LES FILS ET PETITS-FILS DE CLOTAIRE I
IVoave«« partaipe (661). — Après la mort de Glotaire !•' 561), la monarchie fut de nouveau divisée en quatre royau» mes : ceux de Paris, de Soissons, de Metz et de Burgondie. La mort prématurée du roi de Paris, Gharibert, les réduisit à trois en 567. Ce dernier partage eut plus de durée que les précédents, parce qu'il répondait à des divisions réelles, à des nationalités distinctes. Contran commanda aux Burgondes, Sigebert aux Francs austrasiens ou orientaux, et Chilpéric à cette population mêlée de Francs et de Gallo-Romains, qu'on appela Neustriens ou les Occidentaux. Quant à TAquitaine^ elle resta divisée entre les trois rois, chacun voulant sa part de ces belles contrées du Midi et des riches cités dont les tributs rempliraient son trésor. Mais Paris avait déjà assez d'importance pour qu'auciin d^eux ne consentit à le laisser à un de ses frères. Il fut décidé qu'il appartiendrait à tous les trois, et que chacun n'y pourrait entrer qu'avec la permission des deux autres.
De ces trois personnages, Goutran eut le rôle le moins éclatant, mais l'existence la plus longue ; il put voir les sanglantes catastrophes dont les deux autres royaumes furent le théâtre.
Un chroniqueur du septième siècle, Frédégaire, fait le récit suivant, qui, en ce temps-là, courait parmi le peuple : « Une nuit que Ghildéric, père de Glovis, reposait près de sa femme Basine, celle-ci lui dit : « 0 roi, lève-toi, et ce que
< tu verras dans la cour du logis, tu viendras le dire à ta
< servante. » Ghildéric se leva et vit passer des bêtes qui ressemblaient à des lions,, à des licornes et à des léopards. Il revint vers sa femme et lui dit ce qu'il avait vu ; et Basine lui dit : c Maître, va (Jerechef, et ce que tu verras, tu le raconc teras à ta servante'/ » Ghildéric sortit de nouveau et vit pas-
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ser des bètes semblables à des ours et & des loups. Ayant raconté cela à sa femme, elle le fit sortir une troisième fois ; il vit alors des chiens et d'autres animaux inférieurs qui se roulaient et se déchiraient les uns les autres. Alors Basine dit à Childéric : « Ce que tu as vu de tes yeux arrivera en véc rite : il nous naîtra un fils qui sera un lion par son cou- « rage ; les fils de notre fils ressembleront aux léopards et « aux licornes ; mais ils engendreront à leur tour des enfanta « semblables aux ours et aux loups pour leur voracité. Ceux « que tu as vus pour la dernière fois viendront pour la fin et « la ruine du royaume. *
Cette fois encore Timagination populaire avait rencontré juste. Nous aussi, nous avons vu passer les lions et les léopards, et nous voici ^sïçc^Im ours et les loups dévorants. Sous les fils de Clovis, l'esprit de (fonquête animait encore les Francs ; maintenant il n'y aura plus, pendant un siècle et demi, que l'esprit de rapine et de meurtre.
Opposition de la iWeustrie et de l'Ausiràsiei Prédébonde et Brunehaut. — Dans l'Austrasie (Belgique et Lorraine), plus rapprochée du Rhin par où les barbares étaient venus, et couverte d'une plus nombreuse population franque, les coutumes germaniques dominaient; et une foule de petits chefs y formaient une aristocratie puissante et guerrière, jalouse de ses rois. La Neustrie (Ile-de-France, Normandie, etc.), plus romaine parce qu'elle renfermait moins de barbares et plus d'anciennes cités, accordait davantage à l'autorité de ses rois et conservait quelques souvenirs, quelques usages de l'administration impériale. Cette différence de mœurs et de situation amena entre la Neustrie et l'Austrasie une opposition politique, qui éclata d'abord dans la rivalité de Frédégonde et de Brunehaut, l'une épouse de Chilpéric, l'autre . épouse de Sigebert : plus tard, dans celle d'Ëbroïn et des maires d'Austrasie.
. Invasion de* Avars et des Eiombards (569-590). — Un nouveau peuple, arrivé de l'Asie par la route des Huns, avait pénétré dans la vallée du Danube, et, la remontant, se heurta contre l'empire franc. Sigebert, chargé, comme roi d'Austrasie, de défendre les frontières orientales, battit une première fois les Avars en 562. Mais six ans plus t^rd ceux-ci pénétrèrent jusqu'en Bavière et en Franconie, vainquirent Sigebert et le firent prisonnier. Il faut cependant que leur victoire n'ait pas été bien décisive, car ils relâchèrent leur
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captif et rentrèrent dans la PaQnonie. Dans le même temps, les Lombards, depuis peu maîtres de Tltalie, envahissaient les États de Contran. A trois reprises différentes, ils pénétrèrent jusqu'aux bords du Rhône (571-576). L'empire franc était trop près encore de son. origine pour se laisser déjà entamer. Les Lombards furent rejetés au delà des Alpes, comme les , Avars Payaient été au delà des pays germains. \^\.
Meartve de Cialswinthe (569). — Pendant que le roi d'Âostrasie combattait dans l'intérêt de la cause commune, ses frères profitaient de son absence pour piller ses provinces occidentales. A cette injure Ghilpé^ic en ajouta une autre : il fit étrangla sa iemme Galswinthe , sQsur de Brunehaut. Toutes deux étaient filles du roi des Wisigotbs, Athaoagilde, qui avait cru acheter, par cette union, l'amitié des Francs. {Bru*nehaut, femme d'un cœur viril, avait accepté sans répugnance l'hymen avec un de ces chefs qui, aux yeux des Goths amollis par le doux climat d'Espagne » éUdent des barbares. Mais Galswinthe, moins ambitieuse de la puissance, avait vu avec terreur airiver le jour où. il lui avait fallu quitter sa mère, poar aller chercher bien loin vers le Nord un époux inconnu. Notre plus habile historWâi a raconté, d'après un poète du temps, Fortunatus, cette touchante histoire, et peint cette douce figure qui se détache si bien sur ce fond de barbarie. • Quand les ambassadeurs francs se présentèrent pour saluer la fiancée de leur roi, ils la trouvèrent sanglotant sur le sein de sa mère. Tout durs qu'ils étaient, ils furent émus et n'osèrent parier de voyageais laissèrent passer deux jours, et le troisième ils vinrent se présenter devant la reine en lui an* nonçant cette fois qu'ils avaient hâte de partir, lui parlant de l'impatience de Ghilpéric et de la longueur du chemin. La reine pleura et demanda encore pour sa fille un jour de délai, c Un seul jour encore, et je ne demanderai plus rien ; savezc jpous que là où vous emmenez ma fille, il n'y aura plus de K mère pour elle i s Mais tous les retards possibles étaient épuisés; Athanagilde imposa son autorité de roi et de père, et, malgré les larmes de sa mère, Galswinthe fut remise entre les mains de ceux qui avaient mission de la conduire à son futur époux.
< Une longue file de cavaliers, de voitures, de chariots et de bagages traversa les rues de Tolède et se dirigea vers la porte du Nord. Le roi suivit le cortège de sa fille jusqu'à un pont jeté sur le Tage, à quelque distance de la ville ; m^^is la
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reine ne put se résoudre à retourner si vile, et voulut aller au delà.)Quittant son propre char, elle s'assit auprès de Galswinthe, et, d^étape en étape, de journée en journée, elle se laissa entraîner à lOÔ milles de distance. Chaque jour elle disait : € C'est jusque-là quq je veux aller, i et, parvenue à ce terme, elle passait outre. A l'approche des montagnes, les chemins devinrent difficiles, elle ne s'en aperçut pas, et voulut encore aller plus loin/Mais comme les gens qui la suivaient grossissaient beaucoup le cortège, augmentaient les embarras et les dangers du voyage, les seigneurs goths résolurent de ne pas permettre que leur reine fit un mille de plus. Il fallut se résigner à une séparation inévitable, et de nouvelles scènes de tendresse, mais plus calmes, eurent lieu entre la mère et la fille^ La reine exprima en paroles douces sa tendresse et ses craintes maternelles : < Sois heureuse, dit- I c elle, mais j'ai peur pour toi ; prends garde, ma fille, prends \ « bien garde. » A ces mots, qui s'accordaient trop bien avec ses propres pressentiments, Galswinthe pleura : a Dieu le c veut, il faut que je me soumette. » Et la triste séparation | s'accomplit.
c Un partage se fit dans ce nombreux cortège. Cavaliers et chariots se divisèrent, les uns continuant à marcher en avant, les autres retournant vers Tolède. Avant de monter sur le char qui devait la ramener en arrière, la reine des Goths s'arrêta au bord de la route, et, fixant sea -^eijui vqts le chariot de sa fille, elle ne cessa de le regarder i^Y)fei>oui et i immobile, jusqu'à ce qu'il disparut dans l'éioignement et dans les détours des chemins.| Galswinthe, triste, mais résignée, continua sa route vers le nord. Son escorte, composée de seigneurs et de guerriers des deux nations, Goths et Francs, traversa les Pyrénées, puis les villes de Narbonne et de Carcassonne, sans sortir du royaume des Goths qui s'étendait jusque-là ; ensuite elle se dirigea, par la route de Pqîtiers et de Tours, vers la cité de Rouen, où devait avoir lieu la célébration du mariage.^ Aux portes de chaque grande ville, le cortège faisait halte, et tout se disposait pour une entrée solennelle : les cavaliers jetaient bas leurs manteaux de route, découvraient les harnais de leurs chevaux, et s'armaient de leurs boucliers suspendus à l'ariQon de la selle; la fiancée du roi de Neustric quittait son lourd chariot de voyage pour un char de parade, en forme de tour et lout couvert de plaques d'argcul... .^ ^