‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 12 sur 103 · POPULATIONS PRIMITIVKS; MŒURS ET COUTUMES · texte numérisé non relu

POPULATIONS PRIMITIVKS; MŒURS ET COUTUMES

ment des àUgnemenU^ comme ceux de Camao, qui sont disposés en onze lignes parallèles, sur un espace de 1005 mètres, et présentent sur cette grève sauvage Faspectleplus bizarre. De loin, on dirait une armée de géants soudainement pétrifiée comme elle marchait à quelque titanique entreprise. Les cromlechs (fig. B) étaient des menhirs rangés en un cercle unique ou en plusieurs cercles concentriques, quelquefois autour d^un menhir plus élevé ; les dolmens étaient de grossiers autels formés d*une ou plusieurs grandes pierres plates posées horizontalement sur des pierres verticales; on les eonnatt, dans un grand nombre de départements, sous les noms de : Pierre levée^ Pierre couvertey Pierre levade^ Table du diable^ Ttiile des fées^ AUée couverte ; il y a de ces pierres qui ODt jusqu'à sept mètres de longueur et autant de largeur. La table da dolmen de Tlsle-Bouchard a six mètres de long '.

Ces étranges monuments portent parfois de grossières ciselures et des signes divers : on y voit des croissants, des excavations rondes disposées en cercles, des spirales, des figures qui représentent peut-être des animaux ou des arbres entrelaeds. Ainsi, dans les Vosges, sur la cime du Donon, d'où Ton aperçoit à la fois la plus grande partie de la Lorraine, de l'Alsace et du grand-duché de Bade, on trouve une grande dallé et à côté des blocs de grès épars, qui portent des figures en bas-reliefs de grandeur naturelle et grossièrement sculptées. C'est le tombeau de Pharamond, disent les gens du pays; c'était probeblement un de ces monuments que nous appelons druidiques et qui, dus à une race antérieure, ont été la grande architecture de l'âge de pierre. La place était bien choisie, car de là se découvre un de ces magnifiques horizons, au milieu desquels l'âme s'élève sans efforts de la terre vers Dieu.

Les plus célèbres monuments appelés druidiques sont ceux

i Les pierres fichées ou pierres fichetf comme les paysans les appellent, ont' donne leur nom à nn grand nombre de bourgs, Pierre-Fiche^ près de Mende • Pierre-Piques , près de Montévilliers ; PierrefUe , près de PontrÉvé<rae, d^Argentan, de Falaise, de Mortagne, de Beauvais, de Paris, de Bar-le-Duc, de Mirecourt, en Sologne, dans le Berry, près de Limoux, de Boarganeui, de Guéret, de Brives, de Roanne , etc. Les alignements de Carnac étaient formés autrefois de plus de 4000 pierres, mais les habitants du Yoisinage ont exploité ce monument comme une carrière, et il ne reste aaionrd'hm oue tîOO de ces pierres, dont quelques-unes sont colossales.

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Allée couverte.

Dolmen de l'Isle-Bouchard.

Dolmen de Connère. (Maine.)

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de Garnac, de Lok-Maria-Ker et de la lande du Haui-Brien, en Bretagne; Tailée couverte ou dolmen de Bagneux près de Saumur, et connue sous le nom de Roche aux Fées, qui a 20 mètres de longueur sur 16 de largeur et 3 de hauteur; celle d'Ëssé, à 28 kilomètres de Rennes; la Pierre branlante, de Perros-Guyrech (Gôles-du-Nord). longue de \k mètres sur 7 d'épaisseur et si parfaitement équilibrée, qu'un seul homme peut la mettre en branle malgré son poids de 500,000 kilogrammes. On trouve un assez grand nombre de pierres semblables dans la Bretagne, le long de la Loire* dans le Poitou, l'Auvergne et les Cévennes; mais il y en a aussi en Suède, en Danemark, en Crimée, en Afrique, en Asie. C'était Tœuvre de populations très- diverses, reprôsentant, pour des époques Irès-différentes, un même état de civilisation par lequel l'humanité a passé. Un autre genre de monuments, les tumuU, sont des cônes de terre qui surmontent un tombeau. Celui de Cumiac a plus de 30 mètres de hauteur.

Les idées vivent autant que le granit. Quelques restes de cérémonies druidiques se pratiquaient, il n'y a pas deux sîè« clés, dans les forêts du Dauphiné, et on en retrouverait encore bien des traces au fond de nos provinces.

CSouvemenent. — Les druides, ministres d'un culte sanguinaire et seuls dépositaires de toute science, régnèrent longtemps par la supériorité intellectuelle et par la terreur. Trois siècles environ avant notre ère, les chefs des tribus et les nobles brisèrent , au milieu d'affreuses convulsions, le joug de la caste sacerdotale. Mais l'aristocratie militaire, après sa victoire, trouva deux ennemis : quelques-uns des siens, plus habiles ou plus braves, réunirent plusieurs tribus et se firent rois; sur d'autres points, les classes inférieures, surtout les habitants des villes, se soulevèrent. Les druides s'uniront aux rebelles contre les nobles qui les avaient dépossédés, et dans la plupart des cités le gouvernement aristocraikiqae et royal fut aboli et remplacé par un gouvernemei^ démocratique plus ou moins mêlé d'éléments anciens. Ainsi» dans uqo cité, c'étaient lès notables et les prêtres qui, constknés en sénat, nommaient un vergobret, ou juge annuel, et au besoin un chef de guerre; dans une autre, le peuple iui-^ême instituait un sénat ou des magistrats, quelquefois même un roi qui restait dans la dépendance de l'assemblée générale et dans celle des prêtres. Aussi un ancien disait il

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que les rois de la Gaule, sur leurs sièges dorés, au milieu de toutes les pompes de leur magnificence, notaient que les ministres et les serviteurs de leurs prêtres.

État de la «aule 59 ans aTant dl. C. — Cette révolution achevait de s'accomplir quand César entreprit de dompter les Gaulois. Il ne trouva, dit-il, dans ce pays que deux sortes d'hommes qui fussent honorés, les druides et les noblés, c Pour la multitude, son sort ne vaut guère mieux que celui des esclaves ; car, accablés de dettes, d'impôts et de vexations de la part des grands, la plupart des hommes libres se livrent eux-mêmes en servitude. Les druides, ministres des choses divines, accomplissent les sacrifices publics et particuliers et sont les juges du peuple. Ils connaissent de presque toutes les contestations publiques et privées. Lorsqu'un crime a été commis, lorsqu'un meurtre a eu lieu, ou qu'il s'élève un débat sur un héritage, sur les limites, ce sont eux qui statuent; ils répartissent les récompenses et les peines. Si un particulier ou un homme public ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices; c'est chez eux la punition la plus rare. Ceux qui encourent cette interdiction sont mis au rang des impies et des criminels, tout le monde fuit leur entretien, leur abord, et craint la contagion du mal dont ils sont frappés : tout accès en justice leur est refusé) et ils n'ont part à aucun honneur.

c La seconde classe est celle des nobles. Quand il survient quelque guerre, ce qui, avant l'arrivée de César, avait lieu presque tous les ans, ils prennent tous les armes, et proportionnent à Téclat de leur naissance et de leur richesse le nombre de serviteurs et de clients dont ils s'entourent. » Quelques-uns de ces clients se vouaient à leur chef, & la vie, à la mort. Chez les Aquitains, ces dévoués s'appelaient sol-^ dures, c Telle est, dit César, la condition de ces hommes,' qu'ils jouissent de tous les biens de la vie avec ceux aux* quels ils se sont consacrés par un pacte d'amitié; si le chef périt de mort violente, ils partagent son sort et se tuent de leur propre main; et il n'est pas encore arrivé, de mémoire d'homme, qu'un de ceux qui s'étaient dévoués à un chef i par un pacte semblable ait refusé, celui-ci mort, de mourir i aussitôt. I

a Dans les cités qui passent pour administrer le mieux les affaires de l'État, c'est une loi sacrée que celui qui apprend, soit de ses voisins, soit du public, quelque nouvelle intéres*

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sant la cité doit en informer ]e magistrat, sans la communi* quer à nul autre, Texpérience leur ayant fait connaître que souvent les hommes imprudents et sans lumières s^eifrayent des fausses rumeur^, se portent à des crimes et prennent des partis extrêmes. Les magistrats cachent ce qu'ils jugent convenable et révèlent à la multitude ce quMla croient utile. C'est dans l'assemblée seulement qu'il est permis de s'entretenir des affaires publiques. »

ladasiries eonaieree. — Les Phéniciens et les Grecs avaient appris aux Gaulois l'art d'exploiter les mines, et les Édues (peuple de la Bourgogne) eurent des fabriques pour l'or et l'argent; les Bituriges (peuple du Berry), pour le fer. Ce dernier peuple trouva même l'art, resté traditionnel chez lui et cnez ses voisins les Arvernes (peuple de l'Auvergne), de fixer à chaud Fétain sur le cuivre. Les Edues inventèrent le placage. Ils ornaient ainsi les mors et les harnais des chevaux. Le roi Bituit avait un char tout plaqué d'argent. « La Gaule ne marqua pas moins, dit un habile historien des Gaulois, dans l'art de tisser et de brocher les étoffes; ses teintures n'étaient pas sans réputation. En agriculture, elle imagina la charme à roues, le crible de crin et l'emploi de la marne comme engrais. Les Gaulois composaient diverses sortes de boissons fermentées, telle que la bière d'orge et la bière de froment mêlée d'hydromel. Toutefois ils ne paraissent avoir cultivé le froment qu'au temps d'Auguste. Bien qu'ils eussent peu de vin, on leur attribuait l'invention des tonneaux propres à le conserver. » Nous avons encore de leurs médailles. Sur quelques-unes on voit un cheval sans bride ou un sanglier, double symbole de liberté et de guerre. Le commerce ne pouvait être fort actif, car il y avait peu d'objets d'échange. Cependant les Séquanes (Franche-Comté) eavoyaient, par la Sa6ne et le Rhône, leurs salaisons à Marseille, d'où elles se répandaient dans l'Italie et la Grèce. La Gaule exportait aussi de gros draps, et entretenait avec l'Ile de Bretagne d'assez nombreuses relations dont le centre était ^ (^rbilo, à l'embouchure de la Loire.

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