‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 57 sur 103 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ÎBrandenr du treizième «iècle. — Le moment le plus remarquable du moyen âge est le treizième siècle. Deui grands papes, Innocent III et Innocent IV, siègent alors dans la chaire de saint Pierre, un saint sur le trône de France, et, sur celui de l'Empire, un prince qui dans tous les temps eût fixé sur lui l«s regards du monde, Frédéric 11. La querelle des investitures entre Rome et PËmpire se termine, et ntalie se détache encore une fois, mais, hélas! point pour toujours, de TAUemagne qui Tétreint. L'Angleterre fonde ses libertés publiques; elle écrit sa grande Charte; elle institue son parlement. La croisade a définitivement échoué, excepté en Espagne où les royaunâes chrétiens n'ont plus rien à craindre des musulmans; mais les résultats de ces grandes entreprises éclatent maintenant à tous les yeux. Cet immense mouvement d'hommes a amené un grand mouvement de choses et d'idées. Le commerce, l'industrie, les lettres, les arts prennent un egsor inconnu; les écoles se multiplient ; les études s'étendent, les littératures nationales commencent; de grands noms apparaissent : Albert le Grand, saint Thomas,. Roger Bacon, Dante. Sans les guerres qui vont venir, c'est du treizième siècle qu'aurait daté la Renaissance. //V *y^iJ^

1. Principaux ouvrages à consulter : Histoire de la civilisaHon «n France^ par M. Guizot, tome V; TabUau de la littérature française av moyen dgt, par M. Villemain ; Histoire de la littérature française, par M. Detnogeot; Dictionnaire des institutions et coutumes de la France^ par M. Chéruel; Histoire de l'art par les monuments^ par d'Agincourt ; les Arts au moyen âge, par du Sommerard ; Manuel de l'histoire générale de l'architecture, par Daniel Ramée ; Dictionnaire de Varchitecture, par Viollet-Ie-Dac. Le tome XXII de VBistoire littéraire de la France se rapporte à la dernière partie du treizième siècle, et renferme le Homan de ta Bose. des -lais, fabliaux, dits et chansons. Histoire des classes rurales de la France, mr H Domol, des Classes agricoles, par Darc»te, des Faysans, par Ley marie,

des Classes ouvrières ^ par Levasseur,

PwiiuBM 4t» 1» royauté fraa^aUe. — En France, depuis un siècle et demi, d^imnoenses changements se sont accomplis. Le grand révolutionnaire à cette époque, c'est le roi, comme Faristocratie Pavait été avant Hugues Capet, comme le peuple le sera après Louis XIV. Naguère prisonnière dans les quatre ou cinq villes de Philippe !•', la royauté avait renversé bien des barrières et elle marchait à grands pas vers le pouToir absolu. Elle avait imposé à ses turbulents vassaux la paix du roi, la justice du roi, la monnaie du roi, et elle faisait des lois pour tous.

Fondation un tiewi état. — A cette révolution par en haut avait répondu une révolution par en bas. Le peuple, qui D'était rien, était devenu quelque chose. Au onzième siècle, les manants ne trouvant nulle part de protecteur et de tous côtés l'oppression, s'étaient associés pour se défendre. Ils avaient arraché aux seigneurs le droit de s'administrer euxmêmes, ils avaient bâti des murailles et des tours, organisé uae milice, élu des magistrats. Ils vécurent de la sorte un siècle et demi, dans une fière indépendance, mais aussi dans l'isolement et toujours sur le qui-vive ; non moins ennemis de l'ancien seigneur qui n'avait pas oublié ses droits, que de la cité voisine qui faisait concurrence. La royauté, arrivant au pouvoir absolu j s'inquiéta de ces foy^TS de libre discus-iîit • sien et d'indépendance. Les habitants eux-mêmes, dégoûtés bien souvent de leurs institutions républicaines par les dépenses qu'elles exigeaient et par les périls où l'isolement les jetait, laissèrent, dès le milieu du treizième siècle, la royauté intervenir dans leurs affaires et veiller à la gestion de leurs finances. Cette intervention deviendra, de jour en jour, plus grande, et les communes peu à peu disparaîtront. Alors, au lieu d'être citoyen de aa ville, on sera bourgeois du roi. Notre pays échappa ainsi au danger d'avoir, comme nialie, mille républiques et d'être comme elle livré en proie, pendant des siècles, à Tanarchie municipale et à l'étranger. Mais aussi, à un autre point de vue, ce fut une transformation mauvaise, parce qu'on alla trop loin dans ce sens, jusqu'à supprimer ces libertés urbaines par lesquelles la nation aurait eu la forte éducation politique qui lui a toujours manqué.

Cependant le grand mouvement que les communes avaient commencé, ne s'arrêta pas. Si l'on ne fit plus de chartes de commune, on fit des chartes d'affranchissement. Au douzième

siècle, les serfs avaient déjà été admis à témoigner en justice ; et des papes, Adrien IV, surtout Alexandre III, dont il resto une bulle célèbre, avaient demandé leur liberté. Au treizième, les affranchissements furent très-nombreux; car les seigneurs commençaient à comprendre ce que Beaumanoir, ce que plu-

.♦^Mv'^^fij®^* chartes disent nettemenL qu'ils gagneraient à avoir ' .^ sur leurs terres des hommes libres, laborieux, plutôt que d'y ^ ' garder des serfs paresseux « qui négligent de travailler, en disant qu^ils travaillent pour ^utruy. »

Ainsi au sein de la population roturière un double mouvement avait eu lieu, qui, ôtant aux uns des droits exclusifs. et tirant les autres de servitude, tendait à former de tous les non-nobles une classe dont les membres seraient solidaires. Tous les pays ont eu des communes et des serfs, la France seule a eu le tiers état.

lies léguistes et le droit romain ; opposition contre le droit féodal. — Cette classe Nouvelle que Tévêque Adalbéron, sous le roi Robert, ne connaissait point, arrivait à Texistence, animée d'un tout autre esprit que celle qui \\n avait si longtemps barré la route. Tandis que la société féo-

■ -'^^L dale, régie par le privilège, accordait tout à Taîné et immobilisai ries héritages dans les mômes mains, les bourgeois écrivaient dans leurs chartes quelques-uns des principes du droit rationnel, le partage égal entre tous les enfants.

Le nouveau droit populaire n'aurait pu, tout humble et honteux qu'il était, entrer en lutte avec le droit aristocra- , tique, s'il n'avait trouvé un puissant auxiliaire dans le vieux 1 droit des empereurs romains. Longtemps délaissé, mais non " complètement oublié, ce droit reparut au onzième et au douzième siècle avec un grand éclat dans quelques villes d'Italie, surtout à Bologne, où de nombreux écoliers accourus de toute l'Europe se pressèrent autour de la chaire d'Irnerius, le rénovateur des études juridiques. Les Français furent des premiers à pasaer les monts, pour aller, pèlerins de la ' science, comme leurs pères l'avaient été de la croix, écouter

^i-' "^ses doctes leçons; et bientôt Montpellier, Angers, Orléans avaient eu des chaires de droit romain. Sous Philippe Auguste, la compilation de Justinien fut traduite en français: et tel était l'attrait de cette étude, que des conciles l'interdirent solennellement aux moines, afin qu'ils ne fussent point par elle détournés de la méditation des livres saints. C'est qu'aussi aux yeux des hommes de ce temps, perdus dans 1p

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cliaos des lois féodales, le code Fomain, admirable ensemble rie déductions logiques qui ont pour points de départ Téquitô naturelle et Futilité commune, semblait être véritablement, comme ils rappelaient, la raison écrite. L.a riche bourgeoisie, vouait ses enfants à cette étude où ils trouvaient une arme de ^erre contre le régime féodal ; et avec ces lois que leur origine et leur antiquité rendaient doublement respectables, les légistes purent travailler de mille manières à rafEranchi»» sèment des deux grandes servitudes du moyen âge, celle de rhomme et celte de la terre. Saint Louis a déjà autorisé le Languedoc à suivre le droit romain comme sa loi municipale, d^autres provinces obtiendront la môme concession. Dans celles qui garderont leur législation particulière, la loi romaine, tenue en réserve pour être consultée sur tous les cas douteux, pénétrera insensiblement la coutume de son esprit. Ainsi commence, au treizième siècle, la guerre du droit rationnel, soit romain soit coutumier, contre le droit aristocratique de la société féodale : guerre que les légistes soutiennent et dirigent, et qui ne se terminera qu'à la grande date de 1789, par le triomphe de Tégalité sur le privilège.

Les manants ne demandaient que la liberté de leurs biens et de leur personne, en un mot la liberté civile ; ils ne songeaient pas encore à ce que nous avons plus tard appelé la liberté politique ; et les plus savants d'entre eux acceptaient volontiers cet autre principe du droit romain : Tégalité de tous sous un maître. L'empereur était jadis la loi vivante, kx animata : les légistes firent du roi l'héritier des empereurs; et la royauté, de son côté, prit ces légistes pour en faire ses scribes, ses procureurs et ses prévôts, pour administrer par eux la France ramenée peu à peu sous sa main.

Ainsi deux puissances étaient en présence : l'aristocratie féodale, qui possédait le sol et la force militaire; la royauté, qui, appuyée sur le tiers état, conseillée par les légistes, s'efforçait de ressaisir tous les pouvoirs qui lui étaient échappés et de rattacher à la couronne les antiques prérogatives de l'autorité impériale. A la mort de saint Louis, on pouvait aisément prévoir laquelle de ces deux forces l'emporterait : car la royauté apparaissait déjà comme le centre unique de juridiction et de pouvoir, et le tiers état amassait chaque jour plus de science et de richesse, ce qui finit toujours pardonner aussi plus d'influence.

Commerce. — Avant les croisades , les villes d'Italie , de Provence et de Catalogne étaient les seules à ne point trop s'effirayer des distances; celles d'Allemagne et de France suivront maintenant les voies qui viennent de s'ouvrir. Aa douzième siècle , Troyes en Champagne , Beaucaire dans le Languedoc , Saint-Denis près Paris , avaient des foires annuelles célèbres dans TEurope entière. Les marchands de Rouen, d'Orléans, d'Amiens, de Reims, etc., se tenaient ea relation^ avec les riches fabriques de la Flandre et l'immense entrepôt de Bruges. Ceux de Lyon, de Nîmes, d'Avignon ek de Marseille allaient deux fois par an chercher à Alexandrie j^./î VW les denrées de l'Orient , qui nous arrivaient aussi par Venise et le^S^mles de l'Allemagne ; Bordeaux exportait déjà ses vins pour l'Angleterre et la Flandre ; les villes du Languedoc achetaient à Tolède des armes d'une trempe excellente , à Cordoue des tapisseries de cuir chargées d'arabesques. Les marins basques de Bayonneet/tie Biarritz commençaient la ' grande pèche , celle de la pleine, raris avait une han$e ou

association pour les marchand ses qui lui venaient par eau. Philippe Auguste confirma ses privilèges. De là ce vaisseau que la ville garde encore dans ses armes. Saint Louis prit les marchands sous sa sauvegarde.

Industries et culfvres noiiTelles. — Les croisés rapportèrent aussi d'Orient quelques industries nouvelles : les tissus de Damas , imités à Palerme et à Milan ; le verre de Tyr , imité à Venise, qui en fit des glaces pour remplacer les miroirs en métal ; l'usage des moulins à vent, du lin , de la soie, de quelques plantes utiles, comme le pjauiier de Damas, la canne à sucre dont le produit allait rempiaceTîe miel, seul connu de l'antiquité , mais qui ne put être cultivée qu'en Sicile, en Espagne, d'où elle passa plus tard à Madère et aux Antilles , enfin le mûrier , qui enrichit l'Italie avant d'enrichir la France. L-J^tf^-t^-f^. '^l-^^

Les étoffes de coton commenceift à cette époque à se répandre*. Le papier de coton était connu depuis longtemps; le papier de linge le fut à la fin du treizième siècle ; mais ce

1. Il est fait mention dans le testament d'an comte de la Marche d'Espagne en 1230 d'une robe de coton. Les croisades popularisèrent l'usage de cette substance; mais ce n'est qu'au dix-septième siècle que le coton fournit en France & une industrie de quelque importance. Elle est aojourd hui la première de l'Europe. — On conserve à la Bibliothëqne nationale des manuscrits sur papier de coton, du dixième on onzième siècle.

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l'est que depuis le seisième qu'il remplaça généralement le /

tarcbemin. Les damasquinures , la gravure des sceaux et des iJtàX^ aonnaies se perfectionnèrent. QUiappnt à appliquer Téogiail > X rorféyrerie prit ressor'. / A,^ ^' ^ j/n^i^ ^* **'

CerporaiioBB. -^ Dans les flernters temps de Tempire ronain, on voit les ouvriers de même profession s'associer en-i Ire eux. Les Germains, de leur côté, apportèrent Tusage des ifkUdes, dont tous les membres se promettaient appui et célébraient leur union placée sous le patfènage d'un dieu ou d'un héros, par des festins, ce qui valait aux membres delà ghilde le nom de frères du banquet. Les deux institutions se mêlant formèrent les corporations du moyen âge. Gbarlemagne les défendit, le synode de Rouen, en 1189, les prohiba; mais elles étaient trop une nécessité de ces temps de violences pour ne pas braver toutes les défenses. Les membres d'une corporation trouvaient en effet protection les uns auprès des autres , secours pour les vieillards, les veuves, les orphelins. Chacune avait un saint pour patron , ses fêtes , son trésor. Les chefs , les syndics ou jurés , qui faisaient la police du corps, préve* naient les fraudes et veillaient à l'observation des règlements. Ces règlements exigeaient un apprentissage long et sévère, et assuraient aux membres de la corporation le monopole de leur industrie ; de sorte que, pour chaque profession, le chiffre des maitree éUdt fixé par la corporation elle-même. Il résultait de là qu'il n'y avait point de concurrence, puisqu'il n'y avait pas de liberté , et que les prix étaient maintenus à un taux élevé. Mais cette discipline si sévère était nécessaire à l'industrie passante. Plus tard les corporations furent une gêne f" au^'lreizième siècle elles donnèrent aux artisans la sécurité du travail. La bourgeoisie est sortie de ià. Nous avons encore les règlements que saint Louis fit rédiger pour les corporations de Paris. Les chefs de métier avaient la police de leur corps , un certain maniement de fonds et même un pouvoir judiciaire , mais aussi ils furent responsables devant le prévôt des désordres commis au sein^ / de leur corporation. ], ^^^^ ;' ^ ^

État des CAmpaiT*** I dèfant de sécnrKé. — Les COr- ^' porations donnaient quelque sécurité à l'industrie des villes, mais l'agriculture n'en avait pas. Les forêts , les landes cou-

1. Saint Louis rapporta la renoncule, le roi de Navarre la rose de Damas.

vraient de vastes espaces et ce n'était qu'autour des villes ( des bourgs fermés , autour des châteaux forts et des inons^ tëres , qu'on trouvait des terres bien cultivées. Car le laboK reur n'osait s'aventurer dans la campagne loin de tout Ui de refuge. Grespy en Valois offre un curieux exemple del qu'étaient alors beaucoup de villes; il avait un long faubotfl dont il était séparé par une ligne fortifiée, et le faubourg la même était couvert p^ une enceinte palissadée. Les boiH geois habitaient la ville , durant l'hiver, et dès qu'un péril i montrait, le faubourg servait de retraite aux paysans qui renfermaient leur bétail et leurs instruments d'exploitatim Ils n'avaient aux champs, pendant les travaux, que des hutti comme celles que nos bûcherpng élèvent encore dans U grandes forêts. ViSMr^

Si le paysan prenait de telles précautions, que n^avait ] à craindre le marchand? aussi payait-il, outre les droits douanes levés aux portes des villes, un droit d'escorte à cbS que seigneur dont il traversait les domaines, pour être ranti contre toute rapine. Les négociants par eau étaient é^ lement soumis à bien des exactions et en particulier au droÉ odieux d'épave. Quand un naufrage avait lieu, les seigneuil '^'Wverains s'appropriaient tout ce que la mer rejetait, quadi . même les naufragés arrivaient à la côte avec la cargaison m navire brisé, a J'ai là une pierre plus précieuse que les dotf mants qui ornent la couronne des rois , » disait un seigiMH de Léon, en Bretagne, en montrant un rocher fameux parte naufrages qu'il avait causés. Et l'on ne se faisait pas tBxàê d'aider à la colère de l'Océan , en att^nt p^ de Caftiz 8K gnaux les navires sur les écueils. (iv^v l>*'^

Effort» pour rétablir la sùrele des routes i dn roi $ les Juifs et Im letlre de ebani^e* — On a TIt saint Louis renouveler un capitulaire de Charlemagne, qui obligeait les seigneurs prenant péage à entretenir les routes et à garantir la sûreté des voyageurs depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant. Pour faciliter les éd)anges,le même prince ordonna que la monnaie des quatre-vingts seigneurs qui avaient alors le droit d'en frapper, n'<aurait pas cours hors de leurs terres, au lieu que celle de la couronne serait reçue par tout le royaume ; c'était un pas vers l'abolition de la monnaie seigneuriale. >^^[ ji

L'Église proscrivant le prêt à intérêt, les usuriers pullulaient. C'étaient ordinairement des juifs qui ne pouvaient

^ Porte Narbonnaise à Carcassonne». ^-'-^^^^

pierres à bossages, forme une complète fortification du treiilième sîècle

faire que ce commerce, car on leur interdisait tous les autres. De là une des causes générales de la haine contre eui. Aussi pour cacher leurs richesses et en même temps les faire circuler aisément, ils inventèrent la lettre de change, i^-" qui supprima la distance entre les capitaux, comme, de nos ^^.^^^ jours, la vapeur a supprimé l'espace entre les peuples. ^ Accroissement de 1» population. — Les gouverne-

ments réparateurs de Philippe Auguste et de saint Louis, en donnant à la société du moyen âge ce qui lui avait manqué le plus jusque alors, un peu d'ordre, de paix et de sécurité, avaient favorisé les progrès delà population. Joinville atteste qu'elle s'était considérablement accrue, et on n'en peut dou 1er en voyant les travaux que ce siècle accomplit et l'activité qu'il porta en toute chose.

UnlTcnités. ^- Il y avait peu d'abbayes importantes qui n'eussent une école, et le douzième siècle avait vu s'élever dans les limites de l'ancienne Gaule, 702 monastères nouveaux : le treizième en fonda 287. Mais le besoin de s'in struire devenait si général, que ces écoles monastiques ne suffisaient pas. D'autres s'ouvrirent dans toutes les grandes villes. La pénurie et le haut prix des livres rendaient l'enseignement par la parole nécessaire. Dès qu'un maître célèbre élevait quelque part une chaire, les élèves accouraient en foule ; mais au moyen âge tout prenait la forme d'une corporation. A Paris, à Angers, à Orléans, à Toulouse, à Montpellier, les maîtres et les disciples s'associèrent et formèrent dans chacune de 'ces villes, sous le nom d'Université, un corps qui eut des privilèges étenduî^. L'Université de Paris tenait ses statuts de Philippe Auguste, en 1215 ; elle voyait venir à elle les étudiants de tous pays, car la langue qu'on parlait dans les écoles, le latin, était au moyen âge la langue universelle. Elle était divisée en quatre facultés : de théologie, de décret ou de droit canon, de médecine et des arts ; la dernière enseignait la grammaire, la rhétorique et la philosophie, c'était le trivium et de plus le guadnviMm, ou l'arithmétique, la géométrie, la musique, l'astronomie. Le droit romain -était étudié principalement à Orléans; la médecine à Montpellier. La faculté des arts élisait le pecteur auquel les autres facultés obéissaient.

Des privilèges considérables attiraient les étudiants dans ces universités. Celle de Paris comptait quinze ou vingt mille écoliers qui n'étaient point soumis à l'autorité des

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magistrats de la ville, qu*on ne pouvait arrêter pour dettes, et qui bien souvent troublaient la cité de leurs querelles ou de leurs débauches, mais du milieu desquels sortirent, au treizième siècle seulement, sept papes et un grand nombre de cardinaux et d'évôques. Depuis la chute de l'empire romain, la science était restée aux mains du clergé, et n'était donnée qu'à ses seuls membres ; les universités la sécularisèrent. Celle de Paris, malgré son surnom de fille ainée des rois et de citadelle de la foi catholique^ . aura bientôt, dans toute la chrétienté, une autorité morale assez grande pour forcer plus d'une fois les rois et les papes à compter avec elle. I^ Bcolastique. — Le moyen âge, dans sa foi profonde, resta longtemps sans demander à d'autres qu'à ses théologiens la solution des grands problèmes que Tàme agite toujours sur elle-même et sur Dieu ; cependant l'esprit ne peut demeurer à jamais enfermé dans les mêmes formules. Un jour il voulut regarder en dehors de celle qu'on lui imposait, et de ce jour la philosophie, éteinte depuis six siècles, reparut, mais avec un caractère tout particulier qui lui a valu un Dom spécial, la scolastique.

Saint Anselme, au onzième siècle, écrivit à la prière des moines du Bec son Monologue, où il fait la supposition hardie d'un homme ignorant qui cherche la vérité avec la seule assistance des lumières naturelles. La raison n'y est que l'humble servante de la foi, car c'est dans le but unique de prouver les vérités religieuses qu'Anselme employait les procédés de raisonnement dont Aristote s'était servi pour la découverte des vérités scieutiGques. Plus tard, quand les juifs espagnols traduisirent de l'arabe en latin un . grand nombre d'ouvrages d'Aristote que l'âge précédent , n'avait pas connus, car on n'avait possédé longtemps que I diverses parties de VOrganon, le Seizième siècle fut comme .' ëblûm^de ces nouvelles richesses, et le Stagirite régna souverainement dans toutes les chaires de philosophie. Malheureusement l'étude persévérante de ses premiers livres mal compris avait jeté l'esprit du moyen âge dans une voie d'où il eut peine à sortir. On réduisit toute la dcience à l'art de raisonner, et on plaça l'évidence dans tout syllogisme qui paraissait régulièrement déduit. La scolastique ne fut donc point un certain système de philosophie, je veux dire un seul corps de doctrine sur les grandes questions qui nous intéressent ) elle fut bien plutôt une certaine manière de disserter

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sur toutes les questions, en partant des prémisses qu'on recevait toutes faites ou qu'on posait soi-même sans en vé- 'rifier au préalable la justesse. Aussi, aucune idée n'en sortit qui agît sur le monde. Elle resta une sorte de gymnastique "^ intellectuelle où le prix de l'effort n^était pas 1» découverte d'une vérité, mais la victoire gagnée dans des combats de mots, à l'aide de subtiles ou ridicules distinctions et d'un langage barbare que les initiés seuls pouvaient comprendre.'^ On perdit à ces disputes beaucoup de temps et d'efforts;*^ l'esprit tournait dans le vide, sur lui-même; il s'a^guiSâ pourtant et se fortifia dans ces luttes stériles^rinstrumenï fut préparé pour des études plus sérieuses.^'"^ y^ '

Le douzième siècle avait retenti des grandes quereOflS * Roscelin et de saint Anselme, xl'Abélard et de GuillauBiô ^ Champeaux, Le treizième vit les longs débats de l'EcoaM» Duns Scot et de l'Italien saint Thomas, qui toi^^ejj^ ètu jgf . rent et enseignèrent à Paris, avec un retentissAifenl immense, partagèrent entre eux l'École et la chrétienté, et agitèrent encore tout le quatorzième siècle par les disputes ^^^ partisans les Scotistes et les Thomistes. Us avaient étôfirMdés dans l'Ecole de Paris par l'Allemand Albert le ^^raii^ qui fut ensuite évêque de Ratisbonne et à qui son 8«flÉ valut la réputation de magicien.

Après ces hommes supérieurs qui étaient par leur nwfr sance étrangers à la France, on peut encore citer. Vincwlè Beauvais, chapelain de saint Louis, non pour la force i» sqift esprit, mais pour l'intérêt que nous offre l'encyclopédî© quîl traça des connaissances de son temp^. Spéculum mo/uii comme Pline l'avait fait pour les connaissances de l'antiquité* Il faut cependant ajouter que jusqu'au treizième siècle ^ moyen âge a vécu des débris du savoir antique sans y rwo ajouter. Albert le Grand commence déjà à rentrer dans Iw voies de l'observation ; mais l'invention ne se montre qu^avoe Roger Bacon, moine anglais, qui étudia aussi à Paris, el découvrit ou du moins exposa dans ses écrits la c(»npoaitioo de la poudre à canon, des verres grossissants, de la pompe à air. Il avait reconnu la nécessité de refaire le calendrier, et les réformes qu'il proposa sont précisément celles qui furent adoptées sous Grégoire XIIL Bacon mourut vers 1294, après avoir passé de nombreuses années en prison comme sorcier et magicien. Ce fut encore à Paris, « dans la cité des philosophes, » que l'Espagnol Raymond LuUe commença à dcvc-

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lopper soiii4fs magnat puissant mais vain effort pour tracer une classification des sciences et construire une sorte de machine à penser qui stérilisait Tesprit. Raymond Lulle voulait recomnaencer les croisades avec la science pour seule arme ; il voulait suppléer à la conquête matérielle de l'Orient qui avait échoué, par la conquête morale.

Astrolog^le» alchimie. — Un des travers de cet âge fut Tastrologie ; il va croissant jusqu'au seizième siècle et ne s'éteindra qu'au dix-septième. Les astrologues prétendaient lire dans les astres les destinées de la vie humaine. Une autre folie était celle des alchimistes, qui cherchaient la pierre philosophale, c'est-à-dire les moyens de faire de l'or par la transmutation des métaux. Ces rêveries n'en conduisirent pas moins à d'heureuses découvertes. Quelques astrologues, à force de regarder le ciel, en vinrent à y chercher les lois du mouvement des ^tre§ ;. lés 'alchimistes ne trouvèrent pas d'or dans leurs cfeifsets, niais des corps nouveaux, ou, chemin faisant, quelque jiropriété nouvelle de corps déjà connus. Ainsi furent découvo^ts l'airt de/la distillation des sels, des acides énergiques, les âùSîx,lfe*rerres convexes, dont on fera les lunettes, la poudre à canon, que les Arabes connaissaient déjà, et kl boussçle, qui nous vint peut être de la Chine*. '' ' • ^ =, ? / w

Soreiers. — Puisqié nous parlons des aberrations de la science, il faut parler aussi de celles de l'esprit. Les sorciers pullulaient. Beaucoup de ces malheureux croyaient fermement être en rapport avec le diable, et nombre de fous, qu'il eût fallu guérir, furent envoyés au bûcher.

Ijettresi ^rogrkm de la lang^ne française. — Un signe que la nation française sortait au treizième siècle des limbes

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i. Les alchimistes croyaient aae les minéraoz étaient doués de vie comme les végétaux, et quMls se aéyeloppaient an sein de la terre par des combinaisons nouvelles entre leurs éléments constitutifs, s'élevant sans cesse de létat imparfait à l'état parfait, convergeant tous à For, le métal par excellence. Us concluaient logiquement de ce faux principe qu'on pouvait aider au travail de la nature et que la science trouverait le moyen de transmuer les métaux, du jour où elle aurait trouvé la substance nécessaire pour accomplir le phénomène, la pierre phUotùpkale, Le grand élixtr, qui devait donner de Tor, des diamants, même la santé et la vie de Mathusalera, fut introuvable; mais on doit aux alchimistes les premières descriptions de nos métaux usuels et des principaux composés en usage dans les laboratoires et les pharmacies, rantimorne, le bismuth, l'alGali volatil, et beaucoup de composés mercuriels, l'oxygène, le phosphore, 1« sine, des couleurs minérales et végétales, la vérification et la coupellatioo des métaux précieux, l'introduction en médecine des médicaments ms* taUiques. (Voyez VAlchimie et les Àkhimieteif par M. L. Figuier, iSSS.)

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du moyen âge, c'est que son idiome se dégageait enfin des formes latines pour prendre son vrai caractère. Le français deyenait la langue de la législation ; c'était celle des Assises^ ou lois du royaume de Jérusalem. Villehardouin, Thistorien de la quatrième croisade, JoinvUle, le biographe de saint Louis, l'avaient déjà écrite, et nous lisons encore leurs histoires. Un Vénitien, traduisant en français une chronique de son pays en \ 275, s'excusait de le faire, en disant que la langue française « court parmi le monde et est plus délectable à ouïr que nulle autre. » Dix ans plus tôt, Brunetto Latîni, le maître de Dante, écrivait en français son Trésor, parce que « la parlure de France est plus commune à toutes gens. »

Les treuTères. — Ainsi, dans le même temps que Paris attirait, par l'éclat de son École, les esprits éminents de la catholicité tout entière, la langue vulgaire que les docteurs dédaignaient étendait elle-même son empire bien au delà de nos frontières. 11 faut même ajouter que le génie français, si souvent accusé de stérilité épique, versait alors à tous les pays voisins comme un flot de grande poésie. Les troubadours s'étaient tus depuis que la croisade des Albigeois avait noyé dans le sang la civilisation de la langue d'oc, et on n'entendait plus les virils accçnts. ^e Bernard Ventadour où de Bertrand de Born, ni les molles can zones des auteurs de jeux partis *. Mais, au nord de la Loire, les trouvères composaient encore les chansons de geste, véritables épopées qui étaient traduites ou imitées par l'Italie, l'Angleterre et l'Allemagne. De sorte que nous sommes en droit de dire qu'au douzième siècle la domination intellectuelle de l'Europe appartenait incontestablement à la France.

Les plus renommés de ces trouvères étaient Robert Wace, « clerc de Caen, » qui avait écrit, vers 1155, le Brut, fabuleuse histoire des rois d'Angleterre; Chrestien de Troyes (après 1100), l'auteur du Chevalier au lion; Marie de France, dont il nous reste des lais, contes touchants et héroïques, et des chants lyriques comme ceux d'Audefroy de Bastard, dont chaque romance est tout un petit drame naïf; le comte

1. On appeUe jAio; parti* les défis que se faisaient les troubadours ou les trouvères sur diverses questions de galanterie. De là le souvenir de cet cours d^amour où se discutaient, dit-on, devant de nobles châtelaines, les procès les plus délicats, les causes les plus raffinées. Ces cours d'amour n'ont été qu'une fiction des poètes ou un jeu de quelques nobles dames, mais jamais une institution sérieuse et durable. (Voy. HUtoire littéraire fc la Franeey XXIII- vol.)

Queshes de fiéthune, un des ancêtres de Sully, qui fit et chanla la quatrième croisade ; le comte de Champagne, Thibaut, qui dans ses vers rechercha et trouva l'harmonie que les troubadours savaient si bien mettre dans les leurs ; enfin le pauvre Rutebœuf, contemporain de saint Louis, est le premier type du poëte de profession que son métier n'enrichit guère, car € il tousse de froid et bâille de faim, » et pourtant, au milieu de cette misère, gai, mordant, hardi, écrivant sur tout sujet avec un style franc et libre qui annonce Villon. Vmblianx i ttomaii de la Wtone, etc. — Rutebœuf est le mieux connu de ces auteurs de fabliaux et de contes hardis que nos pères aimaient tant, où le clerc et le noble étaient déjà peu ménagés. Ces attaques se retrouvent dans le fameux poème de Renart , satire de la sdciété féodale, et dans Touvrage le plus populaire de ce temps, le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris, autre contemporain de saint Louis, et de Jehan de Meung, qui ne mourut qu'en 1320. Us ne craignent pas de dire aux nobles

Que leur corps ne vaut une pomme Plus que le corps d'un charretier.

C'est même avec assez d'irrévérence qu'ils parlent des commencements de l'autorité royale :

Un grand vilain entre eulx esleurent ,

Le plus corsu de quant qu'ils furent,

Le plus ossu e'- le greigneur (le plus grand)

Et le firent prince et seigneur.

Cil jura que droit leur tiendroit

Se chacun en droit soy luy livre

Des biens dont il se puisse vivre. • , •

Ces hardiesses répondent à la sourde haine qui couve dans le cœur des manants, et qui éclatera avec tant de fureur au milieu du siècle suivant, avec le sauvage soulèvement des Jacques s

Il ne faudrait pourtant pas faire de ces libres conteurs de précoces révolutionnaires. Us sont la presse de ce temps-là, et on trouve dans leurs vers comme un écho de tous les bruits du jour, de toutes les émotions de la foule. Mais se gausser et rire, voilà leur grande affaire. Ils jouent même avec ce qu'ils respectent le plus, l'Église, ou ce dont ils ont la plus grande peur, l'enfer. Je pourrais citer de nombreuses

preuves de ces naïves témérités ; j*aime mieux donner le conte du Vilain qui eonquist Paradis par plaid, et où se retrouvent ce bon sens, ce rude sentiment de Téquité, qui relèveront Jacques Bonhomme de sa déchéance. « Un vilain meurt sans que diable ni ange s'en inquiète : mais son âme, en regardant à droite vers le ciel, aperçoit Tarchange saint Michel conduisant un élu, et le suit jusqu'au paradis. Saint Pierre, après avoir laissé entrer Télu, repousse en jurant par saint Guilhain, Tautre âme, que personne n'a recommandée.... « Beau sire Pierre, dit Pâme éconduite, Dieu s'est « bien trompé quand il vous a fait son apôtre, et ensuite son « portier, vous qui l'avez renié trois fois. Laissez passer « plus loyal que vous. » Saint Pierre, très-honteux, vient se plaindre à son confrère saint Thomas, qui essaye à son tour de faire vider le paradis à l'insolent. Nouvelle boutade du vilain : « Thomas, dit-il,» c'est bien à toi de faire le fier, < lorsque tu n'as voulu croire à Dieu qu'après avoir touché « ses plaies. » Saint Thomas a recours à saint Paul, qui s'attire, en voulant se mêler de cette affaire, cette autre vérité : c N'est-ce pas vous, dom Paul le chauve, qui avez lapidé « saint Etienne, et à qui le bon Dieu a donné un grand souf- « flet? » Pierre, Thomas, Paul, n'ayant à répondre, s'en vont porter leurs plaintes à Dieu lui-môme, devant qui l'accusé, le serf affranchi par sa parole, se justifie.... et le vilain gagne sa cause devant la justice divine*. » Un autre jour, il la gagnera devant la justice humaine. Villehardonin et Joinville. — Ce qui en littérature est particulier au treizième siècle, c'est l'apparition de la prose française. Mais nos premiers prosateurs ne sont pas écrivains de métier ; ce sont deux seigneurs illustres, tous deux mêlés aux événements qu'ils racontent. Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, nous a laissé l'histo'ure de la quatrième croisade, la Conquête de Constantinoplej où l'on se souvient de l'avoir vu figurer. Il écrit en soldat, tivec un style ferme et bref, non sans une certaine roideur militaire : il ne compose guère, il va droit devant lui, d'assaut en assaut, avec une courte exclamation lorsqu'il rencontre quelque objet qui l'étonné. Le sire de Joinville, également Champenois, montre dans ses Mémoires sur la ^ptième croisade plus de souplesse de slyle et plus de

t. U Clerc, UiHoin litlirairt de la Franc, t. XXIII.

1. Ce cloître, où l'on voit l'ogive commencer, date da commencement da treizième siècle.

Onessç d'esfNrit; il observe, réfléchit et cause volontiers de toaV^ 8^ propres sentiments aussi bien que des faits de I^Oçoee. C'est déjà Froissard, mais tel que le pouvait être lA^v^ eMMOer, Tami du pieux et excellent Louis IX.

4M||ll ftrc]itt«ct«re ogivAle. — Tous les éléments de l^MOjMit dans la nature ; Fart lui-même n'est que dans la s pi||p§îjle ITiomme, comme tous les phénomènes que la chi-(Uau4t« nÛQ coa^tale, se trouvent dans la matière, tandis quo la

i L*abbaye de la Couronne ' .

sciefpee chimique n'est que dans Pâme humaine. Suivant les temp, l'esprit dégage l'un ou l'autre de ces éléments. Ainsi, à l'inverse du paganisme qui mettait la beauté au-dessus de l'expression, le christianisme a mis l'expression au-dessus de la beauté. C'est le caractère de l'art au moyen âge, et le treizième siècle le porte à sa plus grande hauteur. Le triomphe de l'architecture ogivale est enfin assuré. L'arc décidément se brise, s'effile et s'éTance, afin de porter plus haut,

I. Cette église, d'une Abbaye d'angusUns, passait pour une des pins belles de l'Aquitaine. Elte fut commencée vers la fin au douzième siècle.

Nef de la cathédrale d'Amiens', t. La cathédrale d'Amieps fut commencée, en t220, par Robert de L"* zarches. La nef est un des éhefs-d'œuvre de l'architecture ogivale. L» flèche s'élève à 13 V mètres au-dessus du aoL

Cathédrale d'Arttlens (vue extérieure).

plus près du ciel, la voûte du temple et la prière des peuples. G^est alors que sont élevées ces montagnes de pierre ciselée à jour, ces cathédrales de Paris, de Rouen, d'Amiens, de Sens, de Chartres, de Reims, de Bourges, de Strasbourg et la Sainte-Chapelle de saint Louis, à Paris, qui remplacent l'architecture romane, lourde encore et massive, par desj temples où se montrent toutes les hardiesses de la pensée,

toute Télévation, toute la ferveur du sentiment religieux. U nouveau style, né au nord de la Loire, passe la Manche, h Rhin et les Alpes ; et des colonies d'artistes français vont le porter à Cantorbéry, à Utrecht, à Milan, jusqu'en Suède. Une statuaire grossière, mais naïve, décore les portails, les i galeries, les cloîtres, et la peinture sur verre a, pour pro-J duire de magiques effets dans les vitrages^ des secrets quai nous venons à peine de retrouver. Les peintres en miniature,! , 1- qui ornaient les missels et les livres d'heures, nous ont aussi î ;' laissé de délicieux chefs-d'œuvre *. j

L'Italien Cimabué, le maître de Giotto, commença dans ce j siècle, à Florence, la restauration de la peinture. Mais la mu- ( sique bégaye^ encore : c'est au quinzième siècle seulement ^ que les grands maîtres de la Flandre prépareront une révo> • lution dans cet art.

Ordres mendiants. -— Le treizième siècle vit une importante nouveauté dans l'Église, la création des ordres mendiants. Saint Benoît avait promulgué vers l'an 529 une règle monastique sous laquelle s'étaient successivement rangés tous les moines de TOccident ; cette règle imposait le travail des bras et celui de l'esprit. Les bénédictins associaient l'agriculture à la prédication, la copie des manuscrits à W

i. Le passage suivant montrera quel luxe le moyen âge mettait dans ses églises : < Suger appela des divers points du royaume des. ouvriers de toute espèce, maçons, menuisiers, peintres, forgerons, orfèvres et lapidaires, tous renommés par leur habileté dans leur art, et voulut qu'ils consacrassent le bois, la pierre, l'or, les diamants et toutes les autres matières précieuses à rehausser la gloire des saints martyrs et à rendre leur église neuve, vaste et brillante, de vieille, petite et obscure qo*ell« était autrefois.... Il enrichit, de plus, cette église d'un précieux et aboiH dant mobilier, c'est-à-dire de vases d'or et d'argent, de fioles d'onyx, dft sardoine, d'émeraude et de cristal^ d'étoffes de pourpre, de robes brodées d'or et d'habits entièrement de soie. A tout cela il ajouta des ouvrages en verre et en marbre, et grand nombre de vases sacrés. > (Le moine Giiiilaurae, Vie de Suger^ livre IL) — Il est fait mention dans un document de l'an 1052 de vitraux peints et regardés déjà à cette époque comme a ciens. On fait remonter l'origine de la peinture sur verre au règne de Charles le Chauve. Richer avait déjà parle, au dixième sièole, de fenêtres pemtes, diverêM continentibuê hiêtorias.

Cathédrale de Sens.

prière '. Des écoles étaient ordinairement annexées à leuh couvents et contribuèrent à sauver les lettres d^une rmi complète. Les divers ordres religieux qui furent ultérieurement créés restèrent plus ou moins fidèles à cette pensée, mais en gardèrent toujours l'empreinte. L'ordre des franciscains, institué en 1215 par saint François d'Assise, et celai des dominicains, fondé par l'Espagnol saint Dominique, ï Toulouse, en 1216, eurent un totit autre caractère. Les fraûciscains et les dominicains, soustraits à la juridiction det évoques, et milice dévouée au saint-siége, devaient vivw d'aumônes, ne posséder rien, courir le monde pour porlei l'Évangile partout où un clergé trop riche ne le portait plus,! au milieu des pauvres, dans les carrefours, sur les chemins.' L'influence de ces ardents prédicateurs sur le peuple, sm l'Église môme, fut immense. Les dominicains, qui avaieiri' reçu tout particulièrement la mission de convertir les héré* tiques, furent investis, en 1229, des fonctions inquisitorialesj mais le tribunal de l'inquisition, quoique né en'Franceàroo* casion des Albigeois, ne put heureusement s'y enraciner d s'y étendre, comme en Espagne et en Italie. Les dominicaine portèrent en France le nom de Jacobins, parce que leur pre^ mier couvent fut bâti dans la rue Saint-Jacques. L'ordre da franciscains ou frères mineurs donna naissance aux récoUet^ aux cordeliers, aux capucins. Duns Scot, la Docteur subtU, RaymôïïcTLulIé'ët Roger Bacon étaient franciscains; sainl Thomas, le Docteur universel, Albert le Grand étaient dominicains. Les carmes et les augustins sont du même siècle ei formèrent avec les précédents les quatre ordres mendiants. L'austérité, la piété exaltée de ces nouveaux moines, h science de quelques-uns de leurs docteurs, donnèrent d€ l'émulation aux anciens cénobites et au clergé séculier luimême ; la discipline ecclésiastique se raffermit. Mais, à la fin du siècle suivant, elle sera de nouveau et plus fortement ébranlée.

1. L'histoire extérieure des ordres monastiques peut se ramener anx points suivants : quatrième et cinquième siècles, fondation en France des

£ ramiers monastères; sixième siècle, création de l'ordre des bénédictins; uitième siècle, réforme de saint Benoit d'Aniane; dixième et onzième siècles, réforme de Cluny, Clteaux et Clainraux (saint Bernard) : treizième siècle, création des ordres mendiants ; seizième siècle , création des jésuites.

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