CHAPITRE XXXVIII
IiOiil0 Xa. — Charles VIII n'ayant pas laissé d'enfants, la couronne revenait de droit au duc Louis d'Orléans, alors âgé de trente-six ans, et petit-fils d'un frère de Charles VI. Louis XII était d'une famille aimable, remuante et spirituelle, qui plaisait pour ses qualités et même pour ses défauts. Son aïeul avait été un brillant chevalier, son père un poète qui a laissé quelques pièces charmantes , son oncle Dunois, le plus brave des capitaines de Charles VII et un des noms de la vieille France qui sont restés populaires. Louis, sans qualités supérieures, se distinguait par un grand fond de débonnaireté. Il conmiença son règne en diminuant la taille et il refusa le don de joyeux avènement, qui s'élevait à 300000
1. Onyrages à consulter : Jean d'Auton, Chtùnimkn dé Louts Xll (1490- ISOS); Jean de Saint-Gelais, H<«lotre ds Loui» XII; Seyssel, Bittoirê du bon rov d$ France Louii Xll; Mémoiree de la TrémoUle; Bietoire de Baif4Êraj par le loyal serviteur; Guichàrdin, Histoire d* Italie; Leroux de I.inoy, Vte d'Anne de Bretagne,
LOUIS xn (1498-1615).
KTreaS Anden clief de la iMdilessê contra rantorité royale, il ne garda pas rancane aux fidèles serviteurs d'Anne âe Beaujeu qui Tavaient si bien battu à la journée de Saint- Aubin. Il accueillit la Trémouille et les autres en leur disant que ce n'était pas au roi de France à yenger les injures du duc d'Orléans*.
Une grave 9ffme l'occupa d'abord. La veuve de Ckarles VTIf ,
Cbàteau de Nantes,
la reine Anne, s'était retirée au château de Nantes duché de Bretagne, et pouvait le porter par un ' riage dans une maison étrangère. Louis, marié dec deux ans une fille de Louis XI quHl n'aimait pas, U malgré les larmes de cette vertueuse princesse, que H < fût prononcé. Le pape Alexandre VI avait besoin '4I0MI il
t. <2e dlon de joyeur- avénemeni. était im tribut qoe toni sa jet feitnt it la couronne qb privilège ou une ebarge, à Quelque titre que te fAt.'defift payer pour obtenir d^étre confirmé dans sa^place ou ses nnviléges'
2. Cette réponse fat faite non i la Trémoiilé, mais aut démîtes de U ▼ille d'Orléans. Foumier, l*Esprit dan» VHisioirij p. W. ^ -
hm9 W j(amf># ^u Lpjfvri^},
raccorda, et Louis épousa aussitôt la veuve de son prédécesseur. La Bretagne se trouva donc encore rattachée à la France (1499), cette fois pour toujours.
Le temps était aux conquêtes extérieures. La facilité de la première expédition d'Itdie, les récits qu'on faisait de ce beau pays, ranimaient le goût des lointaines aventures. Louis XII, héritier des droits de Charles VIII sur Naples, tenait encore de sa grand*mère, Valentine Viscontî, des prétentions sur le Milanais usurpé par les Sforza. Il sacrifia à la passion du temps ; mais il ne le fit pas avec la témérité de son prédécesseur. D'ailleurs, s'il fallait absolument retourner à Naples et s'enfoncer à cette extrémité de la Péninsule, il était sage de mettre la main sur quelque forte position da Nord. Naples a toujours été fatal à la France, parce que cette ville est trop loin de nous ; Milan ne lui vaudrait rien, mm lui est indispensable du moment que nos armes ont à/|igir au centre ou dans le sud de la Péninsule. jQ}"'
eo«««««e ûm MllanaU (1499-1500). — Avant de tenter cette conquête, Louis renouvelales traités de Charles VIII avec ses voisins et chercha des alliés en Italie. Le duc de Savoie lui ouvrait les Alpes et s'engageait à le suivre avec ses troupes ; Venise reçut promesse de Crémone et de la Ghiara d'Adda; Florence, celle dé la soumission de Pise révoltée ; le pape était gagné ; César Borgia avait déjà été gratifié du duché français de Valentinois. Ludovic, le premier traître à la cause italienne, était isolé par sa trahison. Trivulce. Italien passé au service de Louis XII, n'eut qu'à se présenter dans le Milanais à la tète de 9000 chevaux et de 13 000 fantassins. Ludovic repoussé par tout le monde, s'enfuit dans le Tyrol, tandis que les arbalétriers gascons, entrés dans Milan, brisaient à coups de fièches sa statue, chefd'œuvre de Léonard de Vinci (2 octobre U99). ""
Perto et seconde epiiquAto &m MllMiAla (ISOO). — La mauvaise administration de Trivulce, ancien guelfe, qui persécuta ses adversaires, rendit des chances à Ludovic. D revint avec un ramas d'aventuriers suisses ou all^iuiôâs et surprit Milan (5 février). Mais une nouvelle armée de France descendit les Alpes et rencontra près de Novare les troupes de Ludovic (avril 1500). Les Suisses formaient la principale force des deux armées. Ils aimèrent mieux se vendre une seconde fois que de s'entr'égorger ; la victoire fut à celui qui pouvait le plus donner. Louis XII, d'ailleurs, étant l'allié
Aane de Bretagne d'après la rainiatare <!• son livre d'heures.
officiel de la Suisse, avait promesse que les gens de Ludovic ne se battraient pas contre une armée où ils voyaient les bannières de leurs cantons.
Le duc essaya de fuir déguisé en soldat ou en moine : un Suisse du canton d'Uri le livra; il fut envoyé en France, resta enfermé dix ans dans un cachot du château de Loches et mourut quand on Ten fit sortir. Deux de ses fils purent gagner PAllemagne d'où on les verra revenir. Les Suisses, en se retirant, mirent la main sur Bellinzona, qui commande la vallée du Tessin, et une des routes pour descendre en Italie.
La leçon que Louis XII venait de recevoir ne fut pas perdue ; le cardinal Georges d'Amboise, qu'il chargea de réorganiser sa conquête, traita les Milanais avec douceur. Il institua dans leur capitale une sorte de parlement, sur le modèle de ceux de France, qui donna à ce pays ce qu^il n'avait guère connu, une justice impartiale, et confia le gouvernement de cette province à son neveu, le seigneur de Chaumont, dont l'administration prudente et ferme fit bientôt oublier à Milan ses anciens maîtres, qui l'avident tant de fois traité avec une folle cruauté.
Parta|r« <>u royaume de IVaplea (1500-1S01). — Le Milanais conquis, Louie songea à Naples ; toutefois, au lieu de recommencer l'expédition aventureuse de son prédécesseur, il entama une sorte de campagne diplomatique. D s'assura d'abord de la neutralité ou de l'appui du centre de l'Italie. Les Florentins reçurent de lui des secours contre Pise toujours révoltée ; mais les soldats français épargnèrent longtemps les héiroïques habitante de cette ville qui combattaient au cri de « vive la France ! » Alexandre VI voulait faire de la Romagne, aux dépens de mille tyrans qui changeaient ce pays en un repaire de bandits, une principauté pour son fils César Borgia. Quelques troupes françaises permirent à cet homme passé miaîtr^ en crimes et en trahison, que Machiavel a pu prendre pour héros dans son livre du Prince^ de balayer cette petite et sanguinaire féodalité romagnole.
Ainsi la France devenait prépondérante dans le nord et le centre de l'Italie. Mais Louis voulait aller plus loin. Il s'avisa, , afin de prendre le royaume de Naples sànâT coup férir, de le partager d'avance avec Ferdinand le Catholique. Parle traité de Grenade (1500), il se réservait le titre de roi^ avee Naples, Gaôte, le» Abruzzes et la Terre de Labour. Ferdinand ne
Lours XII (1498-1515). '611
demandait que la Fouille et la Calabre avec le titre de due. Louis XII se jouait à plus fin que lui. Tout commença bien. Le malheureux roideNaples, alors Frédéric III, prince populaire, avait eu la confiance d'ouvrir ses forteresses au général même du roi d'Espagne, Gonzalve de Cordoue, qui pensait que f la toile d'honneur devait être d'un tissu lâche. » Quand il demanda des secours à l'Espagne contre les Français déjà sur la frontière (juin 1501), il s'aperçut qu'il était trahi. Plus irrité contre un traître que contre un ennemi, il livra aux Français Naples et le Château-Neuf, se retira d'abord dans rUe d'Ischia, puis se remit entre les mains de Louis XII, qui lui donna une pension de 30 000 livres et le comté du Maine. Il alla retrouver sur les bords de la Loire un autre prince italien, Ludovic le More (1501), mais celui-là captif. Frédéric mourut en 1504.
Hostilités à IVaples entre les Espagnols et les Français (Xft02). — La conquête achevée, le partage ne s'opéra point aussi à l'amiable. Les Espagnols et les-Français se disputèrent l'impôt de 200 000 ducats payé par les troupeaux qui, en automme, passent des hauteurs des Abruzzes dans les plaines de la Fouille. En outre on n'avait parlé ni de la Basilicate (Matera), ni de la Capitanate (Foggia), ni de la principauté ultérieure (Avellino). Chacun les voulut. On en vint aux mains. Le vice-roi français, duc de Nemours, qui était en force, resserra promptement son adversaire, Gonzalve, dans la ville de Barletta (1502). Ferdinand le Catholique eut recours à une de ses ruses ordinaires. Son gendre, Philippe le Beau, qui possédait de son chef les anciens Pays- Bas bourguignons et qui, du droit de sa femme, Jeanne la Folle, était héritier de la Castille, traversait alors la France. Il lui laissa conclure le traité de Lyon qui suspendit les hostilités et parut tout arranger; puis, désavouant son gendre, il fit passer des renforts à Gonzalve avec ordre de continuer la guerre.
Louis.se plaignit fort d'avoir été trompé ; c et c'est la seconde fois, disait-il. — Il en a menti, répondit impudemmen t Ferdinand, c'est la dixième. » Nemours était malheureusement incapable de punir cette perfidie. Au lieu de concentrer ses forces pour enlever Barletta et en finir promptement avec les Espagnols, il perdit le temps en escarmouches où l'on se donnait de fort beaux coups de lanc€f< qui faisaient la réputation des chevaliers, mais point du tout les affaires du roi.
61f LOUIS XII (1498-1515).
Telle fût la rencontre célèbre de Bayard et de Sotomayor. Les paladins de TArioste ne combattaient pas mieux. Pendant ce temps-là, les renforts espagnols arrivaient. Gonzalre était débloqué, et le meilleur lieutenant du vice-roi, d'Aubigny, battu à Seminara, perdit la Calabre (21 avril 1503). Nemours, pour réparer ce revers, attaqua son ennemi fort imprudemment près Gerignola (28 avril), fut défait et tué*; Venousey et Gaëte restèrent seules aux Français. \f
Perte da royaume tie IVaples (1503). — Louis XII Dt de grands préparatifs pour tirer vengeance de cette trahison. Il envoya sur les Pyrénées deux armées, qui échouèrent, et au delà des Alpes une troisième, qui n'eut pas meilleur sort. La Trémouille la commandait : il fut arrêté quelque temps aux environs de Rome par la mort étrange du pape Alexandre VI Borgia et par les intrigues auxquelles donna lieu Télection de son successeur. Gonzalve de Cordoue eut le temps de se mettre en défense (1503). Posté sur le Gariglîano, il arrêta les Français, qui n'étaient plus commandés par la Trémouille, obligé par une maladie à céder la place au marquis de Mantoue, puis au marquis de Saluées. La déroute de notre armée fut complète; Tartillerie, les bagages et un grand nombre de prisonniers tombèrent entre les mains de Tennemi. Cette honte ne fut rachetée que par le dévouement de Bayard qui défendit seul un pont du Garigliano. « Comme un tigre échauffé, il s'accula à la barrière du pont et à coups d'épée se défendit si très bien que les Espagnols ne savoient que dire et ne cuidoient point que ce fust un honmie. » Louis d'Ars, qui commandait à Venouse, refusa toute capitulation et s'ouvrit héroïquement, avec les débris qui lui restsdent, la route de France.
Vraité de Blois (1504-1505). — Il y avait à craindre que la perte de Milanais ne suivît celle du royaume de Naples. Maximilien s'apprêtait déjà à faire valoir ses droits impériaux au delà des monts, et Gonzalve de Cordoue marchait vers le nord de la Péninsule. Louis XII divisa ses ennemis et les désarma par trois traités signés à Blois le même jour (22 septembre 1504). Le premier était comme une ébauche de la ligue de Cambrai ; Louis et Maximilien convenaient d^attaquer Venise et de partager ses dépouilles ; pour le second
t. n était le dernier rejeton de la maison d'Armagnac, qui prétendall aescendre du mérovingien Charibert, frère de Dagobert.
traité, Louis promettait au roi des Romains 200000 francs en retour de rinyestiture du Milanais* : par le troisième, enfin, il renonça à la possession du royaume de Naples, à la condi* tion que ce royaume appartiendrait à Charles d'Autriche, potit-Gls de Maximilien, lequel épouserait Madame Claude, fille de Louis XII, et recevrait pour sa dot, en outre de tout ce que Louis possédait ou prétendait posséder en Italie, trois provinces françaises, la Bourgogne, la Bretagne et le comté de Blois.
On ne pouvait signer de convention plus désastreuse*. Ce jeune Charles, auquel on promettait la fille du roi de France, devait hériter de son père, Philippe le Beau, les Pays-Bas; de sa mère, la Castille; de son aïeul paternel, TAutriche; de son aïeule maternelle. TAragon. On lui assurait Tltalie, on démembrait pour lui la France : c'était vouloir lui donner F-empire de l'Europe. Anne, plus duchesse de Bretagne que reine de France, était heureuse et fière de préparer à sa fille une si brillante union, même aux dépens de la France; mais le^ pays réclama, et Louis XII saisit la première occasion de fairer droit à ses vœux. ">»
Raptare des traités de Blois. — Il la trouva en 1505, quand Ferdinand le Catholique, irrité contre son gendre, Philippe le Beau, songea à le déshériter en contractant un second mariage. Le roi d'Espagne épousa Germaine de Foix, nièce de Louis XII ; et ce prince, par un traité signé encore à Blois (octobre 1505), céda de nouveau ses droits sur le royaume de Naples à sa nièce, ce qui était rompre une des principales conditions du mariage de Madame Claude. La Bretagne et la Bourgogne étaient encore engagées par les précédentes stipulations; Louis convoqua les états généraux à Tours- pour les rompre ouvertement (14 mai 1506). Ceux-ci déclarèrent que la loi fondamentale de l'État ne permettait pas d'aliéner deux provinces qui faisaient partie du domaine
1. Le MUanais, comme fief, relevait en droit de la couronné impériale. L« rot des Romains ne prenait le titre d'empereur qu'après avoir été couronné à Borne.
2. Il faut remarquer que ce traité n'était désastreux qu'à cause de I.i loi saliqne. Supposons que cette loi n'ait pas existé, et Charles-Quint succédait légitimement à Louis XII. C'était alors en France qu'il prenait son point d'appuip à la France quil réunissait les Pays-Bas; et la longue cl
'sanglante rivalité des maisons de France et d'Autriche n'éclatait pas. Nous n'avions pas, il est vrai, le règne de François I***, mais nous aurions toujours eu la Benaissance. Le mince qui ramassait le pinceau du Titien aimait les arts comme celui qui appelait Léonard de Vinci son père.
de la couronne, et supplièrent le roi de marier sa fille Claude à son héritier présomptif François, duc d'Ailgoulôme, afin d'assurer l'intégrité du territoire et Tindépendance de la France. Lojuis XII n'eut pas de peine à accorder ce que luimême désirait. Cette fois il avait peut-être trompé les trompeurs.
Maximilien, qui nourrissait toujours la même ambition et restait dans la même pénurie, Ferdinand, chargé, après la mort de Philippe le Beau, de la régence et de la tutelle de son petit-fils, Charles d'Autriche, ne réclamèrent point. Louis XII put même, l'année suivante, et sans être inquiété, faire rentrer dans le devoir les « orgueilleux vOains » de Gênes, qui s'étaient révoltés, c Ores, marchands, criait Bayard, défendez-vous avec vos aulnes, et laissez les piques et les lances, lesquelles vous n'avez accoutumées. > Ces marchands firent toutefois une énergique résistance; le brave la Police fut blessé. Mais le roi avait mis sur pied des forces énormes. Gènes fut prise, sa charte de liberté brûlée par la main du bourreau, soixante de ses plus graves défenseurs décapités, et la seigneurie de la ville, avec les îles de Corse et de Chio, réunie au domaine royal. Les Génois durent payer encore une amende de 200 000 écus et bâtir à leurs frais le fort de la Lanterne, destiné à les tenir en respect (1507).
Iii|[r«« Ae Cambrai (1508). — Seule des puissances italiennes, la république de Venise, en s'alliant tantôt avec les uns, tantôt avec les autres, avait gagné au milieu des désastres de la Péninsule. Mais cette politique astucieuse ne pouvait toujours réussir ; un moment devait venir où tout le monde se tournerait contre celle qui s'agrandissait aux dépens de tous.
On n'enviait pas seulement aux Vénitiens leurs richesses, leurs 1000 vaisseaux, leurs 30000 marins : chacun de leurs voisins avait à se plaindre d'eux. Louis XII regrettait Crémone, qu'il leur avait récemment cédée, et Crème, Brescia, Bergame, anciennement perdues par le duché de Milan ; Ferdinand le Catholique, quelques Tilles sur la côte orientale du royaume de Naples qu'il leur avait données en gage de sommes empruntées; Jules II réclamait Ravenne, Cervia, Faenza, Rimini, vieilles possessions du saint-siége ; Maximilien revendiqua Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, au nom de rEm-* pire, et le Frioul, Trieste, au nom de la maison d'Autriche.
outes ces jalousies, toutes ces cupidités, se coalisèrent à
Prise de Gênes, Génois implorant Louis XII* (Miniature de la Bibliothèque Nationale).
616 LOUIS xu (1496-1515).
Cambrai contre là république (10 décembre 1508). L'âme de cette ligue fut le pape Jules II, fougueux vieillard qui Toulait être « le seigneur et le maître du jeu du monde. > Jules II se proposait deux choses: reconstituer le pouvoir temporel de la papauté et chasser les barbares de Fltalie. Ces barbares lui parurent bons toutefois pour Taider à reprendre d^abord ce qu'il regardait comme appartenant au patrimoine de Saint-Pierre. Le 27 avril 1509 il lança l'interdit contre Venise, ses magistrats, ses citoyens et ses défenseurs.
Victoire d'AiriMMlel (1509). — Louis XII fut le premier prêt ; il passa l'Adda (15 avril) à la tète déplus de 20 000 fantassins et de 2300 lances. Les deux condottières au service de Venise, PItigliano et l'Âlviano, agirent sans concert; et, sous prétexte que le sénat avait défendu de combattre, Pitigliano, abandonna son collègue. Louis XII atteignit celui-ci sur la digue d'Agnadel le l(i mai 1509. Les Vénitiens tinrent ferme d'abord ; en vain le roi au premier rang s'écriait : c Enfants, le roi vous voit, > on n'avançait pas. Il s'exposa au feu c comme le plus petit soudoyer. • — c Que quiconque a peur, dissiit-il, se mette derrière moi. Un vrai roi de France ne meurt point de coups de canon. » Enfin Bayard et quelques chevaliers déterminés se jetèrent dans les marais et arrivèrent sur le flanc des Vénitiens. La cavalerie s'effraya et prit la fuite, mais l'infanterie se fit tuer. Huit à dix mille hommes restèrent sur le champ de bataille, avec toute l'artillerie et les bagages. Cette victoire menait les Français jusqu'aux lagunes. Aucune place ne résistait; les villes qui essayaient de le faire étaient traitées d'une manière horrible. Louis, si débonnaire en France, se montrait cruel en Italie, il faisait passer par les armes toute garnison qui osait tenir contre lui, et pendre tout paysan qui criait : « Vive san Marco !» La république se sauva par un trait de sagesse qui était en même temps un profond calcul. Elle retira ses troupes de toutes les villes de terre ferme et délia ses sujets du serment de fidélité. Ceux-ci tinrent à honneur de rester fidèles à ceux qui ne leur commandaient pas le dévouement. Repliée sur ellemême et inexpugnable au milieu de la mer, Venise attendit que la discorde éclatât parmi les alliés : cela ne tarda ^ guère. S^
Sainte ligue (1511). — Le pape Jules II avait atteint son premier^ but : les villes de la Romagne étaient rentrées entre ses mains ; il songea au second, l'expulsion des barbares,
et il Toulul. sans scrupule pour la dernière alliance, commencer par les Français, qu'il avait plus que tout autre contribué à appeler dans la péninsule au temps de Charles VIII, lorsqu'il n'était que le cardinal Julien de la Rovère, mais le mortel ennemi d'Alexandre VI.
Le 2 février IMO. il accorda l'absolution à la république
Jules II.
de Venise ; il eut peu de peine à détacher de la ligue de Cambrai Ferdinand, qui avait déjà recueilli tous les fruits qu'il en attendait ; il ébranla la constance, très-facile d'ailleurs à ébranler, de Maximilien, et fit travailler les Suisses parle cardinal de Sion, Mathieu Schinner. Le duc de Ferrare, allié de la France, et la ville de Gêiies furent attaqués, mais sans succès. Cependant Louis XII hésitait: ce n'était pas là une
618 lOUIS XII (1498-1515).
gaerre ordinaire. La reine, pleine de scrupules religieux, lui faisait un cas de conscience de combattre le chef lienté. Le clergé de France, rassemblé à Tours, tager les hésitations du roi, lui accorda sur si subside de 300 000 écus, déclara non avenues les nications que pourrait lancer le pape contre lui et royaume, établissant que, dans cette question toul la guerre n'était pas faite au pontife, mais au Étals romains.
On combattit en effet sans ménagement de p< Chaumont, à la tête des troupes françaises, si ment Tarmée pontificale devant Bologne, et il n^] pas c de la durée d'un Pater nost&r » que le c] peur et sans reproche ne mît la main sur le paj Attaqué comme un prince, Jules il!sè défendait^a jpoUa^ il entra dans la Mirandole par la brèche (20 janyié^33iU)t <t eût peut-être poussé plus loin ses succès, sans tpb sévolte des Bolonais qui brisèrent sa statue, œuvre de MîelM>^Ange. Obligé de reculer, il fut battu à Gasalecchîo et renteft malade dans Rome. Louis XII crut le moment' venij if attaquer même le pontife. Il convoqua un concile. général i^jfia» pour examiner la conduite du pape et le. faire dépcaiHw.Faute grave, parce que cette mesure changeait la naipÉro de la lutte. Au-dessus du prince temporel affaibli seJÉooTa le prince spirituel tout-pu|ssant : Jules II mit la Y^ke de Pisc en interdit, excommunia' les cardinaux dissidents,, rassembla un autre concile .à Saint-Jean de Làtran, et invoqua Tappui des puissances -catholiques de PEuropej Joutes y répondirent : Ferdinand d'Espagne, le roi d'An^glêiefre nenri VIIF, Maximilien, la république de Venise, lès Suisses., flattés du nom de défenseurs du siint siège, formèrent une sainte ligue (5 octobre 1511) dans le but avoué de préserver TÉglise d'un schisme, en réalité pour renvoyer les Français au delà des Alpes.
Tictotres et mort de Gaston de Fotx (1611-1612). — L'Espagnol Ramon de Gardona vint se joindre avec 12 000 hommes aux troupes pontificales. Gr/lce à cette diversion, les Vénitiens reprirent peu à peu leurs places perdues; 10 OOO Suisses conduits par Mathieu Schinner descendirent de leurs montagnes. La trahison travailla les troupes et les garnisons allemandes encore au service de Louis XII en Italie, tandis que les frontières mêmes de France étaient menacées
au nord, à Test et au sud. Un jeune et héroïque général ntsveu du roi, conjura un moment tous les dangers. Gaslon de Foix, duc de Nemours, âgé de vingt-deux ans, vint prendre le commandement de l'armée d'Italie. Le fer etTargent à la main, il refoule les Suisses dans leurs montagnes (décembre 1511). Bologne était pressée par les troupes de l'Espagne et du saint-siége : il s'y jette (7 février 1512) et la dégage. Les Allemands avaient livré Brescia aux Vénitiens; il arrive à l'improviste sous ses murs, l'emporte d'assaut (19 février) et l'abandonne durant sept jours au sac et au pillage ; 22 000 personnes furent égorgées. Il n'y eut d'épargné que la maison où Bayard blessé s'était fait porter. Enfin, en avril, Gaston apparaît sous les murs de Ravenne, se loge audacieusement entre la ville et le camp de Cardona. Après quelques vaines tentatives sur la place, il se tourne contre le camp ennemi (11 avril). Ses fantassins sont repoussés ; mais l'artillerie ébranle l'armée alliée, et la gendarmerie française met la gendarmerie pontificale en déroute. L'infanterie espagnole se retirait fièrement, Gaston s'en indigne, court à elle avec quelques hommes, l'entame, mais tombe frappé de quinze blessures au visage.
Perte de l'Italie. — Il eût mieux valu pour Louis XII et pour la France perdre la bataille que ce jeune et vaillant général « qui avait été grand capitaine, dit Guichardin, avant d'avoir été soldat. Avec lui tomba toute la vigueur de l'armée de France. » La Palice lui succéda, sans le remplacer malgré son intrépidité *. Jules 11 reprit courage et prononça contre Louis XII, au milieu du concile de Latran, une sentence renouvelée du moyen âge. L'armée française, abandonnée de ses auxiliaires allemands, que Maximi lien avait rappelés, recula devant Cardona, laissa reprendre Bologne, et trouva derrière elle 20 OûO Suisses qui venaient rétablir dans le duché de Milan un fils de Ludovic le More, Maximilien Sforza, en s'adjugeant à eux-mêmes Locarno, une des portes de l'Italie, tandis que les Grisons en prenaient une autre, Chiavenna et la Valteline. La Palice, après
i. Ce vaillant guerrier, dont les Espagnols ne riaient pas, n'a en rien mérité la ridicule popularité que lui a faite une chanson composée par de Lamonnoye. académicien et homme d'esprit du dix-septième siècle, ^Si ^*"^^"' donner un exemple du genre naïf. On voit près de Vichv le château de cette glorieuse famille, qui appartient encore aujourd'bùi a une branche de la maison de Chabannes.
un combat dans les rues mêmes de Pavie, se retira dans le Piémont. Plusieurs détachements ne purent rejo^ndreet furent égorgés sans pitié. A Ravenne on enterra vivants quatre officiers français, leur laissant la tête hors du sol pour prolonger leur supplice. Sur ces entrefaites, Jules II mourut '(21 février 1513). Il avait mis la main sur Parme et Plaisance, et ses derniers regards avaient vu fuir les Français; il avait réussi à leur enlever l'Italie , mais il la donnait aui Espagnols ; ce notait que changer de maîtres et passer du md au pire. Son successeur, Léon X, continua sa politique. Il resserra à Malines la sainte ligue que les Vénitiens avaient cependant abandonnée pour retourner à Louis XII, et TiDvasion même du territoire français fut résolue.
Défaite de IVovare et Journée des lËperons $ inT»- •lon de la France (1513 ). — Ferdinand, déjà maître de la Navarre espagnole, au sud des Pyrénées, n'attendait qu'une occasion favorable pour s'emparer de la NaTarre française, au nord de ces montagnes, et une armée anglaise s'apprêtait à débarquer à Calais. Louis XII fit tête à l'orage. Menacé dans son royaume, il n'abandonna pas l'Italie. La Trémouille et Trivulce y descendirent avec une belle armée et enfermèrent les Suisses avec Maximilien Sforza dans Norare; mais un secours envoyé par les cantons pénétra la nuit dans la place. Au matin, les 'Suisses sortirent de la ville, piques baissées, marchèrent droit à Tartillerie française, s'en emparèrent malgré les ravages qu'elle faisait dans leurs rangs, et, après une lutte courte, mais aohamée, mirent l'armée de siège en déroute (6 juin). Gênes profita de ce désastre pour s'affranchir. Louis n'avait plus rien au delà des Alpes.
Depuis longues années, noi3 provinces n'avaient vu d'armées ennemies; deux y entrèrent: par l'est, les Suisses ; par le nord, les Anglais, que l'empereur Maximilien était venu rejoindre, se mettant à la solde de leur roi, à raison de cent écus par jour. Près de Guinegate, une panique saisit l'armée française. Bayard se dévoua pour arrêter Tennemi et fut pris; le reste ne combattit que des éperons^ qui donnèrent leur nom à la journée (16 août). Les Suisses, au nombre de 20000, pénétrèrent jusqu'à Dijon; ils n'y furent arrêtés par la Trémouille qu'avec beaucoup d'argent et plus de promesses (13 septembre). Le seul allié de la France, le roi d'Ecosse, Jacques IV, partagea sa mauvaise fortune ; ii
fut vaincu et tué à Flowden par les Anglais (9 septembre).
Combats sur mer. — On ignore trop que notre mariDe ne date pas de Colbert. Nos marins gascons, bretons et normands avaient bien des fois, avant Jean-Bart et Duguay- Trouin, donné la chasse aux corsaires anglais et visité les côtes d'Angleterre. La marine marchande, elle aussi, avait pris Tessor. Les navigateurs de Dieppe avaient découvert les côtes sud- ouest de l'Afrique, où ils trafiquèrent bien longtemps avant l'arrivée des Portugais, et ce furent les marins de Bayonne qui créèrent la grande pèche, celle de la baleine. Depuis le commencement des guerres d'Italie, les matelots de Provence et les galères de Marseille avaient rendu à la France d'importants services, surtout le brave et habile Prégent de Bidoulx. En 1513, Présent fut appelé, avec quatre galères (navires à rames); de la Méditerranée dans l'Océan, pour s'opposer aux courses des Anglais sur nos côtes. Le 21 avril, il tomba dans la flotte anglaise, que commandait le grand amiral Edouard Ho"\Vard, et se réfugia dao^ l'anse du Conquet, près de Brest ; Tamiral l'y suivit et vint lui-même l'attaquer à l'abordage. Prégent se prend corps à corps avec l'amiral, le blesse, le jette mort sur le pont de son navire, et coule le vaisseau qui le serrait de plus près. Un autre, menacé du même sort, s'enfuit, et toute la flotte s'éloigne. Prégent, à son tour, paraît sur les côtes d'Angleterre et ravage le Sussex.
Quelques mois après, la flotte qui avait débarqué à Calais larniée de Henri VIII, vint croiser sur les côtes de Bretagne, et rencontra, le 10 août, les Français qui n'avaient qu'une vingtaine de navires bretons et normands sous le commandement d'Hervé Primoguet. Les Anglais étaient deux ou trois fois supérieurs en nombre, mais leurs adversaires prirent l'avantage du vent et attaquèrent résolument. Au prenoier choc, plusieurs navires anglais furent coulés. Un vaisseau français faisait surtout merveille : c'était la Belle- Cordelière, qu'Anne de Bretagne avait fait construire elle-même à Morlaix, et orner à grands frais. Primoguet la montait. Entourée de douze vaisseaux ennemis, elle avait déjà démâté les uns et fait reculer les autres, quand de la hune d'un navire anglais, on lui jeta une masse de feux d'artifice qui l'embrasèrent en un instant. Une partie des matelots et des soldats put se sauver dans les chaloupes; mais Primoguet refusa de
quitta le namre que la reine lui avait confié. Du moins roului-il que sa mort coûtât cher à Fennemi. Il se dirigea droit sur la nef amirale d* Angleterre, que montait une nombreuse DoblesBe, s'y attacha par ses grappins d'abordage, lui communiqua rincendie et sauta arec elle. Cet héroïque dévoue»» /* ment eut lieu en vue d'Ouessant. Y
Vraltés de paix. — Mais tous les faits de mer n'avaient à celte époque qu'une influence secondaire. C'était sur terre que les questions se décidaient; la triple invasion que la France venait de subir força Louis XII à traiter.
Le traité de Dijon avait déjà débarrassé la France des Suisses. Louis désavoua le concile de Pise pour regagner le pape, et convint, avec l'empereur et le roi d'Aragon, de la trêve d'Orléans (mars 151^). Henri VlII refusa quelque temps de poser les armes ; le traité de Londres, qui lui laissa Tournai et lui assura une pension annuelle de 100000 écus pendant dix ans, rétablit aussi la paix de ce côté. Elle fut scellée par le mariage de Louis XII avec Marie, sœur du roi d'Angleterre.**
Ainsi, après quinze années de guerre, beaucoup d'hommes tués et beaucoup d'argent perdu, la France n'était pas plus avancée au delà des Alpes qu'à la fin du règne de Charles VIII ; le royaume de Naples et le Milanais, plusieurs fois conquis, nous étaient encore enlevés.
IVouvelle politique — Depuis les croisades nous n'étions pas sortis de France, et voici tout un règne dont l'histoire se passe au delà des monts, en Italie. C'est que Louis XI a fini les guerres de l'intérieur, et que Charles VIII a commencé celles du dehors. La royauté, n'ayant plus rien à conquérir au dedans, a cherché des conquêtes à l'extérieur, et comme la révolution qui s'était accomplie en France avait eu lieu aussi en Angleterre, en Espagne et en Autriche ; comme dans ces divers États, les princes avaient maintenant une autorité à peu près absolue, ils étaient libres de porter leurs regards au delà de leurs frontières. Dès qu'ils virent la France sortir des siennes, ils s'unirent pour l'y faire rentrer. L'isolement des États, qui est un des caractères du moyen âge, va donc cesser, et désormais nous ne verrons plus que ligues et guerres générales qui mêleront de plus en plus les peuples européens et leur histoire. Les rois auront alors deux intérêts à conduire : défendre et agrandir le royaume ; bien administrer le pays. Louis XII s'acquitta mal du pre*
&$è LOUIS xit (I496-I5i5).
mief de ces soins, mais il n^y a presque que des éloges à lui donner pour le second.
Admlntotratlon lil«»f»lM]i«e du Père «« pevplei le cardinal d'AntlKilee. ^ L'ayénement de Louis XI| au trône avait valu au domaine royal le duché d'Orléans lliJes comtés de Valois et de Blois, ses apanages. Il s'effoi suffire, avec le produit de ses domaines, à toutes teaj ses de sa personne et de sa maison, ce qui lui perixiift^ duire les tailles de près d'un tiers, à 2600000 iif environ 68 millions de francs. Le revenu public fui m leusement employé à la solde des gens de guerre^ i ragements à Tindustrie, à Fagriculture, en con d'utilité publique, ou en embellissements aux royaux, ce qui est encore un objet d'utilité publi4{q^'| ces embellissements, avoués par le goût et larisent l'un et l'autre. Les grâces, les pensimK^jj ruineuses, furent supprimées* La plus stricte écooo les dépenses royales. « J'aime piieux, disait-il des les voir rire de mon avarice^ que le peuple pieu dépenses. » Une taxe avait été établie pour l'expéditlol nés : cette expédition s'étant faite plus vite etàmoini|^ qu'on ne l'avait pensé, Louis remit au peuple l^f^ tribut : « Cet argent, disait-il, fructifiera mieux ( mains que dans les miennes. » Il délivra les paysast I pines des gens de guerre. Plusieurs pillards furent i après quoi c nul n'eût été assez hardi pour rien preo payer, et les poules couraient aux champs hardiment i risqués. » Aussi l'agriculture fleurit , et le cos une extension jusque-là inconnue \en France. < La ' partie du royaume, dit un contemporain, fut défi douze ans, et pour un gros marchand qu'on trouvoit à 1 à Lyon ou à Rouen, on en trouva cinquante sous Louis XII, et qui faisoient moins de difficultés d'aller à Rome, à Naples ou à Londres, qu'autrefois à Lyon ou à Genève. » — a Le revenu des bénéfices^ des terres ou des seigneuries, ajoute Claude Seyssel, est crû partout de beaucoup..., et je suis informé par ceux qui ont principales charges de finances du royaume, gens de bien et d'autorité, que les tailles se recouvrent à présent beaucoup plus aisément et à moins de contraintes et de frais, sans comparaison, qu'elles ne faisoient du temps des rois passés. » Il ne réunit qu'une fois les états généraux, en 1506; il n'y eut même de régulièrement convo-
Tombeau du cardinal d'Amboise *.
1. Ce tombeau renferme les restes de Georges d'Amboise et de son nerea, qai porta le même nom que lui, et fut, comme lui, archevêque de Rouen, do 1S10 à 1550, et cardinal. Le plan de ce magnifique mausolée qu'on volt dans une cbapelle de la cathédrale de Rouen, fut tracé par Roullant le Roux, « maistre maçon. • La cathédrale elle-même dut beaucoup aux deux d'Am* boise. Le premier termina la tour méridionale, dite tour de Beurre, et y plaça llmmense cloche dont le son s'entendait à six ou sept lieues à la ronde. Elle fut fondue en 1703 pour faire des canons. Georges et son neveu reconstruisirent aussi le grand portail, dont les ornements délicats et multipliés semblent découpés t jour. Le dernier fit élever l'admirable fliohe qne la foudre a brûlée en 1832 et qu'on n'a pas encore achevé de reconstruire.
qués que les députés de la bourgeoisie. Ce furent ces états qui, par la bouche du représentant de Paris, lui décernèrent le plus beau nom qu'un roi puisse mériter, celui de Père du feupU ; et c'était justice, car, dit Saint-Gelais, c il ne courut oncques du règne de nul des autres si bon temps qu'il a fait durant le sien. »
A son nom l'histoire a toujours réuni celui de son digne conseiller, Georges d'Âmboise, qui resta vingt-sept années moins son ministre que son ami. D'Amboise était né, en 1460, d'une famille illustre qui lui procura dès l'âge de quatorze ans l'évêché de Montauban. Attaché de bonne heure au jeune duc d'Orléans, il partagea sa mauvaise fortune sous l'administration de la dame de Beaujeu. Mais le prince ne l'oublia pas quand le crédit lui revint , et d'Amboise obtint l'archevêché de Narbonne, qu'il échangea en 1493 contre celui de Rouen. Le duc avait lui-même le gouvernement de la Normandie ; il laissa la principale autorité dans cette province à l'archevêque, qu'il nomma son lieutenant, et qui y commença les utiles réformes qu'après la mort de Charles Vlil il étendit à tout le royaume. 11 aimait le peuple conmie l'aimait le roi, et ainsi que lui en fut aimé. « Laissez faire à Georges, » était un dicton populaire. Créé cardinal, gouverneur du Milanais, légat du saint-siége en France, il aurait été pape après la mort d'Alexandre VI, si cela n'avait dépendu que de Louis XII et de l'armée française. Il exerça la plus grande influence sur les affaires de France et d'Italie ; et si, comme son maître, il commit beaucoup de fautes dans la politique extérieure, son administration eut un caractère de probité et de bonté qu'après lui on ne retrouva de longtemps. 11 faut cependant rappeler que, ministre tout-puissant, il n'empêcha pas le premier traité de Blois, et qu'à sa mort on trouva dans son héritage d'immenses richesses qui eussent été mieux à leur place dans, la main des pauvres.
Devx novTea«x parlemente. — Les parlements, exerçant au nom du roi une justice souveraine dans les provinces de leur ressort, étaient le plus redoutable instrument dont la royauté pût se servir pour ramener tous les privilèges sûus le niveau de la loi, et les esprits les plus indépendants 80US le joug de la commune obéissance. Aussi Louis XI les avait-il multipliés. Louis XII, par esprit d'équité, en augmenta encore le nombre ; il créa deux parlements : un en
Cathédrale de Rouen.
630 LOU s XII (1498-1515).
Provence (1501) et un autre en Normandie (1499). Le graDd Conseil, sorte de conseil d'État, avait été rendu sédentaire par Charles VIII.
Bédactioii de« coiitiime«. — Pour faciliter rezercice de la justice, Charles VIII avait projeté de rédiger et de publier les coutumes provinciales, c'est-à-dire les usages qui faisaient loi dans chaque province, afin de soustraire les justiciables à l'arbitraire des juges. Charles VIII en publia sept. Vingt autres coutumes furent, de 1505 à 1514, rédigées, après* mûre délibération, par gens experts et imprimées. Cette publication fut le plus important travail législatif de Tancienne monarchie avant les grandes ordonnances de Louis XIV , car on ne s'était pas astreint à reproduire servilement les anciens usages, et c'était moins une rédaction qu'une réformation du droit coutumier faite dans l'esprit antiféodal qui prévalait parmi les légistes et au parlement
Béfonnes dans l'adminiitration Judiciaire. — Une ordonnance de 1510 supprima la procédure criminelle en latin. Tous les procès et enquêtes au criminel durent être faits c en Vulgaire langue du pays, » afin que les témoins entendissent leurs dépositions, et les accusés les procès intentés contre eux. Un édit de 1419 avait déjà prescrit dans les tribunaux, et pour les actes de l'autorité civile, l'emploi du français au lieu du latin. Les gens de justice c rongeaient la substance du pauvre peuple » par les -longueurs et les dépenses des procès : Louis essaya de diminuer leurs extorsions.
Le royaume était divisé en bailliages et en prévôtés, et les baillis, tous nobles et hommes d'épée, cumulaient les fonctions militaires, judiciaires et administratives, qu'ils remplissaient fort mal. Louis XII les obligea à se faire graduer dans les universités ou à laisser l'administration de la justice à des lieutenants pris parmi les gens de robe. Les seigneurs furent de même tenus de ne mettre que des docteurs ou licenciés dans leurs tribunaux, et de leur assurer des gages.
Vénalité des eliar^es. — Il est un reproche que Ton doit adresser à Louis XII : il vendit certaines charges publiques afin de se procurer les ressources qu'il ne voulait pas demander à de nouveaux impôts. Du moins, à quelques exceptions près, il ne vendit que les charges de finances. C'était, au reste, un très-vieil usage; cette vénalité de
tOUIS XII (I498-151ft). «8)
chtfges de judicature, firéquemraent pratiquée par les prédécesseurs de Louis XII, sera offidellement établie par François !«•.
Poflics. — Une ordonnance de 1506 autorisa les particuH tiers à se servir des relais de poste établis par Louis XI. y
CoBimeiicevieiit de la renaissance dis lettres et des arttf. — Les guerres d'Italie avaient été fatales à ceux qui les avaient faites, et avaient risqué de Tétre au dernier moment à la France. Les forces de TÉtat avaient été détournées de leur but, et la vraie politique de la France avait été sacrifiée aux intérêts particuliers du roi. Mais le royaume, on vient de le voir, ne fut guère troublé à Pintérieur par ces expéditions aventureuses, et, si elles ne lui valurent aucun accroissement du territoire, la civilisation française y gagna d'entrer plus vivement dans les voies de la renaissance. Depuis le treizième siècle tant de misères avaient passé sur la France que la culture des esprits en avait été arrêtée. L'art n^avait plus la belle mais sévère grandeur de Tarchitecturo ogivale du temps de saint Louis. Au quinzième siècle régnait * le gothique flamboyant ; les lignes architecturales, autrefois si pures, se multipliaient, se tordaient en mille replis: c'était éblouissant, mais non simple et grand. On faisait effort pour sortir de l'ancien style; on le dénaturait; on n'en avait pas encore trouvé un autre. La langue, dans Joinville, dans Froissart, dans Charles d'Orléans, s'était montrée naïve et déjà élégante; mais la force soutenue manquait à nos écrivains, Comines excepté, parce que les grands modèles de l'antiquité leur restaient à peu près inconnus. Or, cette antiquité si riche, l'Italie venait de la trouver : PÂrétin et le Pogge. dans les lettres ; Léonard de Vinci et Brunelleschi, dans les arts, avaient déterminé, après Dante et Pétrarque, après régliae de Saint-François d'Assise et le campanile de Florence, une renaissance tout antique et païenne. On traduisait, il est vrai, on imitait plus encore qu'on n'imaginait ; l'inspiration poétique était jetée dans le moule d'Horace et de Virgile, et les plus éloquents n'aspiraient qu'à parler comme Cicéron.
Les Français arrivèrent lorsque ce mouvement se prononçait avec le plus d'énergie, et ils rapportèrent en deçà des monts le goût de ces choses nouvelles. L'antiquité eut aussi chez nous ses ardents zélateurs. Le savant Gaguin, que Louis XII encourageait, rassembla une précieuse bibliothèque -
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de manuscrits anciens. Les Grecs Lascaris et Jérôme Aléander trouvèrent en France des élèves qui éclipsèrent leurs maîtres, entre autres Vatable, Budé, le restaurateur des études grecques, et Danès, le maître d'Amyot. Le souvenir des belles cités, des riches palais et de toutes
Hôtel de Sens *.
les élégances de Milan, de Rome, et de Florence, inspira ridée de ménager à nos villes un peu d'air et des communications plus faciles, de songer dans la construction des manoirs au bien-être, à Tagrémentj puisque aussi bien les