Canon à botte du 14« siècle. «. Canon d'une seule plècci
Le surlendemain, Castillon se rendit, puis Saint-ÉmiKon, puis Libourne, puis Cadillac, puis Blanquefort. L'armée royale se resserrait autour de Bordeaux ; les francs archers couraient le pays ; les vaisseaux prêtés au roi par la Bochelle ^ la Bretagne bloquaient Pembouchùre de la Gironde. Bor-
ET aOUVERNEMENT DB CHARLES VIU &19
deaux> menacé de maocpxer.de vivres, envoya des députés à Charles VIL En leur présence, Jean Bureau alla dire au roi: «Sire, je viens de visiter tous les alentours pour choisir les places («ropres aux batteries ; si tel est votre bon plaisir, je vous promets sur ma vie qu'en peu de jours j'aurai démoli la ville. » Les envoyés comprirent qu'il fallait accepter cette fois les conditions que le roi voudrait bien leur, faire. Il ôta à Bordeaux ses privilèges, exigea une contribution de lOOOOO écus, et ordonna le bannissement avec la confiscation des biens, de vingt coupables, enfin la construction de deux ci* tadeUes pour répondre à l'avenir de la fidélité de la ville. Le sire de l'Ësparre, qui avait appelé les Anglais, en promettant de soulever toute la noblesse de la province, eut la tète tranchée.
Le 19 octobre U53, Charles VII entra triomphalement à Bordeaux ; la guerre de Cent ans était finie ; les Anglais ne possédaient plus en France que Calais, et deux petites villes voisines.
Prise de Constantlnople (1458)i le vont d« Fallait. — Un grand événement s'accomplissait en ce moment à Vautre bout de l'Europe. L'ancien empire des comtes de Flandre, le dernier débris de l'empire romain, la dernière barrière contre l'invasion , Constantinople était tombée, et Mahomet II lançait sa rapide cavalerie jusque dans la Hongrie, jusque dans le Frioul; il avait juré de faire manger Vavoine à%on cheval dans Rome même sur l'autel de Saint- Pierre. Les Italiens tremblants , l'Allemagne effrayée imploraient une croisade, et tous les yeux, toutes les espérances, se tournaient vers la France, qui trois siècles et demi plus tôt s'était levée tout entière pour venger les souffrances de quelques-uns dé ses pèlerins. Mais les temps étaient bien changés. La France à peine tirée de l'abîme, brisée encore, épuisée de sang, ne songeait qu'à guérir ses blessures. Un prince cependant pouvait répondre au pressant appel du saintr^ère, celui qui avait si soigneusement écarté la guerre de ses provinces, qui s'était accru de nos pertes, fortifié de nos maJheurs, qui avait richesses et puissance, le grand-duc d'Occident, comme on appelait le duc de Bourgogne. A sa cour s'était réfugié tout ce qui restait de chevalerie en Europe. Là on parlait de tournois et de pas d'armes, à- se croire revenu au temps des Amadis et des Roland ; et afin qu'on n'en doutât point, Philippe le Bon avait fondé l'ordre de la
Toison d*Or, au milieu des fêtes les plus magnifiques. La croisade offrait à ces nouveaux chevaliers une belle occasion de s'escrimer vaillamment, une guerre féodale, chevaleresque par excellence, une guerre contre le Turc.
Dans le moyen âge, on aurait pris la cendre et l6*^ on aurait jeûné et prié, puis on serait parti, plein d'« siasme, pour Constantinople ou Nicée, pour Ântiûche 0Q Jérusalem. A la cour de Bourgogne, en Tan 1454, on procéda autrement : au lieu d'un jeûne public, ce fut un banquet colossal, qui aurait absorbé toute une année des revenàs du roi de France.
< A heure convenable, les chevaliers se trouvèrent en noe salle en laquelle monseigneur de Bourgogne avoit fait |iréparer un très-riche banquet, et là vint mondit seignem^, accompagné de princes et de chevaliers, dames et damoiseUes, et ils se prirent à regarder les entremets qui édifiés y étoient. En cette salle avoit trois tables couvertes Tune moyenne, l'autre grande, et l'autre petite ; et sur la moyenne avoit une église, croisée, verrée et faite de gente façon, où il y avoit une cloche sonnante et quatre chantres.. . Un autre entremets y avoit : une caraque (navire) ancrée, garnie de toute marchandise et de personnages de mariniers, et ne me semble point qu'en la plus grande caraque du monde ait plus d'ouvrage ni de manières de cordes et de voiles qu'il y en avoit dans celle-ci.
c La seconde table, qui étoit la plus longue, avmt premièrement un pâté dedans lequel avoit vingt>-six personnages vifs, jouant de divers instruments, chacun quand leur tour venoit. Le second entremets de cette table étoit un château à la façon de Lusignan : et sur ce château, au plus haut de la maîtresse tour, étoit Mélusine en forme de serpent; et par deux des moindres tours de ce châteaih, sallloit quand on vouloit, eau d'orange, qui tomboit es fossés. Le tiers étoit un moulin à vent.... Le quart un tonneau mis dans un vignoble. ... Le cinquième était un désert auquel avoit un tigre merveilleusement fait, lequel tigre se combattait à rencontre d'un grand serpent. Le sixième étoit un homme sauvage monté sur un chameau. Le septième étoit le personnage d'un homme qui d'une perche battait un buisson plein de petits oiseaux.... Le huitième était un fol monté sur ours.... Le neuvième étoit un lac environné de plusieurs villes et châteaux, auquel lac avoit une nef à voile levée, toujours vo-
^aant par Teau du lac, étoit cette nef gentement façonnée et bien garnie de choses appartenant à un navire....
f Or, pour deviser la manière du service et des viandes, ce seroit merveilleuse chose à raconter, et aussi j'avois tant
62e EXPULSION DBS ANGLAIS DE FRANGE
autre part à regarder que deriser au vrai n^en saurois : mais de tant me souvient que chacun plat fut fourni dé quarantehuit manières de mets, et étoient les plats du rôt chariots étoffés d-or et d'azur....
c Par la porte où tous les entremets étaient passés et entrés vint un géant, plus grand, saps nul artifice, que je visoncques, d'un grand pied, vêtu d'une robe longue de soiei verte rayée en plusieurs lieux : et sur sa tête avoit une tresque à la guise des Sarrasins de Grenade ; et en sa main ' senestre tenait une grosse et grande, guisarde à la vieille façon ; et à la dextre menoit un éléphant couvert de soie, sur lequel avoit un château où se tenoit une dame en manière de religieuse, vôtue d'une robe de satin blanc : et par-dessus avoit un manteau de drap noir, et la tête affublée d'un blanc couvre-chef à la guise de Bourgogne ou de recluse : et sitôt qu'elle entra en la sale et qu'elle vit la noble compagnie qui étoit, lors, comme nécessaireinent embesog née, elle dit au géant qui la menoit :
« Géant, je veuil cy arrêter, Car je vois noble compagnie, A laquelle il me faut parler.
Géant, je veuil cy arrêter, Dire leur veuil et remontrer Chose qui doit être bien ouîe. »
Cette femme, c'était la sainte Église venant inaplorer le secours de la chevalerie bourguignonne. Elle débite aux assistants une très-longue et très-peu poétique complainte. Douze vertus représentées par douze dames en font autant. Alors le roi d'armes. Toison d'or, entre, tenant à la main un faisan très-richement orné d'un collier d'or, de perles et de pierreries, et le duc Philippe le Bon fait vœu, premièrement à Dieu et à la Vierge, et après aux dames et au faisan, d'aller combattre le Turc. Tous les assistants l'imitent et renchérissent les uns sur les autres : l'un ne s'arrêtera pas qu'il n'ait pris le Grand Turc mort ou vif, l'autre ne portera plus d'armure au bras droit; celui-ci jure de ne plus se mettre à table les mardis, celui-là de ne pas revenir avant d'avoir jeté un Turc les jambes en l'air. (Olivier de la Marche, t. Il, p. 167.)
Que l'on se garde bien de prendre toutes ces extravagances nour de l'enthousiasme. Au plus fort de leur ajrdeur clieva*
[eresque et même après le somptueux banquet que T^enl de leur donner le duc de Bourgogne, les croisés du quinzième siècle conservent leur sang-froid : chacun d'eux a soigneusement stipulé, en écrivant son vœu, tous les cas d'empêchement qui pourraient lui survenir ; et d'ailleurs, fût-il parfai tement libre, son vœu reste toujours subordonné à l'exécution de celui de monseigneur le duc de Bourgogne. Or monseigneur le duc de Bourgogne a juré qu'il marcherait à la défense de la foi chrétienne, mais seulement* pourvu que ce soit du bon plaisir et congé de monseigneur le roi, et que les pays que Dieu m'a commis à gouverner soient en paix et ^^ sûreté, i En vertu de cette prudente restriction, le duc de \ Bourgogne ne partit pas^ personne ne partit, personne n'avart V jamais sérieusement songé à partir. \y
Monvelle» liitrigaes féodales. — Ce qui préoccupait beaucoup plus que les progrès du Turc cette féodalité mensongère, c'étaient les progrès de la royauté française, de cette royauté qui, au lieu de tournois et de festins, faisait des lois, organisait ses finances, réformait ses armées, chassait les Anglais et se mettait en mesure de se faire craindre et par conséquent de se faire obéir. On a vu (p. 508) que la défiance était entrée de bonne heure dans l'esprit du duc de Bourgogne, presque aussitôt après le traité d'Arras. Sans rompre avec le roi de France, il se faisait l'appui de tous les mécontents; il cherchait à se rattacher les chefs de toutes les grandes familles duroy^iume. Un d'eux, le duc d'AIençon, allait déjà jusqu'à promettre d'ouvrir ses villes aux Anglais, s^îls voulaient recommencer quelque entreprise. Le roi le fît arrêter par Dunois (1456) ; on lui fît son procès, on le condamna à mort, tout prince du sang qu'il était, et il n'échappa au supplice que pour garder prison perpétuelle. Un autre, Jean d'Armagnac, publiquement incestueux et bigame, intriguait avec les Anglais. Une armée royale saisit son comté, et le parlement le condamna au bannissement (1455).
Fnite du dauphin, chez le duc de Bonrf^og^ne (14S6). —Un plus dangereux ennemi était l'héritier même du trône, ce dauphin Louis qui s'était fait, à dix-sept ans, le chef d'un grand complot aristocratique contre son • père. Charles, pour occuper cet esprit remuant, l'envoya dans le Dauphiné, son apanage. Là, il put, comme dit le chroniqueur Chastelain , « subtilier jour et nuit diverses .
pensées, aviser soudainement maintes étrangetés. » Il gubtûia tant, quUl bouleversa le pays, opérant sans doute beaucoup d^améliorations, mais bien souvent aussi changeant pour changer; prodiguant les titres de noblesse au point de rendre proverbiales ces expressions, noblesse du dauphin Louis; épousant, malgré son père, Charlotte de Savoie et intriguant avec tout le monde, avec les ministres du roi et avec ses ennemis, avec le duc d'Alençon, avec le duc de Bourgogne, essayant de le faire avec Targentier Jacques Cœur, et réunissant de préférence autour de lui tous ceux qui étaient odieux à Charles VII : aussi dangereux, en un mot, en Dauphiné qu'il Pavait été en France,
Le gouvernement de Charles VII déploya en cette occasion toute la vigueur qu'il savait montrer depuis quelque temps. L'ancien chef d'écorcheurs, Antoine de Chabannes, s'avança avec un corps de troupes sur la frontière du Dauphiné, tandis que le roi lui-même se rendait avec une armée à Lyon. Déconcerté par cette promptitude, le dauphin écrivit respectueusement à Charles VU qu'étant, avec l'autorisation de son seigneur et père, gonfalonier delà sainte Église romaine, il n'avait pu se dispenser d'obtempérer à la requête du pape et de se joindre à son bel oncle de Bourgogne, qui allait marcher contre les Turcs pour la défense de la foi catholique. Cela fait, il monta à cheval avec six des siens, et galopa jusqu'en Franche-Comté, d'où il alla demander asile au duc de Bourgogne. A la nouvelle de la bonne réception faite au fugitif par Philippe le Bon, Charles VU dit : « Il a reçu chez lui un renard qui mangera ses poules, t
Le renard se montrait du moins on ne peut plus humble et modeste. Il se donnait pour une victime. Il racontait toutes les misères qu'il avait endurées, d'une façon si lamentable, que le duc pleurait, la duchesse pleurait, et tout le monde avec eux, sauf peut-être le comte de Charolais. Ses hôtes lui prodiguaient les honneurs, l'argent; ils se mettaient à son entière disposition ; ils ne lui refusaient qu'une seule chose, à savoir de lui prêter une armée pour faire la guerre à son père. Ce n'était pas que la bonne volonté leur manquât; mais -4e duc, déjà bien vieux, voulait achever tranquillement sa vie. Une guerre contre la France aurait tout troublé. Il aurait fallu grossir les taxes, ce qui eût provoqué peut-être des rébellions dans les terribles communes de Flandre si promptes à sUnsurger ; il aurait fallu abdiquer, pour ainsi dire, en
ET GOUVRaNEMENT DE CHARLES VII. 5t5
remettant la conduite des arméds à ce jeune comte de Gharolais, qui yiyait presque aussi mal arec son pèrs que le daupbia Louis avec Gbarles VII. Et qui sait ce que seraient devenues, dans une lulte prolongée, les possessions bourgui* ^nonnes si étrangement composées de territoires français et de territoires flamands, de provinces communales et de pro* yinces féodales? Pour toutes ces raisons, le duc de Bour* gogne, d'ailleurs un pacifique, redoutait la guerre.
M«ri de Charles VII (1401). — A la cour de France cependant on était inquiet. Louis, de sa retraite de Gennep intriguait dans tout le royaume, écrivait à son père les lettres les plus soumises, mais en réalité avec la prétention d'éloigner de lui ses ministres, et de lui en donner d'autres de sa main. Charles VU avait songé un moment à transférer la couronne à son second fils, et avait même consulté le pape Pie II à ce sujet, mais dans la plus profond secret ; car on disait déjà que ceux qui déplaisaient au dauphin Louis ne vivaient guère; témoin Agnès Sorel et la dauphine, la spirituelle Marguerite d'Ecosse, qui était morte à vingt ans en éisant : c Fi de la vie! qu'on ne m'en parle plus! > C'était une calomnie; mais Charles croyait. son fils capable de tout, et redoutait pour lui-même un vilain cas, comme il disait, c'est-à-dire un empoisonnement. Il était affaibli par des désordres qui n'avaient point cessé avec l'âge mûr. Un abcès lui survint dans la bouche, mais incurable, qui le fit cruellement souffrir. Dans l'égarement du délire, mêlé aux appréhensions qu'il avait conçues, il refusa toute nourriture, ou plutôt par la nature de son mal ne put en prendre, et mourut le 22 juillet 1461.
Jacqaee Cœnr — Deux grands actes d'ingratitude et d'iniquité pèsent sur la mémoire de ce prince : le lâche abandon de Jeanne d'Arc aux Anglais et la condamnation de Jac* ques Cœur. Ce grand citoyen avait d'abord été mercier. Des voyages en Italie et dans le Levant lui avaient révélé le secret de la fortune des cités commerçantes d'Italie. Il était allé comme elles chercher en Syrie, en Egypte, les denrées de VOrient, et de nombreux vaisseaux sillonnaient pour son compte la Méditerranée. Appelé par Charles VII, qui le connut à Bourges, à la charge d'argentier royal, c'est-à-dire administrateur des revenus du domaine, il fut associé pen-^ dant douze années aux plus importantes affaires du gouvernement, il porta dans le conseil du roi, dans le maniement
EXPmSÊOH DES ANGLAIS Dfi PilANCB
de «es deniers, son esprit lucide et sa prabitô sévère. La guerre deyenait de plus en plus coûteuse ; il sut préparer toujours à temps les ressources nécessaires, puisant dans ses coffires quand il n'y avait rien dans ceux du roi. C'est ainsi qu'il prêta à Charles Vil l'argent qui servit à reconquérir la Normandie, 200 000 écus d'ôr (2^ millions de francs). « Sire, ce que j'ai est vôtre, » disait-il au roi. Los courtisans le prirent au mot ; à la suite d'un odieux procès qu'on lui intenta, ils se partagèrent ses dépouilles et le firent enfermer
D LAJtt^Eiaj .. - -.
MaisQn de Jac(|ue8 Co^uri,
dans un couvent de Beaucaire. Mais ses anciens commis^^ réunirent pour l'en tirer de force et le conduisirent à Rome où il fut reçu du pape avec de grands honneurs (1455). Il mourut l'année suivante, à Chio, d'une blessure reçue dans un combat contre les Turcs. On peut admirer encore à Bourges l'hôtel qu'il s'était bâti, le plus curieux monument de l'architecture civile du quinzième siècle. Jacques Cœur avait non-seulement ouvert une route nouvelle au commerce français, mais établi des relations entre la France et les pnnces musulmans. £n 1447, le sultan d'Egypte envoya au roi une
1. Ce charmant édifice sert aujourd'hai de palais de justice. Od y lit 11 divise de l'argentier : A grand cantr rien éPimpotsibU*
BT GOUVBEItEMBMT UR GHÀRIiES VU.
ambassade^XiQ aouvenir de ces relaticms se retrouyera sous François I*'.
Un autre financier, Jean de Xaincoings, receyeur général du royaume, avait été condamné Tannée précédente à la pii* son et confiscation de tous ses biens, « pour avoir pris gran* des et excessives sommes des deniers du roi.» Le magnifique hôtel qu'il s'était fait bâtir à Tours fut donné par.Gharles Vil à Danois.
On n'assurerait pas qu'il fût plus coupable que Jacques Cœur. L'aristocratie
iJSodale n'estimant que
m^ gains qui se font
wec l'épée, aimait à
; fil venger de l'habileté plus grande des gens
L d'affaires et de leurs rapides fortunes, qui n'étaient pas toujours scrupuleusement acquises. Semblançay, au siècle suivant , éprouvera le sort d'Enguerrand de Marigny ; Fouquet, au dix - septième siècle , celui de Xaincoings;
I et longtemps encore les financiers, négociants et industriels auront à subir les dédains des grands avant de prendre leur place.
Alain Chartier. -^ La bataille d^Azincourt avait valu à la France un poète gracieux, le duc Charles d'Orléans, qui chatma son long exil en Angleterre en cultivant la poésie ; mais, chose étrange, dans ces vers mélodieux du prince exilé il n'y a pas un souvenir de la France, pas un mot pour ftes malheurs. Les misères du pays, qui devaient pénétrer si
Maison de Xaincoings, à Tonrs*.
1. Cette maison est appelée a^jourd1lai l'hôtel Oonin; elle est depoift
S las d'un siècle dans la famille de ce nom. L'élégance de ses sculptures, e ses formes, la grâce exquise des détaUs montrent qu'elle n'a été acbe- Tée qu'au temps* de François !•'.
avant dans le cœur de Jeanne d^Arc, émurent Pâme patrioli* que d^un jeune poëte normand, Alain Ghartier : c O hommes^ faitril dire par la France elle-même à ses enfants, dans sot Quadriliige, hommes fourvoyés du chemin de bonne connoi9sance, féminins de courage et de mœurs, lointains de verte, forlignez de la constance de vos pères, qui, pour délicieusement vivre, choisissez à mourir sans honneur ! Quelle mu* sardieou chétiveté vous tient les mains ployées et les TolontéS abattues?» Il y a de la véritable éloquence dans ce langage élevé et fier; et si Alain Ghartier avait toujours ainsi parlé} nous nous étonnerions moins du"surnom qui lui fut donné ds Père de Véloquence française* et d^un hommage plus naïf «t plus précieux qu'il reçut, c Un jour, raconte Etienne Pasquier, Marguerite d'Ecosse, femme du dauphin Louis, qui fiil plus tard Louis XI, passant avec une grande suite de dames et de seigneurs dans une salle où il étoit endormi, l'alla baiser en la bouche, chose dont s'étant quelques-uns émerveillés, parce que, pour vrai dire, nature avoit enchâssé en lui un bel esprit dans un corps de mauvaise grâce, cette dame leur dit qu'ils ne dévoient s'étonner de ce mystère, d'autant qu'elle n'entendoit avoir baisé l'homme, ains la bouche de laquelle étoient issus tant de mots dorés. »
Fin du moyen à^e». — Le règne de Gharles VII ferma pour notre pays le moyen âge et ouvrit les temps modernes. Dans les siècles précédents rien de considérable, si l'oD excepte la querelle des investitures et la Grande Gharte anglaise, ne s'était fait hors de la France ou sans elle. L'Allemagne avait eu la querelle du Sacerdoce et de l'Empire; mais c'est en France que s'était joué le dernier acte de ce grand drame, entre Philippe le Bel et Boni face VIII. Elle avait la première précisé le régime féodal, commencé les croisades, enfanté la chevalerie, la scolastique, la grande architecture ogivale et constitué la bourgeoisie. Avec Ghar-
1. Etienne Pasquier l'appelle un autre Sénèque romain ; OEwom èhùi' sies cTElienne Pasquier, par L. Feugères, t. I, p. xcii.
2. Faits divers. — Lorsque Charles VII était rentré à Paris, U n'avait pas voulu fixer sa résidence dans l'hôtel Saint-Pol, où son père avait si tristement vécu. Il s'installa aux Tournelles, dont il fit un déhcieox séjour et où ses successeurs habitèrent jusqu'à François II, qui se fixa au Louvre. — En 1429, institution par le duc de Bourgogne de l'ordre de la Toisoo d'or. De 1488 à 1440 , Gutenberg fait à Strasbourg ses premiers essais d'imprimerie. La plus ancienne gravure sur bois connue est de I42î, et
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les Vil elle Tient de retourner au système ronain dés armée« et des taxes permanentes; avec Louis XI, elle achèvera de détruire Paristocratie. Ost donc Tidée, romaine aussi, de la puissance absolge des rois qu*elle reprend et qu^elle va réaliser. Les autres Étals de TEurope la suivront dans cette ▼oie nouvelle ; mais, comme elle les y précède et les y guide, elle en aura la première tous les profits; et, de même qu*elle a exercé en Europe la prépondérance dans Tépoque féodale, elle Texercera dans Tépoque monarchique.
Toutefois, avant d^entrer dans Thistoire des temps mor dernes, c*est-à-dire dans Tépoque où Tidée des fiefs, des communes, des provinces, s'efface devant Pidée nouvelle de rÉtat, et le privilège devant Tégalité, d'abord dans Tobéissauce, plus tard dans la liberté, remarquons bien que ce moyen âge qui subit tant de misères et porta tant de dou« leurs eut souvent des sentiments de forte indépendance que Tépoque nouvelle n'allait plus connaître. Celle-ci aura plus d'ordre et de bien-être. Aura-t-elle, pendant trois siècles, plus de vraie dignité que l'autre n'en avait eu dans quelquesuns de ses châteaux et dans certaines de ses cités? ^