CHAPITRE XXIV
Saint liovto. — Voici le vrai héros du moyen âge , un prince aussi pieux que brave , qui aimait la féodalité , et qui lui porta les coups les plus sensibles ; qui vénérait TÉglise , et qui sut au besoin résister à son chef; qui respecta tous les droits, mais suivit par-dessus tout la justice; âme candide et douce , cœur aimant , tout rempli de la charité chrétienne, et qui condamnait à la torture le corps du pécheur pour sauver son âme , qui sur la terre ne voyait que le ciel , et qui fit de son office de roi une magistrature d'ordre et d'équité. Rome Ta canonisé et le peuplé le voit encore assis sous le chêne de Vincennes rendant justice à tout venant. Ce saint , cet homme de paix fit plus , dans la simplicité de son cœur , pour le progrès de la royauté, que les plus subtils conseillers et que dix monarques batailleurs , parce que le roi , après lui, apparut au peuple comme Tordre même et la justice incamés, /h^^^*^ vt^^^-^X"
Bégrence de Blanehe de Castille (1826-1836).— Depuis plus d'un siècle, Fépée de la royauté, qui ét^it celle de la France, était vaillamment portée. Mais le fils de Louis VIH était un enfant de 11 ans. Une coalition des grands vassaux
1. Oayrages à eonsnlter : Mémoires de JoinyiUe ; Vie de saint Louis^ par Le Nain de Tillemont; Histoire d'Angleterre^ de Mathiea Paris; eUe s'&n rete à 1256, mais fournit poar notre propre histoire de précieux renseigneraenti que Joinville ne donne pas; Histoire des Croisades, par Biichaadi Hiitoire de iaint Louis, par M. Félix Faure.
se fonma aussitôt pour profiter de sa minorité. Heureusement la régente Blanchç de Castille , sa mère, était à la fois habile ei courageuse. Elle gagna un des confédérés , le puissant comte de Champagne , Thibaut ; puis le sauva arec Tarmée royale des attaques de ses anciens alliés. En reconnais* sance de ce service, elle obtint de Thibaut, devenu, par héritage , roi de Navarre , les importants comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre. Un traité , signé en 1229, assura à' un frère du roi l'héritage du comte de Toulouse, et un mariage ménagé entre un second frère de saint Louis et l'héritière de la Provence prépara pour une autre époque la réunion de ce pays à la France. Déjà des sénéchaux royaux étaient établis à Beaucaire et à Carcassonne , de sorte que le roi se trouvait maître par lui-même ou par ses frères d*une grande partie du midi de la France. La majorité de saint Louis fut proclamée en 1236; mais la sage régente conserva la plus grande influence sur Tesprit de son fils et sur la direction des affaires.
CroUade yurtirvlière (1280). — Le grand pontificat d'Innocent III avait rendu une énergie nouvelle à FÉglise et au sentiment religieux. L^esprit des croisades , qui s'était éteint durant la rivalité de Philippe Auguste avec Richard Cœur 4e Lion et Jean sans Terre , venait de se réveiller. En 1235 , on avait recommencé à prêcher la guerre sainte en France, et, comme trop souvent, avant de partir pour Jérusa- ^ lem , on avait inauguré Texpédition par le massacre de ceux ^ dont les pères avaient clou£ la sainte victime sur la croix du^^^^ Golgotha^ Partout on égorgeait les juifs ; le concile de Tours fut obligé de prendre ces malheureux sous sa protection. Les hérétiques trouvèrent moins de pitié. Thibaut , comte de Champajg^ne, en fit briller en une seule fois 183 sur le mont Aimé, près de Vertus. Au reste, cette croisade, dont Thibaut lui-même et les ducs de Bourgogne et de Bretagne firent partie , réussit mal. Les croisés furent battus à Gaza, en Palestine, et ceux qui revinrent ne rapportèrent que Thonneur d'avoir rompu quelques lances en Terre sainte.
Fermeté de liouis IX. à Vé^mrA de l'empereur et du . 9»pe. — Jusqu'à sa guerre contre les Anglais , on voit peu agir saint Louis ; mais en 1241, l'empereur Frédéric II ayant retenu des prélats français qui se rendaient à Rome pour un concile , saint Louis réclama avec fermeté leur mise en liberté : «Puisque les prélats de notre royaume n'ont, pour
aucune cause , mérité leur détention , lui écrit^il, il conviendrait que votre grandeur leur rendît la liberté; vous nous apaiserez ainsi ; car nous regardons leur détention comme une injure , et la majesté royale perdrait de sa consid^ation v^ii(*vfonous pouvions nous t^aire^ dans un cas semblable. «. Qne ^ Lt ^^^^^^^ prudence impérîalerrTne se borne pas à allouer votre ^ / puissance ou votre volonté , car le royaume de France n'est ' pas si affaibli qull se résigne à être foulé aux pieds par vous.» L'empereur relâcha ses prisonnieiis. Quelque temps auparavant , Louis avait refusé de recevoir , pour hii*mème et pour un de ses frères , la couronne impériale de Frédéric II que le pape lui offrait. Il avait ég^lem^it refîisé au pontife de modifier une ordonnance royale de 1234 qui restreignait la juridiction des tribunaux ecclésiastiques, mesure nécessaire, car ces cours en étaient venues à juger beaucoup plus de causes civiles que les tribunaux laïques.
^ictvire de Vaillelioiirff ( 1 943 ) i traités d« ldS8 et 1259. — Cet homme qui parlait si fermement, agit de même quand il fut forcé de prendre les armes. Attaqué en 1242 par les Anglais, qui favorisèrent la révolte de quelquesuns de ses barons, saint Louis les battit à Taillebonrg et à Saintes. Peut-être serait-il venu à bout de les chasser de France; il refusa de pousser sa victoire. Les acquisitions faites depuis un demi-siècle avaient triplé l'étendue du domaine royal ; mais elles lui semblaient ^entachées dd violence. C'était le profit de deux confiscations. Par scrupule de conscience , il laissait au roi d'Angleterre, en vertu d'un traité qui ne fut signé qu'en 1259 , à son retour de la croisade , le duché de Guyenne , c'est-à-dire Bordeaux , Limoges , Périgueux, Cahors, Agen, la Saintonge au sud de la Charente, et la Gascogne , à charge d'hommage envers la couronne. Afin de prévenir les parjures, il oblige^^seiGgieurs qui tenaient des fiefs des deux couronnes à*tSE^^enwe les deux souverains. La limite était également incertaine au sud ; il la fixa par une convention avec le roi d'Aragon, et le comté de Barcelone cessa de relever de la couronne de France (1258). . CoActle œeoménique de li^Mi ( 1 845 ). — En 12^5 , le pape Innocent IV, chassé d'Italie par l'empereur Frédéric II, vint se réfugier à Lyon et y tint dans là grande église de Saint-Jean, cathédrale de cette ville, le treizième concile œcuménique, auquel assistèrent 140 évoques. Le pape y déposa solennellement l'empereur et exhorta les princes chré-
crant toute la population chrétienne, et Noureddin menaçait \at Palestine. Malgré les prudents conseils de Tabbé Suger, Ltouis résolut de se mettre à la tète d*une seconde expédition à. la Terre sainte. La croisade fût prôchée en France et en Allemagne par saint Bernard, mais déjà le zèle était bien refroidi. Une taxe générale, établie sur tout le royaume et s\3r toute condition, nobles, prêtres ou manants, causa beaucoup de murmures ; à Sens, les bourgeois tuèrent Tabbé de Saint-Pierro-le-Vif , seigneur d'une partie de leur ville, à cause d'an impôt qu'il voulait lever. < Le roi, dit un contemporain, se mit en route au milieu des imprécations. » On avait offert à saint Bernard le commandement de l'expédition ; il se soutint de Pierre l'Ermite et refusa.
Louis, après avoir pris l'oriflamme à Saint-Denis, s'acbemina par Metz et rAllemagne vers Gonstantinople. L'empereur Manuel envoya de fort loin des députés à sa rencontre. Nos seigneurs féodaux s'indignèrent des basses adulations de ces Grecs : un d'eux les interrompit en disant : c Ne parlez pas si souvent de la gloire, de la piété, de la sagesse du roi; il se connaît et nous le connaissons. Dites brièvement ce que vous voulez. » Ce que voulait Manuel, effrayé qu'il était, c'est que les croisés lui prêtassent serment de fidélité. Ils y consentirent encore, non sans laisser échapper, comme la première fois, de sourdes menaces. Déjà les Allemands étaient au milieu de l'Asie Mineure. Mais, trahis par leurs guides grecs, ils s'égarèrent dans les défilés du Taurus, et y tombèrent sous l'épée des Turcs. Conrad revint presque seul à Gonstantinople.
Louis, averti du péril, prit route le long de la mer et l'assura d'abord par la victoire du Méandre. Mais, aux environs de Laodicée» on entra dans les montagnes. L'ineptie des chefs et l'indiscipline des soldats amenèrent un premier désastre. Le roi faillit périr et combattit longtemps seul, tous les seigneurs qui faisaient son escorte ayant été tués, t nobles Ûeurs de France, dit un chroniqueur, qui se fanèrent avant d'avoir porté leurs fruits sous les murs de Damas. » A Stalie on jugea qu'il n'était pas possible d'aller plus loin* Le roi, les grands, montèrent sur des vaisseaux grecs pour achever par mer leur pèlerinage, abandonnant la multitude des pèlerins, qui périrent sous les flèches des Turcs, ou qui, accusant le Christ de les avoir trompés, se firent minsulmans. Trois mille échappèrent ainsi à la mort^
▼ain cette résolution imprudente. Louis laissa de nouveau pouvoir à la reine Blanche et s*einbarqua à Âigues-Morte \ petite ville qui communiquait alors, comme aujourd'hui, p; ^^ un étapg, avec la Méditerranée, et que le roi acheta aux me nes*cle rabbaye de Psalmodi, afin d'avoir un port à lui si cette mer; car Marseille appartenait à son frère, le comte d Provence. Beaucoup de croisés s'embarquèrent pourtant daii cette dernière ville, entre autres le sénéchal de Champagne Tarai du roi, le sire de Joinville, qui est avec Villehardouu le premier en date, comme en mérite, de nos anciens prosa*
Port d'Àigues-Mortes.
teurs. Ce n'était pas sans quelques regrets qu'il avait consenti à suivre son maître. En descendant à Marseille il r»> passa devant son château, c Mais, dit-il, je n'osai oncques tourner la face vers Joinville, de peur d'avoir trop grand regret et que le cœur ne me faillît de ce que je laissois mes deux enfants et mon beau chagtel de Joinville que j^arois fort à cœur. » Sur les bords diTRhône, il vit un château « que )e roy avoit fait abattre, pour ce que le sire avoit grand brait de mauvais renom, de détrousser et piller tous les marchands et pèl<irins qui là passoient. »
JoinTille raconte encore avec la plus charmante naïveté son mbarquement et la grand*peur que la mer lui fit : « Nous atrasmes au mois d*aoilty celui an, en la nef, à la roche de ^rseîlle, et fut ouverte la porte de la nef pour faire entrer kos chevaulx, ceulx que nous devions mener ouitre mer. £t [uand tous furent entrez la porte fut reclouse et estouppée, insi comme Ton vouldroit faire un tonnel de vin : pour ;e quant la nef est en grand mer toute la porte est en îauë. Et tantost le maistre de la nef s'écria à ses gens qui àsloient au bec (à la proue) : « C'est votre besogne preste, t Sommes nous à point? » £t ils dirent que oy vraiment.. Et :iuand les prebstres et clercs furent entrez, il les fist tous monter au chasteau de la nef, et leur fist chanter au nom de Dieu, que nous voulsist bien conduire. Et tous à haulte voix commencèrent à chanter, ce bel hymne : Veni, creator Spirttusy tout de bout en bout, et en chantant, les mariniers firent voile de par Dieu. Et incontinent le vent s'entonne en la voile, et tantost nous fist perdre la terre de vue, si que nous ne vismes plus que le ciel et la mer; et chascun jour nous esloigoasmes du lieu dont nous étions partiz. Et par ce, veux- je bien dire, que icelui est bien fol, qui sut avoir quelque chose de l'autrui, et quelque péché mortel en son âme, et se boute ^n un tel danger. Car si on s'endort au soir. Ton ne sait si on se trouvera le matin au fond de la mer. »
Quand» cinq siècles plus tard, les soldats de la France suivaient sur les mêmes flots un grand capitaine, chaque soir se réunissaient autour de lui, à bord de VOrient, les généraux, les savants qu'il avait amenés, et des discussions ingénieuses ou érudites sur la science et les lettres charmaient les ennuis de la longue traversée. A bord du vaisseau de saint Louis il n'y avait pas tant de science ; on causait pourtant aussi, on discutait, et la différence des temps ne se marque nulle part plus clairement que dans les préoccupations si contraires de ces hommes de deux âges, de ces pèlerins de la foi et de la science. « Sénéchal, dit un jour le roi, quelle chose est-ce que Dieu? — Sire, c'est si souveraine et si bonne chose, que meilleure ne peut être. — Vraiment, c'est moult bien répondu, car cette réponse est écrite en ce livret que je tiens en ma main. Autre demande vous ferois-je; savoir : Lequel vous aimeriez mieux être lépreux ou ladre, ou avoir commis un péché mortel? — Et moi, dit Join ville, qui oncques ne lui
voulus mentir, je lui répondis que j'aimerois mieux avoî fait trente péchés mortels que d'être lépreux. Quand le frères furent départis de là, il me rappela tout seul et m fit seoir à ses pieds et me dit ; « Comment avez -vous osé dit « ce que vous m'avez dit? * Et je lui réponds que encore je 1 dîrois. Et il va me dire : ce Ha fou musart, musart, vous f êtes déçu ; car vous savez qu'il n'est lèpre si laide que d\ « tre en péché mortel. Et vous prie que, pour Pamour d « Dieu, premier, et pour Tamour de moi, reteniez ce dit ei « votre cœur. »
Saint Louis avait fait réunir pendant deux années de gran^ des provisions dans Ttle de Chypre. L'armée partit de là su 1800 vaisseaux, grands et petits, pour l'Egypte. Damiette, I Tune des bouches du Nil, fut enlevée (7 juin 1249), mais oi perdit un temps précieux avant de marcher sur le Caire. Gîn< mois et demi de retard rendirent le courage aux mameluks Les croisés mirent un mois à parcourir les quinze lieues qu les séparaient de la ville de Mansourah. Un combat mal engagé dans cette même place coûta la vie à un grand nombn de chevaliers et au comte d'Artois, frère de saint Louis. Quand le prieur de l'Hôpital, dit Joinville, vint demander S saint Louis « s'il savoit aucunes nouvelles de son frère, « le roi lui répondit que « Oui, bien ! c'est à savoir quil savoit bien qu'il étoit en paradis. » Le prieur essaya de le réconforter en faisant l'éloge de la valeur qu'avait montrée le prince, de la gloire qu'il avait acquise en ce jour : t et le bon roi répondit que Dieu fût adoré de tout ce qu'il avoit fait. Et lors lui commencèrent à cheoir grosses larmes des yeux à force, dont maints grands personnages qui virent, furent moult oppressés d'angoisse et de compassion, i (Fév. 1250.)
Bientôt l'armée fut enveloppée par les ennemis et décjmég. par la peste. Joinville en fut bien malade c et pareillemeirt' î'étoit son pauvre prêtre (chapelain). Un jour advint ainsi qu'il chantoit messe devant le sénéchal couché dans son lit; quand le prêtre fut à l'endroit de son sacrement, Joinville l'aperçut si très-malade, que visiblement il le voyoit pâmer. » Le sénéchal se leva et courut le soutenir; c et ainsi achevat-il de célébrer sa messe, et oncques puis ne chanta et mourut. » La retraite fut désastreuse; il fallut enfin se rendre (avril), c Le bon saint homme de roi » honora sa captivité par son courage et inspira à ses ennemis mêmes le respect
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de ses Tertais. Ils le relâchèfdiit pour une grosse rançon. Libre, il passa en Palestine, où il resta trois années, em- .
ployant son ascendant et son zèle à maintenir la concorde ïy entre les chrétiens, et ses ressources à réparer les fortificap^/>^ lions des places qu'ils occupaient encore. iX
Cr«^BMle 4m pMrtovi'ettvx (1851). — La nouYelle de ces désastres ne fit qu^accrolire en France la popularité du/// / < '^ roi : on ne voulut pas voir ses fautes comme général, on ne pensa qu'aux vertus quMl avait montrées. Les prélats et les seigneurs Tabandonnent et le trahissent, disait-on, c'est aux petits à le délivrer; et une foule innombrable de serfs, de paysans, s'assemblèrent pour passer la mer et aller au se* cours du roi. Ce fut la croisade des pastoureaux; mais ces gens vécurent, sur la route, de pillage ; des meurtres furent c(Hnmis : il falktt sévir contre eux. On les chassa comme des bêtes fauves. T^/i^-»*-/^-*-- * /
Befôw'de lionU mm^t^nnte (18S4). — La nouvelle de la mort de la régente (décembre 1252) rappela enfin Louis en France. En passant près de Chypre, la galère du roi toucha , y y^ .. contre un rocher « qui emporta bien trois toises de lay ''*^' '' qttille. » On conseillait à Louis de passer sur un autre na-r vire : « Si je descends de la nef, dit-il, cinq ou six cents per- ^ +-j' ^^ sonnes qui sont céans, et qui aiment autant leur corps ^'^ comme je fais le mien, n'oseront rester après moi, descendront dans rtle de Chypre et jamais n'auront plus espoir ni moyen de retourner en leurs pays. J'aime mieux mettre moi, la reine et mes enfants en danger et en la main de Dieu que de faire un tel dommage à si grand peuple. » (Joinville.) Belles paroles ! Belle action !
Administration de saint IiouU. « La royauté capétienne avait fait de tels progrès, que nul seigneur n'eût alors osé dire à ses vassaux : « Venez-vous-en guerroyer sous ma bannière contre le seigneur roi, > bien que ce droit anarchique fût encore reconnu par saint Louis dans ses Établis» smeniSj ou corps de lois écrites pour ses domaines. Les comtes de Flandre et de Bretagne et le duc de Guyenne étaient les seuls à peu près qui ne fussent pas descendus à la condition de vassaux dociles ; mais la féodalité conservait encore d'immenses prérogatives. Saint Louis les attaqua au nom de la justice et de la religion.
Entrave» mises anx iraerres privées et an dael Jndleiiiire. — Les guerres fyrivées furent à peu près interdite?
par rétablissement de la quarantaiine le roy qu*on attribue aussi à Philippe Auguste et par Vassutement qu'une de! parties pouvait réclamer de Tadversaire ou du suzerain, ce qui obligeait de remettre la décision non plus aux armes mais à un tribunal. Comme chrétien, saint Louis ne voulait pas de ces guerres qui envoyaient à Dieu tant d'âmes mal préparées à comparaître devant lui. Comme prince, il voulait arrêter la dévastation des campagnes, « les incendies et les empêchements donnés aux charrues. » Il défendit dans ses domaines, en matière civile, le duel judiciaire, qui livrait le droit au hasard de la force et de l'adresse. La justice du roi fut ainsi mise à la place des violences individuelles, et les preuves par témoins, les procédures par écrit remplacèrent les bataiUes en justice, car « bataille n'est pas voie de droit. »
Appels et cas royaux. — Les seigneurs rendaient la justice sur leurs terres. Si le vilain ne pouvait /"atisscr jugement, le vassal avait le droit d'en appeler au suzerain de la sentence de son seigneur : « pour àéfaute de droit, » quand le seigneur refusait de rendre justice, pour faux jugement, quand le condamné croyait avoir été lésé par une sentence injuste. Or le roi favorisa l'usage d'en appeler directement à sa cour, ce qui subordonnait les justices seigneuriales à la sienne. Le duc de Bretagne conserva seul le dernier ressort. Quand une cause portée devant une justice seigneuriale in-^ téressait le roi, à quelque titre que ce fût, le bailli élevait le conflit, comme nous dirions aujourd'hui, et revendiquait le jugement, le roi ne pouvant être justiciable d'un seigneur. Ces causes étaient des cas royaux. Il était facile de les multiplier; on n'y manqua point : autant d'enlevé à la justice des seigneurs, autant d'ajouté à la justice et à l'autorité du roi.
lia cour du roi et le« léguistes. — La justice royale était primitivement rendue par les principaux vassaux et les grands officiers de la couronne, qui formaient la cour du roi. Mais cette cour ayant à juger maintenant sur des procédures écrites, fut peu à peu désertée des barons ignorants et laîssée par eux aux conseillers clercs, aux légistes, que la bourgeoisie fournissait. Ainsi les roturiers entraient .dans .la coui^ du roi-, ils y formeront bientôt presque seuls le parlement, qui sera jusqu'à la Révolution la tête du tiers état, et comme la forteresse d'où partiront tous les coups contre la féodalité. ]A.Jtlt^ '
L^envoi dans les provinces de coounissairesouefiçuMiaiifs Tcyauœ, usage renouvelé de Chademagne, de sages ordonnances sur Tadministratiop, la réforme des monnaies et la JL^ police des corps et métiers, prouvent combien la sollicitude jTUL^piL pour le bien généraTfut vive et soutenue. Ni le rang ni la naissance n^étaient pour lui une excuse. Charles d'Anjou, son frère, s'étant emparé, en le payant, d'un bien dont le possesseur ne voulait pas se dessaisir, Louis l'obligea à le restituer. Un des plus puissants seigneurs du royaume, le sire de Coucy, avait fait pendre trois jeunes gens pour délit de chasse. Tout le baronnage sollicitait pour lui. Il le condamna à une énorme amende. Un seigneur s'écria ironiquement : a Si j'avais été roi, j'aurais fait pendre tous les barons, car le premier pas fait, le second ne coûte rien. » Le roi l'afant entendu le rappela : « Gomment, Jean, vous dites que je devrais faire pendre mes barons? Certainement je ne le ferai, mais je les châtierai s'ils méfont. » ^ ; •W ; ^LA / ':' * -**.-
Cette réputation d'éqûÏÏ5"du bon rôTéFait si bien assise que les barons anglais soulevés contre leur prince prirent Louis pour arbitre de leurs différends, exemple suivi par les comtes de Bar et de Luxembourg. Mais, pour les hérétiques, il ne se croyait plus tenu de suivre les inspirations de son cœur. « Aucun, disait-il, s'il n'est grand clerc et parfait théologien, ne doit disputer avec les juifs, mais doit l'homme laïque, quand il ouït médire de la foi chrétienne, défendre la choso non pas seulement de paroles, mais à bonne espée tranchant et en frapper les mécréans à travers du corps tant qu'elle y pourra entrer. » Il punit un blasphémateur en lui faisant percer la langue d'un fer rouge.
Pragmatique MtBctlon (1260). — La piété de Louis IX, qui Ta fait mettre au rang des saints, ne l'empêcha pas de montrer, au besoin, une respectueuse fermeté à l'égard de l'autorité pontificale. On lui a même attribué une pragmatique sanctioriy première base des libertés de TËglise gallicane, qui aurait confirmé la liberté des élections canoniques, restreint aux nécessités urgentes les impositions que la cour de Home pouvait mettre sur les églises de France, et exigé l'aveu du roi pour qu'elles fussent établies. Cette ordonnance ne semble pas authentique, mais les principes qu'on y a mis étaient ceux du clergé et du gouvernement.
AffaiblUsement des communes. — Saint Louis aimait à rappeler que, durant sa minorité, poursuivi jusque sous
les murs de Paris par des vassaux rebelles, il ayait été sauvé par les milices de la cité sorties à son secours. Aussi ses relations avec les villes furent-elles réglées par un grand esprit de justice. 11 confirma beaucoup de chartes et en corrigea quelques-unes. Mais Tindépendance communale ne lui semblait pas meilleure que Pindépendance féodale, et il favorisa la transformation des communes en villes royales, celles-«i dépendantes et surveillées par le pouvoir suprême, tout ea ayant à l'intérieur leurs chefs choisis par elles-mêmes dans de libres élections. Une ordonnance de 1256 prescrivit aoz communes de désigner quatre candidats parmi lesquels le roi choisirait le mayewAuj^^ia^figaafl^^ venir à Paris rendre compte de ^"^e^^mSncier^fcSîBn, il fut posé en principe qu'il appartenait au roi seul de faire des communes, et que toutes lui devaient fidélité « contre toute personne pouvant vivre et mourir. » Ainsi les communes allaient disparaître, et avec elles les fiers sentiments, les fortes idées de droit et de liberté, que nourrissaient les hommes qui les avaient fondées ou défendues ; mais le tiers état commence.
nourgeoH du roi. — C'est autour de la royauté que ce tiers état se forma. Par les appels, par les cas royaux, le roi avait étendu sa juridiction jusqu'au cœur des plus grandes masses féodales. Son influence y pénétra d'une autre manière. En s'avouant bourgeois du Roi, un habitant d'une terre seigneuriale put se soustraire à la juridiction de son seigneur.
Commerce, Indostrie, police. — L'abolition des guerres privées et l'ordonnance de saint Louis qui rendit les seigneurs responsables de la police des routes sur leurs seigneuries ramenèrent un peu de sécurité dans les campagnes. Une autre ordonnance singulièrement favorable au commerce fui celle qui donna cours à la monnaie royale dans la France entière. A Paris, saint Louis institua le guet royal et fltré^ diger par le prévôt, Etienne Boileau, les anciens règlemaats des cent métiers qui existaient dans cette ville, afin de mettre la paix et Tordre dans l'industrie comme il les mettait dans le pays. Ces métiers se groupaient en grandes corporations; au quinzième siècle, tous les marchands de Paris formaient six corps d'arts et métiers.
Dernière croisade de «aint lioals. — En Tannée 1270, saint Louis entreprit une seconde croisade, où son fidèle Join ville refusa cette fois de le suivre. Elle fut dirigée contro
La Sainte-Cbanelle,
Tunis. Le roi périt de la peste sous les muré de la place avec la plus grande partie de son armée. Il voulut mourir sur un lit de cendres. Naguère, dans une autre maladie qui Tavait mis aux portes du tombeau, il avait appelé son ffisaufvès de lui et lui avait dit : « Beau fils, je te prie que tu ta CÛses aimer du peuple de ton royaume, car vraiment j'dmerois mieux quMn Ecossais vînt d^Écosse et gouvernât le peupb bien et loyalement, que si tu gouvernois mal. »
Conquête de lVaple«. — Des Français avaient eoeore fait, sous ce prince, une grande expédition sans le secours de la royauté. Charles d'Anjou, comte de Provence, appelé par le pape contre le roi Manfred, fils de l'empereur Frédéric II, avait conquis en 1266 le royaume de Naples. Mais les Latins avaient, cinq ans plus tôt, perdu Constantin opie où les Grecs étaient rentrés. C'était aux conseils intéressés de Charles d'Anjou qu'avait été due la direction donnée à la dernière croisade, la soumission du roi de Tunis devant garantir la Sicile des courses continuelles des Sarrasins coutre cette lie.
lia (ialnte-Chapelle, la Sorlioiine. — Saint Louis avait bâti l'hospice des Quinze-Vingts pour les aveugles, plusieurs hôtels-Dieu et l'église de Vincennes. Pour renfermer la couronne d'épines que les Vénitiens lui avaient vendue, il fit construire dans son palais, aujourd'hui palais de / justice, par Pierre de Montereau, la Sainte-Chapelle, châsse de pierre travaillée à jour comme un filigrane d'or. Son codfesseur, Robert de Sorbon, fonda une communauté sous le nom de Congrégation des pauvres maures étudiants en tIMogie. Cette congrégation devint la Sorhonne^ faculté de théologie si célèbre dans toute la chrétienté que MézerayTar pelait tf le concile permanent des Gaules. »