‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 94 sur 103 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

lia France au comiULeBceinLeut du «elziènte «lècle. —

Avec le seizième siècle commence une ère nouvelle dans Tbistoire de France. Depuis quatre cents ans, nos rois étaient occupés à l'œuvre, une première fois déjà accono^lie par les Garlovingiens, de reconstituer l'État et le pouvoir,, de recoDquérir sur les grands la royauté et la France. Les Anglais, qui étaient venus interrompre pendant cent années ce difflcile travail, sont définitivement chassés, et le domaine royal touche, sur bien des points, à nos frontières naturelles. Sauf Calais, sur la mer du Nord, il n'y a plus, le long des côtes de la Manche et de l'Atlantique, de domination qui interrompe celle du roi ; il n'y a plus de porte ouverte à l'étranger. Tout le versant septentrional des Pyrénées est français, à l'exception du Roussillon.que Charles VIII a si imprudemment rendu; et la France a enfin, sur la Méditerranée, Marseille ; plus tard^elle trouvera, sur ce rivage, Toulon. Les Alpes, jusqu'à

1. Principaax oaTrages à consalter : Oaillard. Httfotre <f« Françoit !"■ Robertson, Histoii^ de CAaWes- Qum^ Rœderer, Mémoires powr servira we nowoelle histoire de Louis XII et de François l". Mignet, Rivalité de Charles-Qvint et dé François /•». Les principaux ouvrages contemporains sont les Mémoires des frères du Bellay, de la Trémouille. de Bayard, de Flenrange, de Vieilleville, le Journal (Tun bourgeois de Paris sous U régne de François (•»■, et la Chronique du roi François !•' (1515-1542).

la Savoie, lui servent de ceinture. Maus au nord et au nord* est sa frontière est bien mal dessinée. La restitution de la Franche-Comté a fait perdre la barrière du Jura, celle de TArtois a découvert Paris. De ce côté, il reste beaucoup à faire pour éloigner Tennemi de la capitale, et de longtemps on ne fera rien , parce que la malencontreuse politique de Charles VIII a détourné sur l'Italie, où elles vont se perdre inutilement, les forces de la France, qu'on eût dû employer aa nord et à Test.

Mais, quelque défectueuse que soit la ligne de nos frontières, un grand résultat a été acquis. Il se trouve à présent une France qui s'étend de la Manche à la Méditerranée, et des Pyrénées à la Meuse ; il se trouve un vaste pays placé entre l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie, pour tenir l'équilibre entre elles, recevoir leurs diverses influences et leur renvoyer la sienne, au grand profit de la civilisation générale.

A l'intérieur, nos rois ont déjà poussé fort loin leur travail de nivellement et d'union. Les communes , petites républiques jalouses, ont dû renoncer à leurs privilèges, et les seigneurs ont perdu leur indépendance; mais aussi les serfs ont été en grand nombre affranchis; de sorte que, les uns étant relevés et les autres abaissés, tous se trouvent rapprochés et forment un grand peuple au sein duquel existeront longtemps encore bien des diversités, mais qui a montré naguère^ après Jeanne d'Arc, son unité, en montrant partout le même sentiment contre l'étranger. Il n'y avait jadis que des manants, des seigneurs et des fiefs ; il y a maintenant un peuple, un roi et une France.

Achever de faire sortir la société française des institutions civiles du moyen âge, comme elle est déjà sortie des institutions politiques de la féodalité, telle est l'œuvre qui, dans les temps modernes, sera accomplie, àl'intérieur, par la royauté. Au dehors, la France, après avoir arrêté la maison d'Autriche dans rextension exagérée de sa puissance, s'efforcera de regagner peu à peu les limites de l'ancienne Gaule, et fera accepter de l'Europe sa prépondérance.

Le signe de cette nationalité qui se forme, c^est la langue qui s'épure et se généralise, qui pénètre en vertu d'une ordonnance de Louis XII, renouvelée et étendue par François I"', jusque dans les actes publics, d'où elle chasse le latin, et qui va servir à la fois au Gascon Montaigne, au Tourangeau Ra-

640 FRANÇOIS i« (1515-1547).

bêlais et au Français Âmyot. (Amyot était né à Meliin, dans rile-de-France.) Notre langue, grâce aux beaux génies du dix-septième siècle, sMmposera à la diplomatie continentale et à Pélite de la société européenne comme une nécessité et un modèle. Déjà Charles-Quint et son frère la parlent habituellement. Notre littérature régnera au loin sur les intellû gences, et, même aux jours des revers et de rabaissement. la France sera consolée de Tempire que ses armes n'exerceront plus par rinfluence plus douce et plus pénétrante qu'elle devra à son génie, à ses arts, à ses lettres, à ses sciences. Alors il se trouvera que la seconde patrie de tout homme sera la France, la seconde histoire qu'il apprendra, celle de notre pays, sa seconde langue maternelle, la nôtre.

Le prince qui ouvre cette ère nouvelle exprime bien la transition qui s'opère : par quelques uns de ses défauts, il tiendra de l'âge qui finit; par quelques-unes de ses qualités, il sera de celui qu'il commence.

FrunçoUI" (1615-1549). Bataille de MariiT»*» (1515). — Le successeur de Louis XII, François V% descendait d'un troisième fils de ce duc d'Orléans qui avait été assassiné en 1407. Après le père du peuple, ce fut « le roi des gentilshommes. » Beau et fort, brave et spirituel, prodigue de sa personne dans les combats comme du bien de ses sujets dans les fêtes dont la cour retentit incessamçient; 'impérieux dans le commandement et cependant feeQe à se laisser dominer; ami des lettres et des arts, lettré Im^mème, François l"^ poussait ^es défauts comme ses qualités à Textrême. « Ce gros garçon gâtera tout, » avait dit Loaîs XII, témoin de sa folle et exubérante jeunesse. Il n'en fût pas ainsi. Avec l'orgueil du pouvoir, François I" eut le sentiment de la grandeur de la France ; il répara souvent à force de courage, et parfois même, oe qui est plus difficile, à force de prudence, les fautes que ses favoris de toute sorte lui firent commettre. Il ne conquit rien, mais il garda la France intacte dans de périlleuses circonstances et en face du plus grand adversaire qu'elle ait jamais eu. Il augmenta les impôts et les dépensa à pleines mains , mais il réforma la justice et donna une vive impulsion aux lettres et aux arts. Enfin, il couvrit ses vices et ses fautes d'un certain éclat de générosité chevaleresque et de grandeur souveraine, de sorte qu'il a pris rang sinon parmi les meilleurs, du moins parmi les plus remarquables de nos rois. j

François sMtait soaveiit indigné des complaisances de Louis XII pour le parlement et le clergé. Il s'était promis de donner k Tadministration, dès qu'il serait le maître, une allure plus énergique. Duprat, homme habile, mais sans scrupule, qu'il fit chancelier, fut chargé d'appliquer les nouvelles maximes du gouvernement.

Les derniers traités pesaient à son impatience. Un d'eus

François !•'.

n'était qu'une trêve d^un an ; il ne la renouvela pas et se disposa à franchir les Alpes, après avoir donné l'épée de connétable au duc de Bourbon, esprit impétueux, capable de grandes choses, malheureusement peu façonné au rôle de sujet, et la régence à sa mère, Louise de Savoie, femme vaine, cupide et haineuse, qui, pour excuser beaucoup de dé« faute, n'avait qu'une qualité, son amour pour son fils. Une armée formidable se réunit vers Lyon et dans le Dan*

«et FRANÇOIS 1*' (1515-15^7).

phiné. On y comptait 18000 fantassins sortis prineipalemenk de la Gascogne, 20000 lansquenets allemands, 70 gros canons et 300 pièces plus petites dirigées par un digne successeur de Jean Bureau , par le grand maître de Genouillac. Parmi les chefs se trouyaient le connétable de Bourbon, les maréchaux de la Palice, de Lautrec, d'Aubigny et Trivulce, les ducs de Châtellerault, de Vendôme, d'Alençon, de Lorraine, de Gueldre et d^Albany; un grand ingénieur, Pedro Navarre, et celui qui, simple lieutenant d'une compagnie d^ordonnance, effaçait toute cette noblesse, le chevalier sans peur et sans reproche, le brave Bayard, qui c à lui seul valait une armée *. » Venise, en guerre avec les Espagnols, Gènes, menacée par le duc de Milan, appelaient Fi^ançois I» en Italie. Le jeune souverain des Pays-Bas, Charles d'Autriche, avait traité avec lui, malgré ses deux grands>pères, Tempereur Maximilien et le roi d'Aragon. Mais oes deux prince, le pape Léon X , le duc de Milan , avaient roaaorré leur ligue, et 20 000 Suisses soldés par eux gardMBt les passages du mont Genis et du mont Genèvre, tas 4bui seules routes par lesquelles on supposait qu'une aumaéi-iMçaise pût déboucher sur le Piémont. Comme ces den fMtes aboutissaient à Suse, les Suisses y établirent un cao^^e 10 OQQ hommes.

Frafi$ois l*' débuta par un coup de maître. Des (

cbasabui^

1. Bayaro. — Il était né en 1476| au château de Bayard, dans U Vlttée de GrésiYandan, à 24 kilomètre3 de Grenoble. Son père, Âymon du 1)»rraii, était d'une vieille maison du Danphiné. Son oncle, évéque d« Qmrable, lui disait : < Mon enfant, sois noble comme tes ancêtres, comma ton trisaïeul qui fut tué anx pieds du roi Jean à Poitiers, comme ton bîMleul et aïeul qui eurent le même sort, l'un & Azincourt, l'autre à Moatlhérv, et enfin comme ton père, qui fut couvert d'honorables blessures en défeodant la patrie. > Bayard se souvint toujours de ces paroles du boa trêque. A dix-huit ans, il eut deux chevaux tués sous lui, à Florence, •i4Uil6va un drapeau ennemi. Dans le rojraume de Naples, il tua en combat singnlier le capitaine de Soto-Mayor, qui l'avait calomnié, car il aspirait 4 être ce qu'il est resté, le modèle du parfait chevalier, humain, modeste, indomptable. A la journée du Oarigliano, nous Tavons dit, il sauva Tannée française, en défendant seul un pont contre l'ennemi victorieux : • comme un tigre eschappé, il s'accula à la iMirrière du pont et, & ooups d'épée, to défendit »i bien, qu'ils ne savoient qu6 dire, et ne coidoient point que ee foat ao Xomme, mais un diable. • Aussi lui doona-t-on alors poar devise an porcépie avec ces mots : Ktru agmini» unut habet, U décida la priso de Gènes si le gain de la bataille d'Agnadel en 1509, refusa d'entrer dans qd projet d'empoisonnement contre le pape, que proposait le duc de Ferrare, et Montra en maintes rencontres des vertus qui sont diCfioiles à os soldat. A Oainegate, U se servit de sa lance, quand les autres ne se servaient que de leurs éperons, et cerné, sur le point d'être pris, coarot à an capitaine ennemi, l'obligea de se rendre, après quoi lui-même lui nmit spa épée. Nous allons le retrouver A Marignan.

le chamois, des pâtres des Alpes dauphinoises servirent de fuides à Triyulce,à Lautrec, à Navarro, et on reconnut quUl

Bayard.

•* .v^v^KU ftii Drix de crands efforts, de remonter la S rt^iffi et 1 descendre 'dans celle de 1.

644 FûANÇOlS 1" C1515-1547).

Stura, en franchissant le col de rArgôntière ' jusque-là jugé impraticable. Il fallut jeter des ponts sur des abîmes, faire sauter des rochers pour ouvrir un passage aux canons. On mit trois jours à escalader les Alpes ; le soir du troisième, où était sur la crête de la grande chaîne ; le quatrième, on atteignit PArgentière et les sources de la Stura; le cinquième, oo deseendait dans les plaines de Saluces (15 août). Un corps de cavalerie où étaient la Palice, d^Aubigny et Bayard, passa plus haut, par un autre sentier de chamois, le col d'Agnello (3246 m.), sur le flanc méridional du mont Viso, et surprit à table, dans Villafranca, le général des troupes pontificales, Prosper Colonna, qui fut enlevé avec 700 de ses cavaliers. Les positions de l^ennemi étaient tournées par la gauche. Les Suisses, étonnés, reculèrent sur Milan, afin d'opérer leur jonction avec Tarmée espagnole qui surveillait les Vénitieas. Les Français les suivirent jusqu'à Marignan. Comme la solde que les alliés avaient promise aux Suisses ne venait pas, ïiA entrèrent en négociation avec le roi. François leur offrit les WO OOO écus d'or promis par le traité de Dijon, plus 300 000 écus pour Tévacuation des bailliages italiens, et une pension pour le duc de Milan, Sforza, qui était avec eux. La guerre ^lait se terminer sans combat, lorsque 20000 nouveaux Suisses débouchèrent des Alpes. Le cardinal de Sion, Mathieu Schioner, violent ennemi de la France, reprocha aux autres l'abandon du saint-siége. On leur conduisait déjà les sommes convenues ; ils voulurent faire coup double, enlever le convoi et Tarmée française.

Le 13 septembre on entendit, par les rues de Milan, mugir « le taureau d'Un et la vache d'Unterwalden, » deux trompes énormes qui avaient déjà sonné à Granson et à Morat. Les Suisses, sortis de la ville par une longue et étroite chaussée entre deux marais, s'avancèrent piques baissées sur l'artillerie française, pensant l'enlever. Mais la fleur de la gendarmerie était là, toute bardée de fer, hommes et chevaux. Trente charges exécutées sur « cette paysandaille» ne purent l'arrêter. Avec leurs piques de 13 pieds de long ils ressemblaient à la phalange macédonienne qui fut si longtemps in-

1. Le col de l'Argentière ou de la Madeleine 6st à 2031 mètres d'altitude. Au col même est un lac de 65«o mètres de long; d'une de ae» extrémités sort rubaye, affluent de la Durance; de l'autre la Stara, affluent duTanaro. Ce col est aujourd'hui praticable à rariiUerie. (Mènwir^^MiMm, t*I,p.3l.) *

François I*»", armé chevalier par Bayard.

vincible. L'artillerie bien pointée en couchait à terre des files entières. L'impassible colonne avançait toujours; elle s'empara trois fois des premières batteries, autour desquelles s'établit « un combat de géants. » — Le connétable, les princes et seigneurs ne s'épargnaient non plus que sangliers échauffés. > Le roi lui-même chargea à la tête de sa maison militah*e, et reçut plusieurs coups dans ses armes. Le soleil couché, on lutta encore, à la clarté de la lune, jusqu'à ce qu'il fît nuit noire. Les corps français et suisses étaient engagés les uns dans les autres, et restèrent ainsi en attendant le jour. Le roi dormit sur l'affût d'un canon, à quelques pas de l'ennemi ; Bayard était perdu au plus épais des Suisses, et fut obligé de se traîner sur les pieds et les mains pour rejoindre les siens. Le combat recommença à la pointe du jour; mais entre neuf et dix heures du matin, les Suisses entendirent derrière eux les cris de « Marco! Marco ! > poussés par Tavan^garde vénitienne qui accourait prendre part à la bataille. « Les dompteurs de princes > se replièrent en bon ordre et repassèrent leurs montagnes sans s'arrêter.

C'était inaugurer brillamment un règne. La joie enivrait l'armée française. Le jeune roi voulut faire honneur de la victoire au héros de Brescia et de Guinegate. Il demanda à être armé chevalier sur le champ de bataille de la main de Bayard. Celui-ci accomplit tous les rites de l'antique cérémonie, et, après avoir donné l'accolade au roi, il fît un bond et baisa son épée en s'écriant : « Certes, ma bonne épée, vous serez dès ce jour moult bien comme relique gardée, et sur toutes autres honorée et conservée pour avoir aujourd'hui, à un si vertueux et puissant roi, donné l'ordre de chevalerie, et ne vous porterai jamais si ce n'est contre Turcs, Sarrasins ou Maures. »

Paix perpétuelle avec lés Suisses} eoncordat avec Eiéon X (15 16)» -77 L'Italie était à la discrétion de François I«>^. Il usa avec modération de la victoire, il ne songea point à conquérir Naples, mais à s'assurer de fortes positions dans le nord de la péninsule. Le doge de Gênes lui remit cette ville, et il assiégea la citadelle de Milan, où Navarro lui promit de le faire entrer avant un mois. Maximilien Sforza n'attendit pas qu'on fît sauter son château; il abandonna son duché en échange d'une pension de 30 000 ducats, et de la promesse que le roi solliciterait pour lui le chapeau de cardinal. L'empereur fut contraint de rendre Vérone aux Vé-

FRANÇOIS I* (1 5 î 5-1547). 647

nitiens nos alliés ; le pape, les duchés de Parme et de Plai* sance aux Milanais. Un peu plus tard, le roi d'Angleterre sç laissa racheter Tournai , Sajni-Amand et Mortagne. Enfin une bonne paix ferma aux Suisses Tltalie, etla confédération renouvelant le traité fait avec Louis XI en 1474, s'engagea à laisser le roi lever chez elle les troupes dont il aurait besoin. François !•' paya aux Suisses les 700 000 écus qu'il avait offerts avant la victoire. Cette paix, conclue à Genève (nov. 1516) avec huit cantons, et acceptée par les cinq autres à Fribourg (nov. 1516), fut à juste raison dite perpétuelle^ car elle a duré autant que l'ancienne monarchie française.

Le pape, chef de la ligue et de la maison de Médicis, était venu à Bologne recevoir les conditions du vainqueur. Il s'atltendait à de grands sacrifices en Italie. François I*' aima mieux accroître son pouvoir en France. Il garantit aux Mé«dicis la possession de Florence, et il sacrifia au pape la pragmatique sanction de Charles VII, mais en la remplaçant par un concordat qui mit le clergé de France sous sa main. Léon X conserva les appels en cour de Rome pour les causes majeures, à condition que les juges seraient commis par lui dans l'intérieur du royaume, mais renonça aux réserves et aux grâces expectatives par lesquelles le saint^siége avait la nomination à une foule de bénéfices ; il reconnut au roi le droit de disposer seul des dignités ecclésiastiques, et ne garda que celui de refuser l'investiture spirituelle aux élus en cas d'indignité canonique. François réprouvait la doctrine des Pères de Bâle touchant la supériorité des conciles sur le saint-siége et rétablissait l'impôt des annates, ou revenu d'une année que tout clerc promu à un grand bénéfice dut payer au saint-siége. Ainsi, ils avaient disposé l'un et l'autre de ce qui ne leur appartenait pas selon le droit public du royaume ; dans les dépouilles de l'Église gallicane, le pape^ dit Mézeray, en forçant quelque peu les termes, avait pris le temporel, c'est-à-dire les annates, et laissé au roi le spirituel^ c'est-à-dire la nomination aux prélatures.

Le clergé, les universités, les cours judiciaires, réclamèremt contre l'abolition de la pragmatique, qui blessait diverses prérogatives de corporations et de personnes, et le parlement de Paris refusa d*enregistrer le concordat. Mais il était difficile d'arrêter un jeune prince victorieux, c On verra, dit-il\ qu'il y a un roi en France, et non un sénat comme à Venise. » Les députés du parlement vinrent trouver le roi à Amboisçi.

mais celui-ci ne les reçut que pour leur dire : c Je suis le roi, Je veux être obéi ; portez demain mes ordres à mon parlement de Paris. » Pour retarder leur départ, ils alléguèrent la mauvaise saison, les débordements de la Loire , etc. c Si demain, dit le roi, avant six heures, ils ne sont pas hors d^Amboise, j'enverrai des archers les prendre et les jeter dans un cachot pour six mois. » Après deux années de résistance, le parlement enregistra c par exprès commandement du roi, » et n'eut d'autre consolation que de rester fidèle, dans la pratique, à l'esprit qui avait inspiré le concile national de Bourges. Le concordat consacrait un accroissement important de l'autorité royale, car il mettait le clergé dans la dépendance du roi, comme y était déjà la noblesse depuis Louis XI, comme la bourgeoisie y avait toujours été.

lia eovi* de François I«r. — Durant son séjour en Italie, François I» avait été frappé des merveilles que la Renaissance y enfantait, et il s'était promis d'importer en France l'art nouveau, comme sa plus précieuse conquête. Il décida plusieurs des grands artistes italiens à le suivre au delà des monts, et acheta aux autres quelques-uns de leurs chefsd'oeuvre (voy. au chap. xli). Ce qui valait mieux que l'or donné aux artistes, c'étaient les égards du jeune conquérant pour les maîtres de l'intelligence. La tradition, qui le représente tenant Léonard de Vinci dans ses bras, au moment où le grand artiste rend le dernier soupir (1519), est malheureusement fausse. Mais, ce qui est vrai, c'est qu'il l'appelait son père ; c'est qu'il recevait un tableau de Raphaël avec l'appareil des pompes royales ; c'est qu'il aimait toutes les choses de l'esprit, et que le savant, le poôte, l'artiste, traités par lui comme des hommes utiles à l'État, ne se trouvaient point délacés dans la cour brillante dont il s'entourait.

Cette cour de France, qui a exercé sur les mœurs publiques, sur les lettres, sur l'esprit de la nation et jusque sur les nations étrangères, une si longue d; trop souvent une si ^pernicieuse influence, date de François I«'. Avant lui, elle n'existait pas. De graves conseillers entouraient seuls Louis XII, et la chaste Anne de Bretagne n'autorisait autour d'elle que des plaisirs tranquilles et rares. François I^' voulut Àtre toujours suivi d'une troupe si nombreuse que l'on comptait autour de la demeure royale rarement moins de 6000 et •Quelquefois jusqu'à 18 000 chevaux. Les nobles n'y vinrent pas

FRANÇOIS r (1515-1547). 6^9

seuls s'y assouplir à robéissance, sous les regards du maître. François, qui prétendait qu'une cour sans dames était une année sans printemps et un printemps sans roses, attira par Téclat de ses fêtes, les châtelaines, jusqu'alors oubliées au fond de leurs manoirs féodaux, c Du commencement, dit très-bien Mézeray, cela eut de fort bons effets, cet aimable sexe ayant amené à la cour la politesse et la courtoisie, et donnant de vires pointes de générosité aux âmes bien faites. Mais les mœurs se corrompirent bientôt ; les charges, les bienfaits se distribuèrent à la fantaisie des femmes, et elles furent cause qu'il s'introduisit de Irès-méchantes maximes dans le gouvernement. » Trois femmes surtout exercèrent dans cette cour, sous le règne de François I»', une influence désastreuse: la propre mère du roi, Louise de Savoie, la comtesse de Ghâteaubriant, sœur de Lautrec, et la duchesse d'Ëtampes, qui, pour nuire au dauphin auprès de son père, ^ alla jusqu'à livrer aux ennemis de la France les secrets del'État. 9^.

Traité de IVoyon arec Charleti d' Antriebe (1516).— ^^ Jusqu'en 1519, la France et l'Europe furent en paix. En 1516, mourut Ferdinand le Catholique. Cette mort livrait à Charles d'Autriche, déjà souverain des Pays-Bas et roi de Castille, l'Aragon, la Navarre, Naples, la Sicile et la Sardaigne. François ne chercha point à l'empêcher de recueillir ce magnifique héritage. Il signa avec lui le traité de Noyon (1516), qui stipulait, entre les deux princes, une alliance offensive et défensive, sans autre avantage pour la France que la restitution à Jeanne d'Albret de la Navarre, dont s'était emparé Ferdinand le Catholique. Une autre mort, celle de Maximilien (1519), vint tout changer.

François Ifi' brigue la conromie Impériale} éleefion et pvissanee de Charle* -Quint (1519). — François !«' vit dans cet événement une nouvelle perspective de grandeur. Il espéra relever l'empire de Charlemagne, et crut n'avoir qu'à demander la couronne impériale pour l'obtenir. L'Allemagne avait besoin d'un prince capable de la défendre contre les Turcs dont la puissance était alors comme une marée montante, irrésistible, qui battait alternativement ses deux rivages d'Europe et d'Asie. Et qui pouvait mieux les arrêter que le brillant vainqueur de Marignan? Mais les princes allemands songeaient aussi à la condition où les rois de France avaient réduit les grands seigneurs de leur pays, et ils redoutaient un sort pareil. L'archevêque de Mayence le

650 FRANÇOIS i* (1515-1547).

dit tout haut au moment de Tëlection : c II n'y a plus aujourd'hui personne qui ne tremble au plus petit signe du roi. > Il semblait qu'on n'eût rien de tel à craindre du nouveau roi d'Espagne, jeune, sans gloire, dont les États étaient nombreux, mais dispersés, et qui, maître de rAutriche, avait à recevoir les premiers coups des Turcs, s'ils se tournaient contre TAllemagne. Henri VIII d'Angleterre se mit aussi sur les rangs. Son Ile était bien loin, sa candidature ne fut pas sérieuse, c Ses angelots, dit un contemporain, ne firent pas mieux que les écus d'or au soleil (monnaie de France), i Tons les candidats avaient, en eifet, prodigué l'or aux électeurs, et nous avons encore les quittances du marché ; mais, quoique François eût le plus donné, Charles d'Autridie fut élu et devint Charle»-Quint. Deux siècles de guerre sont sortis de cette élection simoniaque.

François I» avait écrit très-chevaleresquement à Charles- Quint avant l'élection: qu'ils poursuivaient tous deux la même conquête et n'en resteraient pas moins bons amis, quel que fût le rival heureux. L'échec lui pesa. Outre le dépit de l'ambition blessée, il comprit bien vite les dangers que couraient laf rance et l'Europe de la réunion de tant de couronnes sur une même tête. De ce jour la politique de la France changea, tt ne s'agissait plus de gagner une province au delà des Alpes, pour en faire probablement l'apanage de quelque fils de France, mais de sauver la liberté du continent menacée. Maître de l'Espagne et de Naples, des Pays-Bas et de l'Autriche, Charles-Quint tenait, si j'ose dire, l'Europe par les quatre coins. Il était encore empereur d'Allemagne, titre auquel étaient attachés des droits de suzeraineté sur l'Italie ; il entraînera bientôt dans son alliance le pape et Henri VIII d'Angleterre ; Femand Cortez et Pizarre faisaient pour lui la conquête du Mexique et du Pérou. Que manquait-il donc à l'ambitieux dont la devise était : Plus ouitre! «Toujours plus loin!» pour devenir un nouveau Gharlemagne ? la France, qu'il menaçait déjà de trois côtés, par les Pyrénées, la Franche-Comté et la Flandre. Mais la France ne se donna ni ne se laissa prendre.

C'est la gloire de François I» d'avoû* accepté avec la maison d'Autriche une lutte qui semblait inégale. Il compta sur son courage et sa renommée ; il pensa qu'un pouvoir fort et obéi, qu'un royaume compacte, une population militaire, riche et dévouée, valaient cette ambitieuse liste d'États re-

FRANÇOTS I* (1515-1547).

muants et dispersés, cet empire « sur lequel le soleil ne se couchait pas ; > — « ce grand vaisseau dont la proue était dans Tocéan Atlantique et la poupe dans la mer des Indes. > IVéfpœiations avee PAng^leterre (1520). — Les deux rivaux se disputèrent Talliance du seul souverain redoutable

Maison de la Renaissance à Noyon.

après eux, Henri VIII d'Angleterre. François I«' lui offrît de splendides fêtes, au camp du Drap d'or, entre Guines et Ardres (7 juin 1520), Il y dépensa des sommes folles, et força ses courtisans à s'y ruiner comme lui. c Maints seigneurs, dit Martin du Bellay, y portèrent leurs moulins, leurs forêts

65i FRANÇOIS !•' (1515-1547).

et leurs prés sur leurs épaules. > Un édifice du temps, l^hfttel du Bourg-Théroude, à Rouen*, nous montre encore, dans ses curieux bas-reliefs, les pompeuses cavalcades et les divers incidents de cette entrevue fameuse. François éclipsa son hôte par sa magnificence, par son adresse et par la rare élégance de son esprit et de ses manières. II. blessa Famourpropre de l'Anglais au lieu de le gagner. Charles-Quint, plus adroit, alla trouver Henri VIII à Gravelines, en petit appareil, comme un client, le salua du nom de père, pensionna son ministre favori, le cardinal Wolsey, auquel il promit la tiare, et s'assura ainsi TalUance anglaise.

I^es Fmiiç»l0 en IVavarre, le« Impériaux en Cham- ]ia|^e(15Sl). — Battu en diplomatie, François espéra de la guerre plus de succès. Une révolte venait d'éclater en Espagne; il fit entrer dans la Navarre, que Charles-Quint, malgré ses promesses, n'avait pas restituée à Henri d'Albret, une armée qui parut n'être qu^ la solde de ce prince (1521). Lesparre, qui la conduisait, emporta Pampelune, où fut blessé un jeune gentilhomme basque, Ignace de Loyola, que sa blessure fit renoncer aux armes et qui fonda plus tard l'ordve des Jésuites. En même temps, Robert de la Marck, duc de Bouillon, soudoyé en dessous main par la France, déclara la guerre à l'empereur et attaqua le Luxembourg. Mais les révoltés espagnols furent écrasés, avant Tarrivée des Français qu'on chassa ensuite aisément de la Navarre. Au nord, le comte de Nassau, général de Charles-Quint, s'empara du duché de Bouillon, envahit la Champagne, prit Mouzon, et s'approcha de Mézières. On voulait d'abord brûler cette ville pour ne pas la laisser aux ennemis : « U n'y a point de place foible, dit Bayard, là où se trouvent des gens de bien, > et il se jeta dans Mézières. Les Impériaux le sommèrent de se rendre. « Il me faut un pont pour sortir, répondit-il, et les corps de vos gens n'ont pas encore comblé le fossé. » En deux jours, l'ennemi lança dans la place 5000 boulets, et on employa alors, pour la première

1. Cet hôtel s*élèye à Rouen sur Tancien marché aux veaux, appelé aajourd'bui Place de la Pucellej en souvenir du martyre de Jeanne d'Arc, qoi y fat brûlée. La façade extérieure n'indique nullement les richesses sculpturales qui s'offrent à la vue dans la cour intérieure. C'est cette cour que représente notre gravure. Les différentes scènes de l'entrevue des deux rois sont reproduites sur la pierre, et comme ces bas-reliefs sont contemporains de révénement, ils forment un véritable musée pour rarchédoeie de cette époque. Voy. la Normandie du baron Taylor.

fois, les bombes et les mortiers dont on se sert aujourd'hui. Mille soldats épouvantés s'enfuirent. « Tant mieux, dit Bayard, pareiUe canaille n'étoit pas digne d'acquérir de

Hôtel du Boarg-Théroude.

riionneur avec nous. » Après trois semaines d'efiPorts, Tennemi se lassa le premier. Bayard avait sauvé la France d'une invasion qu'aucune armée n'était prête à arrêter.

BéUiim «e la Bleoqne (1598)} perte «a MllanaU.

— L'invasion de la Champagne avait engagé directement la gaerre entre la France et l'empereur. Le premier coup sérieux fut porté en Italie. Lautrec, qui commandait dans le Milanais, avait irrité les populations par un gouvernement dur et rapace. Inférieur en force aux troupes espagnoles de Pescaire, il abandonna Parme, Plaisance, même Milan (1521). Il conservait avec peine ses Suisses, qu'il ne pouvait payer. François lui avait promis 400000 écus pour leur solde; mais la duchesse d'Angoulême, jalouse de la comtesse de Châteaubriant, sœur de Lautrec et favorite du roi, s'était fait, dit-on, livrer, par le surintendant Semblançay, les sommes destinées aux Suisses*. Ceux-ci, las d'attendre, demandèrent argent, congé ou bataille; Lautrec les mena à l'attaque de la Bicoque, à 7 kilomètres de Milan (22 avril). Ils s'engagèrent résolument dans un chemin creux pour emporter la position, et l'attaquèrent à trois reprises différentes; foudroyés par Fartillerie, ils reculèrent, puis partirent pour leurs montagnes. Par leur retraite, le Milanais se trouva abandonné aux troupes espagnoles. Lautrec, de retour, se plaignit vivemei^' de n'avoir pas reçu l'argent promis. On informa. Le surintendant, à qui la reine avait fait soustraire le reçu de la somme, ne put se justifier, et cinq ans plus tard fut pefidu t (1527). ^IJ

Vral|^8on de Bourbon (1523). — François I« crut réj parer tout par sa présence. Il dirigea 25 000 hommes sur les Alpes ; mais, au moment où il allait en prendre le commandement, éclata un complot dont le succès eût ruiné la France. Charles-Quint, assuré du nouveau pape Adrien VI, son ancien précepteur, du roi d'Angleterre qui avait promis de débarquer en Picardie, avait gagné, au sein même de la cour de France, un puissant allié. Maître de la Marche, du Bourbonnais, de l'Auvergne, du Forez, du Beaujolais, le connétable de Bourbon tenait état de prince. Habile homme de gueire,

1. Voici ce qui peat-étre a donné naissance à cette hypothèse que raine rinvraisemblance d'un détournement si considérable, alors que François I*' correspondait avec Lautrec et devait être informé des sommes reçves par lui. Louise de Savoie réclama 300 Ooo écus venant d'Espa^gne, dont François !•' lui avait fait présent. Semblançay reconnaissait avoir reçn U somme et prétendait l'avoir, par ordre du roi, donnée aux trésoriers des guerres. Une commission déclara la régente fondée dans sa réclamatioo ; mais le roi resta débiteur à Semblançay de plus de 300 000 livres. On sait comment il s'acquitta de sa dellc.

rRANÇOiS l^ (1516-1547). 655

esprit fier et emporté, dèrorô d^ambition et ayant déjà jeté les yeux sur la couronne, il ne ménageait point les railleries aux petites intrigues et aux féminines influences qui s'agitaient autour du roi de France. Louise de Savoie arait voulu, en Tépousant, entrer en partage de ces vastes domaines. Devenue, par un refus, son implacable ennemie, elle s'entendit avec le chancelier Duprat, pour attaquer une donation dont le connétable tenait la nK$îlîé de ses biens. Bourbon perdit son procès. Gbarles-Quint «c était aux écoutes. » Il lui garantit, outre la totalité de ses biens, le Dauphiné, la Provence et le Lyonnais érigés en royaume, pour prix de sa défection. Henri VllI ferait valoir les prétentions de TAngleterre sur les provinces occidentales ; Tempereur reprendrait la Bourgogne et les villes de la Somme; c'était un plan complet de démembrement de la France. Une bulle du pape déliait les Français du serment de. fidélité. Dernier représentant de la féodalité du moyen âge, Bourbon croyait pouvoir agir comme les anciens ducs de Bretagne et de Bourgogne. Il oubliait qu'il y avait maintenant une France qui voulait rester unie, et qu'une trahison envers le roi était une trahison envers elle.

François I* vint le voir à son château de Moulins, espérant tirer de lui un aveu , un acte de repentir , une parole d'affection et de dévouement; Bourbon resla froid et impénétrable. A peine François Teut-il quitté qu'il s'enfuit par des chemins détournés et gagna l'Allemagne.

Vrlple invntlon de la France (1583). — Le connétable pouvait laisser derrière lui des complices, le roi ne voulut pas s'éloigner. D'ailleurs la triple invasion projetée pour donner la main à Bourbon et aux provinces qu'il avait promis de soulever, s'accomplissait. François dirigea Lautrec en Guyenne contre 25 000 Espagnols, qui attaquèrent vainement Bayonne ; le comte Claude de Guise contre 12 000 lansquenets allemands, arrivés par la Franche-Comté et la Champagne, et qui furent rejetés derrière la Meuse ; enfin le vieux la Trémouille contre 35 000 Anglais ou Flamands, qui pénétrèrent jusqu'à onze lieues de Paris, mais qu'il arrêta, puis fit reculer, avec une poignée de soldats, par ses habiles ma-^ nœuvres.

Uort 4e Bayard (1534). — Heureux en France, parce qu'il avait bien choisi ses lieutenants, le roi ne le fut pas en

656 FRANÇOIS, r' (1515-1547).

Italie, parce qu'il donna sa plus belle année, 40 000 hommes, à un habile et brillant courtisan, fort brave de sa personne^ mais fort mauvais général, à Tamiral Bonnivet. Celui-ci, au lieu de marcher droit sur Milan sans défense et de Tenlever, laissa à Tennemi le temps de s'y fortifier, au vice-roi de Na* pies, Lannoy, et à Bourbon, celui d'opérer leur jonction. Il recula alors jusqu'à Biagrasso sur la Ticinella, conEipromit Bayard à Rebecco, et, forcé de reculer encore, sous peine d'être coupé de la France, se retira sur la Sesia. Il fut Ûessé au passage de cette rivière, près de Romagnano. Bayard, à qui il laissa le soin de sauver l'arrière-garde, y reçut une mousquetade dans les reins. Tandis que les Français fuyaient vers les Alpes, Bourbon rencontra le bon chevalier couché au pied d'un arbre, le visage tourné vers l'ennemi, et lui exprima sa douleur de le voir en cet état. « Il n'y a point de pitié à avoir de moi, répondit^il, car je meurs en homme de bien; mais j'ai pitié de vous qui servez contre votre prince, votre patrie et votre serment. » La postérité a parlé comme lui.

Première Inifaslon de la Provence (1524). — Cette déroute et la mort de Bayard découvraient la frontière française que Bourbon franchit. Il était pressé d'étouffer ses remords sous la grandeur de ses succès. La Provence était tout ouverte, sauf Marseille, qui se trouvait assez bien fortifiée. Il assurait que trois coups de canon étonn^aient si fort ces bons bourgeois, qu'ils viendraient, la corde au cou, aux pieds de l'empereur. Marseille le reçut, au contraire, fort rudement; les femmes môme travaillaient k fortifier le rempart, et les contre-mines faites du côté de l'attaque furent appelées la tranchée des dames. Bourbon s'opiniâtra quarante jours à ce siège. Mais, derrière lui, sur son flanc droit, les paysans furieux se répandaient en armes , descendant à l'improviste des montagnes pour enlever les convois, égorger les traînards. François le»- approchait avec 8000 chevaux, 34 000 fantassins et une bonne artillerie. Il pouvait enfermer Bourbon au fond du cul-de-sac où celui-ci s'était enfoncé. L'armée impériale démoralisée rebroussa chemin (août 1524) vers les Alpes.

"^ Bataille de Pavie (1525).^ Le roi de France se trouvait à portée du théâtre de ses premiers exploits : il ne résista pas à la tentation d'y reparaître. Aucun ennemi ne lui faisait obstacle. A Rome, on affichait une récompense pour

658 FRANÇOIS r (1515-1547).

celui qui retrouyerait rarmée impériale perdue dans les Alpes. François s^empara de Milan sans coup férir et cnit pouvoir détacher un corps de 10 000 hommes pour conquérir le royaume de Naples, tandis qu'il presserait le siège de Payie.

Cette imprudence que le roi n^ayait pas commise après la bataille de Marignan, amena un effroyable désastre. Bourbon, animé par la haine, avait trouvé des ressources qu'on ne soupçonnait pas. Il fit argent de tout, passa en Allemagne, et au bout de quelques semaines ramena 12 000 lansquenets. Il rallia Pescaire et Lannoy, le vice-roi de Naples, et tous trois revinrent sur Pavie, mettant François !«' entre eux et la ville qui renfermait une garnison de 6000 hommes, commandés par un homme résolu, Antonio de Leyva. La position était périlleuse; les vieux généraux, Tavannes, Lautrec, la Trémouille, conseillaient de lever le siège et de choisir un autre terrain. Bonnivet prétendit que le roi ne devait pas reculer devant un traître, et François I«' trouva cette raison suffisante.

Le jour de la bataille (25 février 1525) l'artillerie française fit d'abord merveille. «Genouillac faisoit coup sur coup des brèches dedans les bataillons ennemis, de sorte que n'eussiez vu que bras et têtes voler. » Mais, comme ils commençaient à fléchir sous ce féu meuHrier, le roi crut cause gagnée ; il se jeta sur eux à la tête de sa gendarmerie et masqua son artillerie, qui devint inutile. L'infanterie espagnole en profita ; elle se précipita sur les Suisses, qui lâchèrent pied en voyant Antonio de Leyva sortir de la citadelle sur leurs derrières. La gendarmerie française se trou?a presque seule sur le champ de bataille. La Trémouille, la Palice, les meilleurs généraux tombèrent autour du roi. Bonnivet, l'auteur du désastre, eut un instant la possibilité de fuir ; il revint se faire tuer. Le roi, lui-même, blessé, entouré de cadavres, combattit longtemps. Il ne voulait pas se rendre au traître Bourbon. Un gentilhomme français, Pompéran, le reconnut, le tira de la mêlée et le conduisit au vice-roi de Naples, qui reçut à genoux son épée. « J'espère, lui dit-il, être traité en roi, > et il demanda Irétre conduit à Madrid auprès de son cousin l'empereur. « Pour vous faire savoir, écrivait-il le soir à sa mère dans une assez longue lettre, quelle est mon infortune, de toutes choses ne m'est dettieurô que l'honneur et la vie qui est sauve, i La France lui a

prêté une plus courte et plus héroTque parole : « Tout est perdu fors Thonneur*. »

Bé^eBce die IjovIm die SaTote ; alllaiice avec l'Aiio

grletcrre. — La France, Dieu merci, notait pas perdue parce que son roi était prisonnier. Après la journée de Poitiers et la captÎYité du roi Jean, il y ayait eu dHncalculables malheurs. Mais alors Pennemi était au cœur du pays et Punité nationale commençait à peine. La défaite de Pavie avait été essuyée sur les bords du Pô ; Fltalie seule en souffrit, pillée qu'elle fut par les mercenaires qui ayaient gagné la bataille. Nos frontières ne furent pas même attaquées. La régente montra une louable et intelligente activité. Elle prodigua l'or cette fois pour racheter les captifs, pour remonter les gens d'armes. En même temps qu'elle refaisait une armée, elle prévenait les troubles intérieurs et au dehors elle négociait secrètement avec Venise, avec le pape, même avec le sultan des Turcs, Soliman, pour le jeter sur TAutriche, et elle achetait l'alliance de Henri VIII. Ce prince, effrayé de la puissance de Charles-Quint, fit insérer au traité cette clause singulière que la régente ne consentirait à aucune cession de province. Il comprenait que l'intégrité de ce royaume était la garantie de l'indépendance de l'Europe. Il ne voulait pas d'ailleurs une diminution de ce qu'il affectait d'appeler son héritage, car il prenait encore le titre de roi de France (30 août 1525).

CaptiTtté4n rot; traité» de Madrid (1526). ^ Cependant François K ne trouvait pas à Madrid Charles- Quint aussi magnanime qu'il l'avait cru. L'empereur affectait de s'interdire toute réjouissance, c attendu que le malheur d'un roi ne doit réjouir personne ; » mais il ne l'en retenait pas moins captif et refusa longtemps de le voir. Malade de chagrin, à peine consolé par la présence de sa sœur, François eut un instant (en nov. 1525) le dessein d'abdiquer en faveur de son fils, pour ne laisser entre les mains de son ennemi qu'un brave chevalier au lieu du roi de France. Sa résolution ne dura point. Il consentit à signer un traité désastreux (janvier 1526), après avoir protesté secrètement contre une

t. L'original de la lettre est perdu, mais Dalanre en a retrouvé une copie dans les registres manuscrits du Parlement, sous la date du lo novembre U25, et nous avons les réponses de Louise de Savoie et de Marguerite : cf. ChampoUion. introduction aux lettres de Françoie /•», et CaptivUt â$ Françoie /••. (Doc. inédite de l'Hist. de France.)

660 rRANÇOîS r (1515-1547).

vic^ence morale, qui, selon lui, frappait de nullité tous les actes du captif. Il cédait à Charles la Bourgogne, souslaréserve de Thommage, renonçait à Naples, à Milan, à Gènes, à la suzeraineté sur la Flandre et TArtois, réintégrait Bourbon dans ses biens et promettait d'épouser la sœur de Tempereur, reine douairière de Portugal. Échangé contre ses deux fils sur les bords de la Bidassoa, il s'élança à cheval sur le sol français en s'écriaht : t Je suis encore roi ! » Une assemblée de notables décida que le roi ne pouvait céder la première pairie du royaume. Les députés des états de Bourgogne invoquèrent le serment du sacre, et déclarèrent qu'ils resteraient Français en dépit du roi et de l'empereur. Charles était pris ; il accusa François de déloyauté ; le roi répondit qu'il c en avai^ menti par la gorge, > et proposa de vider le différend en champ clos.

Ka Milite lilirve (1596); sac de Rome (1527). — François I«% comme étonné encore du coup de Pavie, ne recommença point la lutte avec vigueur. Il négocia beaucoup, ratifia tout ce qu'avait fait la régente, confirma les traités qu'elle avait conclus, continua ses secrètes relations avec la Porte, et signa, avec le pape Clément Vil, qui le releva de son serment de Madrid, avec le roi d'Angleterre, Venise, Florence et les Suisses, une sainte ligue pour la délivrance de l'Italie. Ce malheureux pays, depuis trente-deux ans théâtre de la guerre, était en ce moment la proie de bandes mercenaires, où les chefs obéissaient plus qu'ils ne commandaient. Les Italiens firent un effort pour se débarrasser de ces étrangers farouches. Une armée tout italienne se rassembla sous le commandement du duc d'Urbin. Mais ' le connétable de Bourbon descendit les Alpes à la tête d'un nouveau corps de 10 à 15 000 luthériens fanatiques et pillards. Un d'eux, Georges Frondsberg, montrait à son cou la chaîne dont il voulait, disait-il, étrangler le pape. Le duc d'Urbin, au lieu d'arrêter ces furieux, les suivit prudemment à distance. Il dissimulait ses terreurs en se comparant à Fabius Cunctator. Charles-Quint, qui n'était pas fâché de donner une leçon à l'Italie, laissait Bourbon sans ordres. Le connétable lui-même n'était plus' piaître de ses gens. Après avoir dévoré le Milanais, les lansquenets voulurent une autre proie, Florence ou Rome, Rome surtout, la sacrilège Babylone. Bourbon les y mena, rêvant de grands desseins, peut-être la royauté d'iUlie. Mais à l'assaut des murs il

FRANÇOIS !•' (i 515-1547). 661

tomba le premier (6 mai). Ses soldats qui Taimaient, le vengèrent cruellement. Pendant neuf mois, Rome subit des tortures et des outrages que les Goths et les Vandales ne lui avaient pas infligés. C'était Farmée de Charles-Quint qui profanait ainsi la capitale de la chrétienté, et qui tenait le pape captif dans le château Saint-Ange. Il est vrai que Tempereur, afin de cacher la part quUl avait prise dans ce grand scandale, faisait dire des messes pour la délivrance du Saint-Père. Les brigands ne s'arrêtèrent que devant la peste, qui les décima.

Seconde innerve avee Charles-Quint (X&27'XB\tO); expédition de liantrec à IVaples (1528). — Le roi de France accusait Charles-Quint de ces horreurs, dont lempereur profitait, tout en les répudiant. François I» avait bien lui-même des reproches à se faire, car il avait manqué de parole à ses alliés. Pendant que les Impériaux saccageaient Rome, il convoquait à Paris une assemblée de notables, la seule qu^il ait réunie, y récriminait fort contre son rival, et obtenait d'elle deux millions d'écus d'or pour la rançon de ses enfants. Cependant il avait envoyé Lautrec en Lombardie, mais avec Tordre de s'enfoncer aux extrémités de la péninsule, pour aller conquérir ce royaume de Naples, dont la possession était si inutile à la France. Lautrec eut d'abord de brillants succès ; il s'empara de presque tout le royaume. Mais on le laissa sans argent; on offensa Pamiral génois Doria, qui fît défection; une peste qui survint emporta le général, découragea les soldats et Texpédition fut ruinée. C^était la quatrième armée française que Tltalie dévorait depuis la bataille de la Bicoque. Une autre, sous Saint -Pol, fut encore détruite au printemps de Tannée suivante à Landriano, en Lombardie. La péninsule restait à Charles-Quint. Elle demeurera plus de trois siècles sous le pouvoir ou l'influence de la maison d'Autriche.

OFraité de Cambrai (1529). — Il semblait que Charles- Quint allait maintenant entamer la France ; mais une guerre de religion était sur le point d'éclater en Allemagne ; Soliman, le secret allié de François I", poussait ses redoutables janissaires jusque sous les murs de Vienne, et le roi d'Angleterre menaçait de renoncer à Talliance autrichienne, en menaçant de répudier sa première femme, Catherine d'Aragon, tante de Charles-Quint. L'empereur, trouvant donc deux nouvelles guerres derrière ses triomphes de Pavieet de Lan-

66t FRANÇOIS i** (1515-1547).

driano, voulut s^assurer la paix à Toccideat, lorsquHl allait avoir tant à faire à Torient et au nord. Louise de Savoie et la tante de Charles-Quint, Marguerite d* Autriche, s'abouchèrent dans la ville de Cambrai, et y conclurent la paix c des Dames. » Charles-Quint qui gardait Naples et allait se faire couronner roi de Lombardie, renonça à revendiquer la province de Bourgogne; mais il maintenait toutes les autres conditions du traité de Madrid : rançon de deux millions d'écus d'or; cession de Hesdin, de Tournai , de la suzeraineté sur la Flandre et TArtois, et de toute prétention sur ritalie.

Paix de six aimées (1529-1535); alliance avec lei Vurcs et avec les protestants d'Allemaipne. — Cette suspension des hostilités dura jusqu'à la un de 1535. Charles-Quint et François l" la mirent à profit, mais d'une façon différente. Après avoir réglé en maître le sort de l'Italie, protégé Vienne et l'AUemagne que les Turcs menaçaient, l'empereur prit contre ceux-ci rofifensive. 11 réunit dans les ports de l'Espagne et de l'Italie 500 navires montés par 30000 hommes et les dirigea contre Tunis, repaire de pirates qui avaient alors à leur tète un homme de génie, Khaïr Eddin Barberousse, amiral de Soliman. Le fort de la Goulette fut emporté, Barberousse mis en fuite, 20 000 chrétiens délivrés et Tunis rendu, sous la suzeraineté de Charles-Quint, à son ancien maître (1535).

François I" se livrait aux travaux de la paix, sans négliger les mesures de prudence. Ainsi, pour n'être plus à la discrétion des mercenaires suisses et allemands, il organisa une infanterie nationale qui compta jusqu'à ^2 000 hommes (voy. le chap. xLi;. Il ramena dans son alliance Henri VIII, qui venait de rompre avec le saint- siège (1532), et en même temps il regagnait le pape en demandant pour le jeune prince, qui fut plus tard Henri II, la main de Catherine de Médicis, nièce du pontife. Clément VII mourut presque aussitôt. Mais la politique pontificale devait incliner du côté de la France, depuis que la maison d'Autriche possédait Naples. Le roi renouvela l'ancienne amitié avec les Écossais, en faisant épouser à leur roi sa fille aînée (1536), puis Marie de Lorraine ; et il signa plus tard nos premiers traités avec le Danemark (1541) et la Suède (1542); essayant ainsi de former, autour de la France, une coalition des États secondaires, pour tenir tête à celui qui aspirait à la suprématie

FRANÇOIS l" (1515*1547). 66S

uniTeraelle. Il cessa, en 1534, de faire un mystère de ses relations ayec la Porte, disant que, quand les loups Tenaient fondre sur son' troupeau, il avait bien le droit d'appeler les chiens à son secours. Il demanda, par une ambassade qui fut reçue avec de grands honneurs à Constantinople, Tamitié de Soliman. Le sultan promit d'aider, au besoin, de tout son pouvoir, son ami, « le padischah de France ; » et une convention commerciale conclue entre les deux souverains fut en en réalité un traité d'alliance offensive et défensive)a.es protestants allemands confédérés à Smalkade contre Tempe» reur, reçurent aussi les ouvertures de François l^ (1532). Mais ces deux alliances le mettaient dans une position difficile : le roi tréêHshrétim ne pouvait s'unir aux Turcs sans un grand scandale , et pourtant cette alliance lui était nécessaire. Le fils atné de l'Église ne pouvait tendre la main aux réformés qui déchiraient l'Église , et cependant il lui importait fort d'avoir des amis dans l'empire, de susciter des embarras à son puissant rival, dans ses États mêmes. François I** n'hésita point à subordonner l'intérêt religieux à l'intérêt politique, et il en devait être ainsi depuis qu'avec les grandes sociétés modernes étaient nés les grands intérêts nationaux*.

La réforme. — Ce schisme dans l'Église était produit par l'irrésistible mouvement qui, au seizième siècle, emportait les esprits hors des horizons battus. L'antiquité retrouvée avait ouvert à la pensée des sentiers inconnus. Tandis que Christophe Colomb et Yasco de Gama découvraient et livraient à l'activité des hommes de nouveaux mondes, Copernic découvrait et livrait à leurs méditations les vraies lois de l'univers. Comment s'étonner que ce sijècle, qui voyait ces grands résultats de l'audace et de l'intelligence humaines, se soit abandonné à la redoutable puissance de la pensée! Émerveillé de toutes ces nouveautés, il se mit à douter de beaucoup de choses anciennes. L'esprit de curiosité et d'examen se porta sur tout; il transforma les arts, les lettres, les sciences, l'état social; il voulut transformer aussi les institutions

i. En isaa, il 7 avait aa amlMissadear français à Constantinople. Soliman en reçut deux autres en 1&32 et 1535. Le dernier, Laforôt, conclut la capitulation de janvier 1536, qui fit recouvrer à la France dans le Levant une influence qu'elle avait perdue depuis la chute de l'empire latin. Us négociants de toute nation, ceux de Venise exceptés, gni voulurent trafiquer dans ces mers, durent s'y placer sous la protection de nos consuls.

religieuses, qui, au témoignage du dernier des Pères de rÉglise fléchissaient sous le poids des abus. F4n vain, au quinzième siècle, les conciles de Bâle et de Constance s'étaient proposé de corriger la discipline et les mœurs; en yain le cardinal Julien disait à Eugène IV : « Je vois que la cognée est à la racine, Tarbre penche, et au lieu de le soutenir, pendant qu^on le pourrait encore, nous le précipitons à terre. » L'Église ne voulut point se réformer ellennème, mais quatre-vingts ans ne s'étaient pas écoulés qu'une révolution lui enlevait la moitié de l'Europe.

C'est à la fin de l'année 1517 que Luther avait commencé la lutte avec Rome : en 1520, la rupture était accomplie; ea 1525, l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse-Cassel, les ducs de Mecklembourg, de Poméranie, de Zell, et un grand nombre de villes impériales avaient accepté les idées du réformateur; et ce qui était redoutable, le grand maître de l'Ordre teutonique avait sécularisé un des plus vastes domaines de rÉglise, la Prusse, dont il s'était déclaré duc héréditaire.

OonuBLeBcement «le 1a Iléfome en Primée. — Les nouvelles opinions se glissèrent de bonne heure en France; leurs premières conquêtes furent parmi les lettrés. Tous nos grands jurisconsultes de ce siècle, soit en secret, soit ouvertement, acceptèrent la Réforme. Une partie même de la cour y penchait. Louise de Savoie semblait n'y être point contraire. Sa fille Marguerite, reine de Navarre, bel et libre esprit, auteur de mystères et de notmelles, professait ouv^tement le principe des réformateurs allemands; la duchesse d'Étampes, amie du roi^ se piquait de les protéger. Lefebvre d'Étaples, Louis Berquin, savants connus et estimés de François, soutenaient des thèses en leur faveur : le premier avait commencé six ans avant Luther. Enfin le poëte favori de la cour, Clément Marot, délaissait ses élégies et ses épigrammes pour traduire les psaumes de David, que les réformés de Paris allaient chanter au Pré-aux^Clercs. François, loin de s'effrayer d'abord de ces symptômes, voulait s'attacher le roi de l'érudition et des lettrés de ce siècle, Érasme, de Rotterdam, qu'on accusait d'avoir préparé les voies à Luther par ses attaques contre les moines. Mais, lorsque les paysans allemands, tirant les conséquences sociales des nouvelles doctrines, voulurent renverser toute autorité, Rrançois 1« pensa que la Réforme, qui était une révolte contre le

FRANÇOIS i** (1515-1547J. 665

pape, était bien près de conduire, en politique, à une révolte contre le roi ; et, sUl resta Tami intéressé des protestants allemands, il ne voulut point que leurs doctrines gagnaaseiH ses États.

PreBAièrcs persécottons contre !•■ protestant». — Pendant la captivité du roi, deux luthériens avaient été brûlés dans la capitale. Il avait arrêté ces exécutions, mais, en 1528, une statue de la Vierge fut mutilée à Paris. François déclara que, « sUl savoit un sien membre infecté- de cette doctrine, il Tarracheroit de peur que le reste n'en fût corrompu, » et il fit poursuivre dès ce jour les novateurs. Ber^ quin, qui refusa de se rétracter, fut brûlé sur la place Maubert (1529) ; à Vienne, à Séez, à Toulouse, il y eut d'autres exécutions. La nécessité de ménager les protestants d'Allemagne adoucit la persécution. Mais en 1536, six malheureux furent encore suppliciés sur diverses places de Paris, en préi f^^^K sence de la cour. M "' t

troisième guerre aifee Charles-Qulni (1536-1536). — La paix fut rompue par une mauvaise action de l'empereur : François avait à Milan un agent secret; sur les instances de Charles-Quint, cet agent fut pris et mis à mort (1533) par le-duc François Sforza. Ce duc mourut lui-même peu de temps après sans laisser d'héritier ; François remit aussitôt en avant ses prétentions sur le Milanais ; et au commencement de 1536, il s'empara de la Savoie et du Piémont, domaine du portier des Alpes, qui, depuis 149^, avait ouvert ces montagnes à la France, mais qui, maintenant, beau-frère de Charles-Quint, voulait les tenir fermées.

L'empereur revenait en ce moment de sa glorieuse expédition de Tunis. A la nouvelle de cette agression, il ne garda plus de mesure, et à Rome, en plein consistoire, devant les cardinaux et ies ambassadeurs de la chrétienté, il accusa François d'ambition turbulente et d'impiété, à cause de son alliance avec les mécréants : il jura de le rendre le plus pauvre gentilhomme de son royaume. « Si je n'avais pas plus de ressources que le roi de France, ajouta-t-il, j'irais les bras liés et la corde au cou me jeter aux genoux de mon adversaire pour lui demander grâce. » Et il envoya contre Marseille la flotte qui venait de réduire Tunis.

Seconde invasion en ProTenee (l 536). -— Cette seconde invasion ne fut pourtant pas plus heureuse que la première, bien que Charles-Quint eût déjà commandé à rhisto-

rien Paul Jove le récit de ses vicloires. « Combien y a-t-il de journées dMci k Paris? disait Fempereur à un capitaine français qui venait de défendre vaillamment Fossano. — Si Votre Majesté, répondit-il, entend par journées batailles, il y en aura bien une douzaine, à moins que Tagresseur n^ait la tète rompue dès la première. » Il ne fut pas besoin d'une de ces journées dont parlait le brave capitaine pour arrêter les 50 000 bommes de Gbarles-Quint. Le connétable de Montmorency, renouvelant une tactique des temps barbares, détruisit les villages et les villes ouvertes, les granges, les moulins, les vivres. Il fit le désert devant Tarmée impériale, et se retrancha dans une forte position près d'Avignon. L'ennemi pénétra jusqu'en vue d'Aix et de Marseille, mais se trouva enfermé entre ces deux places bien gardées, la mer, la Durance et les Alpes, dans un pays dévasté, au milieu d'une population irritée, qui enlevait les convois, qui tuait les traînards. Décimés par la faim, la dyssenterie, les Impériaux reculèrent, et l'empereur « alla enterrer en Espagne son honneur mort en France, i» C'était la seconde preuve, et ce ne sera pas la dernière, que la France est invulnérable de ce côté.

Les Provençaux s'étaient admirablement bien conduits : les Picards ne firent pas moins bien contre le comte de Nassau. A Saint-Riquier, à Péronne, les femmes combattirent sur les remparts à côté des hommes. On n'avait pas d'abord voulu défendre Péronne, mais un brave gentilhomme des environs, d'Estournel, s'y était jeté, amenant avec lui sa femme, ses enfants, ses serviteurs, toutes les provisions de ses greniers, et avait si bien relevé le courage des habitants que les Impériaux avaient dû reculer. Les Normands ne virent pas l'ennemi chez eux, mais ils allèrent le chercher. Leurs corsaires firent pour 200 000 écus d'or de prises sur les Espagnols.

Trêve de IVlce (1538). — Les deux adversaires, après s'être encore une fois pris corps à corps, s'étaient trou?és invincibles chacun sur son terrûn. Charles avait échoué en France. François ne réussit ni aux Pays-Bas, ni en Italie. Le pape effrayé des progrès des Turcs, qui venaient de saccager toute la côte d'Otrante, s'interposa et fit signer la trêve de Nice (1538) ; elle devait durer dix ans. François gardait Hesdin, la Savoie et le Piémont. La position était donc meilleure qu^après le traité de Cambrai.

C;ii»rle»->QiltHt en France (1 589). — On put croire un instant que d'ennemis irréconciliables, les deux souverains deviendraient amis dévoués. Ils eurent à Aigues-Mortes une entrevue où ils échangèrent, dans de confidentiels épanchements, les noms de cousin et de frère. A quelque temps de là, la ville de Gand, fatiguée du poids des impôts, se révolta contre Charles-Quint et offrit de se donner à son rival. François W ne se contenta pas de faire connaître cette proposition à son nouvel ami , il l'engagea à traverser son royaume pour qu'il se trouvât plus vite en mesure d'accabler les rebelles. L'empereur accepta. Il fut magnifiquement reçu et fêté au milieu de cette France qu'il avait voulu démembrer. François alla au-dèvant de lui jusqu'à Ghâtellerault ; il espérait vaincre son politique ami à force de générosités et en obtenir de bonne grâce le Milanais. Les allusions , les importunités ne lui furent point épargnées. Un jour un des jeunes fils du roi saute en croupe derrière Fempereur, en s'écriant : « Sire, vous êtes mon prisonnier. • Au milieu d'un dîner, dont la duchesse d'Étampes faisait l'ornement : « Vous voyez cette belle dame, dit François !«' à l'empereur, eh bien, elle me conseille de vous garder. — Si le conseil est bon, répond Charles, il faut le suivre. • Mais le soir, dit-on , il eut soin de ne point reprendre des belles mains j de la duchesse une bague qu'il avait laissé tomber comme par mégarde. Il arriva en Flandre sans que ce voyage lui eût coûté autre chose que de vagues promesses. Le roi avait compté sur l'investiture du Milanais pour un de ses fils; il fut profondément irrité d'avoir été joué par l'empereur. Un guet-apens , dont celui-ci se rendit coupable , Tassas- , •. ' sinat de deux agents de la France auprès de la Porte , fit -j v '\ ' éclater la guerre (1541). • \V> '

Quatrième guerre avec Charles-Quint (1543-1544). — Les efforts de François I" et de Soliman furent mieux combinés cette fois. Les janissaires turcs conquirent presque toute la Hongrie, tandis que François I" couvrit de ses armées le Luxembourg et le Piémont. Quelques mois auparavant (oct. et nov. 1541), Charles-Quint avait dirigé contre Alger une expédition formidable. Mais sa flotte, assaillie par une affreuse tempête, avait été presque entièrement détruite. La mer était donc libre; les fleurs de lis et le croissant s'unirent dans la Méditerranée; une escadre turco-française vint bombarder Nice , la seule ville qui restât au duc

€68 FRANÇOIS r' (1515-1547).

de Savoie ( 1543]. Le siège fut terrible. Nice se rendit à la conditioQ que les seules troupes françaises y entreraient. Une femme courageuse , la Segurana, avait été Tâme de la défense; combattant au premier rang, elle avait pris un drapeau turc. Longtemps on vit à Nice une statue en son honneur.

' Charles-Quint cria bien haut à la trahison de la cause chrétienne. « Toute ma vie, put-il dire, a été occupée à apaiser les troubles de TÉglise et k sauver la chrétienté des Turcs; toute la vie du roi de France a été occupée à favoriser les armes des infidèles et à perpétuer les troubles de rÉglise. » Pour en finir, il conclut la paix avec les protestants d^Âllemagne, et resserra son alliance avec le roi d'Angleterre. Une nouvelle invasion de la France, sur trois points à la fois, fut résolue (1543). Le gouverneur du Milanais, Del Guasto, à la tète des Espagnols, <ievait passer sur le corps du duc d'Enghien dans le Piémont, pour pénétrer en Provence ou dans le Dauphiné et enlever Lyon. Au nord, Tempereur et Henri VIII se donnèrent rendez-vous sous les murs de Paris; Tun devait y arriver par la Champagne, l'autre par la Picardie, François I», depuis Pavie, se défiait des grandes batailles, et préférait user son ennemi en détail ; c'était l'ordre donné sur toutes les frontières. Montluc , dépêché par le duc d'Enghien qui était en face des Espagnols à Cérisoles, vint cependant demander la permission de combattre. François I** refusait, mais les confiantes paroles de Montluc l'ébranlèrent. A la nouvelle qu'il allait y aVbir bataille, plus de cent jeunes gentilshommes accourent en Piémont. Ils apportaient leur courage; ils apportaient aussi de l'argent, que le duc d'Enghien leur emprunta pour payer ses soldats. La gendarmerie fit de belles charges ; cependant la victoire était compromise sans les gens de pied des vieilles bandes françaises et suisses. Les Espagnols perdifent 12000 hommes, tout le canon, leurs bagages; d'Enghien resta maître du Piémont, mais ne put aller au delà, parce qu'une partie de ses troupes fut rappelée pour .défendre d'une invasion le nord de la France (14 avril 1544).

Siéfçe de Saint-DIzleri paix de Crespy avee l'empereur (1544L); traité avee Henri VIU (1546).— De ce côté, en effet, la campagne commença mal. Charles-Quint entra en Champagne sans résistance : il prit Saint-Dizier,

FRANÇOIS r (1515-1547). 669

qui, c mal flanqué et mal remparé, » tint pourtant 40 jours, et, poussant une pointe audacieuse à travers la Champagne, il emporta Épernay et Château-Thierry, à 2k lieues de Paris. Claude de Guise Vy arrêta encore au pied de murailles à peine fermées. On a accusé la duchesse d^Étampes de lui avoir fait connaître tout le plan de défense. Le dauphin était acculé à Meaux ; les Parisiens, effrayés, commençaient à émigrer avec leurs meubles sur Orléans. « Dieu, s'écria François !«', tu me fais payer cher cette couronne que je croyois avoir reçue de ta main comme un don I » Heureusement le roi d'Angleterre fut infidèle au plan convenu. Il s'obstina au siège de Boulogne et de Montreuil, et laissa son allié isolé avec une armée mercenaire, sans argent et sans vivres, au milieu de nos provinces. Le dauphin s'était déjà jeté sur les derrières. de l'armée impériale; Charles- Quint, au moment où il croyait réduire son ennemi à la dernière extrémité, fut obligé de signer la paix de Crespy (17 sept.). Les deux souverains se rendirent mutuellement leurs récentes conquêtes; François I" restait maître de la Savoie et du Piémont, et obtenait pour son fils puîné le Milanais. Mais ce jeune prince mourut, et l'empereur se hâta de donner à son fils don Philippe l'investiture de la Lombardie , que la maison d'Autriche a gardée depuis ce jour jusqu'à Solferino. Henri VIII refusait d'accéder à la paix ; il ne consentit à traiter qu'en voyant une flotte française menacer les côtes d'Angleterre. Boulogne lui resta; mais il promit de la rendre dans huit ans, moyennant deux millions d'écus (17 juin 1546). On l'eut en 1550 pour 400000. MasiMicre des Vandots (1545). — François s'atfaiblissait. Ce n'était plus le brillant chevalier de Marignan ou de Pavie, l'ami de Léonard de Vinci et d'Érasme. Ruiné avant l'âge par les excès, il était à cinquante et un ans un vieillard morose. La plus grande tache de son règne se rapporte à ces années malheureuses. Tant que durait la guerre avec Charles-Quint, François 1" ménageait les dissidents; l'édit de Coucy avait même ordonné, en 1535, la suspension de toute poursuite pour fait de religion. La paix conclue, les hommes durs et de funeste conseil, comme Montmorency et le cardinal de Tournon, reprenaient l'avantage. Après le traité de Crespy, ils attribuèrent les revers du roi, ses souf- . frances mômes, au relâchement de ses rigueurs. Il se laissa persuader d'ordonner de nouveaux supplices. A Meaux, qua-.

670 FRANÇOIS r (1515-1547).

torze bûchers furent dressés en un même jour (1546); mais Pexéculion la plus odieuse fut celle de toute une population inofTensiye, les Vaudois, dont les croyances étaient vieilles de plus de trois siècles,

Us avaient été condamnés , en 1540, comme hérétiques. On avait sursis à Pexécution en faveur des paysans paisibles qui payaient régulièrement Timpôt et ne montraient que des mœurs pures et simples, dans les deux petites villes de Mérindol et de Gabrières , et dans une trentaine de villages des Alpes et de Provence. Mais, en avril 1545, des ordres précis et rigoureux arrivèrent de la Cour au parlement d'Aix. Le baron de la Garde , assisté du président d'Oppède el de l'avocat général Guérin, entra inopinément avec des soldats sur le territoire de ces malheureux : 3000 furent massacrés ou brûlés dans leurs habitations ; 660 envoyés aux galères; le reste dispersé dans les bois et les montagnes, où la plupart moururent de faim et de misère. Il ne demeura pas une maison, pas un arbre, auinze lieues à la ronde. M/ \

Mort dv rot (] 647). — François !«', qui peut-être î^e connut pas tous les détails de ce drame exécrable, approuva ce qui s'était fait , et ordonna de continuer la persécution. Les affaires du dehors n'en allèrent pas mieux. C'était le temps où Charles-Quint, débarrassé de la guerre de France et assuré de la paix avec les Turcs, tournait ses forces contre les protestants de l'Allemagne , et , sous prétexte de tuer l'hérésie, cherchait à tuer les libertés germaniques; la bataille de Mûhlberg parut mettre l'empire à ses pieds. François 1" ne vit pas ce grand succès de son rival ; il était mort trois semaines auparavant , au château de Rambouillet , à l'âge de cinquante-deux ans (31 mars 1547).

Ce fut , en bien comme en mal , un prince remarquable. Il eut de brillants défauts , pour lesquels la France a eu de tout temps trop de faiblesse. Sa galanterie allait jusqu'à la débauche, sa magnificence jusqu'à la profusion, son courage jusqu'à la témérité. Il fut violent, capricieux, livré à d'indignes favoris ; au besoin même injuste, perfide, cruel et toujours absolu dans ses volontés. Mais il montra quelquefois de la vraie grandeur, comme le jour (c'était avant le massacre des Vaudois) où il pardonna aux Rochelais révoltés, c ne voulant pas, disait-il , avoir, ainsi que l'empe- '-^ur, du sang de ses sujets sur les mains, i II aima Ips

FRANÇOIS r (1515-1547).

choses de Tesprit, il eut le goût des choses de l'art, et, malgré son despotisme et ses fautes, son nom sera toujours cité avec honneur dans ce grand siècle d^où date la civilisation moderne.

fondation du Havre 4e «race (1519] et de Titryle-Françoi» (I54t5). — Deux de nos villes, le Havre et Vitry-le-François, datent de François !«. La France n'avait que deux petits ports à Vembouchure de la Seine, Honfleur

Château de Rambouillet ^

à gauche, Harfleur à droite. Les sables commençaient à combler le dernier. François l*^, qui voulait avoir un grand établissement maritime sur la Manche, fit chercher dans le voisinage un emplacement meilleur. On découvrit à quelques kilomètres de là une bourgade, habitée par des pêcheurs. Il n^ avait qu'un grand fossé, au milieu d'un marais, et une petite chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de la Grâce.

i. Ramboaillet appartenait alors à la maison d'Angennes. Depuis, il • fait partie de la dotation de la couronne. Son parc renferme 13 000 heo- ^ra• clos de murs; c'est un des pins grands <|e francei

672 FRANÇors r' (1515-1547).

Mais ce lieu s*ouvrait sur la pleine mer, en dehors de Vembouchure de la Seine, à Fabri de ces bancs de sables mobiles que l'art moderne vient seulement d'apprendre à dompter ; il était en possession d'un avantage unique sur ces côtes : la mer reste pleine pendant trois heures dans Pavant-port, tandis que, dans le voisinage même, elle commence à descendre dès qu'elle cesse de monter. Deux tours en défendaient l'entrée dès le temps de Charles VII, et Louis XII y avait commencé un quai de bois. En 1517, Chillon, vice-amiral de France, posa la première pierre de la nouvelle cité dont l'emplacement était si bien choisi, qu'elle est devenue notre plus grand port de commerce sur l'Océan. On la nomma d'abord Franciscopolis. Ce mot gréco-latin était trop savant pour les pauvres pêcheurs, qui, fidèles à leur patronne, continuèrent d'appeler leur ville le Havre-de-Grâce.

Lorsque Charles-Quint envahit la Champagne, en 1544, il prit et rasa Vitry en Perthois. François I«', au lieu de relever cette petite ville qui, dominée par des hauteurs, était de mauvaise défense, obligea les habitants à s'établir à 4 kilomètres de là, dans une plaine fertile, sur les bords de la Marne. La nouvelle cité prit le nom de Vitry-le-François.

Faits divers. — En 1539, ordonnance de Villers-Gotterets, qui prescrit, pour tout le royaume, l'usage de la langue française dans les actes de procédure, et dans toutes les paroisses l'établissement de registres pour constater les naissances et les décès : cette prescription fat renouvelée parles états de 1576. Ces registres ne seront tenus jusqu'en 1789 que par les curés. — On emploie probablement pour la première fois les mortiers et les bombes au siése de Mézières, en 1521. — 'François !••", par suite d'une blessure reçue à Ta tête, introduit l'usage de porter les cheveux courts et la barbe longue; Y.^^ge contraire prévalait depuis Louis le Jeune.

Page 1