Voltaire, édit. Beuchot, t. XXXIX, p. loô
tionnelles à leurs bénéfices. De grands seigneurs, de grandes dames, recevaient de ces honteux présents. Louis XV luimême tendait la main; il était croupier*.
Ces traitants avaient à leur disposition un code si compliqué que le contribuable ne le pouvait connaître, si rigoureux que, pour le seul fait de la fraude sur le sel, il y avait .constamment 1700 à 1800 personnes dans les prisons et plus de 300 aux galères. Le trésor n'était pas plus indulgent : si un receveur de la taille n'y versait point sa recette, on arrêtait les quatre principaux tailiables de la localité, quoiqu'ils ne dussent rien à l'Etat, et on les retenait en prison jusqu'à ce qu'ils eussent cooiblé le déficit. C'était l'odieux sys* tème de l'administration romaine sur la responsabilité des curiales.
O^famts de Poi*|^anl«atloB militaire. — L'effectif réglementaire, en temps de paix, était de 170000 hommes, dont 131 000 d'infanterie, 31 000 de cavalerie et 8000 pour la maison du roi ; mais l'effectif réel n'atteignait pas 140 000 hom« mes. Dans ce nombre sont comptés douze régiments suisses, 8 allemands, 3 irlandais, 1 suédois, 21 000 canonniers gardercôtes ne servaient guère en temps de paix, de même que les 60 000 miliciens des régiments provinciaux. Les grades étaient multipliés outre mesure, il n'y avait pas moins de 60 000 officiers en activité ou en retraite, et d'après un règle» ment de 177^, un régiment de cavalerie de 482 hommes comptait 142 officiers et sous-officiers, ce qui faif^ait un chef pour moins de trois soldats. Les grades s'achetaient même dans les armes spéciales, et les acquéreurs pouvaient, sans avoir fait aucun service, devenir officiers généraux. Le duc de Bouillon était colonel à 11 ans, le duc de Fronsac à 7; son major en avait 12. Malgré les réformes de Choiseul, il y avait encore bien deâ dilapidations dans l'armée, et un mauvais système d'enrôlement en gâtait la composition. L'armée régulière é lait recrutée par des enrôlements volontaires, la milice parle sort qui désignait chaque année 10 000 hommes as* treints à servir six ans. Mais le tirage ay sort 4© l?i ffiiljce qu| pesait principalement sur les campagnes, était m^quft
%. La lUte nominative des croupe^ e| des peijsloqç squs \p ^^rpj^j ^iit de la ferme générale passé par l'abbe Terrày, a ef^ pqbliëe fi^R? M ÇiïrMP pamonlet'îfcçldjlé Mémo}r9$ qe l^afiàé Terray. Oi> y trouve un graR9 nflmtre ah pèrâonties tliréëi': Louis 'XV y figure à plusieurs reprise^. Ljgs (jrgft-
pamônlet îfcfmié Mémqirf$ qe Wàé Terray. Ôi> y trouve un graps ndmtre ah pèrâonties tliréëi': Louis 'XV y figure à plusieurs reprise^. Ljgs (jrgftpes et les pension^ absorbaient alors un quart des l^énéÛces de {| (çrme. [Notice sur Necketf par le baron de Staèl, p. 69.)'
par les plus scandaleux abus, et si les volontaires donnaient de bons soldats, les racoleurs envoyaient souvent aux régiments la lie des grandes villes ; aussi avions-nous alors annuellement 4000 désertions à Tétranger*. Dans la marine, le mépris des officiers rouges ou de naissance pour les officiers bleus ou les parvenus, entravait le service *.
AdmlvUtimtion ceeléslastlqne. — Le clergé se divisait en dergé de France^ dans les anciennes provinces, et en clergé étranger dans les contrées conquises depuis François I«'. Cette distinction n'avait d'importance que pour les impositions. Mais les évoques de Metz, de Toul, de Verdun et de Strasbourg, sufifragants de Trêves ou de Mayence, et les cinq évoques de la Corse, suffragants de Pise ou de Gènes, ne prenaient point part aux assemblées générales du clergé. Les archevêques de Besançon et de Cambrai avaient au contraire des suifiragants étrangers. Les diocèses étaient fort inégaux: celui de Rouen renfermait 1388 paroisses ; ceux de Toulon et d'Orange 20. Les revenus ressemblaient aux diocèses. L'évèque de Strasbourg avait 500 000 livres de rente, celui de Gap, 8000, et Fleury signait c évèque de Fréjus par l'indignation divine. « Un grand nombre d'abbés possédaient à peine 1000 livres de revenu : celui de Fécamp pouvait en dépenser 120 000 ; celui de Saint-Germain près de trois fois autant. Beaucoup de curés étaient fort riches, mais beaucoup de vicaires mouraient de faim. Louis XVI mérita leur reconnaissance en fixant leur portion congrue à 350 livres. Oo voit que les uns avaient trop, les autres pas assez. Le roi nommait à toutes les places de quelque importance dans l'Église ; les évèques, les chapitres et les seigneurs laïques nommaient aux autres. En résumé, 12 000 évèques, abbés, prieurs et chanoines se partageaient près du tiers du revenu de rËglise, plus de 40 millions (valeur actuelle 66] ; les deux
1. Sar l'état de cette armée, oa peut lire le témoignage non saspect du comte de Ségur, MémoireSf 1. 1, p. 66. C'est le père du comte de Ségiir
3ui, ministre en 1781, abolit Tnsage de faire coucher les soldats à trois ans le même lit. Voy. aussi le portait que Fléchier trace de l'armée, dans son iloae de Turenne, 2« partie. Un des signes de l'affaiblissement de l'esprit militaire dans la nation, c'est que le maréchal de Saxe proposait de ne faire de fortifications qu'aux lieux où il n'v aurait point de bourgeoisie, afin d'avoir des places exclusivement miliiaires où la garnison ne serait pas forcée par les habitants à capituler dès que l'ennemi aurait jeté quelques bombes dans les murs. Camot, f^e la défense des places^ p. 31. Sur l'état de la milice, voir la Lettre de Turgot au ministre de la guerre sur la milice, en 1771.