‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 15 sur 64 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

LOUIS XIV ; ORGANISATION INTERIEURE; GOLBERT, LOUYOIS, VAUBAN (1661-1683)».

DiTlsion dm règ^ne de lionls XIT. — Charles - Quint disait que la fortune n'aime pas les vieillards. Le plus grand roi de la race des Bourbons l'éprouva, comme le fondateur de la maison d'Autriche. Les longs règnes , eu effet, présentent souvent deux spectacles contraires : un temps d'éclat et de prospérité , un temps de décadence et de misère , parce que bien peu de princes sont assez maîtres d'eux-mêmes pour modifier leurs idées à mesure que se modifient les besoins des peuples.

La belle période du règne de Louis XIV s'étend de 1661 à 1683, de la mort de Mazarin à la mort de Colbert, et elle est remplie par la forte génération qui s'était formée .dans les années précédentes. C'est, pour l'administration intérieure, Colbert; pour la guerre, Turenne, Coudé, Duquesne et Lou-

1. Principaux ouvrages à consulter sur ie règne de Louis XTV : les Mémoires de Louis XIV, de Choisv, de la Fare, de Noailles, de Villars, de Berwick, de Torcy, de Mmes de Caylus et de la Fayette, de Oounrille, de Saint-Siroon, de Forbin, de Duguav-Trouin, de Cosnac (nouyellement publiés), etc.; les Lettres de Mme de S6vign6, de Mme de Maintenon, de Fénelon ; le Journal de Dangeau, qui vient d'être pour la première fois

Sublié en entier ; les Lettres de la princesse Palatine, seconde femme du uc d'Orléans ; le Siècle de Louis XiV de Voltaire ; VlntroduçHon aux négociations relatives à la succession d^Espagne^ par M. Mignet; Histoire de Mme de Maintenons par lé duc de Noailles; Histoire de Z.o«vot's, par M. Camille RoQSset.

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Tois; pmir les leitrest Molière, 1& Fontaine, Boileau, Rfiidne, Bossuet, Bourdaloue et Mme de Sévigné; pour les art», Le«bmn, Claude Lorrain, Puget, Hsu'douin-Mansardet Perrault. Alors tout souiit au roi et lui réussit; les conquêtes durables se font, les grands travaux s'accomplissent, les beaux monuments s^élèyent.

Après 1683, Louis XIV arrive à Page mûr, sa santé se dérange; LouYois, qui n'a plus Tutile contre-poids de Colbert, ^ Mme de Maintenon dominent le monarque. La joie et le Bonheur sont partis comme les jeunes années. Cette couronne de gloire que le siècle de Louis XIV portait si noblement, s'efifeuille et tombe, les grands hommes s'en vont; une gêné-, ration plus petite les remplace : Pascal est mort, Molière et le Poussin sont morts , la Fontaine et Boileau ont à peu prè» donné tout ce que la postérité garde d'eux. Racine se tait et n'interrompra ce silence que par un dernier chef* d'oeuvre. Bossuet n'écrira plus qu'un grand ouvrage * ; Lebrun est en disgrâce; Turenne a été tué; Condé se meurt; Duquesne va mourir. Louis restera le dernier pour fermer son siècle sur tous les hommes illustres qui en ont été l'honneur, et des-» oendra dans La tombe triste , vaincu , à charge à lui-même et aux autres , laissant la France sans industrie, sans com*< merœ , épuisée et maudissant le grand règne qu'elle avait pendant vingt - cinq ans salué de ses enthousiastes aoclat^ mations.

liovis XIV gouverne p»r lui-même. —En 1661, Louis XIV avait 23 ans, et il régnait depuis dix-huit ans, sans s'être fait connaître. Mazarin seul Tavait deviné. Il avait dit aux maréchaux de Vilieroi et de Grammont : « Vous ne le connaissez pas ; il se mettra en chemin un peu tard, mais il ira plus loin qu!un autre : il y a en lui l'étoffe de quoi faire quatre rois et un hoanêto homme^ » Cependant personne ne pensait qu'un jeune prince, livré jusqu'alors aux amusements de son âge, osât gouverner par lui-même. Mais la correspondance de Mazarin atteste les constants efforts faits par le cardinal pour préparer son pupille à prendre la direction des affaires. Quand les ministres vinrent, après sa mort, demander au roi à qui ils s'adresseraient désormais : c A moi , » leur répondit-il. Le secrétaire d'État de la guerre , Michel

1. VHUtoire de* Variations, publiée en 16S8. Il faut y ajouter l'oraisod funèbre du prince de Condé. La Bruyère ne publia sM Caractères qu'en iWI. Le Télémaqw de Fénelon Tint plus tard encore. Âthalie est de 1689^

le Tôlier, courut tout effaré apprendre cette noavelle à la reine-mère, qui lui rit au nez; c En bonne foi, monsieur le Tellier, qu'en croyez-vous? » Cette résolution n'étût pourtant que Paccomplissement de conseils vingt fois donnés par Mazarin % et s'il y a lieu de s'étonner, ce n'est pas qu'il Tait prise, mais qu'il l'ait tenue. Il accepta tous les soucis de la royauté ; il fut lui-même, dit la Bruyère, son premier ministre, et exigea des principaux fonctionnaires de l'État qu'ils correspondissent directement avec lui *. Pendant trente années, il travailla régulièrement huit heures par jour.* Il a rappelé dans ses Mémoires^ avec un légitime orgueil, l'effet produit par cette déclaration ; et il recommanda à son fils, en quelques paroles vraiment éloquentes, de ne pas oublier c que c'est par le travail qu'on règne ; qu'il y a de l'ingratitude et de l'audace à l'égard de Dieu, de l'injustice et de la tyrannie à l'égard des hommes, de vouloir l'un sans l'autre. »

Uécs de Ijo«I« XIT 0«v le fpevTeraeaieBt. ~ Ce qui est plus remarquable encore, c'est que ce jeune prince, qui prenait si hardiment le pouvoir, avait déjà conçu tout le phm de sa politique. Non-seulement Louis XIV a régné avec un pouvoir sans bornes, comme quelques-uns de ses prédécesseurs, mais a établi le premier en France la théorie de la monarchie absolue. A ses yeux, la royauté est d'institution divine : les souverains sont les représentants de Dieu sur la terre, ses lieutenants inspirés providentiellement par lui, et, à ce titre, participant en quelque sorte de sa puissance et de son infaillibilité. Et comme la royauté, en se rendant absolue, avait conservé le vieux principe du droit féodal : que souveraineté et propriété sont même chose, Louis ne se croyait pas seulement le maître de ses sujets, il se regardait comme le propriétaire de leurs biens * ; doctrine monstrueuse

1. « Si ane fois tous prenes le goavernail, toqs ferei pins en nn jonr qn'un pins habile qae moi en six mois, car c'est d'nn antre poids ce qo'an roi fait de droit fil que ce que fait un ministre, quelque autorisé qull

Ï»nisse être. > (Lettre de Mazarin au rot\ 29 juin 16S9.) Mazarin négligea ort l'instruction du roi, mais point du tout son éducation politique.

2. U écriyait au gouTemeur du Canada, en 1665, que c'était 4 loi-même

Sn'il deyait s'adresser et rendre compte des affaires, car ceux qui avaient es postes de confiance comme lui deyaient avoir pour maxime d'avoir leur principale correspondance avec Sa Majesté, la correspondance qu'ils tiennent avec la personne de son conseil n étant qu'une suite et une dépendance de la première. Sa vie, malgré les plaisirs et les désordres qa'U y mêla, était réglée 4 ce point qu'on pouvait, dit Saint-Simon, savoir par toute l^urope. 4 chaque minute, ce que faisait le roi de France. I. Voiei quelques passages extraits des Ménêireê de Louis XIV : « Las

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qui nous reporte au milieu des monarchies orientales. Toutefois cette autorité, à laquelle il ne reconnaissait que les limites imposées par sa conscience et par la religion, ne lui semblait pas devoir rester stérile ; il la voulait active et laborieuse. 11 croyait que les rois ont aussi des devoirs impérieux à remplir. < Nous devons, disait-il, considérer le bien de nos sujets plus que le nôtre propre. Ce n'est que pour leurs avantages que nous devons leur donner des lois ; et ce pouvoir que nous avons sur eux ne nous doit servir qu*à travailler plus effectivement à leur bonheur. Il est beau de mériter d'eux le nom de père avec celui de maître ; et si Tun nous appartient par le droit de notre naissance, Tautre doit être le plus doux objet de notre ambition. » — « Nos sujets, dit-il ailleurs, sont nos véritables richesses. Si Dieu me fait la grâce d'exécuter tout ce que j'ai dans l'esprit, je tâcherai de porter la félicité de mon règne jusqu'à faire en sorte, non pas à la vérité qu'il n'y ait plus personne ni pauvre ni riche (car la fortune, l'industrie et l'esprit laisseront éternellement cette distinction entre les hommes), mais au moins qu'on ne voie plus dans le royaume ni indigence ni mendicité, je veux dire personne, quelque misérable qu'il puisse être, qui ne soit assuré de sa subsistance, ou par son travail ou par un secours ordinaire et réglé. >

Cest ainsi que Louis XIV comprenait son métier de roi ; voyons comment il régna.

lllBtoir«e de Ijo«U XIT. — Les ministres que Mazarin lui avait laissés étaient : Pierre Séguier, garde des sceaux et chancelier, sorte de ministre inamovible, qui eut l'art, en ne prenant point d'importance politique, de se faire estimer nérois sont seigneurs absolus et ont naturellement U disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés aussi bien par les gens d'église que par les séculiers, pour en user en tout temos, comme de sages économes, c'est-à-dire sniYsmt le besoin général de leur Etat. Tout ce qui se trouTe dans l'étendoe de leurs Ëtats, de quelque nature qu'il soit, leur appartient au même titre, et les deniers qui sont dans leur cassette et eenz qui demeurent entre les mains de leurs trésoriers, et ceux qu'ils laissent dans le commerce de leurs peuples. — La France est une monarchie : le roi y représente la nation entière, et chaque particulier ne représente qu'un seul indiridu envers le roi. Par conséquent, toute puissance, toute autorité réside dans les mains du rei, et il ne peut y en avoir dans le royaume que celle qu'il établit. Soyez le maître^ écoutez ; consultez votre conseil ; mais décidez. Dieu qui vous a fait roi, vous donnera les lomières qui vous sont nécessaires tant que vous aurez de bonnes intentions. > Nous citerons plus d'une fois encore ces Mémoire* précieux, que Louis XTV, avant de mourir, confia au maréchal de Noailles, et dont M. Dreyst a donné une édition, qui rend inutile œUe de Oiimoard.

cessaire^ pendant cinquante ànnéed ; Michel le Tellîer, secré* taire d'État de la guerre ; Hugues de Lionne, chargé de la inarine,dont il garda-le portefeuille jusqu'en 1669, et des affaires étrangères; Nicolas Fouquet, surintendant. Les deux premiers étaient des hommes distingués, le troisième un homme supérieur; pour le quatrième, Fouquet, il s'était fait la réputation d'un Mécène généreux, en protégeant noblement les lettres, et il compta d'illustres amis, Pellisson, la Fontaine, Gouryille, Mme de Sévigné, Mlle de Scudéri, qui ont

Lo château de Vaux-Praslin (près Melun).

plaidé sa cause devant la postérité sans la gagner. Il avait mis ou plutôt laissé les finances dans un désordre extrême, et lui-même puisait sans scrupule dans le trésor : il dépensa à son château 9 millions, qui en vaudraient 25 aujourd'hui, et il ne regardait pas à mettre 4 20 C 00 livres à un dîner. Il grossissait pour le roi les états de dépenses, diminuait les états de recettes; enfin, ce qui était plus grave, il semblait chercher partout des appuis, même dans la haute noblesse,-et il fortifiait les places dont il avait le commandement^ eomme pour se préparer, en cas de disgrâce, une ce-

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