‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 97 sur 103 · GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS 1*' ET DE HENRI II · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS 1*' ET DE HENRI II

▼oudrait tout renouveler, excepté la politique. Les anciennes dominations chancellent ou tombent : Fart gothique devamt la Renaissance, les fabliaux et les poëmes chevaleresques devant les chefs-d^œuvre retrouvés de Rome et de la Grèce ; la royauté seule continue sa marche ascensionnelle, et les guerres d^Italie consolident le pouvoir absolu des rois en faisant de tous les grands Etats des monarchies militaires.

En France, la nation n^avait pas, en face du péril, marchandé son concours ; elle s'était serrée autour de son roi, symbole de Tunité et de Tindépendance nationales. La noblesse elle-même, tenue sans relâche sous le harnais, s*étaît assouplie à Tobéissance militaire, et Fœuvre commencée par Louis XI sur les échafauds avait été achevée par ses successeurs dans les camps.

Louis XII avait gagné les oœurs par sa bonté ; François W les enchaîna par ce don naturel de commander, par cette aisance magnifique et cette volonté fière, qui faisaient reconnaître en lui le maître. Il entra de plain-pied dans le pouvoir absolu, et trouva naturellement, sans esprit d^orgueil ou d^oppression, la confiante formule qu'il mit au bas de toutes ses lois : Car tel est notre bon plaisir. Et, ce bon plaisir, nul ne pouvait y mettre obstacle depuis que le roi avait sous la main une armée permanente et à sa disposition toute la fortune du pays, c La France, disait un ambassadeur vénitien, est le pays le plus uni qu'il y ait au monde. » Et il ajoutait : a La volonté du roi y est tout, même dans l'administration de la justice, car il n'y a personne qui ose obéir à sa conscience en contredisant le monarque. Je parle non sur ouïdire, mais d'après ce que j'ai vu^. » C'est donc bien avec François I«' que commence ce qu'on a appelé l'ancien régime, c'est-à-dire un gouvernement où les sujets n'avaient aucune garantie contre l'oppression même la plus inique, et le prince aucun obstacle à sa volonté même la plus capricieuse. \

Transformatioii de la féodalité. — Au milieu du sei- ^ zième siècle il n'y avait plus qu'une grande maison féodale, celle de Bourbon-Navarre, dont le chef, Antoine, n'avait ni cpnsidération ni influence*. Au-dessous, on trouvait bien encore des grands seigneurs, les Montmorency, les Guises,

1. Relations des ambatsadeura vénitiens ^ U l, p. 271. .rî;^?.^l°?.^® Bourbon, duc de Vendôme, avait acquis, en épousant, en JiSu l,*^^V«rf d'Albret. la sirerie d'Albret, le Périgord, le Limousin. It comté de Fouc, le Bearn, la Navarre, l'Armagnac et le Rouergae.

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les la Trémouille, les Ghàiillon, etc., mais plus de grands vassaux. La féodalilé avait même plus perdu en autorité qu^en terres. Là où les seigneurs avaient conservé leurs fiefs, ils étaient surveillés d'un œil jaloux, par les baillis et les sénéchaux du roi, qui, au nom de Tordre public, réprimaient les violences, comme, au nom de la loi, les parlements poursuivaient les crimes. Si quelque province lointaine échappait à cette double surveillance, des commissaires royaux venaient y tenir les grands jours, où toute plainte était accueillie et justice sévère aussitôt faite. A ceux de Poitiers, en 1531, on jugea en deux mois 500 accusés, et un grand nombre de gentilshommes furent condamnés. Ainsi les seigneurs ont bien encore des privilèges de justice que Tordonnance de Villers- Cotterets déclare une simple délégation du roi et des droits de vasselage fort onéreux au peuple ; mais ils n'administrent pas, ils ne battent pas monnaie, ils ne font pas de lois, ils ne se font pas la guerre ; ils n'ont plus, en un mot, de pouvoir politique, à moins qu'ils n'entrent dans les charges du roi, et qu'ils ne deviennent lieutenants généraux pour gouverner les provinces, maréchaux pour commander les armées. Réduits à des revenus et à des titres, ils ne sont plus la féodalité, ils sont la noblesse de France, et cette noblesse vint apprendre, à a cour fastueuse que François !«' lui a ouverte, à se ruiner et à obébr.

lie clergfé. — Le concordat de 1516 avait placé le clergé dans la dépendance du roi, devenu l'unique dispensateur des bénéfices. Le parlement essaya de conserver les traditions de la pragmatique sanction de Bourges; mais un édit de 1529 lui ôta, pour l'attribuer au grand Conseil, la connaissance de tous les différends concernant les bénéfices de nomination royale. L'édit de Grémieux (1536) avait restreint la juridiction des seigneurs : l'ordonnance de Villers-Cotterets, en 1539, arrêta les empiétements des tribunaux des évoques sur les tribunaux du roi, en réduisant leur compétence aux seules causes spirituelles ou ecclésiastiques. Les sept huitièmes des affaires portées aux offîcialités revinrent aux juges royaux*.

t. Ces deux édits sont les monuments de droit les pins importants de ce règne; le second n'a pas moins de 193 articles, et plusieurs de ses dispositions sont encore aujourd'hui en vigueur. Une ordonnance de 151 P, contre laquelle le parlement lutta trois ans, protégea d'une manière barbare le droit de chasse du roi et des seigneurs, en portant contre ceux qai essayeraient de défendre leurs récoltes contre les rayages du gibier

t^ OOUYERNEHENT DE fRANÇOlS l* ET DE ÂEt^Rl II.

En mèm^ tempe François I** forçait les abbayeà k t-eceyoir et k nourrir ses soldats infirmes et il levait sur le elefgé des dîmes qui, malgré le nom de dons gratu}ts que les évêques . lui donnèrent habilement, n'étaient point précisément volontaires, surtout lorsqu'il en demandait juscrues à <)uatre et çjnq dans une même année, chacune de 400000 francs.

Vb tien éiftt. -^ Quant au tiers état, il y avait lôn^téiùps qu'il était rompu à l'obéissance. Cet ordre cpmpreh^t « les lettrés qu'on appelle hommes 4e rQbdlpngue,les msif chauds, les artisans, le peuple et les paysans. Les marchands, étant les maîtres de l'argent, sont choyés et caressés ; mais ils n^ont aucune prééminence ni dignité, parce ^ue toute espèce de trafic est regardée comme indigne de la noblesse. Us payent les impôts tout comme les non nobles et les paysans, dont la classe est la plus rudement traitée par le rof et parles privilégiés. » Contents de s'enrichir, grâce à l'ordre assuré par le pouvoir, ils ne demandaient plus rat^cienhè liberté communale, trop orageuse et trop dépensière, et pas encore la liberté moderne, qui ne pouvait venir qu'après l'égalité.

Mais les hommes de robe avjâiîent en main quatre offices importants. « La première charge est celle du grand chance^ lier, qui garde le i^eau royal, et sans l'avis duquel rien ne saurait se décider. Le second office est celui des secrétaires d'État qui expédient les afiaires. Le troisième est celui des présidents, des conseillers, des juges, des avocats et de tous ceux à qui la justice civile et criminelle est confiée dans le royaume. Le quatrième, enfin, est celui des trésoriers, percepteurs, receveurs, qui administrent tous les revenus et toutes les dépenses de la couronne ^ »

liM parleiaieiits. — Le choix que le roi faisait dans le tiers état de son chancelier, de ses secré^res, de ses juges et de ses hommes de financé, suffisait pour lui assurer le dévouement de cet ordre. Mais les gens de justice avaient acquis par leur science, par l'inamovibilité de leUrs charges e( la considération qui les entourait, une importance qui pgu* vait leur inspirer l'idée de jouer un plus grand rôle dans l'État. Cantonnés comme en neuf forteresses, dans les neuf

Beieneurial, U peine de l'amende, da banni^semenl, des galères, et même delà mort.

, 1. Relatipnt dei ambasaadeura vinitiênti 1. 1, p. 4ie. Leg offieien siipinearB de Justifie et de Qnance ayaient comme un privilège de nobleui W^u"\"*é^"** sanjUg séparer 49 leur fitat|le9 ewmp^it 4e diven

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parlemetifts d'Ail) d« B^fdéauii) éê Dij^n» d» Gfenobk, ût Paris, de Ftenn^, de Rouen, d» TouhMisd et de Ekimbes, inar movibles, à peu près héréditAires, par suite de la yénalité des ofliced, te» hôittmes de relM» avaient déjà deui droits essentiellenaefit politiquefl : Géli» de remotttrances sur les ordonhaneës rdyales, et eelui d^enregistrement, sans lequel aucun acte de là Toïotité re^le R^atait forée de lei. FraïK^is I» brlBa celte dernière garantie ifue Louis» XI avait re^peotée. En 183^) il défendit au parlement d» Paris « de s*eiiWemet^ tre é» qUelqu!» dhose que ce fût de rÉtat^ ni d'autre eiu»8e que de ia justiee» *> ne lui permettant d'émettre des avis que sur les pérfëetiontieiiients h apporter aux lois* La magistrature se Soumit; elle fit plus : dans ce droit romain, qu'elle étudiait ayéo ardeur et dont ^le se Bervait pour battre en oîèclle les privilégee féodaux, elle trouvait que rempereur était la loi Vivante ; et un jour, en 1597, le président du par>lement de Pm'is professa hautement que le roi était au-^e»sus des lois ; il se contentait d'ajouter que sa vc^nté devait être réglée par l'équité et la raison*

I^ee états généraux. — Domptés séparément, les trois wdreà pouvaient reprendre des forces par leur union. François !•• eut soin de ne point convoquer les états généraux. Il les remplaça, en 1626, p«^ une assemblée mi-partie de notables et de députés de la Bourgogne ; en 1537, par une assemblée de notables, qui l'aida à rompre le traité de Madrid, mais qui ne prit aucune part aux affaires de l'État. « Ainsi, dit encore Suriano, chacun faisant son devoir et contribuant pour sa part au bien du pays, en aidant le roi, l'un par conseil, l'autre par argent, le troisième en lui consacrant sa vie, ils ont rendu la France invincible et formidable au reste du inonde. »

Henri II évita, comme son père, de mettre les députés de la nation en face d'une cour prodigue. Après Saint-Quentin, il fallut cependant réunir au moins une assemblée de notables. Les membres du parlement y siégèrent à part, comme quatrième ordre dans l'Etat, après les nobles, mais en avant du tiers. Cette assemblée montra du patriotisme : le clergé promit un million, le tiers en donna deux ; les nobles avaient offert leurs biens et leur vie, donnant volontiers celle-ci, mais point du tout ceux-là.

AdntHlsIratlfl»!! générale. — Gomme souvenir persistant de l'époque féodale, les grandes charges de la cour gardaient

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