‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 16 sur 64 · ORGANISATION INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

ORGANISATION INTÉRIEURE

tndte inexpugnable. C'était presque un frondeur; c^était certainement un fripon. Il n*en fallait pas tant pour que Louis le frappât.

Le roi avait un ministre secret, qui lui faisait remarquer tous les soirs les erreurs et les mensonges du surintenda^t ; c'était Jean-Baptiste Golbert, né à Reims, en 1619, d'une ancienne famille de marchands et de magistrats, intendant de Mazarin, qui avait dit au roi avant de mourir : a Sire, je vous dois tout, mais je crois m'acquitter en quelque manière en vous donnant Colbert. >

La perte de Fouquet était peut-être déjà résolue quand la cour accepta la fftte magnifique qu'il lui donna dans sa maison de Vaux. Louis XIV fut irrité d'une devise orgueilleuse qu'il lut partout : Quà non ascendam ? (Où ne monter ai-je pas?) S et surtout des splendeurs toutes royales qui furent prodiguées pour lui plaire. Il disait à la reine-mère avec colère: « Ah! madame, est-ce que nous ne ferons pas rendre ' ~ ;enté de faire arrêter le mi-

fête qu'il en recevait. Il se es semaines après, Fouquet 11). 11 fut accusé de dilapidade complot contre la sûreté prouvé. Au bout de trois an^ r la mort, treize autres pour irant la peine, la changea en quet fut enfermé dans la ci« it après dix-neuf ans de cap^

Ce grand procès fit une autre victime : Pellisson fut con-^ damné à restituer 200 000 livres. Mais il était de ces habileé gens qui, tombés, se relèvent toujours. De calviniste il devint Catholique et mourut peut-être protestant*; d'ami de Fouquet il passa favori du roi, dont il rédigea les Mémoires^ où il parla des voleries du surintendant, et il fonda un prix à l'Académie pour l'éloge annuel de Louis XIV, Grâce à ses vers, à sa prose, souples comme sa conduite, il mena fort bien sa fortune : il émargeait, en 1677, pour 75000

t. Fonqnet, en patois fléchois, signifie écureuil. Le favori de Henri IV, Fouquet, marquis de la Varenne, avait déjà la devise Quà non ascendam ? (Cf. Histoire de la FUche^)

2. C'est du moins ce- qui semble résulter des lettres publiées par le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français en juiUet 1858. Marcou, Étude sur la vie et les œuvres de Pellisson^ 1859.

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livres, juste ce que touchait Vauban, sans compter les aibbayes et prieurés. Enfin, il était à peu près ministre, tenant la caisse des conversions, et pourtant il couvrit son adresse d'assez de dignité pour que la postérité ait oublié en lui rhomme d'affaires et ne se souvienne que de rhomme de lettres*

Colbert succéda à Fouquet avec le titre de contrôleur général. En 1666, Michel le Tellier laissa sa charge à son fils, le célèbre Louvois ; le premier ministère de Louis XIV se trouva alors au complet.

C«lbert. — Colbert dirigea près de cinq de nos ministères actuels : la maison du roi avec les beaux-arts, les finances, l'agriculture avec le commerce, les travaux publics, et, à partir de 1669, la marine, poids écrasant sous lequel il ne succomba pas*. «Jean-Baptiste Colbert, dit un contemporain, avait le visage naturellement renfrogné. Ses yeux creux, ses sourcils épais et noirs lui faisaient une mine aus^re et lui rendaient le premier abord sauvage et négatif; mais, dans la suite, en l'apprivoisant, on le trouvait assez facile, expéditif et d'une sûreté inébranlable. Il était persuadé que la bonne foi dans les affaires en est le fondement solide. Une ^Implication infinie et un désir insatiable d'apprendre lui tenaient lieu de science. Il fut le restaurateur des finances, qu'il trouva en fort mauvais état à son avènement au ministère. Esprit solide, mais pesant, né principalement pour le calcul, il débrouilla tous les embarras que les surintendants et les trésoriers de l'épargne avaient mis exprès dans les affaires pour y pêcher en eau trouble. > Ajoutons que ce financier austère et dur, c cet homme de marbre, » comme Gui Patin l'appelle, avait du cœur. « Il faut, écrivait-il à Louis XIV, épargner cinq sols aux choses non nécessaires et jeter les millions quand il s'agit de votre gloire. Un repas inutile de 3000 livres me fait une peine incroyable, et lorsqu'il est question de millions d'or pour l'affaire de Pologne, je vendrais tout mon bien, j'engagerais ma femme et mes enfants, et j'irais à pied toute ma vie pour y fournir. »

Béor^anisatlon des finances. — Les finances, en effet, étaient retombées dans le chaos d'où Sully les avait tirées.

1. Ces diverses attributions formaient quatre charges : le contrôle sénérai des finances, la surintendance des b&timents et deux des quatre places de secrétaire d'Élat pour la maison du roi et la marine. Sur ce grand mi< nistre, voyez VHistotre de la vie et de Vadministration de Colbert j par P. Clément, 1846, et les Eludes sur Colbert^ par Joubleau, 1958.

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La dette pablique était de 430 millions, les revenus dévorés deux ans à Tavance, et le trésor, sur 84 millions d'impôts annuels, en recevait à peine 35. Golbert commença par annuler ou rembourser, au taux de Tachât, huit millions de rentes sur Thôtel de ville, acquises à vil prix, et fit rechercher par une chambre de police les malversations commises depuis vingt-cinq ans par les officiers de finances ; les curés mêmes durent presser leurs paroissiens de dénoncer les abus. On fît rendre gorge aux- traitants qui avaient profité des besoins deFËtat pour lui prêter à un taux usuraire; les amendes s'élevèrent à 110 millions; plusieurs traitants furent pendus. C'étaient des mesures selon l'esprit du temps, mais non selon la bonne politique : le moyen le plus sûr pour l'État de n'avoir pas de contrats onéreux à subir dans les mauvais jours est de tenir, dans les bons, la parole une fois donnée, parce qu'il n'y a d'usuriers que pour ceux qu'on suspecte de ne point payer leurs dettes.

Colbertfut le véritable créateur du budgets Jusqu'alors on dépensait au hasard, sans consulter les recettes du trésor. Le premier, il dressa chaque année tin état de prévoyance^ divisé en deux chapitres, où les revenus et les dépenses probables étaient marqués à l'avance.

Il modifia la forme et l'assiette des impôts. La taille ou impôt foncier était pertonnelUy c'est-à-dire payée par les roturiers et, en de certaines circonstances, deux ou trois fois dans la même année *. Il eût voulu la rendre réelle, comme elle l'était dans le midi, comme elle l'est aujourd'hui partout, c'est-à-dire payée par les biens-fonds quels qu'en fussent les détenteurs. Elle s'élevait, en 1661, à 53 millions: il la ramena à 32. Au milieu des troubles de la Fronde, beaucoup de gens s'étaient anoblis de leur propre autorité, ou avaient acheté des titres de noblesse pour quelques écus : c'étaient autant de privilégiés ajoutés aux véritables. Dès 1662, Mo- Uère, dans l'École de$ femmes, se moquait de cette vanité qui

1. Sally et le marquis d'Effiat* soas Richelieu, avaient déjà dressé chaque année le budget des recettes et des dépenses, mais cet usage était vite tombé en désuétude : les finances étaient, au dire de ce même marquis d'Effiat, semblables à la sèche, qui trouble l'eau pour tromper ceux qui l'épient. (Dareste, Histoire de l'adininistratton en France, t. 1, p. 268).

*i. Le journalier qui manquait de travail dans une paroisse ne pouvait la quitter qu'à la condition de payer la taille pendant deux ans dfans les deux paroisses, pendant trois ans s'il s'établissait dans une autre élection. {ForbotmaiSf I, S10.)

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coûtait cher au peuple*. Une ohlooilattce royale réroqna toutes les lettres de noblesse accordas depuis trente ans : Gros-Pierre fut obligé de présenter ses titres, qu'il n'ayait pas ; et près de 40 000 familles, parmi les plus riefaes des paroisses, furent de noureau imposées, ce qui déchargea d'autant leurs voisins.

A la taille le contrôleur général préférait avec raison les aides ou impôts indirects, auxquels tous contribuaient. Il dir minua le prix du sel, denrée de première nécessité pour le pauvre, mais il augmenta ou créa des taxes sur le café, le tabac, les vin, les cartes, la loterie, etc., et de 1 500 000 francs, les porta à 21 millions. Ainsi les impôts indirects, dont qaelrques-unsontété si vivement attaqués de nos jours, naquirent d'une pensée de justice et d'égalité.

Il n'aimait pas les emprunts, non qu'il ne comprît Pavantage d'emprunter à bas prix pour rembourser des créances onéreuses, mais il redoutait de donner à Louis XIV cette facilité de grever l'avenir au profit du présent. Au sortir du conseil où le premier emprunt fut décidé en 1672, il reprocha amèrement à Lamoignon d'avoir approuvé cette mesure* « Connaissez-vous comme moi l'homme auquel nous avons affaire, sa passion pour la représentation, pour les grandes entreprises, pour tout genre de dépenses? Voilà donc la carrière ouverte aux emprunts, par conséquent à des dépenses et à des impôts illimités ! Vous en répondrez à la nation et à la postérité. » Un temps viendra, en effet, quand Colbertn'y sera plus, où Louis XIV empruntera à 400 pour 100. Du moins le grand ministre essaya de défendre le trésor contre les exigences des financiers en invitant les petits capitalistes à verser directement les fonds, sans entremetteurs dispendieux, dans une caisse (Terrifrunt qu'il établit à cet effet et où l'argent afflua.

C'est ce que nous recommençons à feire.

Voici le résumé de l'administration financière de Golbert. En 1661, sur 84 millions d'impôts, le trésor avait à payer 52 millions pour rentes et gages ; il ne lui restait que 32 mil-

1. Chrysalde disait à Arnolphe, qui lui-même s'était fait appeler M. dt la Souche :

Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre,

Qui, n^ayant pour tout bien qu'un seul quartier de terre,

Y fit tout à l'entour faire un fossé bourbeux,

Et de Monsieur de liste en prit le nom pompeux.

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fimis, ^ H en dépensaU 60 : déficit 88 miUioiiB. Bn 1683, an- Bée de la mort de Colbert, les impôts rendaient 112 millions malgré une réduction de 22 millions sur les tailles ; les gages et rentes n'en prenaient plus que 28 ; le revenu net du trésor était de 89 millions. Ainsi d'une part, Colbert avait augmenté les recettes de 28 millions, diminué les rentes et gages de 29, ee qui constituait à TÉtat un bénéfice net annuel de 57 millions; et d'autre part, il avait dégrevé les roturiers de 22 millions, en diminuant d'autant la taille. U n'y a rien à ajouter à de pareils chiffres.

A«Fic»l*«»©. — Sully avait sacrifié l'industrie à l'agriculture ; Colbert ne sacrifia pas l'agriculture à l'industrie, comme on l'a dit souvent. 11 allégea les impositions qui pensaient sur elle ; il exempta de la taille les familles trop nombreuses ; il interdit de nouveau la saisie des instruments de labour et des bestiaux en recouvrement des taxes dues à l'État ; il établit ou plutôt il rétablit les haras, où l'on croisa nos chevaux avec ceux d'Afrique et de Danemark ; il fit venir des bestiaux de l'Allemagne et de la Suisse pour améliorer les nôtres, des béliers d'Angleterre pour régénérer notre race ovine. Il accorda des primes d'encouragement akix meilleurs éleveurs ; il ordonna le dessèchement des marais ; enfin il publia un Code des eaux et forêts (1669), qui est encore, pour la très^grande partie, en vigueur. Mais il commit la faute de respecter le préjugé populaire, qui voy»t dans la liberté du commerce des grains une cause de disette, tandis que le meilleur moyen de l'éviter c'est de laisser les blés, .comme le voudront, cent ans plus tard, Tui^ot et la Constituante, se répandre librement sur toute la surface du terri» toire. G<dbert réussit à tenir le blé à bas prix pour l'ouvrier des msmufactures et pour le soldat ; mais le cultivateur, n*y trouvant plus son compte, cessa sur bien des points de culitiver. Les friches s'étendii^nt ; les disettes se multiplièrent: dès le mois de mai 1675, le gouverneur du Dauphlné Im écrivait que les habituits des campagnes avaient véeu totft l'hiver de pain de glands et de racines, qu'on les avait vus manger l'herbe des prés et l^écorce des arbres.

lMdl«0trle. — L'industrie, née sous François !<^ et Henri IV, était. restée dans l'enfance : nous tirions presque tout de l'étranger. L'Italie nous fournissait ses broderies, ses glaces et son orfèvrerie ; l'Allemagne sa belle faïence et •es cristaux de Bohême ; la Flandre, ses dentelles et ses tsh

iOk LOUIS XfY.

pisseries ; la Hollande, ses draps et ses toiles ; TAng^eterre, ses étoffes de laine et ses aciers. Ciolbert sorti de la boutique d*un marchand de Reims à renseigne du Long-Vêtu, voulut que la France pût se suffire h elle-même; et, pour donner le temps à notre industrie de grandir, Il la mit à Tabri d*aDe protection salutaire. Il ne créa pas, mais il organisa le système protecteur, qui nuit à une industrie développée, qui est indispensable à une industrie naissante. SUl frappa de droits considérables, à leur entrée dans le royaume, les produits similaires de l'étranger (tarif de 1667), ce n'était à ses yeux, qu'une mesure temporaire, bonne pour mettre le royaume en état de n'avoir plus à demander aux étrangers les choses de nécessité. Il disait lui-même au roi qu'il fallait réduire les droits à l'exportation de nos produits et à rimportatio& des matières premières.

Grâce aux dépenses que Golbert n'épargna pas pour acheter ou surprendre les secrets industriels des nations voisines *, et pour attirer en France les ouvriers les plus habiles, le nombre de nos manufactures s'accrut rapidement. Il les soutint par des subventions distribuées avec intelligence, avançant une certaine somme par chaque métier battant, outre des gratifications considérables aux maîtres et aux ouvriers. Il obtint de l'Église la suppression de 17 fêtes qui multipliaient les chômages onéreux. Afin d'augmenter te nombre des travailleurs, il voulait comme RicheHeu, réduire celui des moines et retarder jusqu'à vingt -cinq ans l'âge où Il serait permis de faire des vœux de religion. Enfin il institua des conseils de prud'hommes pour faire régner la paix dans ce monde du travail.

En 1669, on compta dans le royaume pour la laine seulement, 42 220 métiers et plus de 60 000 ouvriers. Les draperies de Sedan, de Louviers, d'Abbeville et d'Elbeuf n*eureiit plus de rivales en Europe; le fer-blanc, Tacier, la faïence, les cuirs maroquinéa, qu'on avait toujours fait venir de loin, furent travaillés en France ; on imita, en les égalant, les toiles et les serges de Hollande, le point et le vdours de Gênes : les tapis de Perse et de Turquie furent dépassés à la Savonnerie, à Aubusson et à Beauvais ; les riches étoffes où la soie se mêle avec l'or et l'argent, se fabriquèrent à Tours et à Lyon;

t. Ainsi le métier à bas, inventé, puis perda par la France, fnt repris aaz Anglais et multiplié pas les soins de Golbert.

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oatt àTosr-la-Tille (près de GhoEiKwurg) el à Paris déplus belles glaces qu'à Venise ; les tapisseries de Flandre le cédèrenl à celles des Gobelins. Cette manuiàclure fiuneuse em* pleya, à partir de 1662, plus de 800 ouvriers, et les meilleurs pôotres dirigeaient Touvrage en donnant leurs propres dessus, ou en faisant travaiDer sur ceux des anciens maîtres. Lebrun y régna 28 ans ; après lui, Mignard. Ce fut une admirable chose que cet essor imprévu de Tindustrie française; et Boileau, qui ne croyait faire que de la poésie, fusait de l^istoire, quand il rappelait dans son épttre au roi (1699) :

Nos artisans grossiers rendus industrieux^ Et nos voisins frustrés de ces tributs serviles Que payait à leur art le luxe de nos villes.

n est à remarquer que Ck>lbert imprima à Tindustrie française le cachet qu'elle a toujours gardé depuis. 11 ne s'inquiéta pas seulement de lui faire produire beaucoup» il voulut qu'elle produisit bien. Et il semble qu'il ait compris quelle place la France pourrait se faire dans l'univers industriel, en appliquant une vive intelligence et un goût délicat au travail des matières premières. G^est dans cette pensée que la manufacture des Gobelins avait été organisée pour être une écolemodèle, où l'art et l'industrie se donneraient la main, oà, par l'un, on aurait la beauté et la grâce, par l'autre, l'utUité.

Un contemporain, un Anglais, le chevalier Temple, était déjà frappé de ce double caractère de notre production, c La richesse de ce pays, dit-il dans ses curieux Mémoire$f qui est la cause de sa puissance, résulte de la consommation prodigieuse faite par les pays qui l'environnent, des produits si nombreux et si riches de son sol et de son climat ou du travail ingénieux de ses habitants. Au moyen de leurs vins, de leur sel, de leurs modes d'habillement et d'équipages, les Français font venir de grosses sonomes dans ce fertile et noble royaume, le plus favorisé par la nature de tous ceux qui sont au monde, i

C^auaeree iMtérlemri tr»Ta«x publies» — Pour faciliter les relations entre les villes et les provinces, Colbert n'eût voulu qu'une ligne de douanes, à la frontière, et il y en anit autour de chaque province. S'il ne put détruire les nombreux péages établis sur les chemins et les rivières, il les ré-

dnlsit du moins, et U dupprima dans douze protlnees lès domnes intérieures. U encouragea, en diminuant le tarif des droits à payer (1664), I*ezportation des vins et eaux-de-vie ; il déclara Dunkerque, Bayonne et Marseille ports francs, et accorda à la dernière de ces rilies, en 1670, une chan)Jt)re d*assurances ; il institua dans nos ports des entrepôts, où> en cas de réexportation, les droits acquittés étaient rendus ; il

Hôtel de Tille de Lyoa,eommdn€ê en ISiS.

favorisa le transit par la France des marchandises étrangères, qui obtinrent le passage en fnmchise à travers toutes les pro* yinces; il fit réparer les grandes routes devenues impraticables, et en construisit de nouvelles*. Enfin il projeta le canal de Bourgogne, fit décréter celui d'Orléans, qu^on ouvrit en 1692, et creusa, malgré Popposition des états du LAnguedoc,

1. Golberi Uiest milheareasement beaaoonp à faire sou ce rapport. On ▼oit dans les Mémoiret de Tintendant de la généralité de Montaoban en

Tanegrande ) TiTTes poar

, ^ chemins lev

fermaient tonte commnnicaiiôn avec le p^at pays.

▼ou aans les memoiret ae i mienaani ae la generauie ae Moni 1697j que les habitants dn haut Qaercy, du haut Rouergne et d'u partie des Pyrénées étaient obligés de faire des provisions de tJ cinq ou six mois de l'année, pendant lesquels les mauyaif che

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celai des Deux-Mers qui joignit la Méditerranée à TOcéan *. Le port de Cette fut construit à l'une de ses extrémités (1666) ; Toulouse était à Tautre, et, de Toulouse, la Garonne menait facilement à Bordeaux et à TOcéan. Ce travail, gigantesque pour Pépoque, fut commencé en 1664 et continué sans interruption jusqu'en 1681. Il fut exécuté par le célèbre Riquet, d'une ancienne famille de Florence, sur les dessins d'un ingénieur français, Andréossy ; il coûta enyiron 34 millions et employa, chaque année, dix à douze mille ouyriers. Le commerce, ainsi secondé, prit un développement rapide. Pour régler cette activité nouvelle et Téclairer, Colbert rétablit, en 1665, le conseil de commerce institué par Henri IV. Louis XIV le présida régulièrement tous les quinze jours. Des conseils semblables, établis dans les provinces, durent ms, au 20 juin, pour examiner Tétat anufactures, i» et choisir des députés i vœux au ministre. Une ordonnance heureusement pas exécutée, prescri- 3 les poids et mesures dans tous les lu moins dans les arsenaux.

le et colonies. — « Les étrangers, aient rendus maîtres de tout le come celui qui se fait de port en port au haque année, 4000 bâtiments hollanos côtes les produits de leur indusurs draps, avec les denrées des deux os soieries, nos vins et nos eaux-dej relever de cette infériorité. Il écri- Arnault de Pomponne, ambassadeur de France à la Haye : c Le commerce par mer se fait en Europe par 25 000 vaisseaux environ ; dans Tordre naturel chaque nation doit en posséder sa pari; suivant sa puissance, sa population et l'étendue de ses côtes ; mais les Hollandais en ayant 15 à 16000, et les Français 500 à 600 au plus,- le roi emploiera toutes sortes de moyens pour s'approcher un peu plus du nombre de vaisseaux que ses sujets doivent avoir. >

1. Ce canal est alimenté an point de partage par les eaax de la Montagne Noire, qui sont réunies dans l'immense bassin de Saint- Ferréoi : il a 1558 mètres de longueur, 800 de largeur et 32 de profondeur. Quand les eaux s'élèvent plus haut, elles se déversent dans le vallon du Laudot, en formant à travers les arbres et les rochers une magnifique cascade. Il faut 60 jours pour remplir ce bassin, 8 pour le vider.

Déjà, en 1669, le surintendant Fouquet avait établi un droit d^ancrage de 50 sous (6 à 7 fr.) par tonneau sur les navires étrangers, payable à l'entrée et à la sortie de nos ports. Colbert conserva ce droit, qui fut presque pour notre marine ce que le fameux Acte de navigation a été pour la marine anglaise. 11 accorda aux navires nationaux des primes pour Texportation et l'importation ; et il encouragea les constructeurs des bâtiments pour la grande navigation par une autre prime de 4 à 6 livres par tonneau; de sorte que notre marine marchande à la fois protégée et stimulée prit Fesser.

Mais les Anglais et les Hollandais avaient encore sur nous davantage d'une plus longue expérience, de débouchés assurés, de marchés qu'ils fréquentaient depuis un siècle, de capitaux immenses qui leur permettaient d'oser et de risquer davantage. Colbert pour lutter avec eux, substitua des associations privilégiées aux efforts isolés des individus. Il établit cinq grandes compagnies sur le modèle des sociétés hollandaises et anglaises : celles des Indes orientales et des Indes occidentales en 1664; celles du Nord et du Levant en 1666; celle du Sénégal en 1673. 11 leur accorda le monopole exclusif du commerce dans ces parages éloignés, avec des primes, leur fit des avances considérables (6 millions pour la seule compagnie des Indes orientales) et obligea les princes du sang, les seigneurs, les riches, à s'y intéresser ; enfin il fit déclarer par un édit, en 1669, que le commerce de mer ne dérogeait pas à la noblesse '• En même temps, nos consuls, nos ambassadeurs, recevaient Tordre, fréquemment renouvelé, de donner la plus énergique protection à notre commerce, et de lui fournir tous les renseignements qui pourraient lui être utiles.

Il voulut rendre la vie à notre système colonial, fort négligé depuis Richelieu. Nous ne possédions que le Canada avec l'Acadie, Cayenne, l'île de Bourbon, quelques comptoirs à Madagascar et aux Indes. Colbert racheta, pour moins d'un million, la Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie, Grenade et les Grenadilles, Marie-Galande, Saint-Martin, Saint-Christophe, Saint-Barthélémy, Sainte-Croix et la Tortue dans les

1. U avait assnré une prime de 40 fr. par tonneau sur les marchandises exportées de France pour les colonies ou des colonies pour la France. Néanmoins, ces compagnies tombèrent après la mort de Colbert. Le mo* nopole ne put les faire vivre. Colbert reconnut lui-même cette vérité ea ouvrant, mais plus tard, en 1681, le commerce de l'Amérique acx particuliers.

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Petites-Antilles (1664) ; il plaça sous la pretection de la France les flibasiiers français de Saint-Domingue, qui s^étaient emparés de la partie occidentale de Plie (1664) ; il envoya de nouveaux colons à Cayenne (1677) et au Canada (1665); il prit Terre-Neuve pour dominer rentrée du Saint-Laurent (1680), et commença Toccupation de la magnifique vallée du Miasis* dppi, ou Louisiane, qui venait d'être explorée par un hardi capitaine, Robert de la Salle (1680). En Afrique, il enleva Gorée aux Hollandais, dans le Sénégal (1665), et il prit pos* session des côtes orientales de Madagascar. En Asie, la com* pagnie des Indes s'établit à Surate, à Ghandernagor, et plus tard à Pondichéry. Enfin, pour réserver au pavillon national tout le commerce de nos colonies, Golbert ferma leurs ports aux vaisseaux étrangers, et pour y développer les cultures, il prohiba, en 1669, Timportation en France des tabacs et des sucres du Brésil, mesure malheureuse qui eut pour effet de nous aliéner le Portugal et de le jeter dans les Inas de PAngleterre.

Marine mUItalre. — La marine marchande est Técole et la pépinière de la marine militaire : la première étant devenue florissante, la seconde devint redoutable. Golbert fit d'abord réparer le peu de vaisseaux que Mazarin avait laissés dans nos ports ; il en acheta en Suède et en Hollande, attira des constructeurs et des cordiers de Hambourg, de Riga et de Dantzig, établit des chantiers à Dunkerque, au Havre, et à Rochefort, qui fut bâti sur la Gharente, au centre du golfe de Gascogne*. Henri IV avait trouvé Toulon» et Richelieu Brest; mais ils avaient montré ce qu'on pouvait y faire plutôt qu'ils n'y avaient fait dé grands ports. Duquesae resta sept ans à Brest, à partir de 1665; et quand le fils de Golbert, Seignelay, y vint en 1672, il vit une flotte de 50 vaisseaux de ligne. Vauban l'entoura de formidables défenses. Il exécuta aussi, après la paix de Nimègue, d'immenses travaux à Toulon, qui firent de cette ville ce que la nature voulait qu'elle fût, un des plus beaux ports du monde. La nouvelle dar^e

1. Ni le Harre, ni Donkenrae ne pouyaient receToir do Taisseauz de %aiit bord, la France n'avait d'autre i>ort militaire sar l'Océan que Brest; •B chercha à en créer un autre à Bronage, à Tonnay^Charente, ou à Tembouchure de la Seudre. Golbert se décida en l«64 pour Rochefort, sur la Charente, à 13 kilomètres de la mer, derrière un golfe que des Ues abritent. Les travaaz ooromencèrent en IMC, et en peu de temps une Tille, «n arsenal sortirent des marais»

«W touïs Im '

^u'il éreusa pouvait à elle seule oonlenrr 1(K) vaisseau* de ligne.

Pouj^ recruter la flotte, Colbert créa Vinscription marUime, ou le système des classes y que nous gardons encore et qui" assujettit la population maritime de nos côtes, en retour de certains avantages, à fournir les recrues nécessaires aux équipages de nos vaisseaux, et la distribue, d'après Tâge et la position de famille, en diverses classes qui sont successive^ iûeot appelées, suivant les besoins du service. Cette institution fut complétée par la fondation de la caisse des invalides de la marine, qui assura une pension de retraite au marin pour ses vieux jours. Le premier recensement, celui de 1660. fit connat^e 36 000 inscriptions de matelots, mais en ISsé on en compta 77 852. Les armements purent alors se multiplier. En 1661, la flotte de guerre ne se composait que de 30 bâtimentte; en 1676, elle en avait 120, et cinq ans pltô tard, 176. En 1692, le roi avait 131 vaisseaux, 133 frégateë et 101 autres bâtiments. Des intendants, Tun à Rochefort pour l'Océan, Tatitre à Toulon, pour la Méditerranée, veillèrent à la conservation de cet immense matériel. L'adminis^ tration fut séparée du commandement militaire, et chacune des deux choses en alla mieux. Le corps des gardes marines, composé de mille gentilshommes, fut institué en 1672, potff préparer de bons officiers, une école de canonniers, pour former d'habiles pointeurs, une école d'hydrographie pour donner aux navires des cartes exactes, un conseil supérieur de la marine et- un conseil des constructions navales pour éclairer le ministre.

' Beawi-arts. *^ Colbert avait réformé les finances/ lè commerce et la navigation en les enveloppant, îl est vrai, d'une réglementation minutieuse qui substitua trop souvent rinitiative du gouvernement à celle dés individus *, il voulut aussi enrégimenter la pensée, comme les intérêts, et mettre dans la nàain du roi la vie morale de la France, comme il y avait mis la vie matérielle, Richelieu la vie politique. Orand admirateur du cardinal, il reprit son dessein de constituer un gouvernement de la littérature. Il créa, en 1663, l'Académie des inscriptions et belles-lettrés ; en 1666, celle des sciéa" <;es, qui donna aux recherches des savants ce qui leur avait jusqu'alors manqué, un centre et un foyer. L'Académie d^ musique fut. organisée en 166^, et oelle d'architectur«s en 1671. Une école des beaux-arts, établie' à Rome (1667),

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