‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 19 sur 103 · CLOVIS · texte numérisé non relu

CLOVIS

|olhs. Ceux-ci, craignant déjà une guerre avec les Francs, iraient livré le fugitif. Plus tard, Clovis et Alaric eurent iline entrevue près d'Amboise. « Ils avaient, dit Grégoire de Tours, conversé, mangé et bu ensemble, et, après s'être promis amitié, ils s'étaient retirés en paix, Mais beaucoup de

Église de Saiat-Remi *

gens dans toutes les Gaules désiraient alors extrêmement être soumis à la domination des Francs. Ainsi, à Rodez,

1. Saint-Remi est la plas tncienqL^e éslise de Reimsi bienqu'ellç n'ait été commencée qu'en i04S. Elle renfermait les reliques de saint Rémi et la sainte ampoule, fiole en Terre qui contenait llniile pour le sacre dea rais. Une légende voulait que cette fiole eût été apportée du ciel par une colombe le jour du baptême de Cloyis. Elle fut brisée sur la place publique mm9u if 92. Le portail de Saint-Remi est du douzième siècle.

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une querelle s'étant élevée entre Tévôque Qu intien et les ci^ toyens, les Goths qui habitaient cette ville ressentirent dej violents soupçons, car les citoyens reprochaient à Quintiei^ de vouloir les soumettre aux Francs et avaient résolu de le tuer. L'homme de Dieu, instruit de ce dessein, se leva pendant la nuit, avec ses plus fidèles ministres, sortit de la ville et se retira en Auvergne. »

Nous ignorons si les évoques du Midi ainsi persécutés n'invoquèrent pas la protection de Glovis. Mais un jour le roi dit à ses soldats : < Je supporte avec grand chagrin que ces ariens possèdent une partie des Gaules. Marchons avec . Taide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons leur pays en notre pouvoir. » Ce discours plut à tous ses guerriers, et l'armée se dirigea aussitôt vers Poitiers, respectant religieusement sur son passage, par Tordre exprès du roi, les biens des églises. Aussi les légendes marquaient-elles sa route par des miracles. Sur les bords de la Vienne, une biche d'une merveilleuse grandeur sort tout à coup d'un bois et // indique un gué que le roi cherchait. Pour éclairer sa marche durant la nuit, un globe de feu s'allume et brille au sommet de l'église de Saint-Hilaire de Poitiers.

Ce fut non loin de cette ville, dans la plaine de Vouillé, que les deux armées se rencontrèrent. Le roi des Wisigoths resta sur le champ de bataille avec ses meilleurs soldats (507). Poitiers, Saintes, Bordeaux ouvrirent leurs portes aux vainqueurs ; l'année suivante, il entra dans Toulouse. Les Wisigoths eussent perdu toutes leurs possessions au nord des Pyrénées sans l'assistance du grand Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie. Une armée qu'il envoya en Gaule vainquit près d'Arles les Francs et les Burgondes réunis pour la conquête de la Provence. De l'autre côté du Rhône, Carcassonno fît une énergique résistance. La Septimanie, toute la côte depuis le Rhône jusqu'aux Pyrénées, demeura aux Goths de l'ouest, et le pays au sud de la Durance aux Goths de l'est.

Clovis mattre tie la plus i^raiide partte de la Qanle. — Sauf cette bande étroite du littoral de la Gaule et de la Méditerranée, Clovis possédait tout le reste du pays, depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées, par lui-même ou par les Burgondes et les Armoricains ses alliés. Un grand royaume barbare se formait donc dans cette Gaule si bien disposée pour une seule domination. Lorsque Clovis rentra à Tours, il y trouva les envoyés de l'empereur d'Orient, Anastase, lequel,

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'.harmé de voir s^élever au delà des Alpes un rival du grand prince des Ostrogoths d'Italie, envoyait au roi des Francs les i litres de consul et de patrice avec la tunique de po irpre et {'[ ^,t^ < (*^ ' * la chlanaïde. « Alors Clôvîs posa la couronne sur sa IMe, et, [P^^ t < " ' « Jtant monté à cheval, il jeta de Tor et de l'argent au ^ euple \\j^ .

issemblé. Depuis ce jour il fut appelé consul et auguste. » Le souvenir de Tempire romain était vivant encore. Ces titres, conférés par Tempereur, semblaient donner le droit à celui qui n^avait que la force. Glovis, aux yeux des Gallo-Romains, n'était plus le conquérant barbare et païen, mais le prince orthodoxe et le consul de Rome.

Malheureusement l'orthodoxie, comme le consulat, n'était qu'affaire de costume ; sous la chlamyde, comme sous la robe du catéchumène, il y avait toujours le barbare.

Cloiis fait taer les autre» roi» francs. — Clovis fixa sa résidence à Paris •. « Pendant son séjour dans cette ville, ' il envoya en secret au fils de Sigebert, lui faisant dire : « Voilà que ton père est âgé, il boite de son pied malade ;

• s'il venait à mourir, son royaume t'appartiendrait. » Séduit par cette ambition, Chlodéric forma le projet de tuer son père. Or un jour, Sigebert sortit de sa ville de Cologne, passa le Ehin, et, après s'être promené dans la forêt de Buconia, s'endormit à midi dans sa tente ; son fîls dépêcha contre lui des assassins qui le tuèrent. Alors il fit dire au roi ("lovis : c Mon « père est mort, et j'ai en mon pouvoir ses trésors et son

< royaume ; envoie-moi quelques-uns des tiens, et je leur c remettrai volontiers ceux des trésors qui te plairont, j» Cloyis répondit : c Je rends grâce au ciel de ta bonne vo-

• lontéet je te prie de montrer tes trésors à mes messagers;

< ensmte tu les posséderas tous. » Chlodéric montra aux envoyés les trésors de son père. Pendant quHls les examinaient, le prince dit : c C'est dans ce coffre que mon père c avait coutume d'amasser ses pièces d'or. » Ils lui dirent : « Plonge ta main jusqu'au fond pour voir tout ce qu'il y a. i

1. Il bâtit, ver» l'an S07| sur le sommet de la montagne au pied de laquelle se trouvait le palais dea ThermeSi et sur l'emplacement d'un cimetière des Romains, an milieu des arbres et des vignes, l'église des apôtres saint Pierre et saint Paul. Pour désigner Remplacement de l'église, « il avait lancé sa hache droit devant lui, afin qu'un jour on pût mesurer la force et la portée de son bras par la longueur de rédlfice. > Cette église, reconstruite à plusieurs reprises, reçut le nom de sainte Geneviève, morte à Paris vers 512. Il n'en reste que la haute tour enfermée dans los bàliments du lycée voisin, appelée tour Clovir, cl qui est clic tucmc du treiiième siècle.

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Il le fit ; ety comme il était baissé, un des envoyés leva sa francisque et lui brisa le crâne. Ainsi cet indigne fils subit la mort do-.it il avait frappé son père. Lorsque Clovis sut que Sigeber; et son fils étaient morts, il vint à Cologne, y convoqua '. out le peuple, et lui dit : c Écoutez ce qui est arrivé, « pendant que j'étais à naviguer sur le fleuve de l'Escaut, c Ghlodéric, fils de mon parent, tourmentait son père en lui c disant que je voulais le tuer. Gomme Sigebert fuyait dans « la forêt de Buconia, il a envoyé des meurtriers qui Tont « mis à mort. Lui-même a été assassiné je ne sais par qui, « au moment où il ouvrait le% trésors de son père. Je ne « suis nullement complice de ces choses ; je ne puis répanc dre le sang de mes parents, car cela est défendu. Mais, « puisque ces choses sont arrivées, je vous donne un con- « seil; s'il vous est agréable, acceptez-le. Ayez recours à « moi, mettez-vous sous ma protection. » Le peuple répondit à ces paroles par des applaudissements de main et de bouche, et, l'ayant élevé sur un bouclier, ils le créèrent leur roi.

c bans la guerre contre Syagrius, Clovis avait appelé à son secours Chararic, roi de Térouanne ; mais celui-ci se Uni àTécart, attendant l'issue du combat, pour faire alliance ave(j celui qui remporterait la victoire. Clovis ne l'oublia pas, e(^ quand il le put, l'entoura de pièges, le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous deux, enjoignent qu'ils fussen ordonnés prêtres. Comme Chararic s'affligeait de son abai» sèment et pleurait, on rapporte que son fils lui dit : « Ces f branches oat été coupées d'un arbre vert et vivant, il n^ « séchera point et en poussera rapidement de nouvelles « Plaise à Dieu que celui qui a fait ces choses ne tarde pas i « mourir I » Ces paroles furent rapportées à Clovis; il cruj qu'ils le menaçaient de laisser croître leur chevelure et ensuite de le tuer; il ordonna qu'on leur tranchât la tète à tou^ deux. Après leur mort, il s'empara de leur royaume, de leurj trésors et de leurs peuples.

c II y avait encore à Cambrai un roi nommé Ragnachairf si efi'réné dans ses débauches, qu'il épargnait à peine sf proches parents; Clovis fit faire des bracelets et des baudrioi de cuivre doré, et les donna aux leudes de Ragnachaire pou les exciter contre lui. Il marcha ensuite, avec son armée, cou tre ce chef et le battit. Les propres soldats de Ragnachaii l'amenèrent au vainqueur avec son frère Richaire, tous de« les mains liées derrière le dos. Quand il fut en présence d

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Glovis, celui-ci dit : t Pourquoi as-tu fait honte à notre fac mille en te laissant enchaîner? Il te valait mieux mourir ; » et, ayant levé $a hache, il la lui rabattit sur la tête. Ensuite il se tourna vers le frère, et lui dit : « Si tu avais porté sec cours à ton frère; il n'aurait pas été enchaîné; » et il le frappa de môme de sa hache. Après leur mort, ceux qui les avaient trahis reconnurent que For qui leur avait été donné était fatix. Ils le dirent au roi ; on rapporte qu'il leur répondit : « Celui qui de sa propre volonté traîne son maître à la c mort, mérite un pareil sort ; > ajoutant qu'ils devaient être contents de ce qu'on leur laissait la vie. Ces rois dont nous venons de parler étaient des parents do Clovis. Renomer fut encore tué par son ordre dans la ville du Mans. Après leur mort, Clovis recueillit leurs royaumes et tous leurs trésors. » *"

Clovi0 Beiiï chef de toutes les tribus franciaes; sa mort à Paris (511). — « Ayant tué de même beaucoup d'autres rois, ses proches parents, dans la crainte qu'ils ne lui enlevassent l'empire, il étendit son pouvoir dans toute la Gaule. On rapporte qu'un jour il assembla se^ sujets et parla ainsi de ses proches qu'il avait fait périr : c Malheur à moi « qui suis resté comme un voyageur parmi des étrangers, « n'ayant pas de parents qui puissent me secourir, si l'ad- « versité venait! » Mais ce n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort ; il parlait ainsi par ruse et pour découvrir s'il avait encore quelque parent, afin de le faire tuer.

c Toutes ces choses s'étant passées ainsi, Clovis mourut à Paris, où il fut enterré dans la basilique des Saints-Apôtres (Sainte-Geneviève) qu'il avait lui-même fait construire avec la reine Clotilde. Il mourut cinq ans après la bataille de Vouillé. Son règne avdit duré trente ans, et sa vie quarantecinq. » (Grégoire de Tours *.)

1. Le premier concile de l'Église gallicane se tint à Orléans^en cette même année 511. On a cru reconnaître dans ses canons les principes de la régale^ c'est-à-dire le droit pour le prince de percevoir le revenu des bénéuces pendant la vacance du siège. .

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