‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 47 sur 103 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

ll«ir«c>« Capet foBde la trotaièpfte race (1l8V-00«).

— Louis V avait un oncle, le carioviiigien Charles, duc de la basse Lorraine ou de Lothier (Brabant, Li^, etc.), et par conséquent vassal du roi de Germanie. Mais Hugues Capet, fils atné de Hugues le Grand et duc de France, comte de Paris et d'Orléans, de plus abbé dé Saint-Martin de Tours, de Saint-Denis et de Saint-Germain des Prés, c'est-à-dire disposant des revenus et de Tinfluence de trois des plus riches abbayes de France, se décida à prendre enfin le titre de roi que son père avait dédaigné. Le duc de Bourgogne était son frère, le duc de Normandie son beau-frère. Ces princes, réunis à Senlis aux principaux seigneurs et évèques de France, rejetèrent Charles de Lorraine, que son étroite alliance avec les Allemands faisait regarder comme un étranger, et proclamèrent Hugues Capet, qui fut sacré à Noyon. Ainsi la France rompait définitivement avec TAUemagne et avec TEmpire.

« Le royaume ne s'acquiert point par droit héréditaire, avait dit Tarchevèque de Reims Adalbéron,mais par noblesse ' de sang et sagesse d'esprit; d et il avait proposé ('élection de celui qui l'avait protégé contre les menaces de Lothaire, et que l'on n'appelait que le grand Duc. Même durant la vie de Lothaire, le pape Sylvestre II, comme deux siècles et demi plus tôt le pape Zacharie, avait condamné Tancienne race royale : « Lothaire est roi de nom, disait-il, mais Hugues est roi de fait et par ses œuvres. » Et l'on contait que les saints eux-mêmes s'étaient mis du côté de la nouvelle dy- i

1. OoTrages à consulter: la Chronique de Raoal Glaber, Uv. Il-V: Vie du rat Robert, par Helgaad; Poime dAdalbéron ««r U règnt de Bobert; Vie de Bouchard^ comte de Melun, par Oion; Chronique de Hfêguee de rUWy,

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oastie : Hugues Capet faisant bâtir ujue chapelle à saint Valeiy, le saint lui était apparu et lui avait dit : « Toi et les descendants Yous serez rois jusqu'à la génération la plus reculée. »

Wiémm^mm d'wt ^pmmA flef à Iêl eoarowie. — Hugues Capet fondait une nouvelle maison qui régnait naguère encore sur plusieurs trônes de FEurope. Mais le nom de roi au dixième siècle donnait si peu de pouvoir réel, que cette fin de la dynastie carlovingienne et cet avènement d'une troisième race royale causèrent peu de sensation dans les provinces éloignées. On n'y voyait que la fin d*une lutte séculaire et de longs tiraillements. C'était pourtant un grave '^'' ,<^i<i^^ événement. Les princes de là première race avaient été rois des Frcmcê; ceux de la seconde, empereurs. Les uns avaient conservé l'institution barbare de la souveraineté de la tribu déléguée à son chef; les autres avaient repris ridée romaine , . t etj^^ve de la souveraineté reconnue à un homme qui tenait ses pouvoirs de Dieu. Hugues Capet fut roi de France^ c'estk-dire d\ine région déterminée ; et, souverain territorial, il eut avec le sol de la France les mêmes rapports que le baron avec son fief ; toutes les royautés modernes suivront ce modèle. En outre la couronne se trouvait celte fois réunie à un grand fief. Le roi devenait au moins, comme duc de France, i^mlede Paris, d'Orléans, etc., l'égal des plus puissants seigneurs. Que les circonstances lui viennent en aide, et il fera valoir les droits de son titre. Déjà, avec une adresse qui aura de sérieuses conséquences, il fait sacrer roi son fils dès la première année de son règne, et prévient le retour de ces ^ ,

comices électoraux d'où était sortie sa propre royauté, mais où la France aurait aussi trouvé, s'ils eussent été répétés aussi fréquemment qu'au delà du Rhin, l'anarchie cinq ou six fois séculaire de rMlemagne.

Oppositioii au Bonveav roi. — Tous les grands seigneurs de France n'étaient point venus à l'Assemblée de Senlis. On y avait vu le duc de Normandie, beau-frère du nouveau roi, les comtes du Vexin, de Chartres et d'Anjou^ Tarchevêque do Rouen, Tévêque de Soissons; mais non pas les puissants comtes de Flandre, de Vennandois, de Troyes et Tarchevèque de Sens, qui se déclarèrent pour Charles de Lorraine. Ijs le soutinrent rnal. Hugqes montra beancoupde résolqtjpi) ^t d'^^Wité. Il menaça l'archevêque de Sens de le faire déposer par le pape et par les évoques de sa province

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ecclésiastique s*il ne lui prêtait pas serment avant le l** novembre. Contre les comtes de Flandre et de Yormandois il fit des préparatifs considérables pour Tépoque, et les deux comtes, acceptant la médiation du duc de Normandie, adhérèrent à la décision de Senlis. Il ne restait plus, au nord de la Loire, d'autre appui au Carlovingien que le comte de Troyes, son beau-père. La lutte dura, avec des chances diverses, jusqu'au 2 avril 991, où une trahison la termina* Charles, livré à son rival par Tévêque de Laon, h^ pris et enfermé dans la tour d'Orléans, où il mourut Vanufté mvante'. Hugues Capet fut moins heureux dans rAqnfMÉMBV'jD vainquit bien le comte de Poitiers, qui lui fit hoiÉBlflàmais ce prince fut lui-même battu par le comte de Pi^S^ Adelbert, qui vint jusqu'à la Loire assiéger Tours, ifogflli lui ordonna de se désister de cette entreprise, et AdeHnit n'obéissant pas, il lui envoya un messager avec cette lion : a Qui t'a fait comte? — Qui t'a fait roi? » répônflf l'orgueilleux seigneur. Hugues Capet ne s'opiniâtra poinltobtenir Ta soumission de ces Aquitains indociles. Il In laissa reconnaître pour roi le fils de son compétiteur Œaritt de Lorraine, ou mieux encore signer leur charte de mots : Deo régnante^ pendant le règne de Dieu, en atten* un roi.

Inaction forcée des premiers Capétiens. — Ce ils furent deux siècles à l'attendre, jusqu'à Philippe Augui qui rendit enfin à la royauté une partie des droits et de force qu'elle avait perdus. Pendant la première moitié surtout de cette période de deux siècles, il y eut deux rois, mûs^ qui ne régnèrent point ; ils avaient un titre, une dignité bien plus qu'une force, une puissance. Les trois premiers suco^ seurs de Hugues Capet occupèrent le trône 112 années (9^ 1108), sans que l'histoire ait à peine autre chose à dire d*eat que leur nom.

Au reste, il ne faut pas demander aux premiers Cfeipél plus qu'ils ne pouvaient faire. Depuis que l'hérédité des fiel avait morcelé le territoire et que l'hérédité des offices a^ divisé l'autorité, il ne restait au roi ni assez de force maté^

1. Son fils aîné, duc de Lothier ou de Brabant, mourat en loos, sans postérité. Deux autres fils jumeaux du duc Charles n'ont pas laissé de traces certaines de leurs destinées. Les Guises se prétendirent, an seizième siècle, les detcendants de ce prince.

Cathédrale de Noyon'.

• Cette cathédrale, bÀtie sar Remplacement d'une églite qu'avait construite »M«dard, fut commencée vers liso C'est un des plus curieux monuments «leoz de la France.

rielle, ni assez d'influé nce pour agir hors de ses propres domaines à un autre titre que celui de suzerain, tenant réunies les diverses provinces par le lien féodal qui, sans lui« eût été rompu. Sur ses domaines, il vivait comme les autres sei;;^ gneurs féodaux; il tenait sa cour de justice, cour plénière^ parlement, faisait des chevauchées d^ne de ses villes à l'autre, et nUnterrompant ses longs loisirs que par des actes répétés de dévotions, de longues chasses dans les forêts qui avaient repris possession du pays, ou par une guerre contre quelque baron du voisinage. Pour le reste du royaume, tout y allait a soi, les seigneurs, sur leurs terres, faisant des lois et faisant la guerre, jugeant et exécutant, sans que le roi s'en mêlât. Le dernier capitulaire, c'est-à-dire la dernière loi générale pour tout le royaume, est du temps de Charles le Simple, et les plus anciens titres qui nous restent de la troisième race sont postérieurs à l'an 1100. Encore ne sont-ce, jusqu'à Philippe Auguste, que des chartes particulières. Pour trouver un document d'intérêt général, il faut descendre jus^ qu'à l'année 1190.

Allianee des premiers Capétiens avec l'Éfrltae. ^ v^-Ces princes avaient cependant suivi l'exemple des premiers Garlovingiens et s'étaient étroitement unis à TÉglise. S*ils ne tirèrent pas d'abord de cette alliance des résultats aussi brillants que Pépin* et Charlemagne, du moins l'Église consacra leur droit et le rendit populaire. Jusqu^à Philippe Auguste, chaque, roi prit soin de faire sacrpr, de son vivant, son fils aîné. Hugues Capet ne porta jamais la couronne, mais la chape d'abbé de Saint-Martin de Tours, et rendit à TÉglise plusieurs abbayes qu'il possédait. Robert fut un vrai saint ; et malgré quelques actes de sévérité de la part du souverain pontife, les princes de la nouvelle dynastie méritèrent le surnom que Rofme reconnaissante leur donnera de fils aines de PÉglise.

Robert (996-lOai) i son exeommimleatloii (098). — Hugues Capet était mort en 996, âgé de 54 ans. Robert, quMl s'était associé de son vivant, commença son règne au milieu d'une Universelle terreur. C'était une croyance depuis longtemps arrêtée, d'après une parole de l'Apocalypse, que le monde devait finir en l'an 1000. Aussi les donations aux églises se multipliaient, la piété croissant avec la crainte. Robert garda toute sa vie les impressions de ses premières années. 11 fut un moine plutôt qu'un roi, fort occupé d'au-

us QUATRE PR£MIi£RS CAPÉTIENS. (987-1108). 215

mânes et de chants d'église', fort peu de mettre de Tordre dans rËtat, ce qui, au reste» lai eût été impossible. Cette quiétude fut pourtant troublée par une excommunication dont le pa^pe le frappa pour avoir épousé Berthe, sa pareûte. Malgré sa piété, Robert résista d'abord aux foudres de Rome. Mais la terreur répandue dans le peuple par la sentence pontificale était si grande, dit un écrivain du temps, que tout le monde fuyait à rapproche du roi. Il ne resta près de lui que deux serviteurs pour lui apprêter sa nourriture ; et ils purifiaient par la flamme tous les vases auxquels il avait touché. Robert se soumit : il répudia Berthe et épousa Constance.

Mm velme €?OBetaiice et les A^vttolne. — Cette fenuxie impérieuse, que le roi lui-mémte ne tarda pas. à redouter, était fille du comte de Toulouse. Elle amena avec elle quelques-uns des troubadours qui charmaient de leurs vers toutes les cours du Midi. Mais ces Aquitains, par leur élégance, leur luxe et leurs mœurs légères, choquèrent singulièrement les Français du Nord, et il nous reste, dans le récit des écrivains du temps, une curieuse preuve de Tantipathie des <ieuz races, c Dès que Constance parut à la cour, dit Raoul Glaber, on vit la France inondée d'une espèce de gens, les plus vains et les plus légers de tous les hommes. Leur façon de vivre, leur habillement, leur armure, les harnais de leurs chevaux étaient également bizarres. Leurs cheveux descen- I daient à peine au milieu de la tête * : vrais histrions dont le l^i^B§nton^ rasé, les hauts-de-chausses, les bottines ridicules, terminées par un Ig^ réfeourbé, et tout Textérieur mal composé, annonçaient le dérèglement de leur âme. Hommes sans foi, sans loi, sans pudeur, dont les contagieux exemples corrompiirent la nation française autrefois si décente, et la prëdpitèreut dans toutes sortes de débauches et de méchancetés. » 11 faudra se souvenir, quand nous arriverons à la croisade des Albigeois, de ces vieilles préventions des Français du Nord contre ceux du Midi, pour comprendre le caractère atroce de cette^ guerre.

Constance, « qui jamais ne plaisante, » dit le moine Hel-

I. U nourrissait quslqoefois josqu'à miUa pauvres par jour, et le jeodittint krait les pieds à plusieurs et les servait à geooux. 11 aimait à chanter W lotria; et composa des hymnes que l'Église eonsenra.

% Les Méridionaux portaient les cheveux courts, suivant Tusuge romain; 1«8 Français du Nord gardaient encore la mode germanique des longues eherelores.

gaud dans la touchante histoire qu'il nous a laissée de Robert, Constance fit le tourment du roi. Il se cachait d'elle > pour faire ses aumônes, et elle poussa à la révolte son fils A atné Hugues, qui mourut en 1025, pais Henri, son troisième.'

fils». W;

*~^ Importance extérieure d« titre de roi de 9rmn.i». ; «cqulflitlon du duché de lloiir|^o|^ne (lOlO). — De loin le titre de roi de France faisait illusion. Sous le règne précédent, le duc Borel, qui commandait dans la Marche d^Espagne, menacé par les Sarrasins, av^t invoqué le secours de V Hugues Capet, comme jadis les émirs de* Saragosse et de ' Huesca imploraient ceux de Gharlemagne. Lorsque les Italiens voulurent se débarrasser, à Tavénement de Conrad I«, de la domination allemande, ils oifrirent la couronne de leur pays à Robert. Les seigneurs de Lorraine lui proposèrent en même temps de le reconnaître pour leur souverain. Robert, eflfrayé de tant d'honneur, se hâta de refuser. Il avait raison pour ritalie ; il eut tort pour la Lorraine. Mais ce refus n'était sans doute que le juste sentiment de sa faiblesse. Ce roi acquit pourtant le duché de Bourgogne, après une guerre, de cinq ans (1016). La maison royale se trouva alors posséder

1. fl Un jour qu'il revenait de faire sa prière, Robert trouva Balance garnie par sa vaniteuse épouse d'ornements d'argent. Après avoir considéré cette lance, il regarda tout autour de lui pour voir s^il ne trouverait- pas quelqu'une qui cet argent fût nécessaire; et apercevant un pauvre en .haillons, il lui demanda quelque outil pour ôter l'argent. Celui-ci ne savait ce qu'il en voulait faire ; mais le serviteur de Dieu lui dit d'en chercher un au plus vite. Quand il fut revenu avec l'outil, le roi et le pauvre s'enfermèrent ensemble et enlevèrent l'argent de la lance. Alors le roi le mit lui-même dans le sac du pauvre, en lui recommandant, selon sa coutume, de bien prendre garde que sa femme ne le vit. Lorsque la reine vint, elle s'étonna fort de voir la lance ainsi dépouillée, et Robert jura

f)ar complaisance le nom du Seigneur, qu'il ne savait comment cela s'était ait. II avait une grande horreur pour le mensonge; aussi, pour empêcher ceux dont il recevait le serment de tomber dans le parjure, il avait fait une châsse de cristal tout entourée d'or, où il eut soin de ne mettre aucune relique.

< Comme il soupait à Étampes, dans un ch&teau que Constance venait de lui bâtir, il ordonna d'ouvrir la porte à tous les pauvres. Un d'eux vint se mettre aux pieds du roi, qui le nourrissait sous la table. Mais le pauvre, ne s'oubliant pas, lui coupa un ornement d'or de six onces qui pendait de ses genoux, et s'enfuit au plus vite. Lorsqu'on se leva de table, la reine vit son seigneur dépouillé, et, indignée, se laissa emporter contre le saint à des paroles violentes : < Quel ennemi de Dieu, bon seigneur, a désho- < noré votre robe d'or t — Personne, répondit-il, ne m'a déshonoré : cela • était sans doute plus nécessaire à celui qui l'a pris qu'à moi, et, Dieu « aidant, lui servira. • Un autre voleur lui coupant la moitié de la muigt de son manteau, Robert se retourna et lui dit : c Va-t'en, va-t'en, coo- « tente toi de ce que tu as pris; un autre aura besoin du reste.... » (Heigaut, Vte de Robert.) ^

deux des plus grands fiefs, les duchés de France et de Bourgogne. Malheureusement Henri, qui succédera à son père comme roi, ne pourra pas garder le dernier.

L'Épanle de Ga.Uardon».

Penéenilon contre les Juifs (10]0)| premiers hérétiques brûlés (toaa). — 11 y a à noter sous le règne

1. VÉpaule de Gallardon est un débris fort curieux d'une tour de l'ancien cb&teau de Gallardon^ près d'Ëpernon (Eure-et-Loir). La tour de Gallardon fut rasée par le roi Robert à cause des brigandages exercés par le châtelain, puis rebâtie an onzième siècle par Geoffroy, Ticomte de Châleaadun, et enfin démantelée et mise dans son état actuel par Dunois iors<ia'il en chassa les Anglais.

218 LES QUATRB PRKKISRS CAPtoSHS. (l»&7-U08).

de ce prince, en 997, une insurrection des serfa de Normandie (Yoy. p. S87), une persécution cruelle des juifs, en représailles de la destruction de l'église du Saiat-Sôpulcre à Jérusalem, par le khalife fa^imite d'Egypte", et la première exécution, en France, d^hérétiques. Treize de ces malheureux furent brûlés à Orléans (1022). Un d'eux avait été confesseur de la reine Constance. Cpmmedl Posait près d'elle pour aller au supplice, elle Im^â^ytfw œa avec une '. baguette qu'elle tenait à la main. D'autres exécutions eurent lieu à Toulouse et ailleurs. L'hérésie indignait les fidèles et l'Église, mais elle attestait un certain mouvement<}|g^Mprits. Ces écarts mômes de l'intelligence, hors de la ]^iua tTàcée, prouvent que nous ne sommes plus au temps où la pensée était comme morte. La première Renaisionee commence au onzième siècle. )-

« Robert, dit la chronique de Saint-Denis, s^teignit pour « la vie éternelle en copiant l'obituaire de Melun. » Cette ville, qui vit aussi mourir Philippe I*' et naître Philippe Auguste, servit souvent de résidence à saint Louis, et fut j comme la seconde capitale des premiers Capétiens.

Henri I*' (t031-l060)| fondation dcJa ]H*emtèrc maison capétienne de Bourgogne. — Henri I*' n^^tait que le troisième fils de Robert; un de ses frères aînés étstit mort, et Tautre f étant imbécile, ne fut pas roi. » Cette fois le duc d'Aquitaine assista au couronnement. La maison cs^pé&ienne prenait racine dans le pays. Henri eut à sQuttrir de l'ambition de sa mère. Constance eût voulu que la couronne passât à I son quatrième fils Robert. Henri ne se débarrassa de cette rivalité qu'en cédant la Bourgogne à son frère. Ce Robert fut la tige de la première maison capétienne de Bourgogne, laquelle subsista jusqu'à l'année 1361. Henri eut encore à réprimer une autre révolte de son frère Eudes, qu'il prit et renferma dans le château d'Orléans (1041).

Inertie de Henri 1«'| non mariaf^ avee «ne prln-

1. Pendant tootle moyen âge, les juifs qui, ne pouvant avoir de la terre, 4iyaient de Tor, furent ftans cesse chassés ou rappelés, persécutés «a tolérés, mais, dans ces derniers cas, toujours au prix de cruelles humiliations. A Toulouse, un dimanche de Pâques, un juif devait se présenter devant l'église pour y recevoir un soufflet. Le droit de souffleter le juif était délégué aux personnes que Tévéque voulait honorer. En lois, un vicomte 4e Roeheehouart s'en acquitta si bien que la cervelle du patient saau. La perséeution donna aux juifs des vices que sans elle ils n'auraiont pas «ns, et qui justifièrent ensuite le mépris et la crainte que ces m;iihenr«ri> inspirèrent.

ee.«. rMMe. - Ce règne de trente anijées ^ yî4e f9 f JJ* « Nous avons vu, dit un contemporain, 1 inertie du roi Ko-^ .. ., bert, nous voyons maijitenap.t^ celle de sSH^s, le roit^eV / Henri, héritier de laisse paternelle. » Sauf, en eflei, quelques expéditions en Normandie, la plupart malheureuses, Henri I- ne fit rien. En 10^6, iV rejete l'offre que lui faisait le duc de la haute et basse Lorraine de le reconnaître pour i suzerain, et i\ laissa le comte de Flandre porter son hom- ^ ^ , mage à Tempereur d'Allemagne. H[cy^

Roinet du château de Robert le Diable.

L'acte le plus remarquable de ce règne fut le mariage du m avec une fille du grand-duc de Russie. Henri avait pris une princesse d'une maison si éloignée, afin d'être bien sûr qu'elle ne pourrait se trouver sa parente à un degré prohibé par l'Église. Aane, disait-on, descendait par sa mère, fille de l'empereur Ramanus II, de PhiUppe de Macédoine. Son/) premier-né porta le nom du père d'Alexandre. j

» #• M»mM«l«t Um comte» ém Bloto «i

A^AbJoq. — Si ]a royauté ne faisait rien, c'est que les seigneurs faisaient beaucoup. Trois surtout x)ceupaient alors la France du bruit de leur ambition et de leurs guerres.

Robert, surnommé le Magnifique par les grands, et le Diable par le peuple, avait usurpé la couronne ducale de Normandie en empoisonnant dans un festin son frère, Richard III, avec les principaux barons. A force d'énergie et de courage, il écrasa les résistances que son crime avait soulevées, et maître incontesté de la Normandie, intervint chez tous ses voisins. Il soutint le roi Henri contre son frère, ce qui lui valut en retour le Vexin français. Il voulut renverser du trône d'Angleterre Kanut le Grand au profit des fils d'Éthelred, ses cousins; mais la tempête ayant rejeté sa flotte des côtes anglaises sur celles de la Bretagne, il envahit ce pays et força le duc Alain à lui faire hommage (1033). En 1035, pris de remords, il alla chercher à Jérusalem le repos de sa conscience. Il mourut au retour, dans l'Asie Mineure. On voit encore au-dessous de Rouen, dans un des plus beaux sites de la Normandie, une colline qui porte quelques ruines informes. Ce sont les débris du château de Robert le Diable, qui, au dire des légendes, fut hanté par les mauvads esprits ; et -ce serait non loin de là quéTëan sans Terre aurait p<»gnardé son neveu.

Le fils et le successeur de Robert le Magnifique fut le célè» bre Guillaume le Bâtard, qui eut beaucoup à faire pour obtenir l'obéissance de ses vassaux. La bataille du Val des Dunes, près de Caen (1046), le débarrassa enfin de ses adversaires. Le roi Henri, son suzerain, qui y avait combattu pour lui. trouva bientôt le jeune duc trop puissant et s'allia à tous ses ennemis. Ce fut la cause de rencontres nombreuses, entre les Normands et les Français (habitants de V Ile-de-France], ceux-ci habituellement soutenus par les Angevins et les Bretons. Celle de Mortemer, en 1054, fut la plus sanglante.

Le roi, aidé du comte d'Anjou, était entré en Normandie par le comté d'Évreux, tandis que son frère Eudes pénétrait dans le pays de Caux avec les chevaliers picards, champenois et bourguignons. Le duc Guillaume fit face avec deux années k cette double invasion ; ceux qui marchaient contre Eudes rencontrèrent près de Mortemer les Français dispersés au pillage. Ils tuèrent les uns, prirent les autres et mirent le reste «A fuite. D«'rapid«8 messagers portèrent au 4u6 lom boniies

LES QUATRB PREMIBIIS C;APAt1BNS (987-1108). %i\

nouvelles. « La nuit venue, il envoya un des ûens qui monU sur un arbre près du camp du roi et se mit à pousser de grands cris. Les sentinelles lui ayant demandé pourquoi il criait ainsi à pareille heure : « Je m'appelle Raoul de Ternois, c rôpondit^il, et je vous apporte de mauvaises nouvelles. Gon- ( duisez vos chariots et vos chars à Moriemer pour empor- « ter vos amis qui sont morts, car les Français sont venus « vers nous afin d'éprouver la chevalerie des Normands et

Ch&teaa d'Angers*.

• ils Font trouvée beaucoup plus forte qu'ils ne l'eussent c voulu. Eudes, leur porte-bannière, a été mis en fuite honc teusement, et Gui, comte de Ponthieu, a été pris. Tous les « antres ont été faits prisonniers ou sont morts, ou, fuyant « rapidement, ont eu grand'peine à se sauver. Annoncez au c plus t&t ces nouvelles au roi des Français de la part du « duc de Normandie, j Le roi efl^rayé se retira en toute hâte.

1. Cê ehâteao, <rai lert aojonrd'hoi d'anenalt a été bAtt par taist Loais iiir remplacement de raneien château de Foulques Nerra.

SSt LE§ QUATRE PRBMIBRS eAPBTOfiNS (987-1 lOS^.

et G^offroi Martel Ait obligé d^ab&Ddonner à Guillaume la sui zeraineté sur le Maine.

Eudes II, comte de Blois, Toulut s^emparer du joyaume de Provence, ensuite de la Lorraine, et il comptait réunir encore à la Lotharingie reconstituée la couronne dUtalie. Maisj une bataille dans le Barrois mit à néant les espérances du turbulent baron; Eudes y fut vaincu et tué (1037); sa femme seule put le reconnaître au milieu des cadavres qui jonr chaient le sol et faire rendre les derniers honneurs à ses

reste»- U^iViLW

Un prince, contre lequel Eudes combattit souvent, eat encore plus de renommée; c'est Foulques Nerra ou le Noir, comte cl'Anjou, qui fit trois pèlerinages à la Terre sainte. Au j dernier il se fit traîner sur une claie par les rues de Jérusalem, nu, la corde au cou, se faisant fouetter à grands coups par deux de ses valets, et criant de toutes ses forces : « Seigneur, ayez pitié du traître, du parjure Foulques! » Puis iJ entreprit de revenir à pied, mais il mourut en route (104^0). Foulques avait en effet bien des crimes à expier. Constance était sa nièce : s'étant plainte à lui d'un favori de son époux, Foulques avait aussitôt envoyé douze chevaliers avec ordre de poignarder le favori partout où ils le trouveraient. De ses deux femmes, il avait fait brûler Tune, ou, selon quelquesuns, il Pavait poignardée lui-même après qu'elle s'était sauvée d'un précipice où il l'avait fait jeter ; l'autre, il l'avait contrainte, par ses mauvais traitements, à se retirer en Palestine. Son fils, Geoffroi Martel, fut aussi batailleur, fi. avait voulu, en 1036, contraindre par les armes son père à lui céder le comté d'Anjou ; mais le vieux Foulques l'avait 'vaincu et soumis à la peine du hamescar. Le fils rebelle avait fait plusieurs milles en rampant, une selle sur le dos, pour venir aux pieds du comte iftnplorer son pardon. Geoffroi Martel, jaloux delà puissance du duc de Normandie, s'unit contre lui aU roi Henri I*». Ses successeurs suivirent cette politique, et les rois de France eurent dans les comtes d'Anjou d'utiles alliés contre les ducs normands devenus rois d'Angleterm,- jusqu'au moment du moins où ces comtes héritèrent eux-miSbies de la couronne britannique. On rapporte que la femme de Geoffroi Martel aimait la lecture, mais que telle était alors la rareté des livres, qu'elle fut obligée de donner deux cents moutons, cinq quartiers de froment et autant de seigle et de millet peup avoir un manuserit renfarmant des hométfes.

Cathédrale d'Angers.

La belle cathédrale d'Angers fut commencée sous Foulques Nerra.

Ia trêfe Ae Dieu (1041). — Pour diminuer les maux qu^entraînaient les guerres continuelles des seigneurs entre eux, rËglise proposa et fit adopter par beaucoup de princes un pacte ainsi conçu : f Du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine, les jours de grandes fôtes, Tavent et le carême tout entiers, il est interdit de faire œuvre de guerre. Ce sera la trêve dé Dieu, Celui qui Tenfreindra composera pour sa vie ou sera banni du pays. » Essayée pendant cinquante ans par les évèques d'Aquitaine et de Bourgogne, cette trêve venait enfin d'être réalisée par ceux de Provence; de là elle gagna tous les pays chrétiens où elle mit un peu d*ordre en attendant que la royauté reconstituée en donnât davantage. \l»^

Philippe I« (loeo-il08). — Philippe I»' n'avait que sept ans à la mort de son père, mais le roi Henri avait eu soin de le faire sacrer à Reims de son vivant. Cette couronne des premiers Capétiens, était d'ailleurs si peu de chose, que même sur la tète d'un enfant, elle ne donnait à personne l'envie de s'en saisir. Le règne de Philippe !•' eût été encore moins rempli que celui de son père, si la nation avait été engourdie et somnolente comme son chef. Ce prince vit quelques gentilshommes de Coutances soumettre l'Italie méridionale et la Sicile, un Capétien de la maison de Bourgogne fonder le royaume de Portugal, le duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, faire la conquête de l'Angleterre, enfin toute la chevalerie de France s'élancer à la croisade. Il laissa ces grandes ehoses s'accomplir sans y prendre part. A la fin, pourtant, poussé de jalousie contre son trop puissant vassal, le duc de Normandie, il lui montra, sinon une inimitié bien dangereuse, du moins un mauvais vouloir obstiné. Il soutint contre lui les Bretons, et l'obligea à lever le siège de Dol (1075); il secourut son fils a!né Robert, qui s'était révolté contre le nouveau roi, mais cette fois s'attira une guerre fâcheuse. « Quand donc ce gros homme accouchera-t-il? » avait-il dit en raillant l'embonpoint de Guillaume. A quoi le Conquérant avait répondu qu'il irait à Paris faire ses relevailles avec dix mille lances en guise de cierges. Il faillit tenir parole. U entra dans les domaines du roi, mettant tout à feu et à sang. Mantes fut pris et brûlé, même les églises, où beaucoup de personnes périrent dans les flammes, et ses coureurs allèrent

brûler les villages jusqu'aux portes de Paris. Heureusemenl il tomba malade à Mantes même et 8*en alla mourir près de Rouen.

Le roi de France continua la même politique sous le successeur du Conquérant, mais avec la même mollesse. Il soutint encore Robert, duc de Normandie, contre Guillaume le Roux, qui avait usurpé sur son frère aîné la couronne d'Angleterre, et il vendit au dernier sa défection. Il sentait bien le péril où était la France, avec un roi d'Angleterre, maître par la Normandie des avenues de Paris; et il n'avait pas le courage de faire l'effort nécessaire pour le conjurer.

Son mariage avec Bertrade, femme du duc d'Anjou, l'exposa à un autre danger, l'excommunication, dont l'Eglise, gardienne des lois morales, le frappa. Pendant dix années, il n'en tint pas compte. Sous ce prince indolent, le domaine s'accrut pourtant du Vexin français, du Gâtinais et de la vicomte de Bourges, ^r

Faits divers. — Sont 1m Capétiens, les assemblées nationales que Ourlemagne avait si soavent eonaultées, même ces rénaions de grands «eigneurs et d'évèques qu'on trouve encore fréquemment au dixième siècle, tombent en désoétnde par le progrès même de la féodalité et la raioe du pouvoir centrai. Elles ne reparaîtront qu'an qoaloniôme sièole, qoand le roi aura décidément prévalu sur les seigneurs (voyex, ohap. xxvi. le règne de Philippe IV). — Réforme de Tordre des bénédictins, en 930, a Çlsny, par saint Odon. En 973, réforme des monastères de la province d« Reims par l'archevêque Adalbéron. Ainsi le grand mouvement de réforme religieuse que Grégoire VII imprima, au siècle suivant, à toute l'Europe, ajait commencé dès celui-ci en France. — Oerbert, né en Auvergne, ai^ chevêque de Reims, puis de Ravenne, enfin pape sous le nom de Sylvestre lï, invente Tborloge à balancier et substitue en Europe aux caractères romaina qui servaient de chiffres, neuf si g es presque semblables A nos signes actuels, de 1& une plus grande faciUte dans les calculs.

ii6 LA FRANCE AU ONZIÈME SIÈCLE.

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