MINORITÉ DE LOUIS XIV ET ADMINISTRATION DE MAZARIN
tee 4'Aiime d'Antriehe. — Le fils aîné de Louis Xïll
avait moins de cinq ans. Son père, qui se défiait de la reine, mêlée à toutes les intrigues de Taristocratie, sous Richelieu, hiiayait laissé la régence, mais en plaçant près d'elle un conseil qui devait décider de toutes les affaires, à la pluralité des Yoix. Anne d'Autriche entendait bien ne pas accepter des tuteurs après avoir eu si longtemps des maîtres; elle flatta le parlement; elle serait toujours bien aise, disait-elle, de se servir des conseils d'une si auguste compagnie; en même temps, elle lui demandait d'annuler les dernières volontés de son époux. Le parlement, heureux de rentrer par ce coup éclatant dans la vie politique, cassa le testament du roi avec la même facilité qu'il aurait jugé la cause d'un particulier. Anne d'Autriche fut proclamée régente « avec pouvoirdefaire choix de telles personnes que bon lui semblerait, pour délibérer sur les aôaires qui lui seraient proposées. » Et, à Tétonnement de la cour, le premier qu'elle choisit fut l'ami, le successeur de Richelieu, le cardinal Mazarin.
■aKMriii. — Mazarin était né en 1602 , d'une ancienne famille de Sicile, établie à Rome. Envoyé comme nonce en
1. OQTrages à consalter : les Mémoires de Coligny-Saligny, ami et JQse sévère du grand Condé ; de la Rochefoucauld, de Lenet, du cardinal de Retz, de Guy Joly, d'Orner Talon, de la Châtre, de Campion, de Mines de Uotterille et de la Guette, de la duchesse de Nemours, de Mlle de Montpensier et de Monglat ; les Historiettes de Tallemant des Réaux ; les Let' très de Goi*Patin, celles de Mazarin publiées par M. Ravenel; Voltaire, ' SièeU de Louis XfV; Saint-Aulaire, Bistotre de la Fronde ;Baiiiï, Histoire de la France sous le ministère du cardinal Mazarin: Amédée Renée, les nièces de Mazarin; Cousin, Za jeunesse de Mazarin, mmes de LonguevilUf de ChevreuUf de Sablé, de uautëfort, la Société française ot» diw»septième tièelej d'après le grand Cyrus ; les Misères de la Fronde et Saint-Vincent de Pdulf par M. Feillet; Journal d'un voyage à Pari$, en 1657-1658| pu* bliê par Feagère (1S62); les Maxarinadee,
I — Il
France (1634), il s'était fait remarquer de Richelieu qui Ta* vait attaché à sa fortune et avait obtenu pour lui la pourpre romaine (1641). La reine se confia à ce dépositaire des desseins du grand cardinal, à cet étranger, qui ne pouvait avoir en France d'autre intérêt que celui du roi, et elle lui laissa prendre sur son esprit, mèvae gur son cœur, un empire absolu*.
« Il avait Tesprit grand, prévoyant, inventif, le sens simple et dfoit^ k earact^r» plus souple que faihljs et moin^ ferme que persévérant; sa devise ^tait : « Le temps et moi. » Il se conduisait, non d'après ses affections ou ses répugnances, mais d'après ses calculs. L'ambition l'avait mis au-dessus de ramouF-propre, et il était d'avis de laisser dire, pourvu qu'on le laissât faire; aussi était-il insensible aux injures et n'éviisù^iï que les échecs. Il jugeait les hommes avec une rare pénétration, mais il aidait son propre jugement du jugement que la vie avait déjà prononcé sur eux. Avant d'accorder sa oonfiaoee à quelqu'un il demandait : « Est-il heureux? » Ce n'était pas de sa part une aveugle soumission aux chances du sort: pour lui, être heureux signifiait avoir l'esprit qui prépare la fortune et le caractère qui la maîtrise. Il était incapaUé d'abattement, et il avait une constance inouïe, malgré ses variations apparentes. Un de ses pluç spirituels antagonistes, la Rochefoucauld, a dit de lui « qu'il avait plus de c hardiesse dans le cœur que dans l'esprit , au contraire du « eardinal de Richelieu, qui avait l'esprit hardi et le cœur ti- « mide. ip Si Richelieu, qui était sujet à des accès de découragement, était tombé du pouvoir, il n'y serait pas remonté ; tandis que Mazarin, deux fois fugitif, ne se laissa jamais abattre, gouverna du lieu de son exil et vint mourir dans le souverain commandement et dans l'extrême grandeur, t (MignetO
Oabale des Importants. — Cependant tous ceux qui ^vç^iont gjovfffert avec la reii^e ou pour elle, éta^^nt accourus, et se croyant déjà les maîtres de l'État, affectav<;nt des airs de supériorité et 4e protection qui firent donner ^ Itur parti le nom de cabale des Importants. Parmi eux, on remarquait le duc (Je Vendôme, fils légitimé de Henri IV et de Gabrielle
t. Lettres du eardinal Mazarin à la reine, sartout celles du II mid, to Juillet, 29 août, 24 et 27 octobre 1651. Anne d'Autriche arait àiOH %2 ans. Mazarin, quoique eardinal, n*6talt point prêtre et ne reçat jamais les ordres. Voy. sur ce point, la Vie de Mme de Hauteport, par Gonsin.
cTBstiFôes, ses deux enfants, le duc de Meroœur et le du6 éo Beaufort, qui allait âtre surnommé le roi dês Halles y le jeuBo et brillant Marsillac, duc de la Rochefoucauld, qui écrivit plus tard le livre des Maximes, Tôvôque de Beauvais, Potier, premier aumônier de la reine, que le cardinal de Retz appelle irrévérencieusement une bête mitrée, et qui était entré au conseil avec le titre de ministre d'État : s'il en fallait
Mazarin.
croire Gondi, la première dépèche écrite par lui aurail été une sommation aiiî Hollandais d'avoir à rentrer dans l'Église catholique, s'ils voulaient rester dans Palliance de la France.
Il s^agissait de défaire l'ouvrage de Richelieu ; les importants ne s'en cachaient pas. L'ancienne amie de la reine, la duchesse de Ghevreuse, revenue au Louvre, après dix ans d'exil , déclara bien haut qu'il fallait restituer aux grands
tout ce que Louis XIII leur avait enlevé; mais depuis qae la reine avait le pouvoir, elle en était devenue avare. Si elle n'avait pas voulu le partager avec d'habiles conseillers, ce n'était pas pour Tabandonner à des brouillons qui recommençaient les complots, et bientôt recommenceront la guerre civile. La découverte d'une tentative d'assassinat contre Mazaï'in la décida à rompre les derniers liens avec ses anciens
Le grand Condé.
amis. Potier fut relégué dans son diocèse, Beaufort au donjon de Vincennes, Vendôme, la duchesse déSChevreuse et les autres « dans leurs maisons des champs. » Le règne des Importants avait duré trois mois et demi (2 septembre 1643}. On raconte que vers cette époque, se trouvant à Rueil dans la maison de Richelieu, elle s'arrêta devant son portrait, le considéra quelque temps en silence, et dit : c Si cet homme vivait encore, il serait plus. puissant que jamais. »
Saite 4e la gmemn 4e Tremte ans ; Tlctoiree de Cendé et de TareBMe. — La guerre étrangère continuait. La mort de Richelieu avait enhardi les Espagnols ; ils avaient repris Toffensive du côté de la Champagne et ils assiégeaient Rocroy, sous la conduite d'un vieux capitaine, don Francisco de Mellos, espérant, après la chute de cette ville , arriver à Paris sans obstacle, car ils n'avaient devant eux qu'une armée inférieure en nombre et un général de vingt et un ans,
Louis de Bourbon, alors duc d'Ënghien, plus tard le grand Condé.
Ce fut le 19 mai 1643 que les armées se rencontrèrent. Les deux ailes formées de cavalerie s'abordèrent bien avant que le centre pût combattre. Condé, à la .tête de sa droite, renversa là cavalerie qui lui était opposée, et, apprenant que sa gauche était battue par Mellos, il passa audacieusement derrière la ligne espagnole, pour prendre à dos la droite de l'ennemi victorieuse, et la dispersa. L'infanterie espagnole restait immobile. Il revint sur elle, l'entoura, l'attaqua trois
fois et lA rompil: Le YÎeux comte de Faentôs, qtli ht oollimandait, fut jeté mort à tetre» Gondô reçut Ini^mèmë trote coups de mousquet dans ses armes.
Le duc d'Enghien poursuivit son sUccèsj arec cette fbugtle, cette audace heureuse, qui était le caractère de cet autre Alexandre. Chaque année fut marquée par une rictoire. Les» Espagnols chassés de France, il s'empare en courant de Thionville (4 août lÔdS), et se tour ne contre TÀutriche et ses alliés d*Allemagne. L'armée weimarienne venait de perdre devant Rottweil, qu'elle avait pourtant enlevé, son habile général Guébriant', et, obéissant mal à plusieurs chefs, s'était laissé surprendre paf les Impériaux à Tuttlingen dans des cantonnements trop séparés. Tu^'enne, nommé maréchal, rassemble ses débrià et les recompose. Condé lui amène 10 000 hommes. Ils attaquent le général bavarois, Mercy, sous les murs de FHbourg en Brisgau : le combat recommence deux fois, à deux journées différentes, et chaque fois Condé y montre la plus bouillante valeur, entraînant à sa suite les Français électrisés (26 août 1644)*. Cependant cefut plutôt un affreux massacre qu'une victoire. Mercy s'éloigna sans être inquiété, mais il s'avoUa vaincu, en laissant les deux généraux enlever Philippsbourg, Worms, Mayence, et ainsi nettoyer d'ennemis les bords du Rhin*
Tandis que Condé retourne à Paris, Jouli* dôà acclamations populaires, Turènne s'engage avec trop de confiance à travers l'Empire pour répondre à l'appel de Toràtenson qui lui a donné reridez-vous à Vienne ; il est vaincu à Marienthal par Mercy (mai 1645). Le duc d'Ènghîéri aëcourt avec des
1. Guébriant avait gagné une solide gloire à conduire cette armée, la plus difficile au'il y eût à tenir en ordre; sa mort fut un deuil public. On avait songé à le nommer gouverneur du roi.
2. La tradition si populaire qui le montre lançant dans le9 retrancheita«nt9 enneitii» son bàtôn de maréchal (it rie fut jamais, il ne pouvait êtfe maréchal), et allant le chercher Pépée à la main, ne se trouve danji au«iin écrit contemporain. Le premier livre qui en parle est de l'année 1694: maîsjsilë fait n'est pas prouvé, il est bieri vrâîsetnblable ; et Coudé n'aurait pas jeté son bâton de oortim^ndant (sa canne) dans le» retron-^ chements ennemis qu'il faudrait dire qu'il s'y jetait lui-même. Condé ne dit pas non plus à. ses soldats, à, Lens : t Mes amis, sodvenez-vous aê Rocrpy|.de Fribourg et de Nôrdlingen, » Mme de Motteville (çolteat. PMi* tôt, t. XXXVIII. p. 1) rapporte une harangue moins héroïque : « Mes amis, ayei bon courage, il faut nécessairement combattre au|oard*hni : il sera inutile de, reculer ; car je vous promets que vaillants et poltron^ toas qoq* battront, les uns de bonne volonté, lefe autres par la force. >» C'était peut* être le Seul langage que pussent entendre les armées de ce tètaps-là. Vôy. Flécbier, Oratson funèbre de Turetme.
ET ADMiNISTRATlON DE MAZARIN. 167
renforis, fait reculer rennemi, pénètre jusquVa Bavière» et achève la déroute de Tarmée impériale dans la sanglante affaire de Nordlingen, où Mercy est tué (août 164d). En 16^, il passe en Flandre : il assiège Dunkerque^ à la vue des Bs* pagnols, et donne le premier cette place à la France. L'année suivante, il est en Catalogne où il y a des revers à réparer, il assiège Lérida, que deux maréchauj^ avaient déjà attaqué vainement: il est repoussé (16^7). C'était sa première défdte : il la répare sur un autre théâtre. Son absence avait rendu le courage aux Espagnols dans le nord» et Tarchiduo Léopold, frère de TËmpereur, s'était avancé jusqu'à Lent, en Artois; Condé les heurta avec sa vigueur ordinaire. En deux heures, la bataille fut gagnée (10 août 1648)*
Turenne opérsdt toujours en Allemagne, et par sa tactique à la fois savante et hardie, jetait les fondements d'une réputation que le temps n'a fait qu'accroître. Réuni au Suédois Wrangel, successeur de Torstenson, il gagna les batailles de Lavingen (nov. 1647) et de Susmarshausen (mal 1648); il contraignit l'électeur de Bavière à sortir de ses États, à l'âge de quatre-vingts ans ; et sans une pluie torrentielle qui grossit tout à coup les eaux de l'inn, il marchait sur Vienne^ On agita un instant au conseil de l'Empereur si Ferdinand IIl ne fuirait pas de sa capitale.
Traités de "dTestphalie (1648). ^ 11 y avait longtemps que l'on négociait. Proposées dès 1641, les conférences s'étaient ouvertes le 10 avril 16^3, dans deux villes de West*phalie, à Munster et à Osnabrûok* 11 s'agissait de remanier la carte de l'Europe, après une guerre qui avait duré trente ans, de donner à l'Empire une constitution nouvelle, et de régler le droit public et religieux de plusieurs nations chrétiennes. La France fut représentée à ce congrès par d'habiles négociateurs^ le comte d'Avaux et Abel Seryien, mais ses meilleurs diplomaies, étaient Condé et Turei^ne^ dont l'épée avait simplifié les négociations en. rendant la paix néeess^e. Pourtant, au dernier moment, l'Espagne seretira, e^pjarant profiter des troubles de la Fronde qui oommen^ient en France. Le? autres États pressés d'en finir, signant Ib paU (24 opt. 1648).
Dans la guerre de Trente ans^ l'Autriche avait essayé d'étoufitf les Hbertésreligienseà et politiques de l'AUemâgne; l'Autriehe étant vaineue, eo qu'elle avait voulu abattre subsista et grandit. Les protfisttUtB eurettt pleine liberté de
conscience, et Pautorité im{>ériale, naguère menaçante, fut annulée; les princes et les États allemands, confirmés dans Texercice plein et entier de la souveraineté sur leur territoire, eurent le droit de s'allier à des puissances étrangères, pourru que ce ne fût, disait une restriction vaine, c ni contre l'Empereur ni contre TEmpire. >
Les deux puissances qui avaient amené cette défaite de rAutriche avaient stipulé pour elles-mêmes d'importantes indemnités. La Suède eut Tîle de Rugen, Wismar, la Poméranie occidentale avec Stettin, Farchevêché de Brome etPévêché de Verden, c'est-à-dire les bouches des trois grands fleuves allemands, l'Oder, l'Elbe et le Weser, aveccinq millions d'écus et trois voix à la diète.
La France continua d'occuper la Lorraine tout en promettant de la restituer à son duc, quand il aurait accepté nos conditions. Elle obtint la renonciation de l'Empire à toutdroit sur les trois évôchés, Metz, Toul et Verdun, qu'elle possédait depuis un siècle ; sur la ville de Pignerol cédée par le duc de Savoie, en 1631 ; sur l'Alsace qui lui fut abandonnée, à l'exception de Strasbourg, ce qui portait sa frontière, en avant des Vosges, jusqu'au Rhin. Elle eut encore, sur la rive droite de ce fleuve, Vieux-Brisach et se fit reconnaître le droit de mettre garnison dans Philisppbourg. La liberté de la navigation du Rhin fut garantie.
C'étaient de grands avantages, car en reprenant l'Alsace, la France couvrait la Lorraine contre l'Allemagne et se plaçait, au nord de la Franche-Comté, que depuis Henri IV elle enveloppait par le sud ; de sorte que le retour à la France de ces deux provinces ne sera plus qu'une question de temps.
Non-seulement nous dessinions mieux nos frontières pour la défense, mais nous prenions une position offensive. Par Pignerol, nous avions un pied au delà des Alpes, en Italie ; par Vieux-Brisach et Philippsbourg, nous avions un pied au delà du Rhin, en Allemagne. En faisant reconnaître aux États allemands le droit de contracter alliance avec des puissances étrangères, la France eut le moyen d'acheter toujours quelques-uns de ces princes indigents ; et en garantissant l'exécution du traité, elle se donna le droit d'intervenir à toute occasion dans les affaires de l'Allemagne. L'Empire notant plus qu'une sorte de confédération de 360 États luthériens et catholiques, monarchiques et républicains, laïques et ecclé-
siastiques, deviendra nécessairement le théâtre de toutes les intrigues, le champ de bataille de TEurope, comme lltalie Tavait été au commencement des temps modernes, et pour les mêmes raisons : les divisions et Tanarchie.
Les traités de Westphalie, qui furent la base de toutes les conventions diplomatiques depuis le milieu du dix-septième siècle jusqu^à la Révolution française, mettaient fin à la suprématie de la maison d'Autriche et sauvaient Tindépendance des petits États. Si les Bourbons n'avaient pas hérité de l'ambition des Habsbourgs et suscité contre eux les mêmes coalitions, la paix de Westphalie eût fait la grandeur de la France et la liberté politique de l'Europe.
C^^vurernemeiit intérieni' de 1643 à 1661. — Tandis que Mazarin continuait glorieusement la politique de Richelieu, son pouvoir était ébranlé en France par les factions. Cest une semaine après la bataille de Lens qu'eut lieu la journée des Barricades. Le premier ministre avait essayé de 86 faire pardonner son élévation et sa qualité d'étranger, à force de douceur, de souplesse et de modestie affectée : « On voyait sur les degrés du trône, d'où l^pre et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, un successeur doux et bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir de ce que sa dignité de cardinal ne lui permettait pas de s'humilier autant qu'il eût souhaité devant tout le monde, et qui marchait dans les rues avec deux petits laquais derrière son carrosse. » Toute la langue, disait-on, était réduite à cinq petits mots : La reine eU si bonne I Mais cet dge d'oTy tant vanté par les poètes contemporains, dura peu.
Le dernier règne avait légué d'immenses embarras financiers au cardinal Mazarin, qui les augmenta par sa mauvaise administration ; il lui fallait beaucoup d'argent pour achever la guerre étrangère, pour gagner les seigneurs en les pen» sionnant, et aussi pour satisfaire sa scandaleuse avidité. Le surintendant était un autre Italien , Ëmerl , impopulaire comme tous les minislres des finances dans ces temps-là, mais qui s'en inquiétait peu, c les financiers n'étant faits que pour être maudits, j C'est lui qui osait dire en plein conseil' que la bonne foi était une vertu de marchands. Aussi n'en osait^l point; il avait été condamné, vingt ans auparavant, comme banqueroutier frauduleux. Il eut recours à des expédients onéreux et vexatoires;il fit des emf^tints à ib pour 100; il créa des charges qu'il v^dit; il retrancha dra
(70 MINORITÉ DB LOUIS X«r
quartiers aux rentiers de TËtat; il retint une partie des gages des fonctionnaires; il remit en yigueur une ordon* nance de 1548 tombée dans Toubli, qui défendait de bâtir dans les faubourgs de Paris au delà de certaines limites sous peine de démolition et d'amende^ et par Védit d^ toisé^ il força les propriétaires h se racbeter à prix d.'argent des peines portées contre les délinquants (1644) ; il mit une telle rigueur dans le recouvrement des impôts, qu'en 1646, il y eQt à la fois dans les gêoles du royaumes 23 800 personnes pour les taxes, dont 5000 y moururent, c Tout le royaunie^ disait Orner Talon en janvier 1648, est malade d'inanition* Le paysan ne possède plus que son âme parce qu^elle n'a pas pu être vendue à l'encan. » Ënûn, six mois plus tard, banqueroute universelle, attendu que les créanciers de l'État étaient tous c des gens de rien ou trop ricbes. »
La Fronde sortit de cette crise financière s la journée des Barricades est du 26 août.
BésisUmee du parlement à l'autorité royale. — ^ De* puis que, par l'établissement de la pauletie^ les ohargeê étalent devenues une propriété héréditaire, parfaitement sûre, leur valeur vénale s'était singulièrement accrue. Il en rejaillissait sur ceux qui les détenaient la considération qui s'attache partout à la fortune, lorsque cette fortune est hon(y« rée par la dignité des mœurs, le patriotisme et la supériorité des lumières. Les magistrats avaient trouvé dans cette sécurité et dans cette considération un esprit de fierté et d'indé*pendance qui faisait du parlement un foyer d'opposition où étaient, au besoin, vivement défendues, contre les favoris, la noblesse, le clergé, et quelquefois contre la royauté même, les traditions nationales et les principes monarchiques. De* puis la mort de Richelieu, il s'était plus d'une fois essayé à la résistance et il se laissait appeler « le protecteur^né du peuple. » La menace qui de loin en loin était faite de rembourser le prix des charges , de détruire par conséquent cette hérédité des fonctions publiques, sans être bien selieuse, l'irritait pourtant. Les exigences financières du sur* intendant lui fournirent un ex^Uent prétexte de parler haut, en paraissant parler dans l'Intérêt du peuple. Il s'était opposéj en 1644, à l'édit du toisé; il s'opposa, en 1646« k Péditdu tarif, qui remaniait les droits h payer pour rentrée (tes marchandises dans Paris, de manière à leur faire rendre (tevantage* « Aucuns de messieurs du parlement» dit Orner
ET ADMlNiSTRATtON DB MA2AR1N. 171
Triott; le reisjèntiffent en lejir particulier, ayant été obligés de ptsfèr pour lèà fruits du cru de leurs maisons. * Ce ne fut qu'après de longues discussions que la levée de ces droits fut autorisée pour deux ans. De nouveaux édits bursaux aitieiièrent un commencement d'émeute (janvier 1647) ; un autrfe frappa directement Jes officiers des cours souveraines. Cette fois le parlement se cabra et sauta à pieds joints dahs la po- Htiqnd. La tôte troublée par la popularité que leur valait celte peràévérante opposition au mitlistre, les magistrats Se dirent qu'ils tenaient la place des états généraux» qû'ilèi valaient bien le parlement d'Angleterre qui, à ee^te heure, faisdl uriè révolution; et le 13 mai 1648, les ^membres deâ quatre cours souveraines, le parlement, la bhambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil, s'unirëtit dans la chambre dé Saint-Louis, au palais de justice, c pour servir le public et lé particulier, et réformer les abus de FÉtat. >
Lé prefaiier ministre fit d'abord casser V arrêt d'union, puié^ se ransant^ il autorisa les délibérations de cette assemblée^ qui prétendait donner une constitution nouvelle à la France; in il décida, non sans peine, la régente à céder : < Vous êtes Tiillante, lui disait*il, comme un soldat qui ne connaît pas le danger. »
Et il avait raison, le danger était grand, car beaucoup de gens commençaient à se faire de ces questions qu'on ne se ûdsait pas depuis longtemps et qui amènent les révolutions, c Le parlement gronda, dit le cardinal de Retz, et, sitôt quHl eut seulement murmuré, tout le monde s'éveilla : on chercha comme à tâtoAs les lois ; on ne les trouva plus. On s'erra, on cria, on se les demanda ; et, dans cette agitation, le peuple enthi dans le sanctuaire ; il leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l'on peut dire, et tout ce que Ton peut croire du droit des peuples et du droit des rois, qui ne s'accordent jamais mieux ensemble que dans le silenoe. La salle du pilais profana tous ces mystères. >
Les eompagnies; en effet, proposèrent à la lanction royale 37 articles, pour en faire la loi fondamentale de la moâar^ cfaie. Quelques-unes de leur demandes étaient excellentes, d'antres moins utiles, la plupart impraticables. La plus im^ portante portait qu'à l'avenir les impôts ne pourraient être légalement perçus s'ils n'avaient été discutés et enregis.tré?, avec la liberté de suffrages^ par le parlement de Paris. C'était-
faire passer une partie du pouvoir législatif à une aristocratie de deux cents magistrats qlii achetaient leurs charges. Une autre de leurs réformes aurait été une atteinte profonde à la centralisation administrative créée par Richelieu, en abolissant les intendants des provinces, ces oppresseurs de la patrie, comme les appelle le fougueux défenseur des grands*, ces vils adulateurs du pouvoir tyrannique qui, selon le mot du cardinal de Retz, c avaient frappé la noblesse et la magistrature à la prunelle de Pœil. » Les compagnies étaient mieux inspirées, quand elles réclamaient des garanties sérieuses en faveur de la liberté individuelle : la suppression des lettres de cachet et des tribunaux extraordinaires, le droit pour toute personne arrêtée d'être interrogée dans les vingtquatre heures ou relâchée.
tournée des Barriemdea (9«l aoÀi 16418); Mathieu Mole, le eoadjuteur de Bets. -^ A ce moment même, le prince de Gondô remportait la victoire de Lens. Le roi, qui n'avait alors que dix ans, s'écria en l'apprenant : Le parlement sera bien fâché. Ce grand succès donnant du cœur au, cardinal, il résolut de saisir trois des plus opiniâtres magistrats, Novion Blancménil, Gharton et Broussel. « Ils n'étaient pas chefs de parti, dit Voltaire, mais les instruments des chefs. Gharton, homme très-borné, était connu par le sobriquet du président Je dis pa, parce qu'il ouvrait et concluait toujours ses avis par ces mots. Broussel n'avait de recommandable que ses cheveux blancs, sa haine contre le ministère, et la réputation d'élever toujours la voix contre la cour sur quelque sujet que ce fût. Ses confrères en faisaient peu de cas, mais la populace l'idolâtrait. Au lieu de les enlever sans éclat, le cardinal crut imposer au peuple en les faisant arrêter en plein midi, tandis qu'on chantait le Te Deum à Notre-Dame pour la victoire de Lens, et que les Suisses de la chambre apportaient dans l'église soixantetrûze drapeaux pris sur les ennemis. Ge fut précisément ce qui causa la subversion du royaume. Gharton s'esquiva. On prit Blancménil sans peine ; mais la vieille servante de Broussel, en voyant jeter son maître dans un carrosse, ameute le peuple; on ferme les boutiques, on tend les grosses chaînes de fer qui étaient à rentrée des rues principales, et 400 000 voix crient : Liberté et
!. Le comte de Boulainvilliers, HUt. de Vanciên youv, de îa France {prém
Broussel I » (26 août 16(i8.) Deux cents barricades sont formées en un instant ; on les pousse jusqu^à cent pas du Palus- Royal.
Le lendemain, le parlement en corps marche à pied vers la reine, traverse les barricades qui s'abaissent devant lui , re- 4emaqde ses membres emprisonnés, et ne peutles obtenir. A son retour, il est arrêté par le peuple furieux. Un marchand
Itathioa Mole) premier président da parlement.
de fer, capitaine de ce quartier, saisit le premier président, Mathieu Mole , par le bras, et, le menaçant d'un pistolet : « Tourne, traître, lui dit-il; et, si tu ne veux être massacré, toi et les tiens, ramène-nous Broussel ou Mazarin en otage. » Plusieurs des membres prennent la fuite, d'autres hésitent, mais leur chef n'hésite pas. On l'insulte, des mutins le prennent par la barbe qu'il portait fort longue* Il leur parle com-
ET ADMINISTRATION D£ MAÏARIN. 175
me »11 était assis sur son siège au parlement et arec iemêffle visage assuré et grave : « Quand vous m'aurez tué, leur dlt^ il, il ne me faudra que six pieds de terre. » Il écarte la foule et les plus violents par Tautorité de son maintien ; il revient au Palais, au petit pas, dans le feu des injures, des exécra-
Paul de Goodi, cardinal de Eeti
lions et c|es blasphèmes. Cet homme, ajoute le cardinal de Hetz, qui raconte ce bel exemple de courage civil, est, à mon sens, le plus intrépide qui ait paru dans son siècle.
Cependant Pémeute grandis^sait. Les magistrats teintent ui«e nouvelle démarche auprès d'Anne d'Autriche; et la reine d'Angleterre, victime d'une autre révolution qui avait cox%' menoé d'une fagon moins menaçante, la décide enfin à oô->
der. La calme renatt aussitôt, et c la yille semble en un instant plus tranquille qu^un jour de vendredi saint. »
Ce coadjuteur de Paris , Paul de GoDdi, qui avait pris une part décisive à l'insurrection victorieuse, descendait d'une famille florentine venue, à la suite de Catherine de Médicis, à la cour de France et qui y avait fait fortune. Comme s'il eût voulu rappeler son origine italienne, il avait écrit à dixhuit ans la Conjuration du comte de Fiesqxie, et Richelieu avait dit en la lisant : «Voilà un dangereux esprit.» Cinq ans plus tard, Gondi formait, avec quelques jeunes seigneurs, le projet de tuer le cardinal, et lui-même se vante, dans ses Mémoi^ resy d'avoir étudié l'art des conspirations dans les Vies de Plutarque et le Catilina de Salluste. Ce fut avec ces dispositions qu'il entra dans l'Église. Il fut nommé, en 1643 , coadjuteur de son oncle qui était archevêque de Paris ; mais son ambition allait bien plus haut que cette dignité. Il visait au rôle de Richelieu, et il ne se servait de sa place que pour gagner de la popularité dans Paris, prêchant lui-même pour se faire connaître du peuple , prodiguant les aumônes pour se faire aimer, se ruinant pour payer d'avance la guerre civile. Aux reproches qu'on lui faisait de sa prodigalité , il répondait : « César, à mon âge , devait six fois plus que moi. » Il ne s'effrayait pas trop de ces comparaisons avec César, avec Richelieu ; il se croyait l'étoffe d'un grand homme et le faisait -croire aux autres : les circonstances n'en firent qu'un brouillon.
Paix de Saint-Crermain. — La journée des Barricades avait effrayé la cour; la reine traita. Le 24 octobre 1648, l'ordonnance de Saint-Germain sanctionna toutes les demandes de la chambre de Saint-Louis, associant en quelque sorte la magistrature à l'exercice de la puissance souveraine. C'était (e jour même où la paix de Westphalie avait été signée.
Guerre de la Fronde; le parlement et les seiarneiirs (Janvier - avril 1649). — En cédant, le premier ministre n'avait voulu que gagner du temps ; quand il fut délivré de la guerre étrangère , il résolut d'en finir avec cette factSoà des ^ens du roi qui assassinaient V autorité royale. Le 6 févrieif 1649, Anne d'Autriche sortit de Paris avec ses enfants, ^ appela des troupes âu^ur d'elle. Le parlement, incapable de lutter seul contée 'la' cto^r, demanda ou accepta les services des princes et des jeutièë Seigneurs, qui pouvaient s^amuser
l^-i MINORITÉ DE LOUIS XiV
le SOUS un ministre qui ne savait plus klt^ C'étaient le prince de Conti, frère du grand 5 Longueville qui avait épousé leur sœur, le qui regrettait toujours Sedaii , le duc de la qui accusait Fingtatitude de la reine et de le sàgèf Turenne. L'âme du complot était
Le dac de Beauiori.
le Coadjàtèùrj qui gouvernait Paris avec des sermotis , des atttoônes et des couplets. « Il tne fallait , dit-il dans ses Mé" rrtoires , avec une franchise singulière , un fantôme qtie je ptissé mèitré devant moi , et par bonheur il se trouva due ce fahtôine était le petit-fils de Henri le Grand; qu'il patmli cominle on parle kux halles, ce qui n'est pas ordinaire Mi enfants de Henri le Grand , et qu'il avait de grands cheveux bien longs et bien blonds. On nô sètlii^Èiit s'imâtgirier le poids de ces circonstances et concevoir l'enet qu'elles firent
ET ADMINISTRATION D8 MAZARIN. tft
dans le peuple. » C& perâoflna^e était le duc de Beanfort, priiicé de peti d^esprit, mais de beaucoup de courage, ce qui faisait de lui Un éxeelleut instrument eu des mains habiles. Goiiidi essaya de gagner aussi Côndô, mais le prince répondit à ses avances avec fierté : «^ Je m'appelle Louis de Bourbon, et je ne Tèut point ébranler les coutonnes. i
Le duc de la Rochefoucauld.
La lutte qui commença alors, mérita le nom <|iie Tfaistoire lui a conservé, celui d'un jeu d'enfant, la Fton^.
c La reiçe, les larmes aux yeux, pressaple prince de Coudé de servir de protecteur au roi. Le vainqueur «le Rôcrey, cfe Fribourg, de Pïdrdlingeh, de Lens ne put démentir tant de services passés; il fut flatté de rhorïneur de défendre une cour qu'il croyait ingrate, contre la Fronde gui tkefeiuËt son appui. Le parlement eut donc le graad Qendé à cbmbaitra^pt
180 UlNORlTé DE LOUIS XIV
il osa soutenir la guerre.... On nomma dans la grand'chambre, les généraux d'une armée qu'on n'avait pas. Chacun se taxa pour lever des troupes. Il y avait vingt conseillers pourvus de charges nouvelles créées par le cardinal de Richelieu; il fallut qu'ils donnassent chacun 15000 livres pour les frais de la guerre, afin d'acheter la tolérance de leurs confrè-
La dachesse de Longue ville.
res. La grand'chambre, les enquêtes, les requêtes, la chambre des comptes, la cour des aides, qui avaient tant crié contre des impôts faibles et nécessaires,fournirent une somme de près de 10 millions pour la subversion de la patrie. On leva 12 000 hommes, par arrêt du parlement : chaque porte cochère fournit un homme et un cheval. Cette cavalerie fut appelée la cavalerie des portes cochères; Le coadjuteur avait un régiment qu'on nommait le régiment de Corinthe, parce qu« le coadjuteur était archevêque titulaire de Corinthe.
« Sans les noms de roi de France, de grand Condé, de ca« pi taie du royaume, cette guerre de la Frondé eût été aussi ridicule que celle des Barberins.-On ne savait pourquoi on était en armes. Le prince de Gondé assiégea 100 000 bourgeois avec 8000 soldats. Les Parisiens sortaient en campagne, ornés de plumes et de rubans; leurs évolutions étaient le sujet des plaisanteries des gens du métier. Ils fuyaient dès quMls rencontraient 200 hommes de Tarmée royale. Tout se tournait en raillerie; le régiment de Corinthe ayant été battu par un petit parti, on appela cet échec la première ixux Co-* rinthiens. Ces vingt conseillers qui avaient fourni chacun 15 000 livres, n'eurent d'autre honneur que d'être appelés les quinze-^vingts.
• Les troupes parisiennes, qui sortaient de Paris, et revenaient toujours battues, étaient reçues par des ^uées et des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des couplets et des épigrammes. Les cabarets étaient les tentes où Ton tenait les conseils de guerre , au milieu des plaisanteries, des chansons et de la gaieté la plus dissolue. Enfin, on vit le coadjuteur venir prendre séance au parlement avec un poignard dans sa poche, dont on apercevait la poignée, et on criait : Voilà le bréviaire de notre archevêque I » (Siècle de Louis XIV,)
Il ne faut pourtant pas faire la Fronde plus insignifiante qu'elle ne l'était. On savait parfaitement pourquoi on avait pris les armes. D'abord on était fort mal. Une banqueroute universelle venait de bouleverser les fortunes et les esprits, on voulait sortir d'une telle situation, et, pour parler comme le régent, « le peuple en avait, pardieu, bien raison. » Mais, pour qu'une révolution s'accomplisse, il ne suffit pas qu'il y ait beaucoup de choses à changer, il faut qu'il y ait des hommes propres à faire ce changement; or, en 1648, personne ne se préoccupait de la chose publique. Les princes regrettaient leur place dans le conseil ; les grands, leur importance perdue ; le parlement voulait jouer dans l'Etat le rôle que jouait de l'autre côté de la Manche le parlement d'Angleterre, et le peuple, qui ne voyait en tout cela qu'une diminution d'impôts, ce qui était alors son plus grand souci, allait à la suite des princes, des magistrats et de son archevêque. Pour celuici, il comptait bien que ce mouvement de réaction contre le système de Richelieu le porterait au pouvoir. On ne nunrohait donc pas à l'aventure, maàs, ooaune chacun tirait à soi, tout
eraqua. Le ridicule de la Fronde n^est pas dans la vasité des prétentions ; il est dans le désordre de ces ambitions contraires et ai^ssi dans l'impossibilité du succès. Une lutte contre Pautorité royale, entre Richelieu et Louis XIV, ne pouvait r^ssir, et en politique, ce qui est impossible devient aisé- ^ ment ridicule, à moins que quelque beau dévouement n^bo* * nore la défaite.
Les magistrats furent les premiers à vouloir se retirer de la bagarre. Us avaient bien vite reconnu que les seigneurs eherchaient à perpétuer le désordre pour bouleverser FÉr tat. Les gens de robe avaient d'ailleurs un sentiment plus vif de la patrie que les gens d'épée, dont les affections comme les intérêts passaient souvent la frontière. A Paris, Mathieu Mole avait repoussé avec indignation la proposition d'admettre en séance un envoyé de TËspagne. A Bordeaux, le président d'Affis, un peu plus tard, fit rendre un arrêt pour courir sus à un autre agent accrédité auprès de la princesse de Condé qui commandait alors dans la ville. La nouvelle d'un traité signé par les seigneurs avec l'Espagne décida le parlement; le premier président fut chargé de traiter avec Mazarin. La conven^on de Hueil diminua quelques impôts, autorisa les assemblées des chambres, et ramena , après quelque hésitation , la cour à Pah^ (avril 1649).
' Parti des petits-matires on Jeune P»o«de, mmwm^ tfttlon de Condé (Janv. 1650). — La paix ne dura guère, bien que le roi l'eût achetée chèrement, les seigneurs ayant tous arraché quelque lambeau des libéralités royales. Condé voulait dominer le gouvernement qu'il avait protégé. Il fatigua la régente et le premier ministre par des exigences continuelles ; il les humilia par des ipsolences de mauvais g^t. Il écrivit au cardinal : À VillusUrissimo aignor Faquino; il lui disait un jour qu prenant congé de lui : AdkUy Mars I Cette conduite altière n'empêchait pas Peinploi de moyens moins superbes. Pour miner le crédit du ministre au point où il s^q>puyait le .plus, Condé chargea un de ses petits^mattres, Jarzé, de reprendre auprès de la reine le rèle de Buckingham. C'était d'un hal^ile tacticien. Mais, cette fois, Condé fut battii. En même temps qu'il s'aliénait la coup, il Mécontentait les anciens frondeurs; il ne parlait qu'aii^c mé-
tris de ces bourgeois qui prétendaient gouverner PËtat ; il ^entourait de jeunes seigneurs vains et présomptueux, qui
184 MINORITÉ DE LOUIS XlV
poussèrent à l'extrême les défauts de leur chef, et qu'on appela les petits-maitres. Mazarin n'eût pas de peine à réunir tout le monde contre ce prince, c qui savait mieux gagner les batailles que les cœurs ; » et il le fit arrêter dans le Louvre, avec son frère de Conti et son beau-frère de Longueville (janvier 1650). c Le peuple de Paris, qui avait fait des barricades pour un conseiller-clerc presque imbécile, dit Voltaire, fit des feux de joie lorsqu'on mena au donjon de Vincenncs le défenseur et le héros de la France. » Voltaire ne voit pas que c'est le vieux levain démocratique de la grande cité. qui commençait à fermenter. « Le peuple seul fait les rois, i s'écriait en plein parlement ra\ocat Deboisle. — c Levons le masque, disait un pamphlet du temps, reconnaissons que les grands ne sont grands que parce que nous les portons sur nos épaules ; nous n'avons qu'à les secouer pour en joncher la terre et pour en faire un coup de parti duquel il soit parlé à jamais. » Cette voix sinistre n'a pas alors d'écho : dans un siècle et demi elle en trouvera*.
Union des deux Frondes, exil de Mazarin (février 1651). — Un soulèvement éclata dans quelques provinces; il fut réprimé facilement. Bordeaux se soumit ; et du Plessis-Praslin battit à Rethel le maréchal de Turenne, qui venait d'envahir la Champagne avec une armée espagnole (décembre 1650). Mais Mazarin se crut trop tôt vainqueur. Il avait promis au coadjuteur le chapeau de cardinal, pour le rattacher'aux intérêts de la reine ; après l'événement, il oublia sa promesse, suivant son habitude. Le coadjuteur se rapprocha du parti de Condé, ranima les défiances du parlement, agita le peuple, et les deux ' Frondes, unies momentanément par ses soins, forcèrent Anne d'Autriche à délivrer les princes et à renvoyer du royaume son premier ministre. Mazarin se retira à Cologne, et do son exil continua à gouverner la reine et la France (fév. 1651). Retz eut enfin le chapeau.
Pour obtenir cette délivrance des princes, 800 chefs des plus grandes maisons de France s'étaient réunis à Paris et bientôt s'étaient mis à délibérer sur les désordres de l'État, sur la ruine de l'ancienne constitution, sur la perte de leurs
1. MoreaOf Bibliographie des Masarinadettl^ H. En 1789, Prud'homme donne ces mots pour devise à son recueil des Révolutiont de Parie : Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, relevonsnous.
droits et franchises. Le clergé, qui tenait alors son assemblée quinquennale ordinaire, semblait disposé à faire cause commune avec les nobles. On parlait d^états généraux ; mais les deux ordres privilégiés laissèrent percer trop tôt leur jalousie contre le parlement « qui voulait faire de l'État un monstre horrible, par Tadjonction d'un quatrième membre au corps parfait que composaient le clergé, la noblesse et le tiers état ; i contre ces jeunes écoliers « qui devenaient au sortir du collège les arbitres de la fortune publique, par la vertu d'un parchemin qui leur coûtait 60 000 écus. » Le parlement entra en défiance de tels alliés et l'union des deux Frondes ne dura guère.
Révolte de Condé, combat de Blénea* (avril 1651t]« — Condé était mécontent de tout le monde, du parlement , de Paris, de la cour. Quand Mazarin, avant de s'éloigner, était venu lui ouvrir les portes de la prison, il avait cru que la reine lui donnerait toute influence en dédommagement de ses treize mois de captivité , et Mazarin gouvernait du fond de son exil. Irrité de l'isolement où on le laissait, il se jeta dans de plus coupables aventures. Il partit pour le Midi, résolu à conquérir par les armes le pouvoir et peut-être même le trône, si nous en croyons les Mémoires d'un de ses compagnons de révolte, le comte de Coligny. Il alla soulever la Guyenne et traiter avec l'Espagne, tandis que ses amis se préparaient à la guerre dans le centre de la France. Mazarin, qui était aussitôt rentré en France (décembre 1651), confia le commandement des troupes au vicomte de Turenne, alors revenu à la cause royale. Le maréchal se dirigea vers la Loire pour surprendre l'armée des princes. On croyait Condé à cent lieues de là ; mais il avait traversé à cheval la moitié de la France, seul, déguisé. A peine arrivé, il fond sur les quartiers du maréchal d'Hocquincourt, à Bléneau, et les disperse (avril 1652). Les fuyards se sauvent à Briare, où était Turenne : celui-ci court à cheval sur une éminence, d'où il peut dominer la plaine ; il observe, à la lueur des villages incendiés, les dispositions du combat, et dit : « Monsieur le Prince est arrivé, c'est lui qui commande son armée. » La cour épouvantée parlait de fuir à Bourges ; Turenne rassure les esprits, et , à force d'audace et de prudence, avec 4000 hommes contre 12 000, empêche les ennemis de poursuivre leur avantage. « Monsieur le maréchal, dit la reine en pleurant, vous avez sauvé l'État, sans
186 MINpRITÉ DP LOUIS XIV
VOUS ij n'y aurait p*9 iWi Uï^e vUle qu> n'e<)t tpmé spp ppple# au roi. »
— Pour qui serait Paris? Les armées vinrent le demander aux Parisiens eux-mêmes ; ijs refusèrent l'entrée de Ijaur ville aux deux partis qui se trp^vèref^t en présence au faubourg Saint-Antoine. La bataille fut sanglante et longtemps iqdécise. Le duc d'Orléans, toujours incertain, restait enfer^ié dans son palais du Luxembourg, Le cardinal de Retz était cantonné dans son archevêché, L® parlement attendait l'issua de la lutte pour donner quelque arrêt. La reii:^e en l^mâ^ était prosternée dans une chapelle des Carmélites. Condé 39 battit en sqldat ; il était p^rtQut* a Je n'ai pas vu un Cpadé, disait Turenne , j'en ai vu douze, » Cependant l'armée frondeuse, menacée sur ses flancs, allait être enveloppée et détruite , quand Mademoiselle , fille de Gaston d'Orléans , fit ouvrir le? pQfteç à Cojidé et tirer le canop de la Bastille sur les troupes royales : Turenne étonné recula. Telle était la misère publique que les pauvres se jetèrent sûr les chevaux tués d^ns le combat. Le pain valait dans la ville Ip sols 1^ livre, la viande de cheval autant.
Copdé ne put 4emeurer longtemps à Paris ^ où sa gloire fut tachée par un massacre des MazurinSy qu'il laissa faire, s'il ne l'ordonna pas. Il sortit de la ville, le 18 octobre, et se retiràen Flandre, au milieu des Espagnols. La tradition féodale avait encore assez de force pour qu'une foule de noblesse l'y suivît, entraînant avec elle toute une armée, au moins |0000 hommes composant les régiments des princes et de leurs amis.
Retour «leMazarin (fév. 16$3). » Cette première émigration fut , comme la seconde, fatale à ceux qui la firent. Elle accéléra le mouvement de l'opinion publique qui revenait au roi ; Mazarin pour n'y point faire obstacle s'était élqjgné une seconde fois (9 août). Alors le parlement et les bourgeois supplièrent la reine-mère de rentrer dans la capitale pacifiée (21 oct.]. Dix magistrats furent destitués ou eoipri^ sonnés ; le cardinal de Retz fut enferma h Yipcennes " ; Je
1. N«pt retrouyerons OoadA; p<mr le cardiiial de Reti, ton rMe estiai.
Emprisonna à Vincenn^s, puis 4 Nantes, il s'évada 2^11 risque de ^ Tte, gagna l'Espagne, puis Rome, vécut longtemps à Bruxelles et ne rentra en Fraact qu'en se démettant de son archevêché. Il avait des dettes énonnei, 4 millions } il vécut dans la retraite ponr Iqi payer. C'e^t ^Iprs qu'il 4çr|<* vit ses Métnones.
Statae de Louis XIV foalant la Fronde aux pieds.
prince de Gondé condamné à mort par contumace, et Gaston exilé à Blois. Trois mois après, Mazarin revenait toutpuissant, avec l'appareil fastueux d'un souverain (fév. 1653). Ce fut la fin de la Fronde. Mais ces temps où le roi et sa mère fuyaient en désordre devant quelques brouillons, et couchaient presque sur la paille à Saint-Germain, laissèrent dans Pespritde Louis XIV une impression qui ne Vefîaça jamais ; ce souvenir contribua à le pousser dans les voies du gouvernement le plus absolu. En rentrant à Paris , il avait fait enregistrer d'autorité (22 oct. 1652) une déclaration portant « Irès-expresse défense aux gens du parlement de prendre ci-après aucune connaissance des affaires générales de rÉtat et de la direction des finances. » A quelque temps de là, le parlement s'étant un jour réuni de lui-même, au sujet de quelques édits, pour préparer des remontrances, le jeune roi partit de Vincennes, où il chassait, et entra dans la grand'chambre, en grosses bottes, le fouet à la main : «Messieurs, dit-il, on sait les malheurs qu'ont produits vos assemblées ; j'ordonne qu'on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le premier président, je vous dé- ' fends de souffrir des assemblées , et à pas un de vous de les demander (1655)*. »
Deux coups fort sensibles furent encore dirigés contre les parlements : une déclaration portant que les arrêts du conseil d'État seraient obligatoires pour les cours souveraines, et le rétablissement , en 1655 , des intendants qui veillaient sur l'administration de la justice dans les provinces, et, au besoin, faisaient casser les arrêts par le conseil' d'en haut.
Ainsi avorta cette tentative de révolution par l'aristocratie parlementaire. Un siècle plus tard, quand le parlement essaya d'une nouvelle lutte contre l'omnipotence de la royauté, lord Chesterfield donna la vraie mesure des forces de cette opposition, en disant à Montesquieu : « Votre parlement peut faire des barricades, mais il n'élèvera jamais de barrières. »
Tietoires de Torenne à Arras et »az IHiBes; alliance de la France avec Cromwell. — La guerre de la Fronde était terminée. Il restait à finir la guerre avec PEs-
1. Mém. de Montgîai et de Mme de MotteviUe. On a peut-être ajouté le fouet pour compléter l'effet du tableau, mais le fond n'en tobsiste pas moint.
pagne, qui avait repris, pendant ces troubles, Dunkerque, et en Italie Casai. Condé était venu offrir aux ennemis son épée qui leur avait été si fatale ; mais il sembla perdre sa force en quittant la France. Il alla d'abord avec Tarchiduc Léopold assiéger Arras , non loin de ces plaines de Lens , où il avait remporté sa plus belle victoire. Turenne les attaqua dans leur camp , et força leurs lignes. Condé ne put qu'opérer la retraite en bon ordre (25 août 1654). « J'ai su, lui écrivait le roi d'Espagne, Philippe IV, que tout était perdu, et que vous avez tout conservé. »
Les années 1655 et 1656 ne virent que des sièges de places sur la frontière : Valenciennes, Cambrai, Rocroy, etc., et d'habiles manœuvres de Turenne et de Condé; mais ces deux généraux, avec les petites armées, qu'ils avaient sous la main, ne pouvaient frapper des coups décisifs. Mazarin n'eut pas plus de scrupules royalistes que Richelieu n'avait eu de scrupules, religieux. Son prédécesseur s'était allié avec les protestants contre l'Autriche : il s'allia (1657) contre l'Espagne, avec Cromwell qui avait fait tomber sur un échafaud la tête du gendre de Henri IV. Alors l'Espagne n'éprouva plus que des revers. Tandis que les Anglais s'emparaient de la Jamaïque et brûlaient les galions de Cadix, la ville de Dunkerque, la clef des Flandres , fut assiégée par terre et par mer. Las Espagnols s'avancèrent le long des dunes qui bordent la mer pour la secourir, vr Avez-vous jamais vu une bataille? demanda Condé au jeune duc de Giocester placé près de lui. — Non, répondit le jeune prince. — Eh bienl dans une demiheure, vous verrez comment on en perd une. » La victoire de Turenne fut complète {Ik juin 1658) ; Dunkerque, qui en était le prix, fut remis entre les mains des Anglais, suivant les conventions du traité.
Traité des Pjrénées (1659); lispne du Bhln (1658). — Le cabinet de Madrid n'avait plus d'armée ; il demanda la paix. Les négociations furent conduites par les deux ministres, Mazarin et don Luis de Haro , qui se rencontrèrent dans l'île de la Conférence, sur la Bidassoa, au pied des montagnes formant la frontière des deux pays. Ce fut le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659. La France garda l'Artois, la Cerdagne et le Roussillon, que Richelieu avait conquis; elle rendit la Lorraine au duc Charles IV, à condition qu'il démantèlerait toutes ses places fortes; et, comme il s'y refusa, son duché resta entre nos mains ; le prince de Condé fut reçu en grâce
lÔO MINORITÉ DE LOUIS XIV
et établi dans ées principales chài'ged * ; enfîii Lbois XIV êpoilsdt ritifanle Marie-Théf èâe , qui dut Jui apporter une dol de 500 000 écus d'or, en considération de laquelle la piln- Césàe fenonçstit à toute prétention sur l'héritage de son {)èrè.
La Conclusion de ce mariage était la pénftée 6t Tespérslnce de Msttarin deptris quinze années. Dès 1645, il écrirait à ses pléùipotentiaireô au congrès de WestpHalie : « Si le roi trèschrétien épousait rinfante, alors nous pourrions aspirer à la éuCcessioii d'Espagne, quelqtue renonciation qu'on ht faire à rinfante ; et ce ne serait pas une attente fort éloignée, ptiis- (ju'îl n'y a que la tie du prince, son frère, qui l'en peut exclure. 3^ Eli 1859, il s'arrangea de manière que les renonciations fussent légalerhent ùiillès; il en subordonna, d'une façotï expresse, la validité au payement exact de la dot, qtfil savait (Jue l'Espagne ne pourrait jamais payer *. C'était préparer t)Otlr l'avenir un prétexte aux prétentions de la maison de Bourbon. Mais, par ce même traité, Mazarin abandonnait le Portugal qui, n'ayant plus l'appui de la France, recherchera celui de l'Angleterre.
En même temps que le cardinal méditait la réunio(n de l'Espagne k la France, il avait un miômént pensé à tàm Louis XIV empereur à la mort de Ferdinand III (1657). Léopold h' avait été élu ; Mazarin conclut d(i moins la ligtie du Rhih (1658), par laquelle les trois électeurs ecclèsiastiqtres, le duc de Bavière, les princes de Brunswick et de Hesse, lès rois de Suède et de Danemark s'unirent à la France pour le maintien des traités de Westphalie^ et se placèrent en quéi^ que sorte sous son protectorat. La ligue dû Rhîn, plus tatd renouvelée et étendue par Napoléon , ne rendit pas les services qu'en attendait Mazarin et donna à Lduië JtlV, comme à l'empereur, des tentations mauvaises, parce qu'aut deuxéito(ïues, la grande politiqtie consi^àavdr Une graCnde atnbîtion.
. 1. La cour d'^pagne s'était fait un point d'honneur de ne pas abandonner Conaé, et cette négociation avait longtemps entravé l'autre ; Mazarin n'avait cédé que sur la menace faite par l'Espagne de eonstituer à m prince une souveraineté indépendante en Flandre. Mais il exigea en ^ tour des restitutions faites à Condé, l'abandon par TEspàénd de t^liiti^tilte, Avesnes, Marienbonrg et Confians.
2. Auoun des ministre d'Espagne ne se faisait illusion sur la yal^or des renonciations, pas même Philippe IV, dont Mule dé MdtteVIne tkfifiottt iéi parotei : c Etto et una pataràtta^ y si falUuit el princtpêj êê éêi'êeéù mia hija da heredar. C'est une sottise, si le prince mourait, ma fille hérp terait de droit. »
!. Le cardinal Mazann occupait le corps de logis à' l'angle délia rue Vi- •Heitt» Bu^ là fûe lfëtlve-aèà-^ètitâ-Cteiiiï)s, édâstrùit pàrTarchitécte LemoH ponr le président Tobenx, et auquel il avait fait ajouter de nouveau Mtiments par François Mansard.
Après toutes ces choses, le cardinal Mazarin pouvait dire que € si son langage n'était pas français, son cœur Tétait i
Administration intérieure de Mazarin. — Au dedans comme au dehors, en face de l'impétueux Ck)ndé comme en présence du flegmatique don Luis de Haro, Mazarin sut admirablement louvoyer entre les difficultés, les tourner et, après maints heurts et chocs, atteindre sûrement au port. Mais une fois arrivé là et l'État avec lui, il ne songea qu'à jouir du repos que son adresse lui avait donné; après le grand di-
Le collège des Qnatre-Nations (Institut de France).
'y eut pas le grand ministre. Son administrare fut déplorable. Il négligea le commerce et il laissa dépérir notre marine ; il géra les file sorte, qu'à sa mort le trésor public devait 430 dis que sa fortune particulière s'élevait à 100 en vaudraient trois ou quatre fois autant aujoui^ le surintendant Nicolas Fouquet disait au roi : a pas d'argent dans les coffres de Votre Majesté, ir le cardinal vous en prêtera. » Telle fut son avidité, dans les dernières années de sa vie, qu'on le vit « faire repasser par ses mains quasi tout le royaume, pour le donner pièce à pièce à ses nièces et à seâ amis. » Si Mazarin
fut SOUS ce rapport mauTais ministre, il fut fort bon parent; il empêcha une de ses nièces d'épouser Louis XIV, mais il les plaça toutes en haut lieu. La signora Martinozzi, sa sœur aînée, vit une de ses filles princesse de Conti, Tau* tre duchesse souveraioe de Modène. Les cinq filles de la signora Mancini, son autre sœur, arrivées d'Italie en bien piètre équipage, furent mariées au duc de Mercœur, au comte de Soissons de la maison de Savoie % au connétable romain Golonna, au duc de Bouillon, et enfin au duc de la Meilleraye. La France paya toutes ces dots. Son neveu fut duc de Niver^ nais, et de son frère, pauvre moine perdu au fond d'un couvent d'Italie, il fit un archevêque d'Aix et un cardinal.
On ne, regardera pas comme une rançon de ce pillage quelques pensions à des gens de lettres, dont Ménage dressa la liste, à Descartes, qui vivait retiré en Hollande, à l'historien Mézerai, qui fut inscrit pour une somme de 4000 francs, ni les dépenses faites pour créer une magnifique bibliothèque ^erte plus tard au public « pour la des gens de lettres », ni la fondatre-Nations, auquel il affecta par qu'il destina à recevoir"* les élèves ; aux provinces espagnole, italienne, nouvellement réunies au royaume, lus vif, sinon le meilleur, pour les nombre de tableaux, de statues et icteurs, des machinistes, qui intro- ;e, et il fonda, en 1655, l'Académie e.
, à Vincennes, à l'âge de cinquanteneuf ans, désespéré de quitter ses belles peintures, ses statues, ses livres, les affaires, la vie, et pourtant « faisant bonne mine à la mort*.> »
1. La duchesse de Mercœor fut la mère de Vendôme ; la comtesse de Soissons, ceUe da prince Eugène.
2. > Il mourut, dit Mme de la Fayette, avec une fermeté beaucoup plus
de la première fabrique de bas au métier, établie dans le château de Madrid, au bois de Boulogne. -~ 1645, Anne d'Autriche fait commencer le Val-de-Gràce, dont Fr. Mansart donne les dessins. — 1648, Lesueur achève sa Vie de saint Bruno. — 1650, mort de Descartes. — 1654, accident de Pascal an pont de Neuilly; il publie, en 1656, ses premières Provinciales. — 16S8, Molière obtient le pnvilége de donner des représentations à Taris. — 1660, le voyageur Théyenot rapporte d'Orient à Paris le café, que Fambassadeur ottoman mettra à la mode en 1669.