‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 82 sur 103 · JUSQU*A LA MORT DE SON FRÈRE · texte numérisé non relu

JUSQU*A LA MORT DE SON FRÈRE

Dame de Cléry, quelq[ue temps après» la prière suivante.:, c Ah! ma bonne dame, ma petite maltresse, ma grande amie» en qui j'ai eu toujours mon reconfort, je te prie de supplier Dieu pour moi et être mon advocate envers luy ; qu'il me pardonne la mort de mon frère que j'ai fait empoisonner par cû méchant abbé de Saint-Jean. Je m'en confesse à toi comme à ma bonne patronne et maîtresse ; mais aussi qu'eussé-je su faire? Il ne faisait que troubler mon royaume. I*ais-moi donc pardonner, ma bonne dame, et je sais bien ce que je te donnerai". »

Son frère était mort en effet ; le seul événement qui pût tirer Louis XI de l'imminent péril où il se trouvait était arrivé. Voici ce que rapportent 'à ce sujet les Mémoires contemporains : l'abbé de Saint-Jean d'Angély, aumônier du duc de Guyenne, avait cueilli et pelé lui-môme une pêche ^qu'il avait présentée à la dame de Montsoreau. Celle-ci l'avait partagée avec Charles de Guyenne. Deux mois après, la dame de Montsoreau mourait; huit mois après, le duc ^it mort. L'abbé de Saint-Jean d'Angély, accusé du double empoisonnement, avait été conduit en Bretagne, mis en jugement, emprisonné ; mais un matin, après un terrible orage, on le trouva mort dans sa prison ; on prétendit que le diable l'avait étranglé. Les pièces du procès furent apportées à Louis XI, supprimées par lui, et les juges qui lui avaient montré cette complaisance furent comblés des faveurs royales.

Y avait-il eu empoisonnement? Cet empoisonnement, s'il a eu lieu, était-il le fait de Louis XI? Ce sont des questions que l'histoire ne peut résoudre. Mais, si la culpabilité du roi reste douteuse, la joie atroce que lui inspirèrent la maladie, puis la mort de son frère, ne Test pas ; elle perce à travers la brièveté de la lettre qu'il écrivait au cemte de Dammartin pendant que le duc de Guyenne se mourait : « Monsieur le grand maître, depuis les dernières lettres que je vous ^\ écrites, j'ai eu nouvelles que M. de Guyenne se meurt, et qu'il n'y a point de remède en son fait ; et le m'a fait savoir un des plus privés qu'il y ait avec lui, par un homme exprès; et ne crois pas, ainsy qu'il dit, qu'il soit vif à quinze jours d'icy, au plus qu'on le puisse mener.... Afin

1. Voilà da moins ce gae rapporte Brantôme (Digreanon tur Louit XI ^ ^ II, p. 2^). Mais qui a jamais entendu une telle prière ? — Le fou même du roi, assure Brantôme.

que TOUS soyez sûr de celuy qui me fait savoir ces nourelles, c'est le moine qui dit ses, heures avec M. de ^Guyenne; dont je me suis fort ébahy, et m'en suis signé depuis Ik tAto jfBm^ qu'aux pieds. » ^^XjsJ

Civerre avec le d«e de Bo«r|ro|pBe (I4f sf. ^^Get &f^ nement détruisait tous les projets du duc de Bourgogne^ Dans son ressentiment, celui-ci répandit partout un mam« feste par lequel il accusait le roi de lèse-majesté, de trahison, de parricide. Il avait tenté, disait-il, deux ans auparavaiA» de le faire périr lui-même par glaive ou par venin ; et naSat* tenant il avait fait périr piteusement son frère par poisons, maléfices, sortilèges, et invocations diaboliques. Pour venger ce frère du roi, le duc de Bourgogne passa la Somme et en* tra dans le royaume, jurant de tout mettre à feu et à sang, encore que la trêve qu'il avait conclue avec Louis XI ne fôt pas expirée.

La guerre se fît telle que le duc l'annonçait. S*étant présenté devant la petite ville de Nesle, il y pénétra en déclarant rompue une capitulation commencée, et ordonna d*y éirorg^ tout le monde. Hommes, femmes et enfants s'étaient rèfugiA ' dans la grande église : ils y furent massacrés. Le duc y entra à cheval, se signa et dit : c Saint Georges, enfants, tous avea là fait une belle boucherie. » Il y avait un demi-pied de sang.

RéaUtaBce (Ae Beauvsis ; Jeanne Hechette. — Une telle exécution était un avertissement donné aux autres villes de se bien défendre. Aussi, lorsque le 27 juin 1472 Tarmée bourguignonne arriva devant Beauvais, les bourgeois soutinrent vaillamment un assaut qui dura onze heures. Les femmes elles-mêmes prirent part à la défense. Une d'elles, qui s'appelait Jeanne, comme l'héroïne de Domrémy, arracha m étendard bourguignon qu'un soldat avait déjà planté sur b rempart, et le roi, en reconnaissance, institua, après la délivrance de la ville, une procession annuelle dans laquelb les femmes avaient le pas sur les hommes. Charles» <i;iii s^at* tendait à emporter la place par un coup de main, né s^itail point préparé pour un siège. Il voulut brusquer rafflors et» le 9 juillet, il ordonna un nouvel assaut qui lui coft^ ISCO hommes. Le 22, il leva son camp et tourna vers la Nèrsiaih die, brûlant toutes les petites places qu'il rencontrait, Ea, Saint- Valery-en-Caux, Longueville, Neufchâtel, mais sui?i « près par les Français qui lui coupaient les vivres. Repoussé

Un portail de .la cathédrale de Beauvais

devant Dieppe, il se rejeta sur Bouen , où il ayaii doi rendez-vous, disait-il, au duc de Bretagne, et s'arrêta quai jours sous ses murs ; puis, accusant François II de manqa à sa promesse, il reprit la route de ses États. i ^

IVouTefto traité avec le dno de Breta^^e (1498). -4V! Si le duc François avait manqué au rendez-vous, c'est qui , Louis XI lui avait fait rude guerre ; il lui avait enlevé \i^ Guerche, Machecoul, Ancenis, Chantocè et, après l'avoir effrayé par ces succès, il lui avait offert une paix avantageuse que le duc signa le 10 octobre ; le 23, Charles le Téméraire, tout à Pheure si intraitable, acceptait lui-même la trêve de Senlis.

Con&iaee passe au serrlce de Ijovis 3LI. — Le traité de Péronne, par lequel on avait cru mettre le roi de France si bas, était déchiré; la honte de Liège était compensée, aux yeux de Louis XI, par la honte de Beauvais. Et si le roi venait de sortir avec tant d'adresse d'un si mauvais pas, que n'oserait-il point à l'avenir avec plus de ressources et moins d'embarras? Tous les gens avisis firent cette réflexion et crurent que, s'il fallait choisir un maître, le meilleur à prendre était certainement Louis XL Le conseiller du duc de Bourgogne, Philippe de Comines, le conseiller du duc de Bretagne, Odet d^Aydîe, sire de Lescun, les deux hommes les plus capables de comprendre, de pratiquer, d'aimer la politique de la ruse et du succès, passèrent Tun et l'autre, à cette époque, au service du roi de France.

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