‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 20 sur 64 · HISTOIRE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

HISTOIRE EXTÉRIEURE

de la recevoir comme une grâce d^un ennemi.' Cet accès de fierté, qu*il aurait fallu soutenir par des forces imposantes» fut puni de la perte d'un nouveau territoire.

c On était plongé dans les divertissements à Saint-Germain, dit Voltaire, lorsque au cœur de Thiver, au mois de janvier 1668, on fut étonné de voir des troupes marcher de tous côtés, aller et revenir sur les chemins de Champagne, dans les Trois-Ëvéchés : des trains d'artillerie, des chariots de munitions s'arrêtaient, sous divers prétextes, dans la route qui mène de Champagne en Bourgogne. Cette partie de la France était remplie de mouvements dont on ignorait la cause. Les étrangers par intérêt, et les courtisans par curiosité, s'épuisaient en conjectures ; l'Allemagne était alarmée : l'objet de ces préparatifs et de ces marches irrégulières était inconnu à tout le monde. Le secret dans les conspirations n'a jamais été mieux gardé qu'il ne le fut dans cette entreprise de Louis XIV. Enfin, le 2 février, le roi part de Saint- Germain avec le jeune duc d'Enghien, fils du grand Condé, et quelques courtisans : les autres officiers étaient au rendezvous des troupes. Il va à cheval à grandes journées» et arrive à Dijon. 20000 hommes assemblés de vingt routes différentes se trouvent le même jour en Franche-Comté, à quelques lieues de Besançon, et le grand Condé parait à leur tète. » Besançon, Salins et Dôle capitulent; la Franche- Comté est soumise en trois semaines ; et le conseil d'Espagne écrit au gouverneur c que le roi de France aurait dû envoyer ses laquais prendre possession de ce pays, au lieu d'y aller en personne. »

Ces rapides succès inquiétèrent les États voisins, surtout la Hollande : elle conclut en cinq jours, avec l'Angleterre et la Suède, la triple alliance de la Haye, qui offirit sa médiation à la France et l'imposa à l'Espagne. Turenne et Condé voulaient qu'on n'en tînt compte, et promettaient la conquête des Pays-Bas avant la fin de la campagne. Ils voyaient juste, car aucune des trois puissances médiatrices n'était prête pour la guerre: la Hollande n'avait pas d'armée; avec quelques écus, on eût ramené la Suède, et ce n'était pas les vaisseaux anglais qui nous eussent empêchés d'aller à Bruxelles. Louis XIV manqua cette fois d'audace. Le roi d'Espagne semblait sur le point de mourir, et il n'avait pas d'héritier. L'Empereur et le roi de France venaient, dans cette prévision» de convenir entre eux du partage de

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