‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 46 sur 103 · ET LES DUCS DE FRANCE (887*987). S · texte numérisé non relu

ET LES DUCS DE FRANCE (887*987). S

Aux maux causés par les nouveaux barbares vinrent se joindre ceux de la guerre civile. Le comte de Flandre refusa obéissance à Eudes ; un autre seigneur, parent du roi, s'empara de Laon. Eudes reprit la ville, et, pour intimider les fac* lieux, fît couper la tète au rebelle. 11 se trouva alors en face d'une autre guerre plus sérieuse. Les partisans de la dynastie carlovingienne mirent en avant un fils posthume de Louis le Simple, et Tarchevèque de Reims le sacra (893). Ses partisans, le duc de Bourgogne et les comtes de Vermandois, de Poitiers et d'Auvergne, ne cherchaient qu'à consommer la ruine de la royauté et à s'affermir dans leurs usurpations. Autour d'Eudes se rangeaient ses nombreux vassaux du duché de France, et ceux qui avaient voulu un roi national, au lieu de cette dynastie aventureuse qui s'inquiétait bien moins de sauver la France des païens que de ressaisir quelqu'une>^' ^^ '^ des couronnes carlovingiennes. Eudes arriva' devant Reims arec de telles forces, que son compétiteur s'enfuit auprès d'ArnuIf de Germanie. Celui-ci , oubliant ses conventions avec Eudes, commanda aux comtes et aux évéques de la Lotharingie de rétablir dans le royaume paternel l'homme qui était de sa race. Mais les comtes refusèrent. Zwentibold, devenu leur roi, en 895, les entraîna à une guerre qui tourna mal pour lui. Il fut contraint de rentrer en Lorraine, et Eudes termina cette querelle en accordant plusieurs domaines à 80Dcttjxmétiteuj^X!e prince actif et brave fut malheureuse- Bjent/tmeviT parTune mort prématurée. Il n'avait que 40 ans. Son frère, Robert, hérita de son duché de France, et Charles le Simple lui succéda comme roi sans opposition. ^

Charles le Simple (898-923)$ étabifmement des WorthmaiiseiiFraiiee(Sll). — Ce prince est célèbre par ses malheurs. En 911, il céda au chef northman, RoUon. la province qui prit le nom de Normandie et que le nouveau <iuc rendit florissante par une sage administration. Ce traité, signé à Saint-Clair- sur-Ep te, était une convention heureuse, car il mettait fin à des courses dévastatrices qui duraient depuis un siècle. Les nouveaux maîtres du pays se mêlèrent aux anciens habitants, oublièrent leur langue, leur férocité, mais gardèrent un peu de cet esprit d'aventure, de cet amour ^n gain, qui les avaient poussés à travers tant de pays, et qui leur feront un jour prendre Tltalte méridionale, un autre ,oar l'Angleterre. Les hommes du Nord, northmans, sont .désormais les Normands de France.

206 LE^ DERNIERS CARLOVlNGIElià

Charles le Sânple a^ait promis à Rollon sa fille Gizèle , à condition qu*il reniei-ait Odin. Le nouveau duc se fît baptiser à Rouen, et ses compagnon|i'imitèrept (912). U partagea le pays entre eux, au cgr&au, et y établit si bonne police, qu'ayant oublié, dit-on, un de ses bracelets aux branches d'un diène sous lequel il s'était reposé dans une partie de chasse , ce bracelet y resta trois ans sans que personne osât y toucher. La paix et Tordre ramenèrent la culture dans cette riche province ; la servitude du corps y fut de bonne heure abolie , et par une révolution singulière , ce sont ces ducs normands, qui, les premiers, parlèrent la meilleure langue française , et c'est en Normandie que le régime féodal se constitua avec le plus de régularité , que les écoles des couvents furent le plus florissantes ; de là , enfin , que semble être parti l'art nouveau qui allait élever de si magnifiques monuments , l'architecture ogivale. rQouu

Élection de Robert^ duc de VVance (982)» eC de Baoul, duc de Bouryo^ue ( 928-986 ). — Cette année 911, où Charles perdait une province, il gagna un royaume. Les Lorrains se donnèrent à lui ; mais sa faiblesse, ses complaisances pour ses favoris , irritèrent les grands. En 920 , les seigneurs déclarèrent à l'assemblée de Soissons , qu'ils n'obéiraient plus au roi , si , dans l'espace d'un an , il ne changeait pas de conduite et ne renvoyait pas son ministre Haganon. En même temps les Lorrains lui reprirent la couronne qu'ils lui avaient donnée. L'avertissement fut inutile. Mais les grands tinrent parole : en 922, ils couronnèrent Robert, duc de France. Une rencontre eut lieu l'année suivante, entre les deux princes , près de Soissons. Charles fut battu, mais son rivai fut tué. Il n'y gagna rien ; le gendre de Robert, Raoul, duc de Bourgogne, le remplaiça. Ainsi, ducs de France ou de Bourgogne, c'étaient les chefs du centre de l'ancienne Gaule qui voulaient retenir la couronne ; ils y réussirent malgré l'opposition des seigneurs du nord et du midi.

La Germanie, plus fidèle au sang de Charlemagne, fournit quelques secours à Charles le Simple contre son nouvel adversaire ; il n'en fut pas plus heureux. Fait prisonnier en trahison par Herbert, comte de Vermandois, il fut enfermé dans le château de Péronne, où il mourut en 929. Raoul^ régna sept ans encore sans beaucoup djéclat, malgré une double expédition en Aquitaine et en Provence , d'où il rapporta des promesses de fidélité, mais rien de plus. En 929,

ET LES DOGS DB FRàNCB (867-987). i07

il aTaii repoussé une invasion de nouveaia barbares. Les Madgyares, on Hongrois, arrivaient par Test, comme les Normands Paient Tenus par le nord et par Fouest, les Sarrasins par le sud. L'abandon fait à RoUon de la Normandie » et à d'autres cbefs , de Tours , de Gbartres, de Blois et de Senlis , avait mis un terme aux ravages des pirates du nord. Quant aux Sarrasins, la Provence seule en souffrit beaucoup. Ils s'y maintinrent pendant 84 ans. Lemr prindpal établissement était à Fraxinet (la Garde-Freynet, dans le Var) ; il ne leur fut enlevé qu'en 973. Les Hongrois , plus nombreux et plus terribles que les Sarrasins , ne firent beureusem^it que de rares apparitions en Lorraine, dans la Bourgogne et jusque dans TAquitaine. L'Allemagne se chargea de la» Ij arrêter. p'^

lioaie WW d'Outre-Mer (USe-aSA). — A la mort de Raoul, Hugues le Grand, son be»i-frôre , duc de France, dé* daigna de se faire roi, et rappela d'Angleterre un fils de Charles le Simple , Louis IV , surnommé d'Outre-Mer à cause de cette circonstance. L'activité , le courage de ce prince furent inutiles. Il obtint l'appui de quelques seigneurs jaloux de la puissance du duc de France , qui s'était fait donner encore par son protégé le duché de Bourgogne. Mais lorsqu'il vou* lut, pour se refaire un domaine, dépouiller les fils du comte de Vermandois, et plus tard, le jeune héritier du duc de Normandie , Hugues s'arma pour arrêter l'essor de cette ambition inattendue, et Louis, fait prisonnier, fut l'etenu captif une année entière. Hugues ne lui ouvrit les portes de sa prison qu'après s'être fait céder la ville de Laon, la seule qui restât au malheureux roi. Louis se plaignit au pape, au roi de Germanie, et un concile excommunia le duc de France. Celui-ci brava toutes les menaces, même une invasion d'Otton le Grand, qui pénétra jusque sous les murs de Bouen, dont le duc s'était allié à Hugues de France (9(i6). louis fut réduit à venir dirô, en 948, au concile d'Ingelheim, assemblé par ordre d'Otton : « S'il y a quelqu'un qui soutienne que mes malheurs me sont arrivés par ma faute, je suis prêt à accepter la sentence du synode et du roi ici présent, ou à repousser l'accusation par le jugement de Dieu , en combat singulier. » Aucun champion ne se présenta de la part du duc de France. Mais cet appel à un prince étranger, dont Charles le Simple avait donné l'exemple, acheva de rendre nationale, au mcnns dans la France du nord, l'oppo-

208 LES DERNISRS CAALOVINGIBNS

sition faite par la maison capétienne aux derniers rois du saof^ de Charlemagne.

liothalTO et lionle V (•54«998). — Louis IV termina en 954, à l'âge de 34 ans, par un accident de chasse, c sa vie! pleine d^angoisses et de tribulations. > Hugues le Grand, son beau-frère, ne voulut pasencore.de cette couronne de France quHl eût pu prendre aisément; il la donna à son neveu Lothaire, fils de Louis. Ce prince ne laissa pas de montrer quelque vigueur : les prétentions d^Otton à restaurer l'empire rallièrent autour du roi de France les grands vassaux de plusieurs pays, dont toute la tactique visait alors à empêcher, soit en France, soit en Germanie, le retour de Tancienne puissance impériale qui les eût obligés à reculer de tout le chemin qu'ils avaient fait dans la voie des usurpations depuis le temps de Charlemagne. La Lorraine fut dans ce cas. Les seigneurs de ce pays appelèrent Lothaire pour l'opposer à Otton ; Hugues le Grand n'était plus, mais son fils, Hugues Gapet, était dévoué à Lothaire, qui avait acheté assez chèrement cette fidélité de la maison de France en lui donnant la Bourgogne, qu'elle garda, et l'Aquitaine, qu'elle ne put prendre. Lothaire pénétra jusqu'à Aix-la-Chapelle et faillit enlever l'empereur. Otton, à son tour, vint jusqu'à Paris en ravageant le pays; mais sa retraite fut désastreuse, et presque toute son armée périt sur les bords de l'Aisne. C'était beaucoup pour Lothaire d'avoir tenu tète à un aussi puissant monarque; obligé d'abandonner la haute Lorraine (980), il obtint du moins pour son frère Charles le duché de basse Lorraine ou de Brabant. Il mourut en 986. Son fils, Louis V, périt l'année suivante d'une chute de cheval, avant d'avoir rien fait dont l'histoire puisse garder le souvenir, ce que les anciens chroniqueurs expriment en lui donnant le surnom de fainéant. Avec lui finit en France la race des Carlovingiens.

Les derniers descendants de Charlemagne avaient montré plus d'activité et de courage que les derniers descendants de Clovis, et ils méritaient de mieux finir. La cause de leur impuissance fut la misère profonde où ils tombèrent par séte de l'hérédité des fiefs. On a vu qu'ils étaient réduits à ne plus posséder que la petite ville de Laon. Comme ils n'avaient rien pour payer un service, ni terres, car ils n'avaient pas de domaines ; ni argent, car ils n'avaient pas d'impôts publics; ni fonctions, la féodalité ayant tout pris; ils furent peu à peu abandonnés. Dans leur isolement, ils cherchèrent appui vi

ET LES DUCS DE FRANCE (Stl^Wl).

ao9

dehors ; ils se firent les amis de Pétranger. Les invasions des Allemands en leur faveur achevèrent de ruiner leur cause et préparèrent le paisible avènement d^une dynastie nouvelle, plus française, plus nationale.

TABLEAU GËiNÉALOGlQUE DES ROIS DE LA SECONDE RAGE. {La date fut suit ckaqve nom mt celle de la mort.)

Pépin de Landen, 6S9.

Saint Arnulf, «40.

Grimoaid, I Chttdébert m, tfS6.

Anségiseï 678.

Pépin d^HérisUa, 714.

Charles Martel, 741.

Carloman, 747. Pépin le Bref, (roi en 752), 768.

C&iRUMAONB, 814. Carloman, 771.

LOUIB LB DÉBONNAIRB, 840.

I-othaire, 85S. Pépin, 838. Louis, 878. Charles le Chauve, 877.

Page 1