CHAPITRE XXII
Lovitt VU (1189-1180), son mariage avec Éléouore fie Ctayenne. — Louis le Gros laissait six fils. Trois entrèrent dans TËglise ; deux autres furent, Pun, Robert, chef de la maison de Dreux, Tautre, Pierre, chef de celle de Gour- ^nay,qui existe encore en Angleterre. L^atné, Louis VII, dit le Jeune, avait contracté, avant la mort de son père, un briliaut mariage. Il avait épousé Éléonore de Guyenne, héritière ûu Poitou et du duché d'Aquitaine. Il s'était, en effet, établi que les femmes pouvaient hériter des fiefs, recevoir homoiage, jurer et conduire leurs vassaux à la guerre. Gette loi que, durant 330 années, la maison de France n'eut pas besoin d'appliquer, et qu'elle repoussa quand la lignée directe de Hugues Gapet vint & s'éteindre, fut une des causes les plus actives de la ruine des familles féodales que la guerre déci-
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mait sans relâche. Les femmes portèrent par mariage l fiefs de maison en maison, jusqu'à ce qu^ils arrîTasseni pour la plupart, dans celle de France qui durait toujour tandis que les autres s'éteignaient. Cette fois, la dot d'Éléc nore était la plus belle qu'eût encore reçue un de nos tou Ce n'était pas moins que la moitié de la France méridionale Malheureusement Louis VII ne k^ conserva pas.
Continaation de la polltliiae de Eioviim le Ctro (1139-1149). — Louis le Jeune continua la politique d son père. « Les églises d'Ângoulème, de Gluny, de Clermont du Puy,de Vézelay, ayant imploré sa protection, dit Suger il les couvrit du bouclier de sa protection, et saisit pour lei défendre la verge du châtiment. > Un comte de Châlons, ui sire de Montjai , d'autres encore furent dépouillés de leun fiefs à cause de leurs violences. Une guerre contre le comU de Champagne eut une autre cause et plus de* conséquence. Le pape avait nommé son propre neveu à l'archevêché de Bourges, sans tenir compte du droit royal de présentation. Louis chassa de son siège le nouveau prélat, à qui le comte de Champagne donna asile. Le roi avait contre ce seigneur un ancien grief. Dans une tentative qu'il avait faite pour mettre la main sur Toulouse, le comte de Champagne lui avait refusé ses services. Louis le Jeune saisit l'occasion d'humilier ce vassal peu docile : il entra en armes sur ses terres, les ravagea et y brûla la petite ville de Vitry. Treize cents personnes réfugiées dans l'église périrent dans Tincendie.
lia seconde croisade (1149). — C'étatt là un événement qui n'était que trop ordinaire ; mais il pesa sur la conscience du roi, et, pour l'expier, Louis prit la croix. Son père avait dû en partie ses succès à cette circonstance que les plus riches seigneurs avaient épuisé toutes leurs ressources pour aller à Jérusalem, et que beaucoup n'en étaient point revenus. C'était donc une faute de renoncer à ce système. Mais aucun roi n^avait pris part à la première croisade ; leur réputation, leur piété en souffraient. L^empereur d'Allemagne voulait cette fois partir? le roi de France ne pouvait rester en arrière et abandonner ee royaume, fondé par des Français aux bords du Jourdain, où la discorde, la cormptioD, s'étaient glissées, et qui déjà penchait vers la ruine, sous le poids des maux intérieurs et des attaques du dehors.
Les Atabecks d^Alep venaient d'enlever Ëdesse en y massa'
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crant toute la population chrétienne, et Noureddin menaçait la Palestine. Malgré les prudents conseils de Tabbé Suger, Louis résolut de se mettre à la tête d^ne seconde expédition à la Terre sainte. La croisade fût prôchée en FVance et en Allemagne par saint Bernard, mais déjà le zèle était bien refroidi. Une taxe générale, établie sur tout le royaume et sur toute condition, nobles, prêtres ou manants, causa beaucoup de murmures ; à Sens, les bourgeois tuèrent Tabbé de Saint-Pierre-le-Vif, seigneur d^une partie de leur yille, à cause d'un impôt qu'il voulait lever. « Le roi, dit un contemporain, se mit en route au milieu des imprécations. » On avait offert à saint Bernard le commandement de l'expédition ; il se souvint de Pierre l'Ermite et refusa.
Louis, après avoir pris Torifiamme à Saint-Denis, s'achemina par Metz et l'Allemagne vers Constantinople. L'empereur Manuel envoya de fort loin des députés à sa rencontre. Nos seigneurs féodaux s'indignèrent des basses adulations de ces Grecs : un d'eux les interrompit en disant : c Ne parlez pas si souvent de la gloire, de la piété, de la sagesse du roi ; il se connaît et nous le connaissons. Dites brièvement ce que vous voulez. » Ce que voulait Manuel, effrayé qu'il était, c'est que les croisés lui prêtassent serment de fidélité. Ils y consentirent encore, non sans laisser échapper, comme la première fois, de sourdes menaces. Déjà les Allemands étaient au milieu de l'Asie Mineure. Mais, trahis par leurs guides grecs, ils s'égarèrent dans les défilés du Taurus, et y tombèrent sous l'épée des Turcs. Conrad revint presque seul à Constantinople.
Louis, averti an péril, prit route le long de la mer et l'assura d'abord par la victoire du Méandre. Mais, aux environs de Laodlcée, on entra dans les montagnes. L'ineptie des chefs et l'indiscipline des soldats amenèrent un premier désastre. Le roi faillit périr et combattit longtemps seul, tous les seigneurs qui faisaient son escorte ayant été tués, f nobles fleurs de France, dit un chroniqueur, qui se fanèrent avant d'avoir porté leurs fruits sous les murs de Damas. » A Stalîe on jugea qu'il n'étîdt pas possible d'aller plus loin. Le roi, les grands, montèrent sur des vaisseaux grecs pour achever par mer leur pèlerinage, abandonnant la multitude des pèlerins, qui périrent sous les flèches des Turcs, ou qui, accusant le Christ de les avoir trompés, se firent m«]t»ilmans. Trois mille échappèrent ainsi à la mort^
Arrivé àÂntioche, Louis ne songea plus aux combats, mais à accomplir son vœu de pèlerin, à prier sur le saint sépulcre et à terminer au plus vite cette malencontreuse entreprise. Sans plus écouter les prières que lui adressaient pour le retenir le prince d'Antioche et le comte de Tripoli, il précipita sa marche vers Jérusalem. Le peuple, les princes, les prélats
Marche des croiséd aux environs de Laodicéa^
sortirent au-devant de lui, portant des branches d*olîvier et chantant : c Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » 11 fallait cependant faire quelque chose et tirer au moins une foisTépée en Palestine. On proposa l'attaque de Damas, C'est une des villes saintes de Tislamisme et la perle de TOrient. Entourée de jardins immenses qu'arrosent les divers bras du Barradiet qui forment autour d'elle une forêt d'orangers, de citronniers, de cèdres et d'arbres aux fruits dorés et
Portail de l'église dn Saint-Denis.
savoureux, elle est la capitale du désert, et, pour la Syne, un boulevard ou une menace perpétuelle, selon qu'elle est ej des mains amies ou hostiles. L'attaque parut d'abord réi on enleva les jardins, mais les princes chrétiens se dis] rent la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Le choix du de Flandre pour prince de Damas indisposa les autres gneurs. On servit avec moins de zèle une cause devenue d'un seul homme, et on donna le temps aux secours mans d'arriver, à l'ours de montrer qu'il avait encore et ongles. Il fallut lever le siège. L'Europe revit encore peu de ceux qui étaient partis. La première croisade avait moins atteint son but, elle avait délivré Jérusalem ; la conde avait inutilement répandu le sang chrétien. Après la Palestine se trouva plus faible, l'islamisme plus fort, etfli croisés ne rapportèrent de leur entreprise que de la hoiriw ou, comme Louis VII, du déshonneur. * ^
Divorce de l^ouis VIÎ (1152) i vastes possessions é|| roi d'Anipleterre en Prance. — Au retour, le roi tiO!Xli| ses États paisibles, grâce à l'habile administration de Si mais il répudia sa femme Éléonore, qui l'avait mécontei pendant la croisade et qui alla porter son duché de Guyei à Henri Plantagenet, comte d'Anjou, duc de Normandie héritier de la couronne d'Angleterre (1152). Lorsque, d< ans plus tard, Henri fut entré en possession de son héril et qu'il y eut ajouté la Bretagne par le mariage d'un de mi fils avec la fille unique du comte de ce pays, il se trouva mitf tre de presque toute la France occidentale.
Diiersioiis favorables à lioais VU. — Le roi de FrailS| pouvait trembler pour sa couronne , mais Henri II, forcé m. respecter en lui son suzerain, s'il voulait obtenir de ses vas^ saux le même respect, hésitait à l'attaquer. Un jour il mea»4 çait Toulouse, Louis accourt avec quelques chevaliers et Mii jette dans la place. Henri recule aussitôt parce que la viv était peuplée et forte, mais aussi pour ne pas se rencontre!^ sur la brèche avec celui que le droit féodal lui interdisait combattre. Louis trouva moyen encore de se défendre soutenant les révoltes continuelles des quatre fils d'Henri contre leur père. Il eut un autre allié que les violences roi d'Angleterre lui donnèrent, un saint. Des officiers de %s' prince assassinèrent au pied même de l'autel l'archevôque de Caniorbéry, Thomas Becket (1170). L'évèque mort fut plus redoutable qu'il ne l'eilt jamais été vivant. Louis demanda au
té»
Église de Saint-C«nU (vue intérieure^
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pape que le martyr fût vengé. Pour prévenir une exconnnonication, Henri consentit à toutes les humiliations qu^on lui imposa et passa ses derniers jours à combattre ses sujets, sesTils et le roi de France.
Adniaifltratloii de Ijoalfl yil t Saircr. — Louis était plutôt un moine sur le trône qu'un roi actif et résolu. Cependant il seconda encore le mouvement communal. Vingt-cinq chartes sont souscrites de son nom. Mais, comme son père aussi, il n^en voulut point sur ses terres. A Orléans, un mouvement de bourgeois fut durement réprimé. Il aida même parfois les seigneurs à faire dans leurs domaines ce qu'il faisait dans les siens : ainsi Tabbé Pons, qui renversa, après sentence du roi, la commune de Vézelay, dont nous avons encore la dramatique histoire. L'ordre, que Louis tâcha de faire régner, favorisa pourtant les progrès de là population urbaine. Sous lui, dit un chroniqueur, un grand nombre de villes furent bâties, et beaucoup d'anciennes s'agrandirent. Des forêts tombèrent, et de vastes espaces furent défrichés. Il confirma les antiques privilèges de la hanse^ ou société des marchands de Paris ; et le pape Alexandre III posa, en 1163, la première pierre de la cathédrale de cette ville, l'église de Notre-Dame. Louis VII fit couronner, de son vivant, son fils Philippe Auguste, et attacha le privilège du sacre à la cathédrale de Reims. Les pairs prirent séance à la cérémonie'.
Suger, né de parents pauvres, aux environs de Saint-Omer, fut recueilli par les moines de Saint-Denis. Il mérita, par son sens droit, par Tactivité de son esprit, par son dévouement aux intérêts du roi et du royaume, l'amitié de Louis VI, qui avait été son condisciple à l'abbaye, et la confiance de Louis VII. Élu par les moines abbé de Saint-Denis pendant un voyage qu'il faisait à Rome, il renonça au faste dont les prélats s'entouraient, et employa toutes ses ressources à décorer l'intérieur de l'église et à rebâtir les tours et le portail construits par Dagobert*. Louis VII l'appela à gouverner
1. On appela plas particolièrement pain de France les possesseurs des grandes seigaearies qai relevaient directement de la oooronne. Leor nom* bre fut fixé, sous Louis VII, à 12; les ducs de Bourgogne, de Normandie et de Guyenne, les comtes de Champagne, de Flandre et de Toulouse, l'arohevèqne de Reims et les évoques de Laon, Noyon, Chàlons, Beauy&is et Langres. Les vassaux immédiats du roi dans le aoché de France, rele- . vant du duc, non du roi, n'étaient pas pairs de France.
3. La dédicace eut lieu en 1140. Le cintre romain domine encore dans
rËtai pendant sa croisade; il montra la même modestie et une habileté qui mit Tordre dans les finances du roi et la paix dans le royaume. Il est vrai que le départ de tant de turbulents seigneurs rendait la tâche facile ; et si Ton a placé le nom de Suger parmi ceux des trois ou quatre grands ministres dont la France s^honore, il faut reconnaître qu*il n'y a point à comparer ses services avec ceux de Sully, de Richelieu et de Colbert. Du moins il avait comme eux le sentiment des devoirs de la royauté et le besoin de Tordre. On a vu plus haut ses paroles à Louis VI; je rappellerai sa lettre à Louis VII pour le presser de revenir de la croisade ; il Tadjurait, par le serment de son sacre, < de ne pas abandonner plus long- o^ temps le troupeau à là fureur des loups*. » (^ ^t-
tonte la construction de Suger, qui fat reprise et terminée au treiiième siècle. La-grande flèche, frappée par la foudre en 1837, a été démolie en 1846.
1. Faits divers. — On attribue à Suger la rédaction des fameuses chroniques de Saint-Denis, qui réunirent en corps d'histoire les chroniques antérieures» et furent ensuite continuées de règne en règne. Malheureusement les premiers rédacteurs ne mirent aucune critique dans ce travail, et mêlèrent tant de fables à leur récit que la connaissance do nos origines en fut faussée pour des siècles. — Apparition de la fleur de lis sur les monnaies royales. Toutefois , il a été remarqué que la couronne de Frédégonde était terminée par des fleurs de lis, et son sceptre par un lis champêtre. Plusieurs couronnes des rois carlovingiens portent le môme ornement.
SIXIÈME PÉRIODE
PREMIÈRE VICTOIRE DE U ROYAUTÉ SDR' L'ARISTOGRATIK FÉODALE (1180.1328).