INVASION DBS BARBARES. LES FRANCS AVANT CL0V
Décadence de l'empire. — L'empire romain avait vécu quatre siècles, deux avec honneur et prospérité, deux dans
1. Ces ruines se voient boulevard Saint-Michel et fout partie du musée de Cluny. Le palais semble avoir été construit par Constance Chlore, vers I an 300. Un aqueduc, élevé au lieu où se trouve encore celui d'Arcueil, y amenait Peau nécessaire aux thermes ou bains. Les jardins du palais descMdaient jusqu'à la Seine, et, en face, dans IMle, s'élevait Pans qui faisait déjà un commerce considérable par eau. En creusant, en 171 1, dans le chœur de la cathédrale, on découvrit deux autels et un piédestal chargé de bas-reliefs où sont représentés les dieux romains et gaulois; 1 inscription apprend que ce monument avait été érigé sous Tibère parla corporation des nautx ou mariniers , qui étaient apparemment la plus paissante de la ville, puisque Paris a gardé pour arme$ un vaisseau aux voiles déployées.
2. Ouvrages à consulter : Gibbon, Ui$loire de la décadence et de la chute
la misère et la honte. Mais les empereurs avaient dégradé les âmes par la peur ; et ces âmes sans ressort virent, avec Papathique et lâche indifférence qu'elles avaient montrée envers le despotisme, la raine imminente de Tempire et rapproche des barbares. A la fin du quatrième siècle, il n'y avait plus de courage ni de discipline parmi les soldats, plus de patriotisme parmi les citoyens, que ruinaient les exactions croissantes d'un gouvernement chaque jour plus incapable de protéger les sujets. Enfin le christianisme, qui n'avait pas modifié les mœurs de la société romaine, était lui-même un élément de dissolution pour l'empire.
Les Gaulois, désarmés depuis quatre cents ans, n'étaient plus en état de tenir une épée, et les descendants de ces terribles compagnons des brenns fuyaient, comme des troupeaux timides, devant quelques Germains. Ne sachant pas se défendre, ils ne savaient même pas s'unir. Chacun vivait pour sa ville, pour soi ; Lyon ne s'inquiétait point des malheurs de Trêves, Bordeaux de ceux de Reims; et ainsi^ dès que la mince ligne de soldats qui bordait le Rhin était percée, les barbares couraient impunément le pays. Que fut-ce donc quand l'Italie, elle-même mmiacée, rappela à son secours ce qui lui restait de légions, et que la barrière du Rhin ne fut même plus gardée?
Origine ûem Francs. — Dès le milieu du troisième siècle avant notre ère, les Germains avaient formé sur la rive droite du Rhin deux formidables confédérations : au sud, celle des tribus suéviques, qui s'appelèrent les Alamans (les hommes) ; au nord, celle des Saliens, des Sicambres, des Bructères, des Chérusques, des Gattes, etc., qui prirent le nom de Francs (les braves). La première mention qu'on trouve de ceux-ci dans les écrivains romains est de l'an 241. Aurélien, alors tribun légionnaire, battit un corps de Francs, et comme ses soldats furent appelés, après ce succès, à marcher en Orient, contre les Perses, ils chantaient :
Mille Francos, mille Sarmatas semel occidimus. Mille, mille, mille^ mille Persas quserimus.
de l'empire romain; Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique deê Francs; Aug. Thierry, Lettres sur l'Histoire de France; Ozanam, Etudes germaniques; Amédée Thierry, Récits de Vhistoire romaine au cinquième siècle.
Couses 4e Francs Jasqu'en Afrique (2BB) t Francs étoblis pBY Probus snr le Pont-Bnxln (299). — En
256, une bande de Francs trayersa toute la Gaule, franchit les Pyrénées, ravagea TEspagne pendant douze ans, et alla se perdre en Afrique. Probus, qui reprit les cités gauloises en> yahies par les Francs, à la mort d'Aurélien, transporta une colonie de ce peuple sur la mer ^Noire (277). Mais, fatigués bientôt de cet exil, ils se saisirent de quelques barques, passèrent les , détroits, franchirent la Méditerranée, en pillant tour à tour les côtes d'Asie, de Grèce et d'Afrique, jusqu'aux colonnes d'Hercule, puis tournant l'Espagne et la Gaule, vinrent conter à leurs compatriotes des bords du Rhin la faiblesse du grand empire qu'ils avaient impunément traversé de part en part.
Inyaslons en Cranle et établlfsement sor la Mense an temps de ^nllen. — Puisqu'ils allaient si loin, ils ne devaient pas se faire faute d'aller plus près, dans les provinces gauloises qui bordaient la riVe gauche du Rhin (358). Dès que la vigilance de Rome se relâchait, ils passaient le fleuve et dévastaient la Belgique. Julien eut fort à faire contre eux et trouva qu'ils avaient si bien ruiné les bords de la Meuse, que le mieux était de les leur abandonner pour qu'ils les repeuplassent. Ain^ les Francs avaient été les premiers à passer le Rhin, les premiers à s'établir dans la Gaule comme auxiliaires et alliés de l'empire; ils furent les derniers à y fonder un État.
Le Franc Arbograst (a02). — Non-seulement les Francs s'établissaient paisiblement dans l'empire, mais quelquesuns d'entre eux s'élevaient aux plus hautes charges. Lorsque Théodose eut vaincu l'usurpateur Maxime au profit de Valentinien II, il donna à ce jeune homme, comme principal ministre, le Franc Arbogast, qui venait de délivrer la Gaule des Germains et qui remplit de barbares tous les offices civils et militaires. Valentinien ne supporta pas longtemps cette tuteUe, il voulut retirer au comte tous ses emplois : t Je liens ma charge de Théodose, répondit Arbogast en présence de toute la cour, lui seul peut me l'ôter. » Valentinien, saisi d'une yiolente colère, se jeta sur lui l'épée à la main. Quelques jours après, l'empereur fut trouvé mort dans son lit [15 mai 392).
Argobast ne pouvait espérer que Théodose laisserait ce meurtre impuni; n'osant se proclamer lui-même empereur, il jeta la pourpre sur les épaules de l'un de ses secrétaires.
le rhéteur Eugène, et tpus deui cherchèrent à rallier à leu cause ce qui restait de païens. Cette conduite souleva contr eux la population chrétienne; une seule bataille, prèsd'Aqui
lée, mit fin à cette domination. Eugène, fait prisonnier par Théodose, fut mis à mort ; Argobast se tua lui-môme (394). lift ir>'ande iniraaion (4:00) i royaumes de« Rar^ondrt (413; ei de» Wiftisochi» ('4iO). — Cependant la grande
inYasîon avait lieu. Vers la fin de Tannée 406, pendant que tes légions étaient occupées en Italie à repousser Radagaise, ijoi avait conduit 200 000 barbares dans la Péninsule, des Suèves, des Alains, des Vandales, s'avancèrent vers le Rhin. Les Francs établis sur la rive gauche voulurent barrer la route à ces nouveaux venus et tuèrent 20 000 Vandales dans une grande bataille; mais, les alliés des vaincus survenants, les Francs forent défaits, et le 31 décembre de la môme année, la horde franchit le fleuve. Après d'immenses ravages, le flot destructeur passa par-dessus les Pyrénées et inonda l'Espagne. Mais derrière ce premier ban de barbares, d'autres étaient venus à la curée. Les Burgondes, sous leur roi Gondicaire, s'arrêtèrent dans Test, et Honorius les trouvant plus pacifiques que leurs devanciers, leur accorda, ce qu'au reste il ne pouvait leur refuser, toutes les terres qui s'étendent du lac de Genève au confluent du Rhin et de la Moselle (413).
Vers le même temps, les Wisigoths qu'Alaric avait amenés des bords du Danubeen Italie fuHnt conduits par son Inau-frèreAtaulf dansla Gaule méridionale. Ce barbare se fit Romain du mieux qu'il pût, et s'efforça de relever les ruines amoncelées par son peuple. Il épousa Placidie, sœur de l'empereur Honorius, renversa deux usurpateurs qui avaient pris la pourpre en Gaule, et commença, au profit de l'empire, la conquête de l'Espagne sur les Suèves et les Alains. Mais il fut assassiné à Barcelone (dis), et son successeur Wallia, ' moins désintéressé, continua cette guerre pour son propre compte. Les Wisigoths, maîtres de l'Aquitaine jusqu'à la Loire et de la plus grande partie de l'Espagne, eurent alors un empire qui semblait devoir durer longtemps, et dont Toulouse fut la capitale (419).
Ije» Franes Hailens sous Clodfom (428) et Mfrovée (44:9) I bataille des plaines Catalauniqaes (451). — Lors de lavande invasion de 406, les Francs avaient essayé d'arrêter les envahisseurs. N'y ayant pas réussi et l'empire s'abandonnant lui-même, ils avaient voulu au moins en avoir leur part, et on les voit quelques années plus tard s'avancer dans l'intérieur du pays. Vers 428, les Francs Saliens avaient pour roi Clodion qui résidait à Dîspargum, dans le pays de Tongres (le Limbourg). Nous ne parlons pas du chef qu'on lui donne pour prédécesseur, Pharamond, parce que son nom ne se rencontre pas dans les histoires les plus di-
gnes de foi *. Clodioo prit Tournai et Cambrai, mit à mort tous les Romains qu'il y trouva et, s'avançant vers la Somme, arriva près de Hesdin {kkS). Les Saliens s'étaient établis derrière une enceinte de chariots, sur des collines que baignait une rivière, et, croyant les Romains bien loin, célébraient le mariage d'un de leurs chef. Le camp était en fête et ne songeait pas à se garder. Il retentissait du bruit des chants et des danses : au-dessus s'élevait la fumée des grands feui où les viandes cuisaient. Tout à coup le général romain, Aétius, alors le plus redoutable défenseur de l'empire, parait: ses soldats débouchent, en files serrées et au pas de oouràe, sur une chaussée étroite. Us traversent le pont de bois jeté sur la rivière et attaquent avant que l'ennemi ait eu le temps de former ses lignes. Derrière les gu^riers qui combattaient, d'autres entassaient pêle-mêle sur les chariots tous les apprêts du festin, et les mets et les grandes cruches de bière couronnées de feuillage. Mais il fallut céder et fuir; les chariots restèrent aux' mains des vainqueurs, avec la bloode épousée. Clodion ne survécut pas à sa défaite.
Mérovée, parent de Clodion, lui succéda comme chef des Saliens; trois ans après, les Francs se joignirent à tous les barbares cantonnés en Gaule et au reste des Romains pour arrêter la formidable invasion des Huns.
Ces Huns, arrivés depuis trois quarts de siècle du fond de l'Asie, étaient pour tous un sujet d'effroi et d'horreur. Us n'avaient rien de commun avec les peuples de l'Occident, ni les traits de la figure ni les habitudes de la vie. Leur visage osseux était comme percé de deux petits trous d'où sortaient des regards sinistres ; leur nez était plat et large, leurs oreilles énormes et écartées, leur peau brune, leur barbe rare, c Ce sont des bêtes à deux pieds, » disait Ammien Marcellin. Ils erraient à travers des steppes immenses, dans des chariots énormes ou sur de petits chevaux infatigables. Leur nourriture était le lait de leurs juments ou un peu de chair qu'ils mangeaient après l'avoir mortifiée entre la selle et le dos de leur monture.
Ce furent ces hommes qui, se jetant sur l'Europe dans la seconde moitié du quatrième siècle, ébranlèrent tout le monde
1. Grégoire de Tours ne le connaît point. Des chroniqueurs plus récents sont moins embarrassés. Non-seulement ils connaissent Pharamond, mais ils savent qup \es 7i*ancs descendent certainement de Francus, Cls d'Hector.
barinre et le précipitèrent sur Fempire romain. Les Goths fuyaient devant eux, quand ils passèrent le Danube; les Vandales, lesBurgondes, quand ils passèrent le Rhin. Après une halted'un demi-siècle au centre de FEurope, les Huns se remirent en mouvement.
Attila, roi de ce peuple, contraignit toutes les tribus qui erraient du Rhin & POural, de le suivre. Quelque temps, il hésita sur lequel des deux empires il irait porter la colère du ciel D se décida pour POocident, passa le Rhin, la Moselle, la Seine, et marcha sur Orléans. Les populations fuyaient devant lui dans une indicible épouvante, car le fUau de Diêu ne laissait pas pierre sur pierre là où il avait passé. Metz et vingt cités aTaient été détruites : Troyes seule avait été sauvée par son évèque saint Loup. Il voulut avoir Orléans, la clef des provinces méridionales : et Pinnombrable armée enveloppa la ville. Son évèque, saint Aignan, soutint le courage des habitants, en leur promettant un puissant secours. Aétius, en effet, arrivait avec toutes les nations barbares campées dans la Gaule, aux dépens desquelles la nouvelle invasion se faisait. Attila pour la première fois recula; mais ^n de choisir un champ de bataille favorable à sa cavalerie, il s'arrêta dans les plaines Gatalauniques, près de Méry-sur- Seine ou d'Arcis (non à Chàlons-sur-Marne, comme on Ta dit longtemps). Là eut lieu un choc effroyable. Dans une première rencoRtrê, les Francs, qui faisaient Pavant-garde d^Aétius, et les Gépides, qui étaient à Tarrière-garde de Tarmée d'Attila, se battirent avec un tel acharnement, que 15 000 restèrent sur la place. Le jour de la grande mêlée, 165 000 combattants jonchèrent ce champ de carnage. Attila était vaincu. U s'enferma dans un camp qu'entouraient comme une en- <^iQte tous ses chariots, et c au matin, dit le Goth JornaDdès, Phistorien de cette guerre, les vainqueurs virent, ^tt milieu de ce camp, un immense bûcher formé de selles <le chevaux, Attila au sommet, des Huns au pied, la torche ^la main, prêts à y mettre le feu, si Penceinte était forcée : tel un lion, poursuivi par les chasseurs jusqu'à Pentrée de sa ^ière, se retourne, les arrête et les épouvante encore de ses rugissements., x Les alliés n'osèrent affronter le désespoir des Huns, et laissèrent Attila rentrer en Germanie C^^l). L'année suivante il se dédommagea par une invasion ^aos la haute Italie; il mourut au retour, d'un coup de sang, et son empire tomba avec lui, mais non le terrible souvenir
^0 LES FRANCS AVANT CLOVfS (241-481).
de son nom et de sa cruaiilé^ LesWisigoths, dont le roi avait péri, et les Francs de Mérovée, avaient eu, avec Aétius, le principal honneur de cette mémorable journée des champs Catalauniques.
Ixïi Fr»nes Saliens soiKi ChiMéric (45e-4:Sl). - Mérovée eut pour successeur, en 456, son fils Ghildéric. Les Francs, qu'il irrita par sa luxure, le chassèrent et prirent à sa place, comme chef, le général romain ^Ëgidius. Ghildéric se réfugia dans la Thuringe, laissant dans son pays un homme qui lui était attaché» pour qu'il apaisât par de douces paroles les esprits furieux. Il lui donna un signe afin que cet homme pût lui faire connaître quand il serait temps de retourner dans sa patrie : ils divisèrent en deux une pièce d'or ; Ghildéric en emporta une moitié, et son ami garda l'autre, disant :« Quand je vous enverrai cette moitié, vous pourrez revenir en toute sûreté. » ^gidius était déjà dans la huitième année de son règne, lorsque le fidèle ami de Ghildéric, ayant secrètement apaisé les Francs, envoya à son prince des messagers pour lui remettre la moitié de la pièce qu'il avait gardée. Gelui-ci reconnut à cet indice que les Francs désiraient son retour; il quitta la. Thuringe et fut rétabli dans son pouvoir. Quelque temps après, Basine, reine de Thuringe, se rendit auprès de lui. Gomme il lui demandait par quel motif elle venait d'un pays si éloigné, elle répondit : c J'ai connu ton mérite et ton grand courage, c'est pour cela que je suis venue; si j'avais su qu'il y avait dans les régions au delà des mers un homme plus méritant que toi, c'est lui que j'aurais désiré connaître. ». Ghildéric l'épousa; il en eut un fils qu'on appela du nom de Glovis. « Ge fut un grand prince et un redoutable guerrier. » (Grégoire de Tours.)
Q^ildéric mourut en 481 et fut enterré à Tournai. On a trouvé, en 1655, dans son tombeau, son anneau sur lequel était gravée une tète chevelue, son stylet pour écrire, quelques abeilles d'or ou plutôt des fleurons qui avaient été fixés sur un manteau de soie rouge dont les débris tombèrent en poussière au contact de l'air, un globe en cristal de roche, beaucoup de monnaies romaines et un fer de hache.
Chaos de la Qanle. — Ges aventures du chef des Sa-
i. Les Huns ont laissé à l'Europe plus au'un souvenir. terrible : elleleu^ doit la peste bovine qai, depuis cette époque, s'est établie à demeure dans les steppes de la Russie méridionale.