‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 78 sur 103 · ET GOUVERNBMENT DB CHARLES VU · texte numérisé non relu

ET GOUVERNBMENT DB CHARLES VU

boissons, étaient de fait, permanents. Depuis Charies Yl Timpôt foncier de la taille, pour la solde des gens dVmes, devint perpétuel, c'est-à-dire qu'il continua d'être levé sans aucun vote des états. Mais en même temps le roi donna des garanties pour la bonne administration de la justice financière en déclarant souveraine la Cour des aides^ qui eut seule le droit d'interpréter les ordonnances relatives aux impôts et de juger en dernier ressort tous les procès civils et criminels qui pouvaient naître du faii des finances,

GrémtloB des parlement» de Voulouse (1448) el de Grenoble (1453). — En 14^2, le roi avait fait une expédition dans la Gascogne et le Languedoc ; il y avait pris quelques places, et, en se retirant, il y laissa, ce qui valait mieux qu'une armée, un parlement qu'il établit à Toulouse et dont le ressort comprit tout le Languedoc et le duché de Guyenne (U43). C'était un premier démembrement du par-^ lement de Paris demandé et préparé d'ailleurs depuis longtemps. Les justiciables du midi y gagnaient de n'avoir pas à aller chercher la justice si loin, et le nouveau parlement sera comme l'œil de la royauté toujours ouvert sur ces promces éloignées et remuantes. Le dauphin créa dans son apanage, en 1453, le parlement de Grenoble. A Paris, une ordonnance de 1446 avait prescrit qu'en cas de vacances dans le parlement, toutes les chambres assemblées désigneraient au choix du roi deux ou trois candidats '.

OrdoBnanee pour 1» rédaetlon des eoutume». •— On ne pouvait songer, au quinzième siècle, à soumettre tous les Français à une loi uniforme ; on pouvait au moins sortir du chaos des coutumes et de l'arbitraire d'une justice

1. Le parlement avait une double compétence : 1* il jugeait des cauaa ^péciaUty celles des pain de France et du domaine roval, les causes de ^çale et eeUes des personnes qui avaient obtenu par lettres dite« de corn- |mf<tmiM le droit d'être jugées par lui ; V il recevait les appelé de toutes les jaridictions inférieures, c'est-à-dire des tribunaux royaux, seigneu-^ n^û, ecclésiastiques et universitaires. En outre , il délibérait sur ui^e foole de matières administratives, et, sous prétexte d'interpréter les oroûananees, rendait des arrêts qui étaient de véritables actes législatifs. ^« ordonnances rojrales n'ayant force de loi qu'après avoir été enregistrées au parlement, il refusait souvent cet mregtttrementt et quelquefois » ainsi reculer la royauté. Enfin il exerça fréquemment le droit de faire des nmrmtraners non-seulement sur les ordonoances ordinaires, mais sur les traités avec les puis<iances étrangères, particulièrement sur les bulles do pape, ce qui le conduisit à exercer une haute surveillance sur tout le gOQTemement de l'Église de France. Ces diverses attributions donnèrent ^^ parlement de Paris une très-haute position dans l'État, et on le verra istervenir fréquemment dans les affaires publiques.

qui ne s'exerçait, surtout dans lô nord de la France, que d*après des lois non écrites. Charles VII pensa, et cette pensée l'honore, qu*il fallait que toutes les coutumes du royaume fussent écrites et « accordées par les praticiens de chaque pays, » puis examinées et autorisées par le grand conseil et par le parlement, afin qu'on ne s'écartât plus du texte qui aurait été ainsi officiellement arrêté. U fit commencer ce grand travail.

Prai^atiqae •anetion de lÈourgeë (1438] ; fin dn grand gchlsme d'Occident [1440).— Au neuvième siècle, PAngleterre avait été comme envahie par les prêtres italiens; au quinzième, c'était la France. En 1432, Charles, accusant les papes Martin V et Eugène IV de favoriser les Anglais et de donner des prélatures à des étrangers, avait ordonné que nul ne serait reçu aux bénéfices ecclésiastiques s'il n'était du royaume et afifectionné au roi. Six ans plus tard, il fit davantage ; il réunit le clergé de France dans la ville de Bourges, et présenta à son acceptation les déci*ets du concile de Bâle. Une ordonnance ou pragmatique^ rédigée d'après les résolutions de cette assemblée, reconnut l'autorité du concile général comme supérieure à celle du pape, rendit aux églises et aux abbayes le droit d'élire leurs chefs, interdit les annates, les^ réserves et les expectatives ', et n^admit la réception et la publication des bulles pontificales en France qu'après l'approbation du roi. Le grand schisme d'Occident prit fin sous ce règne, par la déclaration d'obédience des Pères du concile de Bâle à Nicolas V. Il avait duré soixante-dix ans, ébranlé l'Église, troublé les consciences et préparé la révolution religieuse qui éclata soixante-dix ans plus tard.

Reprise des hostilités avec les Angolais (1449). — Toutes ces réformes accomplies, Charles se trouva assez fort pour en finir avec les Anglais. Un certain François de Surienne, aventurier aragonais au service de l'Angleterre, ayant voulu prendre garnison dans une des villes normandes que possédaient les Anglais, fut partout repoussé. Les soldats, aux-

1. On Appelait anfMtes le revenu de la première année de tous les bénéfices ecclésiastiques payés, depuis Jean XXII, au saint-siège ^irles titulaires promus; réserves^ les nominations que le pape se réservait; e^'

Îtectitives^ les bénéfices gu'il conférait avant la mort du titulaire. Le pa^ ément estimait sous Louis XI que la cour de Rome tirait dé France chaque année un million de ducats pour les annates et grâces expectatives, et deux cent mille ducats pour dispenses, absolutions, etc.

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quels le gouTernement de Henri YI n'envoyait m solde, ni HTres, ni munitions, ne voulaient point partager avec cet étranger leurs ressources déjà Insuffisantes. L'Aragonais, trouvant toute porte close chez ses alliés, pourvut aux be* soins de sa compagnie comme le faisaient alors la plupart des chefs militaires. Il tomba, en pleine paix, sur une bonne et riche ville de Bretagne, Fougères, et la donna aux siens pour s*y dédommager de leur arriéré de solde.

GoB^oéte delà IVoriDttndte (1440).— Aussitôt le roi de France et le duc de Bretagne demandent au gouverneur anglais de la Normandie des réparations, des indemnités, dé l'argent surtout, 1 600 000 écus pour les dommages. C'était lui demander Timpossible. Les indemnités n'arrivant pas, les Français se mettent à les prendre eux-mêmes : Pont-de- TArche, Gerberoy, Verneuil. Dunois entre dans la province avec une bonne armée à laquelle Bourguignons et Bretons viennent se joindre volontairement. Les villes de Pont- Audemer, Lisieux, Mantes, Vemon, Ëvreux, Louviers, Saint- L6, Coutances, Valognes, sont prises ou livrées, sans coup férir, par les bourgeois.

L'Angleterre préludait alors à la guerre des deux Roses, qui devait la couvrir pendant trente années de sang et de ruines. Le Parlement n'osant encore faire le procès au roi, le faisait à son ministre, le duc de Snffolk, et s'inquiétait peu de la Normandie, car des revers en Normandie étaient de nouveaux et victorieux arguments contre l'accusé. Le gouverneur, Somerset, au lieu de concentrer ses forces, les éparpilla en vingt garnisons ; puis il envoya des négociateurs ; mais, ne sachant paa mieux traiter que combattre, il oublia de leur donner des pouvoirs. L'ordre, l'habileté, tout ^^ qui avait fait jusqu'alors leurs succès, se trouvaient main-1 tenant du côté des Français : la victoire y passa. Le 18 octobre 1449, Ils parurent sous les murs de Rouen,

En un moment, toute la bourgeoisie rouennaise fut armée, roais armée contre les Anglais, qui se réfugièrent dans lef 'i^âteau. Somerset y était, et le vieux Talbot, et quantité de lords, d'officiers, de soldats ; néanmoins il fallut reconnaître qu'il était impossible de résister à la fois à la population et à l'armée française. On traita, mais à quelles conditions ! Livrer au roi de France, avec Rouen, Caudebec, ^'ûlequier, Lillebonne, Tancarville, Ronfleur, c'est-àr-dire ^ut le cours inférieur de la Seine; et pour garantie de ceir

conditions, donner en otage le fameux Talbot lui-même, TAchille anglais.

Bataille de Foarmlfniy (14150). — Le gouverneur de Honfleur rçfusa de reconnaître cette capitulation. On lui prit sa place en plein hiver (décembre 1^49); Harfleur eut le môme sort. L'Angleterre, pou*}sée à bout, envoya un chevalier de grand renom, Thomas Kyriel, avec 6000 hoomies. C'était son dernier effort. Débarqué à Cherbourg, Kyriel diercha à rejoindre le duc de Somerset à Bayeux, en prenant par le littoral; les Français le suivirent, et, le 15 avril IdôO, près du village de Fourmigny, le connétable de Richemont d'un côté, le comte de Clermont de l'autre, l'attaquèrent vivement. Les soldats de Kyriel se battirent bien, mais furent vaincus et laissèrent iOOO hommes sur la place. Ce petit nombre sufût à faire oubliei: aux Français les 30 000 morts de Crécy, les 12000 captifs de Poitiers et d'Azincourt. Vire, Bayeux, Avranches, Caen, Domfront, Falaise tombèrent au ' pouvoir de Charles.

La nombreuse garnison de Cherbourg comptait bien n'avoir rien à craindre, grâce à la force de la place, et surtout au voisinage de la mer. C'est par là qu'elle fut prise. Les canonniers français établirent sept batteries dans la mer mêioe. Quand la marée montait, ils quittaient leurs canons bien ancrés sur la grève, et fermés par des peaux graissées; quand la mer était basse, ils revenaient servir leurs pièces. C'étaient les Anglais qui, les premiers, avaient tourné coa' tre nous, à Crécy et à Azincourt, cette arme terrible de Tartillerie : les Français maintenant la maniaient mieux qu'eux. Cherbourg se rendit, et toute la Normandie se trouva conquise en une année. Mais aussi l'armée française était, chose toute nouvelle, disciplinée et docile ; elle vivait de sa paye et non plus de pillage: -^

i Conquête de la Guyenne et de Bordeaux ( 1 45 1). —Un ^«Qois après, Dunois, Xaintrailles, Chabannes, les deux frères ^iean et Gaspard Bureau, quidirigeaient si bien l'artillerie firançaise , et avec eux 20000 soldats, marchaient contre la Guyenne. Bourg-sur-Gironde, Blaye, Castillon, Libourne, Saint-Émilion, les filleules de Bordeaux, et que les Anglais avaient comme cette ville comblées de privilèges, furent emportées sansdifSculte. Les bourgeois de Bordeaux', si affectionnnés à l'Angleterre qui achetait leurs vins, tentèrent une sortie, s'enfuirent du plus loin qu'ils aperçurent l'ennemi, et entrèrent comme

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les antres en négociations. Les Français accordèrent à pea près toutes qn^onleur demanda. On était au 5 juin 1451; la , capitulation fut arrêtée pour le 23. Ce jour-là, le héraut ^ d'armes de la ville appela à haute voix secours de ceux d'An- ^ gleterre pour ceux de Bordeaux, et personne n'ayant répond(^ |j il ouvrit les portes aux Français. | ^

Ezpédltlom «nirlalM en fiiiyeiiiie (14JI8].'Quelquler doux que fussent les vainqueurs, la grande ville regretta bientôt cette domination anglaise si éloignée qu'elle l'avait à peine sentie. Maintenant il fallait payer les impôts, fournir des soldats, le port était désert, les magasins s^encombraient de tonnes invendues. Qu'une armée anglaise paraiss», si petite qu'elle soit, et Bordeaux se rejettera dans les bras de l'Angleterre. Cette armée se montra.

Le gouvernement de Henri Vï, ou, pour mieux dire, le gouvernement de Marguerite d'Anjou, avait besoin d'un grand succès au dehors pour se réhabiliter à l'intérieur. Un général de quatre-vingts ans, Talbot, fut chargé de ramener la Guyenne sous la domination anglaise. Les premiers pas furent faciles. Les habitants de Bordeaux introduisirent euxmêmes les Anglais dans leur ville le 22 septembre U52 ; presque tout le pays suivit cet exemple,, et le roi de France eut à en recommencer la conquête.

Bataille de Gaatlllon (1453)| fin de la |r««no d« Centaaa. — Dès le printemps de 1453, ses troupes filèrent vers la Guyenne ; le 14 juillet, elles mettaient le siège devant Castillon. Les frères Bureau tracent un parc d'artillerie, l'entourent de fossés, placent leurs canons, et commencent à battre les murs. Talbot accourt ; cependant, avant d'attaquer, il veut entendre la messe. Son chapelain commençait, quand on vient lui dire que les ennemis s'enfuient. « Jamais je n'ounrai messe, s'écrie-t-il, ou aujourd'hui j'aurai rué bas la compagnie des Français.» Et il donne l'ordre d'avancer. Un de ses gentilshommes lui représente que les Français, loin de fuir, sont si bien fortifiés, qu'il y a tout à craindre en les attaquant. Talbot s'emporte, frappe au visage le messager de malheur, et continue d'avancer en vrai paladin du moyen âge, à cheval, son étendard à la main, couvert d'un vêtement de velours rouge qui le signale de loin aux coups. Le temps des belles apertises d'armes était à jamais passé, et les canons desfràres Bureau frappaient brutalement les plus chevalereux personnages, tout comme les simples soldats. Leur ^

première déohm^ abatUt des files entières. Talbot avance toujours ; une seconde le renverse lui-méoie.-Aiors les Français ouvrent leurs barrières et tombent sur les Anglais éperdus auxquels ils tuent ^000 hommes.

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