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CHAPITRE X

CLOTAIRB II ET DAGOBERT, SEULS ROIS DES FRANCS, ANARCIUI APRÈS EUX (613-687)'.

Glotaire 11^ tml rot (618«e26)i eonttltiiUoii perpétuelle de 615. — Il y eut cependant, sous Clotaire II, devenu seul roi après la mort de Brunehaut et des enfants de Thierry II, un effort considérable Cait^jy çi5/pour organiser cette société dont nous venons de peindre le désordre. Soixante-dix-neuf évêques se réunirent à Paris avec les leudes des trois royaumes, et le roi sanctionna, par un édit ou constitution perpétuelle, les décisions de cette assemblée. L'élection des évoques était réservée au clergé et au peuple des diocèses, le roi n'ayant que le droit de confirmer Télection, après quoi le métropolitain consacrait Télu ; le clerc n'était justiciable que de son évéque; les impôts directs établis par Qhilp^c, Frédégonde et Brunehaut, étaient abolis ; mais les ^M^j'fiur les routes et les droite à l'entrée des villes subsisSébt; les juges des comtés devaient toujours être pris parmi les propriétaires du pays : mesure extrêmement favorable à l'aristocratie, car les grands propriétaires se trouvaient investis du pouvoir judiciaire, qui alors semblait réunir tous les autres.

Bien des articles de cette constitution étaient dirigés contre la royauté au profit de la double aristocratie ecclésiastique et militaire qui se formait :,« Le roi, y était-il dit, n'établira aucun nouvel impôt. Il n'envahira pas la succession de ceux qui meurent intestats, et la laissera revenir à leurs légitimes

I. Oarrages à consulter : Chronique de Frédcgaîre ; les VUm de Danobirt, de iaint Léger et de Pépin le Vieux, dans la collection des Mémotres rtlatif» à VBiêUnre de France, par M. Guizot.

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bâritiers. Il n^accordera plus «Tautoriiattoii pour «itever des

monastères les riches veuves et les religieuses dont on voudrait s'approprier les biens par le mariage. Il restituera aux leudes tout ce qu*iis pourraient avoir perdu pendant les derniers troubles. Il ne recevra pas les appels des clercs et maintiendra Tentière indépendance des tribunaux ecclésias* tiques, i

Les chroniqueurs ne savent rien autre chose du règne de Clotaire II, qu'ils représentent comme doux et bon envers tout le monde, savant dans les lettres, craignant Dieu, magnifique protecteur des églises, des prêtres et des pauvres; se livrant seulement avec trop d'ardeur à la chasse et^au plai» sir, à cause de quoi il fut blâmé par ses leudes. Est-ce à dire que le barbare ait disparu? « Lep ^u^s.^Vrtant révoltés, dit un autre chroniqueur, il les aompfi Vi pleinement par les armes, qu'il fit périr tous les 'iiales de cette raoe dont la taille dépassait la longueur de son épée; il voulait- que le souvenir toujours vivant de cette mortelle épée étoufTât Tau* dace de leurs enfants. » Voilà une bien fière conduite. Mais il y a quelque raison de croire que cette épée de Clotaire II n'était pas si terrible. Les maires du palais de Burgovdie et d'Austrasie lui firent jurer qu'il ne les dépouillerait pas de leurs fonctions et qu'il n'interviendrait pas dans l'élection à cette charge exclusivement réservée aux leudes. *

En 622, Clotaire II donna son fils Dagobert pour roi aux Austrasiens, sous la direction du maire Pépin de Landen ou Pépin le Vieux, et de saint Arnulf, évêque de Metz. Ces deux personnages, ancêtres de la maison carlovingienne. étaient rapprochés par le mariage de leurs enfants: Anse* gise, fils d' Arnulf, avait épousé une fille de Pépin de Landen, et de cette union naquit Pépin d'Héristal.

Dagobert, senl roi (628-688) i apogée de la grandeur des Francs mérovingiens. — Dagobert, qui succéda à son père en 628, fut le plus puissant et est resté le plus populaire des rois mérovingiens. « Prince terrible, dit son biographe, envers les rebelles et les perfides, tenant fermement le sceptre royal, et s'élevant comme un lion contre les factieux. > Sous lui, les Vascons ou Basques, qui habitaient au sud de la Garonne, furent vaincus et promirent une obéissance qui ne sera, il est vrai, qu'illusoire. Judicaël, duc des Bretons, vint à la villa royale de Clicby faire acte de soumission. Au delà du Rhin, la plus grande partie des Frisons et

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des Saxons payait le tribut, et' les Thuringiens, les Alamans, les Bavarois recevaient docilement les ordres du roi. L'empiré des Francs s*étendait don& du Weser aux Pyrénées, et de l'Océan occidental aux frontières de la Bohème. Aussi Dago* bert apparatt«îl comme chef de tous les barbares établis dans les provinces de Vancîen empire d*Occident. Il était Tallié des empereurs de Gonstantinople, et on le voit intervenir dans les affaires des Wisîgoths d*Espagne, auxquels il donna un roi ; dans celles des Lombards d'Italie, quHl força de res* pecter leur reine Gondeberge, sa parente, et d'attaquer les Vénèdes, ses ennemis. Enfin, ce fut sur la terre des Francs que les Bulgares fugitifs vinrent chercher un«.asile.

A rintérieur, Dagobert s'appliqua à rendre bonne justice. Il visitait lui-môme ses royaumes, pour réprimander les dés-* ordres. < Sa venue, dit Frédég^f^ prap^^ de terreur les ôvèques et les grands, mais elle çoomlait les pauvres de joie.» Il fît écrire les lois des peuples barbares, ses sujets, et reprit même aux églises et aux couvents grand nombre de domaines usurpés sur le fisc royal. Néanmoins, il était libéral envers le clergé. Il fit abandon à saint Martin de l'impôt dû par la cité de Tours, et au monastère de Wissembourg d'une partie de la basse Alsace, dont les habitants ne payèrent plus dç tribut qu'à l'abbé. *L'impôt ira ainsi se transformant de 'plus en plus en çess privé, et, pendant toute la période féodale, il n'y aura pas d'impositions publiques.

Dagobert fonda l'abbaye de Saint-Denis, où la plupart des rois de France après lui furent enterrés ; il encouragea le peu d'arts qui restaient encore, et. montra un luxe que n'a- , ' valent point connu ses farouches prédécesseurs. Sa mollesse^ /-/ . Ta fait surnommer le Salomon des Francs. Le nom de 1^-/ ,^{ " "^ féyre saint Ëloî, son ministre, est resté attaché au sien.

Symptômes d^mi* décadence prochaine. — Le règne de Dagobert, qui fut comme un temps de repos entre la période des conquêtes et celle de la décadence, vit aussi commencer led revers. Ce prince fut contraint de céder la plus grande partie de l'Aquitaine à son frère Gharibert. Dix mille familles bulgares s'étant réfugiées en Bavière, il ne sut s'en débarrasser qu'en les faisant égorger. Les Vénèdes, établis dans la Bohême et la Moravie, avaient pillé les marchands francs et refusaient réparation. Dagobert fit marcher une armée austrasienne contre eux; elle fut battue et ils ravagèrent impunément la Thuringe. De son vivant, mais surtout après

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sa mort, les défections se multiplièrent Al(Hrs les Saxons refusèrent le tribut, les Thuringiens se révoltèrent, les Frisons se donnèrent un duc, les Bavarois et les Alaman's ne prêtèrent plus qu'une obéissance purement nominale. Dans Tintérieur même de la Gaule, la domination frstnque recula jusqu'à la Loire. Les chefs nationaux des Gascons et des Aquitains régnèrent dans le bassin de la Garonne. La Burgondie méridionale se donnera également des chefs indigènes ; et dans les provinces qui leur resteront fidèles, les rois trouveront à

Crypte de Saint-Denis ■.

côté d^eux des ofûciers tout-puissants qui les dépouilleront de leur autorité.

lies maires du palais. — Il a déjà été question de ces officiers, qui, d'abord simples juges de toutes les querelles

1. Cette crypte est placée soas le chœnr. Les chapelles da rond-point sont da temps de Suger; certaines parties sont même d'à ne époque antérienre. Le plus ancien monument, celui de Clovis, n'est qne de la fin du douzième siècle ou du commencement du treizième. Les premiersqni soient contemporains des personnages dont ils portent le nom, datent da règne de saint Loais. En 179S, ces sépultures royales furent Tiolées, et ee qu'elles renfermaient, indignement dispersé.

CLOTA\Ri& Ut OAGOBfiRTi ËTC* l^i

qui éclataient dans le palais du roi , devinrent peu à peu les chefs des leudes, c'est-à-dire de l'aristocratie, et, en même temps, les principaux ministres des rois. En 613, quand les grands livrèrent Brunehaut au fils de Frédégonde, les maires du palais eurent soin de stipuler pour eux-mêmes. « Varnachaire, dit le chroniqueur de ce temps (Frédégaire), fut institué niaire du palais de Bourgogne et reçut du roi le serment de n'être jamais dégradé. Radon dans TAustrasie et Gondelaud en Neustrie eurent la même charge, i Non-seulement la mairie devient un office viager, mais elle va devenir, en ,/ Austrasie au moins, héréditaire, de sorte que les fonctions de la royauté seront, d'un côté, entre les mains du maire, el / ^ ' le titre, de l'autre, entre celles du roi. j[ ^

Mjem Mm de DaKoberl (699-656). -* Quand Dagobett mourut (638], ses deux fils étaient encore enfants; l'un, Sigebert II, régna en Austrasie sous la tutelle du maire Pépin de Landen; l'autre, Glovis II, sous celle d'Ërkinoald en Neustrie et de Flaochat en Bourgogne. Sigebert mourut en 656, et Grimoald, fils et successeur de Pépin dans la mairie d' Austrasie, se crut assez assuré de Tappui des grands pour faire roi son propre fils. Il fit transporter en Irlande, où on l'enferma dans un monastère, l'enfant de trois ans, Dagobert, qui eût dû recueillir l'héritage de Sigebert II, et produisit un prétendu testament par lequel le roi mort adoptait pour fils et instituait comme héritier du royaume le fils de Grimoald. Le sang des Mérovingiens était encore respecté. Glovis II renversa l'usurpateur et réunit toute la monarchie (656) ; mais il mourut la même année.

Une légende s'attache à son nom, celle des jnervésdeJum miéges, Glovis II, dit-elle, vainqueur de ses deux fils révoltés / contre lui, les énerva ■ en leur faisait b^<l^pI: les jarrfite» .Ce V . ' supplice ne les tua pas. Mais dès lôrs,' étioléJa. sans force, ils languirent sous les yeux de leur père, que les remords et la honte saisirent. Un jour il les fit placer en un bateau sur la Seine et les abandonna au courant, remettant à Dieu de les conduire. Le courant les porta jusqu'à la presqu'île où saint Philibert venait de fonder le monastère de Jumiéges. Les moines recueillirent les énervés et montrèrent longtemps leur tombeau. G'est le symbole de cette race mérovingienne, étiolée et caduque avant l'âge, que l'Église va recevoir et garder.

lie wamixm fibrpïB (650-68 1)| nm lutte contre lee ^rmnfm et eoj^tre PAastrasle j ealiit I^er. — Le plus

CLOTAIRB li , DAGOIBBRT, ^të.

âgé des trois &l3 de Glovis II avait quatre ans. Le maire Erkinoald laissa la royauté indivise entre eux. Glotaire III, l!al^ 41^ parut régner sous la tutelle de sa mère, la reine Bathilde, esclave anglo-saxonne que des pirates étaient venus vendre sur les côtes du pays des Francs. Bathilde n*oublia pas son origine, et, durant les dix années de son pouvoir, elle s'efforça

Abbaye do Jumléges s

d'adoucir la condition des esclayes et des pauvres. Mais les grands se lassèrent de cette autorité d'une femme qu'ils troï^ vaient toujours entourée d'évèques. En 664, ils égorgèrent

I, L'abbaye de Saint-Philibert fut renversée par les Normands, puis rebfttie par Guillaume Longue-Épée et Richard II, duù de NormaniBe. Elle devint alors une des plus riches, et, k cause de son école, une des dIos célèbres de France. Il n'en reste aujourd'hui que de fort belles ruines. "Ronsard a raconté dans sa Franciade l'histoire des trièrent, dont les principaux traits étaient sculptés sur les murs de l'abbaye. Mais cette légende ne date peut-être que du dixième siècle. Guillaume de Jumiéges n'en parle

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