‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 14 sur 103 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

CONQUÊTE DE LA GAULE PAR LES BQMAINS (125-BOav. J. C.)'.

Formation de la province IVarbonaife (125). —

Rome n'osa attaquer les Gaulois chez eux qu'après avoir

1. Principaux ouvrages à consulter : les Commentaires de César, les ttvdet sur les CommenUires de César publiées par MM. de Saalcy, le gé- Béral Cnoiy. J. Maissiat , etc. ; la Vte de César par l'empereur Napo-

ICOD IIL

dompté leurs colonies de la Cisalpine et de TAsîe Mineure.! Sa domination s'étendait jusqu^au Taurus , et elle avait une province en Afrique, elle occupait l*Espagne, qu*elle ne possédait pas encore un pouce de terrain dans cette Gaule qui touchait à ses portes. Cependant il lui fallait à tout prix s'assurer une route par terre d'Italie en Espagne. Les Grecs de Marseille , depuis longtemps alliés de Rome par crainte et par haine de Carthage , lui en fournirent le moyen. Cette riche et commerçante cité avait couvert de ses comptoirs tout le littoral gaulois de la Méditerranée. Provoqués par ses empiétements , les Gaulois du voisinage -se soulevèrent. Marseille recourut en toute hâte au sénat, et une armée romaine, après avoir écrasé les Ligures i donna leurs terres aux Massaliotes (154). De nouvelles plaintes amenèrent une seconde fois , en Tannée 125, les légions contre les Salyes qui furent vaincus. Cette fois Rome garda ce qu'elle avait conquis ; elle eut une nouvelle province entre le Rhône et les Alpes. Sextius donna à cette province une capitale , en fondant près d'une source d'eaux thermales la ville d'Aix (Aqua SexiiXf 122). Les Ëdues , entre la Saône et la Loire (Bourgogne) , demandèrent aussitôt à entrer dans Palliancc de Rome. Les Allobroges (Savoie et Dauphiné), plus rappro chésde la nouvelle province, vinrent au contraire l'attaquer: 20 000 barbares restèrent sur le champ de bataille (121). L'année suivante, les Romains franchirent à leur tour l'Isère; mais le roi des Arvernes , Bituit , les rappela en jetant sur leurs derrières 290 000 Gaulois. Quand le roi barbare, monté sur son char d'argent et entouré de sa meute de combat, vit le petit nombre de légionnaires : « Il n'y en a pas, dit-il, pour un repas de mes chiens ; » mais la discipline , la tactique, surtout les éléphants vainquirent cette multitude. Quelque temps après, Bituit, attiré à une conférence, fut enlevé, chargé de chaînes et conduit à Rome. Tout le pays que le Rhône enveloppe , depuis le lac Léman, fut réuni à la province qui, les années suivantes , fut étendue jusqu'aux Pyrénées. Les Volées Tectosages, maîtres de Toulouse , acceptèrent le titre de fédérés ; et la colonie de Narho Martius ( Narbonne ) dut veiller sur les nouveaux sujets. Sa position près de l'embouchure de l'Aude en fit bientôt la rivale de Marseille (118).Béziers fut colonisé plus tard.

Cette province transalpine, gardée par ses deux colonies, Aix et Narbonne, couverte par les Tectosages et les Ëdues,

récents alliés de Rome, était comme un poste avancé , d^où le sénat contenait et surveillait les nations gauloises. Lm Cimbrea et les TeiitoM (110)} baialUe d'Aix

(108). — L'invasion des Cimbres et des Teutons faillit emporter cette domination récente. Trois cent mille de ces barbares, reculant devant un débordement de la Baltique, franchirent le Rhin, inondèrent la Gaule, et, arrivés sur les bords du Rhône , y écrasèrent successivement cinq armées ro-

Arc de triomplie à Orange *.

maines. Mais, au lieu de franchir les Alpes, ils passèrent les Pyrénées et allèrent user leur temps et leurs forces contre les belliqueux Celtibériens. Ce fut le salut de Rome. Elle eut le temps d'envoyer Marins garder sa province gauloise. Cet habile général plaça son camp sur la rive gauche du RhOne, et, pour en assurer les approvisionnements, qui ne pouvaient

1. Cet are de triomphe attribué à Marius, est plos vraisemblablement de César. Sa hauteur est de 19-,26, »a largeur de 24-,85. Le grand arc a « mètres sous clef et 5 mètres d'ouverture; les petits, 6-,07 sur s de

largeur.

lui arriver quand les passes du fleuves n'étaient point prati* cables, il creusa un canal qui permit aux vaisseaux de Marseille et de ritalie d'éviter les dangereuses embouchures du Rhône. Il imposa à ses soldats tant de travaux qu'on les appelait les mulets de Marins. Mais, dans ces pénibles ouvrages, ils reprirent la force, la discipline, la conflance que les molles habitudes leur avaient fait perdre; et» quand les barbares reparurent, Marins ne craignit plus de se mesurer avec eux.

Ce fut près d'Aix que la horde rencontra Marius. Il ét^t campé sur une colline où Teau manquait. Quand ses soldats se plaignirent de la soif, il leur montra de la main une rivière qui baignait le camp des barbares : « C'est là, leur dit-il, qu'il faut en aller chercher au prix de votre sang. • Cependant les valets de l'armée qui n'avaient d^eau ni pour eux ni pour leurs bêtes, descendirent en foule vers la rivière; les barbares, se croyant attaqués, coururent prendre leurs armes et revinrent, frappant leurs boucliers en mesure et marchant en cadence au son' de cette musique sauvage. Mais, en passant la rivière, ils rompirent leur ordonnance, et ils n'avaient pas eu le temps de la rétablir, lorsque les Romains fondirent sur eux de leur poste élevé, et les heurtèrent avec tant de force qu'ils les obligèrent, après un grand carnage, à prendre la fuite. Parvenus à leurs chariots, ils trouvèrent un nouvel ennemi auquel ils ne s'attendaient pas : c'étaient leurs femmes qui frappaient également et les fuyards et ceux qui les poursuivaient; elles se jetaient au milieu des combattants, et, de leurs mains nues, s'efforçaient d'arcacher aux ennemis leurs épées et leurs boucliers.

Les Romains, après ce premier succès, regagnèrent leur poste à la nuit tombante; mais l'armée ne fit pas entendre, comme il était naturel après un si grand avantage, des chants de joie et de victoire. Elle passa toute la nuit dans le trouble et la frayeur, car le camp n'avait ni clôture ni retranchement. Il restait encore un grand nombre de barbares qui n'avaient pas combattu et qui, toute la liuit, poussèrent des cris horribles ) mêlés de menaces et de lamentations : on eût dit des hurlements de bêtes féroces. Les cris de cette multitude immense faisaient retentir les montagnes voisines et jetaient la terreur dans le camp romain; Marius lui-même, frappé d'étonnement , s'attendait à une attaque nocturne

dont i] craignait le désordre. Mais les Teutons ne sortirent de leur camp ni cette nuit ni le lendemain; ils employèrent ce temps à se préparer au combat.

Cette seconde bataille, livrée deux jours après la première, ne fut pas plus heureuse pour les barbares; attaqués en face par les légions, surpris en arrière par un lieutenant de Marius, ils ne purent résister. Le massacre fut horrible, comme

Jales César.

dans toutes ces mêlées de Tantiquité où Ton se battait à l'arme blanche, homme à homme. Plutarque raconte que les ^wps consumés dans les champs par les pluies qui tombèrent pendaat Thiver, engraissèrent tellement la terre que l'éW suivant elle fut d'une fertilité prodigieuse, et que les Marseillais firent enclore leurs vignes .avec les ossements dont la plaine était jonchée (102).

IjM ttaèvcB et les Helvètes i C^Êmr «a €}»«!• (58). — Rome aurait sans nul doute proûté de la victoire de Marius pour s'étendre dans la Gaule, où }^«ndant Pinvasion même des Gimbres elle avait mis la main sur la riche cité de Toulouse, si des troubles civils n'avaient presque aussitôt désolé ritalie et ébranlé pendant quarante années la république. Cette conquête que Rome abandonnait, un peuple germain voulut la faire. Les Suèves reprirent la route qu'avaient suivie les Cimbres, et 120 000 guerriers, avant-garde de ce grand peuple, pénétrèrent, sous Arioviste, dans la vallée .de la Saône. Les Ëdues et les Séquanes (Bourgogne et Franche-Comté) implorèrent à Rome protection contre eux. Dans le môme temps, les Helvètes (la Suisse), sans cesse harcelés par les Germains, voulaient quitter leur pays, traverser la Gaule et aller s'établir sur les bords de l'Océan. Rome avait alors pour consul un des plus éclatants génies que le monde ait connus, Jules César. Il se proposait de renverser la liberté menteuse de Rome républicaine. Mais il lui fallait de l'or pour acheter ce peuple dégradé, de la gloirei militaire pour gagner les soldats , et une grande guerre pouvait seule les lui donner. Il se fît nommer gouverneur de l'IUyrie et des deux Gaules (Cisalpine et Transalpine) avec la mission de repousser les Helvètes et de chasser les Suèves.

Ire eaaxkptLgnm (58); •onmlsBion de la vallée de la Saône. — César commença par les Helyètes; il les arrêta par une grande bataille sur les bords de la Saône, et les força à retourner dans leur pays. Cette première expédition achevée, il se trouva en face d'Arioviste et lui fit proposer une entrevue : « Si j'avais besoin de César, répondit le Germain, je serais allé vers lui; César a besoin de moi, qu'il vienne. » Le proconsul ayant répliqué par des menaces : c Personne ne s'est encore attaqué à moi, dit le barbare, qu'il ne s'en soit repenti. Quand César le voudra, nous mesurerons nos forces, et il apprendra ce que sont des guerriers qui, depuis quatorze ans, n'ont pas dormi sous un toit. » Les soldats de César s'effrayaient au récit que faisaient les habitants de la haute taille et de l'indomptable courage des Germains. 11 les mena cependant contre eux, et une bataille acharnée mit les barbares en fuite. Arioviste blessé repassa le fleuve avec quelques-uns des siens; et, à cette nouvelle qui répandit la jaie dans la Gaule, le reste de la

nation des Suèves rentra dans ses forêts. Deux guerres formidables avaient été terminées en une seule campagne (58).

II« et 111" c»mpai^ne»i eonqûèU de la Beli^lque (ft9), de PArmoriqae et de PAqaltaine (ftO). — Les

Belges, inquiets de voir les légions si près d^euz, s'armèrent, et au printemps César rencontra, sur les bords de TAisne, 300 000 barbares renommés comme les plus braves de la Gaule. Une diversion décida les Bellovaques (Beauvais) à courir à la défense de leurs foyers; les autres peuples sui- Tirent ce fatal exemple, et César n'eut qu'à faire charger sa cavalerie pour changer cette retraite en une fuite désordonnée. Pendant tout un jour, les Romains tuèrent sans péril pour eux-mêmes (57).

La coalition dissoute, il fallait dompter Tun après Taulre tous ces peuples ; les Suessions, les Bellovaques et les Ambiens (Soissons, Beauvais et Amiens) ne résistèrent même pas; mais les Nerviens (Hainaut) attendirent les légions derrière la Sambre et faillirent les exterminer. Toute l'armée nervienne se fit tuer. « De nos 600 sénateurs, disaient les vieillards à César, il en reste 3; de 60 000 combattants, 500 ont échappé. » Cette journée, une de celles où César ne combattait pas seulement pour la victoire, mais pour la vie, mit la Belgique à ses pieds. Les Atuatiques seuls (entre Namur et Liège) étaient encore en armes; il força leur principale ville; 53 000 furent vendus. Pendant cette expédition, le jeune Crassus , détacbé avec une légion , parcourait le pays compris entre la Seine et la Loire sans rencontrer de résistance. Dès la seconde campagne (57), la Gaule semblait soumise.

César était en lllyrie, quand il apprit qu'une de ses lé* gions avait failli être exterminée dans le Valais et que toute TArmorique (Bretagne) était soulevée. Il accourut et attaqua lui-même les Vénètes (Morbihan), qui, comptant sur leurs 200 vaisseaux , acceptèrent une bataille navale, où toute leur flotte fut détruite. Ce désastre, dans lequel succomba Télite de la nation, amena la paix. En. même temps, Sabinus, au nord, avait dispersé Tarmée de) Aulerques (le Mans), des Éburoviques (Évreux), des Unelles (St-Lô) et des Lexoves (Lisieux). Au sud, Crassus avait pénétré sans obstacle jusqu'à la Garonne, franchi ce fleuve, baltu 50 000 hommes et reçu la soumission de presque toute l'Aquitaine. Celte année (50>, la Gaule en-

5â CÛNOoètB Dli LA GAULE PAR LES ROMAINS.

lièrc, des Pyrénées à la mer du Nord, avait vu les légions viclorieuses.

IV" et V* campagne*} expéditions nn delà dn Rhin et en Bretagne (55-64] s ■onlèvementa partiela en Qanle (54-58). — Mais durant Thiver que César passait en Italie, 450 009 Usipiens et Tenctères franchirent le Rhin. Malgré les neiges, César repassa précipitamment les Alpes. Les Germains, trompés par une trêve, furent surpris, et la horde, acculée sur la langue de terre qu'enveloppent à leur confluent le Rhin et la Meuse, périt presque tout entière. Cette invasion et les secours que, Tannée précédente, les Armoricains avaient reçus de Tîle de Bretagne, apprirent à César que, pour n'être pas troublé dans sa conquête, il devait isoler la Gaule de la Bretagne et de la Germanie. Il passa donc le Rhin, effraya les tribus voisines, et revint frapper un autre coup sur la Bretagne. Le débarquement fut difficile; on prit terre cependant après un combat au milieu des flots.

Mais on était alors à Tépoque de la pleine lune ; la marée, favorisée par un vent violent, dispersa une escadre qui amenait à César sa cavalerie, et brisa ses navires de charge. Il se hâta de battre les insulaires pour repasser bien vite, mais avec honneur, sur le continent, c Les Romains disparurent, dit un ancien chroniqueur, comme disparaît sur le rivage de la mer la neige qu'a touchée le vent du midi. »

Cette retraite ressemblait trop à une fuite pour que César ne recommençât pas cette expédition. Il reparut Tannée suivante dans la Bretagne. Cette fois, il força les Bretons à lui livrer des otages et à lui promettre un tribut annuel.

ytmlblorlx. — Dans sa première campagne, César avait refoulé les Helvètes dans leurs montagnes, les Suèves au delà du Rhin, c'est-à-dire asservi Test de la Gaule; dans la seconde, le nord avait été conquis ; dans la troisième, Touest ; dans la quatrième, il avait montré aux Gaulois, par ses deux expéditions de Bretagne et de Germanie, qu'ils n'avaient rien à attendre de leurs voisins ; et il venait, dans la cinquième, de renouveler cette leçon en portant de nouveau dans la Bretagne ses aigles victorieuses. On regardait donc la guerre des Gaules comme finie ; elle avait à peine commencé. Jusqu'alors, quelques peuples avaient combattu séparément; ils vont se lever tous à la fois. César, pour les tenir asservis, avait cependant appelé à son aide l'expérience des généraux romains si profonde en fait de domination. Partout il avait

favorisé Télévation de quelques ambitieux qui lui livraient riadépendaoce de leurs cités, ou formé un parti romain qui dominant rassemblée publique et le sénat, gênait leur action et trahissait leurs conseils. 11 s^était habilement saisi d'un autre moyen d'influence, la tenue des États de la Gaule, réunion annuelle des députés de tous les peuples. La paix la plus profonde semblait donc régner. Ce calme trompeur et l'apparente résignation des chefs gaulois aux États qu'il tint àSamarobriva^chez les Ambiens,lui inspirèrent une entière sécurité, et la disette ayant rendu les vivres rares, il dispersa ses huit légions sur un espace de plus de cent lieues.

Cependant il existait un vaste complot dont un chef éburoQ, Ambiorix, et le Trévire Indutiomar étaient Tâme. On devait prendre les armes dès que César serait parti pour TItalie, appeler les Germains ei assaillir les légions dans leurs quartiers , en coupant rigoureusement entre elles les communications Le secret fut bien gardé ; mais un mouvement prématuré des Carnutes retint César en Gaule. Ambiorix, qui le croyait déjà au delà des Alpes , éclata de son côté par le massacre de toute une légion et l'attaque du camp de Q. Cicéron. Dans le môme temps, Indutiomar, chez les Trévires, soulevait le peuple et menaçait le camp de Labiénus. Au nord et à l'est de la Loire, le mouvement devint général. Les Édues et les Rèmes restaient seuls traîtres à la cause nationale.

Malgré sa vigilance. César ne savait rien. Depuis douze jours, une de ses légions était détruite; depuis une semaine, un de ses lieutenants, Q. Cicéron, était assiégé, et pas un messager n'avait pu arriver jusqu'au quartier général, à Samarobriva (Amiens). Un esclave gaulois passa cependant et apprit au consul l'extrémité où son lieutenant était réduit. César n'avait sous la main que 7000 hommes, et les assiégeants étaient au nombre de 60 000; néanmoins il attaqua et dégagea le camp de Cicéron où il n'y avait pas un soldat sur dix qui ne fût sans blessure. Labiénus ne fut pas moins heureux contre les Trévires (Trêves) : il tua Indutiomar. Mais Ambiorix, quoique traqué comme une bête fauve, et poursuivi de retraite en retraite, échappa. Son peuple (habitants du Limbourg) paya pour lui ; il fut exterminé.

VI« campa If nei révolte i^énérale, Wereingétorix{B2i). — Ces exécutions augmentèrent la haine du nom romain, et, durant l'hiver, un nouveau soulèvement fut préparé. Pour

que rengagement fût irré^rocable, on porta les drapeaux militaires dans un lîeu écarté, et, sur ces enseignes, les députés de tous les peuples ligues jurèrent de prendre les armes dès que le signal serait donné. Ce signal partit du pays des Garnutes (Chartres). Tous les Romains établis à Genabum (Orléans ou plutôt Gien), grande ville de commerce sur la Loire, furent égorgés; le même jour, la nouvelle en fut portée par des crieurs disposés sur les routes jusqu'à Gergovie (près de Clermont), à 150 milles de distance. Là vivait un jeune ei noble Arverne, Vercingétorix, dont le père avait autrefois voulu usurper la royauté. Dès qu'il apprit le massacre de Genabum, il souleva son peuple, se fit investir du commandement militaire et, déployant l'activité que réclamaient les circonstances, il provoqua la réunion d'un conseil suprême des cités gauloises. De la Garonne à la Seine, tous les peuples répondirent à son appel; on lui déféra à lui-même la conduite de la guerre. Ainsi les Arvernes et le centre de la Gaule, restés jusqu'à présent étrangers à la lutte, allaient y prendre le premier rôle.

Vercingétorix poussait activement les préparatifs et donnait* à la ligue une organisation qui avait jusqu'à présent manqué à toutes les tentatives des Gaulois. Son plan d'attaque fut habile : un de ses lieutenants, Luctère, descendit au Bud pour envahir la Narbonaise, tandis que lui-même marchait au nord contre les légions; mais sur son chemin il s'arrêta pour soulever les Bituriges, clients des Édues, et ce délai permit à César d'arriver d'Italie. En peu de jours le proconsul organisa la défense de la province, chassa l'ennemi, traversa les Cévennes malgré six pieds de neige, et porta la désolation sur le territoire arverne. Puis, repassant les montagnes, il longea le Rhône et la Saône à marches forcées, traversa, sans se faire connaître, tout le pays des Édues (Bourgogne), et arriva au milieu de ses légions. Son audace et sa prodigieuse activité avaient déjoué le double projet du général gaulois.

Les premiers coups de César frappèrent Genabum. Une attaque impétueuse des légions au milieu même de la nuit réussit; tout fut tué ou pris. Sur le pont de Genabum, César passa la Loire et enleva encore la première ville des Bituriges qu'il rencontra, Noviodunum (Nohan ou Neuvy-sur- Baranjon). Vercingétorix, accouru pour la sauver, vit sa chute; il comprit qu'avec un tel adversaire il fallait une au-

tre guerre. En un seul jour, vingt villes des Bituriges furent par eux-mêmes livrées aux flammes ; les autres peuples imi« tèrent cette héroïque résolution. On voulait affamer Tennemi, mais on n'alla pas jusqu'au bout; la capitale du pays, Avaricum (Bourges), fut épargnée ; aussitôt César s'y porta. En vingt-cinq jours il construisit des tours d'attaque et une ter* rasse longue de 300 pieds sur 80 de hauteur. César raconte ({tte, dans une tentative des assiégés pour détruire ses ou- Trages, un Gaulois, placé en avant d'une porte, lançait sur une tour embrasée des boules de suif et de poix pour activer rincendie. Atteint par un trait parti d'un scorpion, il tomba; ttn autre prit aussitôt sa {dace, un troisième succéda à celuici paiement blessé à mort, puis un quatrième, et tant que Taction dura, ce poste périlleux ne resta pas vide un seul instant. La place fut prise cependant, et de ^0000 sol* dats ou habitants qu'elle renfermait, 800 à peine échappèrent.

Les provisions que César trouva dans Avaricum le nourrirent pendant lès-derniers mois de l'hiver ; le printemps venu, il détacha Labiénus avec quatre légions contre les Sénoas (Sens) et les Parises <Paris), tandis que lui-même conduisait le reste de Ts^mée contre les Arvernes (Auvergne). Mais Verdngétorix couvrait Gergovie (près de Glermont); une attaque réussit mal, 46 centurions y périrent. César se décida à rejçindre Labiénus ; cette marche ressemblait à une fuite. Les Ëdues, croyant que César ne s'en relèverait pas, massacrèrent dans toutes leurs villes ses recrues et les marchands italiens. Cette défection mettait l'armée dans un tel péril, que plusieurs conseillaient au proconsul de regagner la Province. Mais, s'il était vaincu en Gaule, il était proscrit à Home. U écarta donc tout projet de retraite et s'enfonça hardiment au nord, laissant 100 000 Gaulois entre lui et la Narbonaise.

La ligue du nord avait pris pour chef TAulerque Camulogène, vieux guerrier habile et actif, qui avait porté à Lutèce (Paris) son quartier général. Cette ville, alors renfermée tout entière dans une île de la Seine, était défendue au sud par les marais de la Bièvre. Quand Labiénus voulut attaquer de ce côté, il ne put même approcher de la place. Il rétrograda jusqu^à Melodunum (Melun), saisit toutes les barques qu'il trouva sur le fleuve, enleva le bourg et passa sur l'autre rive pour attaquer Lutèce par le nord.Camulogène, crai-

56 CONQUE TE DE LA G.^ULE PAB LES HOMAmS.

gnaut d'y être forcé, brûla la ville et les ponts, puis se retira, sur les hauteurs de la rive gauche. Il savait que les Bellova— ques s'armaient sur les derrières de Labiénus, et il voulait forcer ce général à recevoir bataille, adossé à un grand fleuve et enveloppé par deux armées. Mais Labiénus trompa sa vigilance et passa la Seine sur un point où Camulogëne ne pouvait lui opposer que le tiers de ses forces. Le vieux jDhef essaya de rejeter les Romains dans le fleuve; une action sanglante s'engagea; Camulogëne y périt avec presque tous ses guerriers. A ce succès Labiénus ne gagnait que sa retraite; il se hâta d'atteindre le territoire sénon. César y était déjà arrivé.

Une nouvelle assemblée de tous les députés de la Gaule confirma à Vercingétorix le commandement suprême. Trois peuples évitèrent seuls d'y paraître : les Lingons (Langres), les Rèmes (Reims) et les Trévires (Trêves). Par leur moyen, César, qui manquait de cavalerie, soudoya plusieurs bandes de Germains qu'i l monta avec les chevaux de ses tribuns et des chevaliers. Il rencontra Vercingétorix non loin de la Saône. Les cavaliers gaulois avaient juré qu'ils ne reverraient jamais leurs femmes ni leurs enfants, s'ils ne traversaient au moins deux fois les lignes romaines. César courut les plus grands dangers et laissa même son épée aux mains de l'ennemi. Mais ses légionnaires reçurent bravement cette charge furieuse et poursuivirent à leur tour l'ennemi qui s'enfuit en désordre jusque sous les murs d'Alésia.

Hici^e d'Alésia (52). -- Alésia', assise sur le plateau d'une colline escarpée, passait pour une des fortes places de la Gaule. En avant de ses murs, sur les flancs de la colline, Vercingétorix traça un camp pour son armée, qui comptait environ 80 000 fantassins et 10 000 cavaliers. César conçut l'audacieuse pensée de terminer d'un coup la ^erre en assiégeant à la fois la ville et l'armée. Alors commencèrent de prodigieux travaux. D'abord un fossé de 20 pieds de large sur 11000 pas de développement; derrière celui-là un second fossé de 15 pieds de profondeur, puis un troisième dans lequel il jeta une rivière. Le dernier bordait une terrasse de 12 pieds de hauteur, avec créneaux, palissadée

1. Les fouilles opérées à Alise-Saiote-Reine, dans la Côte-d'Or, par ordre de Tempereur Napoléon Iil, ont décidé la question : c'est là que fat la ville assiégée par César, et non à 4 laisCt en Franche-Comté, comme l'ont soutenu de tort savants hommes.

CONQUÊTE DE Là GAULE PAR LES ROMAINS. 57

sur tout son pourtour de troncs d'arbres fourchus, et flanquée de tours à 80 pieds de distance Tune de l'autre. En avant des fossés, il plaça 5 rangées de chevaux de frise, 8 lignes de pieux enfoncés en terre, et dont la pointe était cachée sous des branchages; plus près encore du camp ennemi, il sema des chausse-trappes armées d'aiguillons acérés. Tous ces ouvrages furent répétés du c6té de la campagne, où la contrevallation avait un circuit de 16 milles. Cinq semaines et moins de 60000 hommes suffirent à cette tâche.

Avant que les lignes fussent achevées, Vercingétorix renvoya sa cavalerie qui lui devenait inutile et qu'il ne pouvait nourrir, promettant de tenir trente jours, mais appelant les peuples gaulois à se lever en. masse. Sa voix fut entendue; 248000 guerriers d'élite se rassemblèrent de tous les points de la Gaule pour délivrer leurs frères ; ils vinrent se briser contre Tinexpugnable rempart des légions. Après avoir supporté plusieurs assauts. César attaqua lui-même, repoussa les Gaulois, tailla en pièce leur arrière-garde et jeta dans leurs rangs une terreur panique qui les dispersa. Celte fois, la Gaule était bien vaincue, et pour toujours.

La garnison d'Alésia n'avait plus qu'à accepter la capitulation qu'il plairait au vainqueur d'accorder. Vercingétorix, espérant adoucir le proconsul en faveur de ses frères, vint so livrer lui-même. Monté sur son cheval de bataille et couvert de sa plus riche armure, il sortit seul de la ville, arriva au galop jusqu'en face du tribunal de César, et, sautant à bas do son cheval, jeta aux pieds du Romain, impassible et dur, son javelot, son casque et son épée. Les licteurs l'emmenèrent. César lui fit attendre six ans son triomphe et la mort. On a, de nos jours, élevé sur la montagne oii Ton croit que fut Alise une statue au défenseur de l'indépendance gauloise.

Vll« campairBei derniers monvenents (51) i meiiaret prises pour paeifler la Claule (50j. — César n'osa pourtant pas aller hiverner au delà des Alpes : il fallait surveiller les Gaulois du nord et de l'ouest, qui n'avaient pris qu'une faible part à la dernière lutte et qui armaient en secret. Au milieu de l'hiver, il tomba sur les Bituriges (Bourges) et, portant dans tout le pays le fer et la flamme, il força celte population à fuir chez les nations voisines. Les Carnules (Chartres), qui remuaient, furent aussi sévèrement châtiés. Les Bellovaques (Beauvais) s'étaient levés en masse : le pro-

58 CONQUÊtE DB LA GAULE PAR LES ROMAâ-

consul écrasa au passage d*une rivière leur meîlR^ ;^ terie et les força à implorer sa clémence; toutes f - - ^ nord-est renouvelèrent leurs promesses d'obéissa parcourut la Belgique et rejeta encore une fois . delà du Rhin ; puis il retourna demander des cités armoricaines et étouffer l'insurrection entre] la Garonne. Bientôt il n'y eut plus de guerre Cadurques (Gahors) à Uxellodunum * ; ce fut en coq aux assiégés qu'on les força à se rendre. César, guerre à la longue aurait ruiné, voulut faire exemple : il fit trancher les mains à tous ceux dans Uxellodunum.

Cette odieuse exécution fut le dernier acte de lutte qui décida que les Gaulois ne resteraient pasl^ libre développement de leur génie national. Leur c\% indigène était plus avancée que les récits habituels raient croire; et, s'il n'est pas possible de dire ce qu à son essor, cette civilisation fût devenue, il est toujc mis d^honorer une résistance héroïque et de plaind prématurée d'un grand peuple. ^ ,.

Pour Rome, la guerre des Gaules ferma glorieusen^'*^ liste des conquêtes de la république romaine. César ^Vi : employé 8 années, 10 légions et les inépuisables ressOf^^, de la discipline romaine, de son génie militaire, de sof| ^ ^ comparable activité. La Gaule domptée par les armes, il p ^, une année entière (50) à la gagner, à lui faire oublier sa i|, faite. Point de confiscations, d'impôts onéreux; aucuney, ces mesures violentes et vexatoires dont tant de procons -^ avaient donné l'exemple. La Gaule fut réduite en provi» "c romaine ; mais les villes conservèrent leurs lois et leur go vernement ; le seul signe de la conquête fut un tribut de 4 f millions de sesterces (7 794 000 fr.). %

i. D'après des fouilles faites en 1866 on a lieu de croire que l'emplac^t^-ment de cette cité était non pas à Luzech, comme on l'a cru longtempl^^ mais à Puy-d^Issolu,

Page 1