PAR LE SOULÈVEMENT DES PEUPLES
tourna Je dos avec tous les siens» Après Taction, Louis et ^J^ \^ Charles délibérèrent sur cequ*on devait faire auxluj^ds. LesjJJl^i M ^ deux rois, prenant pitié de leur frère et de son peuple, étaient (l'avis de leur témoigner en cette occasion la miséricorde de Dieu. Le reste de Parmée y ayant consenti, tous cessèrent de combattre et rentrèrent dans leur camp vers le milieu du jour. Le lendemain, qui était un dimanche, après la célébration de la messe, ils enterrèrent également amis et ennemis^ soignèrent également tous les blessés selon leur pouvoir. En* suite les rois et Parmée, affligés d'en être venus aux mains avec un frère et avec des chrétiens, interrogèrent les évoques sur ce quMls devaient faire.
< Tous les évêques se réunirent en concile, et il fut déclaré dans cette assemblée, qu'on avait combattu pour U seule justice, que le jugement de Dieu l'avait prouvé manifestement, et qu^ainsi quiconque avait pris part à l'alTaire, soit par conseil, soit par action, comme instrument de la vo* lonté de Dieu, était exempt de tout reproche. »
J'entre dans ces détails pour montrer l'influence que les éTèques avaient prise et le caractère nouveau de ces guerres, où ne se trouve plus la férocité des Francs. Mais cet adoucissement des mœurs amène un affaiblissement du courage. Ces guerriers, au milieu desquels se tiennent des conciles, vont laisser quelques bandes de Northmans ravager impunément leur pays comme des troupes de loups affamés devant qui tout fuirait.
Grâce aux sentiments chrétiens des vainqueurs, ou àla résistance des vaincus, plus grande^que ne le dit l'historien, la bataille de Fontanet fut peu décisive, et la guerre continua. " \ Louis et Charles se rencontrèrent à Strasbourgpour resserrer ^^^'' leur union contre Lothaire, et se jurèrent alliance devant leurs soldats, l'un en langue tudesque ou allemande, l'autre en langue romane ou française. Le serment de Strasbourg est le premier monument de notre langtie formée de la cornbinaison, en quantités très-inégales, des trois idiomes, celte, latin et allemand qui ont été parlés en Gaule, le latin primant de beaucoup l'allemand et le celte qui n'ont fourni qu'un petit nombre de mots. Cette alliance fut célébrée par des fêtes militaires où l'on a voulu voir l'origine des tournois, mais qui font plutôt songer aux brillantes fantasias de nos Arabes d'Algérie.
Il était donc bien évident que Louis et Charles avaient la
IW DéMEMBREMBNT DE L'EMPtRB 0E GBAHLRMAGNE
ferme résolution de briser Tempire. Lotiiaire se ddeida à traiter. Cent dix commissaires parooururent toutes les provinces et en dressèrent le tableau, afin qu'on pût en faire un partage équitable. Il fut accompli à Verdun (843). Les trois principaux peuples de Pempire, Germains, Gallo-Francs et Italiens, se séparèrent pour toujours, les premiers sous Louis, les seconds sous Charles, les troisièmes sous Lothaire. Le nom d'empereur, titre sans puissance, resta attaché à la possession de Rome et de l'Italie : seulement, pour rendre moins inégale la part de Lothaire, on lui abandonna une bande de territoire longue et étroite, qui alla de la Meuse au Rhin, de la Saône et du Rhône aux Alpes (Belgique, Lotharingie ou Lorraine, comté de Bourgogne, Dauphihé et Prorence). Ce traité réduisait la Gaule d*un tiers et lui enlevait pour la première fois sa limite du Rhin et des Alpes ; il pèse encore sur nous depuis mille ans. Les efforts de François I«', de Henri II, de Richelieu, de Louis XIV, de la Révolution et de Napoléon, n'ont pu la déchirer tout à fait. Nous avons repris la vallée du Rhône, celle de la Saône et une partie de la Lorraine, mais la Flandre quHl nous donnait ne nous est pas restée tout entière. Charles le Chauve, qui signa cette convention fatale, fut donc, à vrai dire, le premier roi de la France moderne, comme Louis le Germanique fut le premier roi d'AlleuMigne ; pour Lothaire, il continua lie royaume d'Italie, qui devait tant de fois encore s'éteindre et renaître. V^^^u, yj^
Ainsi le aecmr'emel^t^ étatt^cçompli. Quelques hommes
d'un esprit élevé portèrent le^|miae cette unité de l'Europe
chrétienne que le traité de Verdim venait de dissoudre ; il
nous en reste un poétique témoignage dans les vers suivants
^de Florus, diacre de l'Eglise de Lyon:
c Un bel empire florissait sous un brillant diadème ; il n'y avait qu'un prince et^un peuple ; toutes les villes avaient des juges et des lois. Le*zèle des prêtres était entretenu par des conciles fréquents ; les jeunes gens relisaient sans cesse les livres saints, et l'esprit des enfants se formait à l'étude des lettres. L'amour d'un côté, de l'autre la crainte, maintenaient partout le bon accord ; aussi la nation franque brillait-elle aux yeux du monde entier. Les royaumes étrangers, les Grecs, les barbares et le sénat du Latium lui adressaient des ambassades. La race de Romulus, Rome elle-même, la mère des royaumes s'était soumise k cette nation. C'était là que