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CHAPITRE XXXIII

EXPULSION DES ANGLAIS DE FRANCE ET GOUVERNEMENT DE CHARLES VU (1436-1461).

SItaatloB dn royanma. — Quelque temps après la reddition de Paris, Charles VII vint visiter sa capitale. Une maladie pestilentielle y régnait encore : il était mort à THÔtel-Dieu 5000 personnes, dans la ville 45 000, et la moitié, à ce qu^on assurait, de faim plutôt que de maladie. • Quand mort, dit le Bourgeois de Paris y se boutoit dans une maison, elle en emportoit Ja plus grande partie des gens, et spécialement des plus forts et des plus jeunes. » Les^ rues étaient si désertes, que^ les loups entraient dans la ville pour enlever des chiens ou. de petits enfants ; quatorze personnes furent / .

dévorées par eux dans une seule seiiiaine du mois de sep-yV^' ' 'tembre 1438. Toutefois, ce peuple qui a produit Etienne ^! Marcel et Jeanne d'Arc, qui, dans TuniverseÛe désorganisation, s^est habitué aux armes, aux affaires, devra désormais ^ être compté pour beaucoup, et on ne le comptait pour rien deux siècles auparavant.

Au-dessus de la bourgeoisie, on trouve les débris de TancieDne féodalité, singulièrement altérée par un siècle entier de guerre civile et de guerre étrangère. Le gouvernement, dont Faction avait été si longtemps 'suspendue, ne s'était pas plus occupé des armées que du reste ; il ne fournissait ni solde, ni vivres, ni munitions, il fallait que rhomm/e d'armes

vécût des profits de la guerre, aux dépens de Tennemi, s'il le pouvait, plus souvent aux dépens du pays ; sans frein^sans discipline ; ne connaissant d'autre souverain que' son capitaine, d'autre loi que sa volonté. Ceux qui portent les armes^ quels qu'ils soient, reçoivent les noms significatifs de hùuipilleurs, écorcheurs^ retondeurs. Leurs chefs, que nous devoDs honorer à certains égards, car ils ont été les défenseurs de la France contre l'étranger, Etienne de Vignoles, Jean de la Roche, Antoine de Ghabannes, Guillaume de Flavy, ce sont les plus cruels et les plus féroces des hommes, rudes à Tennemi, mais tout aussi rudes aux paysans et aux bourgeois, écorchant les uns comme les autres.

Quand la guerre produisait ces tristes résultats, ce n'était pas une armée seulement qu'elle corrompait, c'était toute une classe d'hommes, tout ce qui se disait gentilhomme et portait Tépée. Les mœurs des camps pénétraient dansies châteaux. On voyait un Jean de Luxembourg, pour mettre son neveu, le jeune comte de Saint-Pol, « en voie de guerre, i l'exercer à occire quatre-vingts prisonniers, « lequel y prenoit grand plaisir. » Le duc de Bretagûe fait mourir son frère; le duc de Gueldre, son père; le sire dé Giac, sa femme; la comtesse de Foix, sa sœur; le roi d'Aragon, son fils. Gilles de Retz enlève des enfants dans les campagnes etdâD9 les villes, pour les tuer à loisir, et faire des opérations ma-

' giques. Et cela dure pendant quatorze années. Dans une

' leur de sa forteresse de Chantocé on trouve une pleine tonne

d^ssements calcinés : c étaient les restes de quarante enfant.

On estima que cent quarante avaient été égorgés par cette

bête fauve.

Au-dessus de cette aristocratie féodale se place une aulre

" aristocratie, celle des princes, que la royauté a élevée de ses propres mains, en constituant de vastes apanages aux royaux de France, comme on appelait les fils, les frères, les parents du roi. De là ces puissantes maisons de Bourgogne, d'Orléans, d'Anjou, de Bourbon, qui joignaient à l'esprit d'indépendance de l'ancienne féodalité la fierté et les prétentions

. d'une origine royale et qui disaient par l'organe d'un de leurs membres : « J'aime tant le royaume de France, qu'au lieu d'un roi, je voudrais lui en voir six. t

Au milieu de la société française ainsi composée, se trouvait le roi de Bourges, devenu roi de Paris, sans que sa situation en parût beaucoup meilleure. Au douzième siècle,

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quand Louis VI cherchait à mettre un peu d^ordre dans le pays, les milices des communes accouraient auprès de lui avec la bannière de leur paroisse, sous la conduite-de leurs curés, et allaient prendre bravement le Puiset, Corbeil Ou la Ferté. De ce rapprochement du roi et du peuple étaient xésnltés la royauté et le royaume de Philippe le Bel. Au quinzième siècle, la royauté française se reconstitue de la même manière. Le peuple dans sa misère, le roi dans sa faiblesse, vont se rapprocher, s'entr'aider pour faire prévaloir les idées d'ordre et de justice, pour abaisser en commun cetle domination aristocratique qui fait obstacle à Tunité et à la prospérité du royaume. Le roi va donc redevenir le grand réformateur, et on peut employer ce mot en lui donnant sa sî^ification étymologique, le grand révolutionnaire du pays. C'était un r61e qu'il avait déjà rempli une fois et avec succès au temps de Philippe Auguste, de saint Louis et de Philippe le Bel.

Charles VII «n effet se montre, dans la seconde partie de son règne, un tout autre homme. « La belle Agnès, dit Brantôme, voyant le roi Charles VII mol et lâche, ne tenir compte de son royaume, lui dit un jour que, lorsqu'elle était encore jeune fille, un astrologue lui avait prédit qu'elle serait aimée et servie de Vnn de« plus vaillants et courageux rois de la chrétienté ; que, quand le roi lui fit cet honneur, de l'aimer, elle pensait que ce fût ce roi valeureux qui lui avait été prédît ; mais le voyant si mol, avec si peu de soin de ses affaires, elle voyait bien qu'elle s'était trompée et que ce roi si eoura^j-eux n'était pas lui, mais le roi d'Angleterre qui faisait de si belles armes et lui prenait tant de belles villes à sa barbe. < Donc, dit-elle au roi, je m'en vais le trou- ( ver, car c'est celui duquel entendait l'astrologue. » Ces paroles piquèrent si fort le cœur du roi qu'il se mit à pleurer, et de là en avant, prenant courage et quittant sa chasse et ses jardins, prit le frein aux dents; si bien que par son bonheur et sa vaillance, chassa les Anglais de son royaume. »

Par malheur pour cette anecdote populaire et pour les jolis vers qu'elle inspira à François I*', Agnès Sorel ne vint à la cour que longtemps après la levée du ciége d'Orléans*; et si des femmes exercèrent alors une heureuse influence

1. C'est & partir de 144% seulement que Ton trouye let premières preuves authentiques de la faveur d'Agnès Sorel; il n'est pas probable que cette faveur ait subsisté longtemps sans laisser de traces.

sur le roi, ce furent avec Jeanne d*Arc, Marie d^Anjou, sa femme, et surtout âa belle-mère Yolande, princesse d^une rare énergie. Nous perdons une tradition gracieuse, mais la morale se retrouve d'accord avec Thistoire.

Brantôme et François I*' étaient dans leur rôle et dans

leur caractère en attribuant à la dame de fieauté la conduite nouvelle du roi ; nous serons dans le n6tret^,j|^ montrant d^~^**^^ Charles VH^^^j jours très-lé mœurs*, maius.f les affaires ques, mûri parJ et Texpériene sages conseilk avaient tout sur lui : le mail r^irlillerie Je reau , ancien des comptes; Pi tier Jacques dont nous parlà^ plus loin; le secrô^ taire du roi Etienne Chevalier, qui contre-signa le plupart des grandes ordonnances de ce règne , le maître des requêtes, Guillaume Cousinot, si estimé du roi, que les Anglais, dont il fut le prisonnier, ayant fixé sa rançon à 20000 écus d*or, Charles accrut la taille de pareille somme pour le délivrer. C'étaient tous des roturiers; Agnès aussi n'était

Maison d'Agnès Sorel '.

1. La dan)e de Yilleqnier, qui succéda en 14S0 & Agnôs Sorel, eoDrertii sa charge en surintendance, comme la marquise de Pompadonr. {Danus galantt». discours vn.)

9. Cette maison se Toit à Orléans, roe du Tabourg, n« 1». Malgré la nom qn eue porte, son architaotore accoaa nna daU jKMteriaura.

qa*iine bourgeoise on du moins la fille d*un simple écnyer. Si nous trouvons quelques noms noble» dans le conseil do Charles VU, ils appartiennent à cette petite noblesse qui n'était rien sans Taide du roi : Pierre et Jean de Brézé, La Hire, PoUion de Xaintrailles, Chabannes, le comte de Dunois. Richemont faisait seul exception, mais le connétable était moins le ministre du roi que celui de la France. 11 avait fait aussi bonne guerre aux favoris de Charles VII qu'aux

Toiiil>eaa d'Agnes Sorel à Loches.

Anglais et par ses rapides exécutions mérité le surnom de justicier. Il avait fait noyer le sire de Giac; tué à coups i d'épée, sous les yeux du roi, Le Camus de Beaulieu ; blessé la Trémouille (1W2). ^-^ c ^

OrAoBBaBce d'Orléans (143 9) i taille per^étaéllr. — La réformation parut si urgente qu'on n'attendit pas même, pour l'opérer^ la fin de la guerre. Au mois d'octobre 1439, Charles convoqua, à Orléans, les états généraux de la Langue d'oïl, et leur demanda de coopérer avec lui à l'entreprise la plus difficile et la plus hardie, la réorganisation, dâ

rannée. Les états votèrent, pour la solde de la gendarmerie, 1 200 000 livres dont le roi fit une taille perpétuelle en continuant la levée sans un vote nouveau des états. Le 2 novembre, il rendit une ordonnance posant que, par le conseil des trois états, il s'était réservé le droit d'af^inter tous les capitaines de France, et de fixer le nombre de leurs soldats. U les prendra parmi ceux qui portent aujourd'hui ce titre; mais il interdit, sous peine de confiscation de corps et de biens, de s'attribuer le nom de capitaine ou de commander des gens dé guerre, si Ton n'est pas nommé à cet effet. Le capitaine choisira ses soldats, au nombre fixé par le roi ; mais il demeure responsable de leur conduite : il doit les empêcher, sous peine d'être puni lui-même par la perte de noblesse, de corps ou de biens, de piller ou de maltraiter les gens d'Église, les marchands, les laboureurs. Les soldats seront Boumis à la juridiction des b^llis et des prévôts; et les paysans ou bourgeois qui éprouveraient quelque violence de leur part sont autorisés à repousser la force par la force. Enfin chaque capitaine ira tenir garnison dans une place frontière désignée, et défense lui est faite de s'en éloigner sans ordre. Les barons qui ont des gens de guerre dans leurs châteaux, les maintiendront à leurs frais et seront aussi responsables des excès qu'ils commettraient. Il leur interdit de lever tailles et péages autres que ceux auxquels ils ont droit de toute antiquité , sous peine de confiscatioD desdites forteresses.

Cette ordonnance de 1439 était toute une révolution, car elle ramenait les forces militaires du royaume sous la main du roi. Aussi bien des intrigues se nouèrent. Les seigneurs et les écorcheurs déclarèrent que c'était là le renversement de tout ordre, qu'il fallait remplacer au plus tôt un tel prince par le dauphin Louis, son fils, un jeune homme de dik'-sept ans, qui montrait des talents précoces, disaient-ils ; ils ne soupçonnaient guère quels talents il devait montrer un joor!

lia pvagwcsrie* (1«4.0)9 séTérité à l'é|;ard A«s nolilet. — Impatient de régner, le dauphin se prêta volontiers à ces projets. Les ducs de Bourbon et d'Alençon, les comtés de Vendôme et de Dunois, les principaux chefs des écorcheurs, Antoine de Ghabannes, le bâtard de Bourbon, Jean Sanglier,

1. Depaifi quelques aonées, il n'éUit question en Europe que de la ré* ▼oite des hussites de Prague, eipraguerie était devenu synonyme d'in- ^urrecttoB.

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