‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 50 sur 103 · ENTREPRISES EXTÉRIEURES AU ONZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

ENTREPRISES EXTÉRIEURES AU ONZIÈME SIÈCLE

envabîssaient; « les sanctuaires, dit un écrivain du temps, ne retentissent plus du chant des psaumes, des louanges de . Dieu, mais du bruit des armes et des aboiements de meutes j/A^^^ de chasse. » —

Hildebrand, longtemps moine en France, à Gluny, devenu pape sous le nom de Grégoire VII, en 1073, arracha TÉglise à ce danger. 11 rendit au clergé les vertus de Tabstinence et du sacrifice; et cette Église régénérée, il essaya de la mettre au-dessus du pouvoir temporel. Pour la ramener sous la seule autorité du Siège de Rome, il voulait qu'elle ne tint rien des laïques et tout du pape; de sorte qu^en donnant à révoque la consécration spirituelle, le pontife lui donnât en même temps rinvestiture des terres dépendant de son église. G^est la querelle des investitures qui intéressa surtout Tltalie et TAllemagne. Grégoire VII échoua dans cette partie de sa /•' ' grande entreprise. Vaincu, mgiii^il répétait ces paroles amè-/ res : « J'ai aimé la justice, j'ai fui l'iniquité, voilà pourquoi je meurs dans l'exil, i II ne mourut pourtant pas tout entier. Le saint-siége avait repris, par lui, une vie nouvelle, l'Église une influence plus grande sur les populations et sur les affaires du siècle. Elle dut à Grégoire VII de pouvoir accomplir un des événements les plus considérables du moyen âge, de changer les pèlerinages en croisades.

Conquête de l'Italie méridionale par les IVormands (1058-1180). — Il y eut d'abord comme des croisades particulières, c'est-à-dire des expéditions militahres faites sous l'influence du saint-siége et pour éloigner de lui un péril . ou pour rétablir son autorité méconnue. Ainsi, des pèlerins - : ' normands , venus à Rome vers l'an l016, furent employés i ^ par le pape contre les Grecs qui attaquaient Bénévent. D'autres, revenant de Jérusalem, aidèrent les habitants de Salerne à chasser les Sarrasins qui les assiégeaient. Le bruit de leurs succès, celui surtout du butin qu'ils enlevèrent, firent accourir d'autres Normands. Il en vint tant, qu'ils se trouvèrent assez forts pour rester les maîtres du pays. Le pape Léon IX, commençant à se repentir de s'être donné de si vaillants voisins, marcha contre eux avec une armée d'Allemands. Ils le tirent prisonnier. Mais ils se souvinrent que le pontife disposait des couronnes, et qu'il pouvait donner le droit à celui qui n'avait que la force. Ils s'agenouillèrent devant leur prisonnier, se déclarèrent ses vassaux, et reçurent de lui en fief tout ce qu'ils avaient conquis (1053). Le pape sortit de cap-

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tivitô suzerain d'un nouvel État. C'était le duché de Fouille, auquel les Normands ajoutèrent bientôt la Sicile (le tout fut réuni, en 1130, sous le nom de royaume des t)eux-SiciIes)« Une dynastie normande, ayant pour chefs feobert fiuiscard et Roger, les fils de Tanorède de Hauteville, gentilhomncie de Coutances, régna à Naples, où les comtes d*Anjou portèrent aussi la couronne, où la maison de Ëourbon était naguère encore souveraine.

Conquête ÀeVAngteterre par les IVomumil» (1006). — Une autre dynastie normande s'assit, dais le même temps, sur le Irône d'Angleterre. La grande île de Éfretagne,. conquise au cinquième siècle par les Saxons et les Anglais, l'avait ' été encore une fois au onzième par les Danois. Ceux-ci ne purent la garder longtemps. Edouard le Confesseur, descendant des anciens rois du pays, recouvrala couronne en 1042; mais il prépara le succès d'une invasion nouvelle par la faveur qu'il montra aux Normands, parmi lesquels il avait vécu durant son exil. Il en attira un grand nombre à sa cour, leur distribua les principales fonctions, et accorda un grand crédit à Ëustache, comte de Boulogne, son beau-frère. Quand le duc de Normandie, Guillaume II, fils bâtard du duc Robert le Diable, vint rendre visite au roi anglo-saxon^ il vit des Normands partout : à la tête des troupes, dans les forteresses, dans les évêehés; il lui sembla que la conquête de l^Àngleterrç était à moitié faite, et il revint en songeant qu'if serait facile de changer sa couronne de duc contre cette couronne .." de roi. Mais les Saxons avaient été blessés du fastueux apf>a-ô reil dans lequel Guillaunae s'était montré et des ^àrcfà qu'a- \ valent eus pour lui les Normands, qui l'avaient reçu en souverain. Ils forcèrent Edouard à renvoyer ses dangereux ;aûnis d'outre-Mauche; le Saxon Harold eut toute influence àlà cour et dans le pa^s-

Jldouard avait autrefois livré des otages à Guillaunie; il chargea Harold d'aller les réclamer. Le duc l'accueillit avec hoBoeur. Un jour quUls chevauchaient ensemble : « Quand Edouard et moi, dit le Normand, nous vivions comme deui fr^esi il me promit que, s'il devenait roi d'Angleterre, il me ferait son héritier; Harold, ^i tu m'aidais à le devenir, je te cqmblerais de biens ; promets-moi de me livrer le château de Douvres^ et en attendant, laissé-moi un des otages. > Hsffold pïonait vaguement, n'osant refuser à l'honame qui le tenait en sop pouvoir. Arrivé, à Bayeux, en présence d^ sa cour,

BNTREPRISBA EXTERlEiURES AU ONUÈMfi SIECLE. W

Guffisiitm» riiiTiie à jurer» sur deux petits reliquaires, qu'il exécuterait seâ promessesi Harold jura : il lui sembla qu'un sormeot prôté sur deux petits reliquaires n'était pas un serment de grande conséquence; mais Guillaume Tavait trompé: 4-^ L. il y atait dessous une grande ouve pleine d'ossements; quand *^ ' on la découThty Harold pâlit : comment se parjurer sur les corps de tous les saints 1

Son retour fut suivi de la mort d'Edouard. Le Wittenage-

moli ou grand conseil nationaly lui donna la couronna. Aus*

sitôt Guillaume lui envoya rappeler ses promesses c faites sur

te beaa et saints reliquaires* » Harold répondit qu'arrachas

par la loree^ elles étaient sans valeur, et que d'ailleurs m

ro^^auté appartenait au peuple saxon* Guillaume traita le

Saxen d'usurpateur^ de sacrilège^ et en appela à la cour de

Rome. Hildebrand^ qui la dirigeait et qui se plaignait que le

denier de Saint^Pierre^ trib}it imposé aux Saxons par un des

rois danois, en faveur de l'Eglise romaine, ne fût plus payé^

fit excommunier Harold et donner à Guillaume la royauté

d'Angleterre^ Le pape lui envoya une bannière bénite, sym«>

bole de l'investiture militaire, aveo un anneau contenant un

(^eveu de saint Pierre enchâssé sous un diamant, emblème

de rinvestitur» ecclésiastique. Le duc publia alors sonbaade

guerre par toute la France* Une foule d'aventuriers a^ou-

rorent, et une armée de 60 000 hommes partit, le 27 septem-

foe 10§6, du port de Dives, montée sur UOO navires.

Elle débarqila à Pevâhsey, dans le comté de Sussex. Ha« rold, qui venait de repousser, sur les côtes de Yorksbirei une tbimsion DorVégiennoy accourut en toute hâte; mais il fcrt vaifiiûu et tué à la journée d'Hastings (1066), après avoir vail-» lamment combattu ; la belle Edith ^ au cou de cygne, put setile reconnaître le corps du dernier roi saxon^ Avec lui, la fiatîdnalité saxon&e succomba* Guillaume divisa le pays entre touàeeu3t qui l'avaient suivi, en s'adjugeant pouv lui-méime la meilleure |>art, 1462 manoira et les principales viUes< Tel qui, sur le continent, était valet ou serf, se kouva homme d'armes et gentilhomme ayant serfs et vassaux, châiteau «1 ~ seigneurie. La race saxonne dépouillée maudit longtemps les Français, ses noutéatix maître».

C'étaient bien les Français, en effet, qui venaient d€ Vaincre; c'étaient leur civilisation, leurs coutumes^ leur langue^ leurs institutions féodales qui allaient s'implanter en Angleterre. Parmi les noms du baronnage anglais, on retrouve

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