elle plaît dans un pnnce , et le chef, toujours pr&t à présenter sa vie aux pointes des épéet, gagne sûrement le cceur de ses soldats Eleva au milieu des montagnards des Pyrénées, il épatait leur agilité et s'était f-i t un corps indomptable à la fal gue Les vicissitudes pw lesquelles il avait passé avaient rendu sa religion incertaine Charles IX lui dit c La mort ou la messe 1 * Il prend la messe plus tard il ^jure, et cette abjuration ne sera pu la dernière Aussi ne ressentait il aucune colère contre ceui qui proressBient une doctnne différente ; sa oature lui reng,„^ jy dut le fanatisme odieux, et

sa position lui commandùt la tolérance. C'est là qu'il se tiendra. Du reste, joyeux compère, montrant le même visage à la bonne comme k U mauvaise fortune; pliant sous le malheur et ne rompant pas; trouvant des ressources dans les situations les plus dtoespérées; aimant le plaisir, mais non comme on l'aimait aotour de Henri III ; humain par bon naturel et aussi par expérience de la vie; ayant des amis qui tiraient, il est vrai, de son amitié plus de bonnes paroles que de bons effets, mais le cœur ouvert si la main était fermée, et celle-ci l'étant parce qu'il fut vingt années chef de parti , obligé de donner beaucoup et de ne rien prendre, si ce n'est sur l'ennemi. Une nuit que d'Aiibignè et la Force étaient couchés non loin du roi de Navarre, le premier se plaignait fort au second de la ladrerie de leur maître. La Force, accablé de fatigue, n'écoutait plus, i Est-ce que tu n'entends pas? > lui dit d'Aubigné. La Force se réveille, demande ce qu'on lui dit : ■ Eh 1 il te dit, crie le roi , qui avait tout entendu, que je suis un ladre vert, et le plus ingrat mortel qu'il y^ait sur la face de la terre. > t 11 ne m'en Ht pas plus mauvais

visage, ajoute d'Âubigné, mais il ne m^en donna pas tm quart d^écu davantage. > Sa résidence forcée à la cour des Valois avait, été fatale à ses mœurs. Pendant plusieurs aunées, il oublia son rôle et sa fortune. Après la mort du duo d^Anjou y Duplessis-Momay lui écrivit : < Les passe-temps ne sont plus de saison. U est temps que vous fassiez Tamour à la France. » Henri le sentait bien : ilchassa les plaisirs et prit la cuirasse.

Tout le monde l'attaquait, il eut réponse à tout et à tous. Il est inexact qu'une protestation ait été affichée au Vatican, déclarant nulle et non avenue Texcommunication de Sixte- Quint, « soi-disant pape, » et en appelant comme d'abus à la cour dêS pairs ; mais Duplessis-Momay, qu'on nommait le pape des huguenots, rédigea une déclaration par laquelle U roi de Navarre et ses alliés c prenaient en main la cause du roi contre les chefs de la Ligue, auteurs de tous les maux de la France. » Ciondé en Poitou, Damville en Languedoc, Les* djguiëresen Provence, lui-môme en Guyenne, tenaient tout le Midi. Enfin la reine d'Angleterre, les princes allemands, sollicités avec instance, promirent de prompts secours. Ëli-^ sabeth avait écrit à Henri III, après le traité de Joînville, « avec un brave langage et un plaisant style pour lui faire honte de sa condescendance envers les rebelles : Pour l'amour de Dieu, ne dormez plus ce trop long sommeil. »

Aaarchie du royaume. — Le roi ne dormait qu'à demL 11 eût bien voulu suivre encore, entre les deux partis, sa politique de bascule. Mais l'horizon partout s'assombrissait : le prince d'Orange avait été assassiné naguère par un homme à qui Philippe II avait payé ce meurtre, et Elisabeth d'Angleterre allait répondre à cet assassinat par un autre : la mort de Marie Stuart. A Paris, les chefs des seize quai:tiers te formaient en conseil, au sein de la Ligue ', pour lui donner une énergique impulsion, et les terribles souvenirs de la nuit du 2^ août étaient réveillés. Un prédicateur s'écriait en pleine chaire c qu'une saignée de Saint-Barthélémy était néoeasaire pour couper la gorge à la maladie, » et les gens des halles disaient c qu'il fallait commencer le jeu de se défaire du roi. »

Dans les provinces, l'anarchie était partout; sous prétexte de rétablir l'unité de religion, les ligueurs aussi bien que les

I. Ut n'éUient point l«, mais 45 choisit d«ns les if quartiers de Parti.

huguenots sacrifiaient l^unité de TËtat. Chaque gouvenieur se cantonnait dans sa province, et comptant sur la dissolution prochaine de la monarchie, y vivait en maître; la féodalité sortait du tombeau où dix rois Pavaient couchée. Les villes de leur côté redemandaient leurs vieilles libertés, c les franchises possédées par les provinces au temps de Glovis. » Comme histoire ces paroles sont absurdes, comme pensée politique elles avaient une grande signification. A Paris, en effet, à Marseille, à Toulouse, à la Rochelle , en cent autres lieux, les magistrats municipaux ressaisissaient Pautorité militaire qu'ils avaient perdue au quinzième siècle, et la juridiction civile que THÔpital venait de leur ôter, ils ne reconnaissaient plus d'entraves à leur juridiction criminelle, ni de contrôle supérieur pour leur gestion financière. Les communes voulaient renaître, parce que la féodalité renaissait. Ca Bible était alors dans toutes les mains, non TÉvangile qui rend à César ce qui est à César, et qui respire à chaque ligne Tesprit de paix et de charité, mais PÂncien Testament, où les prophètes ont tant de dures paroles, de menaces et de cris de révolte contre les tyrans. Le tyran, pour les seigneurs, c*était le roi, secrètement favorable aux Bourbons; pour les huguenots, c^était encore ce roi, l'instrument des Guises* François !«' avait été bien près de croire que la royauté était tout; on en venait presque à penser qu'elle ne devait être rien.

Hoitième guerre o« i^uerre des trois Henri (1A96- 1589). Bataille de Coutraa (1589). — Les hostilités furent sans importance en 1586, mais Tannée suivante les secours promis par les alliés des deux partis arrivèrent et de plus grands coups furent frappés. Henri III conçut un plan qui ne manquait pas d'habileté, comme machiavélisme; il se mit à la tête d'une bonne armée qui devait tenir la Loire, envoya Joyeuse bien pourvu contre le roi de Navarre en Guyenne, et donna assez peu d'hommes au duc de Guise pour arrêter les Allemands. Il avait bon espoir de faire battre Navarre par Joyeuse, Guise par les Allemands; après quoi, lui-même, au centre, accablerait, par la supériorité de ses forces, ce qui resterait de ces trois armées d'étrangers, de calvinistes et de ligueurs. Tout lui fut contraire.

Henri de Navarre, ne pouvant percer les armées de Joyeuse et du roi, pour donner la main à ses auxiliaires allemands, au nord de la Loire, attira Joyeuse dans le Midi, en plein

HENRI ÎII (ID/4-1089). 57

pays huguenot Les deux années se rencontrèrent à Goutras, au confluent de Tlsle et de la Dronne. Quand les huguenots virent l'ennemi, leurs ministres entonnèrent le verset du psauma gxlyii :

■ Voici l'heureuse journée qui répond à nos désirs; «

et en même temps ils se mirent à genoux, c Ils tremblent, s^taia la folle jeunesse qui accompagnait Joyeuse; les poltrons se confessent. — Vous vous trompez, reprit un vieux capitaine; quand les huguenots fonC cette mine ils sont résolus de vaincre ou de mourir. — Ck)usins ! cria le roi de Navarre à Condé et à Soissons, je ne vous dis autre chose sinon que vous êtes du sang de Bourbon, et, vive Dieu! je vous montrerai que je suis votre atné. — Et nous, que vous avez lie bons cadets. > Le Béarnais avait mêlé des arquebusiers à ses escadrons; il attendit la charge de la gendarmerie de Joyeuse à quinze pas, fit feu à bout portant, puis s'élança avec les siens : en une heure il ne se trouva plus un homme de Tarmée royale qui ne fût à terre ou en fuite. A la fin du combat, le roi de Navarre se battait encore seul à seul avec le cornette Château-Renard, c Rends-toi, Philistin, » lui criat41, et il le fit prisonnier. Joyeuse remettait son épée à deux huguenots, quand un troisième lui fracassa la tète d'un coup de pistolet (oct. 1587). Cette victoire n'eut qu'un effet moral. Henri perdit son temps à porter aux pieds de la comtesse de Grammont les enseignes prises à l'ennemi. Ce fut la dernière fiaute sérieuse que la passion lui fit commettre.

Pendant qu'il courait ainsi au fond de la Gascogne, au lieu d'acculer les débris de l'armée de Joyeuse à la Loire, le duc de Guise, au nord du fleuve, triomphait des Allemands. Il n^eut garde d'attaquer, avec 12 000 honmies à peine, qu'il avait, l'armée du baron de Dohna. Il harcela ses flancs, enleva ses traîneurs, ses convois et ses fourrageurs. Dohna après de longues hésitations, se porta sur la Loire, vers la Charité; il y trouva Henri III, qui lui barra le passage et le rejeta sur le duc de Guise. Les Suisses se dégoûtaient déjà dune campagne où ils ne gagnaient rien, lorsque Guise les surprit à Vimory, près de Montargis, et leur tua 2000 hommes. Dohna erra quelque temps entre les deux armées dans la position la plus critique; Henri III eut la maladresse de laisser à son rival la gloire d'en débarrasser le pays. Tandis qu*il travaillait les Suisses en dessous main< pour les acheter.

58 HENRI m (1574 1589).

Guise en fit un nouveau carnage près d*Âuneau, et acheva leur dispersion (1587).

aonrnée de» Barrieadeti (1588). — Henri TII rentra à Paris, doublement vaincu et par la Ligue et par les ' huguenots. Il descendit cependant à Notre-Dame pour aller triomphalement remercier Dieu de sa victoire sur les ennemis de la foi et du royaume. Mais il ne trompa personne. « SaQl en atué 100, * criait-on sur son passage, a David en a tué 10 OOO.i Et quelques jours après, la Sorbonne décidait « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes qu'oa ne trouvait pas tels qu'il fallait, comme l'administration aux tuteurs qu'on avait pour suspects. » Henri III ne pouvait plus s'y méprendre. Il défendit au duc de Guise de venir à Paris, et. cantonna dans les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin 4000 Suisses avec plusieurs compagnies des gardes. Les Seize se crurent perdus, ils appelèrent le Balafré, qui, sans tenir compte d'une nouvelle défense, arriva le 9 mai.

Il fut à peine reconnu, que les cris de Ho&anna FiHo David retentirent dans tout Paris et raccompagnèrent jusqu'au Louvre. Une vieille femme perça la foule et l'arrêtant pour le contempler, s'écria c qu'elle mourrait contente, maintenant qu'elle avait vu le libérateur. » Le roi le reçut pâle de colère. « Je vous avais fait avertir, lui dit-il, que vous nie vinssiez pas; » et, malgré les excuses du duc, il l'eût fait assassiner peut-être dans cette première entrevue, si' sa mère et ses conseillers ne l'en eussent détourné, par la crainte du soulèvement de tout Paris. Le roi et le chef de la Ligue se fortifièrent, l'un dans le Louvre, l'autre dans l'hôtel de Guise. On négocia encore deux jours. Le 11 au matin, le duc revint au Louvre bien accompagné, parla haut, somma le roi de renvoyer ses conseillers, d'établir l'inquisition, et de pousser à outrance la guerre contre les hérétiques.

Le soir, le roi fit ordonner aux compagnies des g^ardes bourgeoises, dont il se croyait sûr, d'occuper plusieurs places, et, le lendemain matin, introduisit par la porte Saint- Honoré, et envoya sur le pont Saint-Michel et sur le Marché- Neuf les Suisses et 2 000 hommes de gardes françaises. Mais les gardes bourgeoises firent défaut; et quand on vit les Suisses dans la cité, on crut que Henri III méditait une Saint^Barthélemy de catholiques. Le peuple s'arrêta près de la Bastille, ainsi qu'à la place Maubert, et y commença des barricades aux cris de : « Vive l'Union! vive la Ligue! » En

DENRI III (1574-1589). 59

deux heures, tout Paris fut en armes, toutes les rues furent rendues impraticables et les barricades, avançant, atteignirent bientôt jusqu^auz places occupées par les troupes.

Le comte de Brissac s'était mis à la tôto du peuple. Les Suisses, attaqués de tous côtés par une grêle de balles et de projectiles, furent refoulés en désordre, et, peu habitués à une telle guerre, crièrent merci. Guise sortit alors de son hôtel en poinrpoint blanc, une baguette à Ja main, sauva les Suisses qui allaient être massacrés, les renvoya au roi avec un insultant dédain, et apaisa tout comme par enchantement. Il ne voulait encore que le pouvoir et non le titre, et se contentait de devenir le maire du palais d*un nouveau roi fai* néant C'était trop ou trop peu : Henri III lui dépêcha sa mère. Il demanda la lieutenance générale du royaume pour lui-même, la convocation des états à Paris, la déchéance des Bourbons, des gouvernements de provinces et toutes les charges pour ses amis. La reine- mère débattit trois heures durant ces conditions. Pendant ce temps, Tattaque était suspendue; Henri UI put sortir du Louvre et s'enfuir: il jura qu'il ne rentrerait dans sa capitale que par la brèche.

flecOTids étate 4e Bloia (1588). — Le duc de Guise avait commis une faute : mais s'il n'avait pas le roi, il tenait Paris. Le soir même, il alla engager le premier président Achille de Harlay à ne pas interrompre le cours de la justice. L^austère magistrat lui reprocha durement ses entreprises et termina en disant : « C'est grand'pitié, quand le valet chasse le maître; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi, mon corps est entre les mains des méchants. — Je me suis trouvé, dit Guise après cette entrevue, à des batailles, à des assauts et à des rencontres les plus dangereuses du monde ; mais jamais je n'ai été étonné comme à l'abord de ce personnage, i

Il y avait un roi de Paris et un roi de France; on négocia encore, et on vit avec étonnement Henri III accorder ce que, deux mois auparavant, il refusait en face des barricades. Il consentit à disgracier d'Épernon, jura de ne déposer les armes qu'après la destruction des hérétiques, déclara déchu de ses droits au trône tout prince non catholique, nomma le duc de Guise lieutenant général, et convoqua les états à Blois*. Il semblait donc que tout ce qu'il avait gagné à fuir

t. Blois, daaf l'ancienne province d'Orléans, s'élève en amphltéàtre, as bord d« U Loire. Louis XU y naquit, fit reconstruire l'wclfn ch&Uau

Paris, c^était que les états ne s^y tinssent point. Mais il avait pour cela ses raisons.

Les états de Blois ne furent composés que de ligueurs. Les plus violents ennemis du roi furent nommés présidents des trois ordres : le cardinal de Lorraine, Brissac, le héros des barricades, et le prévôt de Paris, nommé par Guise, la Chapelle-Marteau. Le roi, dans une harangue habile et élégante, comme il savait les faire, se plaignit m de Tambition démesurée de quelques-uns de ses sujets, i C^était quelque peu hardi ; le clergé exigea que la phrase fût supprimée à Timpression. Puis on agita quelque temps la question de savoir si les états devaient procéder « par résolution ou par supplications adressées au roi, celui-ci n^étantque le présidentdes états, lesquels ont tout pouvoir. > Cette question écartée, on demanda q\ie les tailles fussent abaissées et que les courtisans rendissent gorge. « Le peuple, disait Brissac au roi luimême, est grandement refroidi de Tamour qu^il portait à ses princes; si cette assemblée est rendue illusoire, vous perdrez le reste de la foi et de Tamour que le peuple a encore pour vous. » Au dehors, c^était bien autre chose; les plus ardents des ligueurs parlaient de faire Guise connétable, et d'enfermer le roi dans un couvent, sUl résistait. La duchesse de Montpensier montrait, pendus à son côté, des ciseaux d'or dont elle devait « faire la couronne monacale de Henri *. >

des comtes de Blois « tout neuf, dit Jean d'Auton, et tant somptaenz qae bien sembloit œuvre de roi. > L'architecture du treizième siècle y est encore représentée par la colonnade de la salle des états; le quatonième a vu s'élever la galerie des ducs d'Orléans, et Louis XII a fait bâtir la façade orientale, où l'heureux mélange de la brique et de la pierre, l'originalité de l'ensemble, la délicatesse et la naïveté des détails laissent Vml

roi

Re-

rite cependant plus d'attention. La façade du côté de la cour a peai-ètre

an peu de lourdeur, mais elle se distingue par son magnifique esoiUereztérieur, i jour, qui est certainement une des pièces capitales de Parchiteoture de la Renaissance. Gaston d'Orléans fit élever le quatrième corps de logis sur les dessins de François Mansard. > (De la Saussaye, Histoire de Bloii,)

t. Les états de 1588 demandèrent, comme ceux de 1576 et de 1580. le rétablissement des élections ecclésiastiques et l'élection pour les emplois de judicature^ la restitution du droit de justice civile aux corps municipaux, l'égalité des poids et mesures. Ils voulurent que les ordonnances

laites à la requête des états fussent immuables et n'eussent pas besoin d'être vérifiées en cour de parlement; qu'il y eût pour les autres édits ♦/^„»- i:K--»i j^ * -*.., ' -lents ne fussent jamais

pussent élire des pro-

toute liberté de remontrances, et que les parlements ne fussent jamais contraints d'enregistrer; que toutes les provinces pusse

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