CHAPITRE I
POPULATIONS primitives; mœurs st coutumes (1600-125 AV. J. c.)'.
Populations prlmltlvea. — Des races inconnues habi« lërent d'abord la Gaule, en môme temps que le renne et le mammouth ; et Ton a fréquemment trouvé, dans les grottes où il faisait sa demeure, les restes de Thomme préhistorique, ses armes, ses outils en os ou en pierre, et jusqu'à ses dessins, mêlés à des débris d'animaux aujourd'hui dispa-rus. Aux premières, lueurs de l'histoire qui éclairent ce pays, on le voit partagé entre trois ou quatre cents peuplades appartenant à trois grandes familles : les Celtes, les Ibères et les Belges.
Celtes. Les Celtes étaient partis, à une époque inconnue, des plaines de l'Asie centrale, avec les aïeux des Pélasges ou premiers habitants de la Grèce et de l'Italie et avec ceux des Slaves qui reslèr^t dans l'Europe orientale, mais bien long-
1. Principanx ouvrages à consulter : les Commentaires de César ^ VHisioire dei Gaulùiê de M. Âmôdée Thierry.
22 POPULATIONS primitives; MOSURS ET COUTUMES.
temps avant les tribus germaniques, qui se fixèrent ensuite entre la Vistule et le Rhin. Durant cette marche de la grande . armée celtique, des corps nombreux s'arrôtèrent dans la vallée du Danube et tout le long des Alpes, tandis que la tète de la colonne s'avançait droit à Toccident tant qu'elle trouva la terre pour la porter. Arrivés au bord de TAtlantique, les Celtes virent de hautes falaises blanchir à Thorizon, et voulurent les atteindre. La grande île qui flanque la Gaule devint encore leur domaine, et ils ne s'arrêtèrent que le jour où du haut des derniers promontoires de TËcosse et de Tirlande ils n'aperçurent devant eux que l'immensité de l'Océan. Il n'y avait pas à aller plus loin : le grand ouvrage commencé dans la Bactriane était achevé. Les Celtes s'étendirent et multiplièrent sur ce vaste territoire, gardant en témoignage de leur origine asiatique, un idiome qui, plus éloigné que le grec et le latin du sanscrit, la langue sacrée des brahmes de rinde, s'y rattache cependant par des liens étroits, et révèle la parenté qui unissait les Celtes ou Gaulois à la grande famille des nations indo-européennes. Cette langue est encore aujourd'hui parlée au fond de la Bretagne, en quelques coins reculés du pays de Galles, dans le nord de PËcosse et de Tirlande ; par les derniers représentants de cet ancien peuple. Ainsi quelques débris restés debout attestent la grandeur imposante des monuments écroulés.
Ibères ouBasqnet. — Les Celtes avadent trouvé un peuple établi avant eux dans la Gaule, les Ibères, qui étaient probablement venus par le nord de l'Afrique et l'Espagne ; ils occupaient tout le pays au sud de la Loire et furent à peu près refoulés, sous le nom d'Aquitains, au sud de la Garonne. Leur langue était celle que parlent encore les Vascons ou Basques dans une partie des Pyrénées; elle est sans rapport aucun avec les autres idiomes européens, si ce n'est peut-être avec le finnois.
Belges. — Les Belges arrivèrent les derniers vers l'an 600. Ils passèrent le Rhin dans la partie inférieure de son cours, sous la conduite de Hu le puissant, chef de guerre, législateur et prêtre, et, après de longs combats, occupèrent toute la Gaule au nord de la Loire, qui fut môme franchie.
■"héniclene. — Les hardis navigateurs de Tyr et de Garthage, qui parcoururent de si bonne heure tous les rivages de la Méditerranée, parurent aussi aux bouches du Rhône
POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes. 23
Ils se contentèrent d'abord de quelques échaûges avec les indigènes; puis,obéissant à Thumeur envahissante qui leur faisait couvrir de colonies les côtes de l'Afrique, de la Sicile et de l'Espagne, ils s'avancèrent dans l'intérieur du pays. L'histoire légendaire des travaux de l'Hercule tyrien recouvre l'histoire réelle des voyages et des fondations delà race phénicienne en Gaule. Le dieu, disait la tradition, arriva aux bords du Rhône, où il eut à soutenir un combat terrible. Ses flèches épuisées, il allait succomber lorsque son père vint à son aide : Jupiter fit tomber du ciel une pluie de pierres qui fournit de nouvelles armes au héros. Ces pierres, on les peut voir encore ; l'immense plaine de la Crau en est toute jonchée. Hercule victorieux fonda, non loin de là, la ville de Nîmes, et au cœur de la Gaule celle d'Âlésia. La vallée du Rhône ainsi conquise au commerce et à la civilisation, le héros reprit sa route vers les Alpes, et les dieux le contemplèrent fendant les nuages et brisant la cime des monts. C'était le col de Tende qu'Hercule entr'ouvrait, et la route d'Italie en Espagne qu'il jetait par-dessus les Alpes abaissées. Ainsi, dans les âges reculés, les peuples aiment à attribuer au bras invincible d'un héros les efforts séculaires des générations, ou ce que la nature elle-même accomplit.
Grecs. — Les Phéniciens avaient précédé les Grecs dans la domination de la Méditerranée, mais ils furent supplantés par eux en Gaule. Les Rhodiens s'établirent aux bouches du Rhône, tandis que les colonies phéniciennes de l'intérieur tombaient aux mains des indigènes. Vers l'an 600, arrivèrent les Phocéens qui fondèrent Marseille. Les Grecs plaçaient une gracieuse histoire à l'origine de cette ville. « Un marchand puouecn, jz^^na^ abûrda, disaiont-ils, sur la côte gauloise, à quelque distance de l'embouchure du Rhône. Il était sur les terres du chef des Ségobriges, Nann, qui reçut bien l'étranger et l'invita au festin des fiançailles de sa fille. L'usage voulait que la jeune vierge vînt elle-même offrir une coupe à celui des hôtes de son père qu'elle choisissait pour son époux. Quand elle entra, à la fin du repas, tenant la coupe pleine, ce fut devant le Phocéen qu'elle s'arrêta. Nann accepta le choix de sa fille et donna à l'étranger le golfe où il avait pris terre. Euxène y jeta les fondements de Marseille. »
Caractère, mœam et contume». — Toutes les tribus celtiques ou belges avaient des coutumes à peu près semblables, malgré la différence des origines, et aux yeux des
24 POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes.
étrangers elles ne formaient qu'un seul peuple. Les Grecs et les Romains ne voyaient que des Gaulois dans la Gaule, parce qu'ils y trouvaient partout le même courage. « Race indomptable, disaient-ils, qui fait la guerre non-seulement aux hommes, mais à la nature et aux dieux. Ils lancent des flèches contre le ciel quand il tonne ; ils prennent les armes contre la tempête ; ils marchent, Tépée à la main, au-devant des fleuves débordés ou de TOcéan en courroux. » Et ce qui les rendait encore plus redoutables, c'était leur nature généreuse autant que brave. « Chez ce peuple franc et simple, dit Strabon, chacun ressent les injustices faites à son voisin, et si vivement, qu'ils se rassemblent tous pour les venger. »
Diodore de Sicile fait des Gaulois ce portrait: « Ils sont de grande taille, ont la peau blanche et les cheveux blonds. Quelques-uns se coupent la barbe et d'autres la laissent croître modérément ; mais les nobles se rasent les joues et laissent pousser les moustaches, de manière qu'elles leur couvrent la bouche. Ils prennent leurs repas, non point assis sur des sièges, mais accroupis sur des peaux de loup et de chien. A côté d'eux sont des foyers flamboyants avec des chaudières et des broches garnies de quartiers entiers de viande. On honore les braves en leur offrant les meilleurs morceaux. Les Gaulois invitent aussi les étrangers à leurs festins, et ce n'est qu'après le repas qu'ils leur demandent qui ils sont et ce qu'ils viennent faire dans le pays. Souvent, pendant le festin, leurs discours font naître des querelles, et, comme ils méprisent la vie, ils se provoquent à des combats singuliers. »
.Le même écrivain ajoute; « Les Gaulois sont d'un aspect effrayant; ils ont la voix forte et rude ; ils parlent peu, s'expriment par énigmes et affectent dans leur langage de laisser deviner la plupart des choeoe. iio cmpiuieut beaucoup rhyperbole, soit pour se vanter eux-mêmes, soit pour abaisser les autres. Dans leurs discours, ils sont menaçants, hautains et portés au tragique ; mais ils ont de l'intelligence et sont capables de s'instruire, ils ont aussi des poètes qu'ils appellent bardes^ et qui chantent la louange ou le blâme, en s'accompagnant sur une rote,* instrument semblable à la lyre. »
Costumeti et amies, — « Les Gaulois portent des vêtements singuliers ; ils ont des tuniques bigarrées de différentes couleurs, et des chausses qu'ils appellent braies. Avec des agrafes, ils attachent à leurs épaules des saies rayées d'une étoffe à petits carreaux multicolores, épaisse en hiver, légère
POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes. 95
en été. Us ont pour armes défensives des boucliers aussi hauts qu^un homme et que chacun orne à sa manière. Comme ces boucliers servent non- seulement de défense, mais encore d'ornement, quelques-uns y font graver des figures d'airain en bosse et travaillées avec beaucoup d'art. Leurs casques d'drain ont de grandes saillies et donnent à ceux qui les portent un aspect tout fantastique. A quelques-uns de ces casques sont fixés des cornes ; à d'autres, des figures en rejief d'oiseaux ou de quadrupèdes. Ils ont des trompettes barbares, d'une construction particulière, qui rendent un son rauque et approprié au tumulte guerrier. Les uns portent des cuirasses de mailles de fer ; les autres combattent nus. Au lieu d'épées ils ont des espadons suspendus à leur flanc droit par des chaînes de fer ou d'airain. Quelques-uns entourent leur tunique de ceintures d'or et d'argent. Leurs épées ne sont guère moins grandes que le javelot des autres nations, et leurs saunieSj lourdes piques qu'ils lancent, ont les pointes plus longues que leurs épées. De ces saunies, les unes sont droites et les autres recourbées, de sorte que non-seulement elles coupent, mais encore déchirent les chairs, et qu'en retirant l'arme on agrandit la plaie. »
Manière de combatire. — f Dans les voyages et dans les combats, beaucoup se servent ds chars à deux chevaux, portant un conducteur et un guerrier. Ils lancent d'abord la saunie et descendent ensuite pour attaquer l'ennemi avec Tépée. Quelques-uns méprisent la mort au point de venir au combat sans autres armes qu'une ceinture autour du corps. Ils emmènent avec eux des serviteurs dn condition libre, et les .emni'^^^'"^ comme conducteurs et comme gardes. Avant de livrer bataille, ils ont coutume de sortir des rangs et de provoquer les plus braves des ennemis à un combat singulier, en brandissant leurs armes pour effrayer leurs adversaires. Si quelqu'un accepte le défi, ils chantent les prouesses de leurs ancêtres, vantent leurs propres vertus et insultent leurs adversaires. Ils coupent la tête de leurs ennemis vaincus, l'attachent au cou de leurs chevaux et clouent ces trophées à leurs maisons. Si c'est un ennemi renommé, ils conservent sa tète avec de l'huile de cèdre, et on en a vu refuser de vendre cette tête contre son poids d'or. »
tlMif^es divera — Les femmes étaient libres dans le cfabix de leur époux. Elles apportaient une dot ; mais le mari devait prendre sur son bien une valeur égale. On mettait le
26 POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes.
tout en commun, et cette somme restait au dernier survivant. Le fils ne pouvait aborder son père en public avant d^ètre en âge de porter les armes, et celui-ci avait sur sa femme comme sur ses enfants, le droîf de vie et de mort. « Lorsqu'un père de famille d'une haute naissance vient à mourir, dit César, ses proches s'assemblent, et, s'ils ont quelque soupçon sur sa mort, les femmes sont mises à la question ; si le crime est prouvé, on les fait périr par le feu et dans les plus horribles tourments. Les funérailles sont magnifiques. Tout ce qu'on croit avoir été cher au défunt, on le jette dans le bûcher, même les animaux; peu de temps encore avant l'expédition de César, on brûlait avec le mort les esclaves et les clients qu'on savait qu'il avait aimés. » Souvent des parents plaçaient sur le bûcher des lettres adressées à leurs proches, dans la pensée que les morts pourraient les lire.
lieligioii. — Les Oaulois adorèrent d'abord le tonnerre, les astres, l'océan, les fleuves, les lacs, le vent, c'est-à-dire les forces de la nature ; ^tVfe était le vent le plus terrible ; Tarann^ l'esprit du tonnerre ; Bel^ le dieu du soleil ; Pennin, le génie des Alpes; Arduiney celui de l'immense forêt des Ârdennes. Plus tard, les druides sans doute apprirent au peuple à adorer les forces morales et intelligentes : Hé- 9uSy le génie de la guerre ; Teutatès, celui du commerce et l'inventeur des arts ; Ogmius^ le dieu de la poésie et de Péloquence, qui était représenté avec des chaînes d'or, sortant de sa bouche pour aller saisir et entraîner ceux qui l'écoutaient La fête de Tentâtes se célébrait la première nuit de l'année nouvelle, dans les forets, a u lu^mx d«« cumbeaux. Cette nuit-là, suivant des traditions contestées aujourd'Hui, le chef des prêtres, cueillait avec une faucille d'or le gui^ plante parasite qui naît sur les branches de certains arbres et qui jouait un grand rôle dans les cérémonies religieuses et la médecine des Gaulois; mais ils ne recherchaient que celui qui poussait sur le chêne, leur arbre sacré. A Hésus, ils vouaient souvent, avant la bataille, les dépouijles de l'ennemi, et, après la victoire, il^ lui sacrifiaient ce qui leur restait du bétail qu'ils avaient enlevé, c Le surplus du butin, dit César, est placé dans un dépôt public; et on peut voir, dans beaucoup de villes, de ces monceaux de dépouilles entassées dans des lieux consacrés. 11 arrive rarement qu'au mépris û» la religion un Gaulois ose s'approprier clandestinement ce qu'il a pris à la guerre, ou ravir quelque chose de ces dépôts. Le
POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes. 27
plas cruel supplice et la ter tare sont réservés pour ce larcin. 1
I^es drailles. — Les prêtres des Gaulois, les druides ou hommes des chênes, avaient des croyances élevées qui semblaient un écho des grandes doctrines de Tlnde; ils croyaient aux peines et aux récompenses dans la vie à venir. Mais d'horribles superstitions, des sacrifices humains, ensanglantaient les grossiers autels qu'ils élevaient au fond des forêts séculaires ou au milieu des landes sauvages. « Tous les Gaulois, dit César, sont très-superstitieux: aussi ceux qui sont attaqués de maladies graves, comme ceux qui vivent au milieu de la guerre et des dangers, immolent des victimes humaines ou font vœu d^en immoler, et ont recours, pour ces sacrifices, au ministère des druides. Us pensent que la vie d'un homme est nécessaire pour racheter celle d*un autre homme, et que les dieux immortels ne peuvent être apaisés qu'à ce prix; ils ont même institué des sacrifices publics de ce genre. Ils ont quelquefois des mannequins d'une grandeur immense et tissus en osier, dont ils remplissent l'intérieur d'hommes vivants; ils y mettent le feu et font expirer leurs îictimes dans les flammes, ils pensent que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre délit, est plus agréable aux dieux immortels ; mais quand ces hommes leur manquent, ils prennent des innocents. »
Tous les druides n'avaient qu'un seul chef dont l'autorité était sans bornes. « A sa mort, le plus éminent en dignité lui succède ; ou si plusieurs ont des titres égaux, l'élection a lieu par le suffrage des druides, et la place est quelquefois disputée par les armes. A une certaine époque de l'année, ils s'assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Gamutes, qui passe pour le point central de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts ceux qui ont des différends, et ils obéissent aux jugements et aux décisions des druides. On croit que leur doctrine a pris naissance dans la Bretagne, et qu'elle fut de là b*ansportée dans la Gaule ; aujourd'hui ceux qui veulent en avoir une connaissance plus approfondie se rendent ordinairement dans cette île pour s'y instruire.
« Les druides ne vont point à la guerre et ne payent aucun des tributs imposés aux autres Gaulois. Séduits par de si grands privilèges, beaucoup de Gaulois s'efforcent d'entrer dans cet ordre; mais il faut, pour cela, apprendre un grand
28 POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes.
nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans ce noviciat. Il n'est pas permis de confier ces vers à récritare, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées f on se sert dos lettres grecques. Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage : l'une est d'empêcher que la science des druides ne se répande dans le vulgaire ; et l'autre, que leurs disciples, se reposant sur récriture, ne négligent leur mémoire. Une croyance qu'ils cherchent surtout à établir, c'est que les âmes ne périssent point, et qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre, croyance qui leur parait singulièrement propre à inspirer le courage, eii éloignant la crainte de la mort. Le mouvement des astres, l'immensité de l'univers, la grandeur de la terre, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont, en outre, les sujets de leurs discussions ; ils les transmettent à la jeunesse. »
Voici quelques-uns de leurs aphorismes: «Il faut avoir grand soin de l'éducation des enfants.^ L'argent prêté dans cette vie sera rendu dans l'autre. — Les amis qui se donnent la mort pour accompagner leurs amis, les retrouveront dans l'autre monde. — Tous les pères de famille sont rois dans leurs maisons. >
Bardes, deTln« et prophétetises. — On trouve affiliés à l'ordre des druides, des bardes, des devins et des prophétesses. Celles-ci, magiciennes redoutées, aimaient à vivre sur des écueils sauvages, battus par une mer orageuse. Les neuf druidesses de l'fle de Sein, à la pointe occidentale de la Bretagne, passaient pour connaître l'avenir, et leurs paroles apaisaient, croyait-on, ou soulevaient les tempêtes. D'autres, qui habitaient un îlot à l'embouchure de la Loire, devaient, à une certaine époque de l'année, abattre et reconstruire en un même jour la demeure de leur dieu. Dès que brillait le premier rayon de soleil, le toit s'écroulait sous leurs coups redoublés, et un autre temple s'élevait rapidement. Mais malheur à celle qui laissait tomber un seul des matériaux du nouvel édifice 1 elle était aussitôt déchirée par les mains de ses sœurs, rendues furieuses, et ses chairs sanglantes étaient dispersées autour de l'édifice sacré ^
Les ovales ou devins étaient chargés de toute la partie matérielle du culte. C'étaient eux qui cherchaient la révélation de l'avenir dans les entrailles de la victime et en consultant le vol des oiseaux. Un Gaulois n'accomplissait aucun acte
POPULATIONS primitives; mœurs et coutumes. 29
important sans recourir à la science divinatoire de Tovate. Telle est rétemelle curiosité des peuples enfants. Ils ne savent rien du passé, rien du présent, ils n^ont de souci que pour percer les ténèbres de Tavenir.
Meuhir, fig. A.
Tant que le pouvoir des druides fut incontesté, les bardes tarent les poètes sacrés appelés à toutes les cérémonies religieuses. Après que les chefs militaires se furent affranchis de la domination des prêtres, les bardes célébrèrent les puis-
cromlechs, ûg. B.
sants et les riches. De chantres des dieux et des héros, ils se firent les courtisans des hommes. On les voyait à la table des grands payer, par leurs vers, le dïX)it de s'y asseoir. Un d'eux arrive trop tard, quand Luern, le roi des Aryernes, re« montait sur son char; le barde suit le char qui s^éioigne
30 POPuuLTioNS primitives; mœurs et goutumks.
en déplorant sur une modulation grave et triste le sort dà poète que Pheure a trompé. Luern charmé lui jette une poiJ gnée d'or. Aussitôt la rote s'anime, ses cordes vibrent aveq un son joyeux, et le barde chante: c 0 roi, l'or germe sous
les roues de ton char; la fortune et le bonheur tombent de tes inains. »
lloitumeitts dmidiqneti. — On trouve encore» et en grand nombre, des monuments appelés druidiques, dans nos provinces de Pouest; ce sont despeulvans ou menhirs (fîg. A)i blocs énormes de pierres brutes, fichées en terre ispl^ menty ou rangées en avenues ; dans ce dernier cas, elles for-