CHAPITRE IV
LES GAULOIS SOUS l'eMPIRB '.
(50 ans avant J. G., 395 après notre ère.)
' Organisation «le la Chaule par Aagpastei 4L proTliices, 60 eltés. — La conquête de la Gaule avait donné à Ce* sar Tannée la plus aguerrie en même temps que la plus dé • vouée, un renom immense et de prodigieuses richesses. Avec ses victoires, il éblouit ceux qu^il ne put acheter avec son or, elle reste, il Taccabla par les armes; mais la guerre civile et sa mort prématurée Tempêchèrent de s'occuper de la Gaule. Auguste même ne put y passer qu'après être devenu le seul maître du monde romain. L'an 27 avant notre ère, il se rendit en Gaule, et, pour effacer les anciennes relations des peuples et les anciens souvenirs, il changea les limites des provinces et les noms de plusieurs villes. L'Aquitaine, auparavant enfermée entre les Pyrénées et la Garonne, fut étendue jusqu'à la Loire. La Celtique, appelée Lugdunaise, fut limitée aux pays compris entre la Loire, la Seine et la Marne. Le reste forma la Belgique.
De nombreuses colonies romaines furent établies en Gaule afin d'y développer l'élénv^nt romain. Dans la Narbonaise, Fréjus devint un des grands arsenaux de l'empire, et ^rles prit de tels accroissements qu'on l'appela la Rome des Graules.
I. Principal ouvrage à consulter : Histoire de la Gaule soue Vadminis. (ration romaine, par II. Amédée Thierry.
Gergovie, qui avait vu fuir César, fut dépouillée du rang di capitale des Ar\ ernes, attribué à une bourgade voisine, AugustO'Nemitum (Glermout). La cité de Bratuspantium fut d( même déshéritée au profit de CsBsarotnagus (Beau vais). Les capitales des Suessions ( Soissons ) , des Véromandues (Saint -Quentin), des Tricasses (Troyes), des Rauraques (August, canton de Bâle), des Ausces (Auch), des Trévires (Trêves), prirent le nona ÎTAugusta. La ville des Turones de vint Casarodunum (Tours) ; celle des Lémovices s'appela AuguBtoritum (Limoges), et Bibracte fut célèbre dans tout Tempire sous le nom d' AuguUodunum (Aulun).
Les privilèges furent aussi inégalement répartis; les Ëdiies (Bourgogne), les Rèmes (Champagne), conservèrent le titre d*alliés, qui fut encore concédé auxCarnutes, pourqu^au sud, à Touest et au nord, il y eût trois peuples puissants intéressés au maintien du nouvel ordre social. Les Santons (Saintes), les Arvernes (Auvergne), les Bituriges (Berry), clients émancipés des Ëdues, et les Suessions (Soissons), conservèrent leurs lois. Enfin, la Gaule fut divisée en 60 circonscriptions municipales, c'est-à-dire que le nombre des peuples gaulois, reconnus comme constitués en corps de nation, fut réduit à ce chiffre. Cette double mesure facilita singulièrement la police et Tadministration du pays car chacune de ces 60 cités devint responsable des désordres qui éclataient sur son territoire. Pour leur servir de modèle, Auguste leur donna une capitale toute romaine, Lugdunum (Lyon), au confluent de la Saône et du Rhône, qui fut le centre de Tadministration impériale dans la Gaule. Agrippa fit partir de ses murs quatre grandes voies militaires allant à TOçéan, au Rhin, à la Manche, et le long du Rhône et de la Méditerranée jusqu'aux Pyrénées.
Le druidisme était encore puissant. Auguste Tattaqua d'une manière habile; il fit romains tous les dieux gaulois et leur dressa des autels qui portèrent leur double nom ; ainsi, Belen-Apollo, Mars-Camul, Diana- Arduinna, etc. De plus, il défendit les sacrifices humains, et ne promit le droit de cité qu'à ceux qui abandonneraient les rites druidiques. Ces efforts réussirent, car nulle province ne devint si vite romaine.
Réorganisation an quatrième siècle t 19 proiii eet, 190 cité«. — Cette première organisation de la Gaule par Auguste fut modifiée au quatrième siècle de notre ère. On
forma alors une préfecture des Gaules dont le siège fût à Trêves, et qui comprit les trois diocèses d'Espagne, de Bretagne et de Gaule, ce dernier divisé en 17 provinces, les* loelles étaient subdivisées en 120 cités. Le préfet, le vioaérê iu diocèse, les 17 proconsuls ou gouverneurs de provinces, aWient que Tautorité civile ; Tautorité militaire appartenait lax comtes et aux ducSj qui résidaient surtout le long des Irontiëres.
Chaque cité dominait sur les bourgs de son territoire, lequel était souvent assez vaste pour que plusieurs de nos provinces en aient reproduit fidèlement les limites. Ainsi la
Temple d'Auguste et de Livie à Vienne*
Touiiaine, le Périgord, le Poitou, le Quercy, le Berry, etc., i^'étaient que les territoires des anciennes villes de Tours, de Périgueux, de Poitiers, de Cahors et de Bourges. Dans chaque cité un sénat héréditaire, une curie ou assemblée de propriétaires possédant au moins 25 arpents, et des officiers Qiunicipaux, généralement élus par la curie, géraient les affaires de la ville et de son territoire, sous la surveillance du gouverneur de la province, qui d'abord correspondait directement avec l'empereur, et plus tard avec le président ou
I. Ce temple est probablement contemporain de la Mai son -Carrée de fîmes, dont U rappelle le caractère général, et par conséquent posleneuf A Auguste.
ti
LES OAULOIS SOUS I^^BHPIRB»
Ticaire da diocèse. Ce gou?erneur n'intervenaU pas dans le affaires intérieures de la cité. Ses relations avec elle coacer naient seulement la juridiction et le payement des tributs. 1 revisait, en effet, sur appel, les sentences rendues par le sénats municipaux, et il recevait, après en avoir indiqué h quotité, les impôts, dont la répartition et la perception étaien faites par la curie elle-même sous sa responsabUité. Parfoi les députés de toutes les villes et même de toutes les pro vinces se réunissaient* Malheureusement ces assemblées qu
Maison-Carrée à Nîmes',
eussent éclairé le gouvernement sur les véritables intérêts des provinces, n'eurent jamais de sessions régulières et tombèrent en désuétude. En 365, une innovation importante fut introduite par Valentinien dans le régime municipal. Il institua un défenseur de la cité, sorte de tribun du peuple charge de défendre ses intérêts contre les officiers impériaux, le fisc
i. La Maison-Carrée est an rectangle de S5»,85 sur 13"*,84. Llntérieur n'a que 16 mètres de long sur 13 de large et autant de hauteur. Les mui^ ont seulement 10 centimètres d'épaisseur: 10 colonnes d'ordre corintliiea cannelées forment le péristyle; 20 autres, à moitié engagées dans les pf rois, enveloppent l'ediiice.
LÉÈ OAtjLOlS dOUS L EMPIRE.
et les oppressions de tout genre, et qui dut être choisi en dehors de raristocrritie municipale. Cette charge fut presque aussitôt et presqu»^ partout confiée aux évéques et devint le principe de leur puissance dans les cités.
Ia eiTllisation romaine en Gaulei fcolee, arto» industrie^ commerce. — Les Gaulois, condamnés au repos, portèrent dans les travaux de la paix l'activité qu'ils avaient montrée dans la guerre. Les forêts druidiques tombèrent sous la hache des défricheurs ou furent percées de routes que le commerce et la civilisation suivirent. Les villes
Intérieur des Arènes d'Arles.
se multiplièrent, Tart girec s'y implanta, et la Vénus d'Arles, le Jupiter d'Aix, retrouvés dans leurs ruines, peuvent rivaliser avec les belles statues de l'antiquité. Dés arcs de triomphe, des temples, des cirques, des théâtres, des aqueducs s'élevèrent, non pas toujours par les mains d'artistes étrangers. Orange garde encore un arc de triomphe, le plus beau que les Romains nous aient laissé (voy. p. kl) ; Vienne, le temple d'Auguste et de Livie ; Nîmes, ses Arènes^ qui ne sont pas le plus grand des amphithéâtres romains, mais un des mieux corservés, sa Maison-Carrée ^ délicieux monument que Col-
LES GAULOIS SOUS L EMHRfi.
bert Youlait transporter à Versailles et Napoléon à Paris, où du moins on Ta à peu près copié, en des pfoportions plus grandes à l'église de la Madeleine ; enfin, à quelque distance de ses murs, le pont du Gard. Cette construction colossale, qui coupe la vallée sauvage du Gardon à une élévation de kS mètres, n'était qu'une partie d'un immense aqueduc que la riche et voluptueuse cité s'était bâti, pour amener jusqu'à elle, à travers dix lieues de montagnes et de vallées, les
Ruines d'un théâtre romain & Arlet.
eaux limpides et fraîches des Cévennes. Dans le môme temps, les écoles de Bordeaux, d'Autun, de Lyon et de Vienne rivalisaient avec celles de la Grèce, et la Gaule vaincue envoyait aux maîtres du monde des grammairiens, des orateurs et des poôtes : Valerius Cato, surnommé la Sirène latine; Cornélius Gallus, de Fréjus, poète élégiaque, ami de Virgile et d'Auguste ; Trogue-Pompée, du pays des Voconces (Die, dans la Drôme), le premier auteur latin d'une histoire
universelle, dont Justin nous a conservé Tabrégé ; Domîtiiis Afer, le maître de Quintilien, qui le déclare Toraleur le plus éloquent qu'il ait entendu, mais qui déshonora son génie par sa bassesse. Pétrone souilla aussi les muses latines par son Satyrkon, tableau immoral d'une société profondément dégradée. Mais Marcus Aper a eu l'honneur de passer pour l'auteur d'un livre qui porte le nom de Tacite. Favorinus d'Arles, sophiste célèbre, ami de Plutarque et de l'empereur
Les Arènes de Ntmes *.
Adrien, sMtonnait lui-même, étant Gaulois de parler si bien grec. Plus tard brillèrent au quatrième siècle, un poëte ai-
1. D'après un fragment d'inscription tronyé dans les arènes de Ntmes, U coastraction de cet amphithéâtre daterait de la seconde moitié du deuxième siècle. Son grand axe a 133"*,32; le petit, loi«,40; sa hauteur, 2l",2; Pépaissenr des constructions est de 31»,5S. Ce massif renferme cini| galeries de circulation, des aqueducs, des salles, et 103 escaliers principaux conduisant à 35 rangs de gradins d'où la rue plonge sur I arène; un mur {podiwn) de 2"*,69 d'élévation séparait les spectateurs des combattants. Une première précinction de 4 rangs de gradins était réservée anx magistrats et notables de la ville; une seconde de 11 rangs, aux chevaliers; une troisième de 10 rangs, anx simples citoyens; une quatrième de lo aussi, au bas peuple et aux esclaves. 24 ooo spectateurs pouvaient y trouver place. Le Colisée, à Rome, avait 50 rangs de gradins, 646 mètres de circonférence extérieure, 51 de hauteur et pouvait contenir Mooo speetotenrs.
66 LES GAULOIS SOUS l'EMPIRE.
mable, Ausone de Bordeaux; au cinquième, Rutilius Numatianus, qui écrivit en vers un itinéraire de Rome, et Sidoine Apollinaire, qui fut à la fois poète et évêque.
Le commerce, l'industrie s'étaient développés plus vite encore que les arts et les lettres. Au temps d'Auguste, les plus florissantes cités ne se trouvaient qu'aux points par où
Le pont du Gard '.
la Gaule touchait à l'Italie ; dès le deuxième siècle de notre ère, l'activité avait gagné tout le pays et l'activité amenait la
I. Nous avons encore des arcs de triomphe romains à Garpentras, Aix, Arles, AutUD, Cavaillon, Saintes, aux deux extrémités du pont antique de Saint-Chamas, & Reims {porté de Mart)y et à Orange. On trouve des restes d'aqueducs à Lyon et à Jouy, près de Metz. Celui d'Arcueil. près de Paris, a été reconstruit à plusieurs reprises et pour la dernière fois au commencement du dix-septième siècle : mais le pont du Gard est encore debout. Vaison, Saint-Chamas, Sommiere et Saintes- ont on avaient naguère des ponts romains. Nîmes, Autun, Reims ont des portes dé villes; Paris, Nîmes, Fréjus, Saintes et plusieurs localités du Languedoc et de l'Auverene, des thermes ; Yernegues, près d'Aix, Vienne, Riez, Arles, Autun, Avallon, des débris de temples. Deux seulement sont debout, à Nîmes et à Vienne. On a trouvé des ruines d'amphithé&tres dans cinquanteH]uatre localités de la France actuelle. A Paris, en perçant la rue Monge, on vient de découvrir les ruines d'immenses arènes (1870). Quelle boucherie d'hommes se faisait chaque année dans Pempire romain pour les plaisirs du peuple ! Bordeaux a encore le palais Gallien, ruines d'un amphithé&trt ooinmencé par Gallien» achevé par Tetricus.
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richesse. Toulouse éclipsa Narbonne ; Nîmes, si richement dotée par les AntoDius de monuments splendides, effaçait Tantique cité phocéenne qui avait perdu ses mœurs sévères et qui laissait s'établir le proverbe répété à tous ceux qui s'oubliaient dans la mollesse : « Tu fais voile vers Marseille- » Lyon, Fancienne métropole, voyait croître une rivale dans
La porte d'Or, à Fréjus '•
la vflle de Tré vires (Trêves), le principal boulevard de la Oaule contre les Germains. Mayence, Cologne, vingt autres cités bordaient le Rhin pour en fermer les passages. Vienne, Autan et Reims avec leurs écoles; Lutèce (Paris), qui, grâce
i. La porte d'Or on Dorée, archotriçinphale d'une aseei grande hauteur construite en assises superposées de pierres et de briqués, était la porte de «ommunicatiOD entre la ville et le port.
68 LES GAULOTS SOUS l'eMPIRE.
à sa position à égale distance de la Germanie et de Tîle des Bretons, devint la résidence des Césars chargés de veiller sur ces deux frontières ; Langres et Saintes avec leur industrie des caracalles (sorte de manteau en laine) qu'elles envoyaient dans toute Tltalie ; Bordeaux, le port principal pour l'Espagne et la Bretagne, nous montrent la vie se répandant au centre comme à la circonférence, sur le Rhin et l'Océan comme aux bords de la Méditerranée.
La laugue, les lois, les arts de Rome prenaient donc pos-
Porte romaine à Trêves.
session de la Gaule, mais aussi la vie romaine, avec ses plaisirs sensuels et grossiers, son goût des spect^acles sanglants, des combats de bêtes, des luttes de gladiateurs et l'effroyable corruption de ses mœurs. Pourtant la nationalité gauloise n'était pas complètement étouffée sous cette ciyilisation#rangère. I^e vieil idiome celtique subsistait, surtout à Touest, Jans l'Armorique (Bretagne) ; au nord, dans la Belgique et Sur les bords de la Moselle; môme aU centre chez les Arvemes, où, au cinquième siècle de notre ère, le plus grand nombre des nobles parlaient encore la langue de lenrs pères.
Si la langue vivait, bien des coutumes aussi s^étaient conservées. Le druidisme môme, quoique persécuté par les empereurs, n'avait pas entièrement disparu. On en trouva longtemps des restes informes, survivant dans les coutumes superstitieuses de nos provinces reculées (culte des pierres, des fontaines, les fées, les génies, etc.).
JLe christianisinLe en Ciaiile. — Auguste avait combattu le druidisme qui s'était énergiquement associé à la lutte pour rindépendance. Claude proscrivit les druides, abolit leur culte et porta la peine de mort contre ceux qui le pratiquaient, ce qui ne Tempêchapas de durer des siècles encore. Un adversaire plus redoutable fut le christianisme. Dès le deuxième siècle, il y avait des chrétiens au delà des Alpes*, Lyon eut la première église des Gaules et les premiers martyrs.
Vers le milieu du deuxième siècle de notre ère, étaient arrivés dans cette ville quelques prêtres de l'Église de Smyrne, ayant à leur tête l'évoque Pothin, disciple de saint Polycarpe, qui avait lui-même dans sa jeunesse entendu, l'apôtre saint Jean. Pothin gagna à la foi, en peu d'années, une communauté nombreuse, et défendit avec éclat Torthodoxie contre les hérétiques. En ce temps-là Marc Aurèle rendît un édit contre les chrétiens ; aussitôt la persécution commença dans Lyon. Les fidèles, conduits devant le gouverneur, furent mis à la torture. Quelques-uns, vaincus par la douleur, consentirent à brûler de l'encens devant les idoles, mais le plus grand nombre alfronta le martyre. Pothin, âgé de 90 ans, fut lapidé par le peuple. Quarante-sept autres confesseurs périrent sous la dent des lions ou par la hache ; une femme et un enfant ^ Blandine et Ponticus, avant de mourir dans l'amphithéâtre, avaient lass$ la fureur des bourreaux (177).
L'Église de Lyon, un moment dispersée, fut de nouveau réunie par saint Irénée, que sa science et son génie firent aMjjei^la lumière de l'Occident, la hache de l'hérésie. Il péritJcKns^la persécution ordonnée par Septime Sévère, en 202. Gepâ^aiat la parole du Christ n'avait point ^encore été portée danaÎR Teste de la Gaule. Vers l'an 260, sept évoques partirent de Rome pour en faire la conquête. Paul, Trophime, Saturnin, prirent eh quelque sorte possession de la Gaule méridionale; ils s'établirent à Narbonne, Arles et Toulouse. Deux autres, Martial et Catien, se dirigèrent vers l'ouest, vers Limoges et Tours; les deux derniers enfin pénétrèrent :
70 LES GAULOIS SOUS l'eMPIRE.
Tun, Stremonius, dans les âpres montagnes deTArvernie; Tautrff; saint Denis, jusqu'aux bords de la Seine, à Lutèce. Mais la persécution arrêta leurs pieux travaux. Saturnin fut livré dans Toulouse à la rage d'un taureau furieux. Denis fut décapité sur la montagne de Mars (Montmartre), près de Lutèce, et enterré, par les soins d'une pieuse femme, dans la plaine qui a gardé son nom.
Les disciples qu'ils laissaient derrière eux eurent le même zèle et les mêmes souffrances : à Chartres, on jeta dans un puits les premiers qui se présentèrent pour évangéliser le pays ; à Troyes, le confesseur Patrocle expira sous des chaînes rougies au feu; à Metz, Clément fut réduit à prendre pour retraite et pour église les souterrains de l'amphithéâtre, interrompu, quand il prêchait, par le rugissement des bêtes qui devaient dévorer les chrétiens. Les dangers doublaient la ferveur et le dévouement : on voyait de nobles hommes, des fils de sénateurs, Quintinus (saint Quentin), Crespinius et Crespinianus (saint Crépin et saint Crépinien), embrasser d'infimes professions, pour avoir dans toutes les classes de la société un accès plus facile et pousser avec vigueur la propagande chrétienne. Un siècle plus tard, saint Martin reprit et compléta dans les régions du nord et de l'ouest l'œuvre de saint Denis.
Mais déjà le christianisme s'était assis avec Constantin sur le trône impérial. Dans cette grande révolution, la Gaule pouvait revendiquer une part glorieuse. Elle avait eu déjà Phonneur de défendre énergiquement l'orthodoxie, au deuxième siècle, avec saint Irénée ; elle l'eut encore au quatrième avec saint Hilaire, évêque de Poitiers ; et c'est en s'appuyant sur les Églises de Gaule et d'Afrique que le christianisme maintint son unité contre les hérésies orientales.
Grâce à la loi de Constantin qui permettait aux églises de recevoir des donations, la puissance temporelle du clei^é avait suivi les progrès de sa puissance morale ; et dans la décadence de l'empire, les villes, mal protégées par ceiuiiiqtd devaient les défendre, donnèrent à leur évêque, aveo le titre de defensor civitatiSy la principale autorité dans la ci^^
ÉTénements politiques; perséeutlons contre**. lee dmidési Plorus et Sacroirir. — On vit dès le règne de Tibère combien la Gaule tenait à la paix qu'elle devait aux Romains. Julius Florus essaya, en l'an 21 de notre ère, de soulever les Belges, et Sacrovir tenta d'entraîner les peuples
de la Celtique. Cette révolte causa quelque émotion à Rome, mais Tabandon où les chefs furent laissés, montra le peu de fondement de ces craintes. Florus et Sacrovir se tuèrent euxmêmes. Caligula porta dans la Gaule sa folie furieuse. Claude, si sévère pour les druides, ouvrit aux Gaulois l'entrée du sénat. On conserve encore à Lyon des tables d'airain sur lesquelles se lisent des fragments du discours qu'il prononça à cette occasion. Le. mouvement qui précipita Néron partit des bords de la Saône ; l'Aquitain Yindex, gouverneur de la Lugdunaise, donna le signal auquel on répondit de toutes les provinces. L'empire fut violemment ébranlé : en deux ans (68-70) quatre empereurs revêtirent la pourpre.
Civilfd, Sabinus et ^îponine. -^ Au spectacle de ces révolutions, le Batave Civilis crut que le temps était venu de briser le lien que César avait noué. Les druides, sortis de leurs retraites, au fond des bois, annonçaient la chute de la race latine et Pavénement des nations transalpines. Un Gaulois, Sabinus, prit le titre d'empereur. Mais déjà Vespasien était à Rome : tout se réorganisait sous sa main puissante ; les légions rentraient dans le devoir, et Civilis, Retiré dans les marais de la Batavie, demandait la paix. Sabinus cacha sa royauté éphémère dans un souterrain, où il vécut neuf ans avec sa femme Éponine. Découvert à la fin et conduit à Rome, il fut envoyé au supplice. En vain Éponine se jeta aux genoux de Vespasien : t César, disait- elle en lui montrant ses enfants, je les ai conçus et allaités dans les tombeaux, afin que plus de suppliants vinssent embrasser tes genoux. » Les assistants pleuraient, et Vespasien lui-même. Cependant il fut inflexible. Alors Éponine, se relevant, demanda à partager le sort de celui qu'elle n'avait pu sauver. « J'ai été plus heureuse avec lui, dit-elle, dans les ténèbres et sous la terre que toi dans la puissance suprême. » Elle fut exaucée. Plutarque rencontra, à Delphes, un de leurs enfants.
lies césars ipaiilols (2M -273). — Plus d'un siècle se passa sans que la Gaule fournît rien à l'histoire. En 197, la bataille de Lyon décida la querelle entre Albinus et Sévère. Mais,%u siècle suivant, les révolutions continuelles auxquelles le monde romain était en proie enhardirent les barbares. De puissantes confédérations se .formèrent en Germanie, qui assaillirent incessamment la rive gauche du Rhin. Dans le désordre universel, la Gaule reprit la pensée de Civilis et de Sabinus : elle eut des césars gaulois qui se succédèrent pen-
daot douze ans (261-273). Le dernier, Tetricus, fatigué du pouvoir, trahit lui-même son armée et se livra à AurélieD. Dès que les barbares apprirent la mort de ce prince redouté, ils se jetèrent sur la Gaule et y saccagèrent soixante-dix villes. Un autre Aurélien, Probus, accourut et rejeta les Germains dans leurs forêts ; mais le nord de la Gaule n'en était pas moins couvert de ruines '.
Misère croiMante ati quatrième siècle i les bar landes. — Sous le coup de ces fréquentes incursions, sous l'oppression fiscale de Tadministration romaine, disparaissait la prospérité dont les provinces avaient joui durant deux siècles. L'inquiétude remplaçait la sécurité; le commerce, le travail s'arrêtaient. La misère gagnait tout le pays ; on en vit les effrayants progrès, lorsque, au temps de Dioclétien, les paysans se soulevèrent sous le nom de bagaudes. Il fallut que Maximien leur fit une guerre en règle. Il détruisit leur camp retranché qui se trouvait près de Paris, au bourg de Saint-Maur-les-Fossés.
Bavai^es des barbares; Julien en Ctaule.— Constance Chlore, ou le Pâle, administra doucement la Gaule et chercha à en fermer les plaies. Son fils Constantin (306), avant d'aller vaincre Maxence et Licinius, eut soin de donner aux barbares de sévères leçons, dont le souvenir les fit tenir en repos pendant tout son règne. Deux chefs francs qu'il avait faits prisonniers furent jetés aux bêtès dans l'amphithéâtre de Trêves. Mais ils avaient trop bien appris les routes de la Gaule pour n'y pas rentrer dès que la main qui en défendait les approches se retirait. Sous Constance ils reparurent, et, pour arracher la Belgique aux Francs et aux Alamans, ce prince fut obligé d'y envoyer Julien (355). Le jeune césar délivra la Gaule de ces hôtes incommodes. En 357, il battit près de Strasbourg sept rois des Alamans. 600 guerriers francs qu'il avait pris dans un château, après une attaque de 5^ jours, furent envoyés par lui à Constance, qui les incorpora aussitôt dans sa garde. Toutefois, Julien permit à une des tribus de ce peuple, les Francs Saliens, de s'établir aux bords de la Meuse inférieure. Il se plaisait à Lutèce dont il vantaule climat. Ce fut dans cette ville, au palais impérial des Thermes
t. Aurélien agrandit Genabum, qui, par reconnaissance, prit son nom qu'elle a gardé (Orléans). Probus mérita, par un autre service, que les .Gaulois conF.ervassent son souvenir: U ût planter par ses soldats beaucoup de vignes dans la Gaule.
dont il reste encore des ruines *, que Julien fut proclamé empereur par ses soldats (360). 11 ne revit plus la Gaule, et, après lui, Tempire fut partagé en empire d'Orient et en empire d'Occident.
La CS««lc «WM le lot d'HottoriM (B9S). — Yalentinien, qui régna sur TOccident (364), et son fils Gratien (375), tinrent les barbares en respect. Mais quand ils n'envahissaient pas le territoire en corps de nation, ils envahissaient les légions, comme auxiliaires soldés, puis les charges, les honneurs ; il y en avait dans toutes les places, parce que, seuls au milieu de ces Romains dégénérés, ils conservaient du courage, de l'audace, de Factivité. Un d'eux, le Franc Arbogast, tua Valentinien II, près de Vienne, et fit lui-même un empereur, le rhéteur Eugène (392). Théodose renversa le protecteur et le protégé, et, pour quelque temps, régna sur toutes les provinces; mais, à sa mort, l'empire fut de nouveau divisé, et la Gaule tomba dans le lot d'Honorius (395)