PRÉFACE. XV
nale y fit entrer la liberté et Tordre. La royauté ftivoriça ce mouyement hors de ses domaines, sur les terres des seigneurs, et les milices communales à leur tour secondèrent le roi dans ses guerres féodales. Elles suivirent l'oriflamme devant tous les châteaux que Louis VI voulut abattre et aidèrent Philippe Auguste à gagner notre première victoire nationale, celle de Bouvines.
Mais les communes visaient à une indépendance jalouse. Or l'indépendance des villes ne valait pas mieux que celle des châteaux ; la royauté les ruina toutes deux, car elle eût empêché la formation de la vie nationale. Mais, au lieu de restreindre ces libertés anarchiques, en les ramenant à des libertés compatibles avec l'ordre et l'unité de FËtat, la royauté les ruina absolument, et ainsi, prépara le vide qui plus tard se fit autour d'elle.
Cependant si les châteaux et les communes perdent, les simples villes de bourgeoisie et les campagnes gagnent. Les premières obtiennent des garanties pour leur industrie et leur commerce, pour la sûreté des biens et de la personne de leurs habitants ; les autres voient se relever encore la condition des populations rurales. Au douzième siècle, les serfs sont admis à témoigner en justice ; au treizième , les affranchissements se multiplient, car les seigneurs commencent à comprendre qu'ils gagneront à avoir sur leurs terres des hommes libres laborieux, plutôt que des serfs « qui négligent de travailler en disant qu'ils travaillent pour aultruy ; » au quatorzième, les campagnes s'organisent; les paroisses ecclésiastiques deviennent des communautés civiles; au quinzième enfin, elles arrivent, pour un moment, à la vie politique : les paysans prennent part, dans des assemblées primaires, à la nomination des députés aux états généraux de 1484. Bourgeois dépossédés de privilèges exclusifs et serfs affranchis se rencontrent donc à mi-chemin de la servitude à la liberté et s'y tendent la mail}.