CHAPITRE XXXV
Ije d«e de Bonripogrne et lés États bouryuli^iioaf. —
Philippe de Comines, le sire de Lescun, ces sages du quinzième siècle, avaient raison, du moment qu'ils plaçaient le succès au-dessus de la morale, car le succès est assuré dé-
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sonnais au roi de France. Son plus redoutable adversaire ne va plus travailler qu'à se perdre lui-môme. '
Charles se perdit en poursuivant la réalisation d'un projet au-dessus de ses forces. Ses États se composaient des duciiô et comté de Bourgogne, dans le bassin de la Saône ; des Pays- Bas aux boucbes de TEscaut, de la Meuse et du Rhin : c'est-* à-dire d'une partie française et d*une partie flamande, d'une partie féodale et d'une partie communale ; entre elles, point de communication^ Cet État qui n'avait ni frontières, ni centre, ni souverain national, ni langue homogène, à une époque où les nationalités commençaient à se dessiner, ne pouvait être qu'une domination fragile destinée, comme tout fait anormal, à une durée éphémère.
Il y avait cependant, pour les domaines du Téméraire, deux choses qui pouvaient se trouver, l'unité géographique et des frontières. Entre ses provinces dtt nord et celles du sud, s'étendaient la Champagne, la Lorraine et l'Alsace. Il avait cherché à avoir la première, en la faisant donner au duc . de Guyenne ; il cherchera successivement à gagner les deux autres. Quant aux frontières, bien des gens lui rappelaient celles de l'ancienne Lotharingie, qui avait compris tous les pays placés, au sud, entre lesCévennesetles Alpes, au nord^ entre le Rhin et l'Escaut. Atteindre ces limites, telle est Pen^ treprise que le duc va poursuivre. On entrevoit aisément les difficultés d'une pareille tâche ; pour la réaliser, il aura à faire tète à la fois à la France, à l'Allemagne, à la Suisse, à la Lorraine, à la Provence qui se sentira menacée par ce réveil de vieux souvenirs carlovingiens. Puis, les frontières conquises, il faudra fondre ensemble toutes ces races, faire vivre entre eux, comme membres d'une même patrie et d'une même famille, les gens de Marseille et ceux de Ni* mègue, chercher et trouver le point central de cette longue bande de territoire, qui véritablement n'a pas de centre ; réduire les indomptables communes de Flandre, les vaillants soldats du Dauphiné, les montagnards de la Suisse; mettre l'uniformité là où existent les diversités les plus profondes : entreprise irréalisable et dont nous trouverons le triste dé* noûment sous les murs de Nancy en 1477.
A partir de U68, on entrevoit quelques essais de cen* tralisation : en cette année, institution d'un payeur général pour toutes les possessions bourguignonnes ; en 1473, fondation d'une cour suprême de justice à Malines et grand
ordonnance militaire pour mettre de Tunité dans 1^
Acqvlaltlon» dans le« Pays-BaSy la Iiomtine etl'Al- •ace (14169-1498). — Mais le Téméraire se plaît bien plus aux conquêtes qu'aux institutions. Le duc de Gueldre, Arnoul, venait d'être emprisonné par son fils Adolphe : Charles s'établit juge entre le père et le fils, et décide en faveur du vieux duc, qui lui vend son duché (1469).
Après le duché de Gueldre, le duché de Lorraine. Le duc venait de mourir ; le Téméraire se saisit de René de Vaudemont, son héritier, et se fsdt céder par lui quatre places fortes sur les frontières, avec le libre passage à travers le pays. La même année (1473), l'électeur de Cologne, Robert de Bavière, le nomme avoué et défenseur de l'électbrat. Précédemment, un, de ces princes autirichiens toujours nécessiteux et endettés, l'archiduc Sigismond, lui avait engagé pour une asAez faible somme le landgravi^t de la haute Alsace, et le comté del^'errette. C'était une partie des pays qui forment le passage entre la Franche-Comté et le Luxembourg; de 14 son officier Hagenbach menaça pour lui Berne, Bftle, Mulhouse, Strasbourg, les villes libres du Rhin et de la Suisse (1460).
CTharie* vent m faire eouronaer roi (1493). — A ces acquisitions le duc songea à joindre un titre^ 11 voulait faire reconnaître publiquement l'indépendance très-réelle dont il jouissait et changer sa couronne ducale en couronne royale. il s^adressa à l'ancien dispensateur des royaumes, à l'empereur d'Allemagne. C'était alors Frédéric III, prince bien plus occupé des intérêts de sa maison que de ceux de l'Empire. Ghaiîes le Téméraire lui ofirit, pour son fils Maximilien, la main de sa fille Marie, déjà offerte à bien des princes, et. avec elle, le plus riche héritage de la chrétienté ; en échange, Frédéric transformerait en royaume les possessions bourguignonnes.
LWaire fut convenue et une entrevue fixée à Trêves pour en régler les derniers détails. Mais d'abord, à cette entrevue, lé duc de Bourgogne se fait attendre ; puis il se montre dans un appareil somptueux qui fait d'autant plus tristemenl ressortir le mesquin cortège de l'empereur; enfin ni l'un ni l'autre des deux souverains ne veut exécuter le premier sa promesse. D'une part, Chartes n'a pas réellement l'intention de se donner un gendre qui pourrait le gêner par ses exi-
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genees; de Taùtre, Frédéric craint de soulever les ressentimenls de Tempire en au^entant la puîssaRce si menaçante déjà du duc de Bourgogne. De sinistres avis arrivent à Tempereur de la part du roi Louis XI, et Fré« dérîc m quitte Trêves, faisant dire à Charles que Taffaire dont U 8*agit entre eux se traitera une autre fois avec plus d'opportunité.
IjtfpMe comtre le éme de Bovri^lf nei elége de IVcmei (1494-1495). — En même temps le duc est informé qu'une ligue se forme entre Tarchiduc Sigismond, les villes du Rhin menacées, les Suisses et le roi de France. L'archiduc lui apporte tout à coup les 100 000 florins convenus pour le rachat de l'Alsace, que le Téméraire est obligé de lui remettre. Son officier, l'homme dont il a approuvé l'administration tyrannique, Hagenbach, est saisi et décapité par les habitants de Brisach ilklk). Avec cette nouvelle, le duc reçoit le solennel défi des Suisses, qui entrent en Franche-Comté et qui ont déjà gagné sur les Bourguignons la sanglante bataille de Héricourt.
Et ces événements arrivaient au moment où Charles était lui-même engagé dans une autre guerre, pour soutenir contre le pape, contre l'empereur, contre ses sujets, cet archevêque de Cologne, Robert de Bavière, qui l'avait nommé protecteur de son électorat. U assiégeait la petite ville deNeuss, près de Cologne. Mais, situé sur un rocher et bien défendu, Neuss résista onze mois. L'arrivée d'une immense armée germanique força le duc à lever le siège.
Ainsi le Téméraire reculait ; le terrible prince se. voyait insulté, bafoué. Les Suisses l'avaient défié, le duc de Lorraine le défiait. Le roi de France lui enlevait ses villes de Picardie et s'avançait dans l'Artois , et celui sur lequel il avait compté pour occuper le roi de France, signait avec la France un traité d'amitié.
Expédition d'Edouard IV en Franee (1495). — En partant pour l'Allemagne, Charles avait pressé Edouard IV, roi d'Angleterre, de descendre en France. La guerre convenait à ce dernier pour rallier autour de lui tous les partis dont les rivalités troublaient son royaume ; et, avec le concours du duc de Bourgogne et du connétable de Saint-Pol, il comptait sur une courte et glorieuse campagne. Il descendit à Calais à la tête d'une magnifique armée, croyant y trouver le duc avec toutes ses forces ; Charles vint le rejoin-
$5iÇ L& RÈa.NB D9 LOUIS XI DE 14(72 a 1483^
dre à peu près seul pour lui dire qu^il attaquerait d^un autro cOté, par la Lorraine, mais que le connétable lui ouvrirait ses forteresses, les portes de la France, et là-dessus il partit. Le roi anglais, sur cette assurance, pousse en avant jusqu'à la Somme et s'approcfae de Saint-Quentin dont le connétable Cait tirer le canon sur lui. Edouard était déjà bien irrité contre ceux qui, après l'avoir appelé, le recevaient adnsi; l'adresse du roi fit le resle. D'abord Louis acheta le héraut qui avait apporté le défi, 300 écus et 20 aunes de velours, avec de belles promesses, si la paix se faisait, puis quelquesuns des seigneurs anglais, enfin le roi lui-même.
Celui-ci se fit payer cher : 75 000 écus pour les frais de la guerre ; 50 000 écus de pension annuelle ; le mariage de sa fille avec le dauphin (29 août 1475). Louis XI traita même l'armée anglaise à table ouverte dans Amiens, c U a,Vpit ordonné, à l'entrée de la porte de la ville deux grande^ |U>les, à chascun costé une, chargées de toutes bonnes viandes qui font envie de manger, et les vins les meilleurs dont pn se pouvait adviser, et des gens pour les servir. D'eau n*estoit nouvelles. A chacune de ces tables avoit fait seoir cinq ou six hommes de bonne maison, fort gros et gras, pour mieux plaire à ceux qui avoient envie de boire..., et dès que les Anglûis s'approchoient de la porte, ils voyoient cette assiète. Et y avoient des gens qui les prenoient à la bride, et disoient qu'ils leur courussent une lance ; et les amenoient près de la table ; et estoient traités pour ce passage selon l'assiète, en très-bonne sorte, et le prenoient bien en gré. Comme ils estoient en la ville, quelque part qu'ils descendissent, ils ne pay oient rien, et estoient fournis de quoi leur estoit nécessaire, où ils alloient boire et manger, et demandoient ce qui leur plaisoit*, et ne payoient rien ; et dura cecy trois ou quatre jours. »
Ces ripailles n'avaient rien dliéroîque, mais elles étaient fort utiles ; Louis ne regardait qu'au résultat : il laissa le peuple donner à cette paix son vrai nom : la trêve mofchande.
Eté Véméraire conqnicrt la liOr raine (1495) et en- ▼aliit la Hoisse (14:96]. — Edouard ayant signé la paix, il fallut bien que le Téméraire s'apaisât; il conclut avec Louis XI la trêve de Soleure (13 septembre), pour être libre de terminer ses affaires de Lorraine et de Suisse, se réservant de reprendre un Ijour ou l'autre celle de France. Louis, prudemment, s'écarta de la route du sanglier. Quoi-
LE RÈGNE DE LOtJIS XI DE 147S A 1483. 55^
qu'il eût poussé le duc René à la guerre, il laissa succomber la Lorraine : le 30 novembre, le Téméraire entrait à Nancy. .
Moins de deux mois après, il passa le Jura pour aller dompter les Suisses, qui venaient de courir toute la Franche- Comté, brûlant et pillant. Ces paysans affranchis se croyaient très-fermement les premiers soldats du monde, et Tétaient. Le Téméraire n'avait que du mépris pour c ces vachère des
Grandson.
Alpes. 3 II les attaqua en plein hiver, avec une armée de 18000 hommes, qui venait de faire deux campagnes fatigantes. Le 18 février 1476, il assaillit la petite ville de Grandson; la place tenait encore le 28. Pour déterminer les défenseurs à se rendre, il leur promit la vie sauve, et, quand il'les tint, il les fit pendre à un noyer.
BatatUep de «rAndaon et de Morat (1496). — ToutQ la Suisse s'émut à la nouvelle de cette perfidie. L'armée confédérée de Schwitz, Berne, Soleure et Fribourg vint chercher près de Grandson môme les troupes bourguignonnes entassées dans une plaine étroite, où l'artillerie, la cavalerie n'étaient point libres de leurs mou\rements. Les fantassips suisses, armés de leurs lances de 18 pieds, avaient^beau jeu
5|^ tB niONE DE LOUIS XI DE 1478 A 1483.
contre des adversaires ainsi embarrassés. Afiii de faire perdre à Tennemi Tavantage du terrain, Charles ordonna un mouvement^en arrière, qui jeta la crainte parmi les siens. L'arrivée inattendue des contingents d'Un, d'Unterwald et de
Porte de la Crafife, à Nancy *.
Lucerne changea cette crainte en panique ; tous les efforts du duc ne suffirent pas à arrêter la déroute. La perte fut cependant peu considérable : au dire de Comines, sept hommes d'armes seulement auraient péri. Mais lepres-
■ i. Cette porte est on des pins anoiens tnonaments de la «HU WeOIi. Las duos faisaietift autrefois leur entrée par cette porte flanauéa dtf toonoiii servent aujourd'hui de prison militaire. ' ^"^ ^
LB EiONB DE LOUIS XI D8 I47S A USa. VS%
tige Km% disparu : Charles de Bouigogne n'était plus Charles rinvincible; il avait fui. Son épôe, satente^ ses diamants,
^ Porte du palais dncal de Nancy •,
Jr.;?-'** ^* fl'^««<fe porterie du palais des ducs de Lorraine. René, en re- «onnaissance du secours que les Suisses lai avaient prêté, eut toujours ^m 80B paUis un ours, image vivante des armes et du nom de Berne. des saccesseurs suivirent cet usage. La Diche de roon était placée imim, «49 la petite porte. '^
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son sceau ducal, son collier de la Toison d'or, les ornements de sa chapelle, restés entre les mains des Suisses, avaient servi de jouets aux montagnards , à ces rustres , commet les appelait. Ci ^
Le duc, retiré à Lausanne, n'eut plus qu'une pensée,"^» vengeance. Il recruta des soldats de tous côtés pour se former une armée nouvelle, 4000 Italiens, 300 Anglais, des Savoyards, des Francs-Comtois, des Bourguignons, des Flamands, en tout 36 000 hommes. Il partit de Lausanne, le 27 mai) en disant: « Je déjeunerai à Morat, je dînerai à Frihourg, je souperai à Berne. > Le 22 juin, il était encore devant Morat qui avait repoussé dix assauts en dix jours. Pendant ce temps, les cantons préparaient leurs forces et les secours étrangers arrivaient. Le roi de France n'envoyait pas de soldats, quoiqu'il en promît, il envoyait au moins de l'argent ; des troupes arrivaient de l'Alsace, de l'Allemagne, malgré l'empereur; et le jeune duc de Lorraine, René de Vaudémont, dépouillé par le duc de Bourgogne, venait donner aux Suisses la seule chose qui leur manquait : un peu de cavalerie et quelques armures de fer.
L'armée suisse partit de Berne le 21 juin 1476. Charles le Téméraire, hien qu'averti, ne prit aucune précaution. Son artillerie, sa cavalerie étaient placées de manière à ne pouvoir agir. Les Suisses touchaient déjà ses retranchements, qu'il se refusait encore à croire qu'on osât l'attaquer. Ils se ruèrent cependant sur lui avec leur impétuosité habituelle, s'emparèrent de ses batteries, serrèrent les Bourguignons entre leur corps d'armée, leur arrière-garde, la garnison de Morat et le lac, et firent une boucherie de huit ou dii mille hommes, sans compter ceux qui se noyèrent.
Bataille de IVaney (149 9] i mort dn dnedeBoo^ go^p^ke. — Le grand duc de Bourgogne, vaincu et fugitif, convoqua les états de Franche-Comté, de Bourgogne et de Flandre ; ce fut pour recevoir partout des refus humiliants, pour entendre des paroles amères et insultantes. Cependant tous ses ennemis profitaient de son désastre, et il allait avoir ^ tenir tète à la fois aux Suisses, à Louis XI, à Renéde Vaudémont. *Cette dernière attaque, venue du plus faible de ses adversaires, lui fut la plus sensible. La Lorraine, d'ailleurs, était le lien de toutes ses provinces, le centre| naturel de l'empire bourjguignon ; il avait, disait-on, désigné Nancy ^OBuae la capitale de son futur royaume. Il se h&ta d'accou-
ir pour sauver la place, et arriva sous ses murs le 22 octo-
armure dite de Charles le Téméraire, mais probablement du xvi« siècle.
^^- Il était larop tard ; la ville avait été prise trois jours
auparavant, mais elle n^avait ni garnison ni vivres, et, en la tenant étroitement bloquée, Charles espéra y rentrer bientôt.
Ses ennemis déployèrent autant d^activité quUl montrait lui-même d^obstination. Louis XI, René, soldaient des mercenaires allemands et suisses ; le duc de Lorraine arriva avec 20 000 hommes en vue de Nancy, le 4 janvier 1477. Le Téméraire n'avait pas 4000 soldats. Néanmoins nulle remontrance ne put le déterminer à lâcher prise. « S'il le faut, disait-il, je combattrai seul.» Le dimanche 5 janvier il se porta au-devant de Tennemi par une grosse neige, et s'attendant à périr plutôt qu'à vaincre. En quelques moments la petite armée bourguignonne fut dispersée, prise ou égorgée. Le duc lui-même fut tué par un ennemi inconnu. Le lendemain un de ses pages reconnut son cadavre mutilé.
Le 7 janvier Louis XI tenait déjà Timportanle nouvelle : c Dès que le roy eut reçu ces lettres dont j'ay parlé, il envoya à la ville de Tours quérir tous les capitaines et plusieurs grands personnages, et leur montra les lettres. Tous en firent signe de grande joye ; et sembloit à ceux qui regardoient les choses de bien près qu'il y en avoit assez qui s'efforçoient, et nonobstant leurs gestes, ils eussent mieux aimé que le fait dudit duc fust allé autrement. La cause en pourroit estre parce que paravant le roy estoit fort craint, et ils se doutoient que, s'il se trouvoit tant délivré d^enaeoiis, qu'il ne vouloist muer plusieurs choses, et par espécial estais et offices ; car il y en avoit beaucoup en la compagnie, lesquels, en la question du Bien public et autres du duc Guyenne, son frère, s'estoient trouvés contre luy. Après avoir un peu parlé aux deseusdits, il ouït la messe ; et puis il fit mettre la table en sa chambre, et les fit tous disneravec luy; et y estoit son chancelier, et aucunes gens de conseil, et en disnant parla toujours de ces matières. Et sçais bien que moy et austres prismes garde coname disneroient et de quel appétit ceux qui estoient en cette table; mais à la vérité (je ne sçay si c'étoit de joie ou de tristesse) un seul par semblant ne mangea la moitié de son saoul. » (Comiaes, V,x.)
AbalMement 4c» primât. ^ Dès que Louis avait vu le Témérake se heurter contrôles Allemagnes, comme on disait alors, il avait compris qu'il n'avait qu'à le laisser faire, et que le duc s'y briserait ou embarrasserait de telle ^orte qu'il n'aurait plus rien à en craindre. Il lui avait donc été loisible,
pendant ce répit, de régler ses comptes avec ceux qui s'étaient tant de fois tournés contre lui.
BalBe de la maisoii d'Alençon (149S-1494). ~ En
1458, le duc d'Alençon, accusé d'avoir traité avec les Anglais, avait été condamné à mort, peine qui avait été commuée par Charles Vil en une détention perpétuelle. A son avènement, Louis XI, pressé de défaire ce qu'avait fait son père, le mit en liberté. Alençon en profita pour assassiner ceux qui avaient déposé contre lui ; il fabriqua de la fausse monnaie,
Le palais da jotUca et le ehâieao dta doca d'Alassao.
entra dans la ligue du Bien public et dans tous les complots formés contre le roi ; il offrit même au duc de Bourgogne de lui vendre son duché d' Alençon et son comté du Perche* En 1473, Louis XI le fit arrêter et le livra au parlement, en prenant la précaution de distribuer d'avance ses biens aux juges. L'arrêt, prononcé l'année suivante, le condamna à la peine capitale pour la seconde fois* Il avait 66 ans; le roi lui fit grâce de la vie, mais le retint en prison jusqu'à sa mort, Burvenue^deux ans après. 9
Il laissait un fils, René, auquel le roi payait fort irrégulièrement une modique pension. René s'en contentait, d^abord parce qu'il avait grand'peur du roi, ensuite parce qu'il était content de tout, pourvu qu'on lui laissât ses plaisirs et ses chasses. Mais ceux à qui avaient été distribués les biens de son père craignaient toujours de sa part quelque dangereuse réclamation. Ils imaginèrent de lui écrire des lettres anonymes ; première lettre : le roi va le faire moine ; René est fort effrayé, ne se sentant aucune vocation; seconde lettre : le roi va l'emprisonner et le faire juger, c'est-à-dire condamner ; troisième lettre : le roi a chargé ses agents de le tuer.... Le comte, aux abois, ne trouve qu'une ressource, c'est de demander asile au duc de Bretagne, au roi d'Angleterre. Aussitôt avis est donné à Louis XI que le comte du Perche se prépare à fuir chez les ennemis du royaume. Passer en Angleterre ou en Bretagne, c'était, aux yeux Louis XI, un crime irrémissible. 11 fait arrêter le coupable et l'enferme dans une cage de fer d'un pied et demi de long où on lui donnait à manger avec une fourche à travers les barreaux (1481). Il y resta d'abord douze semaines. Cependant on manquait de preuve écrite. Un des hommes placés près de lui, et qui lui avait inspiré confiance, l'éveille brusquement une nuit et lui dit : « Parle corps Dieu, vous êtes un homme mort, si vous n'y prenez garde ! » Et iJ lui conte que son frère a entendu dire de bonne source qu'on allait le faire mourir, et profiter pour cela de l'absence du roi. Le prisonnier, éperdu, supplie l'homme de lui fournir les moyens de fuir. Il le promet , mais avant tout il faut écrire au duc de Bretagne, lui demander asile. Et il donne au captif ce qu'il faut pour un message. Le comte écrit, et ses ennemis tenant la pièce qui leur manquait, le condamnent à demander pardon au roi. et à tenir prison perpétuelle*.
ISmUie de la matoom û^AnÊLm^pÊmc (1498). — Il y avait des griefs bien autrement sérieux à alléguer contre le comte d'Armagnac, cet horrible Jean V, qui avait épousé sa propre sœur Isabelle, forcé son chapelain & bénir ce mariage incestueux, en le menaçant de le jeter à la rivière s'il y faisait difficulté, et qui tirait sa dague contre quiconque lui adressait une reipontrance. Traduit devant le parlement pour
I. Michelet, t. VI, p. 479 et saiv. d'après le Procè$ Mi, au ArcbÎTes
inceste, pour meurtre, pour faux, il avait été condamné, sous Charles VII, mais s'était enfui, et un des premiers actes de Louis XI, à son avènement, avait été de lui restituer ses domaines, avec complète absolution pour tous ses crimes. Cet homme effroyable eut la reconnaissance qu'il fallait attendre de lui ; il fut constamment parmi les ennemis du roi : allié du duc de Bourgogne, du duc de Guyenne, du roi d'Angleterre. Louis XI profita, pour le punir, du premier moment de tranquillité que lui donnèrent les ambitieux projets de Charles le Téméraire : en 1473 il chargea de cette exécution un homme sur lequel il pouvait compter, le cardinal d'Alby, qui vint assiéger Lectoure. La ville, très-forte d'assiette, se défendit bien : on fit au comte des propositions d'accommodement, et, pendant qu'on négociait, le cardinal s'empara d'une porte de la ville. Jean d'Armagnac fut poignardé sous les yeux de sa femme. Les soldats répandus dans la ville, pillèrent tout, égorgèrent tout, puis mirent le feu aux maisons. De la population de Lectoure il survécut trois hommes et quatre femmes. La femme du comte était grosse, on^m-, poisonna* 2^t ^^
Raine de la maison de IVemoum (14L99]. — Il y avait dans cette maison d'^Armagnac une branche cadette, celle de Nemours. En 1477, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la Marche, arrêté, emprisonné, mis en jugement, se voyant condamné, écrivait à Louis XI la lettre suivante : « J'ai tant méfait envers vous et envers Dieu, que je vois bien que je suis perdu si votre grâce et miséricorde ne s'étend sur moi, laquelle, tant et si humblement et en grande amertume et contrition de cœur, je vous requiers et, supplie me libéralement donner, en l'honneur de la benoîte passion de Notre-Seigneur Jésus-Cfirist, des mérites de la benotie Vierge Marie, et des grandes grâces qu'elle vous a faites. Si ce seul prix a racheté tout le monde, je vous le présente pour la délivrance de moi, pauvre pécheur, et pour mon entière absolution et grâce. Sire, par les grandes grâces qui vous sont faites, faites-moi grâce et à mes pauvres enfants. Ne souffrez pas que, pour mes péchés, je meure en honte et en confusion, et qu'ils vivent en déshonneur, allant quérir leur pain. Si vous avez eu amour pour ma femme, votre cousine, qu'il vous plaise avoir pitié de son pauvre malheureux mari et de ses orphelins. Sire, ne souffrez pas qu'autres que votre miséricorde, clémence et pitié, soient juges de ma cause ni
qu^autres que vous en aient connoissance. Je vous servirai bien et si loyalement que vous reconnotlrez que je suis vrai repentant, et qu'à force de bien faire, je veux amender mes défauts. Pour Dieu, Sire, oyez pitié de moi et de mes pauvres enfants. Étendez sur eux votre miséricorde, et à toujours ne cesseront de vous servir et de prier Dieu pour vous, auquel je supplie que, par sa grâce, il vous donne très-bonne vie et longue, avec accomplissement de tous vos bons désirs.
— Écrit en sa cage de la Bastille, le dernier de janvier 1477.
— Votre très-humble et très-obéissant serviteur et sujet, h pauvre Jacques. »
Cette lettre est fort touchante, et on plaint Phomme dont le cœur est resté fermé à de si déchirantes supplications. Cependant le repentir et la prière ne détruisent pas la culpabilité.
Les Nemours n'étaient rien que par Louis XI, c*était lui qui, dans ce fol engouement dont il se prenait pour quelques hommes, avait donné à Jacques d*Armagnac, sous le nom de duché de Nemours, des biens immenses dans les diocèses de Meaux, de Châlons, de Langres, de Sens, etc. On avait vu le roi forcer les juges à faire gagner au duc de Nemours un mauvais procès. Arrive la ligue du Bien public, et Nemours passe aux ennemis du roi. Au traité de Gonflans, il revient à Louis, lui jure fidélité sur les reliques de la Samte- Ghapelle, reçoit de lui le gouvernement de Paris et de THede-France, et, moins d'un an après, il figure encore parmi ses ennemis. Toutefois, en 1473, voyant mettre en jugement son cousin d'Armagnac, il a peur pour lui-même et fait une nouvelle soumission, un nouveau serment, le plus solennel qui se puisse trouver. Vaine promesse! deux ans après, au plus fort des embarras de Louis XI, le duc se cantonne dans ses places pour voir venir les événements, refuse tout secours au roi, et se tient prêt à mettre la main sur le Languedoc. Délivré des Anglais, Louis assiégea et prit Nemoiurs dans son château de Cariât, et lé fit transporter à la Bastille, enchaîner, mettre dans une cage de fer, ordonnant qu'on ne l'en tirât que pour le torturer, et qu'on le torturât bien étroit, qu'on le fît parler clair. Un jour, il 2q>prend qu'on a usé de ménagements envers le prisonnier : aussitôt il écrit : c Monsieur de SainIrPierre, je ne suis pas eont^nt de ce que vous ne m'avez averty qu'on luy a esté les fers des jan^b^s et qu'on le fait aller en autre eham-
LE BiONB DE LOUIS XI DE 1472 A 1488. 567
>rd pour besogner avec lui.... Gardez bien qu'il ne bovge 3laa de sa cage, et qa'on ne le mette jamais en diehorsy 31 ce n'est pour le gehenner, et qu'on le géhenne en sacham* ^re ; et vous prfe que si jamais irous avez volonté de me Dure service, vous me le faiteis bien |iarler. » Des juges aiuquels le roi» suivant son usage, avait distribué par avance les biens de Taocusé, recueillaient les aveux et instruisaient le procès» Quand il vit que la condamnation était infaillible, alors, pour obtenir un jugement plus solennel, il porta la cause au parlement Nemours avouait tout et adressait au roi la lettre suppliante que nous avons citée. Cette lettre, que Louis XI se contenta de joindre aux pièces du procès, fit plus d'impression sur quelques-uns des juges. Trois membres du parlement votèrent en faveur de l'accusé. Louis les suspendit de leur office. Le parlement écrit au roi pour réclamer contre c^te vioiwioe faite à la conscience des juges. Le roi répondit avec colère : c Je pensois, vu que vous êtes sujets de la couronne de France et lui devez votre loyauté, que vous ne voulussies pas approuver qu'on fit si bon marché de ma peau. D'après ce que je vois par vos letk*es, je connois clairement qu^il y en a encore parmi vous qui volontiers seroient machineors contre ma personne; et, afin d'eux garantir de la punitionf ils veulent abolir l'horrible peine qui y est. Par quoi sera bon que je mette remède à deux choses : la première, expurger la cour de telles gens ; la seconde, faire que nul dorénavant ne puisse alléger les peines pour crimes de lèseHoaajesté. 1 La condamnation fut prononcée et le duc décapité aux halles. L'histoire de ses enfants placés sous Técha* faud pour être arrosés du sang de leur père est une invention des modernes ; les contemporains, ,mème les plus hostiles, n'en parlent pas.
SoamlMlea «e 1» i^oûmltié «n mMl, et eeguMtteM éwL BevMUlmi (1494). — Un frère de Jean V d'Armagnac et un membre delà puissante maison d'Allnret, coupables aussi de complot, furent, le premier emprisonné, le second décapité. Ces exécutions enseignèrent aux nobles du midi, souvent rebelles, le respect de la loi et du roi* Le roi d'Aragon lui avait engagé pour 200 COO écus le Roussillon, et y fomentait une révolte, espérant recouvrer la province et garder Targent. Louis envoya une bonne armée prendre Perpignan, a^Nrès un siège mémorable, et ferma cette porte de la France (1474).
Kttliitt ae la maison de Salnt-Pol (149»). — Il J
arait au nord un autre seigneur à punir, un homme qm,' comme Jacques de Nemours, n'était rien que par Louis XI, à qui Louis XI avait donné de l'argent , des domaines, la capitainerie de Rouen, le gouyernement de la Normanéfie, et, avec le titre de connétable, la défense du royaume, Fépée de la France. Cet homme, le comte de SainIrPol, qui tenait à la fois des fiefs finançais et flamands, avait résolu de se créer, entre T Angleterre, la France et la Bourgogne, une âouveraîneté indépendante. Il y avait travaillé depuis dix ans, employant pour réussir un seul moyen, tromper tour à tour les Anglais, les Français, les Bourguignons, trompa Louis XI surtout, qui, en dépit de toute sa finesse, s'y était laissé prendre. Aussi, Louis XI fut-il le plus implacable dans son ressentiment, lorsqu'arriva ce que Saint-Pol n^avadi point prévu, que le roi de France, le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne échangèrent les lettres qu'il leur avait écrites, et où ils virent qu'ils avaient été tous les trois dupés par lui. A l'apfHTOche des troupes françaises, le connétable crut qae, madgré tout, il lui resterait un asile auprès de son ami d'enfance, le duc de Bourgogne, et il s'enfuit à lions. Le roi lui écrivit de revenir sans crainte. < J'ai de grandes difficultés, lut disait-il, j'aurois bon besoin d'une tête comme la« vôtre;-» et il ajoutait devant ceux qui étaient présents, de peur qu'on ne s'y trompât: c Ce n'est que la tète que je demande, le corps peut rester où il est. » Saint-Pol n'avait garde de venir ; il se croyait en sûreté, mais il se trompait. Le duc de Bourgogne et le roi venaient de faire un échange. Louis XI abandonnait au Téméraire le duc René de Lorraine, et le prince bourguignon livrait le connétable, qui fut transféré à la Bastille, interrogé sur des choses qu'il ne pouvait nier, IVÛsqu'il les avait écrites, et décapité en plaoe de Grève^ avec tme excessive i^romptitude, par ordre des -gens' du roi liont quelques-uns craignaient peut-être de se voir compromis par les révélations qu'il proposait de faire pour obtenir sa grâce. Le roi manifesta maintes fois le regret qu'on ne l!eût pas, lui aussi, torturé bien étroit, pour le faire parler clair..
Bxteaslonde la pnUsance royale.*— Telles sont les principales exécutions ordonnées par Louis XI. Oublions les naoyens employés, oublions la barbare procédure du quinzième siècle; et, à l'exception peut-être d'une seule, celle du
comte du térche, quelle est celle de ces condamnations capitales qui ne serait pas prononcée aujourd'hui ? L'existence de la France était attachée à la réalisation de deux choses : l'unité du territoire, l'unité du gouvernement. Cette double unité, confusémeiit sentie, est le but de tous les actes de Louis XL Ressaisir le« fiefs et les pouvoirs des seigneurs pour les rattacher à la couronne, fonder le gouvernement royal en abaissant l'aristocratie, c'est l'entreprise de tout son règne. Il la poursuit ou la prépare par tous les moyens, s'attaquant tour à tour à toutes les grandes familles, tantôt pour se les attacher, tantôt pour les ruiner : aux maisons d'Alençon, d'Armagnac, de Nemours, de Saint-Pol et d'Albret par des exécutions rigoureuses ou sanglantes ; à la maison de Bourbon, en menaçant d'un procès le vieux duc Jean, et en faisant entrer dans sa famille le frère et l'héritier de ce prince, Pierre de Beaujeu; àla maison d'Orléans, en donnant pour épouse au duc Louis sa seconde fille, Jeanne ; à la mai* son d'Anjou, en arrachant au vieux René et à son neveu Charles un testament qui le constitue, lui Louis XI, héritier du Maine, de l'Anjou et de la Provence ; & la maison de Bretagne, le dernier et le plus vivace des grands fiefs, en s'en rapprochant autant que possible par Angers, par le Mans, >ar Alençon, en appelant à lui tous les Bretons qui veulevit accepter ses offt^s et qui pourront le servir un jour : Pierre de Rohan qu'il fait maréchal de France, Gui de Laval, qu'il fait goiïvemeur de Melun, Pierre de Laval, qu'il fait archevêque de Reims. Toutes ces mesures amenèrent la destruction bu l'abaissement de cette aristocratie princière si redoiitable naguère à la royauté, et qui a cessé pour jamais de Tètre, du jour où est tombé son dernier appui, le chef de^ maison de Bourgogne. ^ * i
Affaire» de la ■«eci>tflloii de Bourffof^e i 1» naiso^i 4»Aiitrie1i« aux Payft-Ba«« — La mort de Charles le Téméraire avait ouvert une question de la plus haute gravité potir la FWnce. Le Téméraire ne laissant qu'une fille, qu'allaient devenir les possessions bourguignonnes? Louis Xi songea d'abord à tout acquérir par un mariage, mais bien d'antres y songeaient comme lui.
n se présenta pour Marie de Bourgogne cinq maris à la fois : d'abord deux Anglais, le duc de Glarence et lord Rivors^ fitre et beau-^ère d'Eéouaitl IV ; puis deux Allemands, lé duc de-GkidârQ, Adolphe, celai qui était retenu en prison
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pour crime de parricide, et rarchiduc d'Autriche Maximilîen, fils de l'empereur Frédéric III ; enfin un Français, le daupUn Charles qui fut depuis Charles VIII.
Les prétendants anglais furent bientôt écartés ; les Flamands ne pouvaient vouloir d'un pareil mariage, qui eftt livré à l'Angleterre leur intérêt le plus cher, leur industrie. Le mariage français n'était pas plus possible: il aurait fallu unir un enfant de huit ans à une princesse qui en avait vingt ; d'ailleurs les Flamands n'auraient jamais voulu d'un comte qui eût été en môme temps roi de France, c'est-à-dire beaucoup trop puissant pour eux. Louis XI le comprit, et chercha d'avance à se nantir. Pour la Picardie, il mit en avant le droit de retour à la couronne stipulé dans le traité d'Arras; en Artois, il s'arma du droit de confiscation comme châtiment des méfaits du duc de Bourgogne envers lui ; &k Bourgogne, ce fut le droit de garde-noble qu'il allégua : il voulait réserver ces provinces pour sa bonne parente et filleule, Mademoiselle de Bourgogne, qu'il se. proposait, disaitil encore, quoiqu'il y eût certainement renoncé, de donner en mariage au dauphin, son fils; prenant et confisquant sur tous ces motifs, et s'arrangeant pour bien garder ce qu'il prenait. Ainsi il déclarait Notre-Dame comtesse de Boulogne, puis recevait d'elle cette ville comme vassal, lui faisait hommage et lui jurait de bien la défendre; il chassait une partie de la popuUition d'Arras et fortifiait cette place, importante barrière du royaume, et, après avoir repris les provinces françaises, entrait dans les provinces impériales et flamandes, en Franche-Comté, en Hainaut, en Brabant.
Pour ne pas être gêné dans ses conquêtes, Louis XI avait eu soin de susciter des troubles en Flandre.
Les Flamands fort maltraités par Charles le Téméraire, avaient vu dans sa mort une véritable délivrance. Le duc ne laissait après lui qu'une fille de vingt ans, heureuse cireonstance pour les Flamands , ils allaient marier cette jeune princesse à leur gré, et tout d'abord ils lui firent promettre qu'elle ne gouvernerait que par le conseil des états de Flandre. Elle promit, mais en même temps elle écrivait à son parrain, Louis XI, que ses deux conseillers seraient deux Bourguignons, deux serviteurs de son père, le chanoeKar Hugonet et le sire d'Humbercourt. Louis fit alors une nsast action. Cette lettre, il la montra à des députés de Gand,
LE RkONS DB LOUIS XI DB 1472 A 1483. 571
et le penple, furieux contre les deux conseillers, exiges leur mort. La jeune comtesse s'efforça de les sauver. « Elle s^en alla sur le marché où tout le peuple étoit assemblé et en armes, et vit les dessus dits sur reschaffault. Ladita demoi-* selle étoit en son habit de deuil et n'avoit que un couvrechief sur la tête, et là supplia au peuple, les larmes aux yeux el t4>ute eschevelée, qu'il leur plût avoir pitié de ses deux serviteurs et les lui vouloir rendre. » Ses prières furent inutiles* Aussi ne pardonna-t-elle pas à Louis XlThumiliation qu'elle avait dû subir, et, en dépit du roi de France, en dépit de ses propres sujets qui voulaient lui faire épouser le brigand . qu*iLi avaient tiré de prison, Adolphe de Gueldre, elle se donna, elle et son ricbe héritage, à Maximilien d'Autriche, un des nombreux princes auxquels son père avait promis sa main. Le mariage fut arrêté le 27 mai U77. Le barbier de Louis XI, Olivier le Diable, envoyé à Gand, en fastueuse ambassade, sous le titre de comte de MeulAn, pour faire op* position, n'avait rien pu empêcher.
Dans les temps tout à fait modernes, les mariages princiers sont de simples événements de famille auxquels Fbistoire n'a point le plus souvent à s'arrêter, parce que la plupart n'exercent qu'une médiocre influence sur les destinées des nations. Il n'en était pas ainsi à la fin du moyen âge, alors que l'épousée apportait en dot une ville, une province, un peuple ; que les Etats se faisaient et se défaisaient sans autre raison que celle des unions de leurs maîtres. Parmi ces nuh riages de princes que l'histoire doit signaler à cause de la grandeur de leurs conséquences, figure au premier rang celui de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne. Leur fils, Philippe le Beau, épousera l'héritière de la Castille et de l'Aragon : les possessions castillanes, aragonaises, bourgui-* gnonnes, autrichiennes, se trouveront réunies dans une seule main, et nous aurons la monstrueuse puissance de Charies- Quint, la lutte de la France, la lutte de l'Europe contre la maison d'Autriche.
B»t»llle de «vinegaie (1490). — Cette lutte, à son origine, sous i^ouis XI, n'avait pas la gravité qu'elle acquit plus tard. A l'aide d'une subtile distinction qu'il établissait entre prendre et occuper, Louis XI entrait dans le Hainaut, prenait ou occupait Cambrai, Bouchain, le Quesnoy, Avesnee, Thérouanne. A l'assaut du Quesnoy, il vit le jeune Raoul de Lannoi se faire jour au plus épais de l'ennemi. Il avait du
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eourage, qadqu^on en ai dit, et Taimait dans les autres. lift venir Lannoi, lui passa au cou une chaîne de 500 écus, a lui disant : «Par la Pâque-Dieu, mon ami, vous êtes tropftirieux en un combat. Il vous faut enchaîner, car je ne vous veux point perdre, désirant me servir de vous plus d*ttnft fois. »
Cependant, à la fin, les Flamands s'irritèrent de ses empiétements et se décidèrent à aller prendre Thérouanne. Lé général de Louis XI, Crèvecœur, venait au secours de cette ville, lorsque, descendant une colline, il rencontra Maximl lien qui arrivait avec beaucoup de milices flamandes, 27 000 hommes, dont 850 lances. Crèvecœur avait moitié moins dUnfanterie et le double de gens d'armes. Avec cette masse de cavalerie, il culbuta, poursuivit les hommes d'armes de Maximilien, mais il oublia sa propre infanterie sur le champ de bataille. Nos francs archers, laissés à découvert, furent fbrt maltraités. La garnison française de Thérouanne sortit pour prendre Tennemi à dos ; malheureusement elle rencontra le camp sur la route et s'arrêta à piller. Quand Crèvecœur revint de la poursuite, il trouva que tout était perdu et qu'il n'y avait qu'à fuir.
Au reste, Maxiniilien n'avait gagné rien de plus que Thonneur de garder le camp. Il ne put pas même reprendre Thérouanne, et repassa en Flandre où mille embarras l'attendaient : à Gand, révolte et bataille pour une surtaxe de quelques Uards sur la petite bière : dans la Gueldre, soulèvement de la province qui voulait recouvrer son indépendance el avoir pour souverain le descendant de ses anciens ducs ; en Hollande, factions acharnées des Hameçons et des Morrus. Maximilien épuisait ses dernières ressources pour sortir de toutes ces difficultés, mettait en gage les joyaux de safemine, et tombait malade de désespoir. mi-.'.
Vralté a»ArrM (1489|); le rot recîielUe la mmik 4e l*liérite9e àm dne 4e Boai^i^e. — Ces dernières années furent, au contraire, très -fructueuses pour le roi de France. Les bonnes nouvelles, les héritages, lui arrivent coup sur coup : 1480, mort du roi Qené; 1481, mort de son neveo Charles, et voilà, en vertu de leur testament, le Maine, l'Anjou, la Provence dévolus à Kouis XI. Le 27 mars 1482, mort de Marie de Bourgogne. Grièvement blessée à la cuisse d'une diute de cheval, elle aima mieux mourir que d'appeler les médecins. Elle avait deux enfants, Philippe et Maiguerite;
nais les Flamands formèrent un conseil de tutelle et ne laissèrent pas à Maximilien une ombre d'autorité. Celui-ci, en sa qualité de prince allemand, ne comprenait absolument rien à le pareilles libertés, et essaya de faire comme on faisait en Autriche, de saisir et pendre quelques bourgeois récalcitrants» [1 acheva ainsi de ruiner son crédit. Les Flamands se tournèrent du côté du roi de France et lui offrirent pour son jeune dauphin leur petite princesse Marguerite, qui lui apporteriaiit en dot les provinces françaises de la succession de Bourgogne. . Louis XI ne comptait que sur les villes de Picardie et le duché de Bourgogne: les Flamandsy ajoutaient Ubëralement ce qui n'était pas à eux, le comté de Bourgogne, le comté d'Artois ; sur de pareilles bases, le traité d'Arras fut aisément conclu (23 décembre U82).
Ce roi de France qui faisait parler de lui partout, et qui partout négociait, intriguait, qui ordonnait dans son royaume < de bien âpres punitions, » comme dit Comines, qui faisait acheter à grands fixais des lions en Afrique, des mules eu Sicile, des rennes en Suède, des chevaux en Angleterre, des chiens en Espagne, comme s'il était encore un chasseur infatigable, les envoyés de Flandre Tallèrent chercher au fond de son château de Plessis-lez -Tours; non pas un château, mais une forteresse, une prison : grilles de fer, portes de fer, et des ponts, des tours, des soldats. Quand ils ont traversé ponts-levis et bastions, ils se trouvent le soir dans une petite chambre mal éclairée, et, en un coin de cette chambre, ils aperçoivent un homme presque entièrement caché dans une riche fourrure ; c'était Louis XI ; Louis XI, frappé de paralysie depuis deux ans, se sentant mourir, et remplissant encore l'Europe de son activité, redoublant de défiance et de dureté à mesure qu'il s'affaiblissait, se rattachant de toute sa force à la vie et au pouvoir. 11 dit aux envoyés en parlant avec difficulté, qu'il était fâché de ne pouvoir se lever ni se découvrir ; puis il fit apporter l'Évangile sur lequel il devait jurer. Si je jure de la main gauche, dit-il, vous m'excuserez; j'ai la droite un peu faible. Elle était déjà comme morte. Toutefois, réfléchissant qu'un traité juré de la main gauche pourrait bien un jour être annulé sous ce prétexte, il fît un effort, et toucha l'Évangile du coude droit*. Ac4«l0ttioB« faites «ous ce règne. — De la main gau-
i. Mtebdet, BU$9ir0 de France^ t. Vf, p. 4W.
che ou du coude droit, ce roi moribond recevait quatre belitt provinces, Picardie, Artois avec le comté de Boulogne, du* ché et comté de Bourgogne avec le Cbarolais et Auxerre. Uft testament lui en avait donné trois autres, Anjou, Maine, Provence. Un procès lui avait valu le duché d'Alençon et le Perche; la mort de son frère, la Guyenne ; son interventîofi dans les affaires d^Ëspagne, le Roussillon et la Cerdagne.
Voilà onze provinces réunies au domaine de la Couronne pendant un seul règne, sans compter le profit des exécutiûDS de Saint-Pol, Nemours et Armagnac; c'était un pas immense vers Tunité du territoire, et un coup décisif porté au pouvoir des grands. Ces grands n'avaient pas plus été épargnés dans leurs personnes que dans leurs domaines, et pas plus dans leurs droits que dans leurs personnes. Ûaristocratie est vaincue, la royauté mise hors de page, et, pour ne pas se créer de nouveaux embarras, le roi n'employait que de petites gens qu'il pouvait aisément replonger dans Tobscurité d'où il les avait tirés.
Affaires extérieures | relations avee l'Arag^m ti l'Angleterre. — Les graves et nombreuses occupations du roi à l'intérieur n'avaient pas complètement empêché sou action au dehors. La France était en voie de reprendre en Europe ce premier rang qu'elle avait occupé tant de fois. Partout son alliance était recherchée : la Castille, Venise et rËcosse s'en glorifiaient; la Bohême et la Hongrie la sollicitaient, Louis XI s'était fait nommer bourgeois des cantons suisses et leur premier allié. Six mille Suisses servaient dans ses armées; les Écossais formaient sa garde. Il était protecteur de Laurent de Médicis à Florence, qu'il soutint même contre le pape; de Galéas Sforza à Milan; protecteur du jeune roi de Navarre, du jeune duc de Savoie, du jeune duc de Gueldre. Il avait la sagesse de ne tirer de ces alliances que ce qu'elles donnaient d'utile et se refusait aux aventures dont elles pouvaient faire naître la pensée. Les Génois lai offraient la seigneurie de leur ville. C'eût été une inutile et dangereuse possession au delà des Alpes, c Les Génois se donnent à moi, dit-il, et moi je les donne au diable. » Mais s'il ne voulait pas de conquêtes compromettantes, il voulait fortement celles qui étaient nécessaires. Le roi d'Aragon lui avait engagé la Cerdagne et le Roussillon en 1462, etsouhai- , tait fort de les reprendre. Il y eut continuellement de ee céié des négociations et des hostilités. Enfin le roi frappa un
coap sérieux en 1474 ; il s'empara de Perpignan, chasca de ia proYince tous ceux qui étaient hostiles à la domination firançaise, et prit toutes les mesures pour conserver une de nos frontières naturelles.
L^AUemagne, sous Frédéric III, ne causait au roi de France aucune inquiétude. Il ne redoutait môme plus FAngleterre, puisqu'il n'avait pas craint de défaire, au traité d'Àrras, le mariage promis par le traité de Pecquigny. Edouard IV devait être, d'après la prévision de Couis XI, emporté promp« tement par un excès de table, et il le fat.
lierMlem momento de X«ôiiis XI (1488). — Mais le roi de France, à soixante ans, se mourait aussi, tout en faisant mille efforts pour se rattachera la vie. Il avait obtenu du roi de Naples qu'il lui envoyât c le bon saint homme François de Paule, devant lequel il se jeta à genoux^aûn qu'il lui plût allonger sa vie *. i Le sultan Bajazet lui envoyait des reliques trouvées à Constantinople, et ne demandait en échange qu'une seule chose, que Louis XI lui gardât bien étroitement son frère Zizim, le duc de Guyenne de l'empire ottoman. Le roi avait fait venir de Reims la sainte ampoule, et se proposait, disait-on, de s'en faire oindre tout le corps. Les gens du peuple allaient plus loin et prétendaient que Louis faisait c de terribles et merveilleuses médecines, i que pour rajeunir son corps et sa vie, il buvait le sang des enfants. Les remèdes, les prières au ciel, la volonté de vivre furent inutiles, c Le tout n'y faisoit rien, dit Gomines, et faiioit qu'il passast par là où les autres sont passés. » Geux qui l'entouraient et à qui il avait toujours recommandé de lui annoncer doucement l'approche du danger, lui dirent avec brusquerie qu'il fallait mourir. Alors enfin il se résigna, fit venîi^ le dauphin son fils, lui donna d'excellents conseils, comme on en donne toujours à cette heure, et expira le 30 aoM
Gomines, qui a raconté dans un langage énergique les derniers moments de son maître, a tiré aussi la moralité de ses terreurs et de ses tourments. Après avoir rappelé les sup» plices qu'il avait ordonnés, les prisons qu'il avait inventées, Thistorien continue : c Les cdges où il avoit tenu les autres
i. CMitoittMy Ut. VI, chap. xv. — On Tient de relroay«r wm lettre 4« Uait XI faisant donation à Tabbaye de Saint-Claade, afin d'obtenir, par llttUreliBBioil da taint, k bon fl parfait itat dt «on Mioitiav.
avoient quelques huit pieds en carré ; et celui qui estoii si gi^ I roy, avoit une bion petite cour de chasteau à se promeofir;'
encore n'y Yenoit-â|j guèresy mais se teooii, 1 en la galerie , sans | partir de là, sinon que^ I par les chambres aU loit à la messe, sans[ passer par ladite cour.. ' Vouldroit-on dire que ce roi ne souffrist pas aussi bien que les autres, qui ainsi s^enfeCy moit et se faisoit j der, qui estoit en paour de se^ ea-J fants et de tous seM prochains parent^, quij changeoit et i jour en jour viteurs et i qui ne tenoié ne honneur 0è C»
luy, et en nul d'eux ne se osoit fier, et s'enchaînoît de si estrange chaîne et closiure? Si le lieu estoit plus grand que d'une prison commune, aussi estoit-il plus grand que prisonniers com^ muns. j ^
IVoaTcaiix parlements! postes j faveurs à la bourgeoisie. — Louis avait accordé Tinamovibilité aux magistrats (1467), don étrange de la part d'un tel prince; il étendit Taction du gouvernement sur les provinces éloignées par rétablissement des postes (1464], qui, pendant un siècle, ne servirent que pour les affaires du roi et celles du pape ; par l'érection des parlements de Grenoble, de Bordeaux et de Dijon ; enfin par l'extension des appels en cour du roi des sentences qu'avaient rendues les justices seigneuriales. Pour s'attacher les nouvelles provinces et garder l'affection des anciennes, il leur conserva ou leur donna des États (KOviDciaux. On voit sous son règne les trois ordres se réunir '
Tombeau de Louis XI i Notre-Dame de Clôry.
lans la Champagne, le Dauphinô, le Périgord, la Guyenne, a Normandie, le Languedoc, la Provence, et le roi prêter •oreOle à leurs doléances. Afin de gagner les bourgeois et de rouver dans leur dévouement un point d'appui contre les çrands, il leur permit de racheter le droit qu'avaient les nobles de commander le guet, ce qui acheva de détruire Tin- ( luence féodale dans les villes; il autorisa souvent leurs assemolées, la libre élection de leurs magistrats, et attacha la noblesse à l'exercice de certaines charges municipales.
Une route au quinzième siècle.
EBcoaragememis an commeree» à Pimprlmerle, a«x lettref} ComiiiM. — Ce n'est pas que Louis XI préférât les libertés municipales aux privilèges aristocratiques. 11 ne voulait ni des unes ni des autres ; s'il abattait les grands fiefs, s'il fit décapiter le comte de Saint-Pol et le duc de Nemours, les bourgeois, que l'aggravation des taxes souleva, furent cruellement traités. Beaucoup périrent pendus aux arbres le long des chemins, ou jetés à la rivière cousus dans des sacs sur lesquels était écrit : « Laissez passer la justice du roi! i Tout plia sous sa volonté souveraine , et la royauté
^78 I,B MGfiE DE M>Ut$i XJ DE 1472 A 1483.
sortit de ses mains cottYertt de sang, mais crainte des nobks 4 cause de sa force, et respectée du peuple parce qu'elle garantissait la paix publique, la sûreté des routes, et que déjà elle s'occupait du grand intérêt des sociétés modernes, I0 commerce et Tindustrie. Un jour le roi apprend quelque pillage fait par les troupes; il écrit aussitôt à Dammartio: c Je vous prie qu'il ne se fasse pas le gast une autre fois, car vous êtes aussi bien ofOcier de la couronne comme je suis, et si je suis roi vous êtes grand maître. ».
c Ung bien avoit en lui nostre bon maistre, dit Comines: il ne mettoit rien en trésor, il prenoit tout et dispendoit tout. Il fict de grans édiflces à la fortification et deffénse des villes ei places de son royaulme et plus que tous les aultres roys qui ont esté devant luy. i
Il améliora les chemins publics et convoqua près de lui les plus habiles négociants pour aviser aux moyens de faire prospérer le commerce et Tindustrie. Il voulait créer un grand port de commerce sur les côtes de la Normandie, multiplia les foires et les marchés, y appela les marchands des Pays-Bas, en supprimant pour eux les droits d'atibaine et de naufrage; par de semblables avantages, tâcha d'attirer à Lyon les négociants de la Savoie et des pays voisins, qui ne connaissaient auparavant que le marché de Genève, et écrivit au Soudan d'Egypte poUr lui recoinmandelr les Fran- ^à\s qui trafiquaient de ce côté.
Des ouvriers de Vehise, de Gênes et de Florence fondèrent à ToUVs les premières manufactures de soieries, et il encouragea Une d6s plus anciennes industries de là France, celle des mines.
• Pour éviter, dit encofe Comines, la cautelle (les fourberies) et pillerie des chicaneurs, il eût voulut qu'en ce royaulme l'on usast d'une coutume, d'un poids et d'une mesure (unité de. lois, de poids et mesures), et que toutes les coustumes fussent mises en françois, en un beau livre. > Et ce grand HÉrataM n'eût pas été une simple compilation des coutumes, mais une œuvre de législation ; car il faisait étudier et réu- -nir les lois des pays étrangers, notamment celles de Venise et de Florence, et il eût sans doute beaucoup emprunté à l'admirable régime civil des grandes républiques italiennes.
On doit tenir compte encore à ce prince, qui lui-même ' était lettré, de s^s encouragements aux savants (fondation m réorganisation des universités de Valence,- de Bourges
£ft iifcGifA Dfr uniian ob 1412 ▲ Ua9. VPSk
et Ile BHëaÀMIim, de fhiilMra/ioolcri d» «Iroit «i d^ ttèém cine, etc.), «i <ie la fâvetti* avee ItqueUë il accueillit la i^ cente détoiïf^tte de GotenbeiY, rinifirnBerie. Villon qui
.... sut le premier, dans ces siècles grossiers, Débrouiller Tari confus de nos ViëUt rdtnailciél'S,
▼ivait seuA Louis XI. Gomiiiesv bob conseiller^ tal realè un de nos grands bistorieds*. Toutefois) le roi a^aimait pas plus le bruit dans les écoles qu'ailleurs. Fatigué des disputes que souleTdit encore la scoiastique, il fit ciou^ les livres des imh fninaùO} dans les bibliothèques et obligea les professeurs k itirer qu'ils n'enseigneraient plus oetle doctrine. Celte singulière interdiction ne fut lavée, que sept ans après, en
Caractère éa I^aiàis "MM. ^ Ce prince a contribué plus qu^aucud autre à fonder la monaarehie française, et est, à de certains égards, le représentant de l'esprit nouveau en poli-* tique* Car, lorsqu'il ne donnait rien à la naissance et tout au mérite, il préparait à «l'intelligente le rdle qu'elle joue dan$ les gouvernements modernes ; malbeureusement l'intelligence consista trop souvent pour lui dans la ruse et la perfidie* Louis entreprit de faire prévaloir l'intérêt général sur les intérêts particuliers, mais il donna aux mesures de rigueur que le bien de la France commandait l'apparence de ven* geances personnelles. Tout ce qu'il faisait pour arriver à
1. Comines naqoit en 14S3 aa château de ee nom, près de Lille ; il mou» rat en 1509. U servit Louis XI depuis 1472, entra au commencement du règne snivant dans le parti du duc d'Orléans, et fut huit mois renfermé à Loches, dans une cage de fer. c Plusieurs les ont maudites, dit-il, et moi aussi, qui en ai tàté sous le roi d'à présent. • Charles VI U remploya à diverses négociations. Louis XII le laissa dans la retraite. Il y rédigea ses Mémoires, on on trouve un grand sens, mais une moralité politique bien peu difficile. ■ Tout entier à l'étude des effets et des causes, plein d'admiraUon pour l'intrigue gui réussit, Comines, dit M. Demogeot, triomphe quand il peut suivre trois on ouatre combinaisons politiques qui se trament en même temps; quand il tient sûr ses doigts tous ces fils diplomatiques qui se déroulent, se croisent, se divisent, se rejoignent sans jamais s'embrouiller, il s'écrie avec joie : « Et se menoient tous ces marchés en un temps et un coup.... > Comines a bien quelques scrupules à propos des machinations du roi < quant à la conscience ; > mais il se rassure bien vite en songeant qu'après tout c c'étoit un des plus sages hommes et des plus subtils qui aient régné en son temps. ■ [Bittoire de ia littérature françatie, P- 203-906). Ajoutons que, comme Machiavel, il eût bien souhaité autre c>\ioae que ce qu'il voyait, ainsi que l'atteste l'estime qu'il témoigne (IV, i ; V, XIX) pour le gouvernement anglais. Sachons-lui gré aussi de cette phrase qui prouve an esprit bien supérieur à son temps : * Y a-t-il roi ni seigneur sur terre qui ait pouvoir, oultre son domaine, de mettre un denier snr ses sujets sans octroy et consentement de ceux oui le peuvent payer, sinoa par tyrannie ou violence ? • (Liv. V. ch. xix.)
580 LB RfcONB OR LOUIS Xi DE 1478 A 1483.
Pimité de territoire et de gouTemement ne semblait que h haineuse jalousie d^un despote, il aTait à détruire la société iëodale, société surannée, quoique tenace encore, et qui devait céder la place ou périr, si elle s'obstinait à la garder. Elle s^obstina, elle combattit et périt ; mais la bataille avait été conduite de telle façon que la pitié fut pour les vaincus, et qu^on oublia les devoirs du vainqueur : je veux dire IV bligation où se trouvait la royauté de donner enfin la paix et Tordre au pays. Ce devoir, Louis XI Ta rempli, mais en faisant trop souvent fléchir la règle morale, qui ne doit jamais varier. Aussi fautril le juger avec une moralité plus élevée que celle dont use Philif^ de Gomines lorsque ce grand écrivain apprécie les actes du prince qu^il avait servi : « Encore fait Dieu grand^gràce à un prince, ditr-il, quand il sçait le bien et le mal, et par espécial quand le bien remporte, comme au roi noire maistre dessus dit. » Un autre historien de Louis XI, Duclos, a dit : c Louis XI fut également célèbre par ses vices et par ses vertus, et, tout mis en balance, c'était un roi. » La France lui doit beaucoup assurément, mais elle n*a pu Tabsoudre d'avoir cru que tous les moyens étaient bons pour arriver à un but utile. v ,
Faits ditbas : — Création, en 1469, de l'ordre de Saint-Michel, 36 membres. Le 22 décembre 1463, Louis XI avait cédé à François Sforjca, duc de Milan, la république de Gènes, pour la Unir en fief du royaume de Frisée. 1474, première expérience, sur un condamné à mort, de TextractioD de la pierre. — Louis XI a le premier reçu de la cour de Home le titre de roi Trèt-Ghrétien,
tJR fàam DE CHARLES Vllt DE 1483 A 1491. 581