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CHAPITRE XX

Pierre PErmlte et le eonelle de Clermont (1005).

— L'empereur grec Alexis Comnène, menacé par les Arabes qui campaient en face de €onsiantinople, sur la rive opposée du Bosphore, faisait retentir toutes les cours chrétiennes de ses cris de détresse. Mais les dangers de ce dernier débris de l'empire romain ne pouvaient tirer les chrétiens occidentaux de leur indifférence. Déjà le premier pape français, Sylvestre 11, avait écrit en vain aux princes une lettre éloquente au > nom de Jérusalem délaissée. Grégoire VII, dont Tâme ne concevait que de grandes Idées, aurait voulu se mettre à la tête de 50 000 chevaliers pour délivrer le saint sépulcre. Empereurs et papes échouèrent. Ce quMls n'avaient pu faire, un pauvre moine l'accomplit.

Jérusalem venait de tomber aux mains d'une horde farouche de Turcs, et au lieu de la tolérance dont les califes de Bagdad et du Caire usaient à l'égard des pèlerins, ceux-ci étaient maintenant abreuvés d'outrages; ce n'était plus qu'avec de grands risques qu'on approchait des saints lieux* Pierre l'Ermite fit retentir la France du triste récit de ces calamités, et le peuple, saisi d'un pieux enthousiasme, s'arma partout pour arracher le tombeau du Christ aux mains des infidèles. Le concile de Clermont, réuni en 1095, sous la présidence du pape français Urbain II, prêcha la croisade; le nombre de ceux qui, en cette année et dans la suivante, attachèrent sur leur poitrine la croix do drap rouge, signe de leur engagement dans la sainte entreprise, monta à plus d'un

1. Les ehroniqnêt dM prinoijNUiz historiens des croisades : OuiiUamê de Tyr, Bernard le Trésoner, Albert d'Aiz, Raymond d'Agiles, Jacques de VUry, Raonl de Caen, Robert le Moine. Fonlcber de Chartres, Ouibert de Nogent, ont été rénnies par 'il, Guixoi dans sa coUection des Mémoiret fmift à Vhitloirê de France-, Michaud, Biatoire dea eroitades.

270 LA Pf^EMlÈRE' CROISADE (rd55'*109^).

million. L^ËgUse les plaça sous 'la protection de la trèye de Dieu, et leur accorda pour leurs biens, pendant la durée de Texpédition, plusieurs privilèges.

Départ des premier* croisé* (1006). — Il vint des hommes des plus lointains pays : « On en voyait d^abord dans les ports de Frapca, dit Ckiil^rt de Nogent, qui ne pouvant se faire comprendre, mettaient leurs doigts l'un sur J'autre en forme de croi}^ pour marquer qu'ils voulaient s'associer à la sainte guerre. » Les plus impatients, les pauvres, se confiant en Dieu seul, partirent les premiers, au cri de Z>içu h veut, sans préparatifs, presque sai)s arïftçs. Femmes, enfants, vieillards, accompagnaient leurs époux, leurs p^res, leurs fils, et on entendait les plus petits, placés sur des chariots que des bœufs traînaient, s'écrier, dès qu'ils voyjdent un château, une ville : « N'est-ce pas là Jérusalem? » Une avaqt-garde de 15000 hommes, qui à eux tous n'avaient que 18 chpvaux, ouvrait la route sous les ordres d'un pauvre chevalier normand, Gauthier Sans avoir. Pierre rfermîte suivait avçp 100000 hommes. JJne autre troupe fermait la marchai conduite par le prêtre allemand Gottescjxalck. Ils prirent p^r TAllemagne, égorgeant en chemin les Juifs qu'ils rencontraient, pillant partout pour se procurer de^ vivres, et s'habituant à la violence. En Hongrie, les désordres furent tels que ]^ population s'arma, ^i rejeta les croisés sur la Thraee, aprôs en avoir tué beaucoup. Jl h'e^n arrîv^ à Cons- .tantinople qu'un petit nombre, ^'empereur Alexig. pour se débarrasser de pareils auxiliaires, se nâtçi de l^s faire passer en Asiç, Ils tombèrent tous sous le sabre des Turcs, (fans la plaine de Nic^e, pt l^urs ossements servirent plus t^d à fortifier le camp des seconds croisés.

Départ de |a seconde armée 4es croisé* (1006}. — Pendant que /cette téméraire avant-garde mourait, 'les nobles ;?'annaient, 3e comptaient, s'organisaient et partaient epfîn au nombrp, dit-on, de lOpOOO chevaliers et de 6^000 fanjta^^ins, par différente^ routes et sous' différents 'chefç. Les Français dn nord et les Lorrains prirent par rAllemagne et la Hongrie. Avec ceux-là marchaient Godefroy, duc iîe Bouillon et de basse Lorraine, le plus brave, le plus fort, le plus pieux djes croliçés, et ses dçux ftrèros^ Etietache de Boutonne et Baudouin. Les Français du midi, A¥ei9 W fîpb# ^t'pU^nt comte de Toulouse, p^ssfrent Içç Alpes, et pM» h^ Datn^tie et l'Esclavonie, gagnèrent la Thraee; l'^vêque du T'uy, A(ttè-

mar, légat an saint-siège et chef spirituel de la croisade, était dans cette armée. Le duc de Normandie, les comtes de Blois, de Flandre et de Vermandois allèrent rejoindre les Normands d'Italie. Bohémond, prince de Tarente, et son cousin Tancrède, après Godefroy le plus parfait chevalier de ce temps; et tous ensemble franchirent TAdriatique, traversèrent la Grèce et la Macédoine.

lies rrolsés à Conttantlnople (1009). — Le rendez- Tous général était à Gonstantinople. L'empereur tremblait qu'ils ne voulussent commencer là leur croisade, en s'emparant de la grande cité. Quelques-uns, en effet, y songeaient, afin de mettre un terme aux perfidies c de ces Grécules, les plus lâches des hommes. » Mais Godefroy de Bouillon s'y opposa. Il consentit même & faire d'avance hommage à l'empereur Àletis pour toutes les terres dont il s'emparerait, t Quand il l'eut fait, personne n'osa refuser. Gomme ils prêtaient ce sermeiit, un d'entre eux, un comte de haute noblesse, eutraudaee de s'asseoir dans le trÔQe impérial. L'em-t pereur ne dit rien, connaissant Toutrecuidance des Francs; le comte Baudouin fit retirer cet insolent en lui disant que ce n'était pas Tusagé qu'on s'assit de la sorte à côté des empereurs. L'autre ne répondit pas, mais il regardait l'empereur ^avec eolère, et maggréait, disant en sa langue : « Voyez ce '' ^ « rustre ([ut est as^ lorsque tant de braves capitaines sont t debout. > L'empereur se (H expliquer ces paroles, et quand les comtes se furent retirés, il prît à part cet orgueilleux et lui demanda qui il était : < Je suis Franc, dit-il, et des plus f nobles. Dans mon pays, il y a, à la rencontre de trois rouc tes, une Tteillè église où quiconque a envie de se battre va ■ piier Dieu et attendre son adversaire. Mo), j'ai eu beau at. ( tendre, personne n'a osé venir. » Alexis ne fut rassuré qu'après qu'il eut fait passer en Asie jusqu'au dernier de bes batailleurs si fiers.

IPratêft^ «e PAsfe MlnemMi bataille 4e Doryl^e (!•#•). — Là première ville quHls rencontrèrent fut Nicée ; ^très deux aombats et trente-cinq jours de siège, ils allaient la prendre, quand ils virent flotter sur les murs Tétendard des Grecs. Pour traverser l'Asie Mineure par le plus court titemin, ils s'engagèrent dans les solitudes qui en occupent le centre. lis eurent à y supporter d'affreuses souffrances. Les iég«rs eMdrgns turcs du sultan d'iconium tournaient saiH/i«mbê^«ltouf d'eu)e, enlevant les ratnards, les ma-

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lades, empêchant qu'on s'écartât pour aller aux vivres, fourrages, à Veau. Quand le sultan les crut affaiblis^ déixN%*~ rages, il vint, avec une immense cavalerie, leur présentf^ Ifc;' bataille dans la plaine de Dorylée en Phrygie, au nord-est ^JlK Konieh. L'action fut quelque temps incertaine; déjà les Tiixv| avaient coupé un grand nombre de têtes, quand Farrivéc^Au Godefroy de Bouillon et d'un gros corps de cavalerie lesfoTBi^ à fuir. Il

Ijes eroUé« à Antloche (1098). — Après de nouveUMl souffrances pour franchir le Taurus et descendre en Syrie, ilft| arrivèrent, le 18 octobre 1097, devant la grande ville d^A»-^ tioche, que défendaient une forte enceinte garnie de 450toai«'i et une garnison de 20 000 hommes. Les croisés n'étaient déjà plus que 300 000. Ils restèrent sept mois devant la place : Us y seraient restés bien davantage si Bohémond n'avait suborné un émir qui lui livra trois tours. Pendant une nuit d'orage, où le bruit du vent et du tonnerre assourdissait les sentinelles, les chrétiens escaladèrent les murailles avec des échelles de corde' qu'on leur jeta de la place, et se précipitèrent dans la ville aux cris de : Dteu le veut ! 10 000 personnes furent égorgées. Avant d'y faire entrer l'armée chrétienne, le Normand stipula avec les autres princes qu'Antioche lui demeurerait comme sa part de butin. Les croisés se dédommagèrent d& leurs longues privations par des excès qui les décimèrent, et ils se virent eux-mêmes assiégés dans leur conquête par une innombrable multitude de Turcs que commandait Kerbogâ, lieutenant du calife de Bagdad. Bientôt la peste et la famine furent à la fois dans la cité ; beaucoup de croisés, désespérant d'arriver jamais à Jérusalem, quittèrent l'armée pour revenir en Europe. Les autres, soutenus par leur courage, demeurèrent : leur foi les sauva. IJn prêtre marseillais, nommé Pierre Barthélémy, vint déclarer au chef de l'armée que saint André lui avait révélé, pendant son sommeil, que la lance qui a percé le flanc du Chrifit était sous le maître-autel de l'église, et qu'elle dcmnerait toire aux chrétiens. On creuse, on trouve la lance<

siasme s'empare des croisés; ils marchent contre 1 o-yi—v

taillent son armée en pièces. ^^)u» * wt-'

"^ Prise de ^érutalent (lOOO). — Au lieu de sàcneminer aussitôt sur Jérusalem, ils perdirent encore six mois dans Antioche, où. la peste les dévora. Quand ils partirent enfin, ils n'étaient plus que 50 000 à peine ; un certain nombre, il

Uinst était erait la vie- l ;e, l'enthou- p Kerbogâftt J' i

â74 LA PREMIERE CROISADE (1095-1099).

ait Iftdf ^^été^ Êïé^ dai]f§ Ms différenlclâ y&(is më la ctfâfiêâ^. aif àîi tttxf^^êG^. Us ioâgëreUi le fîVa:^«f dè^ k Ué^i^ fpitêtf iêii é& $6 ictait en coïihÉfïumcatioB âtéé ki» llotles Ai Génois et des Phtffi^, qui feai^ ^portaient ^^ proVîsîeittl. L'enthousiasfM eF6îdâà}t à lÈ^sfafi^ qa'lh àp{>f o^fedent de 11 villor sainte èl tTa^eiPâaienfl des fitfcÈt coifêserésr jDsr le souto-nUrJ^fËTangife. feifîn, ^tâ^à^i)^ eiffeni firànéM ïa dernièN coAîàe> |j$tusalenift se? mon^fà à- leu#s yetix. c' 6^ bon Jésus/ dii dn lËïOlne qui éhii daim îWm^, lors<|aè fél» ebrétiens vif 6ttt iai eiéé sainte que de htim^ cenlèfent de Itltits yeuzf • Dm cHs écIateAl : t Jérusaiïetàf Jléfasalem! Dii^ le vent! TUm le Veut I f tk tendent Ifes httièy îh se j^te^ à genoux, ei einftnÉôseni kt fièvre.-

jCéJnPtille^ Pob]et die' kfit* de r66t»]t, il fallaii âieÂirieinanf la l)tQïmè^ Elle' était défendàlè pai" h» soldats dû ô'ââf^e Mimite du Gairôy qtfii s'en était récttnment emparé sur l«s Tnlries. Ce calife avàii ôdbi^t aux chfélleYifs, lorf({tnls- éîs&titi dsms Antiochô,' de le^ laisser e'ntrer dains «^rusafem, mais dâsa^més, et ilâf.'âivaieYibt rejôlé ^ite otfre a^éifr îfidl^nation.- Ils toirîaient q^î^ Ville sa!h^ fét tour con<|â!été et le prix de leur sang. l\§ ^àiiSfïT^t eYifcof é bôàuGonp sous S€^ ififirs^.- Le âol^ d'un^ ét^ d'J^ iitm t» térre> ïtf toflrent èé Cécff 6Yï êtàÈ dessèf ché, lés .cïterfee^ cottAïéeà w* empoisonnées pai' PeûnemîTôn nè.tfi^Yait pliïs cpsèfi (paiéïcp^É flagae» cPeme eau fétide qui fatââfit recafe* tes- énaf^mt, P(^àf réMei» le lûot^ de Farmée, urft^ l^focessiôi^ï sofeA'tféife s^ diéployiai autour de ïa tille : tous le#,.(â^oisé^ s''*'rêtè^èi!ié sui* le nioùl dte^ Oliviers et s'y prosteifï!i4#fent Le 14- |ùillei W9^,' k laJ pointe du jour, un assaut gèt^fif ifet li^^é^1ïro% gj^aù^s toi^rs* roulantes s'approchèrenf (fos mui^;' ïrtâis^,* api^ès un« journée de cbftibat, rien n'étaM éntîdpe faâ^ ;* ^ i^ ^ut quelé letldemàm «^ù^les croises remporteront enttf.- tafférSrfe et- Godk^oy sâttlèrenii tes premiers dand' la pla^îe^/ H fàllnl; eneoi^é^ éOmbattre dans les rues et forcer % lbiôd(|^e' c^Omai^^ ô les Baitsulm^d iM déféndirer^. îy^ ^ë d^e^ séa^ <k>ulèrénl <r hvt côté d« temple il y en avait, M.M chrMlqfùJèûr, iusqu'aiit polïrltit des^e^éVaul. i Le combat ^tac^tnarér M& cl$e^ et» to>àfl!^ le peu^kP déj^iâ^ent leurs armes, «biaii^i^èi!^ <$& tèt^aienls, j^tn^ifièrent tenrs mains et pieds mi^,' elDantâ^ êt^hjmh^ et éks cantiques sâicrës aVe« une dév(Stibtt àifdbttfir, difeent Visiter tes séi^ ifefti.

Fonifatton d'un royaume fraoçài* «n Palrstine (l^ïMI-)^— Pour conserver la conquête, il fallait Torganiser

et lui dapner un chef. Aueun roi n^avait voulu oi^anmr la preoiière croisade. Hugues de YermaQdois, frère du roi de France^ et Etienne de Blois, neveu du roi d^ Angleterre^ étalait retournés en Europe : Bohémond avait déjà sa princi-

Croisés en marche.

pa«té d*Antiocke^ Baudouin celle d^Ëdesse. Le comte de Tou* louse ambiU(mnaiV celle de Jérusalem ; On lui préféra Godefroy de Bouillent qm fut proclamé roi. Il ne voulut ptendr c que le titre de défmuw et baron du Saint^S^ukref refu'sani t de porter couronne d*or là où le Roi des rois avait porté eouroBoe d^épines. » La victoire d'Ascalon, qu'il gagtta peu

de temps après sur une armée égyptienne venue pour reprendre Jérusalem, assura la conquête des croisés. Lés poètes musulmans gémirent : t Que de sang a été répandu ! Que de désastres ont frappé les vrais croylhts! Les femmes ont été obligées de fuir en cachant leur visage. Les enfants sont tombés sous le fer du vainqueur 1 II ne reste plus d'autre asile à nos pères, naguère maîtres de la Syrie, que le dos de leurs chameaux agiles et les entrailles des vautours! • L'islamisme, en effet, expiait ses anciennes conquêtes. Mais déjà les chrétiens étaient las de tant de fatigues et avaient hâte de revoir leurs foyers ; il ne resta guère auprès de Godefroy et de Tancrède que 300 chevaliers. «N'oubliez jamais, disaientils tout en larmes à ceux qui partaient, n'oubliez jamais vos frères que vous laissez dans l'exil.» Mais l'Europe fut refroidie quand elle vit revenir si peu de monde d'une expédi- . tion si gigantesque, et cinquante ans s'écoulèrent avant qu'une nouvelle croisade fût entreprise pour secourir les chrétiens de Palestine.

Org^aninatlou da royaume de ^érnsalem. — Ainsi livré à lui-même, ce petit royaume s'organisa pour la défense et se constitua régulièrement suivant les principes de la féodalité transportée en Asie. Les lois, la langue, les mœurs de la France, furent conservées dans la colonie qu'elle venait de fonder si audacieusement au delà des mers. Son code fut les Assises de JérusiUem, que Godefroy de Bouillon fit rédiger, et où nous trouvons un tableau complet du régime féodal qui ne s'était pas encore résumé dans un grand monument législatif. Des fiefs furent établis : les principautés d'Édesse et d'Antioche, accrues ensuite du comté de Tripoli et du marquisat de Tyr ; les seigneuries de Naplouse, de Jaffa, de Ramla, de Tibériade, mélange singulier de noms bibliques et d'institutions féodales où se voit le caractère propre du moyen âge : l'union intime de la foi religieuse et de la vie militaire.

Part de la France dans les eroisades. — Ce grand mouvement, qui se continua plus d'un siècle et demi, et qui entraîna tous les peuples de l'Europe, était parti de la France. « On avait pleuré en Italie, dit Voltaire, on s'arma en France;» et la France fut ce que le grand poète anglais est contraint de l'appeler : « le vrai soldat de Dieu. » Les Français, en effet, firent à peu près seuls la première croisade. Ils partagèrent la seconde (U^?) avec les Aliemauds, la troisième (1190) avec

LA PREMIERB CROISADE (1095-1099). 877

3S Anglais, la quatrième (1302) avec les Vénitiens. La cinuième (1217) et la sixième (1228) furent sans importance. A septième (1248) et la huitième (1270) furent exclusivement rançaises. Aussi Thistorien des croisades a-t-il donné à son ivre ce titre Gesta Dei per Francos, Aujourd'hui encore, en )rienty tous les chrétiens, quelque langue quUls parlent, l'ont qu'un nom, celui de Francs. ^

B黫lt»ta généwmmK de» erolsadcs. -* Ainsi, au onzième siècle, les Français, recommençant les invasions gauloises, passaient les Pyrénées comme autrefois les Geltibériens ; la Manche, comme les Belges et les Kymris ; les Alpes, comme les Boles et les Insubres ; le Rhin et le Danube, comme ces Gaulois qui allèrent braver Alexandre, piller Delphes et faire trembler TAsie. Il y avait donc, à quinze siècles de distance, le même mouvement d'expansion au dehors, par toutes les frontières. Mais si c'était avec la môme bravoure, c'était avec d'autres idées et une bien grande supériorité morale. En Angleterre, à Naples, les Français n'allaient que chercher fortune ; en Espagne, en Orient, ils combattaient et mouraient pour leur croyance. Et c'est un des beaux spectacles qui aient été donnés au monde que ces millions d'hommes se leTant et courant à la conquête d'un tombeau. Bien peu revirent, et ceux qui succédèrent à ces premiers pèlerins purent suivre leurs traces aux ossements qui jonchaient la route. Mais la civilisation est comme une place forte : les premiers qui font brèche |é)mbent noblement, et les autres passent le fossé comblé de leurs cadavres; seulement l'his- ^ire ramasse les noms glorieux et en consacre le souvenir en associant à cette gloire la foule inconnue qui se pressait derrière les chefs.

Les croisés n'ont pas atteint leur but. .].'rusalem, un mo* inont délivrée, retomba au pouvoir des inf.dèles. Mais dans ^espays mêmes d'où les croisés étaient partis, et dans Tesprit de ces hommes et de leurs contemporains, que de chan* céments! Auparavant on vivait à l'écart et en ennemis; la ^^i^isade diminua l'isolement et les divisions. Dans ce périlleux voyage, à travers de lointaines contrées et au milieu de peuples d'une autre religion, les croisas s'étaient reconnus pour frères en Jésus-Christ. Dans le partage de l'immense ^"^aée en corps de nations, les hommes d'un même pays se feconnurent pour enfants d'une môme patrie. Les Français ^uNord se rapprochèrent. des Français du Midi : la fraternité

27S LA PREMîèRE CROISADE (10^-1099).

nart^ionale, perdue depuis les temps de Rome^ à peine un in»» tant sentie sous Gharlemagne, fut retrouvée sur la route dl Jérusalem, et les troubadours, les trouvères, commencèrent à dianter, au moins pour les barons et chevdiers, c le éM pays de France. »

A Glermont, Urbain li n^avait pas prêché la croisade pour la délivrance seulement du saint-sépulcre, mais encore et vne de mettre un terme au fléau des guerres privées. Dans toute la chrétienté saisie de recueiilement, c il se fit aioiSi dit Guibert de Nogent, un grand silence. > Silence des aniMl et des passions malfaisantes qui^ malheureusement, ne dait guère, mais pourtant donna quelque répit au monde, etfavorisa Texpansion de deux puissances nouvelles, la royauté ei les communes, qui toutes deux voulaient la paix publique.

Résultat* pour le eomnerce et l'Inda^trie. «— Ces grandes expéditions, qui renouèrent les Mens brisés des nations chrétiennes et qui rattachèrent l'Europe à TAsie, roavrirent aussi les routes du commerce fermées depuis riovasion. L'Orient redevint accesdble aux marchands de l'Occi* dent. L'industrie, k son tour, se réveilla pour fournir le» armes, les harnais, les vêtements nécessaires à tant d'faom* mes; et ce mouvement, une fois commencé, ne s'arrêta plbs. Les artisans se multiplièrent comme les marchands. Pour protéger leurs diverses industries, ils formèrent des corporaliom d'arts et de métiers, et peu à peu beaucoup d'argent s'accumula entre leurs mains. Un nouvel élément de force, qu'on ne connaissait plus, fut donc retrouvé: la richesse mobilière, qui désormais grandira en face de la richesse immobilière, et fera monter à côté des nobles, maîtres du sol, les bourgeois devenus, par le travail des bras et de l'intelligence, maîtres de l'or.

Création des ordres mllltatreti armoiries. — Les croisades furent la cause de quelques institutions nouvelles ; un Provençal, Gérard de Martigues, fonda en 1100 Pordf» militaire des Hospitaliers, connu plus tard sous le nom dl chevaliers de Rhodes et de chevaliers de Malte. L*ordre dcf Templiers, institué en 1 1 18 par le Français Hugues des Payent en fut une imitation. Dans la confusion que produisaient eel grands rassemblements d'hommes, des signes de reconnais* sance étaient nécessaires; on inventa ou on multiplia leS armoiries, emblèmes divers dont les guerriers de distinctiott couvraient leur bouclier, leur cotte d'armes ou lewr bannière

Ùi -ii^'"'*^

F^c^jâa de K<ïlre-IïaJii^-l**-^''indè, h Pûï tiers, «rohîUcttiri romano-bï-ïanUne.

désignés par une qualité physique ou morale, Lefort^ Lebon, par une circonstance de leur vie, DumarU^ Dupré^ ou pai leur profession, maréchal^ verrier ^ etc. Ce nom devint héréditaire et commun à tous les membres d'une maison, tandis que le nom de baptême était personnel et mourait avec celu qui l'avait porté.

D^eloppement de la dievalerle } lois de cette tnsli t«tloii. — Les nobles, distingués déjà des manants par cei signes héréditaires, voulurent se donner une organisatior qui les sépsu*ât davantage du peuple; ils instituèrent la ehe vàlerie^ sorte de cQnfcériô militaire où les nobles seuls, aprèî de longues épreuves, purent entrer. Les ordres de TEurope moderne en sont un dernier reste. « Dès Tâge de sept ans, 1( futur chevalier était enlevé aux femmes et confié à quelque vaillant baron qui lui donnait l'exemple des vertus chevaleresques. Jusqu'à quatorze ans, il accompagnait le châtelair et la châtelaine comme page^ varlet^ damùiseau^ ou damoisel

filet dkrni !.2»0n ent

brisure s'appelle lambfl et est en forme d'un filet darni de pendants. Les armes des bâtards sont traversées d'une barre. 2» On entend par les énaua les métaux^ couleurs ou fourrures qui caractérisent le champ de l'écu. Lei principaux métaux sont l'or et Vargent; les principales couleurs sonj gueules ou rouge, sinople ou vert, azur on bleu, pourpre ou violet, saib^ ou noir; les fourrures sont l'hermine et le vair on petit-gris. 3» On appellcj pièces^ le chef ou haut de l'écu; la fasce ou bande norizontale de l'écu ; le pal ou bande perpendiculaire sur reçu ; la croix çui est formée du croise*^ ment de la fasce et du pal; la bande et barre qui sont des bandes diago<^ nales, etc. 4« Les meubles se composent de figures héraldiques qui sont présentées dans les armoiries, telles que lionsj croiœ^ (ot»r«, têtes de mau-j reSf et les ornements extérieurs, comme les timbres ou casques, cimier^ et couronnes, les lambrequins, les supports^ les devises. \

Les trente-deux quartiers de l'armoriai de l'Église de Lyon représentent les armoiries des trente-deux chanoines nobles de Lyon. Le premier quar-j lier est de gueules ou rouge an sautoir engrélè d'argent La couleur dej gueules ou rouge se marque en gravure par des traits perpendiculaires; Pargent, en laissant le fond tout uni«anS points et sans nacnures; le sautoir est nne pièce honore^le composée de la bande et de la barre. Le second quartier est d'argent à l'écu de gueules surmonté de trois merlettes; les merlettes sont des oiseaux sans bec ni pattes. Le troisième porte l'or à trois chevrons d'azur; l'or se marque en gravure par des points et l'azurj par des hachures horizontales. Le quatrième est écartelé, au premier et au quatrième, de gueules à la tour crénelée d'argent | au deuxième et quatrième, d'azur à trois maillets d'argent. Le cmquième est de gueules semés de fleurs de lis d'or,. à la bande d'argent brochant sur le tout. Le sixième a déjà été décrit. Le septième est d'or à l'aigle de gueules. Le huitième, d'azur à deux clefs d'argent adossées et entretenues : on dit, en termes de blason, que deux clefs sont adossées quand leurs pannetons sont tournés en dehors, l'un d'un côté, l'autre de Vautre; entretenu se dit des clefs et antres objets liés ensemble. Le neavième est écartelé, au premier et au quatrième, d'arsent à deux fasces de sable on noir Oe sable se marque en gravures par des traits croisés); au deuxième et troisième J^f^»^Jo tfol» canettes ou petites eannes, etc. (Ch«rubl, ouvrage cité,

LA PRBMliRB CROISADE (1095-1099).

Il les snhrait à la chasse, lançait et rappelait le faucon, maniait la lance et Tépée, s'endurcissait aux plus durs exercices, et, par cette activité incessante, se préparait aux fatigues de la guerre, et acquérait la force physique nécessaire pour porter les lourdes armures du temps. L'exemple d'un seigneur qu'on présentait comme modèle de chevalerie, les hauts faits d'armes et d'amour qu'on racontait pendant les longues veillées d'hiver dans la salle où étaient suspendues

Armures da onxième siècle.

les armures des chevaliers et qui était pleine de leur souvenir ; parfois aussi les chants d'un troubadour qui payait l'hospitalité du seigneur par quelque canzone en l'honneur des paladins de Charlemagne et d'Arthur ; voilà l'éducation mor^eet^ptfillectuelle que recevait le jeune homme. Elle ^vfm^StîA pensée un certain idéal de chevalerie qu'il devait chercher un jour à réaliser.

« A quinze ans, il devenait éeuyer. Il y avait des éeuff0r$ de mjm oa d'fcofifieiir, qui accompagnaient à cheval le châtelain

V / / r^'^î ^.^ LA PREMlfcRlÈ' CÇigiSÀDE (10«5-!0W)

«t la chât^aine; d^ êoiiyers ttme^nts^ qn! liefrvaiept à la table du «èigneur; des écuy ers ^(vrmes y qui portaient sa lance

^fiufjsir

Tmirnoi. <

ét'les' diverses pièces dé son armiMpe. Les idées du temps ennoblissaient ces services domestiqués: Un noble lïeol po«viiit faire i*ési^ai dit vin ' et des mets à la table Sfefettfeiéiale, et accompagner là ëHâtelaine dans les cMWiôS'àli^tértW

lA PRKiiièms eRoiSADB (1095-1099). 283

forêt La reiîgioii et la gmetB, qui avaient une înQuence dpmisante dans la vie du moyen ftge, se réunissaient pour consacrer ï'initiatioQ de Técuyer. Il était conduit à )'hôtel au moment où il sortait de Tenfance pour entrer dans la jepnesse. Son éducation physique, militaire et morille se coi^tinuait par des ezwdces violents. Couvert d*un,e pesante armure, il franobissait des fossés, escaladait des murailles, ^t les légendes de la chevalerie développaient de plus en plus dans son esprit ce modèle de courage et de vertu que, sous les noms d*Amadis, de Roland, d'Olivier et de tant d'autres héros, la poésie offrait aux imaginations. Qu'on ajoute à cette éducation, qui formait le corps et inspirait le goût des aventures héroïques, les préceptes de la religion chrétienne, dont rinfluence salutaire enveloppait en quelque sorte le futur chevalier et le pénétrait da ses priacipeis, et on comprendra comment se formèrent les âmes saintes et magnanimes d'un Godefroy de Bouillon ftt 4'U9 Louis IX. A dix -sept .^ns, l'écuyer partait souvent pour des expéditions lointaines. Un anneau suspendu au bras ou à la jambe annonçait qu'il avait fait vœu 4'acçoinplif quelque pj*pue9.99 écl^tant^i av.ant de recevoir Tordre de la /ch^y^^erie,

c Eofin, Ijorsqu'ii çiy^ît yipgj et un .çuis et qu'U p^^^ls^ait digne par sa vaillance d'êt;*e foijt ^heyalier, il se prép«*ait h cette initiation par de§ cé^émohi^s 9y0iboliqu«s. Le baiq, signe 4le la pureté du corps ^t iç l'iJ^e, la veillé/) d Vmes, 1|EI confession souvent à h§Ut^ ^PÎx« l^ communiQi), précédaient la réception du pouvez çjieyajier; couvert /Je vêtements dfd lin blajjc, autre synibole de pureté mor^te, il ét^it cop4pit ^ l'autel par .deux prud'honuft.es, cheyali/ars épwwrés, «qui étaiçnt sqs parrAÎn^ d'armes. Un prêtre di^^jit lajpe^sejâjb bénissait le j^alvQ. te seigneur qui dey.ait a^rf)£F le nouveau chevalier Iç frappait du plat de r^pé,e eji lui disait . f: Je Hp f fais çjievalier au nom du Pèr,e, du f ijs et(Ju Sjwut-Esprit. | Il lui fais^i]; jurer <^e consacrer se^ arn^es ^ la déjtefîse de? faibles et des opprimés; puis il lui donnait Tocco^cK^eet lui >' ' ceignait Tépée. Les parrains d'armes couvraient le nouveau ehevalîsp des diverses pièces de Tarmure, et lui chaussaienib les éperpp3 (}Aré.s« ^îgne distinctif de U dignité de «chevalier. La eMmome se terminait souvent par un totirnpt, La chevalerie cppf^r^^ ()j89 priyiUges et imposait des devoirs. Formés en asaoeîaliOBS et liés par un sentiment d'honneur et d^ fraternité, les chevaliers se défendaient mutuellement; mais

^74 LA PREMIERE CROISADE (I095-109d).

e$l ftéâf ^^ëéëiA ÊïéHf ésitiê Us ditférônitfâ i^éAar fté la crolf9êâ&. aiVâ»t t^âtéfi^^. ils lôtiffèreAt le fbfstgë éff k l)(Mil6rfsMéf éâS es â6 teï^î^ en coïtiÉUumcatîoâ ât6c le^ floMes des Génois et des Pîs^eità^y cfui leai^ ^portaient dJé^ provisiofis. L'enthousiastàhé^ efû^dâàM à lïïe^f^ quiïs ap|iii^6k^lifaient de la vill^. sainte èl (afatei^âaienl dïeis l'iécÈt con^éserM pér le souvelâr.d^lËyangïfe. Enfin, k>YS(}ti'ih' elvenl fràn^M ik dernière cc^^âteV Jifrusaleni^ se^' montra k leu^'s yetix. c 0 f)on Jésus» dîft tïù Éâfoiïie qui é^aît da:ns V^Èt'méb, lors(|ûe leiâ^ clirétiens v^eï^téî 6iéé sainte que de ki^iïye^ côQlètent de fetfifi^syeuxl > Dé» eîi3> édateAf : « Jéru^leifi^j Jléi'aâal^m! h^^ le veut! D^ le .Veuf ! > t^ hnâmi h^ hîtés^ 3s se j'ette^ à genoux. ei.6in|»rsenilâ& teifré.-

JpSB^fûlei Tôbjet cîe' istd de tmia^it, il Maii tÉiamiienant la pfert»Œr&i Elle? éteît défendûte paf ie» soldats dû cdMfe fetimite du Gairô^ qtfi' s'en était récéïnment eitoaré sur les TcÉrfes. Ce calife av«a ô^tt aux chfi^tfs, lor^qftnis é^âîeni dans Antiochô,' de ,ieïr laisser eiitrer dfains Jértfsaïem, mais désarmés, et ilâf. àivaieYibi rejélé 6^lte offre ateii^ îfî(^igHation.- Ils yottlaient qdji'fe ville saifarée^ fôt leur cori(|à!étè et le prî» de leur sang. Il^ôiôufffire^H eïJrCôM MâiKkmp sous sëâ^ ifenrs. Le soleil d'ui\ été d'4^ brîM k^ terrer;^ 1« torirent éé CMtoti était dessé-T' chfé, les CïtefÉée^ coiftaMéeè ou: emj)bisonnées par rennenuTôn ne^.troû'yaii p\^s (fm cpatéïqa$^ naqaei» (t'aura eau fétide qui ïdiïMi tèmkt tes* ei«y^a«iS«y PoH^ reK^er fe nîoM de Parmée, uâé pôt&s^îà^ âofewtfeîfe se (Éiployîa autour do ïa ville : tous lefj (boisés s^é^rêtè^ètui sur le MotfÉ dte^ Oliviers et s'y prosteÂé^eni Le î^ ^iillei Ï09*,. à: laJ jjôinéo du ^our, un assaut géiiéfS At lifi)H itrd^ gfmék^ totïrs- rottïantes s'âpprochèrenf (fos muT^; ïnais^,^ spthÉ une journée de cbàibat, rien n'étaîll èntîore fe^ ;• ce t^ M qae'lîs leiifdemain (^^liéîes croisés reiïïportiérlôn'É eiVÔAV Tairérërfe ei GbdiePfroy sâtJtfÉèrenii les premiers dai)» la platee^/ 11' fi^Unt eneof^ éombattre disais les rues et forcer tlâh «3^e^S|àée' dl'Omâa^^ rà les s^usulmâ^s ^- défèûdî* rei^. &<^$[)^à; d!â^ s^)^ ôbulèï^èni- d^ t>u^ côté diï tienà))le il y en avait, dït:û^ cb'fô^itliMNlir, ju^u^ki' po^riatâ des^(!ÉèVaul. i Le combaiieci;ekiré7 ]«^cl$e^ el*to^le peuplO' dé^osèï^ent leurs armes, «MA'^feA^ ds VêHemen-fs, ]^in»ilîèren4 l«urs mains et pieds m^,; chail^^i^ è(i» h}mùei» et dles^ cantiqiùe^ Sâk^rës avee une dév^rtWï af (fettU<^, âttrent Visiter te^ sai^tb» ifefti.

Foii<fiitttôi& d'an royaume français en Palestine (14IIM^)^ — Pour conserver la conquête, il fallait l'organiser

LA PHfiMlÈRE CROISAPE (1095*1099).

et lui doBner un chef. Aueun roi n^avait voulu oi^aniter la première croisade, Hugues de Vermandois, frère du roi de France, et Etienne de Blois, neveu du roi d^ Angleterre^ étaiei^ retournés en Europe: Bohémond avait déjà sa princi-

Croisës ea marche.

pavté d*Aiitiooke^ Baudouin celle d^Édesse. Le comte de Tou^ K)U68 ambiUonnaiV celle de Jérusalem } On lui préféra Gode> froy de Bouillon, qui fut proclamé roi. Il ne voulut prendre que le titre de défemêwr et baron du Saint-S^lcref refusant c de porter couronne d'or là où le Roi des rois avait porté «nuronne d'épines. » La victoire d'Ascalon, qu'il gagtta peu

276 LA PHBMIÈHE CROISADE (1095-1099).

de temps après sur une armée égyptienne venue pour reprendre Jérusalem, assura la conquête des croisés. Léspoëtes musulmans gémirent : « Que de sang a été répandu ! Que de désastres ont frappé les vrais croyants 1 Les femmes ont été obligées de fuir en cachant leur visage. Les enfants sont tombés sous le fer du vainqueur ! Il ne reste plus d'autre asile à nos pères, naguère maîtres de la Syrie, que le dos de leurs chameaux agiles et les entrailles des vautours! • L'islamisme, en effet, expiait ses anciennes conquêtes. Mais déjà les chrétiens étaient las de tant de fatigues et avaient hâte de revoir leurs foyers ; il ne resta guère auprès de Godefroy et de Tancrède que 300 chevaliers. «N'oubliez jamais, disaientils tout en larmes à ceux qui partaient, n'oubliez jamais vos frères que vous laissez dans l'exil.» Mais l'Europe fut re- ^ froidie quand elle vit revenir si peu de monde d'une expédi- , tion si gigantesque, et cinquante ans s'écoulèrent avant qu'une nouvelle croisade fût entreprise pour secourir les chrétiens de Palestine.

Qrg^aniiiaiiou du royaume de «iérnsalem.— Ainsi livré à lui-même, ce petit royaume s'organisa pour la défense et se constitua régulièrement suivant les principes de la féodalité transportée en Asie. Les lois, la langue, les mœurs de la France, furent conservées dans la colonie qu'elle venait de fonder si audacieusement au delà des mers. Son code fut les Assises de Jérusalem, que Godefroy de Bouillon fit rédiger, et où nous trouvons un tableau complet du régime féodal qui ne s'était pas encore résumé dans un grand monument législatif. Des fiefs furent établis : les principautés d'Ëdesse et d'Antioche, accrues ensuite du comté de Tripoli et du marquisat de Tyr ; les seigneuries de Naplouse, de Jaffa, de Ramla, de Tibériade, mélange singulier de noms bibliques et d'institutions féodales où se voit le caractère propre du moyen âge : l'union intime de la foi religieuse et de la vie militaire.

Part de la France daim le» croiMMies. — Ce grand mouvement, qui se continua plus d'un siècle et demi, et qui entraîna tous les peuples de l'Europe, était parti de la France. « On avait pleuré en Italie, dit Voltaire, on s'arma en France;» et la France fut ce que le grand poète anglais est contraint de l'appeler : « le vrai soldat de Dieu. » Les Français, en effet, firent à peu près seuls la première croisade. Us partagèrent la seconde (11^?) avec les Alieniands, la troisième (1190) avec

les Anglais» la quatrième (1902) avec les Vénitiens. La cinquième (1217) et la sixième (1228) furent sans importance. La septième (12^) et la huitième (1270) furent exclusivement françaises. Aussi Thistorien des croisades a*t-il donné à son livre ce titre Gesta Dei per Ffancos. Aujourd'hui encore, en Orient, tous les chrétiens, quelque langue quHls parlent, n'ont qu'un nom, celui de Francs. ^

Bés«ltato géuéwmMK des croisade*.— Ainsi, au onzième sièclCf les Français, recommençant les invasions gauloises, passaient les Pyrénées comme autrefois les Celtibériens ; la Manche, comme les Belges et les Kymris ; les Alpes, comme les Boles et les Insubres ; le Rhin et le Danube, comme ces Gaulois qui allèrent braver Alexandre, piller Delphes et faire trembler TAsie. Il y avait donc, à quinze siècles de distance, ie même mouvement d'expansion au dehors, par toutes les frontières. Mais si c'était avec la môme bravoure, c'était avec d'autres idées et une bien grande supériorité morale. En Angleterre, à Naples, les Français n'allaient que chercher fortune ; en Espagne, en Orient, ils combattaient et mouraient pour leur croyance. Et c'est un des beaux spectacles qui aient été donnés au monde que ces millions d'hommes se levant et courant à la conquête d'un tombeau. Bien peu revinrent, et ceux qui succédèrent à ces premiers pèlerins purent suivre leurs traces aux ossements qui jonchaient la route. Mais la civilisation est comme une place forte : les premiers qui font brèche ffombent noblement, et les autres passent le fossé coînl)lé de leurs cadavres; seulement l'histoire ramasse les noms glorieux et en consacre le souvenir en associant à cette gloire la foule inconnue qui se pressait derrière les chefs.

Les croisés n'ont pas atteint leur but. .llrusalem, un moment délivrée, retomba au pouvoir des inP.dèles. Mais dans les pays mêmes d'où les croisés étaient partis, et dans Tesprit de ces hommes et de leurs contemporains, que de changements I Auparavant on vivait à l'écart et en ennemis ; la croisade diminua l'isolement et les divisions. Dans ce périlleux voyage, à travers de lointaines contrées et au milieu de peuples d'une autre religion, les croisés s'étaient reconnus pour frères en Jésus-Christ. Dans le partage de Timmense trmée en corps de nations, les hommes d'un même pays se reconnurent pour enfants d'une môme patrie. Les Français du Nord se rapprochèrent. des Français du Midi : la fraternité

27S LA PREMTÈRB CHOISADE (10%-1099).

nationale, perdue depuis les temps de Rome^ à peine un instant sentie sous Charlemagne, fut retrouvée sur la route de Jérusalem, et les troubadours, les trouvères, commencère&t à chanter, au moins pour les barons et chevaliers, c le doox pays de France. »

A Clermont, Urbain li n^avait pas prêché la croisade pour la délivrance seulement du saint-sépulcre, mais encore es vue de mettre un terme au fléau des guerres privées. Dans toute la chrétienté saisie de recueUlement, c ii se fit dors, dit Guibert de Nogent, un grand silence. » Silence des armes et des passions malfaisantes qui^ malheureusement, ne dura guère, mais pourtant donna quelque répit au monde, etfavorisa Pexpansion de deux puissances nouvelles, la royauté et 4es communes, qui toutes deux voulaient la paix publique.

Résultats pour le eommeree et Plnilafltrte. *— Ces grandes expéditions, qui renouèrent les liens brisés des nations chrétiennes et qui rattachèrent l'Europe à l'Asie, rouvrirent aussi les routes du commerce fermées depuis Tinvasion. L'Orient redevint acceserible aux marchands de l'Occident. L'industrie, à son tour, se réveilla pour fournir les armes, les harnais, les vêtements nécessaires à tant d'hommes; et ce mouvement, une fois commencé, ne s'arrêta plds. Les artisans se multiplièrent comme les marchands. Pour protéger leurs diverses industries, ils formèrent des cof*poralions d'arts et de métiers, et peu à peu beaucoup d'argent s'accumula entre leurs mains. Un nouvel élément de force, qu'on ne connaissait plus, fut donc retrouvé: la richesse mobilière, qui désormais grandira en face de la richesse immobilière, et fera monter à côté des nobles, maîtres du sol, les bourgeois devenus, par le travail des bras et de Pintellîgence, maîtres de l'or.

Création ûem ordres mllltalreti armoiries. — Les croisades furent la cause de quelques institutions nouvelles ; un Provençal, Gérard de Martigues, fonda en 1100 l'ordw militaire des HospitaMers^ connu plus tard sous le nom de chevaliers de Rhodes et de chevaliers de Malte. L*ordre des STemp^ters, institué en 1118 par le Français Hugues des Payons, en fut une imitation. Dans la confusion que produisûent ces grands rassemblements d'hommes, des signes de reconnaissance étaient nécessaires; on inventa ou on multiplia les ormoines, emblèmes divers dont les guerriers de distraction couvraient leur bouclier, leur cotte d'armes ou leiirl>annièpe,

LA PREMIÈRE CÏIOÎSADÉ (1095-1099). ^79

et qtiî, depiils le tmtzième siècle, passèrent du père au fils. Ces armoiries devinrent «ne langue compliquée qui forma la scienée du blason. Les nwis de famille commencèrent aussi vers ce temps à S'introduire. Aux noms de baptême*, jusqu'ai<Mrg presque seuls usités et peu nombreux, de sorte que

^ i.LfJ

beaucoup (te pi?rao»njes avaieol le m^m^m joignit un im>i» de terre pour di8tin|u«r les familles. Les roturiers furent

i. k nae iO«ir ^JM^m, Uwb ab 11M« prftf de 9A7M<, il «a 4aroiiT« lift ^igB#Bif 4a umB^ i% GHiiimmf*

% ItB K»^ri«s M fMHMMMit Al pinaMOM f)irii«B «MMktiellêi, teitos ^ Vdeu, (m ^immi, iiM jM#cM et Ut m«u6if», t* LVom mI lu okaoïp des VQMrU» : il H^ ^«l^9fi»i# HMwpé fpar dflt lieues 4ipii produisent dM gumn- Mri, ^JMil«vyM)t#» flgqi» Ut «tme» réwiiM de plnflieun famiiiw. Les umoincB des eadeti sont brUéeê ou partie* des armes materneUes. 4SeUf

désignés par une qualité physique ou morale, Lefmrt^ Lehon^ par une circonstance de leur vie, Dumon^, Dupré^ ou pa* leur profession, maréchcU^ verrier^ etc. Ce nom devint héréditaire et commun à tous les membres d'une maison, tandis que le nom de baptême était personnel et mourait avec celui qui l'avait porté.

D^eloppement de la elievalerie i lois de cette tastittttioii. — Les nobles, distingués déjà des mtfiMifi^s par ces signes héréditaires, voulurent se donner une organisation qui les séparât davantage du peuple; ils instituèrent la ehevàleriey sorte de confrérie militaire où les nobles seuls, après de longues épreuves, purent entrer. Les ordres de l'Europe . moderne en sont un dernier reste. « Dès l'âge de sept ans, le futur chevalier était enlevé aux femmes et confié à quelque vaillant baron qui lui donnait l'exemple des vertus chevaleresques. Jusqu'à quatorze ans, il accompagnait le châtelain et la châtelaine comme page.y varUt^ damoiseaUy ou damoisel.

brisnre s^appelle lambel et est en forme d*un met okrni de pendants. Les armes des bâtards sont traversées d'ane barre. 2» On entend par les émaux les métaux^ couleurs on fourrure* qui caractérisent le champ de l'écu. Les principaux métaux sont Vor et Y argent; les principales couleurs sont

. . ! gui <

ment de la fasce et du pal; la bande et barre qui sont des bandes diagonales, etc. 4« Les meubUi se composent de figures héraldiques qui sont présentées dans les armoiries, telles que lionsy croix^ tours^ têtes de mauresf et les ornements extérieurs, comme les timbres ou casques, cimiers et couronnes, les lambrequins, les supports^ les devises.

Les trente-deux quartiers de Parmorial de l'Église de Lyon représentent les armoiries des trente-deux chanoines nobles de Lyon. Le premier quartier est de gueules on rouge an sautoir engrélé d'argent. La couleur de gueules ou rouge se marque en gravure par des traits perpendiculaires ; rargent, en laissant le fond tout uni «ans points et sans nacnores; le sautoir est une pièce honorable composée de la bande et de la barre. Le second quartier est d'argent à l'écu de gueules surmonté de trois merlettes; les merlettes sont des oiseaux sans bec ni pattes. Le troisième porte l'or à trois chevrons d'azur ; l'or se marque en gravure par des points et l'axur par des hachures horiiontales. Le quatrième est écartelé, an premier et au quatrième, de gueules i la tour crénelée d'argent; an deuxième et quatrième, d'aKur à trois maillets d'argent. Le cinquième est de gueules semés de fleurs de lis d'or, à la bande d'argent brochant sur le tout. Le sixième a déjà été décrit. Le septième est d'or à l'aigle de gueules. Le huitième, d'azur à deux clefs d'argent adossées et entretenues : on dit, en termes de blason, que deux clefs sont adossées quand leurs pannetons sont tournés en dehors, l'un d'un côté, l'autre de l'autre ; entretenu se dit des clefs et autres objets liés ensemble. Le neuvième est écartelé, au premier et an quatrième, d'argent à deux fasces de sable ou noir (\e sable se marque en gravures par des traits eroisés); au deuxième et troisième a or ftTee trois eanettes ou petites eannes, etc. (CRÉnmst., emrrage cité, p. «0,81.) ^ » N f •*«

LA PRBMliRE CROISADE (1095-1099). 981

Il les sniyaît à la chasse, lançait et rappelait le faucon, maniait la lance et Tëpée, s'endurcissait aux plus durs exercices, et, par cette activité incessante, se préparait aux fatigues de la guerre, et acquérait la force physique nécessaire pour porter les lourdes armures du temps. L'exemple d'un seigneur qu'on présentait comme modèle de chevalerie, les hauts faits d'armes et d'amour qu'on racontait pendant les longues veillées d'hiver dans la salle où étaient suspendues

Armures du onxième siècle.

les armures des chevaliers et qui était pleine de leur souvenir ; parfois aussi les chants d'un troubadour qui payait l'hospitalité du seigneur par quelque canzone en l'honneur des paladins de Gharlemagne et d'Arthur ; voilà l'éducation moraleetJntûllectuelle que recevait le jeune homme. Elle ^SfSt^^SSsëBL pensée un certain idéal de chevalerie qu'il devait chercher un jour à réaliser.

« A quinze ans, il devenait ^euy^r. Il y avait des éeupers de €«rp0 ou d'^ofifimir, qui accompagnaient à cheval le châtelain

«t la chAlilaine; des écuyers trûnehants^ quî «èrvaiept à la table d« «bigneur; des ëctiyer» «formes, qui portaient sa îaixce

Tirarnoi.

et 'les diverses pièces dé son armiMpe. Les idées du temps ennoblissaient ces services donfiestiqùeë. Uïi ridblé Seul pouviiit faire i^éséai dii' Vin^ et des mtet^ à la table éèSgttteuiiale, et accompagner lai ëHâtelaine dans lés cbùY^'àli'ÉtéK^l!!

LA. PRKMlèlW eBOlSADB (i09S-1099). 283

forêt. La religion et la g«i«rr«, qui avaient une inQuence dominante dans ia viedu moyen ftge, se réunissaient pour consacrer Piaitiation de Técuyer. Il était conduit à )'hôtel au moiaeni où il sortait de Tenfance pour entrer dans la jeunesse. Son éducation physique, militaire et morale se c.oi^tinuait par des exercices violents. Couvert d'un,e pesante armure, il franobissait des fossés, escaladait des murailles, ^t les légendes de la chevalerie développaient de plus en plus dans son esprit ce modèle de courage et de vertu que, sous les noms d*Âmadis, de Roland, d'Olivier et de tant d'autres héros, la poésie offrait aux imaginations. Qu'on ajoute à cette éducation, qui formait le corps et inspirait le goût des aventures héroïques, les préceptes de la religion chrétienne, dont rinfluence salutaire enveloppait en quelque sorte le futur chevalier et le pénélr^iit da ses principes, et on comprendra comment se formèrent les âmes saintes et magnanimes d'un Godefroy de Bouillon .i^t 4*^9 Louis IX. A dix-sept .^ns, l'écuyer partait souvent pour des expéditions lointaines. Un anneau suspendu au bras ou à la jambe annonçait qu'il avait fait vœu 4'accQ|nplif quelque pjrpueç^ç écl^t^njtç, av^nt de recevoir Tordre de la /chpyaîerie.

c Bofiç, lorsqu'il çiyait yiAgï «t un ans et qu'il p^^tissait digne par sa vaillance d'êt;*e foi.t ^beyalier, il se ^répf^^i^ ^ cette .initiation par de§ cérémohjps ^ymboliquas. Le baiii, sigpe de la pureté du corps et i.ç l'iJ^e, J^ veillé/î d Vmes, jlia confession souyent à^^ute vpix^ Ja communiQr), précédaient la réception du poi^ve^u (jjj.eyajier; couvert 4fi vêtements éfd lin YAanÇf autre syipbol.e de pureté morate, il .ét^it. con4uii ^ l'autel par /deux prjud'hpmiftes, cheyali/ars éprowrés, ^qui étaiçnt sqs parr^in^ d'armes. Un prêtre diwt la jpe/uie #jb bénissait le jgjaive. te seigneur qui dev.ait d^m^ le nouveau chevalier Iç frçippait du plat de l'^pé.e eji lyi Âiswt . f: Je jfcp c fais çjipvalier au npmdu Pèr^e, dufijs eUu §jW»t-Esprit. | Il lui laîs^ij; jurer ^^ consacrer ses armes ^ la (Jéfcflse des faibles et des opprimés; puis il lui donnait Tocco^cK^e et lui >•' ' ceignait Tépée. Les parrains d'armes couvraient le nouveau ehevaiîef des diverses pièees de l'armure, et lui chaussaiènjb les $perpp3 <}orâs« ^igne distinctif de la dignité 4e ehevalier. La «Mmame se iorminait souvent par un toumpt, La chev^ lerie CQpdgr^it d99 priyiUges et ûoposaijt des devoira. Forméa en asaoeîalions et liée par un sentiment d'bonneur et d^ fraternité, les chevaliers se défendaient mutuellement; mais

884 LOUIS VI (11 08*1 137). les Communes.

si un d^etix manquait à la loyauté et à rhonneur, il étaij déclaré félon, dégradé solennellement et livré au derni^ supplice. La courtoisie et-le respect pour les femmes étaieil des vertus chevaleresques *. » Ainsi cette société si vi(( lente avait su pourtant se créer un idéal de perfection L'homme du moyen âge avait pour modèle, dans la vie i gieuse, le saint, son patron; dans la vie civile et politique le chevalier.

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