‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 53 sur 103 · CHAPITRE XXÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÎ

lÊtendne dn domaine royal à la du do oûf «fècle. — Le domaine royal avait bien diminué de jour oil Hugues Capet y avait réuni tout le duché de T Philippe !•' ne possédait, plus à sa mort que les comtéi 4 Paris et Melun, d'Orléans et de Sens; encore n'avaii-ilj la route libre de Tune de ces villes à l'autre. Entre Paria L Étampes s'élevait le château du seigneur de Montlhéry ;entr« Paris et Melun, la ville de Gorbeil, dont le comte espéra quelque temps pouvoir fonder une quatrième dynastie : enfin entre Paris et Orléans, le château du Puiset dont la prise coûta trois années de guerre à Louis VI. Plus près de Paris encore se trouvaient les seigneurs de Montmorency et de Dammartin ; et à Touest les comtes de Montfort, de Meulan et de Mantes, qui tous pillaient les marchands et les pèlerins, malgré les sauf-conduits du roi. « Beau fils, disait un

t. Chérael, Dictionnaire des institution» et eoutumêt de la France^ publié dans la coUection de VHiitoire universelle (au mot Chevtilêrie).

2. Principaux ouvrages à consulter pour ce chapitre et le suivant : Suger, Vie de Louù le Gros; Guillaume, Vie de Suger; Oalbert, Vie de Charte» U> Bon^ comte de Flandre. Cette dernière chronique, qui raconte le meurtre dn comte et la punition de ses assassins, est fort curieuse, car elle montre en action la société du douzième siècle. Aug. Thierry, LeUrm mer l'hi»toir» de France et Ratai eur l'histotre du tiers état.

nastères. Le clergé gardien des lois morales, se voyait réduit (r non à interdire la violence, mais à la régulariser en établis-/^ . sant la trér^B de DUUy qui défendait de tuer et de voler du / • ^ \ mercredi soir au lundi matiij^^ ..< ./ /"^. \ \ V ■

Anpewkue misère t une disette eu onsième «iècle. -«-\)l Sur qui retombait tout le poids de ces misères féodales? Peu meurtrières pour le noble bardé de fer, elles Tétaient beaucoup pour le manant, à peu près sans armure défensive. A firenneville, où combattaient les deux rois de France et d'Angleterre, 900 cavaliers sont engagés, 3 seulement restent sur la place. A Bouvines, Philippe Auguste est renversé de son ohe^val, /^U Teste quelque temps sans défense aux mains des îaniassîns'ennemis : ils cherchent vainement un défaut dans son armure pour y faire passer la lame d'un poignard, et ils le frappent de masses d'armes qui ne peuvent enfoncer sa cuirasse ; les chevaliers ont tout loisir de venir le délivrer et le remettre en selle. Après quoi il se jette avec eux au., l , . milieu de cette ribaudaille, où les longues lances et les" pesantes haches ne frappent pas un coup en vain. Le seigneur pris^ autre calamité , il faut payer sa rançon. Mais qui payait la chaumière et la moisson brûlée du pauvre diable? qui pansait ses blessures? qui nourrissait tant de veuves et d'orphelins?

Deux auteurs contemporains, deux historiens des croisades, peignent ainsi ces temps désastreux : < Avant que les chrétiens partissent pour la contrée d'outre-mer, dit Guibert de Nogent, le royaume de France était en proie à des troubles perpétuels. On n'entendait parler que de brigandages commis sur les voies publiques. Les incendies étaient innom- ' brables, et la guerre sévissait de toutes parts sans autre cause qu'une insatiable cupidité. Bref, des hommes avides ne respectaient aucune propriété et se livraient aa pillage avec une audace effrénée, i Guillaume, archevêque de Tyr, dit également : c II n'y avait aucune sécurité pour les propriétés ; quelqu'un était-il regardé comme riche, c'était ui. motif suffisant pour le jeter en prison, le retenir dans les fers et lui Jaire subir de cruelles tortures. Ces brigands ceints ! du gîaWe' assiégeaient les routes, dressaient des embûches '< > et n'épargnaient ni les étrangers, ni les hommes consacrés à Dieu. Les villes et les places fortes n'étaient pas même à l'abri de ces calamités ; des sicaireg en rendaient les rues et les places dangereuses pour les gens de bien. »

iS6 UHIIS Vl (1 109-1 137)* LBS ÈOWMUNBd.

ifidpoiljs vassal je duo de Brelftgae; âa sud-euest', M' tdUâé d'Anjou y dont le roi recevait Fhpinmage comnie^ dure A France; à Test, le comte die Ghacdpagne, et au-dod-esl, M duc de Bourgogne. Plus loin, au midi delà L6ire, éMéttlII duc d'Aquitaine et de Gascogne et les eènutes dé Touldvâeél de Barcelone, avec leurs innombrables vasdau^, oai^ cliaqdl fief s'était à son tour divisé comme s'étaH divisé le foystre»^ \iQ clergé occupait lu^mèiûe une place impoi^tanfte dans H hiérachie féodale. Ses chefs ^^jPSiL^^^i eomtes et seigneurs avec tous les droits re^p^exercés par les autres suzerains, de sorte qu'à l'exception de cinq ou six villes possédées par le roi, la France tout entière appartenait aux seigneurs laïques et ecclésiastiques, grands ou petits, ducs et comtes, évêques et abbés, seigneurs batmerets porliért bannière et simples chevaliers n'arborant ^aè fe p^mt&h. Mais cette royauté si faible avait pour elle ïésséûf^ôtfiftf rfé'pàfth sance, de justice, d'unité nationale et d'ô!^(!fefè ptAÉfe àtfaché* à son» titre;- elle avait des droits, elferfWatfiéfei^dft forôe^ qtf uA priàee^ actif et brave lui arrive, et ôé^ f^6ë M viendra. ..'^

Atiméé éé i^éritiû iHi A^ohtfiié policé Mltf êéà é^ iànfMitf il fénféé^ tén é^iîHlë. - Tandis (^jb^àaémf française, tirée d'uft engourdissement qui a.fmétùté éiflsk siècles, àbrtaît par toutes ses frontières â: la' folS?J6tif c6toiJué^îfrÂn^leéerré, NapTes, Jé#i^lem, et fon(kifmifù^Wfi^ en ^psg^t'i rii¥dûfent Philippe î«' somméilïa# §êf fe kàité: h^ côfeimen^it â s'i^ritef dfe cette Mferfi^ <fe Éaî^ifeiis.- « C'est le devoir des rois, disait SugeT, de réprimer de leur main puissante, et par le droit originaire de leur office, l'audace des grands qui déchifénf fEiai par des guerres sans fin, désolej;it»^9i p^uvrç^,§td^lrui^ent les églises, i Dans les . idéjes dfi l'Église, 4a0S ceH^§ du peuple, la royauté devait être un pouvoir protecteur, bien plus qa'un pouvoir toilitain>» , Hxngt^^' Cip^t l\«vajt compris,, lorsque^ au lieu du globe* de . Ghof len^ne, ambitieux eiùblème d'une domination coo^rai^tte,^ il n'avait joint au sceptre que la main de justice. Mais sou9 soa quatrième suoéessetitr^ il ne suffisait pas quo le.Toi s'armât.du ii>aci£que symbole, comme saint Louis fera au pied du chêne de Vincennes ; la main de justice dfetait être alors uA glaive; Lotris VI f lït le' rof q^é èû'ger demandait. Toujours à cheval et la laficé au p&ing, il oombatlkt sans relâche contre les noWeS (Jtrt dtttrotrssarffent les

ToyageuTs ou pillaient les biens des églises, et parvint à mefM ftîî péti d'or*^ e! de «écforîté dans ses étroits rfôfaiatlnesi <fe riteMte^fyance. lés côtntéâ de Gorber! et de Maïité!^» les tàfeÀ de Montmorency, du Puîset, de Goucy et de MolitfortliiàreiitèoAtrâmMs de' fespiecter les marchands et les clercs, lùa» kl» fêabl^, tous les opprimés accoururent autour dé FétefRdiûd^^^Ç^Qte^oui ée levait. Le clergé mit à àon' ser- Tîcè s^éS^i^feÎB» Î^TSr, disait Suger, h' gloîrë de rÉfelfèé de Dietr esC rfàné Punioiï de la royauté et du sacerdoce, i Louië se prdcuta de ûourveaux alliés en rUtervétiaii! dans U résolutiotf dottuhntifâe'.

— L'éyéquè Adfàlbéroi^, dans un poëme latin adressé au roi Robert, tfé reconnais^it que deui classes dans îa société : }es cidres qui prîefrt, les nobles qui combatif ent; au-dessous, bien loîtf , sottt les âerfe et manants qui travaillent, mais ne comptcnP ^^ dans TÈUA. Ces homftiés qtie'révôque Adalbéfon ne éomptaîent pas Teffrayaient pourtant. Il pressentait avetf dtotffettf irtfe révokttioff prothàiïie. i Leâf tncèwtsi changent, s'écrie-tr-il, Tordre social est ébranlé t i C^esl le cri d'e' toTft" M YtëimfHÏ dtf slîWîe t d&âlîué rérfâtoâtiori partie d^en bas. H Û6 sef tfbïiipait poiiHf : niie révolution commençait qiii altaiîtfîrèf I^s lïi'âTiants de sertîtudé pour les' élever au niveau de ceux' qui éféient aflorsf les* maîtres du pays. Maïs* fl Itii a fallu, à cette r^ôltition, sept écrits attS pt)ùt rétfssi'r.

^llé* n&th^tiéi^* --= Au huitième siècle, les' sérfô n^éta:ient pïs ëric'oré Bts^i éldghés êiit teûips où régnait f àricîeû ésélav'agef pour avoir' conquis le droit rfé vivre et dié* mourir, atec léùt^ féùime* et ïeuï's enfants, stiY la terré qu'îfe fétSondàieM de leur trâf^ail. Mâiif, deu!* éiècl'éâ plus tard, oô tes v6it tous casés par' familles : lûUi* cabane et le terraîtf qui* PaVoisîiïé s«!)nt deVeiïus pour éuj^ un héritage ''. L'esprit de fattaille atùena à srf suite Tesprit d'association. Qttatfdrc'eS cases de seffs éë treuvàienl! dans îé voisinage d'un cours d'eau, ^'^ixn grand chemin ou de ter'rëâ' fertiles, sur lé pefiCK^f tf'tfn^' CélKne' dte* fsfcîié défetfSS, et que le maître n'étâSt point tf op- duf, elles se iSlulftplîaieilt, élïés devenaient"

i. Coiotit réanis dans la même case (Aug. Thierry, Essai sur Vhittotre du tiers état^ p. 13)>Le pape Adrien IV, qui était d'origine servile, déclara les mariages des serfs valables avec ou sans consentement du seigneur, leqael n'eot qne' 1« faculté de i^&laitaér Hnd^nldl^ pë^Ciinlalï^ft afii)clée droit de f$mQritt§e Wf 4» pemrtfttite»

288 LOUIS VI (1108-1 137). les communes.

un village : s'il s'y trouvait assez de bras et de ressources, on y bâtissait une église et révoque formait une nouyelle circonscription rurale, une paroisse. Cette paroisse n'existait d'abord que comme division ecclésiastique; mais le curé y recevait les actes qui dans les villes, d'après le droit romain, devaient être inscrits sur les registres municipaux. L^Égiise donna la première organisation aux communautés rurales; un second pas fut fait, quand l'intendant du seigneur, chargé de maintenir la police du bourg, et souvent serf luimême % prit quelques-uns des vilains pour lui servir d'assesseurs. Pour le plus grand nombre des villages les choses en restèrent là pendant bien longtemps ; mais ceux qui grandirent jusqu'à devenir des villes où il y eut de l'industrie, du commerce, de l'argent, des biens en un mot à garantir contre les exactions, furent animés au onzième siècle de désirs nouveaux; et comme les seigneurs avaient annulé l'autorité du roi, et bien souvent les vassaux celle des seigneurs, les serfs voulurent restreindre les droits du maître sur leur terre et leur personne.

Ancienne» eliés et débris de* anciennes Inslltatlon» urbaine*. — Ces désirs ne fermentaient pas seulement dans les villes qui s'étaient formées autour des abbayes et des châteaux. L'empire romain avait aussi laissé sur le sol de la Gaule un grand nombre de cités qui restèrent, au milieu de la confusion générale, des foyers d'industrie et de commerce. Quelques-unes, dans le midi surtout, gardèrent leur organisation municipale, leur sénat, et accrurent même la juridiction de leurs magistrats librement élus. D'autres ne sauvèrent que des débris de cette ancienne organisation. Mais, chez toutes, le souvenir des anciennes libertés s'était conservé; il s'y réveilla avec énergie, lorsque la multiplication des familles féodales et le luxe croissant accrurent le ^ nombre et les exigences des seigneurs, et que l'oppressioQ^ arriva à son comble. iX\ \

InsnirrecUon» sur plusieurs pointo pour obtenir (itt Charles de commune (lOOO). — Dès l'année 997, sous le roi Robert, les vilains de Normandie avaient préparé un soulèvement général, c Pourquoi, disaient-ils en attestant

1. Qaérard, CartukUrê de SanU-Pire de Chartreit préface. La mairii donna à ce vUlicus la liberté, comme ploa tard, daoa lea graadet tillet, eUe domui U noblesse. » r- i •

avec une wX^éioqaence Tégalité de tous les hommes dans la force et dans la soufirance : '

Pourquoi nous laisser faire dommage ?

Nous sommes honmies comme ils sont;

Des membres ayons, comme ils ont; £t de tout autant grands cœurs avons;

Et tout autant souffrir pouvons *. >

Ils se lièrent par serment, et des députés de tous les districts se réunirent en asseniblée générale. Mais le complot s'ébruita, et les chefs, surpris par le comte d'Ëvreux et ses chevaliers, furent torturés atrocement : les uns furent brûlés à petit feu, arrosés de plomb fondii|ii empalés ; on renvoyai les autres les yeux crevés, les pvtn^ ou les jarrets coupés,^ à pour répandre la terreur dans les campagnes. En 1024, révolte des paysans bretons. La lutte fut acharnée. Beaucoup de nobles hommes périrent; mais Tinsurrection fut noyée dans le sang des manants. Ces cruautés parurent réussir, et les seigneurs, en voyant la résignation des campagnes, crurent en avoir fini avec ces témérités : les paysans, en effet, seuls, ne pouvaient rien. Mais quelques années s'écoulent, et voilà que le mouvement recommence, cette fois au sein des antiques cités et des villes nouvelles.

Ce fut vers le milieu du onzième siècle que quelques-unes s'insurgèrent, pour obtenir le droit de s'administrer ellesmêmes par des magistrats élus. D'autres, profitant des besoins des nobles, pressés de partir pour la croisade, achetèrent des concessions; d'autres encore, qui avaient conservé depuis les Romains leur administration locale et élective, firent augmenter leurs privilèges. En un mot, par des causes diverses, un vif désir de liberté agita toutes les villes du nord delà France. Le Mans (1066), puis Cambrai (1076) donnèrent le signal, suivi par Noyon, Beauvais, Saint-Quentin, Laon, Amiens et Soissons, qui toutes arrachèrent à leurs seigneurs des chartes de commune. « Commune, dit Guibert de Nogent qui écrivait au douzième siècle, commune est un nom nouveau et détestable. Et voici ce qu'on entend par ce mot : les gens taillables ne payent plus qu'une fois Tan à leurs seigneurs la rente qu'Ûs lui doivent. S'ils commettent quelques délits, ils en sont quittes pour une amende légalement fixée. »

i. RùtMM de Rou (de RoUon), par le poète anglo-normand Robert V^ace, chanoine de Bayeux, mort en Angleterre vers ii84.

Ainsi, la légalité substituée pour les manants à Tarbitraire, voilà cette chose détestable que réprouve le vieil écrivain. G^était, en effet, la ruine de la société féodale, puisque c'était

Cathédrale da Mans.

une tentative pour imposer des bornes à la violence. Mais la société qui périt par ses fautes accuse toujours celle qui la remplace*.

1. Les chartes de commune se maltipUèrant en nombre infini an doniième siècle et surtout au treiilème; comme elles sont tootee loealel^

InterTeiitloii un roi ûann cette réTolattoa. — Ce

mouvement se fit sentir dans la France entière, sans que les bourgeois se fussent nulle part concertés, la cause étant partout la même : l'oppression des seigneurs. Louis VI joua cependant un rôle dans cette réTolution : en lutte avec le même ennemi, la féodalité, il seconda par calcul cette insurrection qui lui assurait des alliés au milieu même des possessions de ceux qu'il combattait. Il confirma huit chartes de commune, c'est-à-dire qu'il accorda ,1a sanction et la garantie recale aux traités de paix conclus ehtre les vassaux rebelles et leurs seigneurs, et qui stipulaient les concessions obtenues par les manants. Cette politique habile donnait tout d'un coup une immense force au petit prince qui portait le titre de roi de France, parce qu'elle le montrait comme le patnm de ceux qu'on appela plus tard le tiers état. De ce jouT'-là, en effet, data la religion si vivace en France du peuple pour le roi. Il est vrai que si Louis le Gros favorisa la créatiên de communes sur les terres des seigneurs, il n'en sotdBrtt pas une seule dans ses domaines, où ii n'accorda que des lettres d'affranchissement partiel *. Il voulait rester le maître chez lui, et le devenir un jour chez ses turbulents vassaux.

■totoire de la eommnnte de Iaob (1118-1188). — L'histoire de la commune de Laon nous fera assister à un de ces nombreux drames dont le nord de la France fut alors le théâtre. Laon était, à la fin du onzième siècle, une riche et industrieuse cité qui avait son évêque pour seigneur, mais où régnait, à cause de ses richesses mêmes, le plus grand dé8(Mrd^. Les nobles pillaient les bourgeois ; les bourgeois

elltt Mmt tontes différentes ; de sorte que les privilèges obtenus par les gens de la commune ou jwrét diffèrent beauMup, suivant les lieux. Ici c'est une organisation toute républicaine : des magistrats élus maires, échevins, consuls, jurats, etc., qui font des lois, une cour de justice qui prononce an criminel comme an civil, des impôts votés par les bourgeois, Qoe milice communale. Là ce sont des officiers que le roi ou le seigneur a choisis parmi les élus de la commune^ et seulement le droit de basse jastice, la répartition des tailles et la police de la cité.

1. Snger affranchit les habitants de Saint-Denis (itas); Louis VI^ beaucoup de serfs de ses domaines (H 30) ; Louis VII, tous les bourgeois d'Orléans etde sa banlieue dans un rayon de 5 lieues (1180); Philippe IL ceux de Beaumont-sur-Oise et de Chambly (1222) ; Louis VIII, ceux du sud d'Étampes, etc. Paris, Orléans, Lorris, Montargis, Compiegne, Melun, Senlis, etc., cités du domaine royal, ne furent jamais des eommuneê^ mais des eîùff de bourgeoisie. Si elles étaient privilégiées quant aux droits civils, elles n'avaient point d'organisation politique ni de juridiction qui leur fût propre.

292 LOUIS VI (1 108-1 lâ7). LES COMMUNES.

pillaient les paysans quand ils venaient au marché de la ville, et Tévêque imposait des cliarges toujours plus fortes. En 1109, un homme emporté, arrogant, de mœurs bien plutôt militaires que cléricales, le Normand Gaudry, obtint Tévêché à prix d'argent. Sous un tel seigneur, la malheureuse condition des bourgeois de Laon empira, et ils se mirent à penser aux moyens d'y remédier. On ne parlait, en ce temps-là, que de la bonne justice qui se faisait dans la commune de Noyon, de la bonne paix qufy régnait. L'établissement d'une commune parut le remède nécessaire. L'évêque était alors en Angleterre. Les bourgeois offrirent à ses clercs et aux chevaliers de la ville une somme d'argent pour obtenir l'autorisation d'instituer une magistrature élective. Elle fut composée d'un maire et do douze jurés qui eurent le droit de convoquer le peuple au son 4gj^L^<^^^) ^^ juger les délits commis dans la ville et la 4)anii^e; et de faire exécuter leurs jugements. L'évoque, en retour, fit payer son consentement, puis jura de respecter les privilèges de la nouvelle commune. Les bourgeois, afin d'avoir toutes les garanties, achetèrent encore celle du roi Louis VI.

Mais, à trois ans de là, en 1112, il ne restait rien de tout l'argent donné par les bourgeois ; l'évêque se repentit de la concession qu'il avait faite. Il invita le roi à venir à Laon pour la solennité de Pâques, et promit au prince, s'il retirait son consentement à la charte de commune, 700 livres d'argent, qu'il comptait bien faire payer à ses bourgeois redevenus taillables à merci. Ce parjure excita dans la ville une grande émotion ; l'évêque n'en tint compte et prépara le rôle des contributions; mais le quatrième jour un grand bruit s'éleva dans la rue, et on entendit une foule de gens crier : Commune! Commune I Aussitôt la maison de l'évoque fut in* vestie; les nobles qui accouraient à sa défense furent tués; lui-même, découvert dans un cellier, fut abattu d'un coup de hache. La cathédrale, prise et reprise d'assaut, devint la proie des flammes *. .

Gomme il arrive toujours avec la foule, au lieu de maintenir ses droits sans violence, elle avait versé le sang, el le sang d'un prince de l'Église. Les bourgeois s'effrayèrent de ce qu'ils avaient fait : pour trouver une protection con-

1. La cathédrale qui la remplaça est un des beaux types du style ogival. C'est bien le temple d'un municipc hardi ei fier.

294 LOUIS VI (1108-1137). les communes.

tre la colère du roi, ils demandèrent à un seigneur du toi* sinage, Thomas de Marie, de défendre la ville moyennant une^ somme d'argent. Thomas n'était pas un homme à redouter une guerre avec le roi, mais il ne se trouva pas assez fort pour défendre contre lui une grande ville, et il conseilla aux habitants d'abandonner leur cité et de le suivre dans son château de Grécy. Les plus compromis acceptèrent. Le reste attendit les événements. D'abord les paysans des environs se jetèrent dans la ville pour y butiner, et Thomas conduisit lui-môme ses vassaux au pillage. Ensuite, les partisans de Tévêque et tous les nobles traquèrent les bourgeois partout où ils les purent atteindre, et se vengèrent, par de nouveaux massacres, de ceux qui avaient été commis.

Cependant Thomas de Marie, excommunié, et poursuivi par une armée royale qui avait grossi par une levée en masse de paysans, fut réduit .à livrer les fugitifs de Laon. La plupart furent pendus et leurs corps restèrent sans sépulture. Puis le roi entra dans la ville et la commune fut abolie, Mais ^ seize ans n'étaient pas encore écoules que le parti des bour- ■ geois et les idées de liberté avaient repris le dessus : le suc- \ cesseur de l'évêque Gaudry jura, en 1128, une charte ngy-^*^* velle que le roi ratifia encore*. y^^

Caractère et couséqnence» de la révolution commitnale. — Cette révolution communale eut ses excès, souvent provoqués par le manque de foi et les violences du parti contraire. Cela est malheureusement de tous les temps; mais ce qu'il faut admirer dans ces manants des onzième et douzième siècles, c'est la persévérance avec laquelle ils luttèrent pour échapper à l'oppression féodale, pour substituer l'ordre au désordre, la loi à l'arbitraire, pour obtenir une bonne paix, suivant lo/riçm donné à la dernière charte de Laon. Leurs efforts é^hôu^i^ parce qu'ils restèrent isolés, parce que chaque ville ne songea qu'à fonder ses libertés particulières , et la royauté, devenue, au quatorzième siècle, toute-puissante, déchira les chartes de commune. Mais elles avaient été assez nombreuses pour qu'un peuple nouveau se formât à leur abri : quand les communes disparurent, le tiers état se montra, et les libertés générales*de la nation purent

1. Voy. dans les Lettres tur l'histoire de France, de M. Attg. Thierry, Histoire de la commune de Laon, lettres xvi, xvii et xvni.

commencer au moment où finirent les libertés locales de quelques cités.

PoBTolr erol0SA]it 4« roi. — « Sans cesse, dit Suger, OD voyait le roi courir avec quelques chevaliers pour mettre Tordre jusque sur les frontières du Berry, de TAuvergne et de la Bourgogne, afin qu'il parût clairement que Tefficacité de la vertu royale n'est point renfermée dans la limite de certains lieux. » Souvent les hommes d'armes, les chevaliers Tabandonnaient ou le soutenaient mollement. Ce ne fut ,

guère qu'avec les milices des églises et des communes quUl lut-i << prit et rasa le château de Crécy, un repaire de brigands, et celui du sire Hugues de Puiset, t ce loup dévorant qui désolait tout le pays d'Orléanais.... » Le siège du dernier fut long ; les chevaliers refusant un jour d'aller à l'assaut, un pauvre prêtre chauve, venu avec les communautés des environs, courut, sans armes, jusqu'aux palissades ; il en arracha quelques-unes, et, en appelant les siens à l'aide, Us finirent par faire brèche et par entrer dans le château. Louis le fit abattre et établit sur l'établissement de la tour maudite un marché public.

Ces efforts de Louis pour protéger les faibles et discipliner la société féodale furent récompensés. Dans sa guerre contre Henri h', roi d'Angleterre, les milices communales vinrent se ranger autour de son oriflamme' ; et & la nouvelle d'une attaque projetée par l'empereur d'Allemagne, une armée nombreuse de bourgeois et de vassaux se tint prête à le défendre.

Imtie contre Henri I*', roi d'Angleterre. — Dans la ^erre contre Henri i«', Louis s'était proposé d'assurer la Normandie à Guillaume Cliton, neveu du roi anglais. C*était un projet habile dont le succès eût éloigné un péril toujours imminent pour la couronne de France, tant que l'Angleterre était réunie au duché normand ; mais Louis fut vaincu à BrenneviUe (1119)*. Du reste cet^ échec ; n'eût point de consé-

1. VorifUunme était la bannière d« Pal>baye de Saint-Denii. Le roi étant

trois endroits, orné de houppes de soie verte, et suspendu au bout d'une lance dorée

2. I Je me auia assuré, dit Orderic Vital, que dans cette bataille où près de 200 chevaliers furent engagés, il n'y en eut que 3 de tués, car ils étaient entièrement couverts da fer et cherchaient bien plus à se prendre pour »« mettre à rançon qu'à se tuer. •

296 LOUIS VI (1I08-U37). les comjiijnes^

quences fâcheuses, parce que le roi anglais, combattant son suzerain, n'osait pousser la guerre à outrance^ de peur que cet exemple de rébellion du vassal contre son seigneur n'engageât ses propres vassaux à agir de même avec lui ; mais le plan de Louis VI fut renversé: Gliton n'eut pas la Normandie.

IVanfraifc de la Blanche-IVef. — A quelques jours de là, le roi Henri fut frappé d'un épouvantable malheur. Gomme il s'embarquait à Honfîeur, raconte Orderic Vital, un homme de Normandie, Thomas, fils d'Etienne, vint le trouver, et lui offrant un marc d'or, lui dit : « Mon père a servi lé vôtre sur mer toute sa vie ; c'est lui qui l'a porté sur son vaisseau en Angleterre, quand votre père y est allé pour combattre Harold. Seigneur roi, accordez-moi en fief le môme office; j'ai pour votre royal service un vaisseau bien équipé que l'on appelle la Blanche-Nef, » Le roi répondit : « J'ai choisi le navire sur lequel je passerai, mais volontiers je vous confie mes fils Guillaume et Richard, et tout leur cortégje. » Par l'ordre du roi, près de trois cents personnes s'embarquèrent sur la Blanche-Nef. C'étaient de hauts barons, et parmi eux dixhuit dames de haute naissance, filles, sœurs, nièces ou épouses de rois et de comtes. Toute cette brillante jeunesse se préparait joyeusement au voyage. Ils firent donner du vin aux cinquante rameurs et chassèrent avec dérision les prêtres qui voulurent bénir le vaisseau.

Cependant la nuit était venue, mais la lune éclairait la surface tranquille deâ eaux ; les jeunes princes pressaient le patron Thomas de faire force de rames pour atteindre le vais- . seau du roi qui était déjà bien loin. L'équipage, animé par le ' vin , obéit avec ardeur , et , afin de couper au plus court , le j^ patron prit par le ras de Cattçy[lle, qui est bordé d'écueils à> i fleur d'eau. La Blanche-Nef ^ni (frapper violemment contre un d'eux et s'entn'ouvrit aussitôt.' On entendit un cri aflireux, immense, unique, pour ainsi dire, poussé par tout l'équipage; mais l'eau monta encore et tout rentra dans le silence. Deux hommes seulement se retinrent à la grande vergue, un boucher de Rouen, nommé Bérold , et le jeune Godefroi , fils de Gilbert de l'Aigle. Ils aperçurent un homme relevant la tète au-dessus de l'eau : c'était le pilote Thomas, qui, après avoir plongé dans les flots, remontait à la surface, c Qu'est devenu le fils du roi?f leur demanda-1>il. tll n'a point reparu, ni lui , ni son frère , ni aucun des leurs, » répondirent les deux

lanfragés. «Malheur à moi !» s'écria Thomas, et il replonrea dans la mer. Le jeune Godefroi de TAigle ne put suppor- *V*?^/îïS&i£?® cette nuit glacée de décembre; il laissa la rergyfe^tselaissa couler à fond , après avoir recommandé à Dieu son compagnon le boucher Bérold, le plus pauvre des naufragés, qui, recueilli le lendemain par des pêcheurs, resta seul pour raconter le désastre, c Fatal désastre , s'écrie un poëte du temps, qui plonge au fond des mers une noble jeunesse ! Les princes deviennent le jouet des flots. La pourpre et le lin vont pourrir dans le liquide abîme , et les poissons dévorent celui qui naquit du sang des rois. »

Ce fut un enfant qui annonça au roi Henri la sinistre nouvelle. Aux premiers mots qu'il entendit, il tomba à terre comme foudroyé, et, depuis ce jour, jamais on ne le vit plus sourire.

Union ile la IVormandie, de l'Anipleterre et de l'Anjou. — Ce malheur fut fatal aussi à la France. Henri n'avait plus qu'une fille, Mathilde : il la déclara son héritière. Mathilde était veuve de l'empereur Henri V; en 1127, elle épousa en secondes noces Geoffroi, comte d'Anjou, surnommé Plantagenet, à cause de l'habitude qu'il avait de mettre en guise de plume une branche de genêt fleuri à son chaperon. Jusqu'alors les rois de France avaient pu s'appuyer sur TAnjou contre la Normandie. Le mariage de Mathilde mit fin à cette politique, et porta jusqu'à la Loire la domination anglo-normande. Un autre, celui du fils de Mathilde avec Éléonore de Guyenne, la portera jusqu'aux Pyrénées.

Ileartre du comte de Flandre (1129). — La même année où Louis VI voyait se former cette union menaçante, une autre catastrophe lui offrit l'espoir d'un dédommagement. La Flandre, en ce temps-là, était déjà couverte de cités industrieuses, et sa bourgeoisie, nombreuse et fière, ne tenait pas grand compte des distinctions sociales qui ailleurs avaient tant de force. Beaucoup de serfs s'étaient glissés dans ses rangs et avaient acquis richesses et pouvoir. La révolution que nous avons vue s^opérer par les armes dans les villes du nord de la France se faisait d'elle-même dans le comté flamand. En 1127, le premier personnage de la province, après le comte, était un serf ; Bertholf , prévôt du chapitre de Saint- Donatien de Bruges. Il avait marié ses neveux et nièces dans les plus nobles familles du pays; il trouva aisément, un jour, 500 chevaliers pour soutenir une guerre privée contre un

gentilhomme son ennemi. Or le comte Charles le Bon, pieux personnage, très-ami des pauvres, mais aussi de Tordre an- ' tique, comme d'évêque Adalbéron le comprenait, fit faire des 1 recherches dans tout son comté pour constater Tétat des per- ' sonnes et ramener à la servitude ceux qui n'en étaient pas ' légalement sortis. Il promulgua même un édit qui dégradait^ rhomme libre ayant épousé une femme de condition senriK ^ Dans Tan et jour après son mariage, il devenait serf comsui ' elle. Le prévôt et tous les siens, directement menacés» corn*; piotèrent d'assassiner le comte, et regorgèrent un jour qu'il était en prière dans l'église de Saint-Donatien. Ce meurtre excita un grand scandale. On fit du comte un saint; les geos ' de Gand, jaloux de ceux de Bruges, vinrent en armes récla* mer son corps. Toute la cavalerie du pays s'arma pour ou contre les traîtres, qui assiégés dans le château de Bruges, puis dans l'église même où le meurtre avait été commis, se défendaient avec acharnement. Le roi Louis, suzerain dtt comte, vint lui-même avec Guillaume Ciiton les y attaquer, et les obligea de se rendre. Les chefs périrent dans d'afireux supplices ; les autres, au nombre de cent onze, furent précis ' pités du haut de la tour de Bruges. Louis investit alors Ciiton du comté de Flandre, en dédommagement de la Norman- ' die qu'il n'avait pu lui assurer. Mais cette sanglante tragédie n'était pas finie ; les parents et amis du prévôt soulevèrent ! contre Ciiton Gand, Lille, Furnes, Alost, et appelèrent aa ! comté Thierry d'Alsace. Ciiton périt dans cette guerre d'une blessure qu'il reçut devant Alost, et avec lui tomba Pinfluence de Louis YI en Flandre.

Inflnenee de lionU 1^1 dan» le midi. -^ Louis réussit mieux au midi. Son influence, même son autorité, s'y étendirent. L'évèque de Ciermont, étant en guerre avec le comte d'Auvergne, invoqua l'assistance royale et l'obtint (1121). Molesté de nouveau, il recourut encore au roi, qui passa la Loire, cette fois avec une nombreuse armée où étaient les comtes de Flandre, de Bretagne et d'Anjou. 11 prit le château de Montferrand, y fit couper une main aux prisonniers, et les renvoya portant dans la main qui leur restait celle qu'on leur avait coupée. Le duc d'Aquitaine vint lui-môme demander grâce pour son vassal (1126). Deux seigneurs se disputaient le Bourbonnais ; Louis prononça entre eux, et Yun refusant d'accepter la sentence, il l'y obligea par les armes. Ainsi, le roi, pour s'être fait, en un temps de troubles et de violences,

LOUIS iVI (1108-1137). LES COMMUNES. S89

ayec une n^Sv^éloquence Tégalité de tous les hommes dans la force et dans la souffrance :

Pourquoi nous laisser faire dommage ?

Nous sommes hommes comme ils sont;

Des membres ayons, comme ils ont; Et de tout autant grands cœurs ayons;

Et tout autant souffrir pouyons *. »

Os se lièrent par serment, et des députés de tous les districts se réunirent en assemblée générale. Mais le complot s*ébruita, et les chefs, surpris par le comte d^Ëyreux et ses cheyaliers, furent torturés atrocement : les uns furent brûlés à petit feu, arrosés de plomb fondiijKi empalés ; on renyoyai les autres les yeux creyés, les ppt^s ou les jarrets coupés,^ à pour répandre la terreur dans les campagnes. En 1024, révolte des paysans bretons. La lutte fut acharnée. Beaucoup de nobles hommes périrent; mais insurrection fut noyée dans le sang des manants. Ces cruautés parurent réussir, et les seigneurs, en yoyant la résignation des campagnes, crurent en ayoir fini ayec ces témérités : les paysans, en effet, seuls, ne pouyaient rien. Mais quelques années s'écoulent, et yoilà que le mouyement recommence, cette fois au sein des antiques cités et des yilies nouyelles.

Ce fut yers le milieu du onzième siècle que quelques-unes s'insurgèrent, pour obtenir le droit de s'administrer ellesmêmes par des magistrats élus. D'autres, profitant des besoins des nobles, pressés de partû* pour la croisade, achetèrent des concessions; d'autres enoore, qui ayaient conseryé depuis les Romains leur administration locale et éiectiye, Grent augmenter leurs priyiléges. En un mot, par des causes diverses, un yif désir de liberté agita toutes les yilies du nord delà France. Le Mans (1066), puis Cambrai (1076) donnèrent le signal, suiyi par Noyon, Beauyais, Saint-Quentin, Laon, Amiens et Soissons, qui toutes arrachèrent à leurs seigneurs des cbartes de commune. « Commune, dit Guibertde Nogent qui écriyait au douzième siècle, commune est un nom nouveau et détestable. Et yoici ce qu'on entend par ce mot : les gens taillables ne payent plus qu'une fois Tan à leurs seigneurs la rente qu'Us lui doiyent. S'ils commettent quelques délits, ils en sont quittes pour une amende légalement fixée. »

1. Roman d» Aoi* (de Rollon), par le poète aDglo-normand Robert Wace, chanoine de Bayeux, mort en Angleterre vers ii84.

rÉglise. La royauté ne pouvait que gagner à jouer ce rôle ^ protectrice des papes.

AbélarA. — Au moment où finissait le grand scandale ^ la lutte du pape et de Tempereur, commençait la granS querelle qui divisa l'École pendant tout le moyen âge. ceft des réalistes et des nominaux, disputes obscures, mais retc^ tissantes, par lesquelles le mouvement se remit dans les esprits. Guillaume de Champeaux, fils d'un laboureur de k Brie, professa la doctrine réaliste avec un grand éclat à Vé^

Abbaye de Saint-Victor.

cole du cloître de Notre-Dame de Paris, puis à Pabbaye de Saint-Victor, qu'il fonda en 11 13, dans le quartier où ce nom se conserve encore. Mais il fut éclipsé par un de ses disciples, Abélard, né en 1079 près de Nantes, noble et beau jeune homme, plein de séduction et de génie, qui ne pouvait fuir la popularité, lors même qu'il se retirait au désert. Dans son enseignement, dans ses livres, Abélard rencontra plus d'une fois la théologie, qui touchait alors à tout. Le plus grand homme d'Église en ce temps-là et un de ses grands docteurs dans tous les temps, saint Bernard, crut voir l'hérésie

y glisser, il dénonça les écrits du brillant professeur. Le mcile deSoissons fit brûler son livre sur la Trinité (1122) ; ; le concile de Sens le condamna encore en 1140. Abélard KHirut deux ans après, moine à Gluny. Son éloquence, sa jite contre saint Bernard le rendirent alors célèbre; ses lalheurs et rameur d'Héloïse ont perpétué son souvenir ans le peuple jusqu'à nos jours.

Faites vivre ce puissant et libre esprit sept siècles plus ard,et,au lieu de s'agiter dans le vide et de se heurter sa ne entière contre d^nfranchissables obstacles , il devient me des lumières et Thonneur de son temps. /[

Faits ditbrs. — L'abbaye de Saint-Victor donna i l'Éfflise, au dou-\ir oeme siècl9, 7 cardinaux» 2 archevêques, 6 évoques et 54 abbés. — Fondanon, en Iii4, de l'abbaye de Clairvaux par saint Bernard. — En 1127, eoncile de Nantes, qui condamna Vexercice du droit de bris ou d'épaves, H concile de Narbonne, qui oblige les juifs à porter une rouelle de drap "^U poitrine, afin qu'on pût toujours les reconnaître.

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