LE RÈONB DE CHARLES VIII DE 1483 A
I^e dme d'ihpléans et le Ane Ae Bowrbon. — Son mari^ Louis d'Orléans, âgé de vingt et un ans, était fort occupé de galanterie, de fêtes et de tournois ; on le voyait sauter des fossés de quinze pieds, ou, dans la cour du palais, dompter des chevaux fougueux. C'étaient là des occupations et des qualités toutes royales à son avis. Alex^uidre n'avait-il pas ainsi commencé? Jointes à son titre de premier prince du sang, elles devaient lui assurer la.suprème direction de FÉtat. Pourtant, homme de plaisir plus que d'intrigue, il se fût contenté d'être tenu pour le modèle des chevaliers, sans ses deux jeunes cousins, les comtes d'Angoulême et de Dunois, qui le poussaient pour se porter eux-mêmes au pouvoir. Le vieux duc de Bourbon avait, à la vérité , les mêmes prétentions ; mais ce duc, frère aîné du sire de Beaujeu, était retenu au lit huit mois de l'année par la goutte; et d'ailleurs tout pouvait s'arranger par un partage. L'essentiel, c'était que l'aristocratie princière reprît le dessus, que le temps des rois fût passé, que le temps des princes et des grands fut revenu.
BéaetloB arl«tocr»tlqiie. — Aussi princes et grands se mettent à l'œuvre sans délai. Le duc d'Orléans s'adjuge une pension de 24000 livres, une compagnie de 100 lances, la lieutenance générale dans l'Ile-de-France, la Picardie et la Champagne ; il donne au comte de Dunois une pension de 4000 ducats et le gouvernement du Dauphiné; au comte d'Angoulême, une pension de 20 000 livres et une compagnie d'ordonnance; au duc de Lorraine, une pension de '36000 livres, 100 lances et le duché de Bar, « en attendant que Ton examine ses droits sur l'héritage de Provence et d'Anjou ; > au duc de Bourbon, les titres de connétable et de lieutenant général pour tout le royaume, avec les traitements et avantages attachés à ces fonctions : enfin on désarme le roi en renvoyant 6000 Suisses que Louis avait à sa solde.
La vengeance est satisfaite comme la cupidité. Une ordon' nance frappe collectivement tous ceux que Louis XI a bien traités, en révoquant toutes les aliénations du domaine faites par lui. Puis on prend et oh punit un à un ses < méchants conseillers : » Olivier le Diable et son digne acolyte Daniel, pendus et leurs biens confisqués au profit du duc d'Orléans: Jean Doyat, battu de verges, avec la langue per- ' cée et les oreilles coupées ; le médecin Coictier, exilé , après restitution de 50000 écus.
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Si les amis de Louis XI sont traités fort mal, ses Miciens nnemis le sont fort bien : le comte du Perche est remis en berté et prend le nom de duc d'Alençon ; Poncet de Rivière, m de ceux qui avaient le plus excité le Téméraire à Péronne, ist fait maire de Bordeaux ; les biens du prince d'Orange lui lont restitués, et Philippe de Savoie, comte de Bresse, re* rient à la cour prendre rang avec les. princes du sang. La réaction ne s'arrête pas là; ceux que Louis XI a fait suppli* cier, Jean d'Armagnac, incestueux et meurtrier, Jacques de Nemours^ dix fois traître et parjure envers TËtat, envers le roi, sont transformés en victimes innocentes; le fi*ère de Tun, les enfants deTautre, viennent réclamer justice, réha- YïiUtation, restitution surtout.
Pour que la contre- révolution fût complète, pour que, de
tout ce qu'avait fait Louis XI, le moins possible lui survécût,
il fallait maintenant que le gouvernement passât tout entier
entre les mains des princes. Mais cette aristocratie avait été
%\ malmenée à Tépoque précédente qu'elle avait perdu le
courage des hautes prétentions. Cette question de souverai*
neté qu'elle aurait dû, dans son intérêt, trancher elle-même
à son profit, elle la donna à résoudre aux états généraux
convoqués à Tours pour le 4 janvier 1484. Le duc d'Orléans
ne doutait pas qu'ils ne l'aidassent à supplanter sa belle^
sœur, et Anne comptait bien s'en .servir pour brider toutes
ces jeunes ambitions.
Etats i^iiéraax de 1484. — Ces états furent véritablement la première de nos assemblées nationales. Tous les baillages de la langue d'oc et de la langue d'oïl envoyèrent des députés; chaque ordre nomma les siens, même les paysans , qui furent alors appelés pour la première fois à exercer, dans des assemblées primaires*, des droits politiques, de sorte que les états de IkSk marquent l'avènement âe la population rurale à la vie publique, comme ceux de
1. Les aisemblées primaires étaient composées des habitants de toutes les paroisses. « Les délégués de chaque paroisse dressaient le cahier de ses doléances et le portaient au cbef-heu du bailliage cantonal ; là, réunis anx délégués du chef-lieu, ils élisaient des personnes chargées de fondre en an seul cahier les doléances des paroisses et de les porter & la ville, siège du bailliage supérieur, où de nouveaux délégués, élus de la même manière et réunis aux mandataires de la ville, rédigeaient, par une noaveUe compilation, le cahier provincial de l'ordre plébéien, et nommaient ses représentants aux états généraux. Cette innovation, qui date de l>M*m.
blée de 1484, flt désormais un seul corps politique de toutes les classes do tiers état • (Aug. Thierry. Essai sw Vhistoire au ttêrs état, p. 130.)
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1302 y avaient appelé la population urbsiine , ou plutôt c^à à la fin du quinzième siècle que s'opère la définitive union | la bourgeoisie et des paysans, la formation du tiers étj Dans le sein de l'assemblée, les députés, au lieu de se dil seret de voter par ordre, se partagèrent en six bureaux i pondant à six grandes régions territoriales, présage Stussil Tunion future des ordres, qui s'opéra trois siècles plus f Enfin nulle assemblée, si ce n'est celle que dirigeait Man ne revendiqua plus hautement le droit national.
Le 15 janvier, la séance royale eut lieu dans. I^ salle de Tarchevéché divisée en deux parquet^. Au milieu | premier, de quatre pieds plus élevé, nue l'autre, était le trfl sur lequel siégeait le jeune roi ; à sa droite était assis, à qui| que distance, le connétable ; à sa gauche le chancelier ; enii eux et le trône se tenaient deboutle comte de Dupois, i sire d'Albret, le comte de Foix et le prince d'Orange; pluse arrière étaient assis deux cardinaux, six pairs ecclésiastiquel et six princes du sang ou pp.irs laïques; i^ne vingtaine de ' seigneurs étaient debout derrière eux. En face, sur le parquet inférieur, on voyait rangés, sur deux bancs demi-circulaires, les députés de la nation. Les évèques, barons et chevaliers prirent place au premier, les autres députés au second. Le chancelier Gnillaume de Rochefort prononça upe longue et confuse harangue dans laquelle il citait pêle-mêle Juvénal, Jules César, saint Jérôme, Pythagore, Plalon , Pprse, Auguste, Boèce, Cicéron, Glotaire, saint Louis, Saîomon, Salluste, Horace, David et Gaton TAncien. Ce que le chapce- Her voulait dire, à travers ce déluge d'érudition, peut se réduire à ceci : exprimer le désir qu^av.Vit le jeune roi de connaître ses sujets et d'être connu d'eux; annoncer l'^onomie qu'il s'était prescrite dans ses dépenses, les féfornues qu'il avait commencées déjà et celles qu'il se proposait d'opérer encore; Tintention qu'il avait de pourvoir, avec les revenus de son domaine * , à ses dépenses personnelles , et la néces- ^té QÙ il était de recourir aux états pour les dépenses que requérait la sûreté du royaunie. Qu'ils sfitisfs^Si^eQt h cette ((emande, et le roi, qu'ij appelle un second Saloi^on, le père
1. 08« revenus, qai comprenaient le fermage des bifns-fonds, les rentes •* "■^«▼ances, les droits de greffe et de douane, et la partie des *ide« el **•»■•* <ï"* n'avait pas de destination spéciale, s^élevaiuni à nlns d'un t'^Twfif'**^"**"* *^°^'**'**"^ ** aillions 4e lfrancf>.liiailr,.oii|fr.cW.