‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 18 sur 103 · CLOVIS · texte numérisé non relu

CLOVIS

* • coups d'épée. Lorsque ce hang s'était fiché au travers du { bouclier, les crocs dont il était garni en rendant l'extraction impossible, il restait suspendu et balayait la terre par son extrémité. Alors le Franc qui l'avait jeté s'élançait, et, posant un ptedlTûr le javelot, appuyait de tout le poids de son corps, de sorte que l'adversaire contraint à baisser le bras se découvrait la tète et la poitrine. Quelquefois le hang, attaché au bout d'une corde, servait en guise de harpon à amener tout ce qu'il atteignait. Pendant qu'un des Francs lançait le trait, son compagnon tenait la corde, puis tous deux joi- . gnaient leurs efforts soit pour désarmer l'ennemi, soit pour l'attirer lui-même par son vêtement ou son armure. » ( Aug. Thierry.) . -

La religion des Francs était le culte belliqueux et grossier d'Odin, le dieu des Scandinaves. Ds croyaient qu'après la mort le brave montait au Walhalla, palais construit au milieu des nuages et dont les plaisirs étaient de continuels combats interrompus par de longs festins^ où la bière et l'hydromel circulaient sans relâche dans le crâne des ennemis tués par les héros, c Aussi les Francs aimaient la guerre avec passion comme le moyen de devenir riches dans ce monde, et dans l'autre convives des dieux. Les plus jeunes et les plus violents d'entre eux éprouvaient quelquefois dans le combat des accès d'extase frénétique, pendant lesquels ils paraissaient insensibles à la douleur et doués d'une puissance de vie tout à fait'extraordinaire. Us restaient debout et combattaient encore, atteints de plusieurs blessures, dont la moindre eût suffi pour terrasser d'autres hommes. » Nous retrouverons dans les Normands le. même fanatisme guerrier. Un chant anglo-saxon peut nous donner une idée de cette ivresse de sang, de cette joie de la destruction, qui animait les Francs au combat. c L'armée est en marche ; les oiseaux chantent, les cigales crient, les lames belliqueuses retentissent. Maintenant commence à luire la lune errante sous les nuages ; maintenant s'engage l'action qui fera couler les larmes.... Alors commença le désordre du carnage, les guerriers s'arrachaient des mains leurs boucliers creux; les épées fendaient les os des crânes; la citadelle retentissait du bruit des coups; le corbeau tournoyait noir et sombre comme la feuille du saule; le fer étincelait conxme si le château eût été tout en feu. Jamais je n'entendis conter bataille plus belle à voir. > \ /

CLOVis (481-511)^ 87

latUtmttoMi polttlweB des Vrane»! éleetlom des roU dmiel» funllle delléroTée* — Lqs institations des Francs étaient celles de tous lôs peuples germaniques. Chaque tribu avait un chef que les Romains ont appelé roi, mais auquel il ne faudrait pas reconnaître les pouvoirs ni la majesté que ce titre implique. Ces rois, chez la plupart des nations germaniques, étaient exclusivement choisis dans une famille investie d^une sorte de consécration religieuse. Chez les Francs, cette famille, chargée de fournir des rois aux tribus et à la confédération tout entière, était celle de Mérovée. Mais on verra des guerriers, tout en respectant ce yieiix droit, ne se croire obligés ni à une fidélité bien certaine, ni à une obéissance bien docile, et quitter très-aisément un des Mérovingiens pour un autre qui leur promettait plus de butin.

Assemblées publiques. — c Chez les Germains, dit Tacite, les petites affaires sont soumises à la délibération des chefs; les grandes à celle de tous. Et cependant celles même, dont la décision est réservée au peuple, sont auparavant discutées par les chefs. On se rassemble, à moins d'un événe* ment subit et imprévu, à des jours marqués, quand la lune est nouvelle ou qu'elle est dans son plein ; ils croient qu^on ne saurait traiter les affaires sous une influence plus heureuse. Ce n'est pas comme chez nous, par jours, mais par nuits, qu'ils calculent le temps : ils donnent ainsi les rendezvous, les assignations. La nuit leur paraît marcher avant le jour. Un abus naît de leur indépendance ; c'est qu'au lieu de se rassembler tous à la fois, comme s'ils obéissaient à. un ordre, ils perdent deux ou trois jours à se réunir. Quand rassemblée semble assez nombreuse, ils prennent séance tout armés. Les prêtres à qui est remis le pouvoir d'empêcher le désordre, commandent le silence. Ensuite le roi, ou celui des cbefe que distinguent le plus son âge, sa noblesse, ses exploits ou son éloquence, prend la parole et se fait écouter par l'ascendant de la persuasion, plutôt que par l'autorité du commandement. Si l'avis déplaît, on le repousse par des murmures ; s'il est approuvé, on agite les framées : ce suffrage des armes est le signe le plus honorable de leur assentiment. »

Fftiblesse de lu tribu des Ssllens; Tieiolre de Sols- Mss (486). — En 481, Clovis ', le véritable fondateur de

1. yhistorien des Francs, Grégoire de Tours, dont nous citerons le plas

B$ CLOYIS (481-511).

l'empire des Francs, ne possédait que quelques districts de la Belgique, avec le titre d© roi des Francs Saliens, cantonnés aux environs de Tournai. L'armée dont il pouvait disposer ne dépassait pas le chiffre de quatre à cinq mille guerriers. Les cinq premières années de son règne sont restées dans une obscurité que son âge explique. A vingt ans, il proposa une expédition de guerre à ses Francs, y entraîna Ragnachaire, roi de Cambrai, et tous deux, à la tête de cinq mille guerriers, défirent, près deTancienne abbaye dé Nogent, à douze kilomètres au nord de Soissons, Syagrius, qui s'enfuit chez les Wisigoths; il fut plus tard livré par eux àClovis etmis à mort. (rr r^^

lie vafie de SoiMons. — Le butin fait après la victoire fut considérable. Saint Rémi, évêque de Reims, qui semble avoir entretenu de bonne heure d'amicales relations avec Clovis, réclama du roi un vase précieux qui avait été enlevé de l'Une de ses églises. Quand tout le butin eut été mis en commun, le roi, avant le partage, dit; c Je vous prie, mes fidèles, de me donner ce vase, hors part. » Tous y consentirent, excepté un soldat qui, frappant le vase d'un coup de hache, s'écria : c Tu n'auras que ce que le sort t'accordera. > Les autres, néanmoins, consentirent à la volonté du roi, qui prit le vase à moitié brisé et le renvoya à l'évêque. L'année suivante, à l'assemblée qui se tenait chaque année au mois de mars, Clovis fit la revue de l'armée; quand il arriva devant celui qui avait frappé le vase, il lui dit : c Personne n'a des armes en aussi mauvais état que les tiennes. » En même temps il les lui arracha et les jeta à terre. Comme le soldat se baissait pour les ramasser, le roi lui fendit la tête d'un coup de sa francisque en disant : c II te sera fait ainsi que tu as fait au vase, l'an passé, dans Soissons. » Et Grégoire de Tours ajoute : c 11 parvint de la sorte à inspirer à tous une grande crainte. »

On doit remarquer ici les droits à la fois illimités et restreints de cette royauté barbare. Clovis n'a que sa part de butin, comme un de ses soldats, et c'est le sort qui la lui donne : en même temps, il frappe à mort, sans jugement,

possible les paroles mêmes, écrit Chlodntechuê:\e ch, dans ce nom, représente l'aspiration gutturale des Allemands: c'est d» ne le même nom que . UJûdoveus ou Louis. Le vrai nom allemand était Hlodovyichf célèbre euerrier. Meroioich signifie de même éminent guerrier; Hilderick (ChMdéric), brate ao combat, etc.

pLOVis (481-511). 89

pour Fengcr une injure personnelle, et nul ne murmure. Évidemment, deux idées contraires se heurtent dans ces têtes barbares : le caractère sacré de la royauté et \e sentiment invincible de l'égalité, idées qui ne se retrouvent pas à cette époque seulement de notre histoire.

Hariai^e de Cflovia et de CloAlde (499). — Les années qui suivirent la bataille de Soissons se passèrent à négocier et à combattre avec les villes d'entre Somme et Loire. Clovis était désireux surtout de mettre la main sur Paris. Il le harcela longtemps. Mais une sainte fille, dont le souvenir est resté populaire dans cette ville où la popularité dure si peu, sainte Geneviève était dans ses murs et soutenait la constance des habitants. Une guerre avec les Thuringiens qui appela Clovis au delà du Rhin, puis son mariage avec Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, donnèrent un autre cours aux événements. Glotîlde était catholique et elle obtint que son premier-né t fût consacré au Christ par le baptême. » C'étaient là des faits de la plus haute importance. Les évoques du nord de la Gaule, qui avaient sans doute préparé cette union, espérèrent une conversion prochaine du roi lui-même ; et les cités d'Amiens, de Beauvais, de Paris, de Rouen ouvrirent leurs portes à l'homme qui avait épousé une femme de leur foi.

Clverre eontre le« jilaniavfl i eonveraflon de Clovla (496). — Les Âlamans avaient longtemps assailli la Gaule, comme les Francs ; mais ils n'en occupaient que quelques cantons le long des Vosges, terres depuis longtemps dévastées, où il n'y avait plus rien à prendre. En voyant les Francs mettre la main sur tant de riches cités romaines, le désir leur vint de les forcer à partager avec eux ; et ils passèrent le Rhin en grand nombre. Les Francs accoururent, Clovis en tète. Le choc fut terrible ; Clovis se crut un moment vaincu, et, dans sa détresse, invoqua le dieu de Clotilde. Un plus violent effort fit changer le sort de la bataille*. Les Âlamans, rejetés au delà du Rhin, furent poursuivis jusqu'en Souabe, et la population de ce pays, ainsi que les Bavarois qui habitaient la région voisine, reconnut la suprématie des Francs.

1. Grégoire de Tours ne dit pas où se livra la bataille. Il paratt dootenx qa'eUe se soit engagée, comme on le dit généralement, à Tolbiac, entreBonn et Aix-la-Chapelle, les Alamans habitant loin de là, au sud da Necliar.

90 CT.OVÏR fA8!.5Il).

Plus le succès était grand, plus Clovis se crut obligé à tenir parole.. Saint Rémi lui donna le baptême» et trois mille de ses soldats le reçurent avec lui. En répandant Peau sainte sur la tête du nouveau néophyte, Tarchevôque lui dit: « Baisse la tête, Sicambre adouci ; adore ce que tu as brûlé, brCQe ce que tu as adoré. » Puis renouvelant la coutume du sacre des rois juifs, il Foignit du saint chrême.

Ce baptême, ce sacre changèrent peu, comme on le verra, les mœurs de Clovis : au lieu d^Odin, il invoqua le Christ et resta le même ; mais, par un singulier hasard, il se trouva alors en Gaule et dans tout le monde chrétien le seul prince orthodoxe. La population gallo-romaine, opprimée par les Burgondes et les Wisigoths ariens, tourna désormais vers le chef converti des Francs ses regards et ses espérances. Il eut pour lui tout Tépiscopat des Gaules. Avitus, évêque de Vienne, lui écrivait : c Votre foi est notre victoire ; désormais où vous combattez, nous triomphons ; » et le pape Anastase : < Le siège apostolique se réjouit de ce que Dieu a pourvu au salut de PEglise en élevant un si grand prince pour Iskprotéger. » Ca/J

lies Burgondes tributaires (500) et les lHVUlgotUm Taincns (509). ~ La conversion de Clovis avait éloigné de IjLii quelques-uns de ses laudes. Ses succès, surtoi^t le butin qu'on pouvait faire sous un chef habile, les ramenèrent. Le pays entre la Loire et la Somme était soumii^ej^'^^j^ gagnée à son alliance. Après s^être ainsi biens^^ggi au*hord, avec une prudence peu ordinaire à ces barbares, Clovis songea à étendre vers le sud ses conquêtes. Il attaqua d'abord les Burgondes. Clotilde poussait son époux à cette guerre pour venger la mort de son père, assassiné par Gondebaud. Le roi Gondioc, mort en 463, avait en effet laissé quatre fils entre lesquels son royaume avait été partagé. L^aîné, Gondebaud, pour avoir tout l'héritage, avait tué de sa main un de ses frères, Chilpéric, le père de Clotilde, et fait mourir Tautre dans les flammes; le quatrième, Godegisèle, gardait encore sa part, mais redoutait un sort pareil et appelait secrètement Clovis. Gondebaud, vaincu près de Dijon (500), s'enfuit jusqu'à Avignon. Clovis Ty suivit et Tobligea àse reconnaître tributaire. Le roi des Francs s'était & peine éloigné que Gondebaud surprenait son frère dans Vienne et le poignardait dans une église où il s'était réfugié.

Syagrius, après sa défaite, s'était réfugié chez les Wisi-

Page 1