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Michelet, t. VI, p

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rAIlemagne impuissante, grâceàsonanarchique constitution; ritalie n'était plus, depuis bien des siècles, formidable à personne.

Mais si Louis XI était sûr de ne pas rencontrer de grands embarras au dehors, Tintérieur lui en offrait beaucoup. La féodalité disposait encore de forces considérables. Elle avait à sa tête une aristocratie de princes apanages , de parents plus ou moins éloignés de nos rois, puissantes familles, riches de leurs vastes domaines, fières de leur origine, redoutables par ]eurs prétentions à une royale indépendance. C'était comme autant de petits États placés sur les flancs et au centre du royaume : maison de Bretagne, avec ses vieilles traditions de liberté et ses relations trop amicales avec rAn<gleterre; maison de Bourbon y maîtresse de cinq ou six grandes provinces au cœur de la France (Bourbonnais, Auvergne, Forez, Beaujolais, Dombes, Roannais, Montpensier, Vendôme, etc.); maison d'Anjou (Anjou, Maine, Provence), affaiblie, fort heureusement, par la dispersion de ses do* maines et par son ambition qui n'embrassait rien moins que TEspagne, la Sicile, Fltalie et Jérusalem ; maison d'Orléans, tenant Paris bloqué,. pour ainsi dire, entre ses possessions de Dreux, Ham, Coucy, la Fère, Crespy, Verberie, Orléans ; maisops d'Aknçon (Alençon et le Perche) et d'Artois (comté d'Eu) ; enfin maison de Bourgocjne, avec ses appartenances et dépendances, comté et duché de Bourgogne, comtés de Réthel et de Nevers, Artois, Flandre, Hainaut, Brabant, Hollande, Zélande, Frise, et les comtés de Mâcon et d'Auxerre, et les villes de la Somme, Saint^Quentin, Amiens, Abbeville, Saint* Valéry, et les châtellenies de Roye, Péronne et Montdidier, et l'exemption de tout hommage, ressort et souveraineté coi^ cédée par le traité d*Arras.

Puis venaient la maison de Pentkièvrey avec Limoges et le Périgord; les maisons de Fow, û'Armagnàc et d'Albret, qui tenaient presque tout le pays au sud de la Garonne jusqu*aux Pyrénées ; les la TrémoiUej dans le Poitou ; les Saint-PoL dans la Picardie; les Montnwreney, les Laval, les la Tour, les(7/ermont^Tonnerre; la maison de Châlon, souveraine à Neufchâtel, en Suisse, et à Orange, etc.

Béf ormes précipitées i mécontentement du peuple, de l'Université et du j^arlemcnt. — Ce qui rendait cette féodalité encore plus redoutable, c'est qu^elle avait le sentimept d^$| ^^qgers qu'çUo courait. % Le roi notre seigneur est

mort, ayaitditle comte de Dunois au moment où Charles YII expira, que ehacun cherche à se pourvoir. > Les nobles ne désespéraient pas encore de faire reculer la royauté jusque vers le temps des premiers Capétiens. Louis XI, par des réformes précipitées, leur donna d'abord une foule d*alliés. H destitua la plupart des officiers mis en place par son père et réhabilita ceux qu'il avait condamnés, d'Alençon et d'Armagnac. Le peuple s'attendait à une diminution des taxes pour marque de joyeux avènement; la taille perpétuelle fut poHée de 1 800 000 livres à 3 millions, et une émeute ayant éclaté à Reims, il fit pendre ou essoriller bon nombre de bourgeois. On voit encore à un des clochers de la cathédrale ces pendus sculptés. Il signifia àTUniversité de Paris défense pontificale de se mêler des affaires du roi et de la ville, de fermer, hors de propos, ses classes, c'est-à dire de jeter 25 000 étudiants sur le pavé, tout prêts pour une émeute. Les parlementaires ne furent pas mieux traités : le roi mit hors de tutelle la Chambre des comptes; il restreignit les juridictions singulièrement étendues des parlements de Paris et de Toulouse, en créant, à leurs dépens, en 1462, le parlement de Bordeaux. Ou a vu qu'il avait déjà, étant dauphin, organisé, en 1%S3, celui de Grenoble; plus tard (U79) il fondera celui de Dijon- Mécontentement du eleri^éf révocation de In prs|r* matiqne sanction. — Le corps ecclésiastique n'est pas plus satisfait. La pragmatique de Bourges semblait à Louis donner trop d'indépendance au clergé et trop de pouvoir à la noblesse, il la révoque, comme fera plus tard François I», malgré les remontrances du parlement pour son maintien, et il demande aux gens d'Église un cadastre exact de leurs biens, où figureront jusqu'aux plus petits morceaux de terre, avec les titres de propriété, les preuves d'acquisition, les rôles des rentes qu'ils en retirent, de telle façon, dit l'ordonnance, qu'ils n'empiètent plus sur nos droits seigneuriaux ni sur ceux de nos vassaux.

Mécontentement de la noblcMe. — L'aristocratie est plus menacée encore : elle voit le roi donner des titres de noblesse à des consuls de petites viHes, àdes maires de bourgades, et, pour défendre l'agriculture contre les récréations seigneuriales, attenter au principe' des seigneuries en défendant la chasse à toute personne, les princes exceptés, soos peines corporelles et pécuniaires '. Mais ce roi, gui méconnaît 1 • Alors, dit Chastelain, U était plus réminible de tner an homme qo'na

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preniier des droits féodaux, rappelle tout à coup la loi féolie pour exiger raccomplissement de devoirs dont il n'était . lus question depuis nombre d^années; il réclame les aides, s rachats, les garde-nobles, les forfaitures, dresse d'énor« les comptes d'arriérés et en exige le payement immédiatncore s'il avait épargné les grandes familles, la haute ans» )cratiel niais il enlève à la maison de Brézé la sénéchaussée e Normandie, à la maison de Bourbon le gouvernement de I Guyenne, qu^il donne à un membre de la maison d'Anjou our brouiller ensemble les deux familles, et il retient à son rère Charles son gouvernement du Berry. Il avait , avec la Daison de Bretagne, de nombreux démêlés pour les appels lu parlement de Paris que le duc ne voulait pas admettre; )our les droits de vassalité féodale qu'il refusait de payer; ;K>ur la nomination des évèques qu'il ne voulait pas laisser aiu roi. Louis XI luifaisait défense de battre monnaie, de lever des tailles dans sa province.

A«^mleittoa de U Cerëagae «* d» BohmIIIob ( 1 469)1 rachat dM TtUee de U «emate (1408). — En Tannée U63, on vit Louis XI fixer sa résidence sur la frontière du nord, allant d'une ville à l'autre, faisant de fréquentes visites au vieux duc de Bourgogne, lui envoyant la reine, les princesses, gagnant ses favoris, le gagnant lui-même par toutes ces prévenances. U s'agissait d'une aifaire importante, du ra« chat des villes de la Somme, engagées par le traité d'Arras. Louis, en prêtant 200 OuO écus au roi d'Aragon, alors dans de grands embarras, venait de recevoir en gage le Roussillon et la Cerdagne (1462). Il comptait bien les garder, mais il tenait plus encore à rentrer en possession des villes que son père avait abandonnées pour reconquérir l'alliance bourguignonne. Le vieux duc obsédé, et toujours à court d'argent à cause de ses magnificences, promit d'accepter la rançon de ces villes. En promettant, il conservait encore une espérance, c'est que le roi ne pourrait trouver les 400 000 écus qu'il fallait. En ?^e\que8 jours Louis XI les eût : il aurait épuisé la bourse de toutes ses bonnes villes plutôt que de ne pas les donner. Le 12 septembre, il envoyait au duc 200000 écus; le 8 octobre

^glier. » Cette fantaisie de Loais XI en rappelle une autre da dao de Bowt^ogne qui, ayant perdu ses cheveux i la suite d'une maladie, commanda par un édit que tous ses nobles se fissent raser la tète, et toutes ■eax prouvent que rois et princes avaient alors sur lears terres ua pou

TOT absolu.

encore 200000 écus; et Timportante barrière de la rentrait en son pouvoir. 4 \/

Ul^ne dn Bien pablle (1465). — Le comte de Ghal^ laisy le bouillant fils du duc de Bourgogne, ne lui pardonna pas cette concession arrachée à la vieillesse de son père. Il avait d'ailleurs d'autres griefs : le roi lui avait donné la lieutenance du gouvernement de Normandie et Pavait en même temps conférée au duc de Bretagne. Le comte n'était pas très-bon fils : Louis avait proposé à son père de le mettre à la raison.

Louis n'avait pas régné quatre ans que tout le monde était eontre lui. Le peuple, forcé de subvenir en payant beaucoup d'impôts, à des nécessités de gouvernement qu'il ne compre* nait pas encore, la bourgeoisie blessée dans ses intérêts particuliers, dont elle ne savait pas faire le sacrifice à l'intérêt général, le clergé menacé dans ses propriétés,' la petite noblesse dans ses droits et ses habitudes les plus chères, la haute aristocratie dans ses prétentions souveraines, toutes ces classes, si profondément diverses, si souvent hostiles l'une à Tautre, allaient momentanément se trouver d'accord sur un pcHnt : limiter, entraver l'autorité royale.

Le roi , qui' ne s*était aperçu de cette animosité générale que quand il était trop tard pour la prévenir, essaya du moins de la calmer par un moyen nouveau , comme tout ce qui émanait de lui, en s'adressant à l'opinion. Il convoqua à Rouen les députés des villes du nord; et par -devant ces simples bourgeois, il prit la peine, lui, le roi, de se justifier de tout ce qu'il avait fait. Après les bourgeois, il assembla les princes; il leur parla avec la prodigieuse faconde dont il était doué ; il se mit à leur raconter sa vie tout entière, l'exil qu'il avait enduré, les misères qu'il avait souffertes, les embarras qu'il avait rencontrés à son avènement, et, dans ce < royaume si compromis, tout le bien qu'il avait déjà fait : le bon ordre assuré, la sécurité rétablie, le territoire agrandi par l'adjonction du Roussillon, de la Gerdagne, des villes de la Somme ; et, pour obtenir tout cela, tant et de si fatigants voyages qu'il a entrepris, comme n'en fit jamais, en si pea de temps, aucun roi de France depuis Gharlemagne. La royale harangue toucha, attendrit tous les seigneurs; ils di« saient que « oncques n'avoit-on vu homme parler en fran- Qois plus honnêtement; » ils juraient au roi d'être à jamais à lui, corps et biens. L'assemblée à peine dissoute, ils con-

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certaient les moyens de Tattaquer; ils lui enlevaient le due de Berry, son frère, un jeune homme de 18 ans, dont ils firent leur chef.

Cette levée de boucliers de la société féodale contre Tauiorité monarchique était, suivant les princes, la ligue du Bien public; ils n'agissaient que par compassion pour les misères du royaume « sous le discord et piteux gouvernement û^ Louis XI t. Le roi ayant écrit au duc de Bourbon, pour le prier d'accourir avec 100 lances, celui-ci répondit par une grande lettre où il disait c que les princes de son sang et de son lignage avoient considéré les façons qui ont été trouvées, tant au fait de la justice, police et gouvernement du royaume qu^aux grandes extrémités et excessives charges du pauvre peuple, lequel soutient charges, vexations et molestes insupportables; les princes étoient donc convenus de eux trouver et mettre ensemble, pour lui remontrer et donner à connoftre par une voix les choses dessus dites, pour y don* ner d'ores en avant bon ordre et provision, autres qu^il y en a depuis que la couronne de France est entre ses mains. » (Jacques du Clercq, chap. xxn.)

Louis comptait aussi sur le vieux duc de Bourgogne. Le 15 mars 1465, Philippe le Bon tomba dans un état d'affaissement moral d'où il ne devait plus sortir pendant les deux années qu'il vécut encore, et le comte de Charolais, Charles le Téméraire ou le Terrible, prenait le même jour la direction des affaires.

C'est le lendemain de ce jour, le 13 mars 1465, que le duc de Bourbon publiait sa réponse au roi. Le 15, le duc deBerry lançait un manifeste contre le gouvernement de son frère ; le 22, le duc de Bretagne, François II, se déclarait ennemi de tout ennemi du duc de Bourgogne, c sans en excepter monseigneur le roi. » Puis arrivèrent les déclarations hostiles de la noblesse. Tout le monde voulait faire partie de la hgue du Bien public.

Louis XI jugea que tant de princes, de seigneurs, d'armées ne se mettraient pas aisément en> mouvement, et qu'il lui serait possible de gagner la partie à force d'activité. Son plan fut bientôt fait : arrêter Charles le Téméraire au nord, François II à l'ouest, ou au moins retarder leur marche sur Paris; profiter de ce répit pour accabler le duc d Bourhon et les coalisés du midi en les resserrant entre propre armée, les troupes italiennes que lui envoyait le <

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FVançbis Sforza, son allié, et lefi secours que lui amèno^îenl ses bons amis les seigneurs d'Armagnac et de Nemours ; puis revenir sur ses pas et combattre séparément les ducs de Bretagne et de Bourgogne, qui n'auraient pu encore se réunir.

llataille de lloBtlliéiT(l405). — Le roi entre en campagne avec cette armée disciplinée, cette excellente artillerie que lui avait léguées son père. II évite Bourges, qui lui eût pris du temps, il enlève lestement Saint-Amand, Montluçon, Sancerre, Gannat, Riom, offrant la bataille aux princes qui n'osent l'accepter, leur imposant de nouveUes protestations de fidélité qu'ils vont enfreindre aussitôt qu'ils verront croître ses embarras, et les eoibarras de Louis croissaient irâcessamment. 11 comptait sur le comte d'Armagnac, sur le duc de Nemours, qu'il avait comblés de biens et d'bonneurs ; en effet ils vinrent l'un et l'autre, mais ce fut pour se joindre aux ennemis du roi.

Mêmes trahisons à l'ouest et au nord. Le comte du Maine, chargé d'arrêter les Bretons, recule devant eux tout le long de la Loire. Le duc de Nevers, chargé de défendre la barrière de la Somme contre les Bourguignons, leur livre cette entrée de la France. Le 5 juillet, Charles le Téméraire arrivait aux environs de Paris, sans avoir rencontré un seul obstacle, faisant crier partout qu'il venait* pour le bien du royaume, qu'ii abolirait les tailles, les gabelles, etc.

Paris serait-il aux princes? C'était là une question de vie ou de mort pour Louis XI, qui, laissant là le Bourbonnais et les coalisés du midi, ne songea plus qu'à rentrer dans sa car pitale, se croyant perdu s'il n'y rentrait pas. Dans ce cas, dit son biographe, « il se fust retiré vers les Suisses, ou devers le duc de Milan, Francisque, qu'il réputait son grand ami. » Aussi écrivait-il aux Parisiens que leur ville était celle du monde qu'il aimait le mieux, qu'il allait leur confier la reine; qu'il voulait qu'elle accouchât chez eux ; d'ailleurs il arrivait lui-même; le 16 juillet, sans faute, il serait dans Paris.

Paris semblait peu sensible aux cajoleries royales. Le corps qui avait le plus d'influence, l'Université, faisait bien des processions, des sermons; mais, quand on lui parlait d'armer ses écoliers, elle mettait en avant son privilège et refusait La bourgeoisie, le peuple, montraient la même froideur, Louis XI avait donc de fortes raisons pour se hâter. Une autre raison encore, c'est que les ducs de Bretagne et deBeny

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s'avançaient» bien que lentement, et qaUl importait fort d'arriver avant eux.

Le re juillet au matin, le roi se trouva à Montlhéry; les Bourguignons barraient la route ; il passe au travers; Charolais en £ait autant, aux dépens de Taile gauche des royalistes qai était en face de lui, de sorte qu'il n'y eut ni vainqueurs, oi vaincus, mais beaucoup de fuyards, c Du côté du roi, dit Comines (I, 4), fut un homme d'État, qui s'enfuit jusqu'à Lusignan, en Poitou, et du côté du comte un autre homme de bien jusques au Quesnoi, en Hainaut. » Le roi avait atteint son but : laissant le comte sonner les fanfares sur le champ de bataille, pour bien prouver qu'il était le victorieux, il se hâtait, lui, d'entrer à Paris; il y armait les bourgeois; il ac* ceptait, pour l'aider, un conseil de six bourgeois, six membres du parlement, six clercs de l'Université ; s'efforçant par tous ces moyens de gagner Paris et croyant que, s'il avait Paris, il aurait la France, quoi qu'il pût advenir.

Chez les coalisés, rien ne se faisait avec ensemble ni vite. Les jeunes ducs de Berry et de Bretagne, qui portaient, dit Comines, par crainte de la fatigue, des cuirasses de satin simulant le fer, avec des dous dorés par*dessus, étaient venius bien lentement, et quand ils furent tous arrivés, Bretons, Oascons et Lorrains, les jalousies, les haines, se réveillèrent. Le duc de Berry, à titre de roi futur, excitait déjà les défiances, celles de Gharolais surtout, qui se moquait de la pitié qu'il avait témoignée, dans un conseil, pour les morts et les blessés :« Avdz>vous ouy parler cet homme?» disait l'impétueux comte ; < il se trouve esbahy pour sept ou huit cents hommes qu'il voit par la ville allant blessés, qui ne lui sont rien ni qu'il ne connoist ; il s'esbahiroit bientôt si le cas lui touchoit de quelque chose, et seroit bomme pour appointer bien légèrement et nous laisser en la fange ; parquoy est nécessaire de se pourvoir d'amis. » (Copines, I, 5.) ; ,

VraUé» de Conflans et de Salnt^Manr (1465). -^ Quoique Louis XI fût très-brave de sa personne, ses combats de prédilection étaient ceux qui se livrent avec l'esprit, la finesse, la ruse. Aussi il négociait, pourparlait incessamment; cherchait à diviser ces seigneurs qui vivaient déjà si mal en- ^^ble ; ne regardait ni à l'argent ni aux promesses ; et, la %ue n'aboutissant à rien, quelques-uns trouvaient déjà plus sûr de se vendre au roi. On donnait le nom de marché au

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théâtre de ces négociations, entre Charenton et Saint- Antoine ; chacun pouvait y faire son prix , et beaucoup Pavaient fait. Le comte d'Armagnac, le duc de Nemours, le comte de Saint-Pol, Jean de Calabrcj y étaient venus ; celui-ci demandant de l'argent, celui-là des domaines, cet autre Yépée de ^^nnétable; rien n'était refusé : et le roi voyait déjà la ligue dissoute par son adresse, les ducs de Bretagne et -de Bomrgogne isolés, peut-être ennemis.

Malheureusement il ne pouvait être partout à la fois, et partout où il n'était pas on le trahissait. Le 21 septembre, Pontoise passe aux princes; Rôiien, Évreux,font de môme; puis Caen, puis Beauvais, puis Péronne. Ce mouvement pouvait gagner Paris. Louis comprit qu'il fallait brusquer les négociations, « Le roy, dit Comines, vint un matin par eau jusques vis-à-vis de notre ost, ayant largement de chevaux sur le bord de la rivière ; mais en son bateau n'estoient que quatre ou cinq personnes, hormis ceux qui le tiroient.... Les comtes de Gharolois et de Saint-Pol estoient sur les bords de la rivière de leur côté, attendant ledit seigneur. Le roy demanda à monseigneur de Gharolois ces mots : « Mon frère, t m'assurez-vous? » Car autresfois ledit comte avoit espousé sa sœur. Ledit comte lui répondit : a Monseigneur, oui, € comme frère. » Le roy descendit à terre, et les comtes luy firent grand honneur, comme raison estoit; et luy, qui n'en estoit chiche, commença la parole en disant : c Mon frère, je « connoy que vous estes gentilhomme et de la maison de c France. » Ledit comte luy demanda : c Pourquoi, monsei- « gneur? — Pour ce, dit-il, que quand j'envoyai mes ambas- « sadeurs à Lille naguères, devant mon oncle vostre père et a vous, et que ce fol Morviller parla si bien à vous, vous me 4 mandastes, par l'archevêque de Narbonne..., que je me « repentiroye des paroles que vous avoit dites ledit Morviller ï avant qu'il fustleboutde l'an. Vous m'avez tenu promesse, « et encore beaucoup plus tôt que le bout de l'an. » Et dist le roy ces paroles en bon visage et riant, connoissant la nature de celui à qui il parloit estre telle qu'il prendroît plaisir auxdites paroles ; et sûrement elles lui plurent. Puis poursuivit ainsi : « Avec de telles gens veux-je avoir à besongner, « qui tiennent ce qu'ils promettent. » (Comines, I, 12.)

Là-dessus la paix fut conclue (traités de ConflansavecCha- Folais, 5 oct., et de Saint-Maur avec les princes, i9 oct.). ^ Lés Normands veulent un duc, dit le roi; eh bien, ils Tau-

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rontl » Ge duc, c*était son frère ; il fallait à ce jeune homme la Normandie, la suzeraineté du comté d'Eu, du duché d'Alençon, avec nomination aux offices, à Texception seulement des b^éâces vacants en régale. Et tous les autres se faisaient leur paort aussi largement : le duc de Bourgogne exigeait : Boulogne, Guines, Roye, Montdidier, Péronne, les villes de la Somme; le duc de Bretagne : Ëtampes et l'exemption de rappel au parlement, la nomination directe des évêques, la dis-* pense des devoirs féodaux, le droit de battre monnaie, en un mot une petite royauté ; le duc de Lorraine : la Marche de Champagne sans obligation d'hommage, Mouzon, Sainte-Me-» nehould, Neufchâteau, 30 000 écus comptants ; les ducs de Bourbon et de Nemours, les comtes d^Armagnac, de Dunois, de Dàmmartin, le sire d'Albret, et beaucoup d'autres, des domaines, d'énormes pensions, sans compter les promesses pour l'avenir ; promessesj par exemple, de marier un jour let comte de Gharolais, qui avait trente ans, avec la fille du roi qui en avait deux, et qui devait apporter en mariage la Champagne, Langres, Sens, Laon, le Vermandois ; et en attendant la dot, le Téméraire demandait encore et prenait le Ponthieu. « Les princes, dit Ck>mines, butinèrent le monarque et le mirent au pillage. »

Tout cela n'était pas précisément du bien public. Il fallait pourtant se donner l'air de faire quelque chose pour l'enseigne qu*6n avait prise. On convint que 36 notables, présidés par le comte de Dunois, seraient chargés de s'enquérir des fautes et des désordres, avec plein pouvoir d'y remédier par ordonnance que le roi sanctionnera, sans faute, danji les quinze jours.

Bmbfirras suscités an duc de Bourg^ogrnei reprise de la IVoriiiftndie par le roi (14=66). — Un tel traité, strictement exécuté, eût été la ruine de la royauté et de la France. Mais on peut être sûr que Louis XI ne Texécatera pas, s'il y a possibilité de faire autrement, et déjà le parlement, pratiqué sous main, refuse de l'enregistrer. Averti par la dure expérience qu'il vient de faire, Louis se propose de ne plus aller si vite en besogne et de n'avoir jamais qu'une seule affaire sur les bras. Il avait trop cru à sa force ; la ligue du Bien public lui a montré les convoitises, les trahisons qui Venveloppent. Désormais il sera prudent, mais sa prudence usera de tous les moyens, ruse, perfidie, cruauté. La cession de la Normandie surtout était dangereuse; car

ps^ cette province, les domaines des ducs de Bretagne et de Bourgogne se touchaient, et toutes les côtes de Nantes jusqu'à Dunkerque étaient ouvertes aux Anglais. Louis songea^ dès le premier jour, aux moyens de reprendre ce qu'il donnait. Le duc de Bretagne et le nouveau duc de Normandie, devenus voisins, furent bientôt en mésintelligence. Louis se promit de les mettre d'aqcord, comme le juge de la fable entre les deux plaideurs. Mais il fallait empêcher que le Téméraire ne s'en mêlât. Le roi et les circonstances y pourvurent ; trois soulèvements éclatèrent à la fois, à Liège» à Dinant, à Gand.

Liège, enclavé dans les États bourguignons, était une ville libre sous son évêque. A Tépoque où nous sommes, cet évêque, Louis de Bourbon, neveu du duc, était un jeune homme ne songeant qu'aux plaisirs et à se procurer de l'argent nécessaire pour les faire durer. Liège, sous un pareil gouvernement, s'était insurgée ; le roi de France appuyait rinsurrection, promettait des secours , et les Liégeois, qui n'avaient guère besoin d'être encouragés, avaient chassé leur évêque, attaqué les possessions bourguignonnes du Limbourg, provoqué une guerre qui devait être terrible.

Dinant suivit l'exemple de Liège, et proféra contre le vieux monnart de diM et contre son fîls Charlotteauj des injures qui ne pouvaient êlre lavées que dans le sang; enfin, à Gand, avait éclaté une révolte oii la liberté et la vie même de Charolais se trouvèrent compromises.

C'était de quoi occuper quelque temps le Téméraire, et Louis n'avait plus à craindre d'être dérangé dans ce qu'il méditait. D'abord il envoya au duc de Bretagne 120 000 écus d'or pour le déterminer à laisser exécuter sans mot dire son ancien allié. Puis il entra en Normandie : en quelques semaines, la province tout entière fut entre ses mains, sans que le duc de Bourgogne eût pu faire autre chose que d'écrire au roi bien doucement ; et le roi répondait tout aussitôt qu'il avait été contraint, bien malgré lui, d'en agir ainsi ; que son frère et les Normands ne pouvaient s'entendre; que d'ailleurs, une ordonnance de Charles V interdisant formellement la cession de cette province, il n'avait pas eu le droit de la donner en apanage ; et il finissait en demandant si le duc ne voudrait pas, à sa recommandation, traiter avec quelque douceur les pauvres gens de Liège et de Oinant (Uôô).

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Le Téméraire ne poundi ni répondre ni agir, et les chefs des autres maisons princières n*agissaient pas non plus ; le roi les ayant, Tun après Tautre, gagnés ou neutralisés : la maison de Bourbonien donnant au duc Jean tout un royaume à gouverner au centre et dans le midi de la France : Berry, Orléanais, Limousin ,*Périgord, Quercy, Rouergue, Languedoc, et au frère du duc, Pierre de Beaujeu, sa fille Anne en mariage, et au bâtard de Bourbon, le titre d^amiral de France, la capitainerie de Honfleur; la maison d'Anjou, en donnant au fils de René, Jean de Galabre, 120 000 livres dont il avait grand besoin pour courir ses aventures ; la maison d'Orléans, en s'attachant le vieux Dunois, le héros des guerres anglûses ; enfin, Tami d'enfance, le confident du Téméraire, le comte de Saint- Pol, en le faisant connectable du royaume, capitaine de Rouen, gouverneur de Normandie.

Le roi regagnait les bourgeois, ceux de Paris surtout, avec autant de soin que les princes. Il leur avait accordé Tinamovibilité des offices, Texemption de toute taxe; il les avait armés au nombre de soixante à quatre-vingt mille bommes; il avait soigneusement fortifié la ville, il se faisait bourgeois de Paris lui-même autant qu'il le pouvait : il s'en allait, presque seul, souper sans façon, chez Denis Hesselin, se disait son compère, avait été parrain d'un de ses enfants; il envoyait la reine avec madame de Bourbon diner chez le premier président Oauvet. Il se rendait presque tous les jours à la messe de Notre-Dame, et il avait soin d'y laisser chaque fois quelque offrande de prix. Les bourgeois, comme '^ les princes, commençaient à être pour un roi qui donnait à tout le monde. Sfv*^

Nowelle coalition contre le roi (1469). — Personne ne songeait donc à disputer la Normandie au roi. Le Téméi^aire, qui devint cette année, par la mort de son père, duc de Bourgogne, était seul, et quelle que fût sa puissance, étant seul, il ne pouvait rien. Alors il chercha un allié au dehors. Quoiqu'il fût de la maison de Lancastre par sa mère, il épousa la sœur d'Edouard d York, alors roi d'Angleterre. Edouard lui envoya 500 Anglais, lui en offrit davantage et une flotte. Charles trouva un autre allié, le duc François II de Bretagne, qui, après avoir aidé Louis XI à reprendre à son frère la Normandie, s'était effrayé de la rapidité des succès du roi, et, se tournant de nouveau contre lui, avait

occupé Gaen et Alençon, d'où il menaçait le reste de lu pro* viûce, appelait aussi les Anglais à son aide, et leur offrait douze places à leur volonté.

JÊtats irénémax de Venrs (1468). — En face de ce

nouveau péril,Louis en appela à Topinion de la France. Le 6 avril 1468, il convoqua à Tours les états généraux do royaume, et il leur demanda simplement s'ils voulaient que la Normandie cessât de faire partie du domaine de la couronne. En la donnant au frère du roi, on rouvrait aux ducs de Bretagne et de Bourgogne, < on l'ouvrait à leurs alliés les Anglais. Les états répondirent c que pour ne (ni) affection fraternelle, ne obligation de promesse, ne peur, ne menace de guerre, ne regard à nul temporel danger, le roy ne devait acquiescer en la séparation de la duché de Normandie, ne en son transport en main d'homme vivant que la sienne. »

Ils ajoutèrent que, d'après les lois, monseigneur Charles aurait dû se contenter d'un apanage de 12 000 livres de rente, avec titre de duché ou de comté ; et puisque son frère voulait bien lui en accorder 60 000, il devait en être bien reconnaissant. Quant au duc de Bretagne, il devait être sommé d'évacuer les villes qu'il avait usurpées, et, s'il ne le faisait, il en serait chassé à force ouverte. Enfin les états résolurent d'envoyer une ambassade au duc de Bourgogne, pour lui signifier leur décision et pour l'inviter à assister le roi dans le rétablissement d'une bonne justice par tout le royaume.

Traité d'Aecenie avec le due de Bretagrne (14:68). — Le Téméraire reçut la notification avec un mépris dont Louis XI eut bien soin de faire répandre le détail; mais avant qu'il fût en mesure d'agir, Louis avait forcé, parla rapidité de ses coups, le duc de Bretagne à traiter dans Ancenis (10 septembre).

Entreime de Péronne (1468). — Le roi, alors débarrassé des Bretons, ayant à ses ordres une excellente armée, une artillerie supérieure, eût pu, à ce qu'il semble, accepter la lutté avec le duc de Bourgogne ; mais une flotte et une armée anglaises étaient réunies à Portsmouth, prêtes à passer. Louis XI voulut à tout prix les retenir dans leur île. !1 n'aimait pas les batailles où la part est si grande pour le hasard, la lâcheté, la trahison. Il se souvenait des grandes défaites de l'autre siècle et de celui-ci, qui avaient en un jour ruiné tout un règne. Il se sentait entouré de traîtres, et avait ré-

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cemm«nt fait exécuter Charles de Melun, grand maître de France, qui Tavait abandonné à Montlhéry. Il connaissait d'ailleurs sa supériorité d'esprit sur son rival, et comptait obtenir, par une négociation tous les résultats d^une victoire. Mais il fallait, pour cela, qu'il allât lui-même. Quelques-uns pensaient qu'il pourrait y avoir péril à se remettre ainsi aux mains du Téméraire : le roi ne le craignait pas. Comment le grand maître de la Toison d'or, le chef des pi'eux, voudrait-il se rendre coupable d'une trahison publique? D'ailleurs le roi prend ses précautions : il force le duc à accepter son argent pour les frais de la guerre, au moins la moitié de la somme offerte ; puis il demande un sauf-conduit, et le sauf-conduit porte en toutes lettres t e: Vous pouvez venir, demeurer et séjourner sûrement, et vous en retourner sûrement à votre bon plaisir, et toutes les fois qu'il vous plaira, sans qu'aucun empêchement soit donné à vous, pour quelque cas qui soit ou puisse advenir. »

Là-dessus, le roi se confle et se rend presque seul à Péronne où Charles le Téméraire le reçoit avec respect (8 octobre), mais autour du duc il voit réunis ses plus -violents adversaires : Philippe de Bresse , qu'il avait tenu trois ans prisonnier; le sire de Neuchâtel, qu'il avait dépouillé d'Épinal ; le sire de Châteauneuf, pour Tusage duquel il avait de sa main dessiné une de ces cages de fer dont on se servait depuis longtemps en Italie et en Espagne. Il commence à se souvenir du pont de Montereau et demande, pour se mettre à l'abri de quelque coup dé main, à être logé au château : château de lugubre mémoire ! C'était celui où Herbert deVermandois avait tenu captif le roi de France, Charles le Simple. Ses craintes étaient fondées. Le duc lui-même éprouvait quelque tentation de tirer avantage du pas de clerc que le roi avait fait.

Cependant on discutait assez paisiblement les conditions du traité, quand, le 10, on vint dire au duc que Liège était soulevée; que l'évêque, Louis de Bourbon, avait été tué. avec tout son chapitre et Penvoyé bourguignon Humbercourt, et qu'à la tête des rebelles se trouvaient deux envoyés du roi de France. Nouvelle singulièrement exagérée, car ni l'évêque ni Humbercourt n'étaient morts, et il paraissait invraisemblable que cette émeute fût le fait du roi, le roi n'ayant aucun intérêt à faire tuer l'évêque de Liège, ce qui l'aurait brouillé avec la maison de Bourbon, ayant au contraire beaucoup

d'intérêt à se l'attacher en lui promettant le chapeau de cardinal. Il faut remarquer qu'un soulèvement de cette yiUe à rudement traitée par le Téméraire était la chose la plus naturelle ; que le mouvement avait commencé le 8 septembre, et que l'entrevue avait lieu le 9 octobre; que les rapports de Louis XI avec les Liégeois dataient du commencement d« son règne ; qu'enfin, la nouvelle, fût-elle parfaitement exacte, la sûreté de Louis XI était encore garantie par les termes da sauf-conduit.

Mais que fallait-il à Charles le Téméraire? un événement qui confondit sa passion avec son intérêt, qui légitimât, à ses propres yeux, l'acte déloyal qu'il allait commettre. La nouvelle de Liège suffit à tout cela. Le duc entra dans une furieuse colère, proféra d'effroyables menaces, et fit fermer les portes du château. Louis était captif. Un si grand seigneur pris, dit Comines, ne se délivre pas. Ajoutons que, dans ce temps-là, il ne se gardait pas non plus; il fallait donc le tuer. Mais alors son frère Charles montait sur le trône à sa place, et ce frère c'était en ce moment l'ami, l'allié, l'hôte du duc dfi Bretagne. Était-ce la peine de se rendre coupable d'un tel attentat pour placer la couronne sur la tète d'un prince dévoué à l'influence bretonne ? Mieux valait arracher au roi d'importantes concessions, l'humilier, et par cette humiliation, le ruiner dans l'opinion publique : calcul aussi mauvais que l'action était déloyale.

« Cette nuict qui fut la tierce, ledit duc ne se dépouilla oncques. Seulement se coucha par deux ou trois fois sur son lict, et puis se pourmenoit; car telle estoit sa façon q[uand il estoit troublé.... Sur le matin se trouva en plus grande colère, que jamais, en usant de menaces, et prest à exécuter grande chose : toutefois il se réduisit en sorte que, si le roy juroit la paix et vouloit aller avec luy à Liège pour luy aider à se venger et Mgr de Liège, son prochain parent, il secontenteroit; et soudainement partit pour aller en la chambre du roy, et lui porter ces paroles. Le roy eut quelque ami qui l'en avertit, l'assurant de n'avoir nul mal s'il accordoit ces deux points ; mais s'il faisoit le contraire, il se mettroit en si grand péril, que nul plus grand luy pourroit advenir.

c Comme le duc arriva en sa présence, la voix luy tremhloit, tant il estoit esmu et prest de se courroucer. Il fit humble contenance de corps ; mais son geste et parole estoient aspres, demandant au roy s'il ne vouloit pas tenir le ti;^cté

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le paix, qui aToit esté escript et accordé, et si ainsi le touoit jurer; et le roy lui répondit qu'ouy. A la vérité il n'y ivoit rien esté renouvelé de ce qui avoit esté fait devant Paris, touchant le duc de Bourgogne, ou peu du moins, et touchant le duc de Normandie luy estoit beaucoup amendé ; car il estoit dît qu'il renonceroit à la duché de Normandie, et auroit Champagne et Brie, et autres places voisines, pour son partage. Après luy demanda ledit duc s'il ne voiùoit point venir avec luy à Liège, pour ayder à revancher la trahison que les Liégeois lui avoient faicte, à cause de luy et de sa venue ; et aussi luy dict la prochaineté du lignage qui estoit entre le roy et l'évesque de Liège , car il estoit de la maison de Bourbon. A cette parole le roy respondit qu'après que la paix seroit jurée (ce qu'il désiroit fort), il estoit content d'aller avec luy à Liège, et d*y mener des gens en si petit ou si grand nombre que bon lui sembleroit. Ces paroles réjouirent fort le duc ; et incontinent fut apporté ledict traicté de paix, et fut tirée des coffres du roy la vraye croix, que sainct Chariemagne portoit, qui s'appelle la croix de victoire : et jurèrent la paix , et tantost furent sonnées les cloches de la ville : et tout le monde fut fort réjoui, i (Comines, II, 11.)

Céder la Champagne à son frère, c'était la donner à Charlef le Téméraire qui y trouvait cette communication, si désirable pour lui, entre ses États de Flandre et ses États de Bourgogne; marcher contre Liège, qui portait son drapeau, c'était une lâcheté ; mais les princes de ce siècle mettaient le succès devant, l'honneur derrière. Louis XI suivit donc le Téméraire au siège de la ville, et s'y battit bravement. Un jour, dans un moment d'alarme, ce fut lui qui donna les ordres, il vou** \ait monter à l'assaut, et quand les Liégeois l'apercevant lui criaient : Vive France ! il répondait bien haut : Vive Bourgogne! La ville prise (30 octobre), et la honte bue jusqu'à la lie, il vint trouver le duc et lui dit d'un air de bonhomie * que s'il avoit encore affaire de luy, il ne l'épargnast point; iQais que s'il n'y avoit plus rien à faire, il désiroit aller à Pans faire publier leur appointement en la cour de parlement (pour ce que c'^est la coustume de France d'y publier tous accords, ou autrement ne seroient de nulle valeur....); et davantage prioit audit duc qu'à l'esté prochain ils se pussent' entrevoir en Bourgogne et estre un mois ensemble faisant bonne chère.... et ainsi fut accordé ce parlement; et prit

congé leroy dudit duc, lequel le conduisit environ une demilieue, et au département d'ensemble luy fit le roy cette demande : • Si d'aventure mon frère qui est en Bretagne ne se c contentoit du partage que je luy baille pour rameur de « vous, que voudriez-vous que je fisse? i Le duc luy répOD dit soudainement sans y penser : « S'il ne le veut prendre, c mais que vous fassiez qu'il soit content, je m'en rapporte « à vous deux. » De cette demande et response sortit depuis grande chose, comme vous oirez ci-après. » (Cominespii,

pi.) ^^

lK»«i» doime à 0011 ffk*ère la C^nyeniie an ItewMTe la Champaipne (14:60). — c Le samedi dix-neuvième jour de novembre 1^68 furent publiés à son de trompe et en public, par les carrefours de Paris, ledit accord et union faits entre le roy et monseigneur de Bourgogne; et que pour raison du temps passé, personne vivant ne fust si osé ou hardi d'en rien dire à l'ojpprobre dudit seigneur, soit de bouche, par écrit, signes, peintures, rondeaux, ballades, virelais, libelles diffamatoires, chansons, gestes, ni autrement, en quelque manière que ce pust estre. Et que ceux qui seroient trouvés avoir fait ou esté au contraire, fussent grièvement punis, ainsi que plus à plein ledit cri le contenoit. Et ce même jour furent prises pour le roi et par vertu de sa comniission, en la ville de Paris, toutes pies, geais et chouettes estant en cages ou autrement , et estant privées, pour toutes les porter devant le roy, et estant escrit et enregistré le lieu où avoient esté pris lesdits oiseaux, et aussi tous les beaux mots que iceux oiseaux savoient bien dire, et qu'on leur avoit appris. 1 (Jean de Troyes, p. 383.)

Le mot que ces oiseaux bavards savaient le mieux dire et qu'on leur avait appris, c'était Péronne, Péronne, le théâtre de sa défaite dans un de ces combats de finesse et de ruse qu'il aimait à livrer, et où, pris au piège, il n'avait laissé h ses ennemis que la peine^ de fermer la porte et de lui dicter d'humiliantes conditions s'il voulait sortir. Louis n'avait plus qu'une pensée, effacer ce souvenir en effaçant le maleapojitreux traité.

Le Téméraire avait dit ; « Pourvu que le frère du roi fût pontent. i Louis XI eut grand soin que son frère fût content V.au lieu de la pauvre et triste Champagne, il lui donna la. belle et fertile Guyenne ; au lieu de Troyes po.ur résidence, jl lui donna Bordeaux et Charles accepta de grand coeur un

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pareil échange qui pourtant et du même coup rékignaitjdii duc de Bourgogne et le brouillait avec les Anglais, anciens maîtres de cette proyince, où ils comptaient bien re» venir.

Mme cagM de feri le cerdim»! 1a Belve et l'évéqwe de Terina (1469). — Un des conseillers du roi Tayait trahi dans la négociation de cette affaire, la Balue, homme de rien, qu'il ayait fait éyôque d'Angers et cardinal, et qui rayait le plus poussé à Tentreyue de Péronne. Louis décou^ yrit qu'il était en correspondance secrète avec le duc de Bourgogne. Il le fit arrêter ayec son complice, Téyèque de Verdun y et les enferma dans deux cages de fer où ils restèrent dix ans. Chabannes Payait mieux seryi. 11 commandait l'armée que le roi ayait menée jusqu'auprès de Péronne. Après le traité conclu ayec le Téméraire, Louis lui ayait écrit de licencier ses troupes; Chabannes s'était bien gardé de le (aire, et le yoisînage de cette armée ayait imposé au duc une certaine résenre. Louis peuyait se fier à un si habile homme; il l'envoya ayec cette armée contre le duc de Nemours, qui se soumit, contre le comte d'Armagnac, qui se sauya et eut ses biens confisqués. Dans le même temps le duc de Bretagne jMra de renoncer à toute alliance étrangère (traité d'Angers), et le roi donna au comte de Warwick, qu'il réconcilia ayec Marguerite d'Anjou, les moyens de renverser en Angleterre Edouard IV, le beau- frère de Charles le Téméraire.

AMemblée dee noteblee à Too» (1470) -* Le roi, sûr alors d'ayoir encore une fois isolé le duc de Bourgogne, ose l'attaquer de front; il convoque à Tours une assemblée de notables, dans laquelle figurent, sur soixante personnes, trente*deux magistrats, présidents de diverses cours de justice ou de finances du royaume (1470). Il fait exposer à cette assemblée ses griefs contre le Téméraire qu'il accuse d'avoir en pleine paix attaqué les ports de Normandie; d'ayoir porté «n public l'ordre anglais de la Jarretière; d'ayoir exigé de ses vassaux, sujets de la couronne, le serment de le servir envers et contre tous, < sans en excepter monseigneur le roi; 1 d'avoir fait saisir le bien des Français venus à la foire d'Anvers, etc. Sur ce, les notables déclarent que le duc adé-^ chiréle traité de Péronne; et le roi, en conséquence, fait aussitôt saisir les places qui étaient à sa portée, SaintrQuen-. tîtt, Roye, Mentdidier, Amiens. U avait mis sur pied Hnii nombreuse armée, et le duo était pris «u dépourvu*

' IVouvelle eoalition contre le vol (1491). — Mais les ducs de Bretagne et de Guyenne et le connétable de Saint- Pol, le chef môme de Tarmée, effrayés des rapides progrès du roi, le trahissaient déjà. Un dauphin était né l'année précédente, et Guyenne, n'étant plus héritier de la couronne, avait intérêt à renouer la ligue des princes. Louis, en voyant ses succès se ralentir, comprit que de nouveaux complots se formaient autour de lui ; il crut prudent de s'arrêter et convint de la trêve d'Amiens avec le duc de Bourgogne. Elle était nécessaire, car Edouard IV, Tallié du Bourguignon, remontait à ce moment même sur le trône d'Angleterre (1471). ' Hort du frère du roi (14192). — Ainsi Louis XI avait à briser encore une fois les mille liens dont l'aristocratie cherchait à enlacer la.royauté. La cour de son frère, non plus celle d^un jeune fou sans argent ni soldats, mais celle du maftre d'un riche et puissant apanage, était le centre de toute^ ces intrigues. Par lui une nouvelle et grande maison féodale se reformait. Le duc de Bourgogne lui offrait sa fille unique en mariage, c'est-à-dire l'espérance de réunir un jour à ses possessions d'Aquitaine, des États plus étendus, plus peuplés, plus riches que ceux du roi lui-même. Il est vrai que Charles offrait en même temps sa fille au fils de l'empereur, à condition d'être nommé roi des Romains. Laquelle de ces deux promesses serait tenue ? Nul ne le savait, pas même le duc. Mais le roi s'effrayait à la seule idée d'une telle union. Son frère était donc le plus grand obstacle qu'il trouvât sur son chemin. Louis essaya une dernière fois de rattacher ce prince aux intérêts de sa maison : il lui proposa de lui donner quatre provinces de plus, d'étendre son apanage jusqu'à la Loire, de lui faire épouser sa propre fille. Charles de Guyenne ne répondait pas, il faisait des préparatifs deguerre, il convoquait le ban et l'arrière-ban de son duché , il nommait un ennemi du roi, le comte d'Armagnac, général de ses troufpes.

Le roi voyait crottre le danger, et ne savait comment le détourner. U s'adressait aux Écossais pour leur demander des secours ; il priait le pape d'être juge entre son frère et lui, se déclarait chanoine de Notre-Dame de Cléry, ordonnait des prières pour la paix, et « voulait que désormais, par toute U Franee, à midi sonnant, on se mît à genoux et Ton dit trois ^vêi. é G*0gt Torigine de Vangelus. S^il faut en croire un écrivain d'une époqpoe postérieure, lui-même faisait à Notr^

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