‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 48 sur 103 · LÀ PHANCB AU ONZIÈME SIÈCLE. EXPOSITION DU SYSTEME FÉODAL · texte numérisé non relu

LÀ PHANCB AU ONZIÈME SIÈCLE. EXPOSITION DU SYSTEME FÉODAL

Troi» iiocllités diflf<&reiitefl. — Au sixième siècle , nous avons trouvé trois sociétés en Gaule, les Gallo-Romains, les barbares, et TËglise; il y eu a trois encore au onzième siècle, les seigneurs, les clercs et les serfs, chacune ayant ses mœurs, son organisation propre, et jusqu'à un certain point sa langue et sa littérature particulières : les deux premières, riches, puissantes et actives; la dernière, opprimée et misérable.

I. lia «oelété féodale i le* ileffi et les vassaux. -^ Ou a VU redit de Mersen permettre^ en 847, à tout homme libre de se choisir un seigneur, et Tédit de Kiersy décréter, en 877, rhérédité des fiefs et des offices royaux. Ces édits consacraient une révolution commencée depuis longtemps et qu'il convient d^étudier de plus près, car tout un ordre social nouveau en sortit, qui, après avoir régi souverainement TEurope pendant plusieurs siècles, n'a pas encore complètement dis^ paru. Dans les pays mêmes où une organisation fondée sur d'autres principes a remplacé la société féodale, le moyen âge a légué des coutumes qui se sont trouvées plus fortes que les nouvelles lois. I^ noblesse moderne est un reste toujours vivant des temps féodaux.

il y eut, depuis les Carlovingiens, deux espèces principales de propriétés : les alleux, terres franches d'impôts et de redevances, « ne relevant que du soleil; >i les 6^* fices, terres chargées de redevances plus ou moins nombreu-

I. Principaux ouTrages à consulter: Histoire de la Civiliiotion en France^ par M. Guizot, t. IV ; Histoire du droit français^ par M. Lafe^ rière. t. IV; Histoire littéraire de la France avant le douzième siècle, pir Ampère : Polyptyque d*Irmion et Cwrtulaire de Saint-Père de Charlrts^ par Guérard ; Histoire des clauses agricoles^ par Dareste ; Histwre des -iMses owortires par Levasseur.

ses. Celui qui ayaît reçu un béoéfice ou fief était obligé, visà-vis de celui qui Pavait dohné, soit àdes services personnels, ' soit à des prestations en nature, en échange desquels il pouvait compter sur la protection du donateur. La plus importante de ces obligations est celle du service militaire. Ijtn mllevx AwM0km en bénéfices i Im reconunsndA- '^. lion. — Au milieu d'une société livrée à toutes les violences, les propriétaires d^alleux, libres de toutes charges, mais isolés, par conséquent très en danger, cherchèrent un appui auprès 46S grands et se recommandèrent' k quelque homme puissant du voisinage. La recommandation était Tacte par lequel un propriétaire d'alleu faisait une cession fictive de sa terre au protecteur qu'il s'était choisi, pour la reprendre de ses mains non plus comme alieu^ mais comme bénéfice^ avec toutes les charges de service militaire et de redevances en aature dont était frappée la propriété bénéficiaire. Cet usage devint général. Charlemagne lui-même contribua à le rendre tel par l'obligation qu'il imposa à tout homme libre de se choisir un seigneur et de lui rester fidèle. Il voulait par là discipliner une société qui avait conservé des goûts d'indépendance barbare, et y mettre de l'ordre en y mettant de la hiérachie. Mais il arriva qu'en travaillant pour l'ordre, il ravaillait contre son propre pouvoir, ou plutôt contre le pouvoir de ses successeurs, car, pour lui, il était inattaquable. Afin de sauvegarder les droits de l'autorité municipale, il avait exigé le serment direct des hommes libres. Louis le Débonnaire prit la même mesure au commencement de son règne; à la fin, il eût été fort embarrassé de la renouveler; pour ses. fils, ils n'y songèrent même pas. Alors les hommes libres n'eurent plus affaire qu'au seigneur dont ils dépen<- / (iaient„ et ne connurent plus que de nom l'autorité royale, qu'ils n^ sentaient jamais.

Comme c'étaient les propriétaires qui se recommandaient entre eux, on cçnsidéra bientôt la terre, qui reste, plutôt que l'homme, qui passe et meurt. Ce ne fut plus l'homme faible qui se xecommanda à l'homme fort, mais le petit champ au grand domaine, et certaines formalilés symbolisèrent cette relation nouvelle; la terre venait en quelque sorte se placer elle-même dans la main du grand propriétaire, sous la forme d'une motte de gazon ou d'un rameau d'arbre que le propriétaire y déposait. C'est là le germe <)e la relation féodale. Vers la Un Ai) règn^ de Charles U

Chauve, la réyolulion était accomplie : il n'y avait pins guère que des bénéfices ou fiefs, c'est-à-dire que toute terre , dépendait d'une autre terre, tout homme d'un autre homme. La première était le fief mouvant tenu par le vassal ; la se» conde était le fief dominant tenu par le suzerain ou seigneur^

Hérédité des bénéflrefi. — JÛn jour Charlemagne reprochait à son fils Louis, roi d'Aquitaine, de ne point chercher assez à s'attacher ses sujets par des présents, des concessions de terre : c Vous ne donnez, ajoutaitr-il, raillant finement la dévotion de son fils, vous ne donnez que voire bénédiction, encore si on vous la demande, ce n'est point assez. > Le roi d'Aquitaine lui répondit qu'il n'avait plus rien à donner, parce que les leudes refusaient de rendre les bénéfices qu'ils avaient une fois reçus et les transmettaient à leurs héritiers. Charlemagne répliqua qu'il ne fallait pas laisser ainsi usurper les domaines royaux, mais les reprendre aux usurpateurs ; toutefois, en souverain prudent et en bon père de famille, il ne voulut pas compromettre la popularité de son fils et se chargea lui-même d'une tâche dançrereuse pour tout autre : des agents envoyés en son nom firent sortir les bénéficiers des domaines qu'ils détenaient illégalement. Toute l'explication de la révolution de cette époque est là. Les obstacles que Charlemagne pouvait briser étaient insurmon- \ tables pour ses faibles successeurs. Sous eux, l'hérédité des n bénéfices acquit la force d'une coutume, d'un droit, et^J droit fut légalement reconnu à partir de l'an 877. ^A

Hérédité des fonctions pnbllqnes on offices. — Il en fut de même de l'hérédité des charges publiques et des titres de duc, de comte, etcr, auxquels était attaché l'exercice d'une autorité déléguée par le prince et d'autant plus étendue que les rois, Charlemagne tout le premier, avaient pensé fortifier leur propre pouvoir en donnant à leurs agents des pouvoirs plus larges.^Mais, pour les offices, comme p^r le9 bénéfices, Charlemagne avait l'œil ouvert sur les wmreiâ ^fc^ibres de ses comtes : on le voit à chaque instant, ^s ses capitulai- J| res, arrêter leurs tenta^jes d'empiétements, goiurmander^ leur négligence et les empêcher dVuFlier que le maître,, c'est lui. Pour les mieux tenir, il ne confiait jamais qu'un comté au même individu. Ses successeurs oublièrent cetiesage et

( àfîéux, c'eét-ftHlirea^Mres n'ét

t. n se conserta cependant des âliëux, c'est-ftHlire oes^ieires n'étant sujettes à aucune redevance féodale, surtout dans le midi. Au nord de II Loire Us ne furent qu'une très-rare exception.

vigilante conduite, qui d'ailleurs leur eût été impossible. L'argent étant rare et l'impôt public n'existant plus, c'était par des terres, avec des bénéfices, qu'il fallait payer tous les services. Quand ces bénéfices furent devenus héréditaires, les rois^jgQçsédèrejjbplus qu'un très-petit nombre de domaiDe§4cna^eg ara^ité de leurs vassaux. Sans argent, i / sans soldats, sans terres, ils ne purent empêcher leurs offî-'w^ '"^^ ciers de s'attribuer aussi l'hérédité des fonctions dont ils cfaient investis, le comte, par exemple, ce qu'on appelait son comté, c'est-à-dire le droit d'exercer, dans une certaine -étendue de territoire, les prérogatives de l'autorité royale qui lui avaient été déléguées. Le capilulaire de Kiersysur-Oise consacra cette usurpation. On aurait une idée de ce qui se passa alors, en imaginant ce que serait la France si nos préfets, nos magistrats, nos généraux ne pouvaient plus être privés de leurs fonctions par le gouvernement qui les emploie, et avaient le droit de transmettre à leurs enfants, et au besoin celui de vendre, au même titre que toute autre propriété, l'autorité que l'État leur confie. Encore y aurait-il celte difTérence que chez nous ces autorités sont divisées, et qu'au' onzième siècle elles étaient réunies, le comte étant à la fois chef politique, militaire et judiciaire dans son comté.

Cette usurpation des droits royaux donnait à tout grand propriétaire ou seigneur les prérogatives souveraines : le droit de guerre, celui de battre monnaie, de faire des lois, de juger et de faire exécuter les sentences, etc. Et, comme r celle usurpation avait eu lieu à tous les degrés de l'échelle t .. administrative, par le duc, le comte, le vicomte, le 'centênier, la féodalité, c'est le nom de ce régime, présenta une hiérarchie de propriétaires ayant plus de droits politiques en proportion de ce qu'ils avaient été primitivement investis par les rois de fonctions plus étendues. Cette explication peut / aidera comprendre comment 150 grands tenanciers exerçaient '. à Tavénement de Hugues Gapet, le droit r^égalien de battre monnaie et comment tant d'autres guerroyaient à leur gyâ^, « ' légiféraient et jugeaient ; mais elle ne suffirait pas à rendre compte de cette transformation des pouvoirs publics en privilèges domaniaux sur la surface entière du territoire. Il faut y ajouter que tout grand propriétaire avait déjà, de temps immémorial, une juridiction domestique sur ses esclaves, ses serviteurs, ses colons et ses tenanciers, et que la justice

seigneuriale était, comme Ta dit Montesquieu, une dépendance antique de la grande propriété du fief. L'usurpation « n'était donc pas dans le droit que s'attribuaient les seigneurs y. '* .de rendre la justice, mais dans c^lui de juger souveraine- ""î^" 'ment en dernier ressort.^ ^^.AoUjUtGt^ , Il y avait peu de propriétaires au moyen âge ; maïs la pro- ^^ priété était alors, on le voit, "bien plus fortement constituée

\* qu'aujourd'hui, puisqu'elle donnait ce qu'elle ne donne plus,

^ le pouvoir politique, législatif et judiciaire, c Alors propriété V ' et magistrature étaient tout un. » Et cela caractérise ce temps

^1 qui a été si justement appelé le moyen âge. Le seigneur féodal, à la fois propriétaire et souverain, sert en^ effet de

""' transition entre l'ancien maître, qui n'avait que des esclaves soumis à sa toute-puissance, et le propriétaire moderne, qui n'a plus que des fermiers ou des domestiques dont les re-' lations avec lui sont l'effet de libres conventions. u .

lies g^rands vassaux. — On appela grands vassaux^ies seigneurs qui faisaient personnellement hommage au roi, comme les comtes de Champagne et de Flandre, les ducs de Bourgogne et d'Aquitaine, etc. Ces grands vassau^p exerçant sur leurs terres tous les droits de la royauté, y administrant, jugeant, gueiToyant, sans souci du roi, celui-ci n'avait plus qu'un titre sans force réelle, à moins que ce titre ne fût réuni à la possession de quelque grand fief, duché ou comté. Ce fut là toute l'importance de la révolution qui substitua les Capétiens aux Carlovingiens. En 987, le domaine royal se bornait à la cité de Laon et à quelques villas ; par l'avénement de Hugues Capet, ce domaine comprit tout le duché de France, et le roi se trouva au moins égal en puissance à ses vassaux, tandis qu'auparavant il était inférieur en force réelle au plus faible d'entre eux.

Hiérarchie féodale. — Les propriétaires de fiefs formaient une vaste association, une hiérarchie qui remontait du simple chevalier jusqu'au roi, et où chacun pouvait avoir à la fois ce doul)le caractère de suzerain et de vassal. Ainsi un comte, vassal d'un duc ou d'un roi, était suzerain de plusieurs vicomtes, barons ou chevaliers. Le roi de 'France fut luî-môme vassal de l'abbé de Saint-Denis pour une terre qu'il tenait de cette abbaye ; le duc de Bourgogne Pétait de l'évèque de Langres ; et on voit dans un acte que trentedeux chevaliers bannerets devaient l'hommage et le service militaire au vicomte de Thouars, qui lui-même devait l'un

EXPOSITION DU SYSTÈME FÉObAL. 831

et l'autre aa comte d*Anjoii, Tassai du rm de France. Seulement, ià ne faudrait pas croire qu'un comte fût toujours et partent supérieur à un Ticomte et subordonné à un duc. Là subordination hiérarchique n*existait que dans nntérieur de chaque grand fief, et le comte d^Anjou n^avait rien de commua avec le duc de Bourgognsi, si ce n^est son titre de Tassai de k couronne de France. Même dans bien des fiels, les Tassaux traitèrent leur suzerain comme les grands avaient traité le roi de France. C'était un droit du vassal, expressémeet reconnu, de guerroyer, quand bon lui semblait, contre son seigneur, en lui retirant son hommage, à condition de lui restituer le fief, ce que, haDituellement, il se gardait bien de faire. Enfin, on pouvait être à la fois vassal de deux suzerains différente et être requis en même teihps par eux du service militaire.

Homai^pe» fol, iaTMtittu*. — La relation féodale était établie par une cérémonie où trois formalites principales devaient être accomplies. Celui qui recevait une terre d^Un autre se plaçait à genoux devant lui, la main dans ia main de son futur seigneur, et déclarait qu'il devenait son hommes c'est^--dire qu'il devait défendre sa vie et son honneur; puis il prêtait serment de fui ou de fidélite. Voici la formule de Thommage lige: « Doit Phennne joindre ses deux muns^n nom d'humiiite, et les mettre es deux mains de son seigneur, en signe que tout lui voue, et promet foy; et le seigneur ainsi lé reçoit et aussi lui promet de garder foy et loyaute, et doit rhomme dire ces paroles : c Sire, je viens à vostre c hommage, en vostre foi, et deviens vostre homme de boui che et do mains, et vous jure et promets foy et loyaute enc Yera teus et contre tous, garder vostre droit en mon pouc voir*. Alors, le seigneur, à son tour, lui donnait ia terre par rtmwsltture, soit en lui remettent une motte gazonnée m rameau d'arbre, ou, pour les grands fiefs, un étendard

1. Bpntettler, Somme rurale, liv I, tit LXXIX« — Vhommage êimpUs on fratu de rendait debout, le ▼aseal tenant la main sur l'Évangile et ayant »0B épée et son éperon, qu'il 6tait pour la cérémonie de Vkotnmnge-iigf. Daas cette dernière cérémonie, le vassal tête nae, mettait un genou en terre, et, plaçant ses mains dans celles de son seigneur, lui prétait serment de fidélité. Un vassal devait quelquefois Tliora mage- lige pour un fief et l'hommage simple pour un autre. Ainsi le duc de Bretagne consentait au premier poui le comte de Montfort, mais prétendait ne devoir que le secoiul pour son duché. Il y avait aussi hommage de fol et de service, par lequel le vassal s'ohlîgciit à rendro serviciî de son propre corps au seigneur, comme de lui servir de champion et de combattre pour lui en gage de bataille.

c CTest la coutume, dit Othon de Freysingen, que les ro; mes spient livrés par le glaive, les provinces par VéienC

0nB«imis et vaMal. — Cette triple cérémonie acheva Tun devenait le suzerain, Tautre le vassal,et,dès ce mom( des devoirs et des droits réciproques les unissaient. Le zerain devait à son vassal protection et bonne justice, et ne pouvait lui retirer son fief que pour forfaiture ou son.

La plus importante de toutes les obligations-4mposé6s à vassal était celle de suivre le suzerain à là guertre. Les cow ditions auxquelles les vassaux avaient reçu leur fief,détern]| naient combien île jours, 60, 40, 30, ou même moins encoi^ ils devaient faire ce service, et avec combien d'hommes sff mes. Quelques-uns ne le devaient que dans lés limites del terres du suzerain et pour le défendre, non pour attaquer Les abbés, les fournies, exemptée de servir, fournissaient des] remplaçants. Quiconque avait à remplir Tobligation du ser-i vice féodal était réputé noble.

Si le vassal servait le suzerain dans ses guerres, il était tenu de Taider aussi de conseils, quand il en était requis, et de le servir dans sa cour de justice. En prenant part aux jugements, il s'engageait à prêter son bras pour faire exécuter la sentence que sa bouche avait prononcée.

11 y avait en outre les aides féodales \ le vassal devait aider le suzerain à payer sa rançon, à marier sa fille aînée, à armer son fils aîné chevalier, à s'équiper pour le voyage à la Terre sainte.

Ce n'étaient pas les seules occasions où le 8uz»rain tir^ de ses vassaux d'utiles redevances. A chaque muïàlpD, le seigneur percevait un droit de relief que payait l'hériuêr du fief lorsqu^il en recevait l'investiture. C^était une somme d'argent, ou plus souvent, dans l'origine, un cheval de 8e^ vice, un desUier. une selle, des armes, une paire d'^)eroo9 dorés, et^î^n*^^ ^W

Si un vassal vendait son fief, une partie du prix d%chat, équivalant d'ordinaire au revenu d'une année, appartenait au suzerain, comme droit de mutation.

Le fief sans héritier ou frappé de confiscation pour forfaiture, c'est-à-dire pour infidélité ou trahison de la part du vassal, revenait au seigneur. De là, la fortune des maisons suzeraines qui eurent l'avantage de durer. Une partie des terres de la couronne, sous la troisième race,, se composa de

Gefs qui, fkute d^irs, avaient fait échute au domaine £oyal.

Lb Tassai mineur éta^ sous la garde du suzerain, qui percevait les fruits jusqu'à sa majorité.

Les filles ne pouvaient prendre pour époux que Thomme qui leur était présenté par le suzerain, à moins de payer une somme quelquefois considérable. ^

il y ayait encore des obligations morales. LeTvassal devait . f\ j^ garder les secrets de son suzerain, lui dévoiler les macbina-^t^'^ tiens de ses ennemis : partout défendre son honneur; lui donner son cheval dans la bataille, sMl était démonté, ou prendre sa place en captivité ; en un mot, n'épargner ni son bien ni sa personne pour le sauver de péril ou de honte. ^ Ces obligations remplies , le vassal devenait à peu près vmaîbre absolu sur son fief, et ne pouvait le perdre que pour ! cas de forfaiture, c'est-à-dire en ne satisfaisant pas aux coni ditions du contrat féodal.

r Remarquons que le système féodal, en se développant, ^gea toute chose en fief. Toute concession : droit de chasse dans une forêt, de péage sur une rivière, de conduite, sur les routes, pour escorter les marchands, de four banal* dans une ville, toute propriété utile, enfin, concédée à condition de foi et hommage, devenait un fief. Les seigneurs multiplièrent les concessions de ce genre, afin de multiplier te nombre d^hommes qui leur devaient le service militaire. Mais le fief lui-même auquel des droits de justice étaient attachés, resta, en général, indivis et passa tout entier à Talné.

Belmttons des vassmnx entre enxi pairs; deel Jadlelatrei droit de guerre privée. — Les vassaux d'un même seigneur étaient pairs ou égaux entre eux \^rei\^ et ils composaient sa cour de justice, de laquelle il était permis • d'appeler à la cour du suzerain supérieur. Les formalités n'y étaient ni longues ni difficiles. Si les parties ne pouvaient s'entetaàre, le conseil judiciaire, ou duel en champ clos, décidait de la justice et de la vérité. Le vaincu était nécessairement le coupable. C'était Dieu qui prononçait. Quand une

f . On donnait le nom de &anaZ aux choses à l'asage desguelles le seigneur dn fief était en possession d'assujettir ses vassaux, ann d'en retirer certaines redeyances. Ainsi ie four, le moulin, le pressoir où les vassaux étaient contraints de venir faire cuire leur pain, moudre leur blé et fouler leurs raisins, & charge de laisiser au seigneur une portion de ce qa'iDi apportaient en payement dn servict rtndu.

V»'4\î.ii

S34 LA FRANCE AU ONZIÈME Sl6CLft.

des parties était une femme, un clerc, un enfant ou un yieii lard, elle pouvait se faire remplacer par un champion, mai courait toujoun» les risques du conibat. La défaite du cham pion était la condamnation de celui qu'il représentait. Cett comparution par^-devant la cour du suzerain semblait mèm trop longue à Timpatience batailleuse de ces hommes. Pouj un tort éprouvé, pour une injure reçue, ils recouraient im médiatement aux armes. C'était le droit de gueire prirée Toutefois on y mettait de la loyauté: on avertissait d^avancl son ennemi.

Tous les seigneurs n'avaient pas une juridiction égale. I y avait la haute, la moyenne et la basse justice, et certain: nobles n'avaient que la dernière et la seoonde. Ces diaftinc tions, qui ne portent pas toujours sur la nature de^ pmnes mais quelquefois sur la qualité des justiciables ', ne 4ureD régulièrement déterminées que dans les siècles su JTaivtSp L( / droit de haute justice entraînait le droit de rendre if^iftsen tences de mort. Le pilori et le gibet qui s'élevs^ieotjpirj^ di château en étaient les sinistres emblèmes. i

Un ebâteaii féoilal. — Tout régime politique pournûta ^ la rigueur, se caractériser par le lieu où il a plaiçé l^wapct<^^ du pouvoir. Les républiques anciennes avaient leur âgcuraei ' leur forum ; la grande monarchie de Louis XIV eu^ son palais de Versailles où tenait tout ce qu'on appe(a^t ^qr» k France; les seigneurs féodaux eurent leurs châteauJi. C'étaient, en général, d'énormes édifices ronds ou caFréat,jptafié> sur des hauteurs, pour voir de loin, massifs, sans qrètûtecture ni ornement, et percés à peine de quelques meurtrière^ d'où sortaient les flècheis, et ayant parfois, comme celui de Montlhéry, cinq ençï^mtes se dominant l'une l'autreu « La porte, dit un moderne qui, à force d'érudition, s'est presque rendu le contemporain de ces vieux âges, la porte, flanquée de tourelles et couronnée d'un haut corps de garde, se présente toute couverte de têtes de sangliers et de loups. Entrezvous, trois enceintes, trois fossés, trois ponts-levis à passer, s vous vous trouvez dans la grande tour carré où sont lesci- \y\ ternes, et à droite, et à gauche, les écuries, les poulaillers..

\ t. Ainsi dans le Dauphiné, la haute justice s'exerçait sur Tes nobles et

les clercs au civil comme au criminel; la moyenne sur les roturiers et les mainmortables pour les causes criminelles et dans les causes civiles pour lesquelles Famende dépassait 60 sous; la basse pour les mêmes causes. auand l'amende était inférieure à 60 sous (Salvain de Boislieu, De Vutag* àes fief* en Dauphiné, edii. de 1731.

leycql^abiers, les remigês. Les caves, les souterrains, les prisons sont V^^-^^^^jV^^^^^l^^ les logements, les magasins, les lardoirlmi ^lo^î^es areenaux. Tous les combles H sont bordés de mâchiçoaîîs, de parapets, de chemins dé ronde,

ds guérites. Au milieu d^la^ccyr est le donjoij, qui renferme

Ancien château de Montlhéry. \, ,' l^

les archives et le trésor. Il est profondément fo^soy^é dans son pourtour, et on n'y entre que par le pont, presque toujours iwé, bien que les murailles aient,'Comme celles du château, plus de six pieds d'épaisseur, il est vêtu, jusqu'à la moitié de sa hauteur, d'un second mur en grosses pierres de taille '. »

1. Monteil. BUtoire de* Fr<mçai* des dvters EtaiSj t. I, p, ii9. Voye> aussi Chéruel, ouvrage .cité^ au mot ChAUaua forts.

Le pont-levis couvrait, en se relevant, la porte 'du clidteai

(Pig, A.)

qui était encore défendue pnr ta h$UB 'fife- A)j ea ter, glissant tlaus des lalnures

0 JE a,>

lourde s^nJ

fl

Ciiâieau de Couc> ,u^. cj.

Aux angles de la forteresse s^élevaient de grosses tours garnies de créneaux qui protégeaient les défenseurs de

la place contre les traits lancés du dehors, et de mâchicoulis, sorte de parapet percé à jour dans sa partie inférieure, et d'où l'on pouvait verser sur les assaillants arrivés au pied du mur Teau bouillante et la poix enflammée (fîg. B).

Le donjon, devant être dans Tendroit le plus difficile d'ac* ces, occuper et dominer toute la place, s'élevait habituellement au milieu, comme on le voit encore àVincennes : quel-

Ruines du chàteao de Couey*

quefois H touchait aux remparts, comme dans lexhàteau de Coucy (fig. C). D'immenses souterrains ouvraient une issue au loin dans la plaine ou la forêt, p

I^ tronbadovr et le troirfère. — Les hommes qui habitaient une pareille demeure avaient besoin d'échapper à la # tristesse et à l'ennui qui tombaient de ces voûtes sombres ^t^\A^ti' sous lesquelles n'arrivait jamais un joyeux rayon de soleil. Mais on ne pouvait ni se battre ni chasser toujours. Le pèlcj -. • ' / . wW rin qui passait de loin en loin, venait pour quelques mo^ ' ^ roénts distraire les habitants du manoir par de pieux réc?^

,!Î39 Lk FRANCE AU ONZIÈME SIÈCLE.

et des nouvelles des paye étrangers. Mais une bonne fortuit c'était Tarrivée d'un barde, appelé trouvère dans le no«] troubadour dans le midi, qui, assis au foyer du seigneur, lu chantait, pendant de longues veilles, la tragique aventure d la dame de Fayel et du sire de Coucy, ou les merveilleux ex ploits des chevaliers de la Table Ronde, de Renaud et de Roland, de Charlemagne et de ses douze pairs; à moins qu< Tassistance, en veine de s'égayer, ne lui demandât quelque fabliau moqueur ou les bons tours joués à maître Isengiii par son rusé compère, maître Renard : \

Car ils ôtent le noir penser, Deuil et ennui font oublier.

Tonrsofs. — Il y avait cependant aussi des jeux fêtes; mais les j^^^ etd^sfètes à l'usage de cette société batailleuse furent des tous ejcTes combats souvent mortels^ les joutes et les tournois. Geoffroy de Preuilly, seigneur du Vendômois, mort en 1066, en fut comme le législateur. On. n?apportait aux tournois que <les ajjgjs c<Tâ[rwises,à fer énfefrssé, c'est-à-dire sans pointe ni tîjfn^; mais dans les combats à outrance^ on employait les armes ordinaires. Les juges ou diseurs de tournois faisaient prêter serment aux chevaliers de combattre loyalement; et, après avoir mesuré les lances, les épées, vérifié si l'un des adversaires n'était pas attaché à la selle de son cheval, ils donnaient le signal de la lutte. Les combattants couraient l'un contre l'autre ; si leurs lances se brisaient contre les boucliers ou contre l'armure de fer^ ils se frappaient avec l'épée ou la hache d'armes jusqu'à. Dii^Me l'un d'eux tombât vaincu. Celui qui n'observait pas IpTlois du combat, qui frappait autr^ part qu'entre les quabvinem. bres, ou plus de coups que les juges n'en avaient permis, etc., perdait ses armes et son cheval. Ordinairement le heaume et l'épée du vaincu appartenaient au vainqueur.. Les prix décernés par les juges étaient, au mieux frappant, une épée de tournoi : au mieux défendant, un heaume. C-élàîient souvent les dames qui décernaient le prix. Ces fêtes attiraieht toujours un grand concours de princes, de seigneurs et de chevaliers, mais toujours aussi quelques-uns étaient emportés de la lice mourants ou morts *.

JLrmmm. •— Jusqu'à Charlemagne, les armes avaient été

|. pour 1# «liovalArlt» ▼«!. plut loin.

EXPOSITION DU STSTBMB FEODAL,

surtout ofTensives ; au moyen âge, elles furent surtout défennves. Du onzième au quatorzième siècle, les chevaliers por-

(Fig. A.)

(Fig. D.)

(Fig. F.)

(Fig.B.)

oTHiBîS^

(Fig. C.)

tèrentlacotte de mailles ou haubert, qui enveloppait Thomme d'«m«a de U Ute ma RMda ai qui élait à l*épreuv« da Tépée

mais non de la lance (fig. A]. Contre la lance on se garnis

(Pig. K.)

(«g. G.) , (J.it. H.) (Fig. J.)

d^une camiflolB fortement r^nibautrôe, le ^iii6#son ou hoqwton (fig. B), ou d'une plaque de fer appliquée immédiatement

sur la peau, et nommée plaU (fig. G.) Le. heaume, en fer ^^mJDçe, enveloppait la tète et ne laissait respirer et voir que par d'étroites ouvertures qu'on nommait visière ou ventaille, La figure D représente le heaume de saint Louis, tel qu'on le veifc &ur les vitraux de Chartres. Le heaume n'était porté que p$t les chevaliers, mais tous les hommes d'armes avaient le bonn^^ 4^ fer ^g. E), qui se rattachait au haubert par plusieurs rése'aux ^Sr mailles de fer. L'^ ou bouclier (fig. F] servait encore d'arme défensive. Les armes offensives étaient al(»rs l'^p^e (fig. 6), la kmce (fig. H), la hache dTarmee (flg. I), ^la masse d'armes (fig. J), le fléau d'armes (fig. K), et \e poignard , , \ de miséricorde. Les fantassins n'avaient que le coutil ou cou-/ ^' ' teau et Parc, ou l'^ri^lète apportée d'Asie au douzième siècle./^ iJ*'- ' ' '

H. Idfc «oelélé relifTleiiM t féodalité eeelé»lMtiqae. — Le clergé était lui-même entré dans ce système. L'éyèque, autrefois défenseur de la citéf en était bien souvent devenu le comte, par usurpation traditionnelle ou par expresse concession des rois qui avaient réuni, comme à Reims et en beaucoup d'autres villes, le comté à l'évèché, l'autorité politique à l'autorité spirituelle ; ce qui faisait de l'évêque le suzerain. . » de tous les seigneurs de sn diocèse. Outre ses dîmes^ l'É-^tt-Xt- f*^^ glise possédait, grâce aux donations des fidèles, des biens k^ ^ immenses. Pour les mettre à l'abri des brigandages de ceXlviKx^ temps, elle avait recours au bras séculier. Elle choisissait des laïques, hommes de courage et de tète, à qui elle confiait ses domaines pour qu'ils les défendissent au besoin par l'épée. Mais ces avoués des monastères et des églises firent comme les comtes du roi, ils rendirent leurs fonctions héréditaires, et prirent pour eux le bien dont on leur avait commis la garde. Ils consentirent pourtant à se reconnaître vassaux de ceux qu'ils dépouillaient, à leur rendre foi et hommage, aux conditions ordinaires de rodfixaaçes en nature m. ^ ^ ^ et de services personnels. Les abbés, les évèques, devinrent /; < • ainsi des suzerains, des seigneurs temporels, ayant de nombreux vassaux prêts à s'armer pour leur cause, une cour de justice, toutes les prérogatives enfin exercées par les grands propriétaires. Alors on vit des évèques ducs, des évèques comtes, vassaux eux-mêmes d'autres seigneurs, surtout du roi, dont ils recevaient l'investiture des biens attachés à leur église, ou, comme on disait, de leur temporel. Cette féodalité ecclésiastique fut si nombreuse, si puis- I santé, qu'en France et en Angleterre elle posséda, an moyen

S4S UL rilANCB AU ONZIÈME SIÈCLE.

flge, plus du ciAquième de toutes les terres, en Allemagne près du tiers. Car il y ETait cette différence enti% TËgiise et le roiy que celui-ci, la conquête achevée, ne reçut plus rien, tandis qu*il dpnnait toujours, de sorte ^u'il arriva à ne plus posséder que la ville de Laon; et que TEglise, si elle perdait quelques domaines, chose difficile parce qu^elle avait Texcommunication pour les défendre, acquérait tous les jours. Il y avait en effet peu de fidèles qui mourussent sans lui laisser quelque bien, de sorte qu*eâe recevait sans cesse et ne rendait jamais ou rendait peu, et seulement ce q violence lui enlevait.

^ liM lettres «aas l'tf^irltee* » On a vu comment V pire des Francs, en tombant des mains de Gfaarlemagne, se brisa. U en fut de même de la civilisation,4Qt)i-M é^^Fients commençaient à se rassembler et>à se cborofoneripar ses soins. Il ne lui avait point échappé queTunite dhdées est le ciment indispensable de Tunite politique; et il avait eu d'ailleurs, comme tous les grands esprite, la passion de régner sur un empire civilisé plutôt que sur des barbares. De là ces lettres, ces capitulaires où il ordonne de < former des écoles et d'y appeler, non-seulement df*^ fils de serfs, mais ceux des hommes libres, » c'est^à-diio non-seulement les enfants des pauvres gens des campagnes, à qui les guerriers laissaient avec dédain Thumble et pacifique avenir de clerc ou de moine, mais encore ceux même» qui devaient un jour succéder à ces guerriers, et porter dans les bateilles la grande épée de leurs pères. De pareils commandements ne teiKiaieBi à rien moins qu'à former une société laïque éclairée, ce qoÈ eût changé tout le moyen âge. Mais, Charlemagne mort, cetf» noblesse à l'école jete bien loin la grammaire latine et il grammaire tudesque, et vit avec joie s'ouvrir la carrière guerres civiles, où chacun fait ce qu'il vewt et où le gagne tout.

Hinemmr et Seot foigène. — Du moins la sociélfr* eo-: clésiastique conserva quelque chose de l'impulsion 4<toQ4|e; aux étudies par Charlemagne. Sous le vaste édifice mmif

^ en tous sens, mais point encore renversé, le neuvii^esiècle ^rite un développement intellectuel qui ne manque pas d'une certaine grandeur. Hincmar remplaçait Akiiin, et Charles le Chauve s'efforçait d'imiter Charlemagne. En 855, la loi et un concile recommandèrent à Tenvi l'ettseigneident des iettrei divines et humaines ; nouvelles tentatives en&â9

"• Ancienne église abbatiale de Saint-Rlquier»

.Celte belle çgUse d'une des plus célèbres abbayes du moyeii Am d»te du aiiin rî£"*'v.^f** * 1*^ l'abbaye*^de Saint-Riquier était, »oas ChariSSiSgre/diîiïée' r Alcum. Otu écol« et l'abbaye ont donné ving*-»» irapes à l'Églile *

844 LA FRANCE AU OMZlillE SIÈCLE.

pour restanrer les éeoles carkmngieiiiies, c parce que cette interraplion des étndes amène I^igiioraiiee de la foi et la disette de toute science. • On retixwiTe en 833 la première mention de Tècole épiscopale de Paurîs, qui jeta plos tard tant d'éclat, rt dans le catalogue de la bibtioth^oe de Saint- Riquier pour Tannée 831 il est faut mention de i56 volâmes, panni lesquels les ÉgiogiÊa de Virale et la KkéUmque de Cicéron, Térence, Macrobe et peni-ètre Trogne Pompée, que noos avons perdn.

U y eat même an monrement didées i^os<q^qaes et des disputes qui présageaient celles des grands siècles du oK^en âge: le moine Gotheschalk avait cm tronrer dans les écrits de saint Augustin le dogme de la prédestination. Gombatta par le savant éTéqoe de Majence, Raban Maor, disciple d*Alcuin, condamné par deux condlesyil fut enfermé an fond d^on cloître par Hincmar jnsqu^à la fin de ses jours, sans avoir vooln se rétracter. Le célèbre Jean Scot Érigène (l^lriandais), chargé par Hincmar de loi répondre, appela à son toor la répression par ses raisonnements porenafflit humains, philosophiques, cenmie fl les nommait Ini-mème et puisés en effet dans l'étude de la philosophie des anciens.

lV«a'Vclle décadence à la €■ d« ■mvièaie stède^ et

pohtiqœ augmente ; Tempire achève de s'^^UBr^lmiBeismeurs s^agitent, combattent, dépouillent, fom le désordre \ leur aise. Quelle place, au milieu de ces Tiolences, pour les études! Aussi ne les trouve-t-on plus que dans quelque monastère isolé, se^ â^^K 9^ ^ cachent, au dixième siècle, pour éviter le wulïïe ^&q^ tempêtes, les derniers et pâles flambeaux de la science. Au dehors,' nuit profonde : afiâreuse misère physique et morale; des pestes, des famines; il semble que la mort physique va s^emparer du monde, que la mort intellectuelle a déjà presque entièrement conquis; luimême croit qu^il va périr. L^an 1000 approche, on ne bâtit plus, on ne répare plus, on n'amasse plus pour l^venir, du moins pour l'avenir d'ici-bas ; on donne au clergé ses terres, ses maisons, mundi fine appropinquantej parce que la fin du monde approche.

Mais cette heure d'angoisses et d'inexprimable terreur se passé comme toutes les autres. Le soleil se lève encore le premier jour de Tan 1001. La rie suspendue reprend son

Vv x^'^ ciens

pour restaurer les écoles carloviDgiennes, c parce que cette interruption des études amène Tignorance de la foi et la disette de toute science, i On retrouve en 822 la première mention de Técole épiscopale de Paris, qui jeta plus tard tant d'éclat, et dans le catalogue de la bibliothèque de Sainte Riquier pour Tannée 831 il est fait mention de 256 Tolumes, parmi lesquels les Églogues de Virgile et la Rhétorique de Cicéron, Térence, Macrobe et peut-être Trogue Pompée, que nous avons perdu.

Il y eut même un mouvement dUdées philosophiques et des disputes qui présageaient celles des grands siècles du moyen âge : le moine Gotheschalk avait cru trouver dans les écrits de. saint Augustin le dogme de la prédestination. Combattu par le savant évêque de Majence, Raban Maur, disciple d^Alcuin, condamné par deux conciles, il fut enfermé au fond d'un cloître par Hincmar jusqu'à la fin de ses jours, sans avoir voulu se rétracter; Le célèbre Jean Scot Érigène (rirlandais), chargé par Hincmar de lui répondre, appela à son tour la répression par ses raisonnements purement humains, philosophiques, comme il les nommait Iui-m6me et puisés en èfifet dans l'étude de la philosophie des an-

IVoovelle décadence à la un du Beuvième aiftele» et iieeoude renalMance au onslème. — Maisil» confusion politique augmente ; Tempire achève de s'é^yrer^MS^sei- ^neurs s'agitent, combattent, dépouillent, font le désordre k leur aise. Quelle place, au milieu de ces violences, pour les études I Aussi ne les trouve-t-on plus que dans quelque monastère isolé, seul asj^e' o^ se cachent, au dixième siècle, pour éviter le ^ùMé ^i^ tempêtes, les derniers et pâles flambeaux de la science. Au dehors,' nuit profonde : affreuse misère physique et morale; des pestes, des famines; il semble que la mort physique va s^emparer du monde, que la mort intellectuelle a déjà presque entièrement conquis; luimôme croit qu'il va périr. L'an 1000 approche, on ne bâtit plus, on ne répare plus, on n'amasse plus pour Pavenir, du moins pour l'avenir d'ici-bas ; on donne au clergé ses terres, ses maisons, mundi fine appropinquante^ parce que la fin du monde approche.

Mais cette heure d'angoisses et d'inexprimable terreur se passé comme toutes les autres. Le soleil se lève encore le premier jour de l'an 1001. La vie suspendue reprend son

2^6 LA^ FRANCE AU ONZIÈME SîfeCLE.

cours avec unn impétuosité nouvelle. Le monde remercie le Dieu qui Ta laissé vivre, par une ^ande pensée d^uni té chrétienne et d'héroïsme religieux, que le chef des chrétieos exprime : c Soldats du Christ, s^écrie le premier pape français, Sylvestre II, (999-1003), en montrant Jérusalem saccagée, soldats du Christ, levez-vous, il faut combattre pour lui 1 » Le siècle ne sera pas écoulé que des millions d*hommes auront répondu à son appel.

En attendant, tous les bras travaillent, et c la terre semble. ^ dépouiller sa vieillesse pour se revêtir d'une blanche «rttHr d'églises nouvelles, a On reconstruit les basiliques, on tonde • / des monastères. En huit siècles, 1108 seulement avaient été// bâtis en France ; 326 s^élèvent au onzième siècle, 802 amf' douzième. Les esprits se remettent en mouvement. Sylvestre II en donne l'exemple ; simple moine d^Aurillac, soas le nom de Gerbert, il était allé chez les musulmans d^Espagne étudier les lettres, l'algèbre, l'astroûomie ; il réunit une bibliothèque considérable; il construisit des sphères; il imagina l'horloge à balancier, merveille qui le fit plus tard passer aux yeux de la foule pour un magicien, vendu au diable.

La seconde renaissance se produit surtout dn France, et plus particulièrement dans cette province de Normandie, où s'était déjà montré, dans sa plus haute expression, Tesprit guerrier de la société féodale. Là se trouve la magnifiqne abbaye de Fontenelle ou de Saint- Wandril le, restaurée |Mur le duc en 1035, celle de Jumièges, dont on voit encore des ruines importantes (p. Ik2), celle du Bec, fondée en 1040 et qui s'illustra dès son origine par la présence de deux grands docteurs, Lanfranc, et saint Anselme ; sans parler des monastères de Gaen, de Rouen, d'Avranches, de Bayeux, de Fécamp et du Mont-Saint- Michel, c au milieu du danger de la mer. > Guillaume le Bâtard était appelé le Conquérant, mais aussi le Grand-Bâtisseur.

Au fond de ces monastères les moines ne se contentent plus de copier les rares manuscrits qui ont survécu au naufrage de la civilisation antique. Ils sont curieux des événe- -^ents qui s'accomplissent autour d'eux et les écrivent, ou s'inquiètent d'afiTermir leur foi par des discussions théologiques qui redeviennent savantes. Richer, élève de Sylvestre H , et qui est médecin en même temps que moine, écrit à l'abbaye de Saint-Rémi, une histoire du dixième siècle dansla^-

EXPOSITION mr système féodal.

quelle il imite Sallusie comme Ëf^nhard imitait Suétone. Abbon, moine de Saint-Germain, chante en vers quelquefois ^boUfiiuules exploits du comte Eudes et des Parisiens contre les Northmans, dont un autre Guillaume compose Tbistoire à Tabbaye de Jumièges.

liAB franc et saint Anfelaiei JBér enfler et Boacelin.

Notre-Dame d'OreiTaL

— Pendant que ceux-là écrivent, d'autres enseignent, et les écoliers accourent. A Saint-Étienne de Caen, Tltalien Lanfranc (1005- 1089) avait plus de 4000 auditeurs. En vain il voulut fuir dans la solitude du Bec une illustration qui le poursuivait ; elle le porta, malgré lui sur le siège archiépiscopal de Cantorbéry. Cette activité renaissante de Tesprit s'écartait parfois des sentiers battus. Nous avons parlé de l'hérésie qui conduisit 13 malheureux au ^ûfibfic, en 1022. Une autre, suscitée par Bérenger de Tours, troubla plys de

"248 LA FRANCE AU ONZlÈMB SIÈCLE,

trente ans, TÉglise (1050*1080). Bérenger ne voyait, comme Scot Érigène, qu'un pur symbole dans l'Eucharistie, et soumettait les choses de la foi à la raison : c II faut pourtant bien se résigner à ne pas comprendre, lui disait Tévêque de Liège, son ami, car comprendras-tu jamais la grande énigme de Dieu? > Mais Bérenger voulait se rendre compte de sa croyance et portait audacieusement sa raison au milieu des mystères. Il est un des précurseurs de Luther, quoique Luther n'ait rien connu de ses écrits. Lanfranc fut son principal adversaire.

Saint Anselme, Italien conmie Lanfranc* , son successeur à Tabbaye du Bec et sur le siège de Cantorbéry, recommença la théologie dogmatique, à peu près délaissée depuis sadat Augustin, c'est-à-dire depuis six siècles. Il s'établit, avec une foi absolue, au cœur du dogme chrétien, et employa Unû» les forces de son puissant esprit et toutes les ressourtses de la dialectique, c'est-à-dire l'art du raisonnement, à en démontrer la vérité. Il procède parfois avec la rigueur de Descartes, et la preuve fameuse de l'existence de DIev donnée par le père de la philosophie moderne lorsqaK s'élève du fait seul de la pensée à l'être absolu qui en renferme la raison et l'origine, n'est qu'un argument de saîal . Anselme.

Saint Anselme eut, comme Lanfranc, à faire tête à de h0h dis novateurs, qui, s'aidant deuj|a ^kctique, cette damgpK reuse alliée de la théologie, ébramaienH^s dogmes en v^Ë lanf les soumettre au raison nemeht suivant les règles d^ii logique d'Aristote. Bérenger avait essayé d'interpréter Si mystère de l'Eucharistie, Roscelin attaqua, vers 1085, erfcl de la Trinité, et la scolastique naissante commença,*^ avec lef querelles des réalistes et des nominalistes^^ les subtiles dis- \ eussions qui stérilisèrent tant de laborieux efforts. (Voy, ( chap. xxv.) , Sj '

Ijes aria dans PÉ^lise. — L'Eglise était non-seulement la foi, mais la science. Elle avait des docteurs; elle formait aussi et dirigeait des architectes, des peintres et des sculpteurs. Le dixième siècle avait peu construit; au onzième, quand la troisième année après l'époque fatale de l'an lOCO eut dissipé toute ciainte, les populations, comme par un

i. Il était d'Aoste en Piémont, mais il passa presqoe tonte sa vie (io3o- 1109) et écrivit tous ses oavrjiges en France. Lanfranc était de Parie.

pour restaurer les écoles carloviDgiennes, c parce que cette interruption des études amène Tignorance de la foi et la di^ sette de toute science, i On retrouve en 822 la premièrement tion de Técole épiscopale de Paris, qui jeta plus tard tan^ d'éclat, et dans le catalogue de la bibliothèque de Saintn Riquier pour Tannée 831 il est fait mention de 256 Tolumes,| parmi lesquels les Églogues de Virgile et la Rhétorique de Cicéron, Térence, Macrobe et peut-être Trogue Pompée, que nous avons perdu.

Il y eut même un mouvement dUdées philosophiques et des disputes qui présageaient celles des grands siècles du moyen âge : le moine Gotheschalk avait cru trouver dans les écrits de saint Augustin le dogme de la prédestination. Combattu par le savant évêque de Majence, Raban Maur, disciple d^Alcuin, condamné par deux conciles, il fut enfermé au fond d'un cloître par Hincmar jusqu'à la fin de ses jours, sans avoir voulu se rétracter; Le célèbre Jean Scot Ërigène (Plrlandais), chargé par Hincmar de lui répondre, appela à son tour la répression par ses raisonnements purement humains, philosophiques, comme il les nommait lui-même

'Vj>' et puisés en effet dans l'étude de la philosophie des an-

^v p^ ciens.

1 IVoovelle décadence à la Un du Beuvième alèele, et

iieeoude renalMance au onslème. — ^^^M fi^^^^^^ politique augmente ; Tempire achève de s^éyoyrer; ife^seicrneurs s'agitent, combattent, dépouillent, font le désordre k leur aise. Quelle place, au milieu de ces violences, pour les études I Aussi ne les trouve-t-on plus que dans quelque monastère isolé, seul asUe' o^ se cachent, au dixième siècle, pour éviter le ^ùÂte *ct^ tempêtes, les derniers et pâles flambeaux de la science. Au dehors,' nuit profonde : affreuse misère physique et morale; des pestes, des famines; il semble que la mort physique va s^emparer du monde, que la mort intellectuelle a déjà presque entièrement conquis; luimême croit qu^il va périr. L-an 1000 approche, on ne bâtit plus, on ne répare plus, on n'amasse plus pour Pavenir, du moins pour Ta venir d'ici-bas ; on donne au clergé ses terres, ses maisons, mundi fine appropinquanUy parce que la fin du monde approche.

Mais cette heure d'angoisses et d'inexprimable terreur se passé comme toutes les autres. Le soleil se lève encore le premier jour de l'an 1001. La vie suspendue reprend son ,

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cours avec uno, impétuosité nouvelle. Le inonde remercie le Dieu qui Ta laissé vivre, par une grande pensée d*unitéchré- Uenne et d'héroïsme religieux, que le chef des chrétiens exprime : € Soldats du Christ, s'écrie le premier pape français, Sylvestre II, (999-1003), en montrant Jérusalem saccagée, soldats du Christ, levez-vous, il faut combattre pour lui ! » Le siècle ne sera pas écoulé que des millions d*hommes auront répondu à son appel.

En attendant, tous les bras travaillent, et c la terre semble^ d'églises nouvelles. » On reconstruit les basiliques, ontfonde/j

dépouiller sa vieillesse pour se revêtir d'une blanche |

des monastères. En huit siècles, 1108 seulement avaient &/èlf bâtis en France ; 326 s*élèvent au onzième siècle, 802 aou douzième. Les esprits se remettent en mouvement. Sylvestre II en donne l'exemple ; simple moine d'Âurillac, sous le nom de Gerbert, il était allé chez les musulmans d'Espagne étudier les lettres, l'algèbre, l'astronomie ; il réunit une bibliothèque considérable ; il construisit des sphères ; il imagina l'horloge à balancier, merveille qui le fit plus tard passer aux yeux de la foule pour un niàgicien, vendu au diable.

La seconde renaissance se produit surtout en France, et plus particulièrement dans cette province de Normandie, où s'était déjà montré, dans sa plus haute expression, l'esprttj guerrier de la société féodale. Là se trouve la magn^^ abbaye de-Fontenelle ou de Saint- Wandrille, restaurée' .pir le duc en 1035, celle de Jumièges, dont on voit encore ruines importantes (p. U2), celle du Bec, fondée en lOf^O ei' qui s'illustra dès son origine par la présence de deux grands' docteurs, Lanfranc, et saint Anselme ; sans parler des monastères de Caen, de Rouen, d'Avranches, de Bayeux, de Fécamp et du Mont-Saiot- Michel, c au milieu du danger de la mer. > Guillaume le Bâtard était appelé le Conquérant, mais aussi le Grand-Bâtisseur.

Au fond de ces monastères les moines ne se contentent plus de copier les rares manuscrits qui ont survécu au naufrage de la civilisation antique. Ils sont curieux des événe- '^^ents qui s'accomplissent autour d'eux et les écrivent, ou s'inquiètent d'affermir leur foi par des discussions théologiques qui redeviennent savantes. Richer, élève de Sylvestre H , et qui est médecin en même temps que moine, écrit à l'abbaye de Saint-Rémi, une histoire du dixième siècle dans Is^-

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