‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 49 sur 103 · COU-V · texte numérisé non relu

COU-V

monte un fronton tiiangolaire pea élancé, où s'annonça déjà la forme pjrramidale du style qui doit régner an siècle sairant. Le portail de Téglise de Moisaac, construit an corn* mencefflent du douzième siècle, offk*e un autre exemple de i la transition de Parc à Togive; le plein cintre y est à peine \J hisé. C'est de plus un Téritable musée de sculptures mânes,

m. liCs «erfii. — Au Onzième siècle, la France était cou Tvnrte d'une multitude de fiefs, qui formaient chacun un État i^rairt sa Tie propre, ses lois, ses coutumes, et son chef laïque oa ecclésiastique à peu près indépendant. Ce chef, ce noble, n'avait pas seulement des vassaux, il avait des sujets résidant sar la portion de son fief qu'il n'avait pas inféodée. Et d'abord les »erfs proprement dits, les hommes de la terre^ livrés à son entière discrétion, t Le sire, dit Beaumanoir, peut leur prendre tout ce qu'ils ont, et les tenir en prison toutes les fois qa'il lui plaît, soit à tort, soit ^ ^Jffni^ et il n'est tenu & en > ' répondre for» à Dieu. » W ^^ f- f ^'^^ ^

Les lamiamorteblefl. ^ Au-dessus sont les mainmorla^*-^^*^ Mes, t plus débonnairement traités, continue le vieux juriste ;^ .t^v v ^^^S^SiSSd^ le seigneur ne leur peut rien demander, ^ , s'ils iS*Wmowl^ors leurs cens et leurs rentes et leurs rede* Tances qirïTs ont accoustumé à payer pour leurs servitudes.» Mais le mainmortable ne peut se marier sans le consentement du seigneur, et s'il prend femme franche ou née hors la seigneurie, c il convient qu'il fine (finance) à la volonté du sei«^' ^ gneur. i C'est le droit de formariage. Les enfants seront '*■ également partagés entre les deux seigneuis. S'il n'y en a ^"^ '''' qu'un, il sera au seigneur de la mère. A la mort des mainmort2d>le9, tout ce qu'ils possèdent appartient au seigneur. Pour eux, nul moyen d'échapper à la rude main qui les courbe sur le sUlQjtt. Si loin qu'ils aillent, le droit de suite s'atlache à leur personne et à leur pécule ; le sire hérite partout d%j son serf./ î^^' i :***- ^^^^1^;,^*^

LesTftlaiMi. ^ A un degré sup^ieuri.«# trouvent les Jj / tenanciers libres appelés vilains, tûanantr ou roturiei^.j^;^ / Leur condition était moins précaire. Us avaient sauvé leurf liberté, que le serf ne possédait pas, et ils tenaient, à con- / ^ dition d'une rente annuelle et de corvées, les terres cen^j^l -- ^ sives que le propriétaire domanial leur avait concédées et qu'ils pouvaient transmettre avec tous leurs biens à leurs enfants. Mais, tandis que leurs tenures bénéficiaires ou fief^

trente ans, TÉgiise (1050-1080). Bérenger ne voyait, comme Scot Érigène, qu^un pur symbole dans rEucharistie, et s^ mettait les choses de la foi à la raison : c II faut pourMt bien se résigner à ne pas comprendre, lui disait l'évèquoiÉL Liège, son ami, car comprendras-tu jamais la grande énigMg de Dieu? » Mais Bérenger voulait se rendre compte dSw croyance et portait audacieusement sa raison au milieu é$^ mystères. Il est un des précurseurs de Luther, quoique ] ther n'ait rien connu de ses écrits. Lanfranc fut son prine adversaire.

Saint Anselme, Italien conune Lanfranc* , son suc à Tabbaye du Bec et sur le siège de Cantorbéry, recoms la théologie dogmatique, à peu près délaissée depuis i Augustin, c'est-à-dire depuis six siècles. Il s'établit, aveci foi absolue, au cœur du dogme chrétien, et employa \ les forces de son puissant esprit et toutes les res de la dialectique, c'est-à-dire l'art du raisonnenae en démontrer la vérité. Il procède parfois avec la de Descartes, et la preuve fameuse de l'existence de] donnée par le père de la philosophie moderne lor s'élève du fait seul de la pensée à l'être absolu qui ^i i ferme la raison et l'origine, n'est qu'un argument ^,$ Anselme.

Saint Anselme eut, comme Lanfranc, à faire tête à 4é1 dis novateurs, qui, s'aidant dajja,c^^c tique, cette reuse alliée de la théologie, éljaniaienH^s dogmes em lan{ les soumettre au raisonneraient suivant les règles logique d'Aristote. Bérenger avait essayé d'interpi mystère de l'Eucharistie, Roscelin attaqua, vers 1085, de la Trinité, et la scolastique naissante commença,*av< querelles des réalistes et des nominalistes^^ les subtiles eussions qui stérilisèrent tant de laborieux efforts chap. XXV.)

Ijes arts dans PÉ^lise. — L^Eglise était non-seui la foi, mais la science. Elle avait des docteurs ; elle ioiva^l aussi et dirigeait des architectes, des peintres et des teurs. Le dixième siècle avait peu construit; au onzii quand la troisième année après l'époque fatale de Tan l\ eut dissipé toute ciainte, les populations, comme par

i. Il était d^Aoste en Piémont, mais il passa presqoe tonte sa vie (1039- 11Q9) et écrivit tous ses oavrjiges en France. Lanfranc était de Pane.

élan de reconnaissance, travail lèrenl dans toute la chrétienté à la reconstruction des basiliques, et on peut dater de -ifiD moment la première époque de la grande architecture moyen âge. Une nouvelle religion produit une architect nouvelle, parce qu'il faut aux croyances qu'elle apport© ( symboles matériels qui en soient l'expression sensible*, j Orient, Tarchitecture chrétienne trouva sa ^rme dôs-^ sixième siècle : la croix grecque et la coupole en furent Hp caractères symboliques. La première, ou le gammada foiÉK par la réunion de quatre gamma, ij^, représenta la Trtallf parce que le gamma est la troisième lettre de l'alphtÉlC grec ; la seconde fut considérée comme Temblème du triôQP phe de Jésus s'élevant de sa croix vers le ciel. Sainte HâèM|ft avait déjà au iv« siècle, fait couvrir d'un dôme Téglisè l'Ascension à Jérusalem.

Mais d'une part, la construction de ce dôme à base <ânÉr laire, au centre d'une croix, c'est-à-dire sur un carré piÊf^ sentait de grandes difficultés archîtectoniques. D'autre |m4% le culte ne s'accomplissant plus, comme dans le paganianM^ dehors, mais à l'intérieur du temple, l'édifice religieux. iW couvrir un vaste espace pour abriter la multitude des fidèltil accourus aux cérémonies et aux instructions pastOTalea. En? problème fut résolu par un système de construction Sainte-Sophie à CQnstantjçmjDle, fut la plus belle expr une voûte centrale ^^u^ée p^r des voûtes second^jjjpep à 4 d'autres plus petites ~^gervent encore de contr^or '" Marc, à Venise, Saint-Front à Périgueux, et beaucoup dl*èglises du Périgord, de l'Ângoumois et de la Saintonge» fu* rent bâties sur ce modèle*. Dans ce système, toutes les surfaces planes et rectangulaires de l'architecture grecque, sont de* venues circulaires et curvilignes. Le trait dominant est alors la coupole sur pendentifs et non plus la coupole portaaft de fond, c'est-à-dire reposant sur le sol même, ou, comôM au Panthéon d'Agrippa à Rome, élevée sur un mur cylo* drique.

L^Occident attendit plus longtemps sa formule d'archîteè» ture religieuse. Les chrétiens s'établirent d'abord dans te basiliques, vastes bâtiments quadrangulaires, destinés àxa marchands et aux plaideurs, dont l'intérieur était divisé ea trois nefs par une double colonnade, les nefs des bas côtés

f . De Verneilh^ De r^rchitecture byzantine en France, ^

nastëres. Le clergé gardien des lois morales, se voyait réduit (r non à interdire la violence, mais à la régulariser en établis-/^ . , sant la trêve de DieUj qui défendait de tuer et de voler du/- • \ mercredi soir au lundi matiijj../^ ^< .^ t^. n '. \^ •

Aflfrense misère s une disette a« onzième stèele. -*\Ji Sur, qui retombait tout le poids de ces misères féodales? Peu meurtrières pour le noble bardé de fer, elles Tétaient beaucoup pour le manant, à peu près sans armure défensive. A Brenneville, où combattaient les deux rois de France et d'Angleterre, 900 cavaliers sont engagés, 3 seulement restent sur la place. A Bouvines, Philippe Auguste est renversé de sou cheval^ j6t Teste quelque temps sans défense aux mains des lantassîns ennemis : ils cherchent vainement un défaut dans son armure pour y faire passer la lame d'un poignard, et ils le frappent de masses d'armes qui ne peuvent enfoncer sa cuirasse ; les chevaliers ont tout loisir de venir le délivrer et le remettre en selle. Après quoi il se jette avec eux. au^ ! , , milieu de cette ribaudaijle, où les longues lances et les" pesantes haches ne frappent pas un coup en vain. Le seigneur pris., autre calamité , il faut payer sa rançon. Mais qui payait la chaumière et la moisson brûlée du pauvre diable? qui pansait ses blessures? qui nourrissait tant de veuves et d'or^phelins?

Deux auteurs contemporains, deux historiens des croisades, peignent ainsi ces temps désastreux : < Avant que les chrétiens partissent pour la contrée d'outre-mer, dit Guibert de Nogent, le royaume de France était en proie à des troubles perpétuels. On n'entendait parler que de brigandages commis sur les voies publiques. Les incendies étaient innom- ' brables, et la guerre sévissait de toutes parts sans autre cause qu'une insatiable cupidité. Bref, des hommes avides ne respectaient aucune propriété et se livraient au pillage avec une audace effrénée. » Guillaume, archevêque de Tyr, dit également : c II n'y avait aucune sécurité pour les propriétés ; quelqu'un était-il regardé comme riche, c'était ui. motif suffisant pour le jeter en prison, le retenir dans les fers €jt lui^faire subir de cruelles tortures. Ces brigands ceints f du glaive assiégeaient les routes, dressaient des embûches •' vv et n'épargnaient ni les étrangers, ni les hommes consacrés à Dieu. Les villes et les places fortes n'étaient pas môme à l'abri de ces calamités ; des sicaireg en rendaient les rues et ks places dangereuses pour les gens de bien. »

coupés par un étage en galerie, celle du centre terminée par un hémicycle où siégeait le juge. Le besoin du symbolisme modifia bientôt le plan de la basilique romaine. On y traça une croix, non pas le gammada byzantin aux quatre .bras égaux et représentant une idée métaphysique, celle de la Trinité, mais la croix latine, figure exacte de l'instrument du supplice, de sorte que TÉglise devint comme Venveloppe terrestre et sainte qui couvrit le corps du crucifié. Alors Ta fut coupée par les transsepis dont le centre %[]9lijj^ cX La nécessité imposée par le climat d'avoir deSl3iis3n i^^ qui ne retiendraient ni la pluie, ni la neige, etia ditficulté trop grande pour les populations barbares du x« siècle de soulever dans les airs la ^^Vj^ijL^^Iliik^^ ^ obligànegj^^ à^ couvrir les églises de lourdes xK^gfenresaMl la pyuss^|^ut renversé les murs, s'ils n'eussent été soutenus par de puissants contreforts extérieurs. Enfin, pour faire pénétrer la lumière dans ces édifices qui ne s'éclairaient pas d'en haut, on ouvrit des jours sur k façade et les côtés par des fenêtres i terminées en plein lyypfr^ De ces diverses innovations qui s'enchaînaient les unes aux autres, résulta l'architecture appelée saxone en Angleterre, lombarde en Italie et romane en France^ qù ,<^lle domina du x" au xiii* siècle. Alors les robustes piliers des vieilles ^lisçs «arlovingiennes s'élancèrent plus légers; les voûtes écf^i^if'devinrent plus hardies, les nefs moins sombres, les tours moins basses. L'air et la lu- | mière entrèrent dans l'édifice plus élancé vers le ciel; les maîtres des œuvres vives commencèrent à animer la pierre : déjà l'ogive se montrait, seulement, il est vrai, dans les voûtes et en vue de la solidité, non encore de l'agrément.

On peut prendre pour marquer ce progrès trois églises ; celle d'Orcival en Auvergne, de la fin du dixième siècle ou du commencement du onzième, a déjà quelque élégance mais peu d'élévation et d'ornements; point de portail principal, deux entrées seulement par les côtés ; à quelle distance est-on du style ogival! la cathédrale d'Angouléme de 1120 affecte encore les lignes droites et horizontales de fancicn système d'architecture. Sa façade rectangulaire et sobre d'ornements n'offre que le plein cintre; l'ogive se montre à i peine dans la nef. Mais Notre- Dame-la-Grande, à Poitiers, du même siècle, est un des chefs-d'œuvre de l'architecture romane. Bas-reliefs, arcades, statues, ornementation variée, soiit multipliés avec profusion sur sa riche façade que sur-

I JEXPOjBlTlON DU SYSTÈMIâ FÉODAL. 253

monte un fronton trîangolaire pen élancé, où s'annonce déjà la forme pyramidale du style qui doit régner au siècle suivant. Le portail de Péglise de Moissac, construit au commencement du douzième siècle, offre un autre exemple de i la transition de Parc à Togive; le plein cintre y est à peine \J brisé. G^est de plus un yéritable musée de sculptures roe Ji mânes. \\j

lO. I^es «eFlto. — Au Onzième siècle, la France était cou-v/ )rerte d*une multitude de fiefs, qui formaient chacun un État ayant sa vie propre, ses lois, ses coutumes, et son chef laïque ou ecclésiastique à peu près indépendant. Ce chef, ce noble, n'avait pas seulement des vassaux, il avait des sujets résidant sur la portion de son fief qu^il n'avait pas inféodée. Et d'abord les ser/i proprement dits, les hommes de la terre^ livrés à son entière discrétion. • Le sire, dit Beaumanoir, peut leur prendre tout ce qu'ils ont, et les tenir en prison toutes les fois qu'il lui plaît, soit à tort, soit à dcoit, et il n'est tenu à en i = ^ répondre fore à Dieu. » W ^^/ f v'^ ^

lâve ■uilamortoblee. ^ Au-dessus sont les mainmoriai*^^^ '^ i Mes, t plus débonnairement traités, continue le vieux juriste ^u^^^ ^ ( x du ^^f^^is^f!^ ^^ seigneur ne leur peut rien demander, ^>, s'ils TO^mBKtfliptors leurs cens et leurs rentes et leurs rede* vances qiriîs ont accoustumé à payer pour leura servitudes.» Mais le mainmortable ne peut se marier sans le consentement du seigneur, et s'il prend femme franche ou née hors la seigneurie, c il convient qu'il fine (finance) à la volonté du sei-^**^ ; gneur. > C'est le droit de formariage. Les enfants seront ^ également partagés entre les deux seigneuis. S'il n'y en a "^ ''''' qu'un, il sera au seigneur de la mère. A la mort des mainmortd>les, tout ce qu'ils possèdent appartient au seigneur. Pour eux, nul moyen d'échapper à la rude main qui les courbe sur le sillog. Si loin qu'ils aillent, le droit de suite s'atlache à leur personne et à leur pécule ; le sire hérite par^ tout éé son serf. H*-'^ * -'^ " t^\/, 1a' '• ''"^ ^

Vem vtlaiM. f- A un degré sup^^ieor^.e^ trouvent les J j / tenanciers libres appelés vilains, tnànantsr ou roturiersL.f .^ ^ ' Leur condition était moins précaire. Ils avaient sauvé leur/ fiberté, que le serf ne possédait pas, et ils tenaient, à cou- j ^ ^ : dition d'une rente annuelle et de corvées, les terres ciBin-*^^ '•' ^ aWes que le propriétaire domanial leur avait concédées et qu'ils pouvaient transmettre avec tous leurs biens à leurs enfants. Mais, tandis que leurs tenures bénéficiaires ou flefs

étiuieDt »0U8 1a garantie d'un droit puWe et bien dâter- ... . t| miné, les tenures oisives étaient dans la juridiction absolue du propriétaire et garanties seulement par des conventions privées ' . C'est pourquoi les vilains, sortout ceux des campagnes, qu'il n'était pas nécessaire de ménager comme ceux des grandes villes (voy. diap. xii), étaient, eux aussi, soumis à un pouvoir le plus souv^it inimité.

On lit dans un ancien document au sujet des seigneurs : « Ils sont seigneurs du ciel à la terre, et ils ont juridiction sur et sous terre..., sur cou et tête, sur eau, vents et prairies. » Le vilain ne pouYÙi fausset jugement^ car la loi féodale disait : c Entre toi, seigneur, et toi, vilain, il n'y a juge fors Dieu. » — c Nous reconnaissons à notre gracieux seigneur, dit une autre formule, le ban et la convocation ; la haute forêt, Toiseau^c^^ l'air, le poisson dans Teau qui coule, la bète au Im^n^Gssi loin que le gracieux seigneur ou le serviteur de sa grâce pourra le forcer. Poui ce, notre gracieux seigneur prendra sous son appui et protection la veuve et Torphelin, comme aussi l'homme du pays. » Ainsi abandon de tout droit au seigneur, mais en échange, il devra défendre le faible. Tel est le principe de la société féodale à l'égard des sujets^ La royauté ne remplissait plus Toffice pour lequel elle était instituée; on demandait aux évoques, aux comtes, aux barons, à tous les puissants, la protection qu'on ne pouvait attendre du chef «ominal de l'Etat.

BeileTaiice» des ■ojetê.-* Tout appartenait au seigneur; mais comme il n'y avait ni industrie ni commerce, ni le luxe qui permet à un seul de consommer en quelques instants le fruit du travail de beaucoup, les exigences du seigneur ne furent point d'abord oppressives, et, pour les vilains, elles étaient régulièrement déterminées, comme le sont aujourd'hui les droits du propriétaire à l'égard de ses fermiers. Seulement il faut toujours, au moyen âge-, ftdre la pœi à» l'arbitraire et des violences que la loi maintenant ne souffrirait plws.

Les obligations des vilains étaient donc, soit des redevances en nature, comme des provisions, du blé, in bôtail^Tt

1. Le vUain était« comme le serf, soanU aiu( (|roilf.de (onn^riAgc e^ tfe suite. Pins tard, le seigneur n'eut qu'un an et un jour poAT réclamar le Tilain réfe^ié dans une ▼iUe de bommsne.

J^^ ^^ zJOPOBITION bO SYSTfeMB FÉODAL. 855

volai(i9/ies fNToduits de la tenre et de la ferme ; soit du travail ou serrices de corps, comme les oonrées sur les terres et dans les vignes du seigneur, pour la construction I . • du château ou le curage des fossés, pour la réparation des fiA/AM i ^ routep^t )|U<jQbfe<^n/de^ et des ustensiles, fers Jii'it^J' '^

de QbfyyS^-^^^&f pM^^^ Wtures*, etc. Dans les villes R um^ v-<* et partout où ii" y' avait /iin peu de fortune, le seigneur ne se faisait pas faute, bien entendu, d^exiger des rode» vances en argent, et d^imposer des tailles arbitraires. Mais laissons faire au temps. Écoutons déjà ces paroles d'un clerc : c Le seigneur qui prend des droits injustes de son ?ilain les lurend au péril de son âme. » Si la crainte du ciel ne suffit, voici les communes qui arrivent, et les gens du roi ne tajrderont guère.

Il y avait aussi des redevances bizarres pour égayer cette vie si triste du seigneur féodal enfermé tout l'an entre les semblés murailles de son manonr. A Bologne, en Italie, leto;^ nancier des bénédictins de Saint-Procule payait, à titre de â ^ .\ . ^^ redevance, la fumée d'un chapon bouilli. Chaque année, il ' / ' apportait son chapon à l'abbé, entre deux plats, le découvrait, et la fumée partie, était quitte : il remportait son chapon* Ailleurs, les paysans amenaient solennellement au seigneur, sur une voiture traînée par quatre chevaux, un petit oiseau; oa bien c'était un arbre de mai orné de rubans. A Langeac, le jour de la fête de saint Gilles, un châtelain jetait un millier d'œufs à la tête de ses paysans; en Bretagne, on appor* , tait chez un seigneur un œuf garotté sur un grand chariot , ' ^ traiaé par dix bœufs. Le porteur de singes est quitte, d'après une ordonnance de saint Louis,en faisant jouer son singe de* Tant le péager du seigneiir; le jongleur ne doit qu'une chanson. Les seigneurs eux-mêmes ne se refusent pas quelque* fois à jouer un rôle dans ces comédies populaires. Le margrave de JuUers, à son entrée solennelle, devait être monté sur uq ' cheval l:(orgnfi avec une selle de bois et une bride d'écorce de tilleul, deux éperons d'aubépine et un bâton blanc. Quand

1. U Itaot aibv&r aax raTenns da aeigneor les droits de mutation sor

les terres censiyes, c«ux qu'il percevait sur les mainmortables , le profil

ies amendes, confiscatioos. déshérences, épaves et droits d'aunaiue, les

i péages, les droits sur les foires et marches, les droits de chasse et de

pèche.

U y avait encore les droits de banalité, l'obligation de faire le guet ou la garde dans les châteaux (Bcnauldon, Dictionnairt des droitu (éodam.)

Tabbé de Figeac faisait sa rentrée dans la ville, le seigneur de Mentbrun le recevait revêtu d*un costume grotesque et une jambe nue.

La féodalité, ennuyée d'elle-même, riait donc quelquefois avec le pauvre peuple,comme faisait aussi l*Église quand elle autorisait la célébration, dans ses basiliques, de la fête de TAne. Les puissants, les heureux, en ces temps si tristes et si durs, où la misère était partout, la sécurité nulle part, devaient bien à leurs vilains et manants quelques instants d'oubli et de gaieté.

ABarekie et Tiolenees. — ÇTa été, en effet, un temps bien dur pour le pauvre peuple que ce moyen âge, où malgré toutes les formules et toutes les conventions, les nobles ne croyaient qu'au droit de Pépée. En théorie, les principes de la relation féodale sont fort beaux, en réalité ils menaient à l'anarchie, car les institutions judiciaires étaient trop défectueuses pour que le lien de vassalité ne fût pas, à chaque instant brisé. Là fut le principe des interminables guerres, la grande désolation de cette époque. Chacun pouvait en appeler à son épée d'un tort éprouvé ou dMne sentence qu'il estimait juste; l'état de guerre fut l'état habituel de cette société. Toute colline devint une forteresse, toute plaine un champ de bataille. Cantonnés en des châteaux forts, couverts d'armures de fer, entourés d'hommes d'armes, les seigneurs féodaux, les tyrans, comme le moine Richer les appelle, n'aimèrent que les combats et ne connurent d'autre moyen de s'enrichir que le pillage. Plus de commerce, car les routes n'étaient point sûres' ; plus d'industrie, car les seigneurs, maîtres aussi des villes, rançonnaient les bourgeois, dès que ceux-ci faisaient paraître quelque peu d'opulence. Partout les coutumes les plus diverses, chaque noble ayant seul le pouvoir législatif sur son fief, partout aussi la plus profonde ignorance, si ce n'est au fond de quelques mo-

I. La diversité des monnaies était aussi pour le commerce nn trèsgrand obstacle. Cent cinauante seigneurs battaient monnaie au onzième siècle, et souvent ne voulaient recevoir que la leur; de sorte que les marchands étaient obligés de changer d'espèces presque à chaque grand fief «ifulls traversaient. De là des pertes énormes. Il faut ajouter, comme autres entraves au commerce, le droit d'aubaine, en vertu duquel l'étranger, qâi passait un an et un jour sur le fief, devenait comme Je serf da seigneur. Sa succession lui était dévolue. Le seigneur avait encore le droit de gtte ou d* hébergement chez ses vassaux, et le droit de pot<rvoterte, ou droit de requérir chevaux, voitures, denrées, etc., quand il voyageait.

nastères. Le clergé gardien des lois morales, se voyait réduit C^ non à interdire la violence, mais à la régulariser en établis-/^ . \ sant la trém de Dieu^ qui défendait de tuer et de voler du /' - \' mercredi soir au lundi matiij^/^ ^ ,^ tt^ ^ \ \^

AfRrease misère s une disette a« onzième stèele. — ^ Sur qui retombait tout le poids de ces misères féodales? Peu meurtrières pour le noble bardé de fer, elles Tétaient beaucoup pour le manant, à peu près sans armure défensive. A Brenneville, où combattaient les deux rois de France et d^Anglèterre, 900 cavaliers sont engagés, 3 seulement restent sur la place. A Bouvines, Philippe Auguste est renversé de son Ohe^^^ ^^ tI?B^ quelque temps sans défense aux mains des fantassins ennemis : ils cherchent vainement un défaut dans son armure pour y faire passer la lame d'un poignard, et ils le frappent de masses d'armes qui ne peuvent enfoncer sa cuirasse ; les chevaliers ont tout bisir de venir le délivrer et le remettre en selle. Après quoi il se jette avec eux au^ f , . milieu de cette ri,bâudâUlo, où les longues lances et les" pesantes haches ne frappent pas un coup en vain. Le seigneur pris^ autre calamité , il faut payer sa rançon. Mais qui payait la chaumière et la moisson brûlée du pauvre diable? qui pansait ses blessures? qui nourrissait tant de veuves et d'or^phelins?

Deux auteurs contemporains, deux historiens des croisades, peignent ainsi ces temps désastreux : < Avant que les chrétiens partissent pour la contrée d'outre-mer, dit Guibert de Nogent, le royaume de France était en proie à des troubles perpétuels. On n'entendait parler que de brigandages commis sur les voies publiques. Les incendies étaient innom- ' brables, et la guerre sévissait de toutes parts sans autre cause qu'une insatiable cupidité. Bref, des hommes avides ne respectaient aucune propriété et se livraient au pillage avec une audace effrénée. » Guillaume, archevêque de Tyr, dit également : c II n'y avait aucune sécurité pour les propriétés ; quelqu'un était-il regardé comme riche, c'était ui. motif suffisant pour le jeter en prison, le retenir dans les fers ^t lui^faire subir de cruelles tortures. Ces brigands ceints du glaive* assiégeaient les routes, dressaient des embûches '* , ■ et n'épargnaient ni les étrangers, ni les hommes consacrés à Dieu. Les villes et les places fortes n'étaient pas môme à l'abri de ces calamités ; des sicaireg en rendaient les rues et las places dangereuses pour les gens de bien. »

"248 LA. FRANCE AU ONZIÈME SièCLE.

trente ans, TËglise (1050-1080). Bérenger ne voyait, comme Scot Érig^ène, qu'un pur symbole dans rEucharistie, et soumettait les choses de la foi à ]a raison : «r II faut pourtant bien se résigner à ne pas comprendre, lui disait Tévêque de Liège, son ami, car comprendras-tu jamais la grande énigme de Dieu? » Mais Bérenger voulait se rendre compte de sa croyance et portait audacieusement sa raison au milieu des mystères. Il est un des précurseurs de Luther, quoique Luther n'ait rien connu de ses écrits. Lanfranc fut son principal adversaire.

Saint Anselme, Italien conmie Lanfranc' , son successeur à Pabbaye du Bec et sur le siège de Cantorbéry, recommença la théologie dogmatique, à peu près délaissée depuis saint Augustin, c'est-à-dire depuis six siècles. Il s'établit, avec une foi absolue, au cœur du dogme chrétien, et employa toutes les forces de son puissant esprit et toutes les ressources de la dialectique , c'est-à-dire l'art du raisonneoieot, à en démontrer la vérité. Il procède parfois avec la rigueur de Descartes, et la preuve fameuse de l'existence de Diw donnée par le père de la philosophie moderne lorsqu^ll s'élève du fait seul de la pensée à l'être absolu qui en renferme la raison et l'origine, n'est qu'un argument de s&lal Anselme.

Saint Anselme eut, comme Lanfranc, à faire tête à de ^S^^ dis novateurs, qui, s'aidant deujja d^tectique, cette dr^^*^ reuse alliée de la théologie, ébramaienH^s dogmes en lant les soumettre au raisonnement suivant les règles é§ logique d'Aristote. Bérenger avait essayé d'interprôtej^-^| mystère de l'Eucharistie, Roscelin attaqua, vers 1085, eettl" de la Trinité, et la scolastique naissante commença,* avec IsR querelles des réalistes et des nominaîistes^^ les subtiles dis- i eussions qui stérilisèrent tant de laborieux efforts. (Vçy. n^ chap. XXV.) ^yf

I^es arts dans l'Ei^lise. — L'Eglise était non-seulemem la foi, mais la science. Elle avait des docteurs ; elle formait aussi et dirigeait des architectes, des peintres et des soitlpteurs. Le dixième siècle avait peu construit; au onzième» quand la troTsième année après Tépoque fatale de Pan lOÛO eut dissipé toute ciainte, les populations, comme par ua

1. Il était d'Aoste en Piémont, mais il passa presqae toote sa vie (t039- 1109] et écrivit toas ses ouvrages en France. Lanfranc était de Payie.

r-^--^l.ïVgiwi(ji

Um. ti^thédraJe d'Angoiiléme reattareCî,

' élan de reconnaissance, travaiilèrenl dans toute la chrétienté à la reconstruction des basiliques, et on peut dater de ce . moment la première époque de la grande architecture du moyen âge. Une nouvelle religion produit une architecture nouvelle, parce qu'il faut aux croyances qu'elle apporte des symboles matériels qui en soient l'expression sensible. En Orient, l'architecture chrétienne trouva sajorme dès le sixième siècle : la croix grecque et la coupoieen furent les caractères symboliques. La première, ou le gammada formé par la réunion de quatre gamma, (f^, représenta la Trinité parce que le gamma est la troisième lettre de l'alphabet grec ; la seconde fut considérée comme l'emblème du triomphe de Jésus s'élevant de sa croix vers le ciel. Sainte Hélène avait déjà au iv« siècle, fait couvrir d'un dôme Téglise de l'Ascension à Jérusalem.

Mais d'une part, la construction de ce dôme à base circo-' laire, au centre d'une croix, c'est-à-dire sur un cairé pré* sentait de grandes difficultés archîtectoniques. D'autre part, le culte ne s'accomplissant plus, comme dans le paganisme en dehors, mais à l'intérieur du temple, l'édifice religieux dut couvrir un vaste espace pour abriter la multitude des fidèles accourus aux cérémonies et aux instructions pastorales. Le problème fut résolu par un système de construction dont- Sainte-Sophie à CgnstanUp^le, fut la plus belle expresmn: une voûte centrale ^pi^ée par des voûtes secondj^ki^ à qat d'autres plus petites servent encore de contr^îort™ Saint- Marc, à Venise, Saint^Front à Périgueux, et beaucoup d'églises du Périgord, de l'Ângoumois et de la Saintonge, furent bâties sur ce modèle*. Dans ce système, toutes les surfaces planes et rectangulaires de l'architecture grecque, sont devenues circulaires et curvilignes. Le trait dominant est alors la coupole sur pendentifs et non plus la coupole portant de fond, c'est-à-dire reposant sur le sol même, ou, comme au Panthéon d'Agrippa à Rome, élevée sur un mur cylindrique.

L^Occident attendit plus longtemps sa formule dVclûteeture religieuse. Les chrétiens s'établirent d'abord dans les basiliques, vastes bâtiments quadrangulaires, destinés âûx marchands et aux plaideurs, dont l'intérieur était divisé en trois nefs par une double colonnade, les nefs des bas côtés

f . De Verneilhf De Vqrchitecture byzantine e» Franc$,

coupés par un étage en galerie, celle du centre terminée pat un hémicycle où siégeait le juge. Le besoin du symbolisme modifia bientôt le plan de la basilique romaine. On y traça une croix, non pas le gammada byzantin aux quatre >ras égaux et représentant une idée métaphysique, celle de la Tri-^ nité, mais la croix latine, figure exacte de l'instrument du supplice, de sorte que TÉglise devint comme Venveloppe terrestre et sainte qui couvrit le corps du crucifié. Alors Vahsiél^ fut coupée par les transsepts dont le centre ^TS^^Ja ^^^^fj/ffij^ La nécessité imposée par le climat d'avoir des^toifsstfn pBfiftg^ qui ne retiendraient ni la pluie, ni la neige, etlâ ditfîcuîlé trop grande pour les populations barbares du x« siècle de soulever dans les airs la ^^VlffjjijL^^SSi^^ y obligènegL à couvrir les églises de lourdesxK^gfenreîaStîl la pwsséeéut*^ renversé les murs, s'ils n'eussent été soutenus par de puissants contreforts extérieurs. Enfin, pour faire pénétrer la lumière dans ces édifices qui ne s'éclairaient pas d'en haut, on ouvrit des jours sur k façade et les côtés par des fenêtres terminées en plein lyyfVff?^ De ces diverses innovations qui s'enchaînaient les unes aux autres, résulta l'architecture appelée saxone en Angleterre, lombarde en Italie et romane en France^ (\^ r^^le domina du x« au xiii* siècle. Alors les robustes phiers des vieilles ^lisfts carlovingiennes s'élancèrent plus légers ; les voûtes éci^i^if'devinrent plus hardies, les nefs moins sombres, les tours moins basses. L'air et la lumière entrèrent dans l'édifice plus élancé vers le ciel; les maîtres des œuvres vices commencèrent à animer la pierre : déjà l'ogive se montrait, seulement, il est vrai, dans les voûtes et en vue de la solidité, non encore de l'agrément.

On peut prendre pour marquer ce progrès trois églises ; celle d'Orcival en Auvergne, de la fin du dixième siècle ou du commencement du onzième, a déjà quelque élégance mais peu d'élévation et d'ornements ; point de portail principal, deux entrées seulement par les côtés ; à quelle distance est-on du style ogival! la cathédrale d'Angouléme de 1120 affecte encore les lignes droites et horizontales de fancien système d'architecture. Sa façade rectangulaire et sobre d'ornements n'offre que le plein cintre; l'ogive se montre à peine dans la nef. Mais Notre- Dame-la-Grande, à Poitiers, du même siècle, est un des chefs-d'œuvre de l'architecture romane. Bas>reliefs, arcades, statues, ornementation variée, sont multipliés avec profusion sur sa riche façade que sur-

, EXPOSITION DU SYSTEMIâ FÉODAL. 253

monte un fronton tiiaiigalatre pea élancé, où s*annonc6 déjà la forme pyramidale du style qui doit régner au siècle suivant. Le portail de Péglise de Moissac, construit au cornmmioement du douzième siècle, offre un autre exemple de i la transition de Parc à rogi?e; le plein cintre y est à peine xJ hnsé. G^est de plus un véritable musée de sculptures roft JU mânes. A ï^

ai. Ijes werH. — Au onzième siècle, la France était cou-l/ verte d'une multitude de fiefs, qui formaient chacun un État ayant sa vie propre, ses lois, ses coutumes, et son chef laïque ou eeclésiastiqtte à peu près indépendant. Ce chef, ce noble, n'avait pas seulement des vassaux, il avait des sujets résidant sur la portion de son fief qu'il n'avait pas inféodée. Et d'abord les serfs proprement dits, les hommes de la terre^ livrés à son entière discrétion. • Le sire, dit Beaumanoir, peut leur pren* dre tout ce qu'ils ont, et les tenir en prison toutes les fois qu'il lui p]att, soit à tort, soit à djavit, et il n'est tenu à en > = ^ répondre fors à Dieu. 9 W^f I J j

Méem Builamortoblefl. ^ Au»dessus sont les mainmofiai*^^ ^^ '^ f 6le8, «plus débonnairement traités, continue le vieux juriste t'.cvv ^ v du ^^^S^j^d^ ^^ seigneur ne leur peut rien demander . ^ >, s'ils mwhmbÇhm leurs cens et leurs rentes et leurs redo* vances qiTÏÏs ont accoustumé à payer pour leurs servitudes.» Mais le mainmortable ne peut se marier sans le consentement du seigneur, et s'il prend femme franche ou née hors la seigneurie, c il convient qu'il fine (finance) à la volonté du sei-»^* '^ gneur. » C'est le droit de formaiiage. Les enfants seront '-^ • également partagés entre les deux seigneuis. S'il n'y en a ^^^'"^^ qu'un, il sera au seigneur de la mère. A la mort des main-* mortables, tout ce qu'ils possèdent appartient au seigneur. Pour eux, nul moyen d'échapper à la rude main qui les courbe sur le siltoq. Si loin qu'ils aillent, le droit de suite s'attache à leur personne et à leur pécule; le sire hérite par^ tout éô son serf. /• »i-'^ * -'^ " \\,\,\ \\ i ». ^r^ ^

I^ea vtlaiwi. ^ A un degré sup^ieurie^ trouvent les /' / tenanciers libres appelés vilains, tnanantar ou roturier^. ;^ . ^ . '' Leur condition était moins précaire. Ils avaient sauvé leurf liberté, que le serf ne possédait pas, et ils tenaient, à con- 1 ^ : dition d'une rente annuelle et de corvées, les terres cisn-»!^^ •- '' sives que le propriétaire domanial leur avait concédées et qu'ils pouvaient transmettre avec tous leurs biens à leurs enfants. Mais, tandis que leurs tenures bénéflciaires ou fiefs

254 LA. FRANCS AU ONZIÈME SltCLE*

Paient sous la garantie d'un dr oïl psfalic et Men délar* . .{ miné, les tenures cc^nsives étaient dans la juridiction aiisolue du propriétaire et garanties seulement par des eon- ▼entions privées '. C'est pourquoi les vilains, sorUrot ceux des campagnes, qu'il n'était pas nécessaire de mé^ nager comme ceux des grandes villes (voy. ehap. m), étaient, eux aussi, soumis à un pouvoir le plus souvoit inimité.

On lit dans un ancien document au sujet des seigneurs : « Ils sont seigneurs du ciel à la terre, et ils ont juridiction sur et sous terre..., sur cou et tète, sur eau, vents et prairies. » Le vilain ne pouvait fausset jugement, car la loi féodale disait : < Entre toi, seigneur, et toi, vilain, il n^ a juge fors Dieu. » — c Nous reconnaissons à notre graveleux seigneur, dit une autre formule, le ban et la convocation ; la haute forêt, Toiseau^^^ l'air, le poisson dans Teau qui coule, la béte au Iml^s^n^ssi loin que le gracieux seigneur ou le serviteur de sa grâce pourra le forcer. Poui ce, notre gracieux seigneur prendra sous son appui et protection la veuve et l'orphelin, comme aussi l'homme du pays. » Ainsi abandon de tout droit au seigneur, mais en échange, il devra défendre le faible. Tel est le principe de la société féodale à l'égard des sujets. La royauté ne remplissait plus l'office pour lequel elle était instituée; on demandait aux évèques, aux comtes, aux barons, à tous les puissants, la protection qu'on ne pouvait attendre du chef nominal de l'Etat.

BedevAiicps des ■njets.— Tout appartenait au seigneur, mais comme il n'y avait ni industrie ni commerce, ni le luxe qui permet à un seul de consommer en quelques instants le fruit du travail de beaucoup, les exigences du seigneur ne furent point d'abord oppressives, et, pour les vilains, elles étaient régulièrement déterminées, comme le sont aujourd'hui les droits du propriétaire à l'égard de ses fermiers. Seulement il faut toujours, au moyen âge-, fttire la part de l'arbitraire et des violences que la loi maintenant ne souffiri*rait plus.

Les obligations des vilains étaient donc, soit des rede* vances en natare^ comme des provisions, du blé, dn b6tttl/a;i(

1. Le vilain était* comme le serf, soumis ai» «ItoilS-de iormariage e^ de suite. Pins tard, le seigneur n'eût qu'un an et un jour po.nr r*^»*"»* le Tilain réf«f ié dans une ▼ilie de commone.

J ^ ,^ ,cJaP061TI0N bO SYSTÈME FÉODAL. 955

Mk Tolaiy^ies produits de la terre et de la ferme ; soit du travail ou senrices de corpsy conime les oonrées sur les terres et dans les vignes du seigneur, pour la ooDStructioD j . • du château ou le curage des fossés, pour la réparation des fiA/AM i ' routy^et }fU<^fe<l^n/ des meubles et des ustensiles, ferSii^i^t^'' ' ' de sfieval^' so^'w ^JfrbV Wtures', etc. Dans les villes ^C lut* -j- > et partout où iir y< avait /iin peu de fortune, le seigneur ne se faisait pas faute, bien entendu, d^exiger des rede* vanees en argent, et d^imposer des tailles arbitraires. Mais laissons faire au temps. Écoutons déjà ces paroles d*un derc : c Le seigneur qui prend des droits injustes de son nlain les prend au péril de son âme. » Si la crainte du ciel, ne sufûty voici les communes qui arrivent, et les gens du roi ne tarderont guère.

Il y avait aussi des redevances bizarres pour égayer cette vie si tri^e du seigneur féodal enfermé tout Tan entre les sombi-es murailles de son manoir. A Bologne, en Italie, le te* Dancier des bénédictins de Saint-Procule payait, à titre de ^ ^ /, , redevance, la fumée d^un chapon bouilli. Chaque année, il ' / apportait son chapon à Tabbé, entre deux plats, le découvrait, et la fumée partie, était quitte : il remportait son chapon. Ailleurs, les paysans amenaient solennellement au seigneur, sur une voiture traînée par quatre chevaux, un petit oiseau ) ou bien c'était un arbre de mai orné de rubans. A Langeac, le jour de la fête de saint Gilles, un châtelain jetait un mil* lier d'œufs à la tète de ses paysans; en Bretagne, on appor* tait chez un seigneur un œuf garotté sur un grand chariot . traîné par dix bœufs. Le porteur de singes est quitte, d'après une ordonnance de saint Louis,eQ faisant jouer son singe devant le péager du seigneur; le jongleur ne doit qu'une chanson. Les seigneurs eux-mêmes ne se refusent pas quelquefois à jouer un rôle dans ces comédies populaires. Le margrave de Juliers, à son entrée solennelle, devait être monté sur un * cheval b,o£gnfi avec une selle de bois et une t)ride d'écorce de tilleul, deux éperons d'anbéoine et un bâton blanc. Quand

t. n faat aibn&r aax nvenui da seigneur les droits de mutation ior les terres censives, ceux quHI percevait sur les mainniortables , le profil tfes amendM, confiscations, déshérences, éj[>ayes et droits d'aunaine, les péases, les droits sur las foires et marches, les droits de chassa et de pècne.

Il y avait encore les droits de banalité, l'obligation de faire le guet m la garde dans les chUteaux (Pcnauldon, Diclionnain de* droiU

256 LA FRANCE AU ONZIÂMB SIBCLB.

Tabbé de Figeac fusait sa rentrée dans la ville, le seigneur de Montbrun le recevail revota d*utt costume grotesque et une Jambe nue.

La féodalité, ennuyée d^elle-méme, riait donc quelquefois avec le pauvre peuple,comme faisait aussi TÉglise quand elle autorisait la célébration, dans ses basiliques, de la fête de PAne. Les puissants, les heureux, en ces temps si tristes et si durs, où la misère était partout, la sécurité nulle part, devaient bien à leurs vilains et manants quelques instants d'oubli et de gaieté.

Aaarchie et TiolcBCM. — ÇTa été, en effet, un temps bien dur pour le pauvre peuple que ce moyen âge, où malgré toutes les formules et toutes les conventions, les nobles ne croyaient qu^au droit de Pépée. En théorie, les principes de la relation féodale sont fort beaux, en réalité ils menaient t Tanarchie, car les institutions judiciaires étaient trop défectueuses pour que le lien de vassalité ne fût pas, à chaque instant brisé. Là fut le principe des interminables guerres, la grande désolation de cette époque. Chacun pouvait en appeler à son épée d^un tort éprouvé ou d^une sentence quHl estimait juste; Tétat de guerre fut Tétat habituel de cette société. Toute colline devint une forteresse, toute plaine un champ de bataille. Cantonnés en des châteaux forts, couverts d*armures de fer, entourés d'hommes d'armes, les seigneurs féodaux, les tyrans, comme le moine Richer les appelle, n'aimèrent que les combats et ne connurent d'autre moyen de s'enrichir que le pillage. Plus de commerce, car les routes n'étaient point sûres* ; plus d'industrie, car les seigneurs, maîtres aussi des villes, rançonnaient les bourgeois, dès que ceux-ci faisaient paraître quelque peu d'opulence. Partout les coutumes les plus diverses, chaque noble ayant seul le pouvoir législatif sur son fief, partout aussi la plus profonde ignorance, si ce n'est au fond de quelques mo-

t. La diversité des monnaies était aussi pour le commerce nn trèsgrand obstacle. Cent cinauante seigneurs battaient monnaie au onzième siècle, et souvent ne voulaient recevoir que la leur; de sorte que les marcbands étaient obligés de cbanger d'espèces presque à chaque grand fief quils traversaient. De là des pertes énormes. Il faut ajouter, comme autres entraves au commerce, le droit dTavbaine^ en vertu duquel l'étranger, qtA paasidt un an et un jour sur le fief, devenait comme le serf du seigneur. Sa succession lui était dévolue. Le seigneur avait encore le droit de gîte ou d* hébergement chez ses vassaux, et le droit de j)ovrvoterie, ou droit de requérir chevaux , voitures, denrées, etc., quand il voyageait.

nastères. Le clergé gardien des lois morales, se voyait réduit (r non à interdire la violence, mais à la régulariser en établis-/. . '; sant la tré\)t de Dieu, qui défendait de tuer et de voler du Z' • ; V mercredi soir au lundi matiij^/^ ^^ »^ tf,, \\ y -

Aftprase mUère s une disette an onzième siècle. •— \jl Sur qui retombait tout le poids de ces misères féodales? Peu meurtrières pour le noble bardé de fer, elles Tétaient beaucoup pour le manant, à peu près sans armure défensive. A Brennevîlle, où combattaient les deux rois de France et d'Angleterre, 900 cavaliers sont engagés, 3 seulement restent sur la place. A Bouvines, Philippe Auguste est renversé de son Qbe^^^ I^Jf jeste quelque temps sans défense aux mains des fantassins ennemis : ils cherchent vainement un défaut dans son armure pour y faire passer la lame d'un poignard, el ils le frappent de masses d*armes qui ne peuvent enfoncer sa cuirasse ; les chevaliers ont tout bisir de venir le délivrer et le remettre en selle. Après quoi il se jette avec eux- au., !. , . milieu de cette ribaud aille, où les longues lances et les ' pesantes haches ne frappent pas un coup en vain. Le seigneur pris., autre calamité , il faut payer sa rançon. Mais qui payait la chaumière et la moisson brûlée du pauvre diable? qui pansait ses blessures? qui nourrissait tant de veuves et d'orphelins?

Deux auteurs contemporains, deux historiens des croi^ sades, peignent ainsi ces temps désastreux : « Avant que les chrétiens partissent pour la contrée d'outre-mer, dit Guibert de Nogent, le royaume de France était en proie à des troubles perpétuels. On n'entendait parler que de brigandages commis sur les voies publiques. Les incendies étaient innom- ' brables, et la guerre sévissait de toutes parts sans autre cause qu'une insatiable cupidité. Bref, des hommes avides ne respectaient aucune propriété et se livraient au pillage avec une audace effrénée. » Guillaume, archevêque de Tyr, dit également : c II n'y avait aucune sécurité pour les pro priélés ; quelqu'un étaitril regardé comme riche, c'était ui. motif suffisant pour le jeter en prison, le retenir dans les fers et lui^fàire subir de cruelles tortures. Ces brigands ceints du glaWe assiégeaient les routes, dressaient des embûches '' v et n'épargnaient ni les étrangers, ni les hommes consacrés à Dieu. Les villes et les places fortes n'étaient pas même à l'abri de ces calamités ; des sicair^ en rendaient les rues et las places dangereuses pour les gens de bien. »

Le chroniqueur Baoul Glaber raconte de la manière suivante une famine qui arriva en Pan 1033 et dont il fut témoin. « Des pluies continuelles avaient nojré la terre, la moisson fut perdue, et il fallut, grands et petits, se nourrir de bêtes et d'oiseaux. Cette ressource épuisée, la faim se fit cruellement sentir, et, après avoir essayé de se nourrir avec Véçorce des arbres ou ITierbe des ruisseaux, il fallut se résoudre à dévorer des cadavres. Le voyageur assailli succombait sous les coups de ses agresseurs ; ses membres étaieiri; dècbirés, grillés au feu et dévorés. D'autres, fuyant leur pays et croyant fuir la famine, recevaient l^ospitalité sur les chemins, et leurs hôtes les égorgeaient la nuit pour en faire leur nourriture. Quelques-uns présentaient àjdes^fenjs un œuf ou^ une pomme pour les attirer à ré^tj^evles immolaient à leurt faim. Les cadavres furent déterrés en beaucoup d'endroits pour servir à ces tristeâ repas. Un misérable osa même porter de la chair humaine au^arcW pour la vendre cuite. Arrêté, il ne chercha pas à i^f^Èffa crime, on le garrotta et on le Jeta dans les flammes. Un autre alla dérober cette chair qu'on avait enterrée, la mangea et fut brûlé de même.

c On a trouvé, à trois milles de Mâcon, dans la forêt de Châtenay, une église isolée consacrée à saint Jean. Un scélérat s'était construit non loin de là une cabane où il égorgeait tous les passants et les voyageurs qui s^arrêtaient chez lui. Le monstre se nourrissait ensuite de leurs cadavres. Un homme, un jour, vint y demander l'hospitalité avec sa femme, et se reposa quelques instants; mais, en jetant les yeux sur tous les coins de la cabane, il y vit des têtes d'hommes, de femmes et d'enfants. Aussitôt il se trouble, il pâlit; il veut sortir. Mais son hôte s'y oppose. La crainte de la mort double les forces du voyageur; il s*échappe avec sa femme et tourt en toute hâte à la ville communiquer au prince Otton et aux habitants cette affreuse découverte. On envoie à Tînstant un grand nombre d*hommespour vérifier le fait; ils trouvent, à leur arrivée, cette bête féroce dans son repaire avec quarante-huit tètes d'hommes qu'il avait égorgés et dont il avait mangé la chair^ûn l'emmène à la ville, on l'attache à une poutre dans un cellier et on le jette dans le feu. Nous avons nous-mème assisté à son exécution.

« Ott essaya, dans la même province, un moyen dont nous fié croyons pas qu'on se soit jamais avisé ailleurs. Beaucoup de personnes mêlaient une terre blanche sembïaWe à l'argile

EXPOSITION BU SYSTÈME féODAL. t&9

aTec ce qû'eltes avaient de son et de wtne, et elles en formaient des pains pour satisfaire leur faim cruelle. C'était le seul espoir qui leur restât d*échapper à la mort, et le succès ne répondit pas à leurf^œux. TSt^^<% y^^iges étaient pâles et décharnés , la peau teimle et eMee , uVoix grêle et imU tant Je cri plaintif des oiseaux expirants. Le grand nombre des morts ne p^rmAttoH pan «lu teur donner la sépulture , et des loups. (tapttiff'longtAmpii Attirés p^r Todaiir des cadavres, venaient ofebW l#Mr profd, XHomme oa ne pouvait pes donner à toui to9 morUi Xim pépulture partMsuilèra % causa de leur grand wffi&fi^ , (te» bommes pleins de la grâce de Dieu creu- f^^ sèrentdan» qn^lqmM efidroits des fosses nommées charniers,^ où Top lOimiil JKN^ corps et quelquefois plus , qttand elles / pouy|Me»t 90 (Bonlt#nir davantage. Ils gisaient U confondus, jL. ^ pêle-n9âiA,demP^USf souvaot wènoa sans luicun vêtement. ' Les cntgrafinm, tes fouAi d(WS tel» ehamps servateot aussi de cimelfSr«0\J^]^2i-J^

Ce IqguM r^it^uo ti^oiii oculaire montre c» que Tabsence da (oppim^r^ ejt d'administration faisait sxmffrir au moyea IjjfOf Âiijoiird*htti , l'esprit d'ordre et da prévoyance sait si bian ^mbaitre da pareils fléaux « qu'ils' laissent en somme pei} d# misère Ift oA ils ont passé , et , ea qui vaut mieux $m&t^%.^^ n'ébraiitent P^si la moralité publique. Autrefohypk^jg^^uyaity^ das siisi)ns. i' <^<

Toute ijfemtamZdioere amenau la disette , toujta disette la famiaai a(i a?»<^te Umm^ tes crions at tes atrocijtés qu'on Tient da lire, %m 70 années » da 970 ^ lO^i il y eo eut 48 de 1 famiija 091 d^éptdémte,.

I^Qaei4nef' véaiilrM» lMiiiP«Hi9F ^ Cependant te marche générale d^^Jft^^lîialii^ n'est Jamate s| (Dompiéteqoant suspendis i|jJié'îrM^i^tes puias^olt être comptetement stériles poiu* X^^ummM* On a déjà vu dans Téglisa la paiEpaéa renaître, et dsfie te société laïque te poésie sa n^pijbrer, Il y eut même progrès dans la moralité , du moins pour la classe dominante. Dans risotemaa|^^ chacun vivait, exposé à tous les périls , Pâme se retrempa pour y faire face. Le sentimeot de la dignité de l^homme, que le despotisme détruit, fut retrouvé; et cette société, qui versa le sang avec une si déplorable facilité , montra' souvent une élévation morale qui bW que de eet âge. Les vices bas, la lâcheté des Romains de llâéeaéenee o« éespeofyles asservis loi furent inconnus et il a légué aux temps modernes le sentiment de Fhonneur. \a

noblesse féodale savait mourir : c'est la première pour savoir bien vivre.

Une autre conséquence heureuse fut la réorganis famille. Dans les cités antiques, Phomme vivait b^ maison , aux champs ou au forum ; il connaissait à,^

Fontevrault, ruines de l'abbaye.

femme et ses enfants, ,et avait sur eux droit de vie et de mort. Sous la premièreraœ j rjj^bitude de la polygamie «l )& facilité des divorces emp^cnèrénîia famille de se constituer sur des bases meilleures. Dans la société féodale, oji rbomme vivait dans risolément, le père fut rapproché des siens. Quand les combats le laissaient oisif au fond de ce château percii^

sur la moatagM «ohibm ua nid d'ai^^f U ne tsaiH^^mu* (M;ctit>«f sifl t}6 «li é<yii mût (pi» h mti'ê éë im êukàlêflJÎ^ glise f qui ataH tmkfhé c«» rocicni soi4âi» atil fMc^ ^ ti6fg6^ qolJéfttf âilsaii r69p«i«l«r dalils» là Mèr« dti f iotiies les tefitts de k femioêi, idoticii l^tHiieiit fiirôi tea huiàilimn, d los txr4para è^ iomhef ^ms U ehMni^ Veaptii pitié fil» y dod sefiiimeDts plus délk^ qti« to "^^

A départi» à l^atiifé seie^ La temme reprit atofs» (f(^lfyM|f dans la famille et danist la société^ ceM qm déjà iê Mf» èaîq[tie Itiî donnait. Oft alla même plus loin i elte " f olyiét d^ufi culte qui créa des sentimeâtt^ iÈâUtë^UÈ poésie de«^ irotibadours et des trouvères s^empari chetalerié mit en action. Ainsi j dans la bdlle 1 , saint Cfaristc^phe , le fort est vaincu pâf iô faibk, rt kl pftT refilant.

Gela àe toit dans uùe institution dé ce tempS/ Aobert d*Ar«

ç,^ brîssel fonda près deSaumiir , à Pôflfétrault, tefs Vm 11M| ufie abbaje qui détint bientM célèbre , êi cftii rétixiiSMtit ém recltis des deux sejies. Les femmes étaient dottrées et prlale^ les hommes travaillaient aux champs^ desséebaktil \im ifift-

N'Vi'v^âis, défrichaient les landes et restaient les sertlteufg m^ tùels dès femmes. L^abbaye était gouvernée par une almesseï «pârcê 4tfe, disait la bulle de confirmation ^ Jésus^Christ, eii mourant , avait doÈiné pour fils à sa mère le diseiple bien*

ti4ft^ de la famille, TEtat sans doute est biéti mal eri^anisé. 11 faut pourtant faire attention, malgré tous leiitldts OOtttrai^ res^ à la théorie politique que cette société repréii^te. Si le serf n't a pas de droit ^4^iaa0al:^wi^?^ de fort étendus. Le liefi féodal n'était formé qu^à des conditions bien fiofitiues et acceptées d'avance par lui; des conditiotiSimttji^e^ nd poutaient itii être imposée» qâ^ls^i^^i^'^^t^^^ ces grandes <^ fortes maximes de droit ptiblfcqui, àtratersinille

ûceptée par ceuj( qtii dbéissaiiGe \ tmlk sentence n'est légitime si elle fi^est rendue par les pairs de l'accusé. Voilà les droits de la société féodale qtie les Etats généraux de 1789 retroutèrent sous les débris

I. L'«|ylrê«se né devait pas être prise parmi les vierges do elottre, mais avoir été élevée dans le monde, afin qu'elle sût mieui gouverner les affaires extérieures.

tNTRSPRISES EXTÉRIEURES AU OKZlEMfi SIÈCLE. 263

de la monarchie absolue ; et, comme garantie de ces droits « le Tassai a la faculié de rompre le lien de vassalité en rendant son fief, ou de répondre par la guerre à un déni de justice de son suzerain. Ce droit de résistance armée que saiiit Louis lui-même reconnut , conduisait , il est vrai , à Tanarchie , il faisait la société faible , mais il faisait l'individu bien fort. £t c*est par là qu'il fallait commencer. Avant de songer à constituer savamment TÉtat, il était nécessaire de relever Tindividu , la famille : cette double tâche fut Tœuvre du moyen âge.

L'Église y travailla énergiquement, en établissant la sainteté du mariage, même pour le serf; en prêchant Tégalité de tous les hommes devant Dieu, ce qui était une menace contre 1^ grandes inégalités de la terre; proclamant, par le principe de l'élection qu'elle conserva pour elle-même au sommet de sa hiérarchie, les droits de l'intelligence, en face du monde féodal qui ne reconnaissait que les droits du sang ; en couronnant, enfin, de la triple couronne et en faisant asseoir dans la chaire de saint Pierre, d'où ils avaient le pied sur la tète des rois, un serf, comme Adrien IV, ou le fils d'un pau- ( vro charpentier^ comme Grégoire VIL , >y[

CHAPITBË XIX.

BKTR^Itl^B^ BXTÉmEURES DANS Ui SECOMPfi MOITIÉ DU ONZIÈME SIECLE '•

Les pèlerinages. — Le onzième siècle est le temps de la foi la plus ardenie des populations. Oh venait d'échapper aux terreurs qu'avait causées l'approche de l'an 1000, où le monde, pensait-on, devait finir; les peuples, heureux de vivre, témoignaient leur reconnaissance par un redoublement

t; A. 'g. Tld«tryy Histoire et la éonquêtê de ^Anglâiirre par let iVofw mndt; ZeU«r, Histoire d'àlalie, et Bouchot, Bitloin du Portugal,

264 ENTREPRISES EXTERIEURES Afj ONZIEME SIECLE.

de ferveur, c Les basiliques, dit un des pieux et brillants esprits de ce temps, le chroniqueur Raoul Glaber, les basiliques firrent alors renouvelées dans presque tout Tunivers, et les peuples chrétiens semblaient rivaliser entre eux de magnificence. On eût dit que le monde entier avait secoué les haillons du vieil âge pour revêtir la robe blanche des églises. » Partout la piété retrouvait des reliques de saints oubliés, et des monastère^ s*élevaient sur leurs tombeaux. A Tannonce de quelque pieuse découverte, la foule accourait des provinces, voisines. On venait de loin, car le salut semblait être au bout du voyage. Peu à peu, on s^enhardit à aller plus loin encore, à Saint-Martin de Tours sur la Loire, à Saint-Jacques de Compostelle en Galice, au Mont-Cassin en Italie, aux tombeaux des saints apôtres à Rome. De là à Jérusalem il n*y avait plus que la mer à passer. C'était bien périlleux; mais la foi ne comptait pas les périls. Le moine Glaber atteste que, dès le temps du roi Henri, « une foule innombrable venait des extrémités du monde visiter le saint sépulcre à Jérusalem. D^abord la basse classe du peuple, puis la classe moyenne, puis les comtes, les margraves, les prélats, enfin, ce qui ne s'était jamais vu, beaucoup de femmes, nobles ou pauvres, entreprirent ce pèlerinage, et plusieurs témoignaient le plus ardent désir de mourir à Jérusalem plutôt que de rentrer dans leur pays, i Foulques Nerra, comte d^Anjou, y alla trois fois, la dernière en 1039. Robert le Magnifique, duc de Normandie, fit aussi ce pèlerinage et mourut à Nicée (1035). Les comtes de Barcelone, de Flandre, de Verdun, tentèrent le voyage et réussirent. En 1054, Tévêque de Cambrai partit avec 3000 Flamands; en 1067, quatre évoques allemands avec 7000 hommes.

Réformes dans V^glime par Grégoire TII, «mi ranime l'enthousiasme rellgri^nx. — Ainsi le monde, immobilisé depuis deux siècles par la féodalité, se remettait de lui-môme en mouvement, lorsque Grégoire VII lui donna une nouvelle secousse qui ébranla TÉglise, et par elle la société laïque. Au onzième siècle, TÉglise était trop riche ; beaucoup de ses membres oubliaient que leur bien n'était que celui des pauvres, et prenaient les habitudes des seigneurs fé(h daux. La discipline se relâchait comme les mœurs. Le cjib^t n'était plus rigoureusement observé; et il semblait que les charges dans TËglise allaient devenir héréditaires, comme Tétaient devenues celles de PËtat. Les nobles les

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