CHAPITRE II
InTmston en W^mpmgue, — Nul peuple barbare n'eut^ chez les nations anciennes, un égal renom d*intrépiditô; car toutes apprirent, à leurs dépens, à connaître son courage. Entraînés par leur humeur batailleuse, Us Celtes de la vallée du Danube et de la Gaule se jetèrent sur les pays qui se trouvaient à leur portée. Ils allèrent chercher fortune au delà des Alpes comme au delà des Pyrénées, en Grèce et jusqu'en Asie.
Après avoir refoulé les Aquitains des bords de la Loire derrière ceux de la Garonne, ils pénétrèrent, à une époque inconnue, en Espagne, où le peuple qui résista le plus énergiquement aux Romains était, comme son nom Pindique, un mélange de Celtes et d'Ibères, les Celtibériens. Numance, « la seconde terreur de Rome, » était une ville de ce peuple. On trouve aussi, à Textrémité de la Lusitanie, une peuplade des Celtiei.
Invasion en Italie (1400 et 589)f prise de Bonté (SBO). — Si la province italienne de TOmbrie doit son nom à une peuplade gauloise, nos pères auraient une première fois passé les Alpes, en corps de nation, quatorze siècles avant notre ère, sous le nom d'Ombriens. LUnvasion, vers 587, des Insubres, des Cénomans, des Boïes et des Sénons est plus certaine. Ainsi, à deux reprises dans Tantiquité, les Gaulois auraient fait la conquête du nord de Tltalie, où leurs descendants sont si souvent retournés. Leurs guerres avec les Romains furent longues, acharnées; seuls de tous les ennemis de Rome, ils franchirent ces murs que Pyrrhus et Annibal purent à peine voir et maudire de loin.
Deux siècles plus tard, 30 000 guerriers de ce peuple sénon pénètrent dans TÉtrurie et demandent des terres aux habitants de Clusium, qui ferment leurs portes et implorent le secours de Rome. Le sénat envoie trois ambassadeurs,
LES HtGRATlONS GAULOISES. 37
trois Fabius, pour interposer sa médiation, c De quel droit a(taquez-TOUS les Étrusques? dit Q. Ambustus. — Ce droit, répond le brenn sénon, jdous le portons, comme vous autres Romains, à la pointe de nos épées; tout appartient aux braves. 1 Les Fabius s'irritent de cette fierté, et, oubliant leur caractère d'ambassadeurs, se mêlent aux assiégés dans une sortie; un d'eux, Q. Ambustus, tue même, en vue des deux armées, un chef gaulois qu'il dépouille de ses armes.
Aussitôt les barbares cessèrent les hostilités contre Clusium, et demandèrent à Rome réparation. Tout le collège des Féciaux insista, au nom de la religion, pour que justice fût rendue. Mais le crédit de la famille Fabia l'emporta; les coupables furent absous, et le peuple, comme frappé de ver « tige, leur donna trois des bIx places de tribuns militaires.
A ces nouvelles, les Sénons, renforcés par quelques bandes venues des bords du Pô, se mirent en marche sur Rome, sans attaquer une seule ville, sans piller un village. Us descendaient par la rive gauche du Tibre, lorsque, arrivés près de l'Allia, ils aperçurent sur l'autre bord l'armée romaine s'étendant sur une longue ligne, le centre dans la plaine, la droite sur des hauteurs, la gauche couverte par le Tibre. L'attaque commença du côté des collines où l'aile droite, composée de vieux soldats, tint ferme ; mais le centre, effrayé des cris et de l'aspect sauvage des barbares qui s'avançaient en frappant leurs boucliers de leurs armes, se jeta en désordre sur l'aile gauche qui fut rompue. Tout ce qui ne put passer le Tibre à la nage et se réfugier derrière la forte enceinte de Véies, périt dans la plaine, sur les bords et dans le lit du fleuve ; l'aile droite, intacte, battit en retraite sur Rome, et, sans garnir les murailles, sans fermer les portes, courut occuper la citadelle du mont Capitolin (16 juillet 390). Heureusement les barbares s'étaient arrêtés pour piller, couper les têtes des morts et célébrer dans des orgies leur facile victoire. Rome eut le temps de revenir de sa stupeur et de prendre les mesures qui pouvaient encore sauver le nom romain. Le sénat, les magistrats, les prêtres et mille des plus braves de la jeunesse patricienne s'enfermèrent dans le Capitole. On y porta tout l'or des temples, tous les vivres de la ville; pour la foule, elle couvrit bientôt les chemins et se dispersa dans les cités voisines. Caeré donna asile aux Vestales et aux choses saintes.
Le soir du jour "qot'Bttivit la bataille, les éclaiieurs gau-
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lois se montrèrent; mais, étonnés de trouver les murs dégarnis de soldats et les portes ouvertes, ils craignirent quelque piège, et Tarmée remit au lendemain à pénétrer dans la ville. Les rues étaient silencieuses, les maisons désertes; dans quelques-unes seulement, les barbares virent avec étonnement des vieillards assis dans des chaises curules, couverts de longues robes bordées de pourpre et appuyés, Tair calme et Tœil fixe, sur un long bâton dMvoire. Quêtaient des consulaires qui s^offraient en victimes pour la république ou qui n^avaient pas voulu aller mendier un asile chez leurs anciens sujets. Les barbares les prirent pour des statues ou pour des êtres surnaturels ; mais un d*eux ayant passé doucement la main sur la longue barbe de Papirius, celui-ci le frappa de son bâton, et le Gaulois j irrité, le tua : ce fut le signal du massacre. Rien de ce qui avait vie ne fut épargné; après le pillage, Tincendie détruisit les maisons.
Les barbares n'avaient vu des soldats et un appareil de guerre qu'au Gapitole ; ils voulurent y monter, mais sur la pente étroite et rapide qui y conduisait, les Romains eurent peu de peine à les repousser, et il fallut changer le siège en iîlocus. Pendant sept mois, les Gaulois campèrent au milieu des ruines de Rome. Un jour, ils virent un jeune Romain descendre à pas lents du Gapitole, revêtu de vêtements sacerdotaux et portant en ses mains des choses consacrées : c'était un membre de la famille Fabia. Sans s'émouvoir des cris ni des menaces, il traversa le camp, monta lentement au Quirinal et y accomplît des sacrifices. expiatoires; puis il retourna,* aussi calme, aussi peu pressé, par la route qu'il avait suivie. Admirant son courage ou frappés de craintes superstitieuses, les Gaulois l'avaient laissé passer.
Les dieux sont apaisés, disaient les Romains ; la fortune va changer. Et elle change en effet, quand d'un côté est la persévérance et de l'autre une confiance aveugle. Dans leur imprévoyance, les barbares ne s'étaient réservé ni provisions ni abris ; un automne pluvieux amena des maladies qui les décimèrent, et la famine les força de courir par bandes toutes les campagnes voisines. Les Latins et les Étrusques, qui s'étaient d'abord réjouis des malheurs de Rome, s'effrayèrent h leur tour. Le meilleur général de la république, Camille, était alors exilé dans Ardée ; cette ville lui donna quelques soldats avec lesquels il surprit et massacra un détachement gaulois. Ge premier succès encouragea la résistance ;
de totts côtés, les paysans s'armèrent, Dt les Romains réfugiés k Véîes proclamèrent Camille dictateur. Il fallait la sanction du sénat pour confirmer Pélection. Un jeune plébéien, Gominius, traversa de nuit le Tibre à la nage, évita les sentinelles ennemies, et, s'aidant des ronces et des arbustes qui tapissaient les parois escarpées de la colline, parvint jusqu'à la citadelle. Il en redescendit aussi heureusement et rapporta à Véies la nomination qui devait lever les scrupules de Camille. Mais les Gaulois avaient remarqué l'empreinte de ses pas ; par une nuit obscure, ils montèrent jusqu'au pied du rempart. Déjà ils atteignaient les créneaux, quand les cris des oies consacrées à Junon éveillèrent un patricien renommé pour sa force et son courage, Manlius, qQi renversa du haut du mur les plus avancés des assaillants. La garnison couvrit bientôt tout le rempart et un petit nombre de Gaulois purent regagner leur camp. Le Capltole était sauvé, grâce à Manlius ; mais les vivres étaient épuisés, et Camille ne paraissait pas. Le tribun militaire Sulpicius convint avec le brenn, rappelé dans sa patrie par une attaque des Vénètes, que les Gaulois s'éloigneraient moyennant une rançon de 1000 livres pesant d'or (326 kilogr.), et que des vivres et des moyens de transport leur seraient fournis par ]es alliés et les colonies de Rome. Quand on pesa l'or, les barbares apportèrent de faux poids; comme Sulpicius se récridt : Y» victis! dit le brenn : « Malheur aux vaincus 1 » et il jeta encore dans la balance sa large épée et son baudrier.
Les barbares s'éloignèrent; mais Camille annula le traité, de son autorité dictatoriale. Il ordonna aux villes alliées de fermer leurs portes, d'attaquer les traînards et les bandes isolées. Durant le blocus, où étaient venus jusqu'à 70 000 Gaulois, de nombreux détachements avaient quitté le siège pour courir le pays; il en était allé jusqu'en Apulie : quand ils revinrent, le gros de l'armée était parti, tout le Latium en armes, les légions romaines réorganisées. Aussi, de ceuxlà, bien peu échappèrent. Les Cserites en massacrèrent une troupe tombée de nuit dans une embuscade, et une autre fut écrasée par Camille près d'une ville dont le nom s'est perda.La vanité romaine profita de ces légers succès pour les changer en une victoire si complète, que pas un barbare n'aurait échappé à Pépée vengeresse des soldats de Camille.
kO L^S MIGRATIONS GAULOISES.
Clnerre de Borne contre lee <}a«lol» cUftlpIno
(988-192). Rome ne put, d'un siècle, venger cet affront. En 283, le consul Dolabella pénétra chez les Sénons avec des forces supérieures. Il brûla les villages, tua les hommes» vendit les enfants et les femmes, et ne quitta le pays qu'après en avoir fait un désert. Rome se vanta qu'il ne restait pas un de ceux dont les pères avaient combattu à PAIlia, et que la rançon du Capitole avait été retrouvée et prise dans le trésor des Sénons. Malgré ce fier langage, elle n'osa qu'en 232 ordonner le partage entre les citoyens pauvres des terres enlevées à ce peuple. Les Boïes, dont ces terres touchaient la frontière, refusèrent de laisser les Romains s'établir si près d'eux, et, à leur appel, presque tous les Gaulois cisalpins se levèrent. Une formidable année, 50 000 fantassins et 20 000 chevaux, prit la route de Rome. L'effroi fut au corn- . ble dans la ville; les livres sibyllins consultés demandèrent le sacrifice de deux Gaulois ; on les enterra vivants au milieu du marché aux bœufs. Puis on déclara qu'il y avait iumulte, ce qui obligeait tous les citoyens, même les prêtres à s'armer; 150 000 hommes furent échelonnés en avant de Rome, et on tint en réserve 620 000 soldats fournis par les alliés. L'Italie entière s'était levée pour repousser les Gaulois. Ceux-ci arrivèrent jusqu'à trois journées de Rome. Mais cernés entre deux armées, auprès du cap Télamone, ils laissèrent 40000 hommes sur le champ de bataille (225).
Le sénat se décida aux plus grands efforts pour délivrer lUtalie de pareilles terreurs. Deux consuls franchirent le P6. Reçus vigoureusement par les Insubres, ils furent heureux d'accepter un traité qui leur permit de se retirer sans combat. Ils gagnèrent le pays des Génomans; et quand, après quelques jours de repos et d'abondance, ils eurent refait leurs troupes, oubliant le traité, ils rentrèrent par le pied des Alpes sur le territoire insubrien. 50 000 hommes marchèrent à leur rencontre pour venger cette perfidie, mais furent vaincus; une seconde armée de 30 000 auxiliaires gauloiS) venue des bords du Rhône au secours des Insubres, ne put les sauver. Leur roi Virdumar fut tué par Marcellus en combat singulier, et le consul célébra en rentrant dans Rome le plus fastueux triomphe : il rapportait les armes du Vaincu, comme troisièmes et dernières dépouilles opinies.
Les Gaulois cisalpins paraissaient soumis, quand Annibal descendit des Alpes avec une armée carthaginoise venue
(TEspagne. Des Pyrénées jusqu^au RhAne il n'ayaii point renconlré d'obstacle ; mais nu peuple gaulois, inquiet de sa présence au milieu du pays, avait voulu Tarrèter au passage du fleoTe. Il était aisément venu à bout de cette résistance isolée et avait trouvé sur Tautre rive du Rhône les députés des Bolés qui s'étaient offerts à guider sa marche à travers les Alpes. Après les victoires du Tessin et de la Trébie, les Gaulois cisalpins accoururent en foule dans son camp; ils le suivirent dans sa marche sur Rome, et ce fut avec do
Annibal.
f^^ gaulois qu'il gagna les victoires de Trasimène et do
^nes.
Cette lutte merveilleuse dura seize ans. Quand elle fut ^nûinée, après la journée de Zama, les Cisalpins avaient depuis longtemps oublié Rome et la domination romaine, f* 8énat se souvint d'eux : il reprit l'œuvre de la conquête interrompue par l'arrivée d' Annibal, et n'arrèU ses légions Ju après qu»^llgg eurent donné la ceinture des Alpes pour *^ûtière à la république. Un peuple gaulois, les Boïes, re-
fasa d'aoèepier le joag. Il préféra abandonner la terre quMl occupait depuis quatre siècles, et alla chercher sur les bords du Danube, en deux contrées qui ont gardé son nono, la Bohême d'abord (Bojehemum)^ la Barière ensuite (Bojaria), un pays où il pût rirre libre (192).
InvasIoM en «ïrèce. — Lorsque les Insubres avaient passé les Alpes sous la conduite de Bellovèse et conquis la vallée du Pô, d'autres Gaulois avaient pris route avec Sigovèse par la vallée du Danube. Ils y restèrent trois siècles sans que Thistoire dise rien d'eux. Alexandre les rencontra comme il approchait du Danube. Ils lui envoyèrent un.e ambassade, c Que craignez-vous ? leur demanda le jeune conquérant, qui attendait un hommage à sa valeur. — Que le ciel ne tombe. — Les Celtes sont fiers, » répliqua Alexandre ; et il leur donna le titre d'alliés et d'amis. Un demi-siècle plus tard on les retrouve, cette fois en armes et menaçants. Alexandre était mort, et une épouvantable confusion ébranlait son empire. Ils vendirent d'abord leurs services à quelques-uns de ses successeurs. Mais vers Tan 280, trois tribus, les Tolistoboïes, les Trocmes et les Tectosages, arrivèrent de la Gaule même, et tous ensemble se décidèrent à envahir la Macédoine et la Thrace pour leur compte. Un brenn ou généralissime fut choisi, et une armée formidable pénétra en Macédoine. La phalange fut enfoncée : trois rois, successivement nommés par les Macédoniens, périrent, et tout le plat pays fut au pouvoir des Gaulois, c Du haut des murs de leurs villes, dit Justin, les habitants levaient les mains vers le ciel, invoquant les noms de Philippe et d'Alexandre, dieux protecteurs de la pairie. »
Les Gaulois , cependant , se retirèrent pour ailler mettre leur butin en sûreté. La Macédoine respira; mais durant l'hiver le brenn prépara de nouvelles forces , et , au printemps de 279, il rentra dans le pays des Macédoniens, écrasa leur dernière armée et, si l'effroi n'a pas grossi aux yeux des Grecs le nombre des assaillants , descendit en Thessalie, à la tête de 150 000 fantassins et de 20 000 cavaliers. Tout ce qui restait d'hommes de cœur en Grèce accourut aux Thermopyles pour y arrêter cette multitude , et les derniers vaisseaux d'Athènes vinrent s'embosser dans le golfe Maliaque pour aider h la défense du défilé.
Energiquement repoussés du passage des Theripopyles , les Gaulois découvrirent le sentier qui avait ouvert la Grèce
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à Xerxës , et qui , chose étrange ! ne fut pas gardé cette fois arec plus de soin. Ils se dirigèrent aussitôt sur Delphes pour en ravir les trésors. On raconte que le dieu consulté aTait répondu qu'il saurait bien se défendre, qu^un tremblement de terre entr'ouvrit le sol sous les pieds des barbares et fît rouler les rochers sur leurs tètes/qu'une tempête enfin bouleversa les airs et que la foudre consuma les Gaulois qui n'avaient pas péri sur les montagnes renversées. Cette légende, renouvelée de Tinvasion des Perses, n'est qu'un embellissement poétique de la résistance organisée par les habitants d'un pays si facile à défendre. Repoussés de Delphes qu'ils semblent pourtant avoir pillé , les Gaulois firent une retraite que les attaques des montagnards rendirent désastreuse. La Daim, le froid leur causèrent d'horribles souffrances. Le brenn , dangereusement blessé , se tua de sa propre main, pour échapper à la colère de ses soldats ou ^ la boute de sa défaite (278).
Les fiftnlois dans la vallée da Danttlbc. •— Les débris de l'année gauloise remontèrent vers le nord. Les uns restèrent sur les bords du Danube , où ils formèrent le grand peuple des Scordisques ; les autres allèrent rejoindre leurs compagnons campés dans la Thrace. Les Gaulois du Danube continuèrent à vendre leurs services au plus ofiflrant* lis fournirent à Pyrrhus ses meilleurs soldats. Ce prince , qui se connaissait en courage , fut si fier d'avoir vaincu les Gaulois de son compétiteur Antigène, qu'il fit ramasser leurs dépouilles sur le champ de bataille et les suspendit aux murs d'un temple de Minerve, avec un vers gravé au-dessous : c Pyrrhus le Molosse , après avoir détruit l'armée d'Antigone , a offert à Minerve les boucliers des braves Gaulois. » Plus tard , les Scordisques se trouvèrent aux prises avec les légions du sénat et exterminèrent encore une fois toute une armée romaine. Ils marchaient sur l'Italie, après avoir ravagé l'IUyrie entière, quand l'Adriatique les arrêta; de colère ils déchargèrent leurs flèches dans les flots et ce ne fut que peu après qu'on les refoula sur le Danube, où ils se perdirent dans la niasse des peuples barbares de ces régions que les empereurs finirent par réduire en provinces.
Les CïaiiloU en'Atia (Oalates). — Les Gaulois de la Thrace eurent un sort plus brillant. Deux princes se disputaient alors la couronne de Bithynie , dans l'Asie Mineure. Un d'eux, Nicodème, prit les Gaulois à sa solde. Ils le mirent
sur le trône; puis, trouvant le pays bon , les habitants timides et les cités riches, ils coururent pendant quarante années la péninsule , rançonnant princes et peuples. « Les rois de rOrient , dit Justin , n*osaient entreprendre aucune guerre s^ils n^avaient de ces barbares à leur solde. Telle était la terreur inspirée par le nom seul de Gaulois et le constant bonheur de leurs armes , que sans eux les princes sur le trône se croyaient menacés, et qu'avec eux un roi déchu comptait toujours recouvrer sa puissance. » Quelques-unes de ces bandes vinrent planter leurs tentes sur les ruines de Troie, où les chroniqueurs du moyen âge placeront Torigine et le premier séjour des Francs. D'autres saccagèrent le territoire des colonies grecques , et il nous reste quelques vers touchants sur trois jeunes Milésiennes qui se donnèrent la mort pour échapper k leurs outrages.
«Nous sommes mortes, 6 Milet, chère patrie, afin de ne point subir Tinsolence déréglée des barbares Galates, nous, trois jeunes filles, trois de tes citoyennes, que la violence belliqueuse des Celtes a forcées de recourir à cette destinée; car nous n'avons point attendu que notre sang coulât par un meurtre impie, ni qu'on nous fiançât par un hymen, mais nous avons trouvé dans Pluton un protecteur.»
Refoulés enfin au centre de la péninsule , ils s'établirent, sous plusieurs chefs oU tétrarques, dans le pays qui de leur nom fut appelé Galatie. Quand les légions romaines eurent vaincu à Magnésie et rejeté au delà du Taurus le roi de Syrie, Antiochus , elles ne voulurent pas laisser intacte au cœur de l'Asie Mineure cette dénomination toujours menaçante, et le consul Manlius fit contre lôs Galates une expédition -heureuse qui eut un grand retentissement. Ils se séparèrent et furent successivement vaincus (189). Parmi les captifs se trouva Chiomara, femme du tétrarque Ortiagon. Un centurion romain l'outragea; elle obtint cependant qu'il lui rendrait sa liberté moyennant une somme d'argent qu'un esclave gaulois alla chercher. La nuit venue, le centurion conduisit Chiomara au bord du fleuve où devait se faire l'échange. Il était venu seul pour n'avoir pas à partager la rançon que deux parents de la captive avaient apportée. Tandis que le Romain comptait son or, Chiomara ordonne dans sa langue aux Gaulois de le tuer , puis prend sa tête , et arrive au-devant de son époux, jetto cette tète à ses pieds, en lui apprenant rinjure en même temps que la vengeance.
Rome, contente d^avoir vaincu les Galates , laissa à ce peuple sa liberté qu^i garda jusqu'en Tan 25 avant Jésus-Christ. A cette époque , sans combats nouveaux , la Galatie fut réduite en province romaine : mais, quatre siècles plus tard , saint Jérôme retrouvait autour d'Ancyre la langue que, dans sa jeunesse , il avait entendu parler sur les bords de la Moselle et du Rhin. Ces infatigables coureurs d'aventures , qu'on eût jugés si prompts à perdre, le long du chemin , le souvenir de la patrie , et si faciles à se laisser prendre aux mœurs étrangères, gardaient donc pieusement leurs coutumes et leur langue maternelle.
Je ne sais si, dans la vallée du Danube et dans cette Asie Mineure tant de fois bouleversée , on retrouverait quelque trace vivante encore des anciennes émigrations celtiques; mais dans la haute Italie , qui n'a pas été foulée par moins de peuples divers , on a reconnu des traits de physionomie et certains accents qui décèlent une origine gauloise. Ainsi, de DOS jours, se perpétue, au milieu de la domination anglaise, sur les bords du Saint-Laurent et au fond de quelques vallées du cap de Bonne-Espérance , l'idiome qu'y ont porté , des bords de la Seine et de la Loire , les colons de Henri IV ou de Colhert et le's proscrits de Tédit de Nantes. La race à la tète si légère , disait-on , a montré sur la terre étiangère la même persistance que les Bretons sur la terre nalulu.